SENS
qu'une société régionaliste de Nancy a pris le nom de couarail. Et cependant ce mot appartient aussi, et avec le même sens, aux parlers franc-comtois limitrophes, comme le montre la carte 795, cf. en outre céreil, causette, Salbert, etc., coreil, Plancher-les- Mines, d’après Vautherin s. v. céré. D'autre part, Bellefontaine emploie un autre térme et dit « aller » & y évô, et le témoin b, qui a été seul interrogé sur ce mot, a affirmé que kwôree est du parler de Saint-Nabord, mais ne s’emploie pas à Bellefontaine. C’est une innovation qui semble locale, car je ne lai vu signaler nulle part ailleurs : l’origine n’en est pas tout à fait certaine, toutefois il me paraît probable que c’est une expression formée de la préposition & + y de liaison (cf. p. 37) — ëvo — fr. aval, qui aura été créée par les montagnards descendant de chez eux pour aller en visite.
6 152. Le parler du Val-d’Ajol.
Nous avons vu pp. 141 et 241 que le Val-d’Ajol doit à la fois à sa situation excentrique et à son contact plus étroit avec les parlers franc-comtois un certain nombre de particularités de ses systèmes phonétique et grammatical. Ces causes ont dû naturellement agir aussi dans la constitution du lexique ; et en effet on a déjà pu en remarquer quelques exemples dans les pages précédentes. Toutefois il convient de rappeler que notre connaissance insuffisante des parlers immédiatement voisins ne nous permet pas de nous prononcer sur les faits qui paraissent propres au Vald’Ajol : c’est ainsi que 1yôgé, jardin, däyé, pinson, # mè n l@y, par terre, cf. sur cette expression p. 126, que nous n'avons relevés qu'au Val-d’Ajol, existent peut-être aussi dans les localités environnantes. C’est encore plus probable de k#, cône de sapin, frélät, copeau de rabot, qui se retrouvent dans d’autres parlers lorrains ou franc-comtois, cf. aussi vi&,s. v. putois: à ces mots étudiés plus haut, on peut ajouter le mot d’origine obscure bwde, pétrin L., usité seulement au Val-d’Ajol, à côté de ma de 1-11, 13-26, mais que AL. donne au point 66 (Conflans-sur-Lanterne, Haute-Saône),sous la forme bwëj, et qui a donné naissance, dans les parlers lorrains, au dérivé désignant
une espèce de panier, cf. c. $5oN. E., bôjot 9, -6f 11 a, haugeotte |
Uriménil. Mais, à côté de ces cas douteux, il existe un nombre assez important de mots où Le Val-d’Ajolet les parlers franc-comtois (sauf certaines innovations postérieures d’un de ces parlers) forment une seule aire lexicale, qui s’oppose aux autres localités vosgiennes. Nons avons déjà parlé de bètés, baratte, léfhü, bergeronnette, rfi, tartine ; on peut encore citer guüd, -f, citrouille c. 193, issu, comme go de 23-26, de cucurbita, hôte du Val-d’Ajol et de 23-26, moyeu L., dérivé de butte, tonneau, ML., EW. 1427, comme le fr. moyeu et müy® de 1-11, 13-22 proviennent de modiolu, éeülô dérivé du germanique franc skala, ML. id. 7970, qui s’est substitué assez récemment à un représentant de « noix », ainsi que le montre m#ey, noyer c. 527, et auxquels correspondent éé0l6 et n@yi, nüyi de 23-26, enfin le représentant de retorta ML., id. 7266, érwût, réwot au sens delien de bois L., attesté également par rôé des témoins 23, 25 d (} de 26 étant une adaptation récente du français) et qui a donné naissance dans les parlers lorrains à un dérivé dont on a parlé DA,
$ 153. Les emprunts aux parlers alémaniques.
Quand on parle d'emprunts aux parlers alémaniques, il faut naturellement écarter les termes qui proviennent d'emprunts anciens aux parlers germaniques, tels que les deux verbes signifiant regarder, le substantif désignant une espèce de traineau, issu de lanc. haut all. sito, ou celui qui représente lanc. haut all. wefsa au sens de guêpe, cf. pp. 278, 280, etc.; car ces emprunts ne sont pas propres à nos parlers et sont dus en tout cas à l'influence que les parlers germaniques ont exercée, après l’invasion des barbares, sur les parlers romans. C’est ainsi que l'emploi de « mer » au sens de lac, cf. mwa, lac, Hingre, et qu’on remarque dans les noms de lieux, tels que Gérardmer, etc., s'explique par une influence très ancienne d’une forme germanique de l’all. see sur le latin mare. Mais si on laisse de côté ces emprunts d’origine ancienne, il en resté un grand nombre qui proviennent des parlers de lAlsace, ainsi qu'on a déjà pu s’en rendre compte dans les notes lexicales précédentes. Un pareil fait n’est pas la conséquence d’un simple rapport de voisi-
nage, mais d’une importante pénétration de populations alsaciennes et aussi de techniques nouvelles avec leurs termes. Or nous avons vu dans l'introduction, p.x11, quelle partrevient à ces populations dans la colonisation des vallées et l'exploitation des hauts pâturages. C’est ainsi que le tenancier” d’une « chaume », qui élève du bétail et fabrique des fromages, est appelé d’un terme issu d’une forme alémanique correspondant à l’allemand melker ', cf. Martin, I, 677 et plus haut p. 129, et quia pénétré dans le français régional, où on le transcrit marquaire, marcaïre, cf. Hingre s. v. mwarquäâre, Boyé passim. Parmi les termes concernant la fabrication du fromage et l’élève du bétail, je n’en ai pas trouvé dont j'aie pu établir l’origine alémanique. Mais on a vu à quel point la technique du bûcheronnage et du travail du bois est tributaire des parlers alsaciens ; nous avons en effet montré que le scieur de profession est partout désigné et que la sciure et l’action de scier le sont également dans la majorité de nos localités par des mots empruntés à ces parlers p. 307, et que le traineau pour trainer le bois et le coin pour le fendre sont fréquemment exprimés par des mots de même origine, pp. 278, 262. D'autre part, le langage de la vie agricole et domestique contient aussi un grand nombre de termes provenant des parlers alsaciens : rappelons ceux qui ont déjà été étudiés, les dérivés de l’alémanique kachel et de kerl désignant des ustensiles de cuisine, p. 258 sq. ; ceux du v. schaben désignant l’outil de tonnelier appelé en fr. bouvet p. 267, les représentants de horn au sens de manivelle p. 287, de falle, piège, p. 297, de ganser, jars, p. 283, les formes de « sabot» refaites sur holzschuh, p. 305, celles de grü, sont refaites sur grilxe, p. 308 et, si les explications proposées sont admises, les dérivés de kern au sens de noyau, p. 291, du v. schicken au sens de cime, p. 262, les représentants de kaff au sens de coquille, p. 271. À ces mots on peut ajouter le verbe ribé 2 a et, par corruption, ridé 8 f, 14 a, 16 a, 19 à, écraser le chanvre avec une
1. Pour des raisons de commodité, je cite seülement la forme de l’allemand, quand celui-ci possède le terme en’ question. Du reste la forme des
parlers alémaniques immédiatement voisins de notre région n’est pas toujours indiquée par Martin,
io meule <Z reben, Martin, IL, 218, et d’où dérive le substantif rib 2 a et, par corruption, rid 8 a, 8" f, 16 a, rid' 14 a, meule pour écraser lechanvre, chanvre L, kraë 2 ë, $ d,f, 19 c, 22 a, -< 14 b, 16 a, 17 c, espèce de hotte destinée à porter le foin, hotte L, < kräge" M. I, DANS SMALL, 21422 2}poîte de cave établie au niveau du plancher, trappe L. < làäden M., I, 557, grob 2 a, raie derrière les bêtes, où l’on met le fumier, étable L. << grab M., I, 266, edf, tof, ff, buffet de cuisine c. 127 << schaft M., IL, 400, méngo 8° b, 20 a, arroche L. << mangold M., I, 693.
Outre ces mots appartenant à des langages techniques, il en existe même qui expriment des idées communes, comme buwüb, GROS ACL ED 1276 06002 C0 NC, 04 D 164,174; /1910, non Rec hossM TE Ar l'adiecufuer, sale ncf. «p.415: celui qui dérive de schaben au sens de creux, cf. p. 267, le verbe emiké, sentir, cf. p. 300, le verbe hütä, —, finir, L., cf. aussi les cartes 348, 349, <C hallen M., [ 329, les représentants de rauschen et ses dérivés au sens de pleuvoir à verse, averse, cf. p. 251.