NO D
d’après kik et le terme local bikôt, cf. verge L.). Il semble bien qu’on ne puisse pas séparer ik et éïk, e-, et que hïk soit sorti de éik par assimilation, peut-être d’abord dans le langage enfantin. Quant à ék, l'origine n’en est pas certaine. Il est tentant de le rattacher à lall. schicken, abondamment: représenté dans les parlers lorrains, cf. ML., EW. 7688 d'après Behrens, Beiträge, p. 50; mais le sens fait difficulté, car les formes lorraines signifient ordonner, arranger, cf. *hiqué, v. a. parer, orner, khiqué (sé), v. n. se comporter,.… Hingre, khiqué, se bien porter, paré, Le Tholy, La Bresse, Adam, p. 262, et dans mon lexique eikè, paré, 2 c, s d, 6 19 c. Il est vrai que M. Behrens dérive également le fr. chique, bille à jouer, de ce verbe, et surtout que Graf, Die Germ. Bestandstheile des patois messin, p. 10, cité par M. B., donne pour le lorrain chiguer le sens « treffen », C’està-dire atteindre. En partant de ce dernier sens, on pourrait expliquer le postverbal éik, cime.
Coincàfendré,le bois-cer97.
Cet objet est désigné dans la majorité des localités par un dérivé « coignet », qui a vraisemblablement occupé tout le domaine, mais qui a fortement reculé dans la région de Remiremont et la vallée de la Moselotte devant la forme française « coin », pure ou dénasalisée. Surtout nos parlers ont fait des-emprunts aux dialectes alémaniques : edyl 19, 21, 22 ou éëyt I, 3-6 < scheide, Martin, II, 373, et eü;aëk 2 << Scheidivecke, id., 808. Plusieurs formes sont individuelles : éë/! de 4 a et «ét de 6 a, d’après elég, fourni par 23 << Schlägel, massue, id., 459, eës de 17 g d’après le v. «chasser». L'origine de emäy de 11 b, qui paraît dérivé d'un simple analogue à eÿr de 23, n'est inconnue.
Combien c. 200.
La première syllabe de ce mot a été refaite, dans tous les parlers des deux vallées, d’après km. Ce croisement paraît être rare: parmi les graphies obscures d'Adam, p. 223, commbé du Tholy (canton de Remiremont) peut seule attester la même prononciation.
Cône de sapin, c. 204.
Parmi les nombreux termes usités dans nos parlers, « pomme »
de 10, 11, 13 est conforme à l’usage du français parlé, qui dit pomme de sapin, et lui est peut-être emprunté. 12 est la seule des localités lorraines de notre région qui emploie « queue». Les deux formes æ# et é de l'aire 7-10, 14-22, représentent sans doute le français «chef», comme Hingre le propose. L'extension du sens n’est pas insolite : tête offre des emplois analogues en français actuel, par exemple dans tête d’oignon, et on trouverait dans Godefroy des exemples anciens où chief est pris avec la même valeur. Quant À éäkay de l'aire 1-6, y du point 8, mot qui, à ma connaissance, n'existe que dans cette région, j'en ignore létymologie.
Copeau de rabot c. 208.
Tandis que le copeau de hache, v. la carte 207, est partout désigné par le même mot, correspondant au v. fr. astelle << hastella, cf. ML., EW. 4072, les termes employés pour le copeau de rabot sont remarquablement nombreux. Le mot le plus répandu est hoklij0, -j0, etc., de même origine que le fr. coquelicot (la terminaison de nos formes s'explique par le fait que le cog se dit j6, 70 dans nos parlers). Il est vrai que le coquelicot est rare dans notre région et que les témoins empruntent le fr. k6klikô ; mais d’après Thiriat, cf. Haillant s. v° cogueligo, la digitale pourprée se dit coqueligau à Saint-Amé, et par conséquent c’est par suite d’une comparaison établie entre les formes de cette fleur et du copeau de rabot que l’extension de sens s’est produite. rif de l'aire 17-22 est dérivé du v. rifé que le témoin 2 c m'a indiqué au sens de dréger le lin, Lin L., et que Hingre donne également pour La Bresse : « Rife, dréger, érañler, déchirer, user ». Ce verbe provient de l’anc. haut all. riffan, cf. ML., EW. 7308; quant à rifié d'Uriménil, il a été refait sur le fr. rifler, que 16 a a même repris en répondant riflé. Le sens de rif fait supposer que rifé a eu le sens de raboter, bien que je n’en aie trouvé confirmation ni dans les lexiques, ni dans mon enquête. Les points 14 et 12 emploient deux autres mots, gôlot 14, frœlät 12 ; l’un et l’autre se retrouvent dans des localités voisines, le premier dans les Vosges, le second dans les Vosges et en Franche-Comté, cf. la carte de l’AL. plèt contient probablement le même radical que
le fr. galer, gratter, frotter ; gola, étriller, gol&r, étrille, du Val d’Ajol lattestent; et ici également il faut supposer que le verbe a eu le sens de raboter. fr#lät dérive vraisemblablement d’un verbe usuel en Franche-Comté, cf. fréla « flamber un pigeon, un poulet » — « brûler les moustaches, les cheveux de quelqu'un » — a. fr. freler « roussir » Grammont (Godefroy ne donne cependant pas ce verbe dont j'ignore l’étymologie ; M. G. a probablement pris ce mot dans Roquefort où sont confondus deux verbes ferler et frailler, qui ne conviennent pas ici), frelaf Vautherin, frélä Boillot, etc. On a comparé les copeaux de rabot aux frisures que l’on fait en «frelant », cf. frizo 24 et aussi frison, fanfreluche et paillette, tournure de fer, cuivre, ÉTCHEDUICESS
Coquille, cf. Écorce.
Corbeau c. 211.
Tous nos parlers emploient « corneille », sauf les témoins a et b de Remiremont qui disent kro; ce dernier type est également attesté par cro Haïllant, cro Contejean, crd Grammont, cr4 Vautherin, cf. aussi Adam p. 314 et AL. c. 324. Toutes ces formes ont le même étymon que le françaisfreux, c’est-à-dire l’ancien franc brôk, cf. ML., EW. 4211. Le k initial, qui se trouve dans toutes les formes recueillies, sauf dans le dérivé raqué, cité par Adam et provenant de Lusse (canton de Provenchères, arrond' de Saint-Dié, Vosges), n’est vraisemblablement pas issu régulièrement de l’initiale germanique h; en effet le traitement normal de hr dans les parlers français est fr, cf. Schwan-Behrens $ 30, b, 5 ou Meyer-Lübke, Gr. d. R. L., I, $ 18; le seul exemple comparable à «7 << hr serait le nom propre Clovis. On peut l’attribuer soit à une assimilation du h initial au k final, soit à un croisement avec « corneille » ou peut-être aussi avec quelque mot signifiant croasser comme crôché Uriménil : le choix entre ces deux explications est difficile. Cependant l’hypothèse du croisement entre deux mots désignant des variétés de l'espèce est appuyée par celui de corvus et graulus (sur ce mot, cf. ML., EW. 3850), qu'attestent les formes de la région languedocienne données par l4L. Le k final de nombreuses formes lorraines, cf. Adam, /. c., l'AL. et Zeliqzon, p. 92, krôk s. v° krgbo,
est dû probablement à l’action de dérivés tels que raqué de Lusse. Enfin la présence dans notre domaine de deux mots pour désigner le corbeau, comme la grande richesse de la carte 324 de VAL., provient de ce que des termes désignant proprement des variétés de l'espèce sont finalement appliqués à celle-ci.
Cosse, cf. Écorce.
Couleuvre c. 216.
kôlyév de 1-4, 6, kélyéu de 6 16-22 et ké- de 17 attestent dans leur dernière syllabe un croisement de « couleuvre » avec lyév, lièvre, croisement qui, d’après les données des différents recueils dialectologiques, ne paraît pas se retrouver ailleurs. D’autre modifications d’origine moins claire sesont produites : dans këlér de $ a, kül@r de 21 a, qu’on peut rapprocher de colieure d'Uriménil, la terminaison semble avoir été remplacée par le suffixe @r — fr. oire (dans d’autres parlers lorrains vr est réduit régulièrement à 7, cf. Horning, Ç 183). Mais kéryôl de 7, 8 est tout à fait obscur. Sauf le stade *kéryæl, facile à rétablir d’après ce qu’on a vu p. 76, il faut supposer une série de modifications compliquées.
ICouSsinerc 2710.
Le coussinet, destiné à protéger la tête des bestiaux contre le joug se dit « chapeau » dans la plus grande partie de notre domaine, les points 2, 3, 9-22. Cette désignation est nouvelle et fait reculer des termes plus anciens : on le voitnettement aux points 2 et 3 qui connaissent encore épyà et au point 23 où « chapeau » est entouré par les deux autres mots; le témoin 3 a a en outre fait observer que éëpé est un mot récent. De ces deux autres mots, épyà de l’aire 1-7 est sans doute le plus ancien : c’est la forme régulière de l’étymon *applictu, cf. ML.,EW. 549 et D. G. s..v° applet; bèté, usité aux points 8 et 8’ (et dans les localités franc-comtoises 24-26 sous la forme bété), est un dérivé du type « bât ».
Convercie cc 22r
Les différentes formes, qui servent à désigner cet objet, sont délicates à interpréter, en raison des nombreux croisements qui s'y sont produits. On constatera d’abord que notre domaine vosgien ne possède pas de représentant du type « couvercle »,
qui est l’étymon de kévéé de l'aire franc-contoise 23-26, cf. aussi cuës, La Franche-Montagne, et pour les parlers lorrains Horning, 6173. Un type « couverte» est représenté par k®vët de 12, et les différentes formes de Paire 19-22, k@vyed 22, -äd 20, kr&vyäd 19, 21 et-4f 19. Le d final en est anomal; il provient probablement du suffixe -äd —.fr. arde, et a pénétré des localités 19-21 à La Bresse, dont la forme k®vyéd ne peut pas s'expliquer directement par l’action de ce suffixe. En outre la syllabe kr@- de 19, 21 est due à l'influence du v. kr®vi, couvrir, influence qui se constate aussi dans krœvye — fr. couvert, que 2a, 3 c n’ont indiqué qu'au sens de rondelle de fourneau L. (küvér de 10, 11, 16, forme récente d’après les mots fr. couvercle et couvert, ne suppose pas nécessairement une forme patoise du type «couvert»). Enfin le genre masculin de kr@vyädau point 21 vient du mot k&/fépque nous allons étudier. Les formes hk®gé 13, 14, k@eëp 1-8”, -F- 9, 15, -C- 12, k@fép 9, 10, 16-21, keukhëpe Hingre, sont plus difficiles. Pour les expliquer, il faut faire momentanément abstraction du p final. Hingre à fait un rapprochement curieux entre keukhèpe et l’a. fr. cueuvre-chief, qu’on pourrait appuyer en rappelant les nombreuses applications de chape et chapeau dans les langues techniques. Mais d’une part, «couvre-chef » existe à la Bresse sous la forme keñchè (lire k&eée) : « ne se dit plus que dans le composé : Téle-dé-k., toile de couvre-chef, toile très fine et très belle dont les femmes faisaient encore, il n’y a pas plus de 60 ans, leur coitfure de deuil » Hingre ; d'autre part l’étymon du fr. couverceau << *copercellu suffit à expliquer toutes nos formes. ys est devenu régulièrement 6 >> € f, puis 7, en contact avec cette consonne, est devenu f et le groupe fe >> fé, fé a été réduit soit à €, f, 6, soit à f, en raison de la rareté de ce groupe intérieur. Le p final, qui existe dans la plupart des parlers, a été ajouté par croisement de ce mot et de « chape ». Ce dernier mot est largement attesté dans notre domaine avec un sens local, cf. Hingre : « Chaïpe, appareil en cuir, qui rattache le fléau au manche, on ditaussi khaipe », et les indications plus précisesque j'ai recueillies : édpy 24, eëp un témoin de Saint-Nabord, äp fr. pop. de 6 b, par corruption £ë! 19 b, les deux pièces de cuir, qui garnissent l’extrémité du manche et celle du battant, fléau L. Enfin le seul
Le 267 ES
point 15 nous a indiqué kw#ed, qui est un dérivé de kwèéeé, cacher, très usuel au sens de couvrir, cf. la c. 222, et que Hingre donne avec un autre sens : « cwachon, s. m., tout voile... » Si les explications précédentes sont exactes, le type «couverceau » est antérieur aux autres mOts.
Creuxc230
Creux, en parlant d’un arbre, a été exprimé par deux termes locaux, en plus des mots de sens approximatif «sec » et «troué» et du français kr® : l’un, usité dans les deux vallées sous les formes eëb et ob est un adjectif postverbal, cf. Ÿ 147, dérivé d’un verbe d'origine alémanique, attesté seulement en dehors de notre domaine par hhobé, fané, détérioré, Le Tholy, Adam, p. 262, << schaben, cf. Martin s. v°; ce verbe a donné en outre naissance à un substantif désignant l'outil de tonnelier appelé bouvet en français : «6b 2 c, 6-15 a, 16 a, hhobe Le Tholy, Adam, id.,.et édb 2 c, khabe Hingre. La localisation du deuxième adjectif kôvæ 3, 6, 8° (et 26), ko- 11, 14, kä- 19, relevé également à Uriménil, cf. coveuye Haïllant, invite à penser qu'il a existé dans tout notre domaine; ce n’est cependant pas un mot d'une formation ancienne, si j'ai raison d’y voir un adjectif du français populaire de la région, dérivé du v. caver au moyen du suffixe eux, et à peine modifié par les patois.
Déchirer c. 239.
Des trois types que nos parlers emploient au sens de déchirer, celui qui correspond au fr. « déchirer », et qui est usité surtout dans la vallée de la Haute-Moselle, cf. aussi à La Bresse dekhirié et même khfrié, est sans doute antérieur aux deux autres. Bien que létymologie de héza 8, 9, 12, - 13-15, caisé Uriménil, me soit inconnue, l’existence de ce verbe à La Bresse et le sens qu'il ya: « Caisé, trouer, éventrer, fendre en déchirant » Hingre, montrent qu'il s’agit d’une substitution récente. On en peut dire autant de riké, usuel dans les deux vallées, et dont drikÿ de 18, attesté aussi à La Bresse, cf. driqué Hingre, est un composé. L'origine en est simple: c'est une forme due au croisement de « râcler » et de rifé, cf. sur ce verbe plus haut copeau, comme on peut le voir par le sens des formes suivantes : riqué, frotter
l’allumette pour lenflammer, Uriménil, rkà 12 a râcler L., rikä 25 et rilyà 23 ramoner c. 637. Les formes de 23-26 drävà etc., représentent un autre type très usuel dans les parlers franccomtois << devorare avec métathèse du r, cf. les formes déviré, dévorer, déchirer, Pierrecourt, Juret, dèvürä, id., La Grand- Combe, Boillot, etc. Ù
Dehors €. 240. PAL =
Bien que fy&, soit simple, soit composé avec « de », « de de », « en de », soit encore très usuel dans notre domaine et existe vraisemblablement même dans les localités où je ne lai pas recueilli, cf. par ex. feu, Hingre pour La Bresse, notre carte montre qu'une innovation assez récente dû | &e, -£, etc., c'est-à-dire devant la porte, a eu un grand succès. Notons que dà, devant, cf. aussi c. 61, suppose un étymon deante oublié par M. ML. dans son Etymologisches Wôürterbuch.
Depuis c. 243.
À côté de « depuis » usité partout, Le Val-d’Ajol est le seul point où j'aie recueilli le type « dès » sous la forme d5 : cependant dà existe dans les parlers des deux vallées, cf. dès L., et da Hingre ; mais, comme on le voit par les indications de cet auteur, il est surtout employé dans des locutions toutes faites et possède actuellement moins de vitalité que « depuis » ; c'est ce qui ressort également de notre carte. Quant à ër qui précède « depuis » dans la plupart des localités etqui, sans aucun doute, est connu de toutes, c’est le groupe initial de la locution adverbiale très usitée # n sé kd, il ne sait quand, savoir L., cf. aussi é-ne-sai-quan Hingre.
Deérnièr:1Dérrière 74
Si déré 1-10, 16-22, +y 11-15, dernier, représentent régulièrement un étymon deretrariu, seuls déryé 11, 12, 14 et déyé (cf. en outre p. 122) 9-I1, 13, 15-22 sont issus de deretro ; mais dans l'aire 1-8° déré, dernier, s’est substitué à « derrière ». Ce phénomène s’est également produit dans les parlers francs-comtois 23-26, et on peut conclure de ces faits que M. Grammont a eu tort d’établir la succession « derrière », — «arrière », — « dernier » pour déri de la Franche-Montagne.
Dîner LZ.
Dans l’usage de immense majorité des témoins, « déjeuner » s'emploie à la fois au sens de déjeuner le matin et de diner à midi. Cependant, et en dehors de l’emprunt du fr. « dîner » fait par quelques-uns, 1 a, b, $ a ont indiqué mwèrôdä, 21 à, e, muwärèdä, les trois premiers témoins après avoir répondu « déjeuner » et 1 b en ajoutant que c’est un mot du vieux patois. Or ce verbe dont l’étymon bien connu est werendare s'emploie partout au sens de goûter c. 393. C’est sans doute la gêne causée par le double sens de « déjeuner » qui a amené quelques parlers à donner à merendare celui de déjeuner. On remarquera qu'aux points 1 et 2, c'est-à-dire dans la région où merendare à reçu ce nouveau sens, goûter se dit far lé ptit mwérod.
Ces modifications doivent être assez récentes et n’ont pas eu grand succès ; et c’est ce qui explique que muwérôdä ait fait au témoin 1 b l’impression d’un archaïsme, alors ‘que c’est plus exactement un mot employé dans un sens peu usuel.
Donner c. 259.
béyé — fr. bailler << bajulare à fait disparaître complètement -« donner » de l'aire 1-16. Aux points 17-19 les deux verbes rivalisent ; mais aux points 20-22 » donner » est sans concurrent ; Hingre confirme les données de notre carte, car il ne connaît que dena. D’autres parlers lorrains le possèdent encore, cf. Adam, p. 318. De la répartition des faits il ressort que le recul de « donner » devant béyé se fait sous la poussée des parlers de la région de Remiremont.
Éclore c. 270.
Nous avons ici l’exemple probant d’un mot que les parlers éliminent pour échapper à une homonymie gênante. En effet, dans l'aire 1-15 la chute de l’é initial, cf. p. 33, devait donner à« éclore » une forme identique à « clore » : c’est ainsi que 9 dit encore #y6r, éclore. Au contraire dans l’aire 16-22 le maintien de £ << s devant consonne assurait à « éclore » une forme éty6r bien nettement distincte. Les parlers de l'aire 1-15 ont essayé d’éviter l’'amphibologie de diverses façons : le maintien de lé initial était possible, et les témoins 9, 11 c ont en
effet attesté #fyôr ; cependant, pour plus de clarté, la région de Remiremont a préféré le composé détyôr, cf. aussi à Uriménil détyore. Mais la plupart des parlers ont eu recours à des mots de sens voisin, parfois même peu expressifs : uni et @ei — a. fr. issir 1-8, dr&vi, ouvrir, 11 b, dékôvà 8, 10, 12 et # 11, qui au sens propre s’est d’abord appliqué à la poule qui cesse ou qu’on fait cesser de couver, cf. dècôva, v. a., guérir une poule de l'envie de couver, Hingre.
Écorce c. 272, Coquille €. 269, Cosse c. 215, Pelure c. 564, Gousse L., etc.
En raison de la parenté sémantique des différents types de mots usités dans nos parlers, leur emploi donne lieu à de multiples variations suivant les localités et les témoins : peu importe qu'il soit parfois difficile de déterminer ce qui est normal et ce qui est accidentel, car la cause de ces variations est toujours la même. « Écorce » qui a partout le même sens qu’en français a été donné au sens de cosse par le témoin 18, au sens de gousse par 22 b; käf, tout en correspondant au fr. coquille dans Paire 1-8", a été également employé pour cosse au point 8”; les différentes formes du même type kë/üf, kä-, ëfk- ont le sens de pelure dans l’atre 1-8”, 17-22, mais le point 1 l’a en outre donné en réponse à cosse, et les localités 13, 14 le connaissent, sous les formes kôlôf, -Éf, avec le sens de coquille, cosse; les mêmes termes signifient dans de nombreuses localités à la fois gousse et cosse, etc.
Dans de telles conditions il n’est pas surprenant qu’il se soit produit de nombreux croisements de mots. Malheureusement la plupart des formes usitées dans notre domaine se rattachent à des types de mots dont l'origine est mal établie. këlôf, kä- etc. appartiennent à une famille de mots pour laquelle M. Schuchardt, Roman. Etymologien, 11, p. 5 r, note 2, et p. 202, a proposé un étymon grec Relyphos peu satisfaisant pour plusieurs raisons exposées par M. ML., EW. 4688; l'ancien haut-allemand skalija => all. schele proposé par M. ML., EW. 7683', convien-
1. Cest sans doute par inidvertance que M. ML. cite sous kelvphos le poite-
vin Salafra, brou, et sous Schelf le fr. occidental Swlufre, id., sans renvoyer d’un numéro à l’autre,
drait mieux à nos formes et sans doute à beaucoup d’autres des parlers gallo-romans ; #ëf etc., se rattacherait, - d’après M. Schuchardt, au type précédent ; éÿf n’est pas beaucoup plus clair, et le rapprochement que M. Grammont fait entre éuf, gousse, et le m. h. all. kaf, gousse, balle d'avoine, se heurte à de grosses difficultés ; je serais plutôt disposé à y voir une reformation du type kof qui se serait produite dans les parlers francs-comtois, cf. encore Tchôfe, calice ou enveloppe de la noix, Châtenois, d’après les mots issus du type skala ML., EW. 7970, tels que eéal Bournois et les dérivés signifiant noix 6é5/6 23-26, c. 527, etc. ; enfin käf, ékäf proviennent assez vraisemblablement de l’all. Kaff, mais il est difficile de dire s'il faut totalement exclure le latin d’origine grecque scapha, cf. ML., EW7658:
Quoi qu’il en soit de ces problèmes qui ne peuvent pas être résolus ici, il existe un certain nombre de formes qui ont été modifiées par des croisements qu’on peut suffisamment établir. « Écorce » présente dans les formes (#)kwf, ëfk- des localités 10, 16-18 un / final, qui provient de éof, (é£)kof, kélüf, etc. Éeôf, cosse, du Val-d’Ajol a un & initial dû à (#)kw&, écorce, etc., et éklof, coquille, du même point, est issu du croisement de formes telles qu'ékôf et kälôf, usitées dans les localités voisines. C’est à l'a de kaf que kôf, coquille, de 16 doit sa quantité, comme c’est à l’ô de kdf que hktfäy, cosse, et défhäfyé, écosser, de cette localité doivent la leur. Si #ôf est la forme la plus ancienne, &kôf, éfkôf ont pris &, & à « écorce », et, quel que soit le type étymologique de k16f etc., kaf, Gkaf, les formes avec ëk- initial des parlers dé la vallée de la Moselotte sont également refaites sur « écorce ». Des croisements analogues sont aussi fréquents dans les parlers voisins : que l’on compare, pour ne citer que quelques faits clairs, fecreutche, coquille, de Châtenois, dont la voyelle initiale vient d’icconeche, écorce, cf. les formes non modifiées kréë Bournois, creë La Franche-Montagne, ou poléf, pelure, donné par l’AL. au point 87, issu d’une forme antérieure pole avec le f final d’un des types étudiés plus haut.
Écorcher un animal c. 273.
Le type ancien « écorcher » ne subsiste plus que dans les deux vallées, et là même il a notablement reculé devant des expressions nouvelles dont la plus répandue est « peler »; les autres n'ont été relevées que dans quelques localités, « lever la peau (ou) le cuir » aux points 6 et 8’, « lever » au point 5; quant à « râcler » de 16, c’est une inexactitude. Quelle est la cause de ces innovations ? On peut les attribuer soit à la concurrence du sens figuré blesser en éraflant la peau, cf. les N. E. de la carte et khcouché Hingre, soit plutôt à la gène ressentie par suite de la trop grande ressemblance phonétique du v. « coucher » ; cette dernière hypothèse rend mieux compte de la totale disparition d’« écorcher » dans la région de Remiremont, sauf sous sa forme française, cf. aussi écorché Uriménil. Il est vrai que dans les vallées de la Moselotte fhküéé, écorcher, diffère suffisamment de ktét, coucher ; mais on peut admettre que l'emploi de « peler » s'y est développé sous l'influence des parlers voisins.
Écouvillon c. 275.
Les formes (#)skï des points 8’, ro et kü des points 1, 4, 7 sont sorties de ski, ki, qui représentent un dérivé en ? — fr. il de l’ancienne forme escouve, par croisement avec kï, cul.
Entrée no
D’après cette carte, tous nos parlers emploient uniquement « entre »; cependant ils connaissent aussi une locution composée de « entre deux », analogue au substantif français entre-deux : les témoins 9 et 16 b me l'ont donnée avec la valeur d’une préposition sous la forme ôtérdü, cf. N. E. de la carte; Adam, p. 199, indique également pour Vagney oterdou d los dousse, « entre eux deux », et Haillant, s. v° ofe, entre, onterdon (faute d’impression pour onterdou) pour Dommartin d’après le glossaire de Richard. Hingre n'attribue à aulerdou qu'un sens adverbial « dans l’intervalle » (outre celui du substantif, comme en français), comme le témoin 2 c la fait pour ôrédü. Le dernier témoin emploie un autre composé « par éntre » avec fonction de préposition.
te SI LS |
Épervier c. 306.
Les noms d'oiseaux sont parmi ceux où l’on est le plus exposé à recevoir des réponses erronées ; les indications contenues dans les N. E. le montrent abondamment, cf. aussi plus loin à propos de pinson. Mais ces erreurs ne doivent pas jeter la suspicion sur lensemble de la carte. La variété remarquable des désignations de l’épervier vient de ce que les patoisants confondent fréquemment les différentes espèces d’oiseaux carnassiers, qui au reste Ont un aspect assez semblable, cf. dans Haïllant « chaïsserot, épervier vulgaire, petite buse, se distingue du buson par ses œufs, dépassant le nombre de deux, et atteignant parfois à sept », et dans Hingre les explications données pour moukha « mouchet, émouchet, épervier ». On a donc dans l'aire 1-8 kérsél — le fr. crécelle (d’où est issu crécerelle, ainsi que l'indique le Dict. Gén.), dans l'aire 17-22 mugà — le fr. archaïque mouchet et des formations locales « jaune patte » des points 8 et 9, « petit buson » 11-14 et surtout les dérivés de « chasseur » de l'aire 8/,.9, 11-16 et des points 2 et $; la présence de sr dans ces deux localités fait même supposer qu’il est connu dans toute la vallée de la Haute- Moselle.
Éssaimice;08.
Le terme qu'emploient nos parlers étant un dérivé de « jeter », qui y.a pris le sens d’essaimer L., il n’est pas surprenant qu'il ait été refait sur ce verbe et que dans Faire 1-10 on dise etyô d’après etyé. Si 16 dit à la fois fé et ety6, ce fait peut s'expliquer ou par la date récente de été ou par l'emprunt de elyô.
Été, cf. Automne.
Exciter un'chien c:337.
L’étymon du verbe représenté par hürsé, -syé et les composés avec à de la région de Remiremont et de la vallée de la Moselotte est « hérisser », ainsi que le montre hürsyé de $ d au sens de hérisser, cf. pour là p. 106. Les formes de la vallée de la Haute-Moselle hisé, -syé, risé, lisyé et celle de 19 gisyé sont plus difficiles : on n’en rencontre d’analogues que dans des localités
Le parler des Vosges méridionales. 18
No —
situées loin de notre région, hinsieu donné par Adam, p. 259, pour Mailly (Meurthe-et-Moselle) et hinsye donné par Zeligzon p. 89 pour la région messine.
Il est en effet impossible de décider si ce verbe ‘est ancien et correspond à l’ancien fr. hicier, issu par dérivation de l’anc. haut all. hizza, cf. Kôrting, 3° éd., 4586, ou s’il est récent et représente le verbe hifze", en allemand he/zen, des parlers alémaniques, cf. Martin, I, 397. Et d'autre part il a subi plusieurs modifications dont l’origine n’est pas certaine : toutes les formes recueillies ont un à qui vient peut-être de « chien », / de /isyé 8’ peut être dù à « lancer », g de gisyé 19 à écdi, risé de 1 est plutôt un composé qu'une contamination de reizen, peu usuel en Alsace, cf. Martin, II, 286. Quant à é&®di, 2 des points 1, 2, 19 et que Hingre donne aussi : « Égueudi, exciter, pousser, encourager », c’est un composé de l’adjectif « gourd » avec le préfixe ë == a. fr. es; cf. à la Bresse même dégueudi, dégourdir. L’amuïssement du s devant g aux points 19 et 22 montre qu%gdi y a péuétré de la vallée de la Haute-Moselle ou du moins ya été refait d’après la prononciation de cette vallée.
Fenils cfeGrenrér.
Féve cr43eaHaTmicotrr.
Le haricot n’étant qu’une variété de la fève, nos parlers ont utilisé le mot «fève » pour le désigner ; il semblerait, à comparer les réponses faites pour les deux mots, que beaucoup de ces parlers se contentent de « fève » pour les deux espèces. Il n’y a là sans doute qu’une apparence : les lexiques montrent que les termes distinctifs que j'ai relevés en plusieurs points existent aussi dans d’autres localités où j’ai obtenu seulement « fève » : ainsi Hingre donne pour la Bresse fiwvève dé rome, fève rameuse, haricot, que mes témoins n’ont pas indiqué. L’insuffisance des réponses provient pour une part du mode de l'enquête, mais il y en a d’autres raisons plus significatives. « Fève » étant le mot le plus ancien et en outre figurant dans les désionations nouvelles qui servent à distinguer la fève et le haricot peut à la rigueur suffire ; de plus la culture de la fève proprement dite est actuellement en déchéance, cf. les N. E. de la carte 343, si bien
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que ces termes nouveaux doivent être aussi en recul; enfin l’existence de nombreux termes pour de menues variétés diminue le besoin de distinguer le groupe « haricot » et le groupe « fève ». De toute façon l'emploi de « fève » pour la désignation des deux espèces devait avoir pour conséquence une grande variété d'expressions. Il eût pu suffire de réserver « fève » pour une espèce et de créer une expression pour l’autre, mais il y avait trop peu de cohésion entre nos parlers pour que ce choix se fit partout d’une façon identique : c’est ainsi que 3 a, 4 a désignent la fève par fév et le haricot par fév dé rôm et qu’au contraire à Remiremont fève se dit fév dé li et haricot fef. Cet état de choses, au reste flottant et individuel, à amené des innovations pour les deux espèces, par exemple dans la vallée de la Haute-Moselle, où la fève est souvent appelée « grosse fêve » ou « fève de loup » et le haricot fév dé rôm.
Ce dernier terme demande seul quelques explications : relevé dans mon enquête aux points 1-4, il existe également à la Bresse, comme je l’ai indiqué plus haut, et dans de nombreuses autres localités, cf. Haïllant s. v° Joëve ; rôm y représente le fr. rame, piquet servant de tuteur aux plantes grimpantes, comme la forme rame attestée dans plusieurs points le montre clairement. Le correspondant de M. Haïillant pour Gérardmer, en écrivant fève de Rome, a interprété rom par une étymologie populaire, dont on ne peut pas dire si elle est postérieure à un changement d'à en à sous l’action de la labiale suivante, cf. p. 109 sq., ou si elle l'a provoqué. 7
Fulec/34s.
Dans la majorité de nos parlers « fil » a cédé la place au participe passé du verbe « filer », qui existe également en français, mais avec un autre sens, cf. D. G. filet 2. La carte 567 de AL. atteste la même substitution en quelques points isolés, et M. Haillant note s. v° fi la forme ft pour Vexaincourt (canton de Raon-l’Étape, Vosges) et Adam p. 253 fé pour Landrecourt (canton de Pont-à-Mousson, Meurthe-et-Moselle). « Fil » n’a pas aussi complètement disparu des parlers des deux vallées que la carte 345 pourrait le faire croire. Mais il n’y subsiste plus qu'a-
vec un sens restreint et dans des expressions toutes faites, p. ex. dans fi rt6, fil double, 8/f, 16 a N.E. et dans « fil d’archal » 2 a, c, $ a, 19 a, 21 a, etc.; Hingre donne des indications analogues : « Fi, ne se dit qu'avec un complément ». Au. reste fé a une telle force d’expansion qu’il pénètre dans ces expressions et que 18 dit mème f£ d äea, cf. Fil L.
Fillerc. 1346 Fils 5 47eGarcone
« Fille » et « fils », bien qu'ils soient attestés dans presque toutes les localités et qu’ils existent certainement dans celles où par hasard je ne les ai pas recueillis, cèdent la place, suivant une tendance générale et bien connue, à des termes qui désignent au propre les enfants au point de vue du sexe. C’est ainsi que pour fille presque tout notre domaine emploie, en dehors de « fille », un représentant de la. fr. baiasse bwëyés 1-11, 14-17, bwä- 18-22, et qu’en outre 14 et 13 disent respectivement baslot et basôt, le premier dérivé de l'ancien baisselle, le deuxième issu de ce même mot par substitution de suffixe. D’autre part, à côté de « fils », l1 majeure partie des points des deux vallées connaissent une forme bwôb <Z além. — all. bube, cf. Martin, Il, 4, tandis que dans les localités voisines de Remiremont on emploie « garçonnet ». Ce dernier mot parait être à peu près inconnu des deux vallées, ou il y est importé, comme le montrent les formes güfnô de 10, 16, cf. supra, p. 138, et gakhnd, gachno données par Hingre pour la Bresse. bwôb de son côté est inconnu en dehors des deux vallées, et l’on peut noter qu'Uriménil ne le possède pas non plus et dit également gohhnot. Enfin « garçon » est rare dans tout le domaine; je n’ai recueilli que gaçô au sens de garçon chez le témoin 17 a, qui a ajouté que ce mot est plus rare que bwôb; en outre Hingre le donne aussi avec le même sens.
Erilèuxd
Les formes fréy a-8 ira; 161, Jr ro Tr a UE 17 4, f, 18,21 €, 22 a, frèyü 11 c, fr@yä 12 sont issues régulièrement de formes correspondant au français frileux : 1 a été mouillé par l’? précédent, avant le changement de celui-ci en é, æ, cf. Meyer-Lübke, Gr. d. R. Spr., I, À 517,-puis s’est réduit
normalement à y ; la même explication convient pour fréyoux Uriménil, freullou Plancher-les-Mines, freu‘you Auxel, près de Châtenois, d’après Vautherin. A côté de toutes ces formes régulières, frédyä de l’aire 19-22 doit # et d à un croisement avec froid, -e c. 367.
Eumier IL.
. L’enlèvement du fumier de l’étable est désigné par des expressions remarquablement variées. Les parlers distinguent deux opérations, la première qui consiste à râcler le fumier, la deuxième qui consiste à le conduire hors de l’étable : de là quelques hésitations dans les réponses des témoins, par exemple l’emploi de däsé par 12 a pour la première opération. En outre quelques témoins semblent ne pas s'être rappelé ou ne pas connaître Pexpression propre et s'être contentés de termes approximatifs, par exemple 20 a « râcler le fumier », 17 b « nettoyer les vaches » pour la première opération. Il est plus difhcile de se prononcer sur les nombreuses réponses concernant la deuxième opération, dont la désignation est beaucoup plus flottante que celle de la première. Celle-ci est exprimée par deux termes nettement localisés ? r@yé des points 1-9, II, 14-16, dérivé de « rouable », cf. p. 148, et (é)éférwä recueilli aux points 17, 18, 19, 22, cf. aussi Hingre : « khtériva, ramasser en râclant, avec le râcloir appelé khtérwa ; se dit spécialement de la braise du four et du fumier de lécurie. » C’est évidemment à tort que cet auteur cite le latin séruere, strues. Il faut considérer notre verbe soit comme dérivé du mot /räé attesté au point 15 au sens de pelle en bois, cf. aussi /roué Uriménil, qui représente un étymon “*/ruellu, soit plutôt comme issu d’un verbe composé de frua, “extruare. 5
Pour la deuxième opération, les expressions les plus usitées sont « jeter », « vider » et « danser », ordinairement construits directement avec « les vaches » par un raccourcissement curieux. On notera aussi l'emploi de « danser », qui est vraisemblablement une modification plaisante de « lancer ».
Garconseon iles
Glissant c.-300, Glisser c 391, Traîneau c: 762 et L.
Les formes sôyé, etc., des localités 1-7, 21, cf. aussi khauye Hingre, se rattachent à un adjectif anciennement attesté, mais d'origine inconnue, xaullent (lubricus) Apfelstedt, Lotbringischer Psalter, p. 177 etp. xum, n. 1. Dans la vallée de la Moselotte, bien que ce verbe y soit usité, les témoins ont surtout employé hlæyé, issu d’un substantif féminin hl@y, traîneau pour pierres, 17a(2r1aet22a ont, probablement par suite d’une erreur, indiqué ce mot pour désigner une voiture chargée de foin contenu dans des draps) << anc. h. all. slito ML., EW. 8033. Un autre dérivé hléyà existe également au sens de traineau pour pierres dans cette vallée. La vallée de la Haute-Moselle n’ignore pas cette famille de mots, car 5 c m’a fourni le verbe /üÿé au sens de se lancer sur la glace pour glisser, et /610 de $ a, c, léyë de 1 c, 2 c correspondent régulièrement à hltyà de la vallée de la Moselotte. Malgré notre ignorance de l'étymologie de eoyé, etc., on peut affirmer que les deux types verbaux avaient anciennement un sens bien différent : celui qui dérive de silo était un verbe transitif signifiant traîner, faire glisser, tandis que eoyé, etc. signifiait intransitivement glisser. Mais emprunt aux parlers alémaniques du substantif élit, traineau à bras pour le bois, cf. l'allemand schlilten, d'où nos parlers ont dérivé le verbe elité, a causé le recul du verbe issu de s/ito, qui a à peu près disparu de notre domaine au sens de traîner : dans la vallée de la Moselotte il n’a subsisté qu'aux dépens du v. fé et même a donnénaissance à l'adjectif hl@va, glissant. Cependant son ancienne valeur transitive n'est pas complètement oubliée ; Hingre la rappelle et 17 a, b la connaissent encore. Quant à l'emploi de f6yé de 17 a au sens de traîner du bois, c’est un fait accidentel. De leur côté le substantif issu de s/ilo, hl&y, et les dérivés avec le suffixe Cet» ont reculé devant élit et nese sont conservés qu'avec le sens restreint et particulier de traîneau pour pierres (muni d'une fourche mobile, d'après Hingre). Les relations de ces différents termes sont compliquées par l'introduction récente du français glisser, adapté sous les formes gisé, gisyé et d’où est dérivé le substantif gis, qui, d’après la plupart des témoins, équivaut complètement à #/it. Enfin le Val-d’Ajol emploie au sens
de glisser, se lancer sur la glace, un verbe gälyé, qui a donné “naissance au substantif g@ly@r, raquette pour aller sur la neige, et qui se rattache peut-être au fr. galer, dont on à vu un autre représentant p. 264. Pour hay, glissant, cf. infra, p. 310. Gouttière:L, (é)hgotér des localités 19-21 présente un préfixe &h — fr. 4
< lat. ex, qui provient du croisement de gülér, gouttière, avec « égoutter », v. hgôta Hingre, et infra truelle, qui a subi une modification analogue. Dans de nombreux mots des parlers français l’adjonction d’un e initial a une origine semblable, cf. Behrens, Beiträge, p. 98 sq.
Grange c. 395.
La partie de la grange qui se trouve en avant est désignée dans tout notre domaine par un dérivé “carrile, formé comme le fr. chartil. Toutefois, à la Bresse, apparaît un terme propre à cette localité rvkray, cf. rècrue Hingre, qui paraît correspondre au fr. recrue : sans doute ce mot, qui n’y est plus attesté qu’avec ce sens particulier, a dû posséder d’autres sens, notamment celui de ce qui complète, et c’est probablement en ce dernier sens qu'on l’a appliqué à la partie de la grange qui est en avant, comme dans des parlers voisins ôn l'a désigné par un dérivé de cappa signifiant au propre pignon, cf. ML., EW. 1642; les formes signalées par M. Thomas, Rom., 39, p. 207, ont le suffixe 1le, tandis que eëp@ indiqué par 14 a comme usité à Arches et chaipeu Uriménil ont subi une modification dont l’origine n’est pas claire, peut-être une substitution de suffixe sous l'influence d'aivreu, abri, Uriménil, cf. aussi p. 10, n. 1, à moins que ce mot n'ai été emprunté à des parlers où ? est devenu régulièrement &.
Grenier au dessus de la grange c. 399, Fenil L.
Tous nos parlers distinguent par des termes particuliers ces deux sortes de greniers, parce que leur utilisation est différente, le premier étant réservé aux céréales, le deuxième au foin. Pour le fenil, ils se servent tous du même type issu de so/ariu ; mais pour le Srenier placé au-dessus de la grange, notre domaine se divise en trois aires. <0fo de 11, 13-15, cf. aussi chafouaud, gre-
nier à toin, à gerbes, Uriménil, correspond au fr. vieilli chafaud. Dans l’aire 1-8", 21, péréï, etc. est un dérivé de « perche » avec le suffixe à < ile, auquel ë << ariu s’est substitué dans quelques localités, cf. p. 233; cette désignation vient sans doute de ce que ce grenier est fréquemment garni de perches pour maintenir et disposer les tas de gerbes. Enfin là troisième aire 8-10, 12, 16-22 emploie un mot Hrb6, aux points 19 et 20 härb6, dont je n'ai relevé de représentant qu'à Gerbépal (canton de Corcieux, arrondissement de Saint-Dié), où l’on dit également herbeau, d’après Adam, p. 333, et dont l'origine m'échappe totalement.
Dans ce grenier, beaucoup de témoins distinguent par un terme particulier la partie qui domine l’avant-grange, 12 a l’appelle #irà, qui signifie ordinairement tiroir L.; quant à bérék, employé toujours au pluriel dans les deux vallées, s’il équivaut au fr. baraque, le développement sémantique en est obscur.
Guêpe L.
Tandis que les localités 1-10, 17-22 disent vép issu régulièrement de vespa et que 16-17 un terme d’origine inconnue ébrät!, l'aire 11-15 emploie une forme wés, qui exige quelques éclaircissements. On trouve des formes ayant la particularité de présenter un s final dans de très nombreux parlers orientaux, cf. Adam p. 333, Haillant vôsse, Horning p. 122 et surtout la carte 672 de l’AL., qui donne des formes analogues pour un grand nombre de localités non seulement de la Lorraine et de la Wallonie, mais encore des départements de la Haute-Saône, de la Haute-Marne et de la Marne. Or il est manifestement impossible de rattacher ces formes au latin vespa, car dans la plupart de ces parlers s devant consonne a disparu, et 1à où il se maintient, il reste rarement pur, et rarement aussi il absorbe la consonne suivante, cf. AL. c.351 crête, Horning $ 158; enfin si, dans les parlers wallons, le traitement de sp paraît régulier, e ouvert latin est diphtongué devant s + consonne; or aucune
forme de « guèpe » n’y présente ce traitement, cf. ML., Gr. d.
1. Il faut sans doute en rapprocher guébrotte donné par Adam, p. 333,
pour le Tholy, et dont l’initiale est surprenante à côté de celle de 16, 17.
R. Spr., I, SG rs1, ad finem et 468. Le rapprochement établi par M. ML., id., © 18, entre le lorrain wes et l'ancien haut-all. wefsa doit être étendu à toutes les formes citées plus haut et résout le problème. Il est probable aussi que wefsa s’est parfois eroisé avec des formes issues de vespa. C'est ce croisement qui peut expliquer v initial de vésse à Uriménil, où l’on dit waïdé, garder, etc., bien que nous ayons vu, p. 14, que w germanique est parfois représenté par v dans. un nombre important de localités.
Haricot, cf. Fève.
Herse c. 408. :
La consonne finale #, € de notre domaine ne peut pas s’expliquer par le développement de la forme ancienne “*herpice ; toutefois il n’est pas nécessaire de supposer un étymon latin “herpica, et il est plus vraisemblable d'admettre que « herse » a été refait sur le verbe issu de *herpicare, comme nous avons vu p. 81 que l'absence de diphtongaison y est due à l'action analogique des formes verbales atones.
riéteer
La diffusion du type « hêtre » qui provient du franc hestr, cf. ML., EW. 4121, a été telle qu’il est devenu le terme unique de tout notre domaine. Cependant le terme antérieur subsiste encore dans un nom de lieu-dit fnës (pluriel), col qui relie les deux vallées au-dessus du Ménil ; ce mot me paraît, en effet, être le même que celui qui signifie hêtre en différentes localités lorraines, fénés (fém.) point 77 AL., fainesse Rehaupal (canton de Corcieux, ar. de Saint-Dié), etc. Adam, p. 335, et qui est dérivé de « faîne » avec le suffixe féminin és << acea; sans doute a-t-il eu primitivement un sens collectif, comme on Îe voit dans le dérivé de « foin » fenesse de la Bresse, s. f., « toutes les uraminées des prairies. quand elles sont en fleurs ». Dans les formes sans n, telles que faiesse Trampot (canton et arr. de Neufchiteau), Adam, id., etc., le y est issu du groupe intérieur m1 attesté par fémiesse de Deycimont (canton de Bruyères, arr. d'Épinal), Adam, id., et lui-même dû à une métathèse du groupe rare in dans la forme disparue *féyinés. On remarquera enfin que le genre féminin de « hêtre », que la
grande majorité des témoins emploie encore, y prouve indirectement l'existence antérieure de f'énés.
Hier soir c. 409.
Si Ced, ééà, äçà des deux vallées montrent que « hier soir » y a été traité comme un mot simple dont on ne sentait plus les éléments de composition, ce fait provient sans doute de ce que « hier » n'existe pas isolément dans notre région (pour ér du Val-d’Ajol, cf. p. 141), et que, pour dire hier, on emploie un composé herimane. Mais une bonne partie de nos parlers a éprouvé le besoin d’avoir un terme plus clair et a refait une nouvelle expression où les deux notions hier et soir sont nettement dégagées par l'emploi d’érmê, hier, et celui de l’article devant « soir ». Cette innovation a complètement triomphé dans l'aire 11-15 et commence à combattre « hier soir » en quelques points des deux vallées.
Hoquet c. 411.
Sauf dans quelques localités de la région de Remiremont, où hokè est évidemment refait sur. le français, les formes usitées par nos parlers contiennent le même radical que le français hoquet mais avec le suffixe féminin efte. Parmi ces formes, hôklôt, hikde la petite aire 4-7 doivent leur / à un verbe que je n’y ai pas recueilli, mais que l’existence de hoquela, faire comme des hoquets en parlant, à la Bresse permet de restituer sans grande hardiesse.
Jardin c. 414.
Le Val-d’Ajol, seul de tout notre domaine, emploie fyüx, dérivé de « clos », qui, sous la forme /16, est attesté au point 16. Toutes les autres localités se divisent en deux groupes : l’un, comprenant la partie la plus reculée des deux vallées r-7 et 19-22, dit ér <C area, l’autre, comprenant les autres localités, et aussi les points frontières 5-7 et 19, des formes de masu, également usité dans de nombreux parlers vosgiens, cf. Adam p. 337, et dont mouézelèye de Gérardmer est un dérivé. Les deux mots ont dû coexister partout ; Hingre signale mwa au sens de champ uni et sans pente, et nous avons vu p. 228 que c'est à mot qu’ér doit son genre masculin. Mais comme ces deux mots
pouvaient aisément aboutir au sens de jardin, les parlers ont fixé leur choix sur lun ou l’autre. Les textes médiévaux nous montrent une expression intéressante où les deux mots sont groupés ensemble et qui a dû contribuer à leur donner un sens identique : en effet, à côté de en chans, en prex, en bois et en mes NAL., 2542, 32, quatre hières situées à Remiremont, Inv. Somm., p. 53, col. 2, une bière... prés des meix id., p. 50, col. 1, etc., on trouve très fréquemmentere, eire de meix NAL., 2531, 81, etc., une 1ère de meix, Inv. Somm., p. 47, col. 2.
Jars ce 4r7.
gäxa de l’aire 1-8’ représente l’allemand gauser, qui y a pénétré par la voie des parlers alémaniques, cf. Martin, I, p. 226, et avec une substitution du suffixe 4 — fr. ard ; M. ML., EW.
77, qui ne cite comme issu de ganser que eäz4 de Rournois, ne signale pas cette substitution clairement prouvée par le traitement de rn4, renard, etc., de cette localité. jrà de 11-15 est très probablement un dérivé récent du français 7ar(s) avec ce même suffixe ard ; de nombreux parlers lorrains possèdent des formes de même type, cf. Adam p. 337, qui ne donne 4 que pour Chatel (arr. d’'Epinal). baki du seul témoin 11 c est également un emprunt récent au français bouquin, dérivé de bouc, cf. Dict. Gén. bouquin 2, avec une application locale au jars. Mais l'explication des formes ®ea, dea, déà de l'aire 9, 10, 16-22 est difficile. Hingre donne pour la Bresse une forme qu'il déclare vieillie oche, s. f., oïe, qui est sûrement refaite sur oh, et ne peut pas être invoquée comme une preuve que auca aurait dans les parlers lorrains conservé sa consonne sourde après au, cf. ML., Gr. d. R. Spr., I, $ 433. D'autre part il me parait difficile de ne pas rapprocher ces formes des nombreuses formes lorraines avec # citées par Adam, cf. aussi Horning äca p. 116, Zeligzon #hkâ, p. 106, toutes les deux de la région mussine. Or il est remarquable que la consonne de ces formes correspond, partout où la comparaison peut être faite, à celle du mot qui désigne le bouc, cf. notre carte 105, Zeliqzon hok et encore à Landremont (canton de Pont-à-Mousson, Meurthe-et-Moselle) boucä, bouc, ac4, jars, d’après Adam, pp. 304 et 237. En con-
séquence il me paraît assez vraisemblable que dans tout ce grand domaine le nom du bouc a été appliqué au jars, comme on voit un témoin de Remiremont renouveler le fait; si le suffixe « ard », rare dans le nom du bous, s’est particulièrement développé dans celui du jars, c’est sans doute en raison du besoin que les parlers ont éprouvé rapidement de distinguer les noms des deux animaux. Postérieurement, dans de nombreuses localités dont fait partie notre aire 9, 10, 16-22, le nom du jars a été refait sur « oie », ce qui a amené la disparition du b initial. On peut voir une confirmation de cette explication dans les nombreuses formes de la région de Nancy données par Adam bricd, etc., qui paraissent avoir subi une contamination du v. « briquer », lequel prend parfois un sens obscène, d’après l’indication du témoin 11 c, cf. coït L.
Jeétérdés-pierrés emTro:
« Jeter », recueilli dans presque toutes les localités, existe évidemment partout. Il en est de même d’« accueillir », obtenu en plusieurs points non en contact, cf. encore aikeuyé Hingre et aiccueuyé Haïllant, et dont l’emploi au sens de jeter est le développement curieux du sens d'accueillir, bien connu dans lancienne langue, cf. Dict. Gén. et encore attesté dans notre région par 12a et l'indication de Hingre : « poursuivre avec des projectiles ». À côté de ces deux mots vraisemblablement connus de tout notre domaine, /äsyé ne paraît usuel que dans l'aire 20-22, le dérivé de « caillou » ékéyolà 1 c, 2 c, ékä- 16 a, semble également rare, car aucun lexique de la région ne le contient. Enfin la seule aire 1-6 se sert de éäpä, dérivé très ancien de « champ » (M. ML., EW. 1563, a oublié de citer les formes dialectales françaises), fréquent dans les parlers franc-comtois, mais rare en Lorraine, où je n’ai relevé, en dehors de notre éäpä, que champer, tourmenter, Dompaire (arr. de Mirecourt), Adam, p. 238.
Premier laiede12-vicherquifameléretns
Nous avons déjà eu l’occasion de traiter des formes issues par dérivation de l’a. fr. bet, p. 130, ainsi que de 2ôk du point tr, p. 236. On a jusqu'à présent admis que l'étymon de be est le franç. heost, et il semble bien que nos formes supposent un
ancien e fermé. Cependant il n’est pas impossible que le ait été ouvert, car 12 dit bétré, et d’autre part à de l'aire 1-11, 13-15 peut être dû à l’action de la labiale initiale, cf. p. 110, et à à un développement conforme à ceux qui ont été étudiés À 51. Ces réserves sont nécessaires, parce que l’ancien verbe beter, se caïller, qui paraît bien appartenir à la même famille que hf, avaitune ouvert, ainsi que M. Thomas a eu l’obligeance de me le signaler, et que d’autre part les formes best bester, citées par M. ML., EW. 1037, à l'appui de l’étymon host, n'existent pas. Mais si bet ne provient pas de host, j'ignore quel autre type étymologique peut lui convenir. Quoi qu'il en soit, les parlers de la vallée de la Moselotte, tout en possédant encore bäkré, bwäkré, ont créé une nouvelle expression r0 lasé, « lait roux ».
Longtemps Z.
Cet adverbe de temps, qui est identique ‘au français dans l’aire 1-19, se dit bwôn pés dans l’aire 18-22. Cette innovation commence à reculer devant « longtemps », comme le montre la coexistence des deux expressions chez les témoins 18 et 19 a, mais il est douteux qu’elle ait jamais beaucoup dépassé l'aire 18- 22. Quant à sa formation, elle est claire ; il sufht de rappeler pieça et les autres expressions temporelles composées avec préce de lPancien français.
Mal L., Maladroit c. 467, etc.
mo, forme unique de mal dans tout notre domaine, a fréquemment réagi sur les mots composés avec la particule « mal ». « Maladroit » a partout la voyelle 6, et très souvent / à même disparu, comme dans le mot simple, de sorte que les deux éléments du composé « mal » et « adroit » sont nettement mis en valeur.
Malheur, malheureux ont également la voyelle o partout où le français a été adapté, mais / n'a pas été supprimé, parce que le deuxième élément de ces mots n'existe pas à l'état indépendant.
Malaisé L., que je n’ai recueilli qu'en quelques points, paraît être rarement modifié par « mal », malgré la présence d’aisé c. 16 ; cependant, à côté de malauhé, Hingre signale maulauhé et
maulauhan. Par contre il n’est pas surprenant que dans malade c. 466 la composition ne soit plus sentie nulle part.
Mancheron de charrue c. 470.
La désignation de cette partie de la charrue donne lieu à une grande activité lexicale. En différents points non en contact, on emploie « poignée » ou « bras ». D'autre part on trouve des dérivés de « main », mênû au seul point 12, mnénèt, -üt dans les localités 6-11, 13. Ce dernier dérivé paraît avoir occupé une aire plus vaste, car pwênôt du point 2 est une formation peu explicable, si ménût n’a pas servi de modèle (je ne fais pas état de pwéuô de 12 a, qui me parait dû à une erreur individuelle). mérvé; est donc, malgré sa localisation, un terme plus récent : c'est ce qui résulte de Pindication de 7 a, pour qui mérvéy est le mot français et /néndt le mot patois. Dans cette hypothèse, on comprend également mieux la forme anormale de ce mot : il est en effet difhcile de ne pas le rapprocher des formes franc-comtoises ménvèl, manche de charrue, La Franche-Montagne, ménvèl, manivelle, Bournois, mérvël,id., La Grand-Combe, et de la. fr. #1anevelle << *manabella ML., EW. 5280, mais la terminaison éy ne peut s'expliquer ni par une substitution de suflixe, puisqu’éy existe pas à l’état de suffixe actif dans nos parlers, ni par un croisement de mots ; il faut donc y voir la corruption d’un mot étranger, peut-être introduit par le français populaire, où il est actuellement usuel.
Manivelle c. 476.
Malgré l'invasion récente des mots français manivelle et mécanique, il reste assez de traces de l’état ancien pour qu’on puisse le reconstituer. simytl, qui subsiste dans les localités 13-16, 19, 21, est une déformation du représentant de *cicomiola, cf. ML., EW. 1907, par suite d’un croisement avec « meule » ; le même phénomène est attesté dans d’autres parlers lorrains, cf. sünienle Uriménil et simule Allain (canton de Colombey, arr. de Toul, Meurthe-et-Moselle), Adam, p. 285. Dans la vallée de la Haute-Moselle, il subsiste encore une trace du même mot, mas non contaminé par « meule ». En effet le témoin 2 c m'a indiqué le verbe s/ydlä, au sens d'enlever les feuilles des
légumes ; le développement sémantique n’a rien de surprenant : on a appliqué par plaisanterie ce verbe, qui signifiait au propre tourner une manivelle, au geste nécessaire pour dépouiller avec un couteau certains légumes de leurs feuilles. Il résulte de tous ces faits que Le typ2 *cconiola a dû exister dans tout notre domaine au sens de manivelle. Mais la vallée de la Haute-Moselle Pa remplacé par un autre mot hërn, que je n’ai relevé dans aucun lexique, et qui est évidemment l’all. born, bien que Martin ne le donne pas avec le sens de manivelle, et dont l’application est analogue à celle de « corne » au sens de mancheron dans les parlers franc-comtois, cf. notre carte 470.
Marmite, cf. Casserole.
Méèchedecheveux c. 483:
Les formes récemment empruntées au français et plus ou moins adaptées ont laissé subsister, outre la forme ancienne de « mèche » aux points 6, 11, 12, une grande variété de vocabulaire. éipot 4, 5,7, 8, e- 8", éôpät 22, dont chopa, Hingre est la forme masculine, ont un p comme la forme correspondante du français oriental éwpo (c’est-à-dire dans ma graphie éÿpô), rattachée par ML., EW. 7708 au bas-all. schoppe, par conséquent proviennent de parlers septentrionaux de la région wallone, en contact avec les dialectes bas-allemands. Mais schopf du hautallemand et des parlers alémaniques est également attesté dans notre domaine par <üfyô! du point 6, et chôfé, s. m., toufle, glane, assemblage, de la Bresse. pis de 6 et pisyd de 9 sont dérivés du v. « pincer », küyot de r est un diminutif de « queue », éikät de 21, de éik, cime, cf. p. 261,enfin frôeéy de 17 correspond au fr. #rochée, faisceau de pousses, dérivé de froche, cf. D.G., avec une nasale à due à quelque contamination, cf. au sens de touffe d’une plante #rde 11 a et /roéï 2 c.
Mèche de lampe c. 484.
Tandis que Paire 1-7, 18-22, le Val-d’Ajol et le témoin 11 c disent me, -&, les localités voisines de Remiremont ont des formes lémié 7, 8, -e 8', 9, 10, 13, 14, 17, lé- 11, 15, dont la syllabe initialé est vraisemblablement due à un croisement de müé-, « avec « lumière » ; cf. les formes analogues louche, lém-
et elm- d'Uriménil. En ce qui concerne l'étymon de müë, -€, la voyelle à appuie fortement lhypothèse de M. Mever-Lübke. d'après laquelle myka aurait été contaminé par muccu, cf. EW.
pu
Mettre c. 494.
Des deux types « mettre » et « bouter », le premier a totalement disparu de la vallée de la Haute-Moselle, tandis qu'il est encore très vivace dans la région de Remiremont et dans la vallée de la Moselotte, où du reste « bouter » n’est pas inconnu, comme le montre bia Hingre. Dans la région de Remiremont, ils se sont en outre croisés et ont donné naissance à l'infinitif bèt des points 12 et 14, cf. aussi bote Uriménil, au participe môfe de 11 a et à l’impératif môt de 14 a.
Miauler c. 497, Ronronner L.
C'est sans aucun donte par des onomatopées qu'il faut expliquer les différents vérbes signifiant miauler, myäñnà de la vallée de la Moselotte, myânà, € des points 1-9, 11, 16, myalà, de l'aire 11-15. Mais rwdnà de 2, dont il faut rapprocher rwanà, -à de 24-26 et rouanai des Fourgs, évoque mal le miaulement, et en effet il a dù tout d’abord désigner un grognement, comme le montrent rouannä, gronder comme le chat, Dartois p. 222, rouenai, grogner, S'applique particulièrement au porc, Montbéliard, roenai, id., Châtenois ; et il faut sans doute rattacher à ces formes rôwËnä, ronronner, 26 b, rowina, gronder, grommeler, Plancher-les-Mines, et mème rièänà de la Grand-Combe, qui a pris le sens figuré d'importuner par des demandes (le sens de miauler est implicitement contenu dans l’explication ajoutée par M. Boillot : « par analogie avec le miaulement de chat, lorsqu'il demande à manger »), comme myänÿ s’y dit d’une personne qui se plaint toujours pour obtenir quelque chose en flattant. Quant à rnûdà, + de 16,13, c'est un dérivé de rd, matou, indiqué par 13 a dans |’ expression el vé à ru, en parlant de la chatte qui cherche le mâle, cf. aussi regnaud, chat mâle, Uriménil.
Le ronronnement est désigné d'une façon moins variée, sinon moins pittoresque. La plupart des témoins ‘emploient la mème expression « dire son credo », analogue à « dire son pater » de 26 et « faire patenôtre » de 23.
Millet L. :
Dans la plupart des localités, on distingue par des termes propres le millet naturel, qu’on appele m6 — fr. mil, et le millet servant comme aliment, qu'on désigne par le participe du v.
* « piler » pl, pla. Le témoin 14 a emploie méme, outre plé, un
terme pour le millet cuit, m3É5, dérivé de mé avec le suffixe collectifés << acea. L'existence de ces différents mots a causé quelques formes croisées pmé&, d’où Hné de 142, pné de 12 4, pné de 22 a, cf. plus haut pp. 111 et 130.
Muer c. 514.
L'état de nos parlers est trés compliqué, parce que Ja tendance à distinguer la mue des ojseaux et celle des autres animaux, notamment du gros bétail, qui s’y manifeste, n’a pas été assez forte pour empêcher les extensions de sens des différents mots. Ainsi, partout où « déplumer » est employé, il s'applique au moins aux oiseaux, mais beaucoup de témoins lappliquent aussi aux autres animaux ; inversement « débourrer », qui convient aux animaux garnis de poil, se dit aussi des oiseaux (peu importe que ce dernier cas se produise dans les localités franccomtoises 23 et 25); de même £péri de la vallée de la Mose- Jotte y a souvent les deux sens, comme on le voit dans khpeuri, perdre son poil, ses plumes, Hingre. Du reste ce verbe n’était pas particulièrement topique, car c’est un composé de « pur » qui, au sens propre, signifie épurer, cf. l'indication de 19 c « nettoyer par ex. de la salade mûre dont on frotte dans les mains la semence, pour en enlever les saletés » et celles d’Adam p. 263 s. v. bhpeuri : « hhpeuri, speuri faire tomber le poil, la semence, Saint-Amé ; spouri égrainer, effleuiller, se déplumer, le Tholy ; spauri plumer, Rehaupal (canton de Corcieux, ar. de Saint-Dié) » ; para du Val-d’Ajol est le méme verbe avec un infinitif d’une autre formation et un # qui provient d’un croisement avec débéra. Quant à déhuëlé de 5, je n’en puis rien dire, car Vétymologie m’en est inconnue. C'est pour échapper à la confusion créée par les doubles sens de la plupart des mots que beaucoup de témoins ont eu recours à des expressions plus ou
Les parlers des Vosges méridinales. 19
moins individuelles, mais en tout cas plus claires, telles que « peler », « changer de poil », etc.
Mulot c. 515.
Les espèces de rats des champs diffèrent peu d’aspect, et il est très probable que la plupart des patoisants savent mal les distinguer et par suite confondent leurs noms ; en conséquence il eût mieux valu adopter pour l’exergue de la carte le terme générique : rat des champs. Quoiqu'il en soit, le type « rate (qui dans tout notre domaine désigne la souris) mousseuse » des points 1- 15, 21 a dû à l’origine se dire du campagnol ou du muscadin, qui ont tous deux la queue velue. D'autre part le deuxième type, représenté par müfrèt de la vallée de la Moselotte, méfrét des points 5,9, 10, mof et rét mi du Val-d’Ajol, s'applique étymologiquement au muscadin, remarquable en outre par son odeur. Il provient en effet du verbe mfä, moisir, 2 c, $s d, cf. aussi m&fà, devenir humide, 24, moufa, moisir, Hingre, mofé, qui commence à moisir, le Tholy, Adam, p. 271, et qui fait partie d’une série de mots, dont les rapports avec l’all. muff, moisissure, sont obscurs suivant ML., EW. 5713. mrfrèt, mü- paraissent à première vue être des composés du type grippeminaud ; mais si l’on considère que dans ces verbes le verbe exprime ordinairement une action, cf. Darmesteter, Gramun. histor., 3° parties, p. 48 sq., et qu'au Val-d’Ajol existe un postverbal mdf, on sera disposé à admettre que nüfrét mof- ont succédé à des formes müf, môf auxquelles ont a ajouté réf d’après « rate mousseuse ». Le Val-d'Ajol à créé un terme de formation plus usuelle rèt mofr, dont l'élément verbal est refait sur « moisir », et qui a de son côté servi de modèle à ret füyi. Enfin môsrèt usité au point 15, cf. aussi mosrète, le Tholy, Adam, p. 272, doit son s à un croisement avec « rate mousseuse ».
Noïrelr ec 25
Sur la lutte des deux types « noircir » et « mâchurer », lutte qui tourne à l'avantage du premier, il y a peu à dire. Plus intéressantes sont les formes du verbe « noircir ». Dans la plupart des localités, le radical en est complètement refait sur l'adjectif « noir », cf, aussi nérié Hingre, de même qu’en français l’an-
cienne forme wercir a eté supplantée par noircir. Dans quelques points seulement, 17, 15, 17, le groupe intérieur ancien 7s est encore conservé et représenté régulièrement par €, 6. Mais, tandis que nôei de l'aire franc-comtoise 23-26 correspond completement au fr. noircir, les formes nôeë -Cé, nàcé, -£yé ont subi un changement de flexion, qui a précédé et explique néryé, naryé des autres localités.
Noyau c. 529. :
Des deux types qui se partagent notre domaine et qui sont attestés dans de nombreux parlers lorrains et franc-comtois, cf. AL. ©. 926, grèmé, grè- de l'aire 11-15 est un dérivé de grumus, grain de raisin, cf. ML., EW. 3890. Quant à gène, vë- des deux vallées, l’origine en est moins sûre. M. Grammont a proposé pour les formes correspondantes de la Franche-Montagne oëne, gné un étymon granellu qui trouve un appui dans l’indication du témoin 2c que pémé, qui signifie aujourd’hui seulement noyau, est vieilli au sens de grain de raisin; mais, outre qu'il est surprenant que le succès de la métathèse ait été tel qu'il n'ait laissé subsister aucune forme avec gr initial, cette étymologie a l’inconvénient de laisser sans explication les formes franc-comtoises qui commencent par k, cf. guené et kené Plancher-les-Mines, Auxel (région de Belfort), d’après Pouletet Vautherin. C’est pourquoi il me paraît préférable de considérer ces formes comme dérivés de lall. kern, dont le k est devenu g par croisement avec le dérivé de grumus et probablement aussi avec « grain, graine ». Si cette interprétation est exacte, il en résulte que gêné, gé- sont postérieures à gréme, grè-.
Nuage c. 530.
Nous avons déjà traité des formes ënæl, -@y des deux vallées, pp. 116 et 149, et admis qu’elles représentent un étymon wubilu, avec un & prosthétique, et qu’en outre én@y des points 3-6 doit son y à l’action de yay qui correspond au fr. nuée. Il reste à constater ici que « nuée » repousse les formes plus anciennes issues de nubilu, qui résistent aux points frontières 6, 9 et 18, et que, si ce type a existé dans d’autres parlers lorrains, il ne semble plus y en avoir de traces actuellement, cf. Adam p. 351 et la carte nuage de l’4L:
Oiseléer
La plupart de nos parlers n’ont pas de terme propre et disent « jeune (d'oiseau » ou « petit oiseau » ; cependant l'aire 1-6 a également employé le mot mlé, qui me paraît être un diminutif de « merle » au moyen du suffixe # — fr. at : ce suffixe sert en effet surtout pour désigner de jeunes animaux, cf. ML, Gr.d. R. Spr., I, S 506, Dict. Gén., Introd., 131. Ce motaurait donc reçu une extension de sens qui n’a en elle-même rien de surprenant. Comme d'autre part nous ne l’avons pas retrouvé ailleurs, il y a peu de raisons de croire qu’il ait perdu beaucoup de terrain, et on peut le considérer comme une innovation lexicale de la vallée de la Haute-Moselle.
Orient
Tandis que les deux vallées, le Val-d’Ajol et même le témoin b de Remiremont disent « ortie » comme le français, 114, c, 13-15 emploient edkà, également attesté à Uriménil, cf. choquant Haillant, et à Arches (ar* d’Epinal), point 67 de AL. En outre il faut en rapprocher de nombreux mots des parlers lorrains, qui contiennent le même radical avec des suffixes différents et dont plusieurs ont été croisés avec « chardon », cf. AL. c. 951, Horning p.121, Adam p. 354et p. 240; d’après une communication de Thiriat à M. Haillant, Saint-Amé connaîtrait aussi chauquesse pour désigner une variété d’ortie, Urtica dioica, mais le témoignage de Thiriat est quelque peu suspect, car il est originaire de Cleurie, village voisin de Saint-Amé. Toutes ces formes doivent être rattachées à un verbe régional, à Uriménil choqué, brüler légèrement et accidentellement soit par le feu, soit par les orties, à la Bresse chôqua, brûler, et dans le domaine de mon enquête s% <ükà 5 a, d, 19 c, -e- 8'c, 9, - 14 b, se edké français populaire, d’où dérive p. ex. chüquesse, brûlure par le feu, par les orties, etc., Hingre. C’est avec raison que M. Haillant considère chôquant, ortie, comme un dérivé du v. chôque. Ce verbe lui-même est inséparable et, à mon avis, dérive à son tour de linterjection «dk, <äk usuelle dans les parlers lorrains, que Graf, d'après Horning, Z., XVII, p. 215, considère comme d’origine alémanique, mais pour lequel je n'ai trouvé aucun étymon
satisfaisant dans l'ouvrage de Martin, cf. chôque, interj., exprime la surprise ou la douleur, surtout par l'effet de feu, Hingre, qui aurait dû ajouter qu’elle s'emploie aussi quand on se pique aux orties, comme je l'ai souvent entendu dans le français populaire de la région. M. Horaing, loc. citato, a proposé d’une facon arialogue de voir dans cette interjection l’origine du lorrain choque, ortie, mais sans indiquer l'intermédiaire du verbe. De toute façon, ilest douteux que le français choquer ait quelque rapport avec cette série de mots.
OrvetE:
On sait combien les formes qui désignent l’orvet dans les parlers gallo-romans sont obscures. Sil’étymon anguilla que M. ML., EW. 461, admet pour le lorrain (d)ävæ est acceptable, il est clair que cette forme et celles de notre région dv& 1-11 b, 16-22, owy 11a,C,-® 11 d ne sont pas régulières et qu’elles ont subi une corruption que j'attribue à « aveugle ». Le groupe final ga disparu en passant par les étapes successives 7, dy, y, conformément aux faits exposés pp. 39 et 40, et a a pu devenir v, comme on Ja vu (58. Il est toutefois possible, sans que cela soit actuellement démontrable, que les formes avec 0 initial, cf. outre celles qui ont été citées plus haut ôw 12 a, 24, 25 d, -ê 12 b, 26 b, également donnée par l’AL. pour le Val-d’Ajol, proviennent d’un croisement avec quelque représentant du latin orbus, qui paraît conservé dans ôbr@vi, dbFævyä, übfævyi des points 78, 87 et 86 de AL. Quoi qu'il en soit, il est certain que « ver » a modifié la deuxième syllabe d’ôvé, dont üvé est une corruption d’origine obscure; et cette action ne surprend pas, quand on voit les composés nouveaux vy4 sùya de 11 C, 14 a, 15 a et vyà kiro de 13, cf. aussi via couré Uriménil, vyä küfo point 67 (Arches) AL., le
LE
premier formé avec le participe présent de sé, scier, faucher, cf. les cartes 693 et 336, le deuxième probablement avec un dérivé de « courir » au moyen du suffixe 0 — fr. and ; et si les formes des points 78, 87 et 86 de l’AL. contiennent bien le latin orbus, cet adjectif a été de mème renforcé avec le substantif « ver ». Enfin il est notable que toutes les formes que M. ML. propose de rattacher au féminin anguilla sont masculines, et ce
changement de genre est vraisemblablement dû aussi à l'influence de « ver ». hülyév de 1 b est certainement une inexactitude, bien que d’autres régions emploient un dérivé de « couleuvre » au sens d’orvet, cf. hôlévré et kürvelé des points 59, 68 et 69 de l'AL.
Oseile ess37 : :
Nous avons déjà parlé plusieurs fois, pp. 132, 133 et 236, des formes varices et difficiles qui sont usitées dans nos parlers. nijôl, n®jol, -hol des points 1, 21, 22 sont particulièrement obscures ; faut-il supposer qu’elles proviennent, par métathèse, des voyelles, de formes anciennes analogues à #ijil de Remiremont, et qu’elles ont été modifiées ensuite par n®jôl, noix €. 527, qui serait également la source du » initial des formes dérivées ndlôl, etc. ? On pourrait du moins être tenté de l’admettre, quand on voit la véritable confusion de mots attestée par #j6l de Ventron et la Bresse.
Papillon c: RES
L'origine du mot qui apparaît sous les deux formes biblé et büblé, cette dernière seulement à Vagny, m'est inconnue; mais s’est évidemment à l'influence de ce mot que « papillon » doit ses deux à dans hôhÿ0 du point 13, forme très répandue dans la région d’Épinal, cf. hobyon Uriménil et Adam, p. 355. Quant à pôvirô du Val-d’Ajol où l'AL. a également recueilli péviro, c’est une forme issue du croisement d’un représentant régulier de papilione, tel que povéyô du point 25, avec le verbe « virer » ou le dérivé ôviro, tarière, dont nous reparlerons plus loin.
Paroircrss2
Outre les deux types « paroi » et « dalle », ce dernier emprunté au français, et dont le genre masculin a été expliqué p. 228, les mots féminins 167 des points 18 et 19, eñr et tr des points 4-6 et 18 sont des dérivés du verbe « tisser », dont le sens provient de ce que les parois sont souvent faites avec un entrelacement, une « fissure » de lattes.
Pêcher esse
Ce verbe présente partout une voyelle hétéroclite #, qui est due au croisement de « pêcher » avec p#ed 1-8, 11a,c, -€- 12, -f- 9-11 b, 13-22, poisson L., dont l’# s’est développé au contraire régulièrement.
Bélurec.564
A côté des formes difficiles de la partie la plus reculée des deux vallées, qui ont été traitées plus haut p. 270 sq., pélée, pà-, p-de Paire 8'-11, 13-18 et les formes du même type fréquentes dans les parlers vosgiens, cf. poleuche Uriménil et la carte pelure de l’AL., soulèvent également un problème embarrassant. Il semble en effet qu'on ne puisse pas les séparer du fr. éplucher, probablement issu de l’ancien fr. peluchier, et d’autres formes romanes, citées par ML., EW. 1506 pihüccare. À ne considérer que nos formes lorraines, on pourrait y voir des dérivés du v. peler avec le suffixe Zcca, et un étymon “*pilücca serait satisfaisant pour expliquer les nombreux verbes recueillis par M. ML. ; mais il est curieux qu’en a. fr. et ailleurs il ne signale que des verbes, si bien que le substantif attesté par nos parlers devrait être plutôt un postverbal issu d’un verbe disparu et correspondant à l’a fr. peluchier.
Pendant c:565.
La formation particulière et récente de la préposition française pendant explique que nos parlers, sauf en cas d'emprunt, ‘expriment la même idée par des mots tout autres. Beaucoup de témoins emploient simplement « dans », 2 bdit puëddô, c'est-à-dire « par dedans » (pwëdà de 11 b, c est un croisement du patois et du fr. pendant, car « dans», se dit dÿ à Remiremont) ; « parmi », qui se trouve à la fois au point 13 et dans l'aire 16- 22, existe peut-être dans les localités intermédiaires, mais même au sens propre je ne lai recueilli dans la vallée de la Haute-Moselle que chez le témoin 2 c sous la forme périmé, aussi il est peu probable qu'il y ait jamais eu le sens de pendant; dréhô de ro- 15, donné aussi par 17 b en réponse à [« Vers le matin »], et dräho de 9 sont au propre ladverbe de lieu « droit haut », qui signifie là-haut, cf. la c. 435. Malgré l'emploi qu’en ont fait les témoins et les indications de Haïllant drohaut, drôbais, drôbaut & ci, -c’lai, par-ci, par-là, parmi, à travers, ici et là, le long de, çà et là. Essai, p. 415, ces adverbes, pris comme prépositions, expriment, la direction plutôt que la durée et correspondent au fr. vers plutôt qu’au fr. pendant. Cette extension d'emploi paraît du reste être localisée dans le voisinage de Remiremont ; je ne lai pas
observée dans les parties reculées des deux vallées, et Hingre ne la connaît pas non plus,
Peureux c. 574, Timidie c. 749.
De même que « douter » s'emploie au sens d’avoir peur dans
tous nos parlers, sauf peut-être au Val-d’Ajol où du moins je ne l’ai pas recueilli, cf. peur L., la plupart des témoins ont dit « il doute » ou « un qui doute, un homme qui d... », en réponse à la phrase française [« C’est un peureux »]. Le verbe « douter » a donné naissance à l'adjectif dëtil, qui, d’après la configuration des aires, doit exister partout dù « douter » est usité, cf. pour la Bresse dôtile Hingre. Cet adjectif est relativement ancien, s’il provient de la. fr. doutil, du reste peu usuel ; et le maintien du / final pourrait être attribué à la propagation de la forme féminine; en tout cas il est d’une formation exceptionnelle dans nos parlers, et l’on sait que le suffixe latin 7/is n’a produit en français que le suffixe emprunté ile, cf. D. G., Introd., $ 242. Cependant, en dehors de formes adaptées du français peureux, quelques points emploient encore un adjectif issu du représentant régulier de pavore pévr® et -ù 2, pwëvri et püvrä II, 14, épévræ 19, khpévreu la Bresse, cf. aussi pouroux Uriménil, dont le suffixe à probablement subi linfluence du français, comme on l’a vu p. 232. La consonne initiale des formes usitées à Saulxures et à la Bresse est due à un croisement avec (é)épavôtä, épouvanter ; le Val-d’Ajol a même tiré un adjectif ëduätü, peureux, de la forme locale de ce verbe, et dont on peut rapprocher éewäiä du point 23. Quant à kwël du point 5, l’origine m'en est inconnue.
Peut-être c. 575.
En dehors de l’expression française empruntée, nos parlers présentent deux mots régionaux 510, employé partout sauf aux points 12 et 13, et qui se retrouve ailleurs sous cette forme ou d’autres peu différentes, ct. Horning p. 120", Adam p. 219, et stépuwë 13, -à 12, usitéégalement dans d’autres localités lorraines, cf. Adam, loc. cit., et s’té poét Haillant. Au point de vue étymo-
1. La référence, Rom., 13, 138, que donne M. H. est erronée, sans qu’il m'ait été possible de la rectifier.
logique, 516 est simplement un composé formé de « si tôt », et qui à pris naissance avec le sens de peut-être dans des phrases telles que « il viendra si tôt qu’il pourra ». Quant à sfépur, etc., c'est un surcomposé de 5/6 au moyen des mots « à point » et avec une contraction qui a fait disparaître la voyelle 6. Dans l’aire même où 5/6 est usuellement employé seul, on le renforce souvent aussi avec « bien, encore bien », comme on le voit aux N. E. de la carte et Hingre, Monogr., p. 107.
Prèsec 77
Les réponses variées faites à la phrase de sens nettement défini [« j'ai pris un oiseau au piège »], comparées à celles que j'ai obtenues en demandant les noms des diverses sortes de pièges, montrent que, si les mots employés ont été étymologiquement destinés à la désignation de pièges différents, la plupart des témoins n’en connaissent plus l’exacte signification. Sans doute certains mots gardent une valeur bien précise ; le « lacet » reste réservé aux oiseaux, 5%, qui est un substantif dérivé du verbe correspondant au fr. sérancer, ne désigne pour 5 qu'une espèce de brosse à pointes pour prendre les taupes ; mais rsô et rsû, formes adaptées du fr. ressort, désignent à la fois les pièges à oiseaux et à renards, fà/ et fol, issus de l’alémanique correspondant à l’all. falle, cf. Martin, [, 105, ont été appliqués à ceux-ci et en outre à la souricière. 22 a a fait sans doute une impropriété personnelle en employant rë&r au sens de piège àoiseaux, mais wéjol@r 1 c,2 c, Sc, d,6 b,uij- 5 a, f, vih- 9, 17, bëj- 11 a (forme corrompue d’après b6jôt, espèce de panier, 11 à) ont dû désigner primitivement un piège à putois; ces formes semblent en effet devoir être rapprochées de vi&, putois c. 623, de l'aire 23-26; cf. ainsi plus loin ce mot.
Pinsontc./.S80,-BouvreuilL:,PivertL:-
Si, dans la plupart des Fe on emploie actuellement le mot français plus ou moins assimilé, il reste assez de formes anciennes pour se représenter la variété de l’état antérieur. é7ka de 1-8, 21, -krà de 19,-krô de 2 sont, avec dessufhxes différents, des dérivés du simple chi que Hingre signale au sens de pinson, outre chicran, id., et chicré, petit pinson, et qu’il considère avec
raison comme « une onomatopée prise de son cri simple ». Le Val-d’Ajol est seul à employer däyé que l'AL. y a également recueilli : ce mot me paraît être le même que dayè relevé par Hingre à la Bresse au sens de crieur public, lieutenant du maire, crieur d’encan, qu’on à appliqué par plaisanterie au pinson. Hingre ajoute qu'on francise dayé en doyen; et en effet däyé du Val-d’Ajol et dayé de la Bresse correspondent phonétiquement au fr. doyen. Mais ce mot n’a pu prendre le sens de crieur public que par un croisement avec un ancien dérivé du v. dailler, aujourd’hui disparu de notre région, mais encore vivant dans quelque parlers lorrains au sens de quéreller, etc., et issu lui-même de dacula, cf. ML., EW. 2458. J'ignore quelle est la valeur exacte de prkä + prä de 1 b,2c, que r ba également employé pour le pivert; 1 a, b, 2 c ont d’autre part désigné le bouvreuil par pika d môtèn et 2 c à bien précisé que c’est un mot équivalent à gro bôk. pikä est en tout cas un dérivé de « pic », et l'application de ce dérivé au bouvreuil montre que nos parlers confondent aisément les noms de ces espèces d'oiseaux. A plus forte raison comprend-on que le bouvreuil soit le plus souvent appelé « pivoine » ou « gros-bec ». Quant à kämü de 2 b, c’est un terme nouveau usité surtout dans les parlers franc-comtois. Le pivert, dont je n’ai recueilli le nom que dans quelques localités, est ordinairement désigné par le composé « bèque-bois », refait en big bo d’après bik, bec, de la vallée de la Haute- Moselle, et dont pik hô de 2b est une corruption probablement individuelle. Ce composé a fait reculer un terme plus ancien éfpué 21 a, indiqué par erreur par 18, 19 a au sens d’épervier, : cf. aussi « khpwé, pivert,.… bec-bois » Hingre, et qui correspond à l'a. fr. espoit << franc speht, cf. Schwan-Behrens, À $ a°, etc.
Il n'est pas surprenant que plusieurs témoins aient commis de véritables erreurs: c’est ainsi que $ a a donné le nom du culblanc pour le pinson, que 4 a, 6 a ont donné celui d'une espèce de pinson #%%4 d môtèn, cf. chi de montain, pinson d’Ardennes, Hingre, et 3 a, 11b celui de pivert bëg bô pour le bouvreuil ; et il en est probablement de même d’éfrnéy, bouvreuil, de 13 b. Mais bb, bouvreuil de 15 a et #éàk, pivert, du fils de rbne
peuvent pas être interprétés, parce que leur origine est obscure, et qu'ils n'ont été indiqués que par un seul témoin.
Pleurer-Le
A côté de « braïre » qui est usité partout, brär 1-11, 13-22, brér 12 a, « bêler » qui n’a été employé que par quelques témoins, bwëlä 2 b, cs c, 7 b, 18, bwëlè Hingre, bwalà 12 a° est certainement dû à un développement de sens analogue, mais postérieur. Toutefois l'emploi que nos parlers en font également au sens de beugler ne permet pas de reconnaître la filiation exacte des sens, ainsi qu'on l’a vu p. 255.
Pomme deterre c. 595.
La variété de termes qui désignent la pomme de terre est particulièrement remarquable ; car, en raison de la date récente à laquelle cette plante a été introduite, elle nous montre d’une façon bien nette que l’activité lexicale de nos parlers et leur tendance à se différencier sont très vivaces à une époque voisine de la nôtre. L’aire 1-7 et les points 11, 14, 15 disent « pomme de terre » probablement adapté du français ; mais dans pôm & tyér de l'aire 1-7, la préposition # — fr. à s'est substituée à ce qui restait de la préposition dé, à la suite de l’assimilation du 4 étudiée p. 127; l’aire 7-12 emploie un diminutif de poire « poirette », la vallée de la Moselotte, sauf 20 et 21, et le point adjacent 15 Häpi qui représente la première partie du topinambour, enfin 20 et 21 disent kmôt. Nous avons déjà eu l’occasion de signaler l’origine étrangère de cette forme p. 146 ; il est mème curieux que nos parlers n'aient pas adapté le suffixe. Il faut ajouter ici que kmo! a dû être emprunté avec le sens de pomme et qu'il a été appliqué à la pomme de terre dans nos parlers ; car d’une part, dans la région d’où il provient, la pomme de terre se dit « pommette de terre », et d’autre part Hingre traduit kemôte par pomme et ajoute: « on dit plutôt pème ». Pour la dissimilation de p en k, cf. p. 130.
Poulailler c. 601.
Deux mots se partagent notre domaine, dérivés avec le suffixe ter, l’un de « chapon », l’autre de « poule ». polè de l'aire 3, 4, 6, 7 est probablement dû à une substitution de suffixe,
il est vrai assez surprenante, cf. p. 233 ; mais une contamination par « poulain » n’est pas vraisemblable, puisque ce dernier mot ne présente dans nos parlers aucun sens comparable à ceux qu’il a dans les langages techniques du français. Il semble bien que « poulier », déjà attesté en ancien français, soit antérieur à « chaponier » ; mais tous deux sont importés dans notre région, puisque poule ne s’y dit encore aujourd’hui que « geline »,, cf. notre carte 602, et que « chapon » n’y existe pas. Dans quelques localités ils sont encore en rivalité, cf. les points $, 19, 21,22 et de même à Uriménil chopounéye et pôléye ; mais « chaponier » tend à l'emporter dans la vallée de la Moselotte et la partie reculée de la Haute-Moselle, tandis que « poulier » au contraire a éliminé son concurrent dans le reste du domaine.
Printemps, cf. Automne.
Piper: 620:
« Flairer », bien qu’employé encore dans toutes les localités, est fortement battu en brèche par des verbes signifiant sentir, et le plus souvent joints à l'adjectif prisadverbalement « méchant » avec le sens régional de mauvais. Ce deuxième terme est rarement absent ; cependant j'ai relevé st au point 8/ et éëmä au point 6, de même 13 a a indiqué e<dmé au sens de sentir bon, cf. aussi goût L.; c’est de la même façon que « flairer » du sens propre de dégager une odeur a abouti à celui de puer. En ce qui concerne le verbe lui-même, outre « sentir », nos parlers présentent deux types, dont l’un, peu usité, cf. emiké méed, puer, 16, emiké lé buë go, sentir bon, 14, khmiquèé Hingre, simiqué et chmiqué Haïllant, est manifestement l’allemand schmecken, mais dont l’autre, éomü 1-8, 19, 20, «- 8'-10, cf. aussi choma, Hingre, chommé, flairer, le Tholy, Adam p. 240, est d’origine inconnue.
Putois c. 623.
M. Horning a expliqué, Zatschrifi, XVIII, 230, par un étymon *vssio, avec une substitution de suffixe’, de nombreuses formes lorraines du mot que présentent nos parlers. Si cette
1. C’est sans doute par suite d’une faute d'impression qu’il v est dit que le suffixe à correspond au fr. ard, au lieu du fr. aud.
explication ést satisfaisante, on peut cependant contester que le p initial des formes telles que pfô de 13, 14 soit dû à une sorte d’assimilation ; je l’attribuerais plutôt à un croisement avec le français putois, de même que p'sey, p’si, vessie, cité à l’appui, peut être expliqué par un croisement avec « pisser ». De plus M. H. n'a pas prèté attention aux formes qui contiennent un ? dans la première syllabe comme vi& du Vai-d’Ajol, bien qu'il cite d’après Adam vissau de Lay-Saint-Remy (Meurthe-et-Moselle) et qu’il ait connu vichau de Blénod-lès-Toul indiqué par Haillant s. v. phho'. Or cet 1 se retrouve dans un mot désignant le putois et usité dans les parlers franc-comtois, cf. vÿ®@ 23-26 de notre carte, viepeu Plancher-les-Mines, et nous avons vu plus haut, p. 297, que les parlers de notre domaine vosgien possèdent au sens de piège un mot qui paraît dérivé de ce même mot. C’est probablement la rencontre des deux mots désignant le putois qui a donné naissance à une forme hybride v#6 au Vald'Ajol; mais nous manquons de renseignements pour assurer que cette explication convient aussi à vissau, vichau cités plus haut. Quoi qu'il en soit, l’existence du dérivé au sens de piège dans les parlers de laire 1-22 invite à conclure que le mot représenté par fo, etc. est étranger dans cette région et s’est substitué à un mot antérieur correspondant à wij@ des parlers franc-comtois. Quant à l’origine de ces mots, elle n’est pas certaine : il semble bien qu’on doive les rapprocher de celui qui désigne la buse à Montbéliard et à La Franche-Montagne, voniseu Contejean, I, p. 336, et vuizô Grammont. M. G. à proposé un étymon *wis-eolu avec le radical du vha. wisala, mha. wisel, belette, qui aura été appliqué àla buse, parce que ces deux animaux sont des bétes aux poules. Cette hypothèse est très vraisemblable en ce qui concerne l’origine du radical, mais la formation avec un sufhxe eolum est fort douteuse ; elle ne convient ni à vÿ®@ de 23-26 ni à viegeu de Plancher-les-Mines ; et si le mot à voyagé, il est actuellement impossible de reconnaître quel a été son point de départ. Il faut donc se contenter de dire que ces différentes formes
1. fichau que M. Haillant signale d’après Godefroy n'existe que dans un lexique français-flamand, dont j'ignore la valeur,
se rattachent à l’all. wiesel, peut-être par l'intermédiaire de l’alémanique wisele, cf. Martin, II, 869, avec diverses substitutions de suffixe.
Quenxiicr65r.
L'ancien type « queux » a fait partout place. à des expressions nouvelles, toutes d’une origine très claire. Toute l'aire 1-16 emploie un diminutif féminin en efte qui doit son genre à pierre et son radical à « aiguiser », cf. la carte 12; Hingre donne également pour la Bresse raivhate (et en outre raivhasse ;) mais on remarquera que ce substantif n’est sans concurrent que dans l’aire 9-16. Dans la vallée de la Haute-Moselle, on emploie les expressions « pierre à aiguiser » et « pierre de (rarement à) faux », dont la dernière est prépondérante dans la vallée de la Moselotte; on comprend que dans certaines circonstances « pierre » puisse même sufhre, et que 18 se soit contenté de ce mot. Quant à réflat de 22 b, cf. raiflate, petite pierre à aiguiser, Hingre, dérivé de «raffiler », c’est probablement une erreur ; mais dans d’autres localités vosgiennes, la forme correspondante tend à désigner la pierre à aiguiser la faux, comme on peut le voir par la carte de PA
Regarder c. 640 et 641.
L'origine germanique des deux verbes employés dans notre domaine est bien connue : en effet l’un correspond au fr. épier < a. h. all. spehon, l’autre est un composé au moyen du préfixe re du type fr. guetter << wactare, dérivé de l’a. h. all. wahte. Le simple de ce deuxième verbe n’est plus attesté que par quelques traces : Hingre indique s. v° réwélié qu’on dit aussi, mais rarement, wéfié, et je n’ai personnellement relevé que l'impératif wët chez le témoin 2a, mais qui est très usuel dans le français populaire du Thillot et de la région. « Épier » est particulièrementusité dans la vallée de la Moselotte où je n'ai même pas recueilli « reguetter » dans laire 19- 22, mais réétié de Hingre prouve qu’il n’en est pas totalement disparu ; dans le reste du domaine, «épier » n'apparaît plus que dans la partie reculée de la vallée de la Haute-Moselle, ct encore y est-il en concurrence avec « rebuetter »; qui semble seul connu aujourd’hui de l'aire 9-17. En somme, la lutte des deux
verbes « épier » et « reguetter » n’a été favorable au premier que dans la petite aire 19-22, et on peut même douter qu'elle se soit produite loin de notre domaine, car Adam qui donne, p. 367, de nombreuses formes de « reguetter » n’en donne aucune « d’épier», que VAL. n'indique qu'aux points voisins 76, 78, 85 et 88.
Rétonpride:l4 fêre.c: 64.
« Retour », qui est usité partout, ne se présente sous une forme régulière 7/5, rlwë que dans les localités 2-5. Partout ailleurs ce mot a subi diverses modifications dues à un croisement avec des mots de sens voisin : le # de rkô 11, 14, 15, rkwëô 1, 6- 19, rhwü 19, 22 provient sans doute de « coup », que nos parlers emploient, comme le français, au sens de fois, et rkwä doit en outre sa voyelle à à l'influence de kä, encore, c. 291.
Ronronner, cf. Miauler.
Rouet c. 668.
Des deux mots qui se partagent notre domaine, /#r0 1-10, 12, 0 II, 13-15, -d 16-19 correspond au fr. fourel, éryät de l’aire 20-22 (l'emploi de cette forme par le témoin $ a est un fait individuel) est un diminutif de «roue » avec le suffixe « erle », et un & provenant de l’article, cf. p. 116. « Touret » paraît être le terme le plus répandu dans les parlers lorrains, cf. tourot Uriménil et Adam p. 368; « rouette », que je n’ai pas relevé dans d’autres localités vosgiennes, est au contraire très fréquent en Franche-Comté, cf. (&)rydt 23-2,, riolle s. v° riot Plancher-les- Mines, ruyotte, riyotte Montbéliard, etc. Il est possible que les deux aires séparées 20-22 et 23-25 aient été rejointes autrefois et que {#rù ait récemment envahi la vallée de la Haute-Moselle; mais cette hypothèse n’est pas nécessaire, car «rouette » est un dérivé qui a pu aisément être créé dans deux aires indépendantes.
Richerte 671:
Ilest clair qu'apiariu ne peut pas être le prototype d'où seraient issues régulièrement ë5é, -éy, dxé de notre domaine, non plus que les formes analogues avec ? qui se retrouvent fréquemment en Franche-Comté et plus rarement en Lorraine, cf. la carte rûcher del’AL. M. ML. considère EW. $25 ezye de Montbéliard (cette
transcription d’ésie de Contejean est fautive, au lieu d’ezj)
F2 00 SAVE comme dérivé d’un représentant disparu d’apis ; mais l'existence d’apiariu est encore attesté dans quelques parlers orientaux, cf. épi point 69 de VAL. et eipi le Tholy Adam p. 369; c’est pourquoi il ést plus exact d'admettre qu’éxé etc. représentent apiartu modifié par l’ancien pluriel es << apes, ? étant la prononciation de la consonne finale devant voyelle. Toutes ces formes #6, etc. sont d’un grand intérêt pour l’histoire des mots désignant l’abeïlle, parce qu’elles témoignent indirectement que les parlers lorrains et franc-comtois, qui emploient ces formes et où l'abeille se dit aujourd’hui « mouchette », cf. notre carte 4 et la carte abeille de l'AL., ont possédé autrefois des représentants d’apis.
Sable c. 672, Savon c. 690. |
sävro, sable, de l’aire 17-22 doit être rapproché d’autres formes lorraines telles que sävrd 77, sävirà 76, sovirè 78 AL. sovurè Aubure (Alsace) Horning, p. 120, qui paraissent avoir pour prototype « sablon », mieux conservé, réserve faite du suffixe, dans sovlô 86 AL. et par métathèse s5/’vù Rumbach (Alsace) Horning, id. La conservation de v/ issu régulièrement de D}, cf. p. 148 sq., au point 86 paraît anormale ; mais cette question ne pourrait être résolue ou du moins traitée que par l'examen des parlers voisins dont j’ai une connaissance insuffisante, et il en est de même de la voyelle finale o qui peut être due à une substitution du suffixe ou à un fait de dénasalisation. Quoi qu'il en soit, la terminaison de « sablon » a été, dans la plupart des parlers, remplacée par une autre plus- usuelléaivecsseteen outre une voyelle de liaison s’est développée entre vetr, conformément à ce que nous avons VU P. IIS.
Mais, si savro de l'aire 17-22 s'explique bien comme nous venons de le proposer, les modifications que nous avons admises n’ont pas pu se produire dans cette aire même et cette forme doit être considérée comme empruntée aux parlers voisins. En effet, l'aire 17-22 emploie au sens de savon une forme sobyô qui provient du croisement de « savon » avec une forme de « sablon », probablement adaptée du français, étant donné le traitement du groupe b/, mais qui, en tout cas, n’était pas savrô. Or, comme les parlers voisins ne connaissent pas cette
forme croisée, il en résulte qu’elle à pris naissance dans la région même où elle est usitée et que d’autre part sävrô a été emprunté postérieurement et en raison de l’emploi de sobyo au sens de savon. Quant au croisement de « sablon » et de « savon », il est dû à l'emploi du sablon pour récurer les casseroles, etc.
Sabot t1673,; soulter c:y21,1Sabotier: c. 671:
« Sabot » et « soulier » doivent être étudiés ensemble, car les modifications que « soulier » présente dans la vallée de la Moselotte ont été causées par celles que « sabot » présente dans la même région. La vallée de la Moselotte emploie dans les localités 19- 22 pour sabot une forme sädbô et partout pour soulier une forme sätk®@, dont la deuxième partie équivaut manifestement au fr. « de bois», « de cuir»; et le point 17 dit en outre sôlà d b6, sôlà 1 k®, qui correspondent clairement au français « soulier de bois », soulier de cuir ». Ce deuxième type de reformation de « sabot » et de « soulier » se présente dans un certain nombre de parlers vosgiens, qui sont situés au Nord de la vallée de la Moselotte, cf. Horning p. 120, Adam pp. 369 et 370, AL. cAr77ét01252. Or; si lon remarque que. tous.ces parlers.se trouvent aux confins des parlers alémaniques, qui désignent le sabot par des formes correspondant à lPallemand holzschuh, cf. Martin, Il, 402, on en conclura que c’est sur le modèle de ce mot qu'ils ont créé « soulier de bois », qui a entraîné à sa suite « soulier de cuir ». Toutefois l'interprétation de sädbô, sätk&@ de la vallée de la Moselotte n’est pas absolument sûre : il est, en effet, probable que ce sont des formes plus récentes, et que « soulier de bois» a été ramené sous l'influence du français sabot à sädbô, sur lequel sätk® a été refait à son tour, et lindication du témoin 17 f que sôlä d bo est une forme vieillie corrobore cette explication. Mais il n’est pas impossible que sädbo n'ait pas été précédé par « soulier de bois » et qu’il soit né directement du croisement de « sabot » et de holzschup.
La reformation de « sabot » en « soulier de bois » a atteint par contre-coup « sabotier », dont le suffixe yé des deux vallées montre cependant qu’il a été emprunté assez récemment au fran-
çais. Eneffet sàlbütyé, sël-, slbôtey de l'aire 8-10, 14-22 proviennent d'un croisement de « sabotier » avec « soulier de boïs », qui a donné naissance à une forme telle que sô/btyé, attestéeà Gérardmer, ainsi qu'un patoisant de cette localité me l’a indiqué; puis cette forme s’est répandue dans nos parlers bien au delà de l'aire où « sabot » est devenu « soulier de bois », en se croisant à son tour avec la forme locale de « sabotier ».
Sake,:cf. vilain:
Sauterelle c. 686.
Partout où le français sauterelle n'a pas pénétré, nos parlers disent « bouc de foin », dont « bouc » de 12 et « bouc de pré » de 25 sont de légères variantes, et dont on peut rapprocher bôk du point 25 (Joncherey, territoire de Belfort) de l’AL. Le terme ancien qui correspond au français archaïque sautereau et qui est très usité dans les parlers orientaux, cf. la carte sauterelle de PAL., n’est plus attesté dans notre domaine que par sotre du Val-d’Ajol. La disparition de ce type et la création d’une nouvelle expression proviennent vraisemblablement de l'existence du mot de prononciation très voisine sôtré qui signifie esprit follet, cauchemar, cf. ces mots dans mon Lexique français-patois et sotré Haillant. Quelle que soit l’origine de ce mot, et même s’il n'est pas dérivé du v. saltare mais du type sot, cf. ML., EW.7551, et Horning, t. XVIIL, p. 228, ce qui paraît appuyé par la différence de la quantité de la voyelle o, il semble bien que nos parlers aient créè «bouc de foin » pour éviter une ressemblance gênante; peut-être aussi la crainte superstitieuse du sûtréet des idées qu'il évoque a-t-elle contribué à faire changer le nom de l’inoffensive sauterelle.
SCier crop eScreur L'ASEiure Ton
Si l'allemand sägen s’est substitué, par l’intermédiaire des parlers alémaniques, dans la majorité de nos parlers à « scier », ce n'est pas pour supprimer la concurrence des deux sens scier et faucher, dont l'aire 11-15 s’accommode fort bien, cf. la c. 336. Cet emprunt provient réellement de ce quele travail de la scierie a été à un moment donné fait surtout par des hommes d’origine alémanique, comme le montre le terme qui signifie le scieur de
Bone profession travaillant dans les scieries, et qui, partout, même dans l'aire 11-15, est issu de l'all. säger: sôgér 1-8!, 20-22, sé- 9, 16-19, sogär II, 13, 14, 15, -à 10 c, sägär fr. populaire de l’arrond. de Remiremont. D'autre part, l’interpénétation des parlers apparaît dans lacoexistence de süvä, scier, et sôgér, scieur, au point 9, et surtout par la présence de sûgur sciure, dérivé de sogä, non seulement dans la vallée de la Haute-Moselle, mais au point 17 et dans toute Paire 11-15. Les autres termes qui signifient sciure sont obscures: ce sont frä des localités 9, ro, 16-22, que d’autres parlers lorrains emploient aussi soit seul, soit en combinaison avec « de scie », et dont frä d sey, « fruit de scie », cf. Horning, p. 111, parait une modification secondaire, et péy ou péy dé séy de l’aire 1-7, qui, bien que francisé fréquemment en pay dé si, ne peut pas provenir directement de « paille », mais cache peut-être une adaptation maladroite de lall. sigespäne. ;
DCNIETC. 01
sévré des points 17 et 18 est une forme curieuse, qui n’a été signalée nulle part et qui, outre une substitution du suffixe, doit sa première syllabe à un croisement de « sentier » avec le verbe « suivre », cf. les cartes 731 et 732.
Siert-et.cr7t0;
Nous avons déjà eu l’occasion pp. 17, 29 et 143 de traiter des deux types verbaux usités dans notre domaine. Il suffira d’indiquer ici que le type le plus ancien est £&lè, cantonné aujourd’hui dans les localités 19, 21, 22, et qu'il recule devant le verbe plus récemment adapté de l’a. fr. flaüler ou dufr. moderne ffäter, qui occupe dès maintenant sans concurrent l'aire 1-18 ; il est probable qu’au point 20, bien que je n’y aie recueilli que fu, les deux types sont en rivalité comme au point 19.
Quant aux termes désignant le sifflet, ils ne comportent pas d'observation particulière; car leurs aires se superposent exactement sur celles des verbes dont ils dérivent.
ON Le
Des deux formes usitées dans notre domaine, lune, gr, qui occupe l’aire 1-11 a, b, 13, IS, provient, comme l'a. fr. gru, du
germanique grut, cf. ML., EW. 3897. L'autre, kr&, des localités 12, 16-22 se retrouve sous des formes très voisines dans des parlers lorrains et franc-comtois, cf: d'une part kf& Voivres (Vosges) 58 AL., cr& la Pontroye (Alsace) Horning, p. 111, et d’autre part #r& 23-26 de ma carte, cred masc. Châtenois, creu id. Montbéliard, etc. Toutes ces formes sont dues au croisement de gru avec des formes dialectales de l'allemand grürxe, cf. en particulier Martin, I, 287. C’est ainsi que s'expliquent le genremasculin attesté dans plusieurs parlers franc-comtois et que Hingre signale également, et d’autre part la disparition de la consonne finale. Au contraire creulse, fémin., des Fourgs, comme krüts, kürts de la Suisse Romande, qui n’ont pas subi ce croisement, rappellent mieux la forme germanique d’où ils sont issus, cÉOML.oE
Soupière, cr GasseroR