‹ Les Parlers des Vosges MéridionalesChapitre 7 sur 67 · Boyé, id., p · texte numérisé non relu

Boyé, id., p

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Depuis le milieu du xix° siècle, les conditions de la vie ontété profondément changées par le développement extraordinaire de l’industrie cotonnière. Les routes ont été améliorées et multipliées ; deux voies de chemin de fer vont l’une jusqu’à Bussang, l’autre jusqu’à Cornimont ; des ouvriers étrangers, parmi lesquels les Alsaciens sont très nombreux, sont venus en masse peupler les cités ouvrières et les villages ; plusieurs de ceux-ci sont devenus de petites villes où le commerce est très actif et l’aisance manifeste. Ces modifications ne pouvaient pas ne pas atteindre la vie du paysan de notre région; il n’a pas renoncé à sa ferme, maïs souvent, pour augmenter le revenu de la maison, il envoie ses enfants à la fabrique, et parfois il y descend lui-même. Quelles ont été les conséquences de ce nouvel état de choses surla vitalité de nos patois, c’est ce que j'ai l’intention d'examiner dans une étude en préparation sur les rapports du français et du patois dans notre région :.

Le présent travail est essentiellement linguistique : c’est linguistiquement que les faits sont classés et interprétés. On se propose de montrer comment les systèmes phonétique et morphologique de nos parlers se sont formés, et d’où procède l’étonnante variété de ces systèmes ; en outre une troisième partie, consacrée au lexique, montre que l’activité lexicale n’est pas moindre. Dans cette étude on a pris pour base l’état actuel des parlers. La méthode qui consiste à partir du latin à propos de parlers populaires contemporains a fait son temps : appliquée surtout à la phonétique, elle date d’une époque où on les considérait comme le résultat d’une évolution du latin importé en Gaule par la conquête romaine ; elle était commode mais mécanique, entraînait à des redites fastidieuses, et surtout ne mettait. pas en valeur les faits intéressants, c’est-à-dire les innovations qui résultent de

1. Cf. Louis Lafitte, La région lorraine, p. 155 sq. de l’ouvrage Les divisions

regionales de la France (Bibliothèque générale des sciences sociales, t. XLVID), F. Alcan, Paris, 1913.

Pactivité des parlers. Quant à en suivre l’évolution depuis le Moyen Age dans des documents écrits, on sait qu'il est presque toujours impossible de le faire, en raison de l'insuffisance ou de l'absence de textes ; et c’est le cas pour notre région ". Cependant ce n’est pas un simple pis-aller qu’une étude de parlers populaires fondée sur leur état actuel. Cette méthode a de sérieux avantages : elle permet de distinguer nettement les traitements communs et ceux qui sont différenciés, et de grouper ceux-ci suivant les tendances d’où ils procèdent. Et ainsi il est possible de mettre en lumière l'importance relative de ces différences et de l’activité des parlers considérés. Théoriquement, on pourrait même concevoir la fusion de la phonétique et de la morphologie ; mais cette fusion aurait l'inconvénient de disperser l’attention, qu'il est préférable de fixer successivement sur ces deux ordres de faits bien différents.

La géographie a aussi sa part dans ce travail : étant donné la configuration de notre domaine et l'existence du centre prépondérant que Remiremont a été à toute époque, il convenait d'examiner quelle action le parler de cette ville a exercée sur ceux des autres localités. Ce parler, aujourd’hui en pleine décomposition, présente quelques divergences, qui paraissent provenir d’une certaine indépendance que les faubourgs et les hameaux manifestaient à l’égard du centre. Le Val-d’Ajol doit à sa situation excentrique un certain nombre de singularités. Enfin les échanges entre nos parlers, leurs relations avec d’autres parlers voisins, le contact plus étroit du Val-d’Ajol avec la Franche- Comté, la pénétration de populations alémaniques ont introduit des traitements ou des termes étrangers : c'est à ces questions que sont consacrés le chapitre VIII de la première partie, le chapitre VII de la deuxième et les (6 152 et 153 de la troi-

1. Cf. pour ces questions de méthode, concernant l'étude des traitements phonétiques, Terracher, Les aïres morphologiques dans les parlers populaires du Nord-Ouest de l’Angoumois, Paris, Champion, 1914, p. 40.

Les parlers des Voswes méridionales. Il

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