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TRAITEMENTS PARTICULIERS OU ACCIDENTELS

La nature des traitements réunis dans ce chapitre est très variée : outre de nombreux faits d'origine analogique, on y trouve des développements qui ne se manifestent que sous la forme de tendances, ou encore des développements dont l'aspect accidentel est dû à leurs conditions particulières. C’est précisément le cas des faits d’assimilation, de dissirnilation et de métathèse qu’on rencontrera ici. Il est bien vrai, comme M. Grammont l’a montré pour la dissimilation consonantique, que ces phénomènes ne sont pas des accidents, mais, comme « pour telle, ou telle langue en particulier. ces lois sont des possibilités », il arrive souvent que dans leur application elles revêtent l’apparence de faits accidentels.

À. — Vocalisme.

$ 55- Changements réciproques d’u en z et di en s.

Le développement d’# en ise présente dans un assez grand nombre de mots de dates diverses, mais avec une extension très variable. Le pis de la vache, désigné par des formes issues du latin uber, pis c. 582, a partout z. Le représentant de l’a. fr. tuit tout L. à conservé “ en quelques points : fü a été employé par 2 c, 4 a, 12 b, 13 b, tandis que la grande majorité des autres témoins disent #, quelques-uns seulement se servant de #6, mais dans le composé trestuit la forme avec à existe seule, cf. tous c.761. « Un » protonique, c’est-à-dire en fonction d’article, se dit i(#) partout; mais quand il est tonique avec la valeur de nom de nombre, än et än persistent dans l’aire 1-15, cf. un c.775 et aussi les composés chacun c. 148 et quel-

qu’un c.629. « Du » se dit di partout sauf une autre forme dè de 11 et 13, etlon comparera encore enclume c. 290, dont le m, à côté du # des parlers franc-comtois, semble au reste révéler une influence française.

L'origine d’i dans ces différents mots est variée. Dans « du, tuit, un » nous avons affaire à une délabialisation d’# en position finale ; dans (£)kim, kim, enclume, il y a eu assimilation de Vu au y du groupe ky au stade disparu ékyum ; dans lés représentants d’uber, i est dû à une dissimilation de l’# sous l’influence de la labiale voisine, phénomène qu’on retrouve dans des mots plus ou moins anciensrhume c. 659, miné de 17 et 22 meunier c.496, mitre et -à de la vallée de la Moselotte taupinière c.744 (cf sur ces formes & 151), buffet c.127.

Les causes du développement d’? en # sont plus obscures. Dans certains mots # semble s’être substitué à z par suite d’influences analogiques. C’est ainsi que le représentant d’un ancien type *charril << Ycarrile, qui désigne la partie de la grange qui se trouve en avant c. 395, se dit æérä dans les localités $, 19-22, peut-être d’après « charrue ». Dans le mot qui signifie coin de la maison c. 196, ängrü de seul point 19, à côté des formes en : qui dérivent d’« angle » plus le suffixe féminin ? correspondant au fr. £e, doit probablement son % à une substitution de suffixe. Mais il reste quelques autres mots dont l’# ne peut pas s’expliquer ainsi. Il semble qu’il se soit produit une véritable « confusion » entre et, comme le dit M. Grammont à propos de faits semblables du parler de la Franche-Montagne, p. 60 sq. Au reste il faut ajouter que ce traitement est attesté dans nos parlers par des mots qui peuvent y avoir pénétré avec cette voyelle. On ne peut pas faire état des représentants d’« artisan », au sens de mite c. 500, car, outre que ce mot est probablement emprunté, les formes anciennes, cf. D. G. s. v°, ne permettent pas d’en établir le premier type. müréy miroir L. des témoins 11 2, c, 134,144, 1$a,rideau c.660, gibier c.389 sont des emprunts. # n'existe dans siet aussi L. qu’au Val-d'Ajol, qui dit £ù et o6n, d'accord avec l’aire franc-comtoise qui emploie + et deu. Hérisson c.407 demande quelques explications : #, qui

couvre une aire considérable, représente très probablement un ancien ? qui provenait d’une assimilation de la voyelle initiale à l; intérieur. L’AL. donne une forme ÿrs0 pour Gérardmer point 76, et Meyer-Lübke, EW. 2897, irson d’après la Faune populaire de Rolland, mais sans préciser le dialecte. frsô et des formes connexes avec À sont très répandues dans les parlers d’Ardenne, d’après Ch. Bruneau, Enquête linguistique sur les patois d’ Ardenne, Paris, Champion, 1913, s. v° hérisson. Par contre les formes avec # ne sont pas nombreuses dans les parlers voisins de notre domaine ; lAL. ne donne qu’#rsô à Champ-le-Duc 77 ; d’après Haillant on dit eurson à Uriménil ; mais il est possible qu’# ait eu une plus grande extension, car æ peut en être issu. C’est pourquoi on ne peut pas affirmer qu’ se soit développé dans notre région et n’y soit pas importé. Quoi qu'il en soit, le même ä se retrouve dans les représentants du verbe « hérisser » au sens d’exciter c. 331, cf. infra, $ 151. Pour les formes de chez c.18$ quiont #, cf. 69.

$ 56. La nasalisation.

Les réserves que j’ai dû faire © 38, 2° et sur la valeur de mes graphies et sur l’interprétation des voyelles nasalisées devant n, m s'appliquent également ici. Toutefois, en dehors de ces cas discutables, tous nos parlers en présentent d’autres où une voyelle a été incontestablement nasalisée sous l’influence d’une consonne nasale précédente.

ï est nasalisée à peu près partout dans chemise c. 173 et le mot qui signifie mèche de fouet c. 485 et qui n’est autre que le participe passé du v. « mettre ». m27 de 15, 20, 22 est la forme du français populaire, mis de 11,-7 de $, 8' un mélange de cette forme et du traitement patois.

Les faits concernant e sont à la fois plus nombreux et plus variables : seul mercredi c. 491 présente ë dans presque toutes les localités, minuit c. 499, à cause de ses deux nasales, l’offre davantage quemoitié c. 505 et que le représentant de l’a. fr. mitan au sens de milieu c. 498 (ce mot est, comme on sait, d’origine contestée ; M. Mever-Lübke, EW. 5462, adopte mediu tem-

bus, et nos parlers postulent un étymon avec une voyelle identique à celle de « temps ») ; mênô mancheron c. 470 est isolé au point 12, et l'influence de mé, main, y est probable. Mais on dit mêm même c.488 et L. dans l’aire 1-9 et les localités 16, 17, et la nasalisation est fréquente dans des mots empruntés au français assez récemment comme « ménager » au sens d’épargner c.304, médol 8' c, 14 a, b, 16 a médaille L., etc.

La nasalisation d’o est plus festreinte : elle est rare ou non attestée en dehors de la vallée de la Haute-Moselle, cf. messe C. 493, nettoyer c. 523, mÔté — a. fr. moutier 2 a, c, e, 4 b, sa,f,6 a,8 béglise L., knde 2 b, c, e connaître L., pwërem, à cause de, 2 c, 8’ b, pér-, parce que, $ g, formé de « par amour » amour L., à côté desquels nô, -z nos L. a été employé par 11 a, c, 12 a, 14a et nô nous L., pronom tonique, par T2) ec)

Celle d'a n'est attestée que par mäs, messe, du Val-d’Ajol.

Il faut en outre noter que quelques cas de nasalisation se produisent sans consonne nasale voisine, cf. pigeon c. 578, les représentants du dérivé d’une forme disparue issu de pectus au sens de trayon c.764, cf. Horning, $ 42, le mot épwes de 5 à, c, d,g moment L. qui me paraît représenter le fr. espace, cf. Haillant epoéce ; $ c, d disent même pe épwés, avec nasalisation de pwë, par; enfin jarret c.415 offre aussi dans la vallée de la Haute-Moselle une curieuse nasalisation de la finale. Quant à persil c.s72 qui a un ? dans les deux vallées, il est moins probant, car ce peut être un mot étranger.

Les causes de la nasalisation de ces derniers mots sont obscures. Mais, même dans les autres exemples, l'exposé précédent montre qu’elle se produit d’une façon accidentelle. En somme nous sommes en présence d’une tendance dont l’action est très irrégulière, parce qu’elle s’est rencontrée avec la tendance contraire à la dénasalisation dont on a vu le succès ( 38.

$ 57. Traitements particuliers des voyelles nasales.

1° Traitement de « gendre ». ’ Gendre c.38r présente dans les deux vallées une voyelle

ë&, souvent dénasalisée : nous avons affaire ici à une conservation

de l’état le plus ancien et, d’après le traitement de tr tendre

L., cette particularité est due à la palatale initiale. | 2° Palatalisation de la voyelle nasale.

Une palatale suivante a causé le développement d’4 en & dans changer c. 154, planche L. partout sauf au Val-d’Ajol, et la comparaison de chambre c. 151, chandelle c.r53, etc., montre que la palatale précédente n’exerce pas la même action. Quant à grange c. 394, manche c. 468 qui ont un traitement semblable, il est possible qu'ê se soit développé très anciennenement, quand la syllabe tonique était encore libre, comme on admet pour chanvre c.155. Manger c. 472 se distingue des mots précédents, non seulement parce que la palatalisation est attestée partout, mais parce qu’elle a abouti à des phonèmes variés : outre les formes dénasalisées des points 12-14, 20 et 21, la voyelle est 7 dans les localités 11 et 22. C’est un fait connu que dans de nombreux parlers gallo-romans « manger » a un traitèément particulier, cf. AL. c. 809.

C’est encore à une palatalisation (+, £, € initiaux sont postérieurs au développement d’?, causé par les phonèmes suivants) qu’est dû ? de sanglier c.68r dans tout le domaine, et pour lequel il est inutile de supposer un type “*singulare, comme le fait M. Horning © 68, avec quelque hésitation, il est vrai; et c’est de la même façon qu’il faut expliquer [5 d’ongle c.533 dans aire 1-17. M. H., $ 105, déclare qu’un type *#ngula en rendrait bien compte, mais il est invraisemblable, et la persistance d’ô dans l'aire 18-22 prouve clairement qu’? est récent. L’AL., c. 942, donne même la phase intermédiaire & : & 69, &yôt 59. On ne peut pas objecter que les formes de l'aire 18-22 sont peut-être empruntées au français, car un dérivé inconnu du français et qui désigne les ongles de l’espèce bovine présente le même traitement : #35 2 a, s a, -gy- 7 a, 8" b, 9, -8t 13 a, 14 a, -dt 17 a, mais Ogyät 18, ôñg- 19-22 et aussi ôgyôt 6 a. Quant aux formes de rumigare ruminer L. qui ont partout ë, à côté du fr. ronger, cf. D. G., ronger 1, et Meyer-Lübke, EW. 7440, elles

peuvent s'expliquer diversement.

Enfin il faut noter le traitement 3 qne l'aire 1-7 présente dans chien c. 186 et le mot régional qui désigne les petits bardeaux c. 83 et qui est issu d’un type *assianu. Ce développement localisé dans la petite aire 1-7 doit être assez récent et s’est vraisemblablement produit après l'absorption du y par la palatale précédente, cf. Ç 39, puisque bien L., etc., ne le connaît pas. M. Horning, Ç 7, note 1, a donc tort d’en rapprocher le procès de l’a. fr. jist € jacet. Toutefois il il est curieux que tous nos parlers aient au pluriel de l’imparfait une terminaison 7 qui correspond à un type ancien fens, cf. Ç 136, et dont le désaccord avec « chien » dans les localités autres que l’aire 1-7 vient sans doute de ce que nous avons affaire à un morphème et non à un mot.

$ 58. Action d’une consonne labiale sur une voyelle voisine.

On a déjà dans les pages précédentes un certain nombre de développements qui sont dus à cette action, cf. particulièrement $ 51, 3° B. Il en est d’autres, assez nombreux, qui ont été réservés pour le présent paragraphe ; en effet, même quand il est certain que nous avons affaire à une labialisation, elle se produit ordinairement dans des conditions tout à fait irrégulières, au point même que l'interprétation en est obscure.

C’est par une action de la labiale suivante qu’il faut expliquer le traitement de chèvre c. 182 dans les deux vallées ; mais il est curieux que nifièvre L. ni lièvre c.454 ne présentent nulle part ce développement. Il semble donc qu’il se soit produit après l’absorption du y par la palatale précédente et que eyév des points 9, 10, 16, 17 soit dû à un mélange de parlers.

Il existe aussi toute une série de mots où un 4 d’origine diverse devient 6 dans le voisinage d’une labiale. Il faut laisser de côté les mots dont le type étymologique avait une terminaison correspondant au fr. able, car le traitement de la voyelle en est inséparable de celui des consonnes suivantes, comme on le verra plus loin, $ 89. D’autre part des mots comme 616 baton L., les représentants du fr. valet au sens de domestique c.257 peuvent avoir pénétré dans notre domaine avec la voyelle 9, comme les mots récemment adaptés papier, patience L. Mais en dehors

ARITUEES

de ces mots il en est plusieurs autres qui constituent une série assez régulière et présentent le traitement ancien à dans l'aire 1- 7 et un 6 dù à une labiale voisine dans les autres localités, cf. « bâiller, parrain » p. 63, marraine L., parler c.ss3, les représentants de quadruviu au sens de visite c.795, cf. 151, et de remedicare au sens de guérir c.404. Ces deux mots sont particulièrement probants parce que l'influence du français est exclue. Quelques mots conservent aussi sporadiquement l’état ancien dans l’aire 8-22, garde c.372 aux points 8, 8/ et 11, guère c.403 dans ces mêmes points et au point 15.

Les autres cas de labialisation sont beaucoup plus irréguliers. Si le traitement de « faible », cf. s’évanouir c. 329, même c. 488, veuf c.778, qui ont tous trois étymologiquement un € fermé, manifeste l'influence des consonnes labiales, mam de 11, 12, 14, IS est surprenant ; peut-être faut-il attribuer le maintien de la aux nasales qui l’entourent; quant à fyäv, väv de Paire 18-22, l’à peut avoir été conservé en syllabe entravée ; de plus il semble qu’à y devienne o moins aisément qu'a. C’est ce qui paraît résulter du traitement de crèvent c.230 bis, bécasse c. 90, béquer L. ; müsô maçon c.462 y est isolé au point 21 (je ne considère pas ici le traitement de l’aire 11, 13-15, qui a été exposé $ 51, 3°B). Almanach c.29 n’est pas un mot probant, car il est récent et a pu pénétrer avec la voyelle o, et si lever c.449 et 450 a également un à dans toute l'aire 1-10, 16-22, il ne faut pas oublier que le stade antérieur n’est pas tout à fait le même que dans les mots précédents et qu’on doit partir d’un é attesté dans l’aire 11-15. Dans la vallée de la Haute- Moselle à est plus répandu que dans celle de la Moselotte : aux mots qui viennent d’êtres cités on peut ajouter p. ex. le représentant de l’allemand Falle au sens de piège c.577; mais là aussi le développement est fort irrégulier. On ne trouve süvô savon c. 690 qu'au point 3, dans valoir c. 778, falloir L., cf. aussi il fallait c.333, 6 est également assez restreint, et dans des mots tels que baptiser c.8r,baver e. 89, etc., la labiale n’a exercé aucune action. Quant à ml bourdon c. 111 issu de maäliô, cf. sur malot et maleton usités dans les parlers orien- .

RTE

taux Bulletin de dialectologie romane, IV, I, p. 20, il peut avoir pénétré dans les parlers de la Haute-Moselle avec la voyelle 5.

On trouve aussi quelques formes sporadiques où un ancien ë semble être devenue & sous l’influence d’une labiale voisine : f# fils c. 347 est limité aux témoins 11 a, c; mais à côté de m& millet L. des mêmes témoins, pm&, tm& de 14 a atteste le même développement, et 22 a a également employé pn& qui est dû au croisement de plé avec üne forme m& aujourd’hui disparue, cf. 151; de même mediu est représenté par m& dans le composé « parmi » de toute l'aire 17-22, cf. pendant c. 565, et cheville L. a une terminaison &y chez les témoins 2 a, 6 b,8'e, 16 a, sans qu'on puisse y reconnaître une substitution de suffixe: Il faut encore noter dyômwêe du point 12 dimanche c.25s2et frômä de 6f fermer L., frômä de 8! a et frômé de 14 a fermez c. 342 N. E. Ces dernières formes sont toutefois peut-être analogiques d’après les mots étudiés p. 31. Enfin, c’est sans doute à la labiale précédente qu’il faut attribuer le Idéveloppement d’e en a dans bal belle L. usité partout, novale, nouvelle, que Hingre donne s. v° nôvé, les représentants d’un type ancien *novelaison ou *novelison, cf. pomme L., étudiés Romania, XLII, p. 357, et pacäley, pissenlit, de 12:

$ 59. # << ancienne diphtongue we << o latin ouvert et libre.

Ce développement ne s’est produit que dans un très petit nombre de mots. Roue c.667 présente dans les localités 8-10, 12, 16-22 un traitement y®, y&y, conforme à celui de « bœuf », etc., cf. 6 9. Mais dans les deux aires 1-7, 11, 13-15 ce groupe de phonèmes s’est réduit à #(y)'. Au point 13 un développement secondaire r&y a eu lieu, qui existe également à Uriménil et ailleurs, cf. Haillant rewie et AL. c. 1170. C’est, à mon avis, de la même façon qu'il faut expliquer käyé cueillir L. de l’aire 1-8’ : à y est une réduction de la voyelle de l’ancienne forme tonique

1. Ce développement confirme la théorie de M. Horning, $ 80, suivant laquelle tout # 0 latin ouvert provient de yæ; on peut encore comparerbñed billot L, de 23, 25 c, 26 a, b, à côté de by@ed, etc., des autres témoins, et pu et vaf neuf L., adjectif et nom de nombre, de 23-26.

PS

cueille, et l'& de k&yé des autres localités est un affaiblissement de cet #, qui s’est produit dans les formes atones d’après le Ç 24. Mais si cette explication est exacte, on remarquera que le traitement de « roue » et celui de « cueillir » ne se superposent pas. Quant aux formes toniques de jouer L., elles ne présentent : qu'A(y), sauf en quelques points #; mais il est difficile de se prononcer sur ces formes, car, si elles peuvent être dues à un traitement particulier causé par la palatale précédente, il est également possible qu’elles soient analogiques, du moins en dehors de l’aire où la réduction de we à w est attestée par « roue », etc.,

cf. À 143.

$ 60. 6 << à << 0 latin fermé tonique et libre.

A côté d’#, quiest de beaucoup le plus répandu, cf. $ $, quelques mots présentent en différents points un ÿ, qui me paraît être un développement récent d’#. C’est ainsi que fleur c.351 se dit fyô dans toute l’aire 17-22. De même meilleur L. se dit #16 dans la même région, cf. aussi mio Hingre. Dans un village voisin, Saint-Étienne, les témoins a et b ont employé la forme dévédyd dévidoir c.248 N. E., enfin 12 dit pô peur L. M. Horning, $ 99,a signalé le même fait, mais sans le commenter, pour « meilleur » à La Bresse et pour « fleur » dans trois villages qui se trouvent dans les vallées situées au Nord de celle de la Moselotte. Si incertaines que soient souvent les graphies de l’ouvrage d'Adam, on peut utiliser les formes suivantes de chaleur p. 310 : fchalo Ban-sur-Meurthe (canton de Fraize, arr. de Saint-Dié, Vosges), chtalo (sic) Mandray (id.), chalo Trampot (canton et arr. de Neufchâteau, Vosges).

Ces derniers exemples montrent que la diffusion d’o est assez grande ; il est cependant invraisemblable d’y voir le résidu d’un traitement commun antérieur à #. Il est beaucoup plus probable que ces formes représentent un développement récent, qui n’afait qu'apparaître et n’a atteint que quelques mots.

$ 61. 5issu d'a.

Ce traitement apparaît notamment dans le représentant de

radicare M. L., EW. 6992, au sens d’arracher c.45, dont j'ai relevé la forme rôÿé aux points 1, 11, 19, 21, cf. aussi rauyé Hingre, tandis que. les localités 2, $, 6 conservent l’état ancien râyé. On doit probablement en rapprocher, bien que ces mots soient d’origine obscure, gayé de 2, 4, s, (n)äyé de 2, 5, 6 et goyé de 11, 13, 14, 19, 21, 22, (n)oyé de 2, 8, 15, 19 caresser HS acer Ctrarrer rt.

Les conditions n’en sont pas claires ; peut-être avons-nous affaire à un développement de la voyelle protonique, qui se sera d’abord formé dans la région de Remiremont, cf. Ç Sr, et aura de là pénétré dans les vallées. Il semble que ce soit ainsi qu'il faille expliquer l’ô des dérivés d’ «aise » au sens d’aisé c. 16, bien qu’à persiste dans la région de Remiremont, alors que les deux vallées présentent uniquement 5; il est en effet possible que dans la région de Remiremont ces dérivés aient été depuis refaits sur « aise » ; cf. aussi À 85, 1°.

6 62. si issu do.

En dehors des faits exposés (Q 18 et25, et dont au reste l’interprétation n’est pas absolument certaine, il existe dans nos parlers un certain nombre de mots où un ancien 6 s’est sporadiquement développé en %. J'ai déjà eu l’occasion p. 95 de signaler les mots anciennement terminés en fe, mais sans entrer dans le détail. rüy — fr. raie < riga au sens de sillon L. a été employé par le seul témoin 16 a, küräy courroie id. par 8! f et 16 a (il faut vraisemblablement en rapprocher la forme masculine ékri de 13 a), fäy taie id. est la forme du Val-d’Ajol, väy voie id. la seule que j'aie obtenue, mais seulement chez quelques témoins, 2 €, 9, 19 €, 22a; on ne peut indiquer qu'avec des réserves (r)düy, doit c.250, dont l’origine est douteuse, cf. p. 95. Il faut en outre noter eny << *cannabula collier c.199 de 12 et 13, cf. À 89, et eüyé glisser c.39r de 4-7, certainement issu de eôyé employé dans les localités voisines, et qui doit avoir la même étymologie, encore inconnue, que l’adjectif xaullent du Psautier Lorrain. Enfin, quant à f# fou L. de 22 a, et que Hingre donne également s. v. foi comme la forme de

La Bresse, il est difficile de dire si elle est récemment issue de fo ou si c’est un emprunt au français, comme f# de 11 4, 13 a, 14 AFRO,

(63. à << ë en position finale au Val-d’Ajol.

Ce développement est propre à cette localité dans des mots tels que bras, drap, verrat L., quis'y disent brà, drà, vrà à côté de bré, drè, vrè de tous les autres points, cf. aussi verglas c. 786. Ce traitement existe également dans le village voisin de Saint-Bresson, où M. P. Passy a relevé éà, chat, cf. R. ph. fr., 1892, /p-2133:

$ 64. à << à ou à protoniques au Val-d’Ajol.

Le premier cas est attesté par un certain nombre d'exemples : päméy pommier c. 596, pyämér Plombières L., täné tonneau id., fänléy tonnelier c. 756, lüyé, tas de bûches prêtes pour le sciage, mot dérivé d’un simple cité p. 93, bûche de bois Z. Ce développement paraît s'être produit régulièrement dans ces mots, à la suite du maintien de la voyelle protonique, cf. p. 26 sq. ; il existe dans une localité voisine, Granges-de-Plombières, où M. P. Passy a recueilli paméy (d’où pam) et tanéy, R. ph. fr., 1892; Np.M12:

Quant au deuxième cas, je ne l’ai relevé que dans à/ëd éclair c.268 (cf. sur ce mot ($ 43 et 69,10°)et läjey léger c. 444, où il est vraisemblablement dû à une propagation analogique du traitement exposé À 51, 3°.

Ce traitement ne se présente que dans quelques mots : fi < exire, sortir L., des points 13, 14 et 16, 64if)®, qui est un composé de ce verbe, printemps c. 616, des points 11, 13 € 14, et enfin & — fr. huis, porte L., du Val-d’Ajol. Dans le verbe üff et son composé 5 est un développement analogique qui a été amené par la rivalité d’ô et d’& en syllabe protonique, cf. $ 24. Quant à 6 du Val-d’Ajol, il est probablement refait d’après ce verbe, bien que je n’y aie pas recueilli de forme avec ô ; mais il

est possible que ce traitement y existe chez d’autres patoisants, ou qu’il ait disparu après avoir contaminé « huis », cf. 6 133.

$ 66. ï << ë entre consonne et r.

Ce traitement est attesté par les représentants dufr. bergerette au sens de bergeronnette c.97 aux points $, 19-22, qui sont les seuls à connaître ce mot, par jôniré de $ a, dérivé de « jaune », cf. aussi M.-L., EW. 3646, qui désigne la chanterelle, champignon L., et par kräéirô des témoins 2 c, $ d,f, 21 a, cf. aussi crâchiron Hingre, espèce de hotte L., dérivé d’un simple kräé, emprunté aux parlers alémaniques, v. { 153. En dehors de notre domaine, on peut au moins signaler chossiron, pré vert, cf. 6 83, 7°, et jauniré d’Uriménil, d’après Haillant, qui donne également cette forme ou d’autres apparentées pour plusieurs localités lorraines. Mais ce traitement est représenté par un trop petit nombre de mots pour qu’on puisse reconnaître comment il s’est formé, ni s’il appartient originairement à notre domaine ou y est importé. En tout cas, si kräëéïrô est bien une forme propre à notre région, elle prouve qu’? y est senti comme élément d’un suffixe correspondant au fr. eron; c’est ce que montre aussi la forme récemment adaptée du français müéirô de 1 b, 2a,3a,4a,6e,7a moucheron L., et c’est probablement ainsi qu'il faut expliquer les formes de chevron L., qui sont à peu près partout terminées par ÿr0, éèviro 1-8, 19-22, e- 8/-11 b, 13-18, éé- II a, C, 12 à, eèvro 12 b.

$ 67. yé, yà << 1 devant Î.

Ce traitement, très fréquent dans les parlers méridionaux, cf. Gr. d. R. Sp., I, $ 37, n’est attesté dans notre région que par (é)dyél des localités 1, 2, $, 18, 19, 21 argile c. 43, issu d’une ancienne forme ardile, v. plus loin © 151, par ôbyél 16 a, 19 c, -äl 8' b habile L., et enfin par « ville » dans LE dérmavyäl 8 c, 8! d la Dermanville, nom de lieu-dit de la commune de Rupt.

6 68. Agglutination d’une voyelle initiale.

La voyelle de l’article féminin /£ a été agglutinée dans quelques

mots, parex. ën&l < nubiluM.L., EW.5975,nuage c.$30, ërà toit à porcs c.753, cf. 6 151, éryéy roue c.667, érjät rouet c. 668, égôs — fr. goussetaie d'oreiller L., éé05$ a, -e- 18 chaux id., ëenô 2 c,4a, 6b,f chenal id., etc. Dans des mots masculins comme paroi c. 554, cf. $ 144, gland L. quise dit partout ëdyà sauf à- 11 d, 15 a, à- 17 a, 19 b, 20 a (dans ce dernier mot ÿ- et ä- s'expliquent par l’action analogique des traitements exposés Ç 51), il est difficile d'admettre qu’e provient de l’article masculin qui est à peu près partout k, cf. 6 90, à moins d’admettre qu'éa été postérieurement modifié en & d’après les nombreux mots qui présentent ce phonème à l’initiale. Il est possible aussi que le développement d’# résulte de la rivalité de la tendance à apocoper ë initial, cf. À 26, et de l’état antérieur. Pour ëtd = fr. toit au sens d’abri c.7, aux points 12 et 13, v. le $ 151. Une double agglutination a même eu.lieu dans ombre c.s31.Enfin on a déjà signalé 27 les mots qui commençaient anciennement

par 7 + e + cons., et qui aujourd’hui commencent souvent par ér + cons.

$ 69. Il faut enfin citer un certain nombre de traitements accidentels qui concernent des mots isolés soit dans tout le domaine, soit dans quelques localités, parfois dans une seule.

1HChezpc ro Dans la plupart des localités « chez » présente un ? dont lorigine n’est pas certaine : on peut admettre qu’il provient d’un traitement particulier de la forme ancienne chies ; mais il n’est pas

impossible que ces formes en ? soient postérieures à celles en # qui sont signalées dans les N. E., et qu’elles en soient issues par un changement d' protonique en à, comme on l’a vu $ 5. Quant à celles-ci, elles sont très probablement dues à l’influence analogique de la préposition « sus » qui s'emploie aussi au sens de « chez ». Des formes de « chez », avec # sont attestées dans de nombreux parlers lorrains et, bien que moins souvent, l’emploi de « sus » avec cette valeur sémantique; cf. Adam, p. 192, et'A#e chez;

. 2° « Coisier » au sens de se taire c. 738.

Le traitement de « coisier » <Z *guetiare, qui est employé partout, est remarquablement varié. Ainsi qu’on l’a vu 6 35, les formes dés points 13, 14 et 22 conservent encore le w du groupe étymologique kw ; d'autre part, kwéhé de 13, 14 représente l’état le plus ancien dela voyelle, que la labiale précédente a maintenue, conformément au © 8, cf. aussi p. 92. Ailleurs l’action de cette labiale a été annihilée par l'influence analogique du traitement exposé ( 52, et *kwëyzyé est devenu kwôyz yé. Enfin l’# des localités 1-8, 12, qui est certainement postérieur à 6, s’est probablement développé en syllabe protonique, comme les mots étudiés Ç 25, r°.

3° Épaule c. 305.

Tandis que toutesles localités 1-11, 13-22 traitent ce mot comme le français, cf. M.-L., Histor. Gr., S 175, d’après lequel espalle s’est développé en espaule par changement du premier / en #, le Val d’Ajol présente un traitement particulier épal où le premier Ja été simplement amuï. Ce développement est attesté dans d’autres parlers lorrains, cf. Horning, $ 18, et AL. c. épaule. Mais il est impossible de dire si les formes en 6 sont partout spontanées ou en partie empruntées au français.

A ONEVLERIMCTOA:

Une voyelles’est développée entre les deux consonnes du groupe intérieur vr, vraisemblablement parce que la série de phonèmes vry® était trop difficile à prononcer (il semble moins probable que nous ayons affaire à une métathèse analogue à celle de jénéviryé génévrier, de 1 b, ou à celles qui ont été décrites Ç 32, 2°). Dans l'aire 1-8/ il s’est produit ensuite un nouveau développement, la chute du y de y& par dissimilation. D'autre part, la voyelle de liaison n’est pas partout la même; l’aire 10, 17-22 présente ë et l'aire 1-8° ?, qui est probablement postérieur et dû soit à l’influence du y, soit à celle des mots étudiés ( 66.

Dans les parlers de la région de Remiremont, les formes françaises qui se sont substituées aux formes patoises ne permettent plus de reconnaître s'ils ont participé au traitement des deux vallées : cependant, et bien qu’une autre résolution du groupe vry® existe, attesté par <vri@ du point 87 de l'AL., le fait est assez probable, car on voit eëvir® eévèryæ rivaliser encore avec les

formes empruntées aux deux points 8’ et 10.

s° Traitement de «trestout, trestuit » au sens de tout, tous Lretezsore

Tous nos parlers emploient des représentants de ce composé usuel en ancien français sous les formes fértÿ, -ÿ et 1ürtd, -ù, cf. aussi tortot, tortus Uriménil, et Adam fout, p. 100. IL.est clair que tôrt doit lé de la syllabe initiale à une assimilation, et que cet à a ensuite pénétré par analogie dans « trestuit ». Les formes en ë ne subsistent plus que dans l'aire 1-8, et encore faut-il remarquer que les deux traitements ont été relevés dans presque tous les villages de cette aire : seuls 3 et 6 n’ont fourni que des formes en &, tandis que 4 a n'a employé que des formes en 5. Mais ce sont là des particularités des témoins, et il n’est pas douteux que toutes les localités de l’aire 1-8 possèdent les deux traitements.

6° Traitement de la voyelle de « quelque » dans quelque chose, quelque part, quelqu'un c. 626, -8, -9.

L’aire 18-22 présente un traitement particulier kik, dont l’est certainement dû à une assimilation exercée par 3(n), un, de «quelqu'un». Cet ? a ensuite gagné par analogie les deux autres expressions « quelque chose, quelque part » ; mais il est curieux qu'il ne se rencontre pas dans quelquefois c. 627 : c'est qu’en vérité les parlers emploient surtout « des fois » et que « quelquefois » a moins de vitalité que « quelque chose », bien que cette dernière locution ait été également empruntée au français à une date assez récente.

TAHÉNCONC:C 1201,

L’aire 16-22 emploie une forme kà et le point 12 une forme kwä, dont le traitement particulier provient sans doute de la fonction du mot, mais dont le développement n’est pas clair.

8° Poussin c. 604.

« Poussin » présente partout dans la syllabe initiale un # dont l’origine est obscure. Est-il dû à une assimilation partielle à la voyelle finale ou à un croisement avec « puce » ? Il est curieux que le fr. pucelle dont l’étymon *pullicela, cf. M. L., EW. 6819, est apparenté à celui de poussin << pullicina, ait également un s ; mais on ne peut pas en tirer de conclusion, car cet # est expliqué

diversement et peut, du reste, avoir une autre cause que celui que présente « poussin » dans notre domaine.

rerPiecerl:

Tous nos parlers s’accordent pour présenter une forme non diphtonguée, pès usité partout sauf à Remiremont, où pés est dû à un développement secondaire, cf. Ç 20 ad finem. Notre région n’a donc pas connu le traitement particulier attesté par le fr. pièce, car il n’y a pas de raison de penser que pès, pés provienne de « pièce » par réduction de la diphtongue.

10° Éclair c. 268.

En raison de l’obscurité de l’origine du verbe, dont un dérivé est employé partout au sens d’éclair, cf. ( 43, on ne peut que signaler que la voyelle en est partout €, sauf au Val-d’Ajol, qui connaît aussi un état 4, cf. encore 64.

Indiquons enfin la forme de 8’ b icify®& printemps c. 616, qui est très probablement individuelle et dont là initial provient d’une assimilation à V3 de la syllabe suivante, cf. sur ce mot $ 151. Pour « année », v. p. 23, note.

B:=—= Consonantisme.

(rome:

Ce phonème que nos parlers ne connaissent, outre quelques emprunts au français, que dans les mots étudiés ici, y est issu de v dans le groupe secondaire kv suivi d’une voyelle antérieure. Le traitement n’est attesté que pour une partie des localités : on ne peut en effet guère citer que kdé cuveau L. et cuve c.238 dés-points IT, 13, 1476), CF. p. 63,.le dérivé en?=={r. 4 du latin scopa au sens d’écouvillon c.275, et küë, œufs de grenouille, — fr. couvain, au point 18, œuf L.

ST RAU EENUr

Ce traitement apparait partout dans la forme monosyllabique de cheval c.179, où l'articulation du v a été assimilée à celle de la voyelle labiale 6 (é/6 du seul témoin 6 d est probablement une forme individuelle où le v a été assourdi en f par assimilation

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