RES
nous adopterons pour les rapports des trois traitements, il est certain qu'une partie des formes qui viennent d’être citées est empruntée à des parlers voisins.
Le point 16 présente des hésitations semblables à celles qui ont été signalées plus haut : le témoin a dit (nŸ/ä, aller, élwät, alouette, sélä saler, b de même dit sünelà. élwät de 18 est peutêtre accidentel ; mais il existe plusieurs mots pour lesquels la vallée de la Moselotte ne connaît qu’é : gli, ridelle, 21 a, khaili Hingre, voiture L., il fallait c. 333, cf. aussi « il a » féli, — fallu, 17 a falloir L., failu Hingre s. v° fau: Pour les formes de « falloir, valoir » avec à, cf. Ç 58.
B. — Dans une deuxième série la voyelle est précédée ou suivie d’une consonne labiale : cf. les représentants de l’a. fr. batoyer baptiser c'Srubavardies8pbavenec sg mcheveutenrérm épouvantail c.307 exprimé par un substantif verbal d’« épouvanter » <T *expaventare, gazOn C. 377, MaçOn cC. 462, taon CH7AOTEtC:
Ici encore on notera plusieurs irrégularités : 11 a, c disent bévä, bavard, 16 a bwävä, mais 16 b bwèvä, baver ; les formes d’« épouvantail » au point 16 sont particulièrement remarquables : épwôvôt 16 a, épd- et épè- 16 b; mais la forme la plus notable est févé, taon, 18-21, -ên 22.
C. — Dans un troisième groupe la syllabe suivante contient une voyelle postérieure, cf. charbon c. 156, chardon c.157, charrette c.164, chaton c.168, « étron » dans le mot qui désigne le bousier c. 114, etc. 16 flotte ici comme précédemment, cf. <érät de 16 a, b et <ä- de 16 a; de même au Vald’Ajol on dit sërät, jérô jarret c.415. Le rôle de la voyelle postérieure ressort de la comparaison de « charrette » à charrue c.16s et du mot issu de *carrile qui désigne la partie de la grange qui se trouve en avant c. 395. Si 11, 13-15 disent edrä(y), charrue, c’est par analogie d’après « charrette ». C’est sans doute de même qu’il faut expliquer eds@r fouet c.355 des points 11 et 15, et sôyä sureau ,c.734 de 11, 14, 15.
Après avoir établi l’état actuel des parlers, il nous reste à en tenter une explication. Faut-il admettre qu'é est à la base de
PRÉ TMS
tous les faits, et qu’à et à en sont une évolution postérieure ? Faut-il au contraire admettre qu’à représente le traitement primitif dans les mots où il correspond à un a ancien? Quant à o de la région de Remiremont, il est nécessairement issu d'a.
Les graphies des documents anciens prouvent qu’e était très répandu dès le xrrr° siècle : cf. 1° ai : ai, à, NAL. 2531, 66, etc. lai, la, article, id. 88 b, etc., airieraiges id. 79, aicroixa[nlce id., aïquis, acquis, id. 93, aivoi[nne id. 111, waïrantir (peutêtre woi-) id. 104; 2° ei : cheizaus — a. fr. chesal 2542, 33 > 3° oi : woira[nltirai 2531, 42 ; 4° e: chescun 2529, 41, meniere 2530, 47, Wernison 2531, 71, cherrees (au sens de charretées) id. 83, merguerite 2542, 31, messeclier id. 73. Notons aussi les graphies inverses : paemens 2531, 91, saremens id. 88 b, laxie 2529, 41, sael id., chamin 2531, 88 b, etc. Dans ces conditions il est impossible de faire état de xaley déjà cité p. 34 pour conclure que devant / a subsistait ou avait déjà reparu à Remiremont vers le xrv° siècle.
L'extension et la régularité du traitement des villages de la Haute-Moselle qui, sauf devant / aux points 8 et 8, ne connaissent presque exclusivement qu’é, et la présence {rèquente d’ë dans le reste du domaine s'accordent bien avec les données de ces textes. De plus la comparaison des mots qui avaient anciennement e et où la succession e, 4, o n’est pas douteuse vient encore à l’appui. On doit donc conclure qu’à de la vallée de la Moselotte et du Val-d’Ajol est toujours issu d’un stade e, et qu'il en est de même d’x devant / aux points 8 et 8’. M. Meyer- Lübke, qui admet Gr. d. R. Spr., I, $ 349, qu’e est le traitement normal des parlers lorrains, signale la présence d’un r après o de nombreux mots d'Uriménil, mais sans en tirer de conclusion : en effet les faits précédents montrent qu’il n’y a pas lieu de faire état de la présence de ce phonème.
Mais comment faut-il expliquer les nombreuses irrégularités qui ont été relevées ? Une partie est peut-être due à des conditions phonétiques particulières : il semble bien que la conservation d’é dans « Barthélemy » 2° A, « il fallait » id., « taon » 3° B est attribuable à l’influence des voyelles claires suivantes.
Pour les autres cas on peut penser que nous sommes en présence de développements en cours : c’est ainsi qu'on pourrait expliquer le flottement de 8 et 8’ 3° A et de toute la vallée de la Moselotte 2° B. La résistance de l’état ancien est évidemment renforcée par le traitement des parlers voisins : nous en avons un bel exemple dans « râteau », p. 68, comparé à son dérivé rägtéli 17 a, 19 c, -lé 18, 21 a, 22 a ; celui-ci, ayant un caractère plus local, a développé à dans l’aire 17-22, conformément à la tendance de ces parlers, tandis que « râteau » a partout ë. Quant aux hésitations du point 16, elles tiennent à sa situation; d’autres ont un caractère plus individuel, telles qu’écéldt de 11 b 3° À, dont le € est également étranger, mälaf de 1rd, etc.
$ 52. Traitements divergents de l’ancienne diphtongue oi.
Les traitements"en sont si variés qu'il est nécessaire de faire plusieurs subdivisions ; encore réussira-t-on difficilement à trouver une explication pleinement satisfaisante de la façon dont s’est formé l’état actuel. Sans doute cette complexité si grande est partiellement due à des développements divergents ; mais les faits contradictoires auxquels se heurte toute interprétation, et la présence de nombreux cas de traitements doubles et même triples dans une même localité ne peuvent être attribués qu’au mélange des parlers.
1° 4, 6, Ü << ancien o& << e latin fermé libre ou suivi d’un phonème palatal.
Cette triple série de traitements se rencontre en premier lieu dans le cas où la voyelle, précédée d’une consonne autre qu'une labiale, est actuellement finale, cf. croit c. 232, droit cHla6r froid ch 67 EtTON LOM SOE SORA TOI MEN résulte de tous ces faits qu’à est le traitement de beaucoup le plus étendu, puisqu'il comprend toute l'aire 1-10, 16-22. La région de Remiremont offre à la fois les trois traitements, mais la répartition en est irrégulière : seuls 12 et 13 présentent 6 sans exception ; à Remiremont ÿ est également le plus usuel, mais 11 b a employé krä, crois, et drà, droit, 11 d kré; 14 et 15 .
ont # comme traitement principal, mais à y est aussi attesté par ‘étrô, étroit, de 14 b, et rd, roi, de 14 a, et par frô, froid, rà et sù, soif, des différents témoins de 15. Quant à /4 — fr. loir rat c. 638, nous en reparlerons plus loin. Au reste la régularité des localités 1-10, 12, 16-22 n’est qu’apparente : les points 8- 10, 16-19 disent dré dans de nombreux composés de « droit » servant à former des adverbes de lieu, cf. là-bas c.433 et là-haut c. 435 ; en outre 19-22 disent (r)dé il doit c.250, forme qui n’est explicable par aucune action analogique, tandis que (r)do peut être refait sur fo, vo, il faut, il vaut. Enfin il faut citer un certain nombre de formes verbales, la désinence à < eit du Val-d’Ajol à la 3° pers. sing. de l’imparfait de lindicatif, celle en à 1-10, 12, 16, ë# 11, 13-15 de même origine à la 3° pers. sing. du conditionnel, celle en à 12,ë 13-15, 17, 18, à 11 <Ceiz à la 2° pers. pluriel du futur, et enfin celle en à 12, é1-8/,18-22 << ois à la 1° pers. sing. ‘de l'indicatif présent, cf. lésKSTE TAN Trs 7e Tr2 | |
Cette triple série à, ë, à existe encore quand la consonne finale est maintenue dans les formes féminines droite c.261, étroitelc 327; froidec.567,-cfencore raide'c.636 NE; or dans ces formes l'extension d’é est plus grande que dans les mots précédents, réserve faite des formes verbales ; non seulement 11 d dit drèt et étrèt, et 13 une forme secondaire frét, mais éest le traitement de toute l’aire 17-22; enfin refroidir L. l’atteste également pour la vallée de la Haute-Moselle, où les témoins 5 c, d, 8/ b ont indiqué réfrédyé. Enfin dans ce cas le Val-dAjol présente à.
M. Horning, S 70, et M. Meyer-Lübke, Gr. d. R. Spr., I, 76, ont essayé d'expliquer les faits correspondants des parlers lorrains. Le premier admet qu’un stade ancien oi s’est réduit à o d’où est sorti 4. Le second, frappé par la coexistence d’o et a dans plusieurs localités, suppose qu'il s’est produit un croisement de deux groupes de parlers, et il ajoute : « o représente of et en est issu comme a d’ai; ainsi la perte de l'élément palatal est commun à toute la Lorraine ; mais la base est 41 pour le sud, oi pour le nord qui se rattache ainsi au messin et au wallon. »
Mais ces deux essais d'interprétation ont le grand défaut de passer sous silence le stade ë. Il est vrai que, en dehors de notre domaine, il est actuellement peu répandu dans les parlers vosgiens : M. Haillant signale, s. v° 50, sé, soif, sei, soir, de Hadol (canton de Xertigny, arr. d'Épinal), à quelques kilomètres d'Uriménil, et d'autre part M. Edmond a recueilli à Arches (canton et arr. d'Épinal), n° 67 de l'AL. dfè, droit, -t, droite, étfët, étroite, réf, raide (m.), sé, soif, sé soir, {&, toit. Or ce stade éest très important; car il paraît difficile de le considérer comme issu d'a dans notre domaine. Au contraire il est très tentant de le considérer comme l’état le plus ancien d’où à se serait développé normalement en position finale : la forme de « refroidir » de la vallée de la Haute-Moselle est inexplicable autrement. Enfin /à, rat, de Remiremont et de Saint-Nabord, et qui existe aussi à Uriméhnil, cf. la graphie /4 de Haillant, suppose un stade antérieur /à, dont l'à a été allongé peut-être sous l'influence des mots en à tels que « renard », K 1. Il résulte de tout ce qui précède que l'explication de M. H. ne convient pas à notre région, et qu'il est préférable d'y considérer à comme issu d'à, luimême postérieur à & : cette interprétation est notamment appuyée par le traitement d’avez c. 69 et $ 115, et par celui de « coi » signalé À 35 où, grâce au groupe initial kw, l’état ancien de la voyelle a été conservé.
Il reste maintenant à expliquer comment e est sorti du stade oi attesté abondamment par les documents médiévaux, p. ex. hoirs NAL. 2530, 47, etc., doit (3° p. s. ind. pr. de devoir) id., trois id. 2531, 68, etc., droit id., id. 113, etc. Quant à l'hypothétique ai de M. Meyer-Lübke, je n’en ai relevé aucune trace, pas plus que de graphies en o, sauf devant e, cf. plus loin, 3°. A mon avis oi a donné naissance ici, comme après les labiales, cf. $ 8, à we qui, après les consonnes autres que les labiales, s’est réduit à e. Le stade we est encore attesté par plusieurs formes des parlers limitrophes de la Franche-Comté 23-25, à savoir duë, doigt, 23, rwë, roi, 24, id., raîde, 23, 4 24, 25, swë, soif, 23, -d 24, 25, lwd, toit, id. On peut en outre noter que M. Grammont a adopté une explication semblable pour le parler .
de la Franche-Montagne, p. 81. Mais de toute façon il est remarquable que nulle part le traitement ne soit complètement cohérent. Dans la région de Remiremont 11, 13-15 nous avons certainement affaire à des faits de mélange ; ailleurs cette explication, tout en étant possible, n’est pas nécessaire. Il semble bien, en effet, que la phonétique syntactique ait joué un rôle important dans ces développements irréguliers : en éffet au Vald’Ajol & et dans la vallée de la Moselotte ä ne se développent qu'en position finale, mais devant consonne on trouve respectivement 4 et é, cest-à-dire que les voyelles tendent à s’y fermer dans le premier cas et à rester ouvertes dans le second. Cette explication permet également d’éclaircir les particularités des morphèmes cités dans les pages précédentes, # de la 1'° pers. sing. de lind. présent usité, même dans la vallée de la Haute- Moselle, où ä se manifeste cependantavec une grande régularité, etc.
Par contre devant s, x, oi a eu un développement différent ; la spirante a été palatalisée, et o a persisté, comme le montre le traitement de « trois », p. 45, et de connaître L.;si croître c.23$ a cependant un à dans l’aire 16-22, il faut sans doute attribuer cette anomalie à la 3° pers. sing. de l’ind. présent krä 19 c, 20 a, 22 a, où la chute ancienne des consonnes finales à dû laisser oi intact, et qui a donc pu se développer comme dans les mots de la série précédente. Ailleurs au contraire c’est l'infinitif qui a réagi sur cette forme, d’où krd 2 a, c, 4a,$ b, 7 a, 8! a, 11 a-c, 15 b. De même devant y le y a été absorbé, et nos parlers présentent tous 0, cf. lôg < ligna 1 a, b, c, 2a, 3 b,5 d, PVO NÉN OMS tro, ca22ra7 nt br LS" 10m 12 a2büûch'é debois L., cf. aussi loingnes NAL. 2531, 83. Sur le dérivé laué du Val-d’Ajol, cf. infra, À 64.
D Hp ra oi. devant r; lb:
Il faut étudier à part les mots dont la voyelle est suivie de r ou /, parce que la répartition des traitements actuels est tout à fait différente de la précédente ; cf. asseoir c.47, chandelle c. 153, étoile c.319, genièvre c. 382 dont les représentants correspondent à l’a. fr. genoivre, seul normal, comme on le sait, noircir c.$25, seigle c.7or (cf. dans les documents médié-
vaux soile NAL. 2529, 41, etc., issu régulièrement de sécale) et dans le Lexique les représentants de mustela belette, croire, noir, toile, les représentants du fr. choir tomber, tonnerre, verre, voir. Dans cette série, comme dans la précédente, la consonne qui se trouve devant la voyelle est autre qu’une labiale; « verre, voir » y ont été entraînés par l’influence du 7, mais le développement différent de « boire, poire », cf. Ç 8, montre que cette influence pouvait être annihilée par celle de la labiale. Le traitement de beaucoup le plus étendu est é qui comprend régulièrement l'aire 1-10, 16-22. Les parlers de la région de Remiremont au contraire sont hésitants et présentent dans des proportions différentes les trois stades é, &, 6. C’est à Remiremont qu% a le plus d’extension : 11 a, cl'emploient dans « asseoir, chandelle, choir, croire, noir, toile, verre», 11 a dit aussi nôeé et 6, noircir ; par contre 11 b, sauf sû/, seigle, ne connaît que des formes en é; enfin 11 a, d disent fyénär, tonnerre, II Cfi-, II a, c, e wär, verre, II d nagé, noircir. Aux points 12, 13-15 à et d sont beaucoup moins usuels qu’é : à côté des autres mots qui sont en é 12 dit wär, noir, näryé, noircir, Wär, Verre, 13 wôr, verre, 14 a sl, wor, verre, {yénär et hésite entre wäret wër, voir, 15 a ditmôtol, belette, nov, genièvre, sol, et 15 c wär, voir. Notons enfin qu’« étoile » n’a partout que des formes ené et que « genièvre » n’en a pasen à Remiremont. Des hésitations analogues se retrouvent fréquemment dans d’autres parlers vosgiens:il sufht de comparer les formes d’Uriménil et des localités de PAL. Ici encore lapparente régularité de l’aire 1-10, 16-22 est démentie par d’autres faits : la carte 802 je verrai donne en effet des formes en à pour l’aire 8-10, 16-22 eten 4 pour l'aire 1-7, et les futurs et les conditionnels d’« asseoir, croire, choir » sont semblablement traités.
Les parlers limitrophes de la Franche-Comté attestent, comme dans le cas précédent, le stade we par quelques formes de 23-25 : nwär 24, 25, nwèr 23, swël, seigle, fwël, toile, 23. Par contre le développement des parlers vosgiens semble avoir été tout autre; en effet si on admet, comme pour les mots étudiés plus haut, qu’e est sorti de we, la genèse d’à et 0 dans les futurs.
et les conditionnels d’« asseoir », etc., dans les deux vallées devient tout à fait obscure. Au contraire si on considère qu’, après avoir couvert les deux vallées, est devenu 4 puis €, les formes des futurs et des conditionnels apparaissent comme des vestiges des étapes antérieures. On est amené ainsi à adopter, conformément à l'explication de M. Horning, que devant r, , oi, au lieu de passer par we, s’est réduit à 0. Le traitement d'huile L., él partout sauf 6] 11 a, formes qui procèdent de l’ancien oile, appuie cette interprétation ; il est plus difficile de faire état de chaîne c. 149, et de eanät, chaînette, de 12 à côté de con, chaîne. Il n’y a pas de contradiction à proposer deux explications différentes, l’une pour les mots où la voyelle estsuivie de r, l, l’autre pour ceux qui ont été traités p.91 sq. ; cette diversité s’accorde bien avec lasituation de notre domaine, limité au nord par des parlers qui semblent, ainsique M. Horning l’admet, ne connaître we dans aucune des deux séries que nous venons d’examiner, et au sud par d’autres parlers qui ont we dans toutes les deux. 3° Traitement d’oie, d'origines variées, en syllabe tonique.
D'après les faits fournis par craie, sillon dont les représentants correspondent au fr. raie lat. riga, soiede porc, taiede duvet L., doigt c.256, qui correspond, dans toute Paire 1-11, 13-18, à l’a. fr. doie <C *dita, monnaie c. 506, quelques formes de courroie L. et de voie id., le traitement dominant est üy, semblable à celui d’oie L. On trouve cependant quelques divergences : « courroie, raie, taie » ont sporadiquement des formes avec w, et « voie » même n’en a pas d’autres, en outre il faut signaler (r)däy il doit c.250, si cette forme représente l’ancien subjonctif doie NAL. 2531, 79, cf. aussi Schwan-Behrens, $ 413, qu'on trouve déjà avec la fonction d’indicatif id. 2542, 42, etc., cf. sur ces formes en # $ 62; surtout il faut remarquer les formes en 4y de « monnaie » dans l’aire 16-19 et de « craie » et « soie » dans l'aire 17-19.
Il n’y a pas de raison de douter qu’ôy ne soit issu directement du stade ancien oée. Mais dans ces conditions 4y des localités 16- 19 doit être considéré comme un développement récent qui existe au reste dans d’autres parlers vosgiens, cf. Horning, $ so,
he.
et les cartes de l’AL. correspondant à nos mots. Les documents du Moyen Age ont régulièrement la graphie os, p. ex. monoie NAL. 2530, 47, me- 2531, 68, banvoie id. sire bueves dix des loyes 2542, 24, où loyes équivaut au fr. loge <Z german. Jaubja et désigne probablement la commune d’Éloyes du canton de Remiremont, aujourd’hui 4 ou & loy suivant les parlers, Éloyes L., très rarement 0e, p. ex. sont, soient, 2529, 41. Quant aux formes de plie c. 588, on ne peut pas les utiliser, car il a pu se produire des réactions analogiques, comme on le verra plus loin 5° et À 143.
4 a,e, o <T oi devant ancien / < e latin fermé.
Les parlers manifestent dans cette série une remarquable régularité, cf. bouteille c.rrs, les représentants du fr. corneille corbeau c.211, corbeille c.212, oreille c.534, les représentants du fr. selle seau c. 695, etc. Les localités 1-8’, 16-22 ont régulièrement ày, exceptionnellement allongé dans « corneille » au point 22, et 12 ay le plus souvent long; 9, 10 forment une petite aire en &y, 11, 13-15 une aire en üy; seul le témoin 11 b hésite, disant à La fois bôtoy, hünoy, drôy, bütey, séy, pwérèy pareil L. et korbäy.
Le traitement éy de 9, ro est particulièrement intéressant, et doit être rapproché des nombreuses formes en # étudiées plus haut 1° ; il faut d'autre part noter le dérivé s#y0 seau c. 696 des localités 1-10, 16. Il semble bien que nous ayons dans ces formes la réduction d’un stade ancien we, tel que nous l’avons adopté p. 92. On sait qu’au Moyen Age «il est devenu oil dans les parlers orientaux, cf. Meyer-Lübke, Gr. d. R. Spr., I,S 86, et dans nos documents consoil NAL. 2531, 71, 78, etc. ; et ce groupe oil a pu soit se réduire directement à oy, comme M. M. L. l’admet, soit, comme nous le supposons, se développer en o, wel, el, ey, ay, 0oy. Parmi les formes des parlers limitrophes de la Haute-Saône on notera swéyô, -dy- seau c.696, qu'on peut rapprocher de formes que j’ai recueillies, loin de notre domaine, à Besançon künwéy, corbeau, swëy, seau, cf. aussi Grammont, La Franche- Montagne, p. 90, qui adopte une explication semblable à celle qui est proposée ici.
s° a, e, o en syllabe protonique <° & < e latin ouvert ou fermé devant palatales.
La plupart des mots appartenant à cette série sont des formes verbales ou des dérivés; aussi de nombreuses réactions analogiques ont-elles compliqué l’aspect des faits actuels, cf. pour le traitement des formes atones d” « asseoir, croire, voir, broyer, plier », $ 143. Mais si « scier », employé partout au sens de faucher c. 336, noyer, nier Z. ont dans l’aire 1-8’ une voyelle é issue des formes toniques, et si le dérivé en ette qui désigne une espèce de petite scie, cf. c.691, est également refait sur le simple « scie » c. 692, ces mots présentent au point 12 à, aux points 11, 13-15 d et dans les localités 9, 10, 16-22 &, qu'il est difficile de considérer comme analogiques. De même si säyo et süyô seau c. 696 doivent peut-être leur voyelle au simple « seille », séyd paraît bien attester un état ancien. Il est donc probable que dans toutes ces formes & représente la réduction de we que l'aire franccomtoise 23-26 conserve encore dans les formes de « seillon » citées plus haut, swéyi, faucher, de 23, duëye dé L. de 23-26, wéyôt oie L. de 24-26, etc. ; cf. aussi Grammont, La Franche- Montagne, p. 83 sq., et la graphie oi des textes anciens, p. ex. proiier NAL. 2531, 66, proie id. 83 a, 89, etc.
$ 53. a, e, o << e issu d’e latin fermé et entravé.
1° Les parlers de 11 à 22 sont relativement réguliers ; mais l'aire 1-10 présente des faits si compliqués que linterprétation en est aussi délicate que celle du paragraphe précédent. Si l’on considère le traitement des motsbouc c.105, dérivé avec le sufhxe ef, char- OU CORO TO PNCDalS C0) ILES. C1323, .{raicheftc363, mêle-toi c.487, sec c. 697, seize c. 702, on peut établir (en laissant de côté les variations de la quantité et du timbre de « seize » dans l’aire 11-15) que 16-22 ont à, 1-10 6, II, 13-15 ë, 12 den position finale et 4 devant consonne d’une façon analogue au traitement exposé p. 90 sq. Mais la régularité de cette série qu’on pourrait cependant allonger est contredite par le traitement de quelques mots. Réservons le cas de même c. 488,
ASE
de veuf c. 788 et de « faible » évanouir c. 329, en raison des consonnes labiales. Mais 8/-10 disent #räz, 11 b-s,15-45, 114, c, 13,14 -éstreize c.765, ce qui est en désaccord avec le traitement de « seize » ; dans cercle c. 144, crèche c. 226, les représentants de « flammèche » au sens d’étincelle c. 317, neige c.$20, vert c. 787, 1-8 ont des formes en à, 9 et 10 disent krèe, nëj, 9, 10, 16 sék, 20 a nëj, 11 b à la fois née et ë nde (nous négligeons ici les variations de la quantité et du timbre de « neige », comme plus haut celles de « seize »). # de « neige » provient sans doute des formes verbales atones, cf. plus loin 2°. Mais pour les autres mots toute tentative d’explication dépend de la façon dont on interprète le développement de toute la série. Or des explications variées ont été proposées, principalement par MM. Fœrster, Horning et Meyer-Lübke. M. Forster (dont je résume l’opinion d’après M. H.) admettait que la voyelle e a passé d’a à 0. M. H., $ 70, objecte qu’en ce cas la conservation d’e ouvert entravé ne s’explique pas; mais il faut ajouter que les exemples sept L. et des mots en elle tels que « selle » au sens de chaise id. sont peu nombreux et ne sont pas à l'abri de toute discussion ; on trouve notamment le traitement 6 non seulement dans ômä 2 c, $ d, 8 f, 19a, 27 a, 13a, 144, 15b = à. fr. aesmer << adaestimare Meyer-Lübke, EW. 139, éstimer L., mais dans 0e 2 c, $ d -= fr. éche esca amorce ZL., cf. aussi aukhe Hingre. Quoi qu’il en soit, M. H. conclut quo doit être antérieur à a et, rapprochant le traitement d’e fermé entravé de celui du même e libre, il propose de considérer o comme issu d’o. M. M.-L., G.d. R. Spr., I, 112, modifie l'explication de M. H., comme il l’a fait pour e fermé libre, et suppose qu’o et 4 sont originaires de deux centres; mais ce ne sont plus les mêmes que ceux qu’il avait admis pour o et a issus d’e fermé libre. Celui d’o serait méridional (bourguignon), celui d’a septentrional, et tandis qu’o se serait développé doi, a aurait passé par les étapes e, é, à. Mais si 4 vient des parlers septentrionaux, on ne voit pas comment il a pu pénétrer au Val-d’Ajol tout entouré par o, et on peut soulever la même objection pour les parlers de la vallée de la Moselotte. En effet les données
para) anis
d'Adam, de Horning et de l’AL. permettent d'établir un traitement o pour Gérardmer (où du reste les faits sont assez incohérents) et Le Tholy: pour Gérardmer, cf. H., 6 58, AL. point 76, pour Le Tholy Adam boucho, bouc, p. 304, proté, préter, p. 363, fourot, rouet, p. 368, etc. Faut-il donc se rallier à l'explication de M. Horning? Cette hypothèse de la diphtongaison d’e en oi me semble cependant se heurter à de sérieuses difficultés dans notre domaine. On n’a pas remarqué que dans des mots tels que « seize, treize », s'ils avaient passé par le stade oi, la spirante finale aurait dû être infectée par le y comme dans «trois », p. 45, dix c. 254. De plus les documents médiévaux ne connaissent pour ainsi dire pas la graphie o ; les seuls exemples que j'en ai relevés sont moime NAL. 2531, 71, moiinme 2542, 37 ; et si j'ai eu raison d'admettre, p. 92, qu'oi <'e fermé libre est devenu we puis e, cette graphie s'explique aisément. Au contraire la graphie a est très usuelle, cf. #raze 2537, 108, rematre id. 71, abbasse id. et surtout des noms de personnes tels que jannate id. 91, etc.; o est plus rare, cf. jannot id. 90 et aussi abbausse 2529, 41.
Il me semble donc qu’il faut revenir à l’opinion de M. Fcœærster : éëtlä, nom de lieu-dit de Ferdrupt, en français Le Châtelet, indiqué par 7 cet confirmé par d’autres patoisants, atteste encore l’état ancien de la région de Ferdrupt. Les particularités de « treize » sont sans doute dues à des faits de mélange de parlers ; üf, êtes, de Val-d’Ajol est analogique, cf. © 133, s6k, cercle, de 9, 10, 16 peut être considéré comme une adaptation récente du français, de même que säk. Dans « vert » r aujourd'hui amuï à pu contribuer au maintien d’#. Mais il reste bien des faits obscurs : faut-il admettre que la voyelle s’est diphtonguée devant une palatale dans « crèche, neige », comme on le voit au point 23 qui dit nwëj, swêé, sèche, -7, sécher, et aussi huëji léger c.444; « sèche » et « sécher » devraient leur traitement anormal dans la vallée de la Haute-Moselle à l’influence de « sec ». Il ést au reste possible que ces faits contradictoires doivent en partie leur origine au mélange des parlers. La chose est certaine pour « dès » qui se dit da et do à La Bresse d’après
RS MLOOEE
Hingre, et je ne vois pas d’autre explication pour k & s k « qu’estce que » que L., usité dans la vallée de la Moselotte, à côté du traitement avec à de « qui est-ce que » qui c.632. Enfin il est possible que la conservation d’à dans un certain nombre de mots de la vallée de la Haute-Moselle et au Val-d’Ajol y soit due, comme nous l’avons également admis p. 93, à des phénomènes de phonétique syntactique: à ne se serait normalement fermé en ë qu'en position finale et aurait tendu à se maintenir devant consonne, la forme masculine de « vert » serait refaite sur le féminin; et on expliquerait de même lé de la petite aire 9, 10.
2° Il convient d’examiner à part le traitement que les parlers de la vallée de la Moselotte présentent dans les verbes blesser c. 102, nettoyer c.$23, prêter c.615,sécher c.700, les représentants de *“fittiare téter c.748. Ces parlers ont conservé & dans la syllabe protonique ; cependant les formes toniques l’ont fait reculer dans plusieurs de ces mots; parfois au contraire £ est complètement tombé: « blesser » seul offre encore é dans toute l'aire 16-22, dans les représentants de *tittiare ë est limité à r19- 22, de même dans « prêter » (22 a doit prätä à ses pérégrinations), dans « sécher » il ne comprend même que 20 et 21, quant à « nettoyer » érnétyé n'a été indiqué que par 19 a, parce que la forme française a chassé les formes patoises, mais Hingre donne encore nétié, et l’on peut en outre citer aifièvelé, affaiblir, Hingre; # a mème pénétré dans les formes toniques, cf. p. ex. prét 19a, 20 a, 21a,e, 22 b, biesse, Hingre s. v° biessé. Par contre il est complètement tombé dans f5ÿé 19-22, sûé 20, 21, njé 20 a, dont on peut rapprocher ce que Hingre dit s. v° nagé: « on dit aussi negé, à l’infinitif, et aux part. plus spécialement. »
$ 54. Traitement d’ancien oi en position finale ou devant consonne et d'ancien oi devant #, tous deux après labiale.
Les phonèmes dont nous avons à parler ici ont plusieurs origines: on sait en effet qu’en plus des cas où oin, oine correspondent aux mêmes phonèmes du frañçais, les parlers orientaux traitent par on, oine tous les mots où e fermé latin libre se trouvait devant une nasale et après une labiale, cf. sur ce point
ON KO Dee
Meyer-Lübke, Gr.{d. R. Spr., I, $ 89 et 92. Nous y joignons également « bon » dont la forme ancienne était régulièrement buen, attestée dans les documents de Remiremont par les graphies hoin NAL. 2529, 41, etc., boinne 2531, 71, 78, etc.
La complexité des faits provient moins de [la nature des innovations qui sont simples que de la variété de leur extension. On peut les résumer de la façon suivante : le traitement we, par dénasalisation w%, existe säns concurrence dans les localités 8, 8, II, 13-15, une innovation w0, par dénasalisation wÿ, s’est produite dans les localités 1-7, 9, 10, 16-22, une autrewÿau Vald'Ajol. Mais la persistance de l’état ancien dans les points 1-10, 12 donne à leurs parlers un aspect assez incohérent. Considérons d’abord le phonème w# dans les mots foin c.353, moins c. 502, poing, point c.sgoet bon c. 104. Les isoglosses de ces cartes n'offrent à peu près aucune différence. C’est d’une part le traitement ancien we dans les localités 8 et 8/, dénasalisé en we dans l'aire 11, 13-15, d’autre part deux prononciations nouvelles d’origine semblable wä au point 12, w0 dans les locatés 1-7, 9, 10, dénasalisé dans l’aire 16-22. Ce développement a dû se produire assez récemment, car 2 c connaît encore la forme archaïque bwësä, bonsoir, cf. aussi les faits étudiés plus loin. Quant à mwë, moins, de 2 c, 4 a qui emploient aussi mw), il est moins probant, car ce mot est combattu par l’expression # mi à, de sorte que mwë est peut-être simplement repris au français.
Devant consonne, dans dimanche c.252, les faits sont assez différents, puisque dans ce cas la vallée de la Haute-Moselle conserve wê, w nese trouvant que dans l’aire 16-22 ; dans les localités 11, 13-15 la nasalisation a été maintenue par la quantité longue de la voyelle, et 12 se joint à ces localités.
Quand oi se trouvait devant ne, dans avoine c.63, peine c. s62, veine c.780, 9 et 10 se joignent à la vallée de la Moselotte, tout en s’en distinguant par la nasalisation de la voyelle, et 11-15 sont également d’accord, sauf quelques variations sur la quantité. Sifaner c.335 et mener c.490 peuvent être cités ici, c'est que dans la plupart des points l’infinitif et les formes
se LOPIE=
atones sont refaits sur les formes toniques. Or, en dehors de modifications analogiques survenues dans « mener », cf. 6 143, fuwônà et mwdnä sont en lutte dans la vallée de la Haute-Moselle avec les formes plus anciennes fiwvénä et mwénä. La plupart des localités et même beaucoup de témoins participent à cette lutte; on en jugera par le détail des faits suivants :
fivenaix a ba e:12/b, 3e, 4 4: 5 ad, 7a,b:
muwënd 1 a, b, d,e,2b, e,4c,5a,c,6a, f.
fuina-d;:2/a7 03 ba, buse PE:
mwonà 2 a, c, d, 3b,4 a, se,f, 6a, b,7b.
Si parfois certaines localités paraissent ne pas connaître les deux traitements, c’est l'effet du hasard ; une nouvelle enquête modifierait certainement ces données, et l’on peut assurer que 1, 3 et 7 en sont au même point que 2-6 ; # mwÔnë, je mène, du témoin c l’atteste pour 1. Le traitement de « faner » s'explique aisément par l’influence de « foin », comme celui de « bonne » par celle de « bon ». Quant à « mener » il a sans doute été entraîné par « faner », car wo ne peut pas y être régulier, étant donné le traitement d’ « avoine, peine, veine ».
Les différents traitements qui viennent d’être exposés proviennent pour une part du développement spontané de wë par réaction de la semi-consonne labiale sur la voyelle; des faits analogues existent dans l’aire 23-26, dont 23 dit toujours wÿ, 24- 26 we, wë ou wë. Cependant seule la vallée de la Moselotte présente un traitement uniforme wÿ. Sans doute les différences de « foin », etc., d’une part, et de « dimanche » etc., de l’autre, dans l’aire 1-7 peuvent s'expliquer phonétiquement, car la consonne finale de « dimanche », etc., a pu entraver l’action du w; cette explication convient aussi aux faits du Val-d’Ajol, et si 9, ro ont wé dans « dimanche » alors que tous les autres mots y sont en wo, wôn, on peut attribuer cette conservation à l’action de la palatale finale. Il est probable cependant que le maintien de l’état ancien dans ces différents cas a été favorisé par la persistance de cet état dans les localités voisines.
L’exception que constitue mär << lat. minor, très usité dans
notre région, cf. mauvais L., et dans d’autres localités lorraines, cf. Adam, p. 269, manre (Landremont, canton de Pontà-Mousson, M.-et-Moselle), ne peut pas s'expliquer par un développement particulier; c'est un mot vraisemblablement refait sur un ancien verbe amanrir qui paraît être aujourd’hui disparu,
cf. amanriz NAL. 2531, 71, -ries id. 78, etc.