‹ Les Parlers des Vosges MéridionalesChapitre 36 sur 67 · Conservation de l’état phonétique ancien · texte numérisé non relu

Conservation de l’état phonétique ancien

1° /6, article et pronom.

Cette forme, usitée dans les localités 11, 13, 14, représente l’état ancien, qu’on relève assez fréquemment sous les formes lo et lou dans les chartes de Remiremont NAL. 2529, 41, 2531, 66, etc. L'emploi de 15 en toute position, sauf naturellement devant voyelle, est un fait d'extension analogique; mais tandis que /é des autres localités est conforme au développement exposé 627, le maintien de la voyelle ü est un fait particulier, qui ne s'explique que par la fonction du mot, de même que s#, ce, cf. 4°. On pourrait être tenté de l’attribuer à l’influence de dë, du, mais cette deuxième interprétation ne convient que pour À en fonction d'article.

2° dô et di, du.

dô des localités 11 et 13 représente, comme 6, un état ancien, attesté par dou dans NAL. 2530, 47, 66, etc., plusieurs fois dans la déclaration des droits du ban de Vagney, faite en 1345 par Jehan de Planoy, Documents rares ou inédits, t. II, p. 223sq., cf. aussi Apfelstedt, o.1.,6 109, Schwan-Behrens, 3° partie, p. 38, etc. Il semble bien que dÿ qui, du moins dans notre domaine, n'existe que dans des localités qui conservent /5, se soit maintenu grâce à la présence de cette forme. Mais les relations de dô et di sont obscures. di, qui suppose nécessairement un stade antérieur du, est-ilissu de dou par développement phonétique particulier ou est-il emprunté, ou bien encore est-ce dou qui a été refait dès le Moyen Age sur ou et di représente-t-il, comme le français du, une ancienne forme del, deu, c'est ce qu’il nous est impossible de dire.

3° éll, elle, elles.

Le maintien de la consonne double dans le pronom, quand il

se trouve devant une voyelle, est un fait particulier, qui n'existe que dans cette forme, et qui est évidemment dû au besoin que nos parlers ont éprouvé de distinguer le féminin et le masculin.

4° 34, Ce.

On a vu À 95 que les parlers de la vallée de la Moselotte emploient cette forme à la fois dans le groupe ce que, c. 139 et dans cela c. 140. Il est trés probable que, dans cette dernière forme, cf. aussi s#sÿ, ceci, 21 e, çou-ci, Hingre, Monographie, p. 50, sü a été réintroduit récemment, puisque toute la vallée de la Moselotte possède des représentants de « ça », issu de «cela », cf. C. 129 ; mais s% du groupe « ce que » représente de toutes façons l’état ancien çou, cf. Schwan-Behrens, % 332, conservé dans les mêmes conditions que /6, le.

s° 4, en, pronom adverbial.

Tandis qu'après le verbe, cf. donne-m’en c. 284, le pronom adverbial «en » a des formes dont le développement phonétique est partout d’accord avec les faits exposés © 11, Paire 1-8’ présente devant le verbe, cf. j’en ai c. 285, une forme 4(#) tout à fait surprenante. Cette forme existe également à Remiremont; mais si on peut admettre que dans ce point elle est empruntée au français, il serait bien hasardé de proposer cette interprétation pour l'aire 1-8/. Or, si l’on repousse cette hypothèse, on ne peut expliquer 4(#) qu’en considérant que les parlers 1-8” ont conservé un état phonétique très ancien pour distinguer une fonction particulière d’« en »; cf. pour un fait analogue aux points 12 et 13 le paragraphe suivant, 2°.

$ 107. Utilisation morphologique d’un double traitement phonétique.

1° mé, té, lé après l'impératif, fé postposé dans les phrases interrogatives.

C’est par suite de la concurrence d’autres formes que we, te, le n’ont pas la. même extension, mé couvrant l'aire 11, 13-22, fé l'aire 16-22 après l'impératif et l’aire 18-22 dans les phrases interrogatives, /e l'aire 11, 15-22. Mais ce qui est remarquable

dans ces formes, c’est qu’elles présentent la voyelle #, alors que ces mêmes pronoms, en position proclitique, ont partout, sauf à Remiremont où éest prépondérant et réserve faite de la forme concurrente l étudiée au paragraphe précédent, la voyelle é.-Or, si l’on se rappelle que, d’après le Ç 27, nos parlers possèdent deux voyelles caduques # et é, à l'exception de Remiremont qui a développé particulièrement é, on en conclura que les parlers de l’aire 13-22 ont utilisé la coexistence des deux traitements pour distinguer deux fonctions de la même forme.

2° 6, en, pronom adverbial.

Cette forme est usitée aux points 12 et 13, quand le pronom est placé devant le verbe, cf. j'en mangerais c. 265 ; au contraire après le verbe, cf. donne-m’en c. 264, 12 dit et 13 à.

Or on a vu aux $ 11 et 38 que l’ancienne voyelle nasale en est représentée par 0 dans ces deux points, quand elle est longue, et par à au point 13, à au point 12, quand elle est brève. Ces deux localités ont donc utilisé la dualité de traitement de la voyelle ex pour distinguer le pronom ex suivant la place qu’il occupe, de même que les localités 1-8” ont dans ce cas conservé une prononciation ancienne, cf. $ 106, 5°.

3° On verra plus loin, $ 131, de quelle façon nos parlers semblent utiliser des différences de quantité vocalique pour distinguer la 1'° et la 3° personne du pluriel de lindicatif présent des verbes avoir, être, aller et les personnes correspondantes du futur.

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