DURE
Ce changement, qui n’est attesté au Val-d’Ajol que par sr#y soleil c. 716, est au contraire sans aucun doute emprunté aux
parlers franc-comtois, où ce développement est plus ou moins répandu, cf. le traitement d’aller c.18, chandelle c.153, etc. de l’aire 23-26, et P. Passy, Revue de ph. fr. et br., 1896, p. 176. Quant à Aôkrät cassesole c.137, si r y estbien issu d’un ancien J, cf. sur ce mot © 151, c’est plutôt un emprunt lexical.
3° Traitement des anciens groupes rt, rd.
On a vu $ 17 1° que ces anciens groupes sont réduits partout à t, d. Ceci n’est vrai au Val-d’Ajol que lorsqu'ils se trouvent en position finale, cf. pwot porte L., wod il garde c. 375. Mais, à l’intérieur du mot, cette localité présente un développement particulier &, j, cf. püéà porter L., wèjà garder c.374. Il ya bien en apparence des conditions phonétiques propres à chacun des deux traitements, mais ce n’est que la régularisation d’un mélange de parlers. En effet, dans les parlers franc-comtois voisins le traitement unique est &, j, comme il est #, d dans les parlers lorrains, cf. pour Plombières, P. Passy, op. laud., 1892, p. 149, qui a déjà signalé le fait. Cependant, de mème que pour ér, il est impossible de se prononcer sur le mode du mélange, en raison de notre ignorance de l’état ancien du Val-d’Ajol.
4° € persiste à côté de €.
Bien que, d’après le À 47, € << € soit le traitement régulier du Val-d’Ajol, € y subsiste exceptionnellement dans quelques mots, à savoir fräe fraîche c.363, dômée — a fr. domesche °° domesticu apprivoisé L., fe, à côté de vi, putois c. 623, mot d'origine obscure, cf. 151,s. v° putois. Étant donné l'extension de € etle petit nombre de mots qui présentent €, il faut considérer ces mots comme modifiés d’après les parlers voisins de la Franche-Comté et de Plombières, qui conservent e, cf. P. Passy, op. laud., p. 145.
5° € de eüyér — fr. feuillard.
Ce traitement particulier de « feuillard », cf. sur ce mot p. 137, provient, à mon avis, d’un croisement de ce mot avec « fleur », qui s’est produit dans des parlers où l’initiale de « fleur» est devenue €. Or ce traitement n'existe que dans des parlers franccomtois de la région éloignée de Montbéliard et de Belfort,
cf. $# Grammont, chu Vautherin, etc. C’est donc un emprunt qui n'a pénétré au Val-d’Ajol que par de nombreux intermédiaires.
On ne doit pas être surpris de trouver ces mélanges et cette influence des parlers franc-comtois dans cette localité qui, en raison de sa situation géographique, se sépare assez fréquemment des parlers lorrains de notre domaine pour se rattacher à ceux de l’aire 23-26 : cf. notamment le traitement des mots qui contenaient étymologiquement e tonique ouvert devant r + consonne $ 48, et celui de si et aussi p. 105, etc.
$ 88. Autres mélanges.
Les mélanges, causés par l'influence du parler central de Remiremont sur ceux des vallées ou par la situation particulière du Val-d’Ajol, ne sont naturellement pas les seuls que présente notre domaine. On a vu, p. 140, qué les parlers environnant Remiremont participent à la même incohérence. Nous avons également déjà signalé un certain nombre de faits de mélange dans les parlers des deux vallées, à La Bresse l’emprunt de ya < ve, S 48, celui de kwô, fwd, court, four, dans l'aire 2-6, Ç 18, les formes en ày de la vallée dela Moselotte, $ 49, et de nombreuses particularités des 6 51 sq., cf. aussi les variations de la voyelle initiale d'année, c.32, p. 23, note 1. À ces faits on peut ajouter les suivants :
1° (y) < ancien seie << lat alta après palatales.
D’après le Ç 48, toute la vallée de la Moselotte et les localités 9 et 10 disent régulièrement (yXy; cependant elles ont parfois emprunté le traitement z des autres parlers; c’est ainsi qu'il faut expliquer mwéfiy moitié c. s05 de 9, ro, ériy de 9, 4ri de 18 et - de 16a, 17 a airée L. Pour lühi purin c. 622de17et 18, cf. infra ( 148.
2° Traitement des représentants de siffler, -et c.710 à Ferdrupt.
Tandis que « flaüter » est devenu fy@té, -à dans l'aire 8-18, il est traité par fyätà dans l'aire 1-6 ; Ferdrupt, qui est à la frontière des deux aires, hésite entre les deux formes, le témoin a
emploie fyæ&tè, les deux autres, b et c, fytd, et c ajoute même que fy&té se dit à Rupt; et cependant pour sifflet je n’ai recueilli que fyété.
3° Jeune, les représentants de rivu, chanvre,rouet, sur.
La pénétration des parlers voisins ne nous est parfois révélée que par une forme isolée. C’est ainsi que d’après la carte 422 jeune tous les parlers présentent un traitement semblable de l’ancienne diphtongue, cf. 9, 2°. Mais le témoin 2 b m'a donné en réponse à fils c. 347 N. E. une forme jwën. Cette forme, qu’on peut rapprocher de jw&n de VAL. point 86 c. jeune, remonte certainement à une époque reculée, où le premier élément de la diphtongue issue d’o ouvert latin était encore u, cf. M.L. Hist. Gr. 55. Elle a un grand intérêt pour les parlers de notre région ; en effet elle a dû évidemment occuper un domaine plus étendu que la vallée écartée des Charbonniers, au pied du Ballon de Servance, où elle subsiste aujourd’hui; et on peut en conclure que la forme actuelle des localités au moins voisines du point 2 est empruntée, sans que rien dans sa phonétique permette de le reconnaître.
De même, à côté de rü < rivu, usité dans toutes les localités au sens de ruisseau L., il existe au même point 2 une ancienne forme, qui ne subsiste que dans le nom de lieu a Goutte-du- Rieux, en patois lé gôt di ry®&. Il est certain que 7y® représente le même étymon que r# ; cela résulte de la précieuse indication donnée par un document de 1596 cité dans Boyé, op. laud., p. 189, n°1:
« jusque au pied vers Saint-Maurice de la montagne dicte Hessieux y joignant alias la Goutte du rux, ou selon l’idiome vulgaire de cette contrée la Goutte de Riewe.… ».
Il est également probable que le traitement de la consonne finale de chänvre c.155 n’est pas partout local ; en effet la forme éèm, qui n'existe plus actuellement qu’au point 8/, a dû occuper un domaine plus étendu ; on la trouve notamment à Uriménil et dans les environs de cette commune, cf. Haillant, chaîme, et aussi Horning, p. 7, n. 9 du travail cité plus haut, p. 153 chainve est cependant attesté anciennement dans une
déclaration des droits du ban de Ramonchamp, faite par le maire Girardin en 1341, Docuientis rares au inédits, t. I, p. 219.
Enfin dans sur c. 733 la forme s# fait reculer au Ménil la forme eù qui y est indiquée comme vieillie par le témoin 5 b. Quant à érjàt rouet c. 668 du témoin $ a, c’est un mot emprunté tel quel aux parlers de la Moselotte ; et peut-être n’estce qu’un fait individuel, comme lemploi de #ré de 19 ec, cf, Allas, Introd., p. xv1. ;
$ 89. Pénétration de traitements étrangers à notre domaine.
Il existe enfin un certain nombre de traitements originaires de parlers qui se trouvent en dehors de notre aire 1-22. Nous avons déjà cité plusieurs faits de ce genre, notamment les emprunts que le Val-d’Ajola faits aux parlers franc-comtois, Ç 87, ou le traitement d'ak << aliquid qui nous a paru étranger, 6 75, 4°. La plupart des faits qu'il nous reste à étudier ici, qu'ils intéressent un ou plusieurs mots, s'expliquent par des emprunts lexiçaux, mais il en est cependant certains où nous avons bien affaire à la pénétration d’une prononciation étrangère : c’est particulièrement le cas du traitement qui va être immédiatement examiné,
1° [nfininifs et participes passés de la 1° conjugaison en à après £ h aux points 17 et 18.
On a vu, $ 39, qu'après les phonèmes palataux €, 6, €, j, h l’ancienne diphtongue se est réduite àé dans toutes les localités, sauf aux points 17 et 18. En effet ces deux villages présentent un développement particulier à, cf. p. ex. bercer c. 95, engrais- CHA MP0N louise Cr 12; ADPrIVOISET. C.-36,-etr AU reste ce développement n'est exclusif que chez les témoins 18, 17 d,e, c.-à-d. à Thiéfosse et à Zainvillers, hameau de Vagney ; mais dans le centre même de Vagney ? est en rivalité avec ë: 17 à b, c ne connaissent qu'é, et 17 f, g participent aux deux traitements, f disant révhi, aiguiser, épérvéhi, apprivoiser, ‘mais pagé percer L., pétahé trouer c. 769, g épérvéhi, ërhi arranger c. 46, mais révhé, pühé puiser L.
Il est bien certain qui ne peut pas être considéré comme dû
à un développement phonétique propre, puisqu'après les palatales €, j les mêmes localités 17, 18 ne présentent qu’é. Un changement de conjugaison, qui aurait fait passer ces verbes dans la conjugaison en ÿ, est également invraisemblable. Mais, si l’on examine l’état phonétique des parlers voisins, on constate qu'au Nord le traitement de tous les verbes de la r'° conjugaison dont la terminaison était anciennement % est régulièrement . On peut linférer pour la vallée de Cleurie et pour Le Tholy des faits signalés par Adam, pp. 160 sq. et 180 sq. M. Horning, ( 10 et 11, et l’AL. attestent le même état pour Gérardmer. Par contre ce que M. H., ( 10, indique pour Saint-Amé, sur la foi de Thiriat, est inexactement localisé ; il est certain que Saint-Amé ne connaît qu'é et jé; mais ces faits peuvent être vrais de Julienrupt, section du Syndicat voisine de Saint-Amé et de Cleurie, ce dernier village étant la patrie de Thiriat. Il serait intéressant de savoir si la limitation du traitement ? aux verbes en €, ;, 6, h, telle que la formule M. H., y est encore exacte. Quoi qu'il en soit, c’est bien à cette région que Vagney et Thiéfosse ont emprunté 5. Quant à supposer qui de ces deux localités représente les dernières traces d’un traitement, qui aurait eu une plus grande extension et couvert un plus grand domaine, c’est une hypothèse qui se heurte aux plus graves difficultés, et qui me paraît devoir être écartée. En effet, si z avait autrefois correspondu dans ces deux localités à tout ye du français, comme c’est le cas à Gérardmer et dans les parlers franc-comtois de l'aire 23-26, il serait surprenant qu’en reculant il eût subsisté dans des formes verbales, et non dans des substantifs tels que lièvre, etc. ; et s'il a couvert un domaine plus étendu, on ne réussit pas à expliquer l’état actuel des parlers de la région.
2° Les autres mots, dont le traitement de la vovelle est aberrant, sont nettement empruntés.
Le suffixe de kmot pomme de terre c. 595 des localités 20 et 21, à côté d’-ät du 53, en révèle l’origine étrangère ; Hingre, qui a recueilli kemôte au sens de pomme, ajoute qu’il est un peu exotique. Il provient de la région de Tholy, pour lequel Adam
donne k’motte, p. 360.
Tee
äÿ, -j auge c. $7 de l'aire 1-8/ y est également étranger, puisqu'o y est le traitement normal d’a/ + consonne, cf. K 3. Par contre à est régulier dans la région de Belfort, cf. pour Le Puix (canton de Giromagny) Horning, $ 18, et ddge, hà Chitenois, etc. Si s4rj, -] sauge c. 684 peut s'expliquer de même, l’origine du r m'est inconnue.
Il est possible aussi que va < vas cercueil €. 145 des points 1-7, 12 doive sa quantité longue aux parlers franc-comton ouimrestiréquent, CL hez, ‘pré L.,etc.
Enfin il est une forme kôsé que les témoins 7 a, 9, 10 a, 11 b, Grid, La mont donnée au sens dé méreil L., et qu'Haillant donne aussi pour Uriménil s. v° consé, cf. encore cons, Adam, p. 241, d'Allain-aux-Bœufs (M.-et-Moselle). M. Thomas a établi étymologie de ce mot cumsecale à propos de Pancien bourguignon conseel ; mais le traitement 6 de la terminaison -ale, comparé à 0 de 50, sel, etc., 3, montre que Aôs a été importé dans nos parlers, et vraisemblablement de la région bourguignonne. Il y est encore usité, ainsi que l’attestent consé' donné par Dartois, Mém. Acad. Besançon, 1850, p. 183, et kdsy® AL. ©. méteil du point 919, en Saône-et-Loire (sans parler des formes des parlers méridionaux).
3° devant consonne.
On a vu, © 43, que s devant consonne tend à s’amuir dans tout notre domaine, mais qu’il persiste encore fréquemment sous la forme £ dans la vallée de la Moselotte. Mais nos parlers présentent en outre une série importante de mots où s subsiste dans un nombre variable de localités. Août c. 34 se dit 654 aux points 19 et 21 et Hingre donne aussi cste (off de 18 en est un développement récent), sr étron L. est usuel dans toute la vallée de la Moselotte, stäyô éteule c. 316 m'a été indiqué par les témoins 16 b, cet 11 d et ësfoy par 16 b, «trèt étroite c. 327 est la forme des localités 14 et 15, et enfin dans écou-
1. Daitois donne en outre une forme refaite couséigle, également usitée dans le français populaire de mon domaine et fréquente dans les mercuriales des journaux locaux. (C'est aussi d’après « seigle » qu’est refait consaule de Totainville (canton et arr. de Mirecourt, Vosges), cité par Haillant.)
villon c. 275 s occupe même la moitié de la vallée de la Haute- Moselle. Dans tous ces cas, nous avons affaire à des mots empruntés ou dont la prononciation a été modifiée d’après des parlers voisins. Or la région septentrionale du Tholy et de Gérardmer conserve régulièrement s devant consonne ; c’est donc de là que vient la perturbation.
4° Traitement de l’ancien groupe b/ intervocalique.
Notre domaine présente concurremment partout deux traitements y et /.
y est d’une part attesté dans toutes les localités par le mot issu de *cannabula ML., EW. 1600, qui désigne le collier en bois avec lequel on attache les bestiaux dans létable collier c. 199 et par faible dont le y final a disparu par dissimilation, cf. ( 82, 2° ; on peut noter aussi les formes r@yé 17-22 et -ü 12, issues de *roublier oublier c. 543.
1 de son côté existe dans de nombreux mots, soit en rivalité, soit seul. Table c. 735 se dit fa] dans l’aire 19-22 en face de ty de 1-11, 13-18 et /wdy de 12. « Rouable » << rutabulu, employé au sens de:tire-braise c. 750, cf. p. 28, n-1, na une forme avec y rw0y qu’au point 9, tandis que wôl est attesté dans les localités 10, 11, 14, 15 et que les divers dérivés de ce mot ont également un /; mais un verbe dérivé de « rouable », qui a le sens de râcler le fumier de l’étable, se dit r&@yé aux points 1-9, 11, 14-16, cf. fumier L. etplus loin & 157; et si les autres localités désignent cette opération par un autre mot, Hingre donne pour La Bresse, au sens de « plancher ou lambris fait avec des dosseaux » (pour ce mot local, cf. planche Z.), un substantif dérivé de ce verbe avec le suffixe é — fr. ser, reuyé que j'ai moimême recueilli au sens de plancher de l’étable r&yé; $ c, 8’ b, 9, 18. En outre Hingre donne un v. rwauyeé, bouleverser, qui est certainement dérivé d’une forme de « rouable », et jai de mon côté recueilli érwoyé 2c, $ d, 6 b, 19 c, au sens de fouiller L. M. Haillant a relevé des formes également contradictoires rouôle, rouôyé et reuyé (v.). De même « éteule », soit dans les formes du simple, soit dans celles du dérivé en 6, présente à la fois l'et'y, cé étèule &-3T161et dés NE; Sisaroutidans
sen Ji 49 ——
région de Remiremont ; et on notera que le témoin 1 c m'a donné également réty®, champ moissonné et encore couvert d’éteules, et détôyé, enlever les éteules, cf. pour ce verbe éteule LLEnEner61a 018, 20,20 2,212 disent dolà doubler L., cf. aussi déla Hingre, à côté de dôyé 15 a, et doyé Haillant. / est même le seul traitement de /4l 1-6, £täl 16-22, étable c. 313, de é®lè de 19, 21 et 22 — à. fr. sibler ou subler << sibilare siffler c. 710 et d'én®l de 1-9, 17-22 << nubilu nuage c. $30 (énŒy de 3-6 est le résultat d’un croisement récent avec yäy). Il est certain que les deux traitements / et ÿ sont tous deux issus d’un stade ancien v}, qu’on peut reconnaître dans certaines graphies du Moyen Age en ul, ainsi que l’a déjà indiqué M. H. $ 181, et encore conservé au point 86 de VAL. dans révyé, oublié(r). Mais il est non moins certain que ce double développement n’a pas pu se produire dans les mêmes localités. Or / est fort rare en dehors de notre domaine ; dans les parlers lorrains je n'ai relevé que rélyé, oublier, donné par H. $ 181 pour Gérardmer et que l’AL. y a également recueilli, cf. réel point 76. De plus, si l’on réserve table qui est suspect d’avoir été récemment adapté, et éta ble, dont le genre masculin révèle peut-être une influence ou même un emprunt germanique, il reste un certain nombre de formes avec /, telles que f®lé, én®l, etc., qui ‘sont nécessairement locales, puisqu'elles sont inconnues des parlers voisins. Les formes avec y semblent donc importées, particulièrement dans les deux vallées. Il est plus difficile de se prononcer sur la région de Remiremont; il est assez probable que là aussi / est le traitement ancien; mais on ne peut pas être affrmatif, car les mots auxquels nous avons affaire sont pour la plupart des mots voyageurs, et des formes avec / peuvent être étrangères dans des parlers qui les possèdent aujourd’hui. En tout cas l’échange des formes s’est fait surtout entre parlers lorrains, et les faits actuels ne permettent pas d’attribuer un rôle particulier aux parlers franc-comtois, où un désordre analogue et dû aux mêmes causes s’est produit.