‹ Les Parlers des Vosges MéridionalesChapitre 48 sur 67 · SOUL IC T2 A · texte numérisé non relu

SOUL IC T2 A

eñt de Remiremont, ancien féminin employé également au masculin, et dont le { provient de l’assourdissément régulier de la sonore finale, est le seul témoin direct du latin exsurdus, cf. ML., EW. 3079; mais quelqueslocalités emploient encore un dérivé en é de ce type, cédé 2, eü- 6, 7, &- 13-15, cf. aussi khoudé Hingre ; en outre j'ai relevé au Ménil un verbe #että, assourdir, dont le t n’a cependant pas la même origine que celui de e%f, mais est probablement dû au croisement avec le représentant du fr. assoter, cf. aïsscuti Hingre, és®ii 14 b, en rageriL Site fdériné de l'ancien adjectif issu d’exsurdus survit encore en quelques points, cf. aussi hhoudé Uriménil, il est fortement battu en brèche par une expression composée «il, elle ouit dur », que nous avons recueillie dans la plupart des localités et que l'AL. donne pour les points 68 et 86 du département des Vosges.

SU'ERCTIA

La préposition de beaucoup la plus répandue au sens'de sur, sù 1-11, 13-16, eù 5, € 12, £ü 20-22, a la même origine que le fr. sus. Cependant nous avons déjà eu l’occasion, p. 125, de signaler dxär de points $, 6, qui est composé du représentant de l’a. fr. soure < supra, et il est en outre attesté indirectement par £# des

Very LE NES

points 17-19, qui est issu d’un croisement de ce type avec fà. Hingre donne également khou, mais en ajoutant qu’on dit plus souvent khu, et cette forme ne paraît pas exister loin de notre domaine, cf. Adam p. 204.

STATS ;

Si la plupart des localités ont des formes régulièrement issues de sabucus, séyä de $ a, qui est peut-être propre à ce témoin, doit sa voyelle finale à une substitution d'origine obscure, et sé de 19, 20, qui ne paraît pas exister ailleurs sous cette forme ni sous une forme analogue, ne me semble explicable que par une véritable confusion qui a substitué s@é, suie L., au terme qui désignait le sureau et qui était 5& ou s®y.

HaflerTec:7AT:

La forme, le genre et la localisation des représentants de « tarière » prouvent que nous avons affaire à un mot très ancien. Des mots plus récents le repoussent, si bien que, dans la carte del AL., « tarière » a peu de formes dans la région vosgienne. Le concurrent le plus puissant dans notre domaine est /6s qui est probablement le fr. losse emprunté. Un autre mot, qui se présente. sous des formes diverses dvyô 8', 9, 10, 11, 13-15, l- 12, 0- 8, parlers voisins de Remiremont, est totalement inconnu des parties reculées des deux vallées : c’est un dérivé, au moyen du suffixe 0 — fr. aud, d’une forme disparue wy issue régulièrement de wticula, cf. notre carte 810 vrille et vÿo, tarière, 76 (Gérardmer) AL. Partout sauf en ce dernier point, cf. aussi Adam p. 374, ce mot a été allongé par une voyelle initiale, qui provient étymologiquement de Particle, mais qui a êté modifiée probablement par l’action de la consonne labiale suivante. Enfin, un quatrième mot est à peine attesté dans notre domaine : ôviro de 12 est la forme locale, cf. pour le traitement de l’initiale p. 24, correspondant aux formes franc-comtoises Gvirô, 4de 23-26, et représente un dérivé du v. « virer », identique pour la forme au fr. environ. Ce mot est particulièrement usité dans les parlers de la Franche-Comté, cf. la carte tarière de l'4L., et c’est de là qu’il tend à pénétrer dans notre région et que provient la forme adaptée ävirô de 14 a. L'observation de ce témoin

qu'äviro est le mot français correspondant au patois /üs et l’indication de Haillant qui traduit euvio « environ (en italiques dans l'ouvrage de H.), tarière » montrent que ce mot s’est introduit par la voie du français populaire.

Tartine 42

Les localités 1, 2, 8, 8, ro, 13-16 disent 104 — fr. fourte. Toute la vallée de la Moselotte se sert d’un terme bäyät, qui se retrouve, sous la forme bayëf, dans l’aire 3-7. La localisation de ce terme prouve que c’est une innovation postérieure à üt : c'est en effet le dérivé d’un verbe bäyé, faire une tartine, 2 c, $ de salir p. ex. un mur 8 d, flatter, faire de vilaines plaisanteries 2 c, cf. tartine L., baîllé, tartiner, étendre (un corps gras), — faire des plaisanteries méchantes, — se frotter près de quelqu’un pour le gagner, Hingre, baï, gâcher, le Tholy, Adam p. 230. Ce verbe a donné en outre naissance à un adjectif bay, glissant, gluant, cf. la c. 390, bdioux, gluant, bourbeux, glissant, le Tholy, Adam id.; mais l’origine m’en est inconnue. Un troisième mot 7&f, qui correspond au fr. re, n'apparaît qu’au Val-d’Ajol, qui se sépare des parlers vosgiens pour se joindre, comme il le fait si souvent, avec ceux de la Franche-Comté.

Taupinière c. 744.

bas® de 1-7, 15, -sy& de 8-10, büsô de 11-13 dérivent, avec les suffixes @ — fr. oir et ü — fr. et, d’un verbe que j'ai recueilli sous les formes büsà et bisyé, croîtrec. 235 et pousser L., et qu’on retrouve dans de nombreux parlers orientaux, cf. Horning p. 106, busä La Franche-Montagne, boussai Châtenois, etc. Ce verbe correspond au fr. pousser avec un b hétérogène, dû à un croisement avec un verbe de sens voisin, tel que « bourrer », cf.

bôr 24, pousser quelqu'un, s. v. pousser L., ou b&ryé $ d, b&- 11 f, mêmesens, id., dérivé de b&r, barre, cf. p. 246. Les localités 18-22 disent mitra, -E, mütré, qui sont inséparables des formes franc-comtoises mütné, -123-26, et de moutrigneïe, taupinière, Allain (Meurthe-et-Moselle), Adam p. 272, toutes formes dérivées de « motte », cf. à la Franche-Montagne mut, taupinière, fourmilière et ML., EW. $702. Mais la voyelle # de

mütré, d'où est issu à de mitrë, -&, provient d’un croisement avec

« butte ». Il faut en outre noter le suffixe # — fr. at de mütré, mitré, peu usuel en dehors des noms d'animaux, cf. plus haut Sy. 101selet: ë

Timide, cf. Peureux.

Lion

Dans la plupart des localités où j'ai recueilli ce mot, il se présente sous une forme /yëm0, dont la première syllabe est attribuable à une modification .causée par la forme verbale #j8, 13ë — fr. liens, tient.

sonner Ces Te

À côté des diflérentes formes du, verbe fr. récemment adapté remuer, qui couvre aujourd’hui presque tout le domaine et de rétijé du point $, composé d’ « attiser », il subsiste encore quelques traces d’un état ancien curieux. « Fourgonner », dont le point 25 présente une forme régulière fügnd, cf. aussi fourguenai Montbéliard et feurguéné Uriménil, s’est trouvé en concurrence dans notre domaine avec « barguigner » qui, du sens d’hésiter, tâtonner, est passé à celui de fouiller, farfouiller, puis par plaisanterie à celui de fourgonner; ce développement de sens était facilité par celui de fourgonner, qui s'emploie en français au sens de fouiller, cf. aussi ferguéné, tâter, chercher, fourgonner, Hingre. De cette concurrence est résultée une contamination réciproque, si bien que seul Hroëné de 2, $ peut passer pour une forme régulière. Mais hérgëné de 2, 5,8, 14, 19, indiqué en outre par 2 cet 19 c au sens de farfouiller comme brgëné de 11 a, cf. aussi berguéné, v. a. et n., tatiller, tâter, essayer à petits coups ; fourgonner, Hingre, doit sa terminaison në à « fourgonner » ; et d'autre part br@gnä de 12 représente « fourgonner » avec b de « barguigner », tandis que férgäné de 8' (avec un a d’origine obscure) et ferguéné de la Bresse ne doivent à ce croisement que la voyelle de la syllabe initiale. De même à Uriménil beurguéné, ne pas travailler sérieusement, passer d’une affaire à une autre sans rien terminer ou parfaire ‘, est refait sur Jeurguéne. La contamination des deux verbes est telle qu’en plusieurs points

1. L'indication du sens n’est pas complète, ccmme il ressort du dérivé beurguénotte, perche à four, ... tout objet servant à beurouéné,

une seule forme subsiste avec les divers sens : c’est le cas de2, 5, 19 ; l'emploi de bérgëgé à l’infinitif et de béroën à l'indicatif par $ d au sens de travaillotter représente une bien faible trace de l’état ancien; si à la Bresse il existe deux formes berguéné et f-, la différence des sens est infime, et Hingre indique simplement que . f-est péjoratif.

Toit porcs C7

rà de 10, 11, 15-20, 22 et ërà de 12-14, 17, qui doit son é initial à l’article, comme on l’a vu p.116, proviennent de l’ancien haut-all. ran, cf. ML.,EW. 420$. Ce mot a été éliminé dans laire 1-9 par un terme nouveau b#rot, diminutif d’un simple bur < germ.bur ML., EW. 1397, qui a disparu de notre aire vosgienne, mais qui subsiste dans les parlers franc-comtois et s'emploie au sens d’étable, cf. la c. 313, et même, mais rarement, au sens de toit à porcs, d’après la réponse de 26 b. pwôé de 19 correspond au fr. porche et désigne d’après 2 c l'entrée de la grande porte de la grange ; c’est de ce mot que dérive pere, seul mot actuellement usité à Ventron. L'application de « porche »-au toit à porcs provient sans doute d’une plaisanterie, qui a été favorisée par la ressemblance de pwvo, pü£é, porc, pourceau.

Fonnèrre LE

I suffit ici de renvoyer aux pp. 11 et 219 où nous avons déjà eu l’occasion de traiter ce mot et de dire que partout, sauf au

point 12, 1l est refait dans sa syllabe radicale sur « tonner ».

Toucurs cms o

A côté de « toujours » usité dans l'aire 1-16, nos parlers emploient dans l'aire 17-22 un mot rôkwé que M. Horning, $ 56, a expliqué exactement par «fout + coi » Z *quetu : ce type se retrouve dans quelques parlers placés au nord de la vallée de la Moselotte, cf. Adam p. 216, AL. c. 1318. Quant à 16hma de 20 a, il suffit ce le rapprocher du fr. à tout jamais.

Traîneau, cf. Glissant.

. Trayonc. 764.

Nous avons admis, p. 107, avec M. Horning que pwèsé usité dans la majorité des localités est un dérivé d’une forme non attestée issue de pectus. Ce mot est, en quelques points, battu en

brèche par un mot qui dérive, avec différents sufhixes, de « tette », féta 12, Hiià 2, 11, 13, 14, #0 2, 4, 6, 7, et qui doit son ÿ au langage enfantin, cf. aussi à Uriménil fifa, téton, tétin.

Eremblerte766.

grülà des localités 1, 2, 4, $, 26, que l’aire 1-7 emploie aussi au sens de gauler des noix, se rattache au moy. haut all. ersuuel, cf. ML., EW. 3877. Mais si l’on compare les formes grulè Uriménil, grulai Châtenois, grüla La Franche-Montagne, etc., l’ä de grälà paraît être postérieur et dû àäun croisement avec grüyé — fr. grouiller, employé au sens de trembler par 8 b, cf. aussi grotiyé, v.n., grouiller.… grelotter; d’où égrodyé, tout saisi de froid et grelottant, Hingre. Le verbe représenté par rémälà 9, 10, trômülé 11,13-15,/rdmnlà 12 existe également dans la vallée de la Moselotte, bien que le fr. récemment adapté « trembler » y soit devenu prépondérant ; en effet Haillant, s. v. romoulé, cite termola, trembler de frayeur, de Ventron, et Hingre, s. v. guérméla, signale également férméla ; il est en outre assez répandu dans les parlers lorrains d’après Horning $ 175 et la carte trembler de l’AZ. C’est sans doute par inadvertance que M. Horning a considéré les formes qu’il a recueillies comme issues régulièrement du latin #remulare. S'il est vraisemblable que la première syllabe de ce verbe est due à « trembler », ce n’est que par suite d’un croisement avec un verbe qui se rattache à l’ancien haut-all. grim, cf. ML., EW. 3867, et qui actuellement se présente surtout au sens de gromimeler : griméla, v.a., gourmander sourdement et plus ou moins longtemps. V. n., grommeler, Hingre, grimoulé, -6lè, murmurer, grommeler, Haillant, qui cite aussi grimoler de Dompaire d’après Adam, grémolä, id., 2 c. Mais la Bresse possède en outre une forme guérméla, probablement récente et issue par croise- -ment de priméla et de férmola, qui a non seulement le sens de grommeler, mais celui de trembler, faire trembler, plus proche du sens primitif disparu trembler de colère.

LrémieJ.

On a vu p. 76 que dans plusieurs localités ce mot a été modifé par « meule », et p. 234 qu'ailleurs il a subi une substitution du suffixe : il suffit de renvoyer à ces pages.

Truelle c. 770:

ëttrüèl de 16 et ëflérwël de 17-22 doivent leur initiale & à un croisement avec le verbe (é)fférwä dont nous avons parlé s. v. fumier, croisement comparable à celui qui a donné naissance à éhgôter, cf. gouttière. yderwel que M. Horning a recueilli à Fouday (Alsace), avec son d surprenant, présente une initiale de même origine.

Vacher,cfibérserteue :

Ainsi qu’on l’a vu p. xv Introduction de mon Atlas, il eût été plus exact de mettre en exergue vacher que berger, et en tout cas il eût mieux valu se servir dans le questionnaire du mot vacher. Quoi qu’il en soit, on remarquera que dans les aires 1- 7, 17-22 « vacher » se présente avec un w initial qui ne peut pas s'être développé phonétiquement, mais qui provient du verbe « garder », cf. la c. 374. Ce croisement, qui ne paraît pas exister en dehors de notre domaine et n’a en tout cas été signalé nulle part, est peut-être attesté dès le Moyen Age dans Girars de Pont diz li wachiers NAL. 2531, 83 b.

VerHencerse

À « veiller » usité partout, y compris selon toute vraisemblance à la Bresse, bien que je ne l’y aie pas recueilli, les localités 19, 21, 22 tendent à substituer le v. /üryÿé, qui signifie au propre aller à la veillée et dérive du substantif bien connu et attesté dans tout notre domaine ir 1-10, /ür 11-22, veillée, soirée en société. L'origine en est contestée, M. Horning ayant proposé comme étymon /lucubrum en partant du sens soirée en compagnie et M. Behrens opera en prenant pour base le sens travail qu’on fait pendant ces veillées, cf. ML., EW. $1$1. En l’absence dé textes anciens, qui permettent d’établir la succession des sens, ce problème reste actuellement insoluble. Mais, quoi qu’il en soit, on : doit noter ici que la substitution du verbe issu de lur à « veiller » est rare en dehors de notre domaine ; il est difficile de faire état de Joure, louri veillée, veiller, le Tholy, Adam, p. 267, mais dans. d’autres parlers on voit nettement par les indications des lexiques qu’il n'a encore que le sens d’aller à la veillée, cf. p. ex. lourié, aller aux loures, veillées, Uriménil, lévraf, veiller en veillée (sic), Châtenois, etc.

Vilinre.tr90)

En réponse à ce mot, j'ai obtenu, outre le français vilain, déux adjectifs très répandus dans les parlers orientaux p& << putidus, cf. Horning $ 117, et we, qui signifie plus exactement sale comme la plupart des témoins l’ont indiqué, cf. aussi Adam sale p. 369, Haïllant woëtte, Horning wët p. 122, et paraît inconnu, en dehors des parlers lorrains: je ne lai pas recueilli dans l'aire 23-26 de la Haute-Saône, et, sauf erreur, il ne se trouve pas dans les lexiques franc-comtois. Quant à l’étymon de ce mot, c’est à mon avis l’alémanique wüest — all. wüst, cf. Martin, I, 876, tandis que M. Horning se contente de considérer ce mot comme influencé par « wüst ». Il est remarquable que nulle part cet adjectif ne conserve la spirante qui précède le #, alors que tous les parlers alémaniques la possèdent; il ressort de ce fait que, dans des régions comme la vallée de la Moselotte, wëét a été emprunté à des parlers voisins tels que Paire 1-15, où la spirante est régulièrement amuie.

N'iperenus

vipér, qui est une forme récemment empruntée au français, est devenue aux points 16 et 17 par une étymologie populaire curieuse vyépér, qui correspond au fr. « vieux père ». Cette modi-

fication ne peut être que postérieure au genre masculin dû à celui

de serpent. M. Grammont a expliqué d’une façon analogue,

‘p. 132, le genre masculin de vwiper par une étymologie popu- > P 8

laire qui a vu dans la deuxième syllabe de ce mot le mot pr, père. En effet, dans ce parler, il ne peut pas provenir de « serpent », qui y est féminin.

Visite cu7os.

Nous avons vu p. 234 que le représentant du latin quadruviu, usité dans tout notre domaine au sens de visite, réunion, a subi partout une substitution de suffixe. Ce mot, avec des modifications différentes, est particulièrement répandu dans les parlers lorrains, cf. Haïllant courë, Adam couaraïe p. 241, et il a donné naissance à un verbe cité dans mon lexique. Il a eu aussi un grand succès auprès des gens qui s'intéressent aux patois lorrains et à qui il a paru être un mot caractéristique de ces parlers : c’est ainsi

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