QUELQUES ARRÊTÉS DES REPRÉSENTANTS DU PEUPLE, DU DIRECTOIRE
de pau et délibérations municipales. — Une délibération du Directoire de Pau dans la séance du 4 septembre 93, déclara suspects et comme tels mis en arrestation les décorés, qui n'avaient pas
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déposé, à la municipalité, leurs croix de St-Louis ou de tout ordre royaliste, ainsi que l'exigeait la loi du 28 juillet précédent. Cet arrêté était suivi d'un autre décret de Monestier (du Puy-de-Dôme), en date du 8 septembre, portant que ceux qui n'auraient pas satisfait aux prescriptions de cette loi avant le 10 août, seraient traités comme suspects.
Le 20 septembre 93, les défenseurs de la République cantonnés à Aseain, informèrent la Convention de la formation d'une Société patriotique, dans cette commune. La Société fut approuvée, le 26 du même mois, pir la Sociét populaire de Bayonne, qui décida que les statuts, imprimés à 2,000 exemplaires, seraient envoyés à d'autres sociétés populaires de la République.
Par un arrêté, eu date du 4 octobre, signé Pinet aîné, et adressé aux citoyens de Bayonne et de Saint-Esprit, les représentants du peuple près l'armée des Pyrénées occidentales ordonnèrent qu'en vertu de la loi du mois de septembre précédent, toutes les femmes porteraient la cocarde tricolore, sous peine de détention, à partir du dimanche six octobre, à midi.
Les membres de diverses administrations, effrayés ou retenus par leur conscience, s'abstenaient d'assister aux séances des délibérations. Un arrêté du 4 octobre, signé Dartigoevte, ordonna que tout membre d'une administration, qui, sans motif valable, aurait déserté deux séances consécutives, serait déclaré suspect.
Le 15 octobre, Pinet et Monestier (du Puy-de-Dôme), Garrau et Dartigoeyte portent un arrêté interdisant la circulation du numéraire.
Le 20 octobre, la Société populaire de St-Jean-de-Luz, par ordre de Pinet et Monestier (du P.-de-D.}, envoie une adresse aux défenseurs de la République à l'armée des Pyrénées occidentales. La même Société de St-Jean-de-Luz engage ses soldats à rechercher parmi eux les traîtres et à les livrer à la vindicte des lois. Le 19 novembre, délibérant sur le changement de nom à donner à la ville, elle adopte celui de Chauvin, « comme étant le nom d'un bon b.... de soldat, mort glorieusement pour la défense de la liberté ». Elle ajouta le nom de Dragon, corps auquel il appartenait, « pour distinguer le nom de ce bon patriote de celui de quelques coquins » (1).
(1) Arch. de la Mairie D. 4.
Le 20 octobre, Pinet, Monesticr (du P.-de-D., et Dartigoeyte adressent aux citoyens justiciables et aux juges du tribunal criminel, près le département des Basses- Pyrénées, une circulaire répondant négativement à deux questions posées aux représentants du peuple par les juges de ce tribunal : 1° Doit-il être accordé un défenseur officieux aux accusés des délits contrerévolutionnaires? 2° Dans le cas de la négative pour ces derniers, faut-il en donner aux affligés d'iufirmités physiques ou morales, qui les privent de l'usage de leurs /'acuités intellectuelles ? Mais une réponse affirmative est donnée à la question suivante : Si ces accusés sont condamnés aux fers, a la déportation ou à la réclusion , doivent-ils subir la peiue préalable de l'exposition eu place publique ? Pas besoin de commentaires.
Le même jour, Pinet prononce un discours à l'occasion d'une solennité funèbre, en l'honneur de Marat et de Pelletier qui eurent leurs fêtes dans la plupart de nos communes. « A Bayonne, nous dit Reynou , en parlant de l'apothéose de Marat, on fit une sorte de procession qui parcourut toute la ville. » A Saint-Pée-sur-Nivelle, où, nous disent les délibérations municipales, on était fidèle à célébrer les fêtes républicaines, celle de Marat ne fut pas oubliée. Le curé constitutionnel et deux autres prêtres y figurèrent avec grand appareil. Par délibération du 24 novembre 1793, cette commune prit Marat pour patron, afin de pouvoir désormais appeler la ville (?) du nom de Marat-sur-Nive.
Citons encore Saint-Jean-de-Luz, Ustaritz, Cambo, ltxassou, Larrcssore, qui méritent une mention particulière.
Le 30 novembre 93, dans la ci-devant égiise cathédrale de Bayonne, fut célébrée la fête de la Déesse Raison. Pinet, aîné, y prononça un discours, où il fit un parallèle entre l'ancien et lo nouveau culte et une apologie de ce dernier. Le discours fut lu, le 21 décembre suivant, à la société républicaine de Pau. Reynon décrivant cette fête dit : ■< Une demoiselle d'une famille notable de la ville, montée sur une hacquenée, représentait la Liberté, une pique à la main, la dague à côté, le bonnet rouge sur la tète; une très jolie herbière d'une taille avantageuse était costumée en Bellone. Mars était représenté par un beau jeune homme; un charriot à foin traînait douze jeunes filles, à moitié nues; quatre chenapans, l'Européen, l'Asiatique,. l'Africain et l'Américain
gambadaient ebacuu à sa façon; une foule de grigous faisaient dos grimaces, en toilette burlesque. » M. le capitaine Duvoisin, notre très regretté ami, dont la mémoire était si fidèle, nous a parlé de la fête de la Déesse Raison célébrée à Bayonne. 11 nous dit, comme le tenant des anciens, que, lors de la célébration de cette féto, « deux ou trois demoiselles d'une bonne famille (qu'il nous a nommée), parcoururent la cité, ne dérobant de leurs personnes aux regards du public, que l'absolu nécessaire. » A Hasparren, à la môme fête, les révolutionnaires do l'endroit promeuèrent sous le dais de l'église, une demoiselle dont nous pourrions encore nommer la famille. Cependant ni la population, ni ses représentants n'avaient pas des idées aussi avancées : on le verra plus tard. A Saint-Jeande-Luz, on promena dans les rues deux demoiselles d'une famille* connue également.
Par arrêté du 30 décembre porté par Pinet, Cavaignac et Mouestier (du P. de D.), en vertu du décret de la Convention daté du 24 du même mois, des réjouissances furent ordonnées pour la prise de Toulon : elles devaient avoir lieu à « Bayonne (style d'esclave), le Port de la Montagne (style français) ».
Le sensible Monestier (du P. de D), adresse à ses frères d'armes et aux citoyens républicains de la société républicaine et montagnarde ttAignoua (Ainboa) la proclamation suivante datée du Ti novembre 1*793, au camp de BelcAenia, (1) :
« Camarades, frères et amis, »
« Nous apprenons avec douleur, que rabattement d'une croix a semé quelques germes de division parmi vous, et laisse les opinions en équilibre. Je viens, f... vous parler en frère et vous mettre à la hauteur des principes. Pyron, le bon Pyroo, disait, un jour de vieux vendredi saint, on entendant ronfler le canon céleste, c. a. d. gronder le tonnerre, f..., voilà bien du fracas pour une b... d'omelette au lard : car il faut que vous sachiez, mes amis, que, du temps de Pyron, philosophe, il y avait dos capons et dos fanatiques, au moins comme aujourd'hui, et ce bon diable do Pyron s'avisait alors de se croire obligé de mourir de faim et de se faire mal à la santé pour manger en maigre ou on gras.
Eh bien ! f... mes amis, je prends de là mon thème et je vous
;i) Ce camp était sur le territoire d'Urrugue, aux limites de cette commune et de Ciboure.
dis : où diable avez-vous pris d'aller vous quereller pour uac croix debout, ou pour uue croix couchée, ou pour une croix cassée? Oh ! mes amis, n'ayons pas de haine enragée que contre les Espagnols, guerre à mort au roi catholique, à son inquisition et à ses coquins ou imbéciles satellites. Amitié, fraternité à tous les Français, catholiques, juifs, protestants, musulmans, pourvu qu'ils aiment et qu'ils défendent l'unité, l'indivisibilité de la République et l'égalité et la liberté. Sacrés philosophes d'hier, comment entendez-vous la liberté des cultes?... que chacun adore l'Etre suprême en esprit et en vérité, voilà le culte universel ; qu'aucun ne fasse à autrui ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fît, voilà la morale de tous lieux, de tous les temps, de tous les individus ; toute autre • doctrine, toute autre pratique n'est que charlatanerie des prêtres et superstition des fidèles; si la croix est à bas tant mieux, f..., tant mieux, s'il y a eu quelque légèreté en apparence de la c... ; ainsi, le mal n'est pas grand ; il y a eu aussi du courage de rompre une bandelette et un emmaillottement de plus; à tout hasard, le jour que le soldat ne se battait pas contre l'Espagnol, il fit bien de se battre contre le fanatisme ; si donc il résulte de cet événement, le moindre trouble daus l'armée, ou entre les soldats et les naturels du pays, nous requérons la société populaire d'Avignoua, de nous dénoncer ceux qui plaideraient pour la croix ou qui entretiendraient le fanatisme, sous quelque prétexte que ce fut. »
Par arrêté, du 25 janvier 1794, signé Pinet aîné et Cavaignac, les membres du comité de surveillance de Bayonne sont blâmés, pour avoir fait mettre en liberté les officiers municipaux de de Hasparren. L'arrêté suspend le comité, si lesdits officiers municipaux ne sont pas remis en arrestation dans les 24 heures. Hasparren n'était point pour les idées révolutionnaires. Cette localité fut, quelque temps, le refuge de plusieurs membres de diverses maisons religieuse du diocèse. Nous en parlerons dans l'article consacré à cette paroisse.
Le 21 janvier de la môme année, Pinet, aîné, porte un arrêté créant quatre comités de surveillance dans le district d'Ustarits, savoir: à Bayonne, Urt, Biarritz et Chauvin-Dragon (St-Jean-de-Luz). Le 31 du même mois, il porte un autre arrêté pour destituer le comité de surveillance de Bayonne, en nommer un nofiveau com-
posé des citoyens Montant 1 , jeune ; Mouchet, officier de santé ; Pandèle, interprète à l'état-major ; Jlundarraguc, fils, constructeur ; Destibaux; Dolhabaratz ; Dolhabaratz-Choiznéc ; Bouché, aubergiste ; Doyambéhèrc ; Sarrouille ; Dithurbide, secrétaire de la municipalité ; Danglade et Pages fils, jeune, de Chauvin-Dragon. Un abbé du nom de Pages, aumônier des Ursulincs de la même ville, prêta le serment civique le 6 février 1*791 . Marie Pages, de la même ville, fut condamnée à la détention par la commission militaire séante à Bayonne, le 10 avril 1794. Ces trois personnages quoique de conduite différente, étaient, croyons-nous, de la môme famille (1).
Par un arrêté du mois de février 94, adressé aux bons habitants des campagnes, aux ministres des différents cultes, qui sont encore parmi eux, Monesticr (du Puy-de-Dôme) engage ses concitoyens à se débarrasser des scrupules religieux des divers cultes et à employer les presbytères à faire des écoles. Pour en donner l'exemple, le même représentant du peuple, par une circulaire du 1 er mars 94, ordonne de transformer l'église St-Martiu de Pau en temple de la déesse Raison, de cesser l'exercice du culte public dans les églises de. Ste-Ursule, de l'Hôpital, des Orphelines et du Collège, de démolir les clochers, et règle l'organisation du culte de la déesse Raison. L'inauguration du cuite de la déesse Raison eut lieu le décadi, 10 mars 94. La fête fut organisée par le rénégat Monesticr. « On dressa, devant sa maison, un arc de triomphe, sous lequel passa le cortège allant à l'autel de la patrie. Là, le sensible Monesticr donna le baptême civique h un enfant nouveauné et le nomma Franklin. Les vertus civiques de ce grand citoyen firent le sujet du discours prononcé par Monesticr ; après lui, l'agent national de la commune de Couchez préconisa l'abjuration des préjugés religieux. On y prononça plusieurs autres discours. La Liberté était représentée par la citoyenne Gonnard, dont l'époux, employé dans les équipages des vivres, avait dressé le plan de la fête. De l'autel de la Patrie, le cortège se rendit au temple de la Raison, où plusieurs discours furent prononcés, des enfants récitèrent la Déclaration des droits de l'homme. La fête se termina par un bal donné aux sans-culottiers de Pau. Le citoyen Monesticr se mêla à la foule et dansa une partie de la nuit. »
(1) Arch. de la mairie de St-Jean-de-Luz. — Congrès scient, de France, à Pau, t. I. p. 470.
Le 20 mars, après un discours prononcé par le citoyen Lavielle, aîné, deDax, dans une séance de la Société populaire de Pau, « une foule immense de citoyens et de citoyennes entourant le sensible Monestier, se rendirent vers les quatre heures du soir à l'autel de la Patrie. Là, fut allumé un feu, vendeur de tous les outrages faits à la vérité et à la philosophie. Pendant plus de deux heures, les livres de religion partirent de tous les points de la foule, pour devenir la proie des flammes. Le feu brûla deux jours et deux nuits, tant l'abondauce des livres supertiticux était grande et les mensonges des prêtres coriaces et difficiles à brûler » (1).
Donnons maintenant les délibérations municipales de quelques localités. Nous avons dit plus haut que la fête de la déesse Raison fut célébrée à St-Jcan-de-Luz, en promenant dans les rues deux jeunes filles. La tradition les dit de la famille Pages. On sait que les églises de St-Jean-de-Luz et de Ciboure servirent d'hôpitaux militaires et do magasins de fourrages pour l'armée des Pyrénées occidentales. Elles furent affectées à cet usage , par arrêté du 14 décembre 1793. Le 22 du môme mois , le conseil municipal de St-Jean-de-Luz considérant que les images de St-Jean , de St-Louis, de la reine Jeanne etc., sont intolérables pour des hommes raisonnables, qui ont abattu la forêt des préjugés, décida que l'image de St-Jean serait reléguée à l'intérieur de l'église (elle était jusqu'alors à l'extérieur), que le manteau royal et les fleurs de lis seraient enlevés. Déjà, le 21 novembre 1793, le même conseil avait décidé que toutes marques extérieures de la religion seraient renversées. On ne devait plus sonner les cloches, que la veille de chaque décade, pour annoncer le jour du repos (2).
La municipalité de St-Pée-sur-Nivelle et le curé constitutionnel, à sa tête, furent admirables d'entrain soit pour fêter l'intrus Sanadon, lors de sa prétendue visite pastorale, soit pour obéir aux injonctions révolutionnaires. Les registres de la mairie en font foi.
A Larressore, la municipalité, par délibération du 13 novembre 1793, arrêta : 1° que trois de ses membres iraient demander au citoyen Sorhainde (le trop fameux Chaldun) de Cambo, une messe chantée dans l'église de cette paroisse *' à l'exemple de plusieurs
(Il Arch. de Pau. Congrès scient, de France, a Pau, 1873, t. IL, p. 'éf>r> à 47f> et pnssim.
(2) Nous avons beaucoup à dire sur cette ville. Nous en parlerons dans l'article consacré à la paroisse.
communes ", pour le jour de la fête civique eu l'honueur de Marat le restaurateur de la Liberté; 2° qu'à l'issue de la messe, tous les habitants, ayant le citoyen curé à leur tôt*\ se transporteraient sur la place ; 3° que tous les habitants seraient invités h porter leur dîner, pour, au milieu de la place, faire un repas égal et publie, en présence de l'Etre suprême, témoin et ami de la Liberté. Ce curé constitutionnel Chaldun était, paraît-il, très achalandé. Etant déjà engagé à Itxassou pour le même office, il accepta l'invitation de la municipalité de Larressore, pour le dimanche 24 novembre. Ce jour-là on devait porter un baril d'eau de la fontaine, près la borde d'Acotenca, " la plus pure des environs, pour boire à l'exemple des braves sans-culottes de Paris, l'eau de la régénération " (1).
Voici les délibérations de deux ou trois modestes communes du district de S'-Palais. « Le 18 décembre 1793, le conseil municipal de Lohitsun nomme ministre, pour le service du culte, suivant arrêté du représentant du peuple, le citoyen Pierre Sadissacq, père, lequel accepta de suite » sa charge. C'était un sacristain devenu « ministre ». — Le 24 novembre 1793, le conseil municipal d'Axoue « ordonne que, de suite et dans le moment môme, la bannière de l'église soit mise sous clef, en attendant qu'on supprime les fleurs de lys qu'elle contient (?j et qu'elles soient remplacées par d'autres fleurs républicaines, ainsi que les marques et signes de royalisme, qui sont à l'entouretsurleciel de l'église (?) ». — Le 27 novembre, le môme conseil fit verbaliser contre Martin d'Arxcneg-uy, qui, contrairement à la défense portée, s'était permis de faire sonner la cloche de l'église. Ledit Martin d'Arxeneguy était un ex-frère recollet, né à Etcharry, dans la maison de ce nom. En 1797, il faisait partie des membres qui procédèrent, à Etcharry, à l'élection du successeur de Sanadon. Le 20 mars 1798, il figura, dans la môme localité, à la fôte de la souveraineté du peuple; heureusement qu'il finit mieux. Il mourut à Arouc, le 5 octobre 1807, dans la soumission de l'Eglise.
Le 16 décembre, le môme conseil municipal donne « ordre que, de suite et dans le moment môme, sera publié, en tous endroits de la commune, au son du tambour, que les croix qui se trouvent dans la commune seront anéantis (sic) et que chaque particulier
(1) Arch. de la mairie de Larressore : note de M. l'abbé Dop, aujourd'hui curé d'itxassou.
devra les anéantir, chacun pour ce qui le regarde. ». Il s'ag-it ici des croix, que chaque famille, au pays basque, place sur sa tombe.
— Le 25 février 1794, « ordre 1° que, pendant le jour de décady prochain, les signes de royauté et de féodalité jusqu'aux plus petits, qui peuvent se trouver dans le corps de maison, jardin, parc et autres bâtisses, seront anéantis par chaque propriétaire (sic) ;
— 2° qu'à cet effet, ils seront de nouveau prévenus, que s'ils ne remplissent point ce devoir, délay passé, des commissaires pris dans le sein de la municipalité se transporteront dans toutes les maisons, pour en dresser procès-verbal ». — Deux jours après, « ordre d'après lequel les grillats (grilles) en fer, qui se trouvent aux
deux extrémités du cimetière, qui peuvent être bons à être
convertis en canons, avec une croix ou girouete que l'on a abattue du haut du clocher, seront enlevés.
Le 30 mars 1194 le même conseil arrête : 1° que les habitants de la commune, à la suides des membres de la municipalité, prendront possession de la ci-devant église , pour y établir le temple consacré à la Raison, où l'on célébrera désormais les décadis; — 2° que l'argenterie qui se trouve dans ladite église, sera portée sans délay au secrétariat du district, ainsi que les linges sacerdotaux. — Le lendemain même, le conseil se transporta dans la ci-devant église, aux tins de prendre possession d'icelle et procéder à l'inventaire de l'argenterie, qui s'y trouve, ainsi que des linges sacerdotaux. Aussi, « le 20 décembre, dix mareqs, quatre onces, trois gros d'argenterie de ladite église sont remis au district de Maiiléon ». Déjà les deux cloches de l'église avaient été envoyées à Mauléou, puis à Tarbes (1 ).
A Lohitzun, « le 28 avril 93, Pierre Berho, maire, Jacques Larrats , Arnaud Apesetehe , officiers municipaux , assistés de soldats et de gardes nationaux, visitent la maison de Bénédit, accusé de recéler des prêtres émigrés. On y trouve quatre soutanes, trois chenilles-habits, une aube, un surplis et un collet de prêtre. La maison Bénédit était habitée par Thérèze Laphitzondo-Noguez, tante de l'abbé Etchebarne , curé de Lohitzun-Oyercq , lequel émigra en Espagne. La tradition rapporte que la pauvre femme fut traiuée de force, à la place publique, pour baiser l'arbre de la
(Il Art-h. de la mairie ; notes de l'abbé Ithurry, ancien curé d'Arouc- Etcharry.
liberté. Ces exemples q étaient pas rares dans notre pays. De par les délibérations municipales, tous étaient tenus, prêtres et fidèles, d'aller, les uns bénir, les autres baiser l'arbre de la liberté, çt de danser la carmagnole, etc. ^
Le 14 septembre 94, < la municipalité d'Etcharry arrette : 1° qu'elle ne permettra point que personue touche la cloche, que pour marquer les assemblées communales pour la célébration des jours des décades et autres fêtes nationaux (sic) ainsi que pour les incendies ; 2° que celui qui contreviendra sera dénoncé à l'administration du district pour être puni suivant les lois (1).
Nous pourrions multiplier ces extraits des délibérations municipales. Mais, outre que cela nous mènerait trop loin, ce que nous venons de citer suffit à donner une idée de la situation de notre pays. Aussi bien, arrivé au point où nousen sommes, il nous faudrait parler de ce terrible arrêté du 3 mars 1794, qui fit verser des torrents de larmes et de sang*. Nous voulons parler de la commission extraordinaire instituée par Pinet, à Bayonne, et de ses victimes, à commencer par les internés de Sare et des communes voisines. Nous renvoyons cet exposé aux articles consacrés aux paroisses.
Il serait non moins intéressant de faire connaître les membres de ces sociétés populaires , patriotiques , républicaines , et des comités révolutionnaires , etc. , les noms de quelques agents nationaux , municipaux , accusateurs ou dénonciateurs de nos communes ; d'établir leur part de responsabilité dans l'œuvre des crocodiles (2) de la capitale et de nos pays. Mais, même après un siècle écoulé, ce serait, nous le craignons, blesser de légitimes susceptibilités et tel ne saurait être notre but. Nous exposerons donc l'attitude de nos populations chrétiennes, celle de nos confesseurs de la foi en face des lois, décrets et arrêtés de la Révolution.
ATTITUDE DE NOS POPULATIONS CHRÉTIENNES. — LOS BasqUCS SOIlt
patriotes dans le vrai et bon sens du mot. Kxpliquons-nous. Pour beaucoup de gens, la patrie c'est l'Etat, et l'Etat c'est le parti au pouvoir, le parti qui, ayant le dessus, traite en ennemi le parti
(1) Regist. de la mairie ; notes a"e l'abbé Ithurry.
(2) Expression de M. Taine, citée plus haut.
vaincu; en un mot, l'Etat pour eux, c'est le parti delà proscription et do la haine. Cela n'est pas la patrie. « Ce ne sont ni les murs, ni les Immines qui font \n patrie; ce sont les lois, les mœurs, le gouvernement, la constitution, la manière d'être qui résulte de tout cela»{l). Pairie vient du mot latin palria, de pater père. La patrie, c'est terr i patria, c'est-à-dire la terre des aïeux, avec les traditions de langue, de mœurs, de gouvernement et de religion , des ancêtres, avec la solidarité, la fraternité qui découle de cette communauté d'origine. Pour les Basques surtout, c'est la terre des aïeux, le double héritage du sol et de la foi. Conquérants du sol, — refoulés, il est vrai, à la fin derrière leurs montagnes, — ils le défendirent contre les légions romaines et les barbares du Nord. Convertis à la foi, l'histoire nous les représente luttant pour elle, en Orient, à côté de Thibaut II, roi de Navarre ; en Espagne, contre les Sarrazins ou les Maures. Au xvi° siècle, à l'époque de la Réforme, nous les voyons lutter avec acharnement pour défendre leur foi, à suite des principaux seigneurs du pays, les de Luxe, les d'Echaux, les d'Armendaritz, les Domezains, les d'Aroue, etc.
Au xviii 0 siècle, le jansénisme, condamné par la bulle Unigenitus, cherche encore à égarer les consciences. Au pays, malgré l'exemple de Mgr Druillet, évèque de Bayonne, malgré la défection de Haramboure, son vicaire général, et celle du chanoine de Larralde, les Basques ayant à leur tête le clergé basque, acceptent la bulle pontificale, sans la moindre hésitation.
Un curé labourdin jeta le cri d'alarme par une lettre circulaire adressée aux curés du diocèse. Après avoir annoncé, entre autres choses, la réfutation du mandement de son évèque, il y concluait en disant : Or/toit gaitecen esçualdunac garela, erran nahi dut Catholico onac. (Rappelons-nous que nous sommes Basques, je veux dire bons catholiques) [2). Et ces paroles, cette profession de foi sont répétées par tous les échos de nos montagnes. Oui, nous le répétons, pour les Basques, la patrie est laterre des aïeux, le double héritage du sol et de la foi. Plaise au Ciel qu'ils ne varient jamnis !
La Révolution, pour les Basques, nous ne craignons pas de le, dire, plus que pour tout autre peuple, était Y antichristianisme,
II) J.-.ï. Rousseau, Lettre à Pictet ;, rorresp. t. vi, p. 01. \ï\ Nous avons donné cette lettre dans les Etudes.
V anti-patriotisme. Destructrice de toutes leurs traditions de religion, do mœurs, de lois, us et coutumes, on un mot, de toutes leurs libertés do religion et do politique, pouvait-elle obtenir le;irs synipathies? Loin de là. Des le début, ello éveilla lour défiance qui, bientôt se changea en animosité, en haine déclarée. Opposes à l'envoi de leurs députés aux Etats-Généraux, les Basques en masse s'élevèrent contre la constitution, les lois révolutionnaires, voire même contre ceux de leurs prêtres, — heureusement bien rares — qui apostasièrent la foi de leurs ancêtres.
Aux brochures et écrits captieux répandus dans le pays, pour établir que l'Eglise était subordonnée à l'Etat, etc., ils répondirent en accourant aux prières et neuvaines faites dans les églises. Ils protestèrent contre les lois et les décrets destructifs de l'autonomie de leur pays, contre la nomination des faux évéquos et des curés assermentés. Ils ne se laissèrent ni séduire par leurs écrits ou paroles, ni intimider par l'appareil militaire, avec lequel ils se rirent installer dans leurs prétendues paroisses. Tout au contraire, ils persiflèrent, chansonnèreut et lapidèrent leurs faux pasteurs. Dans quelques paroisses, comme à Itxassou, à Mouguerro, etc., on les pendit, en effigie, aux portes de leurs églises; dans d'autres, comme à Mendionde, à Maccaye, on les inscrivit sur la liste des hommes appelés sous les armes. Ailleurs, comme à Barcus, on les promena de force on place publique, sur des baudets. Nous donnerons de ces exemples en parcourant nos paroisses. Mais ce fut dans les élections que les Basques firent preuve de sagesse, soit en nommant leurs curés et les prêtres fidèles, présidents de leurs assemblées primaires, soit on écartant des conseils municipaux les hommes de désordre et à idées avancées.
Malgré les tracasseries et dénonciations des prêtres assermentés, tespztrioles, et des gens à nuance révolutionnaire, au mois de mars 1792, il y avait encore bon nombre de prêtres fidèles dans nos pays. Nous avons dit plus haut que les fidèles en profitèrent pour accomplir leur devoir pascal. Jusqu'à cette époque, nos confesseurs de la foi avaient été tolérés et même ètayès par les officiers municipaux, nous disent les rapports adressés au Directoire de Pau. Mais à partir de ce moment, la situation devint critique. Nos inaires désespérant de concilier les fonctions de leur charge avec les devoirs d'un honnête homme, commencèrent à démissionner. Quelques-uns préférèrent se faire révoquer, sauf à être réintégrés,
par suite des protestations des conseillers municipaux, ou réélus par les suffrages de leurs concitoyens. Mais la situation dVs prêtres insermentés ne changeait pas pour cela. Accusés d'être cq relation avec les évêques réfugiés en Espagne ou leurs représentants, d'accorder des dispenses ecclésiastiques aux: fidèles, ou de les détourner de toute communication avec les apostats, ils étaient dénoncés comme perturbateurs de l'ordre public. Les archives départementales et municipales abondent en dénonciation s de cette sorte et en jugements rendus.
Les élections du mois de septembre 1792 aggravèrent la situation , en introduisant dans nos municipalités des hommes que par dérision on appelait sans-culottes ; toutefois il y restait encore de puissants éléments conservateurs. On voit des corps municipaux, par exemple à Itxassou, etc., voter des fonds pour les réparations de l'église, ou demander des prêtres fidèles aux directoires des districts. Mais, dès le mois de février et surtout à partir de mars Ï793, les sociétés populaires s'emparèrent du pouvoir. Pour comble, la Convention envoya dans les provinces des commissaires investis de pouvoirs dictatoriaux ; et l'on vit ces législateurs se répandre de tout côté pour appeler la France « à l'enthousiasme des forfaits ». « J'ai envoyé des commissaires, disait Garât dans son discours du 2 août, pour faire prospérer l'acte constitutionnel » (1).
Dès lors, sous l'intimidation de ces commissaires, pris exclusivement dans les rangs des jacobins ou des sociétés populaires, les assemblées primaires et leurs délégués ne furent que des instruments du gouvernement, des suppôts de dictature.
Dès le mois de décembre 1790. quelques-unes de nos municipalités, sur les ordres reçus des directoires, avaient fait l'inventaire des meubles, effets, croix, vases sacrés en or et en argent employés au service du culte ; il y en eut même qui les adressèrent aux chefs-lieux des districts; il en fut ainsi pour la vente des biens ecclésiastiques et établissements religieux. Mais la plupart, se contentant d'inscrire dans leurs délibérations les décrets et arrêtés relatifs à ces ventes, retardèrent le plus possible leur exécution.
Il y en eut qui éludèrent l'exécution du décret du 25 novembre 1792 ordonnant à nouveau la vente de ces biens. A S'-Jean-dc-Luz, ville où, après la commune de Saint-Pée, l'esprit révolutionnaire
(1) Moniteur XXI v, p. 89.
pénétra le plus au Pays Basque, ce ne fut que le 20 avril 1793, que le corps municipal « statua (pie la grande cloche de l'église serait descendue pour être employée d'une façon plus profitable à la commune »; et ce ne fut pns, croyons-nous, la plus grande qu'on descendit le 9 juillet suivant, mais une de moindre dimension, comme à Ciboure. Dans les deux communes, on g-arda les deux belle§ cloches (1). Ou fit de même dans la plupart de nos paroisses.
Au commencement de l'année 1793, nos pays étaient donc en retard pour l'exécution de divers décrets et lois do la Convention ot de quelques arrêtés du Directoire départemental. C'est à peine si le calendrier républicain y était connu. Les villes et les localités conservaient en général les anciennes dénominations; les croix, du moins celles de procession , s'élevaient encore dans nos cimetières (2). Dans certaines paroisses, les fidèles, sur l'invitation des plus fervents d'entre eux , se réunissaient , le jour de dimanche , à l'ég'lise, pour y prier et y chanter quelques parties des offices. A Ayherre, canton de Labastide-Clairence, c'est Jean Elissag'ue, sieur de la maison d'Errenyetegia, aïeul de M. le curé doyen actuel de Saint-Jean-de-Luz, qui présidait ces offices dans l'ég'lise paroissiale. De là lui vint le nom d'ApAez-àa/idia (grand prêtre), qu'il conserva jusqu'à sa mort. A Irissarry, dans le canton d'Iholdy, cet honneur était dévolu à M. Diriart , maitre de la maison d'Apheztegruy et grand-père de M. Diriart, notaire, à Saint-Palais.
Mais, depuis le mois de mars 1793 et surtout après l'arrivée des représentants du peuple, les événements s'ag-graverent. La Révolution, jalouse d'achever son œuvre antichrétienne, voulut réparer le temps perdu. Il fallut exécuter les lois, décrets et arrêtés, édités,
H) Celle de Ciboure est de l'année 1754 : elle a i m 40 de diamètre et celle de St-Jean-de-Luz 1» 45 ; le poids de chacune est d'une trentaine de quintaux environ. Dans les églises de ces doux paroisses, on admire deux superbes grilles, échappées à la Révolution.
(?) Nous distinguons, ici, les grandes croix de procession placées au cimetière, de celles que chaque famille a l'habitude d'élever sur sa tombe, car chaque maison a la sienne. Le lieu de sépulture, ainsi que l'emplacement de chaque famille, à l'église, étaient stipulés dans l'acte de l'aliénation de la maison jusqu'à la Révolution. 11 nous reste encore quelque chose de cet usage. — Dans nos paroisses où les cimetières sont encore conservés autour des églises, du 3 mai au 14 septembre, chaque dimanche avant la grand'messe, il est d'usage de faire la procession autour de l'église, et du pied de la grande croix, dite de procession, de bénir l'air. Cet antique usage a été approuvé par le Souverain Pontife.
en faisant disparaître tout emblème religieux , tout signe de royauté et de féodalité. On se mit donc à vendre les biens ecclésiastiques et religieux, à brûler ou à transporter aux chefslieux des districts les effets, meubles, ornements d'église, etc. , à, marteler les armoiries, à abattre les grandes croix des cimetières, ou comme disent les Basques, pays des morts (hil-herriak). Celles que chaque famille possédait sur sa terre de sépulture ou son ossuaire, furent brisées ou enfouies sous terre, pour être remplacées par des espèces de disques ou pierres plates et circulaires sur lesquelles, sous le dessin d'une couronne de guirlandes de fleurs, on dissimulait la forme d'une croix. Faire le signe de croix, exprimer un regret du passé, observer le saint jour de dimanche, en s'abstenant seulement des œuvres serviles, ne pas se rendre aux décades, etc., étaient autant de crimes prévus et punis par la loi. En un mot ce fut le régime de la Terreur !
Que d'angoisses, que de larmes, que de sang 1 mais aussi que de traits de foi et de fidélité chrétiennes, dignes des premiers siècles de l'Eglise, de la part de nos populations. Ici, on se dévoue jusqu'au martyre pour sauver quelques vases sacrés, et les beaux rétables de nos églises (1). Là, on s'expose à la prison, à la guillotine pour cacher, le jour, et accompagner, la nuit, les prêtres fidèles restés au pays. Ailleurs; avec les mêmes périls, on affronte la rage de toutes ces sociétés patriotiques ou populaires, la jalousie et les dénonciations des agents nationaux, municipaux, etc.
Prêtres assermentés. — Ils furent peu nombreux parce que le clergé basque formé, en grande partie, par le saint fondateur du Séminaire de Larressore, se composait d'excellents ecclésiastiques et que la Révolution n'entraîna que ceux qui déjà étaient perdus. La Révolution 1rs exalta au début. L'Etat, qui avait des faveurs pour les filles-mères, ne pouvait être sans complaisance pour les prêtres apostats. 11 avait ouvert des registres pour y recevoir la renonciation des prêtres à leur sacerdoce, à l'exercice de leurs fonctions. Il avait -établi des peines les plus sévères, non seulement pour l'officier public, qui se serait déclaré incompétent pour les
il) C'est bien à tort, selon nous, que de nos jours, on tend à remplacer ces magnifiques rétables en bois dorés, par des autels de marbre o i de pierre, se détachant à peine de quelques peintures murales de l'abside.
mariages dos prêtres, mais encore pour les évoques, qui se seraient opposés à ces mariages. Le prêtre marié était exempté do prêter sonnent à la constitution civile du clergé. Qui avait trahi ses vœux sacerdotaux était réputé bon citoyen. Les évêques constitutionnels, et de ce nombre furent ceux des Basses-Pvrénées et des Landes, voulant augmenter le nombre de leurs prêtres, ne se montrèrent difficiles, ni sur le choix des sujets, ni sur la collation des ordres. Mais ce n'était pas tout que d'ordonner des moines transfuges de leurs maisons et diocèses, de mauvais chantres, de vrais cuistres sachant à peine balbutier quelques mots latins, il fallait les faire agréer par les populations. L'Etat les protégea et leur fraya, un moment, le chemin pour courir aux cures et aux bénéfices les plus lucratifs. Mais bientôt délaissés par lui, honnis et maudits par les fidèles, ils coururent d'abîme en abîme. II ne leur resta qu'à chercher un morceau de pain dans quelques emplois de mairie, de justice de paix, de police révolutionnaire, de l'armée des Pyrénées occidentales. On en vit qui, pour ne pas mourir de faim, se firent charretiers, muletiers, etc. — Puissent-ils avoir demandé et obtenu, à leur mort, la grâce du repentir et la miséricorde de Dieu, qu'ils avaient à ce point déshonoré, durant leur vie !
Attitude des confesseurs de la foi. — Antre fut l'attitude et le sort de nos prêtres confesseurs de la foi. « L'inébranlable attachement des populations du diocèse de Bayonne, dit l'auteur de la Vie de M. Laguorre (1), à l'Eglise et à leurs pasteurs légitimes n'était plus un fait sur lequel, il fut possible de se faire illusion. Partout les prêtres assermentés étaient l'objet de la réprobation publique ; ils étaient sans cesse exposés aux affronts et à toutes sortes d'avanie: on ne voulait point être marié par eux, ni que le baptême fût administré par eux aux enfants ; il y eut plusieurs familles qui gardèrent plusieurs jours les cadavres sans sépulture, plutôt que de consentir à laisser faire les cérémonies de l'enterrement par des intrus. Plusieurs municipalités ne craignirent pas d'user de leur autorité pour que les offices fussent célébrés par leurs curés et vicaires légitimes: il y eu eut qui adressèrent des pétitions à l'Assemblée Natio mile, pour obtenir leur maintien ; d'autres allè-
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ront jusqu'à protester d'avance contre l'élection, qui pourrait être faite, d'un curé constitutionnel. »
Ni la constante fermeté des prêtres fidèles, ni les préférences qu'ils trouvaient auprès du public n'accommodaient les agents révolutionnaires du pays. Ils exhalèrent leur rageuse humeur dans un rapport fait par le procureur syndic dans une de leurs réunions, 2e 1 er février 1791. « Non contents de publier leurs opinions erronnées, y est-il dit, les ecclésiastiques ont formé une coalition scandaleuse, et l'on parviendra sans doute à découvrir les coupables auteurs. Les malveillants, pour égarer plus sûrement les âmes faibles et timides, les consciences craintives, répandent, parmi nous, ce prétendu bref du Pape, ouvrage séditieux, incendiaire, qui ne peut être l'ouvrage du chef visible de l'Eglise, et qui serait condamnable encore, d'après les libertés de l'Eglise gallicane et les vrais principes de notre sainte religion, quand il aurait eu la faiblesse, l'imprudence de le souscrire ; ce que nous sommes loin de croire... ». Dhiriart (1), auteur de ces lignes, dénonçait à ses collègues, surtout les religieuses qui colportaient et distribuaient ce « prétendu bref ». Aussi dut-il être fier quand le Directoire départemental porta, le 10 mars delà même année, un arrêté interdisant aux religieux et religieuses l'habit de leurs Ordres. Déjà la municipalité de Bayonne avait reçu les instructions les plus sévères, pour faire les recherches les plus minutieuses contre les communautés religieuses de la ville. Les ordres qu'elle avait reçus contre l'auteur et les propagateurs d'un petit catéchisme en basque et en français, « cet imprimé incendiaire », publié, à Dax, ne furent pas moins pressants.
Le môme sentiment de rage porta le Directoire d'Ustaritz à faire le rapport suivant à celui du département, le 14 octobre 1791. Nous le copions, malgré sa longueur, parce qu'il dépeint l'attitude de nos confesseurs de la foi et de nos populations, en face de la révolution : « 14 octobre 1791. Le Directoire du district arrête de représenter au Directoire du département :
« 1° Que déjà, à plusieurs reprises, il lui a fait connaître le désordre que les prêtres non conformistes ou réfractaires excitent dans le district, sous le faux prétexte de la religion.
Il) Dhiriart était président du Directoire d'Ustaritz. En 1790, il avait pour collègues, Dibarrart, vice-président; Dithurbide, secrétaire, d'Aguerressar.
« 2° Que sur 43 curés, dont le district était composé (?), il n'y a que trois curés seulement qui se soient conformés à la loi et que, sur un plus grand nombre de vicaires encore, il n'y en a que 7 à 8, qui aient prêté le serment, de sorte que, sur environ 4H0 ecclésiastiques fonctionnaires publics et autres qui existent dans ce district, il n'y en a que 26 qui soient conformistes.
« 3° Que tous les autres, en général et à quelques petites exceptions près, prêchent la discorde, la rébellion, le schisme, l'hérésie et l'excommunication.
« 4° Qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de convaincre ces perturbateurs du repos public, de tout le désordre qu'ils cherchent à fomenter, parce que craignant les suites d'une rébellion ouverte, ce n'est que dans le sacrement la pénitence (lisez en confession) et dans le secret qu'ils secouent les torches du fanatisme; mais qu'il n'en est pas moins vrai que, sous les faux prétextes de la religion, ils ont adroitement jeté les plus vives alarmes dans les esprits et éloigné un grand nombre de citoyens de l'amour qu'ils devaient avoir et qu'ils auraient certainement eu pour la nouvelle constitution.
« 5° Que, dans l'impossibilité où serait le district de prendre des informations nouvelles, en assez peu de temps, pour le transmettre au Directoire du département pour le moment opportun ; que, dans la crainte que ces informations ne pourraient pas se faire dans ce moment sans exciter quelques mouvements, il va narrer à l'administration supérieure les faits qu'il a recueillis et qu'elle (l'administration supérieure) jugera facilement par cet exposé, que les exemples, qui se manifestent dans certaines paroisses où il existe des fonctionnaires publics assermentés, sont un sûr garant de ce qui existerait dans les autres, si les mesures les plus fermes ne portent obstacle à l'explosion que les malveillants méditent.
« A C'Jnure, où il existe un fonctionnaire public assermenté, le ci-devant curé et ses vicaires ont tellement induit le peuple en erreur, que. personne n'assiste au service divin du fonctionnaire public assermenté et que tous les paroissiens courent en foule aux oratoires des chapelles particulières, où ces prêtres non-conformistes célèbrent leurs inesses; que des personnes par leur éducation sont au-dessus des préjugés et même jusqu'aux personnes du peuple les engagent à aller célébrer les mariages en Espagne et qu'ainsi, pat un désordre affreux, ils ôtent aux êtres innocents, qui naîtront
de ces mariages, le pouvoir de constater leur état civil ; que tous les enfants nouveaux-nés sont remportés hors la paroisse et dans celles, où les fonctionnaires publics ne sont pas remplacés, pour y être baptisés; que le maire de cette même paroisse n'a jamais daigné donner l'exemple d'assister aux offices divins célébrés par le fonctionnaire public assermenté; que les cadavres sont restés plusieurs jours dans les maisons pour ne vouloir pas s'assujetir (?) à se servir du fonctionnaire public ecclésiastique pour les enterrements; que, dans plusieurs de ces enterrements presque forcés, il y a eu du trouble et des mouvements séditieux, que, hier, enfin, dans cette même paroisse, où se faisait un enterrement par le fonctionnaire assermenté, accompagné d'un fonctionnaire également assermenté, à St-Jean-de-Luz, les femmes en grand nombre se sont soulevées contre les fonctionnaires publics conformistes de S'-Jeande-Luz; que le tocsin a été sonné, à trois reprises différentes, et qu'un officier municipal a eu l'imprudence d'aller interrompre les fonctionnaires publics ecclésiastiques pendant qu'ils célébraient les obsèques, ainsi qu'il est constaté par le procès- verbal, qui nous a été adressé et qui sera le sujet d'un autre arrêté , que nous adresserons au Directoire du département, avec le présent procèsverbal d'observations.
« A St-Jean-de-Luz, lors de l'enterrement du père d'un vicaire non-assermenté remplacé, on n'a pas voulu permettre dans cette maison que le fonctionnaire public assermenté y allât chercher le cadavre et que, tandis qu'on le portait à l'église, plusieurs femmes excitées sans doute par ce ci-devant curé, s'étaient portées à des mouvements et à des propos si insoutenables que la municipalité fut obligée de les faire mettre en prison. Il faut observer ici que ni la scène scandaleuse qui s'est passée, hier, à Ciboure, ni celles qui ont eu lieu précédemment dans la même paroisse et à St-Jean-de-Luz, n'auraient pas existé si, contre notre vû (vœu) formel consigné dans les lettres adressées au sieur Duchillau et dont nous avons envoyé des copies au département, ce commandant n'eût pas retiré le détachement du 80° régiment, qui, à notre réquisition avait été envoyé à St-Jean-de-Luz, pour maintenir la paix et la tranquillité dans cette ville et particulièrement à Ciboure, qui l'avoisine, lors de l'établissement du fonctionnaire provisoire dans ces municipalités.
« A Hendaye, non contents do prêcher contre la constitution, les ci-devants curé et vicaire d> cette paroisse, provisoirement remplacés à la demande de la municipalité, afin de faire cesser par ce moyen les troubles qui existaient dans cette paroisse, ont volé l'Eglise en enlevant des vases d'argent et des ornements, que le patriotisme, peut-être, outre... d'un détachement du 80° régiment les (sic) a fait restituer, à peu près dans le même temps que le ci-devant eviré déclarait, par écrit, qu'il n'avait rien emporté de l'église.
« Que les troubles survenus, à Sare, et la délibération par laquelle il avait été défendu aux électeurs d'assister aux assemblées électorales, pour la nomination des fonctionnaires publics ecclésiastiques, et par laquelle on protestait contre la constitution civile du clergé, il n'était dù qu'au fanatisme des prêtres de cette paroisse, ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre, par les procès-verbaux des commissaires, qui y furent envoyés, lesquels procès-verbaux sont au département.
« A Souraide, au passage du sieur Villevielle, ci-devant évôque de Bayonnc, deux officiers municipaux alors existants, après avoir accompagné ledit sieur Villevielle, qui fuyait en Espagne, le curé du lieu étant avec eux et sans doute à leur instigation, donnèrent tous leur démission; que la semaine dernière encore dans la même paroisse, le même curé a refusé de conférer le baptême à un enfant, parce qu'il était présenté aux fonts baptismaux par le sieur Doiharçabal, prêtre assermenté, oncle maternel de l'enfant, que ce refus a été fait en injuriant l'évêque constitutionnel et parce que ce prêtre assermenté n'était pas muui d'une dispense du sieur de Villevielle, ancien évèque, de sorte qu'au risque de faire périr cet enfant sans recevoir le sacrement de baptême, on a été forcé de le transporter à deux lieues au loin et dans une paroisse où il existe des prêtres non conformistes pour le faire baptiser ; que ce refus de sacrement a été dénoncé à l'accusateur public.
« A Ainhoa, à Larressore et à Carnbo, la rétractation du serment faite par les fonctionnaires publics ecclésiastiques, a porté le plus grand coup à la constitution et a animé le peuple contre le nouvel ordre des choses ; qu'un mariage, qui devait se célébrer, à St-Pée, où tous les fonctionnaires publics sont conformistes, entre une fille domiciliée dans cette municipalité et un jeune homme d'Aiuhoa, n'a pas été fait dans la municipalité de St-Pée, parce que les prêtres non conformistes se plaisent à répondre, que les mariages
célébrés par les confor mistes sont autant de concubinages, et qu'à raison de cette erreur, qu'on se sera bien gardé de motiver, il est prétendu qu'on a demandé et obtenu du tribunal un ordre au curé de St-Pée de délivrer le certificat de la publication des bans, pour aller célébrer le mariage à Ainhoa, contre l'usage immémorial où l'on était dans le district de célébrer les mariages dans la paroisse du domicile de la fille, surtout lorsque les époux devaient habiter, comme dans cette circonstance, au domicile de l'épouse.
« A Espelette, les ofices divins, célébrés par un prêtre assermenté sont déserts et la conduite d'un prêtre non conformiste y a été tellement scandaleuse que le tribunal s'est vu contraint de le décréter de prise de corps.
« A Itsassou, on menace, dit-on, de venir violenter l'assemblée électorale ; à Ustaritz, de ne recevoir aucun prêtre assermenté et nous avons été certifiés que des prêtres de cette même paroisse, où il n'y en a aucun de conformiste, ont dit à une femme dont le frère est comme désigné pour cette cure qu'il était païen, qu'il brûlerait vif dans les en/ers et que jamais on ne le recevrait dans la paroisse.
« A Hasparren, un principal bourg du district, il est prétendu qu'une délibération a été adressée à l'assemblée nationale, pour demander la conservation des prêtres non conformistes.
« A Arcangues, la malignité du curé et du vicaire non conformistes ont (sic) été poussées (sic) au point de vouloir faire accroire au peuple, aux prônes de la messe paroissiale, que les droits de sortie imposés sur le bétail, par le tarif des douanes nationales, étaient un impôt mis sur chaque tête de bétail, que le cultivateur employait pour ses labours.
« A Ville [ranque, le curé déjà dénoncé pour avoir mal parlé contre la constitution et les corps administratifs, a eu assez d'ascendant dans sa paroisse pour engager quelques habitants à lui payer la dîme.
« A Mouguerre, le curé, dont le département a cru devoir adopter le serment, ne veut lire aucun des arrêtés des corps administratifs supérieurs ; il a refusé notamment, le 19 juin dernier, de lire la lettre pastorale de l'évèque, de chanter le Te Deum, et de faire les autres prières ordonnées par le Prélat, pour la conservation des récoltes. Dimanche dernier encore, il a refusé aux officiers municipaux de publier la constitution et de faire des prières, qui ont été ordonnées pour en rendre grâce à l'Etre Suprême, ainsi qu'il en conste par des procès-verbaux envoyés au Département.
« A Bardos, le ci-devant curé, suspendu de ses fonctions ecclésiastiques publiques par un arrêté du Directoire du Département et décrété de prise de corps parle tribunal, a encore solennellement officié dans sa paroisse à la vue et avec l'assistance des officiers municipaux, les deux derniers dimanches.
« A Urt, où le curé a prêté le serment, le vicaire non assermenté, qu'on a été obligé de renvoyer parce qu'il n'assistait pas aux cérémonies publiques, et que par cet exemple il éloignait beaucoup d'habitants d'y assister aussi, a formé un parti dont il se prévaut pour rester dans cette paroisse.
« A Ustaritz, chef-lieu du district, les esprits sont tellement montés contre le remplacement des prêtres, que l'un des deux officiers municipaux, qui se trouvait hier au Directoire, nous a exprimé le désir qu'il aurait de voir qiie l'assemblée électorale se tint ailleurs qu'à Ustaritz, et que parlant avec lui de la nécessité où serait la municipalité d'avoir des prêtres pour célébrer la mes se qui doit précéder l'ouverture de l'assemblée électorale , il nous a dit qu'aucun des fonctionnaires publics de cette municipalité n'ayant prêté le serment, il n'en trouverait pas pour célébrer cette messe ; sur quoi lui ayant représenté qu'alors ils devraient en chercher ailleurs pour exécuter la loi sur cet objet, il nous répondit qu'à son avis, toute la municipalité ferait mieux de donner sa démission que de se charger d'une pareille mission ; que la démission de l'état-major de la garde nationale de cette municipalité, annoncée par lettre du sieur Loupy, est un fait certain; qu'il court enfin un bruit généralement répandu qu'il existe un mémoire fait par un particulier de cette municipalité et que l'on fait signer aux ha bitants pour demander à l'Assemblée électorale qu'elle ne procède point au remplacement des fonctionnaires publics ecclésiastiques.
« Enfin partout et dans toutes les municipalités, les prêtres non conformistes et réfractaires se plaisent à répandre et à persuader au peuple, que la nouvelle Constitution ne peut pas se soutenir, que la contre-révolution est prochaine, et c'est peut-être aussi la cause de tous les retards que nous éprouvons pour l'assiette et le payement de nos impositions.
« Toutes ces considérations font hésiter les électeurs patriotes à se rendre à Ustaritz, pour l'assemblée électorale dans la crainte de n'y être ni libres ni en sûreté ; et il est plus qu'apparent que ces craintes retiendront beaucoup d'électeurs. C'est en vain que pour
obvicr à tous les inconvénients, on prendrait le parti d'éloigner les élections ; cette mesure nous paraîtrait dangereuse para» que, d'un côté, les malveillants se prévaudraient de ce retard pour persuader au peuple que le remplacement n'aura jamais lieu, que les nouvelles institutions tomberont de même s'ils opposent de la résistance et que, de l'autre, le peuple ne serait jamais instruit des lois nouvelles, que des prêtres non conformistes ne leur lisent jamais au prône, nous ne croyons pas non plus, que l'envoi des troupes au chef-lieu du district, pendant la tenue des assemblées électorales fut une mesure propre à calmer les esprits. Nous croyons, au contraire, que cette démarche les aigrirait encore davantage, et que ce serait un prétexte de plus, pour les malveillants, de tenir le peuple en erreur, en lui persuadant qu'aucune opération de l'assemblée électorale n'a été libre ni volontaire.
« Quel parti donc prendre, dans les circonstances actuelles ? La crise est difficile ; mais le moyen d'y arriver serait : 1° de faire tenir, s'il est possible, l'assemblée électorale à Bayonne ; 2° de renvoyer de leurs paroisses, à quinze lieues dans l'extérieur, tous les prêtres non assermentés du district, dès le lendemain de la nomination des nouveaux fonctionnaires publics, afin que les non conformistes n'excitent point le peuple à s'élever contre les nouveaux élus ; 3° de sévir avec force contre la moindre sédition, qui pourrait s'élever à ce sujet dans les différentes municipalités du district et de rendre les officiers municipaux responsables de tous les troubles qui pourraient survenir, si, dans le même moment, ils ne dissipent toutes les émeutes, ou si, dans l'impossibilité de le faire, ils ne demandent la force publiquo. » — Dans le même rapport, suivent la scène scandaleuse de Ciboure et les conclusions qu'elle inspire au Directoire.
« Lecture faite de la lettre écrite par le sieur Fonrouge, prêtre assermenté, desservant provisoirement (1) la paroisse de St-Jeande-Luz et par extension celle de Ciboure, à M. le Procureur, syndic du district, en date du jour d'hier, ainsi que du procès-verbal de dénonciation, qui accompagnait la dite lettre, dont voici la teneur.
« Monsieur, je vous prie de remettre à l'accusateur public le procès-verbal, que j'ai l'honneur de vous adresser et de lui recommander de faire suite au plus tôt de cette affaire. Le procès-verbal
il) Il était en fonctions depuis le commencement du mois de juin 1791, il devait les cesser le 15 novembre 1792.
que vous lirez, si vous voulez, avant de le remettre, ne contient pas toutes les horreurs qui ont eu lieu à Ciboure, à l'occasion de l'enterrement du pore Ilalsouet, parce que je n'ai pas eu le temps de les rédiger, comme il faut, ni d'y mettre toutes les circonstances ; vous en serez plus instruit, qnand vous viendrez à St-Jean-de-Luz. Je suis, Monsieur, avec le respect, votre très humble, etc.
« St-Jcan-de-Luz, ce 13 octobre 1791 . Aujourd'hui 13 octobre 1791 , nous Fonrouge, prêtre fonctionnaire public de la ville de St-Jeande-Luz, accompagné de plusieurs citoyens de la même ville, avons été, à Ciboure, pour assister à la cérémonie d'un enterrement, et, ayant commencé l'obsèque accoutumé (sic) le sieur Harismendy, officier municipal, est venu nous interrompre dans cette fonction, au lieu de s'occuper à apaiser plusieurs centaines de femmes qui voulaient nous maltraiter, il a eu l'audace, dans la plus grande colère, de nous accuser hautement de ces scandales et plusieurs autres, qui déjà ont existé dans cette malheureuse paroisse. Les deux témoins, que nous avons fait (sic), sont MM. Dithurbide, prêtre, et François Bascave; puis nous sommes entrés dans la sacristie, dans le dessein de nous retirer sans finir les fonctions, mais le Maire du lieu nous a rassurés, disant que nous ne risquerions rien et avons achevé 1rs cérémonies de l'enterrement, non sans être troublés par des cris effroyables, que l'on faisait à la porte de l'église. En nous retirant avec les mêmes citoyens de St-Jeande-Luz , nous avons été hués par le peuple, que les officiers municipaux n'ont pas eu le soin de disperser, conformément à leurs obligations ; plusieurs femmes de notre suite ont été maltraitées impunément. Nous nous bornons, à la dénonciation du sieur Harismendy, officier municipal, qui nous a insultés et troublés dans nos fonctions par des propos calomnieux et capables de nous faire écraser par la foule ; nous demandons que cette dénonciation ait son effet, et qu'elle n'essuie pas le sort de plusieurs autres, que nous avons faites infructueusement ; nous comptons trop sur la justice et le patriotisme de l'accusateur public pour croire le contraire.
« Signé: Dithurbide, curé provisoire ; Fonrouge, fonctionnaire public; Jean-François Bascave.
« Nous ajoutons que plusieurs témoins ont crié devant les officiers municipaux à la porte de l'église, en nous adressant la parole, que si nous retournions davantage, nous serions plus maltraités.
« Le Directoire du district, sur ce, ouï Monsieur le P r syndic,
considérant que la conduite des officiers municipaux de Ciboure et notamment celle du sieur Harismendy est fortement répréhensible ;
« Considérant surtout que, dans ce moment, on doit procéder au remplacement des fonctionnaires publics ecclésiastiques, il faut déployer toutes la force de la loi, pour empêcher qu'ils ne soient troublés dans leurs fonctions et pour punir tous les officiers municipaux qui, au mépris du serment qu'ils ont fait de maintenir la constitution, n'emploieraient pas tout le pouvoir dont ils sont revêtus pour empêcher tous les troubles et toute sédition ;
« Considérant qu'il faut imposer par la présence de la force armée au peuple, que les fanatisme cherche à égarer, et faire jouir, par ce moyen, les fonctionnaires publics ecclésiastiques, de la paix et de la tranquilité publique, dont ils ont besoin, est d'avis : 1° Que le sieur Harismendy soit suspendu de ses fonctions, sauf à l'accusateur public à faire suite au tribunal judiciaire de la dénonciation contre lui faite ;
« 2° Que, tant le sieur Harismendy que le sieur Soublette, maire, soient appelés au directoire du Dép 1 pour rendre compte de sa conduite ;
« 3° Enfin qu'il soit ordonné au procureur syndic de recueillir soixante hommes du 80° rég 1 , qui est à Bayonne, pour aller en détachement au couvent des ci-devant recollets, situé entre St-Jeaude-Luz et Ciboure, pour de là, maintenir la paix et la tranquilité publique dans cette dite paroisse. »
Persécution religieuse. — Les prêtres assermentés, repoussés et honnis par nos populations chrétiennes, n'eurent pas non plus toujours à se féliciter de leurs nouveaux maîtres. Infidèles à leurs vœux sacerdotaux, tranfuges de l'autorité maternelle de l'Eglise, ils ne trouvèrent le plus souvent que des despotes dans les agents nationaux et municipaux pour ne point parler des autres. On leur imposait le nombre, l'heure des messes et des services religieux, le cérémonial des fêtes républicaines, comme celles de l'Etre suprême, des Marat, des Pelletier, etc. Certaines images, des statues, des bannières, trop souvent « étaient intolérables et choquaient les yeux dos hommes raisonnables qui avaient abattu la forêt des préjugés ». Il fallait les déplacer ou les enlever. Rien n'est plus curieux que de lire, dans les archives de quelques-unes
de nos communes, les décisious de ce nouveau droit liturgico-civil. Mal ou point payés, nos fonctionnaires ecclésiastiques assermentés se démirent de leurs offices ou en furent expulsés. Leur triste g-oiivemement schismatique dura moins de deux ans. Ils sortirent de leurs églises pour accepter des fonctions dans la magistrature, comme juges de paix ou greffiers — c'étaient les mieux servis — ou dans la milice, comme fournisseurs surveillants, charretiers des vivres — ou encore dans la police, comme dénonciateurs, etc. Il y en eut qui prirent les armes pour ne pas mourir de faim.
Vrais tyrans pour les prêtres qui avaient accepté leur joug, les révolutionnaires,. depuis le haut représentant jusqu'au vulgaire gendarme ou archer, furent autant d'ennemis acharnés et de cruels bourreaux pour les confesseurs de la foi. Faute de prêtres assermentés pour les remplacer, les non-conformistes ou prêtres réfractaires continuèrent leurs fonctions jusqu'à la mi-juillet 1792, dans quelques-unes de nos paroisses. Mais depuis cette époque, les événements de Paris, la proclamation le 17 septembre de l'acte de bannissement du 26 août 1792, les décrets portés contre les émigrés et leurs biens, toutes les atrocités de la Convention et de son tribunal révolutionnaire désillusionnèrent les plus aveugles. Ils finirent par voir qu'il ne leur restait plus qu'à s'en remettre entre les mains de Dieu pour leur sort et pour leur vie.
Beaucoup de religieuses, en proie à la dernière misère, inébranlables devant les menaces, gardèrent leurs couvents jusqu'à ce que la Convention décrétât que toutes les maisons seraient évacuées au plus tard le 2 octobre. Dès lors, nous voyons ces filles de Dieu, les unes sur le chemin de l'exil, d'autres réfugiées dans leurs familles, ou enfin groupées dans quelques paroisses, comme, par exemple, à Hasparren, où elles espéraient rencontrer moins de périls (1). Il faut en dire autant des religieux. Les capucins de Mauléon, d'Oloron, de Navarrenx se réunirent dans la maison de Bétharram. Mais leur séjour y fut de courte durée.
Nous avons donné plus haut quelques arrêtés pris par le Directoire du département, soit avant, soit après la publication du décret du 26 août 1792. Parmi les prêtres réfractaires ci-devant fonctionnaires, les uns, sous peine d'arrestation et de détention, devaient s'éloigner de quatre lieues de la localité, où ils exerçaient leurs
(1) Reg. N. D. de la Mairie.
fonctions; d'autres, sous les mornes peines, devaient se retirer dans la ville de Lescar, dans la maison des Barnabites ; d'autres enfin devaient sortir du département. De plus, les municipalités, avaient reçu ordre de veiller sur ia présence des non-conformistes, sur les troubles occasionnés par eux dans les communes, d'arrêter comme suspects ceux qui auraient reçvi ou caché, chez eux, de ces prêtres, de les dénoncer les uns et les autres aux directoires des districts, enfin d'adresser chaque quinzaine au département les états nominatifs des ecclésiastiques, qui seraient sortis du territoire ou auraient été déportés. Ajoutons que, d'après la loi du 9 janvier 1793, toutes les brigades de gendarmerie, les gardes nationales furent mises en activité de réquisition permanente, afin d'arrêter les prêtres ci-devant fonctionnaires sujets à la déportation. Ils avaient ordre de faire les perquisitions, avec la dernière minutie, avec faculté de requérir les municipalités pour toutes les visites domiciliaires qu'ils jugeaient convenables. Avec de pareilles lois, avec des hommes plus soigneux de leur ambition que de leur conscience, les dénonciateurs recrutés ordinairement dans la canaille avaient beau jeu. Traqués, jusque dans leurs maisons paternelles, il ne restait aux prêtres réfractaires qu'à prendre le chemin de l'exil, ou à se cacher encore quelque temps dans le pays, eu disputant leurs repaires aux bêtes fauves. Parmi nos confesseurs de la foi, il y en eut plusieurs qui prirent ce dernier parti.
« La persécution, sans doute, dit un auteur (1), ce sont les massacres de l'Abbaye, des Carmes et de Saint-Firmin, ce sont les noyades de Nantes, ce sont les centaines de prêtres surpris à exercer devant quelques catholiques le seul culte qu'autorisât la conscience des uns et des autres, brutalement jetés au bas des degrés de l'autel, et de là, poussés sur l'échafaud, ou enfermés à fond de cale dans les vaisseaux de Rochefort, ou abandonnés dans les déserts meurtriers de la Guyane. Mais il y aussi matière à un chapitre, à un volume qui ne serait ni le moius attachant, ni le moins imposant, des actes de nos martyrs et de nos confesseurs, dans le long exil de la presque totalité de nos évoques et de plus de la moitié des prêtres insermentés, dans ces dix ans vécus à l'étranger... » La réflexion est parfaitement fondée ; mais à ce chapitre de
(I) Etudes religieuses, etc., publiées par les Pères de la Compagnie de Jésus, t. lv. — Septembre 1891, p. 5. (Paris, Victor Retaux et fils).
nos confesseurs de la foi, il y a une préface à ajouter, celle des travaux apostoliques et des angoisses qui précédèrent leur départ pour l'exil.
Détails divers. — Le clergé basque du xvnr 3 siècle, surtout celui de la seconde moitié de ce siècle, était un clergé modèle, ayant la double auréole de la science et de la vertu. Plusieurs de ses membres avaient fait ou terminé leurs études théologiques dans les meilleures universités de France et d'Espagne. Pour ne parler que de ceux formés par M. Daguerre, les universités de Paris, de Toulouse, de Bordeaux, de Saragosse, d'Alcala, de Salamanque, de Coïmbre connurent plus de tSO élèves de Larressore et couronnèrent leurs succès, en leur donnant le bonnet de docteur. Ceux-ci, de retour en France, tenaient à la foi de leurs ancêtres, autant par leur science que par leur vocation et tradition de famille. Ils n'étaient pas moins attachés, nous ne dirons pas seulement au Pays basque en général, mais encore à la portion de la vigne du Seigneur commise à leurs soins par la Providence. La distinction de curé et de succursaliste ou de desservant leur était inconnue. Tous pasteurs des Ames, au môme titro, ils cultivaient tranquillement le sillon où ils avaient déposé la semence évangélique. Ainsi les œuvres paroissiales croissaient et grandissaient sous la même main : en un mot, le bien prenait racine. Le curé basque avant la Révolution — et il en est encore ainsi dans beaucoup de nos paroisses — était d'abord le représentant actif de l'Eglise, puis l'ami, le conseiller, le directeur des familles de sa paroisse. De là, des liens entre le pasteur et le troupeau que la Révolution et même le régime de la Terreur furent impuissants à rompre (1).
(1) « Chez ce peuple, d'un christianisme si pratique, le prêtre a toujours joui d'une confiance et d'une vénération familière très profondes. Je définirai la nature particulière de ces sentiments en disant que, pour le basque, le prêtre est notre meilleur ami. A qui sont dus 1 esprit de conduite, le patient courage, la résignation dans les moments de crise, les sentiments do dignité personnelle, l'amour du travail, l'esprit de frugalité et d'épargne, le respect de la tradition créée par les ancêtres, l'attachement à la propriété familiale, que dis-je, la vigueur des bras qui vivent d'une vie saine dans tous les sens de ces populations basques des vihes et des champs, si ce n'est au contact immédiat et constant de ses prêtres si ardents au bien, si modestes dans l'exercice du plus sublime des ministères? Heureux les peuples qui méritent d'être dirigés par une aussi sainte autorité ! Honneur aux prêtres qui se rendent dignes d'un si filial respect! (Henri O'Shea : La maison basque. Etude publiée dans la Revue des Bas. Pyrénées et des Landes. N° du i cr octobre 1886.)
Dès lors, il est aisé de comprendre les angoisses d'une population chrétienne, au départ d'un guide sûr et fidèle, resté sans successeur ou — ce qui était pire — remplacé par un intrus, quelquefois la lie des cloitres. On s'explique la douleur d'un prêtre arraché à ses chères ouailles. Obligé de quitter son église, on le 'voit donner encore une fois ses derniers avis, consommer les saintes espèces, régler les comptes de fabrique, les remettre, avec les archives, les titres obituaires, les clefs, en un mot avec tout ce qu'il a pu sauver de son église, à un marguillier ou à un ami fidèle. Ces sages précautions prises, quels ne durent pas être ces adieux faits sur le seuil de son presbytère ! Il nous semble assister au discours de Saint Paul, à Milet, et l'entendre s'écrier comme lui. « Vous savez de quelle sorte je me suis conduit, pendant tout le temps que j'ai été avec vous... Vous savez, que j'ai servi le Seigneur, en toute humilité et avec beaucoup de larmes et parmi les traverses, qui me sont survenues... Que je ne vous ai rien caché de tout ce qui pouvait vous être utile, rien ne m'ayant empêché de vous l'annoncer et de vous en instruire en public et en particulier.... Et maintenant, étant comme lié par le Saint- Esprit, qui me conduit, je m'en vais à Jérusalem sans que je sache ce qui doit m'y arriver. Sinon que dans toutes les villes par où je passe, le Saint-Esprit me fait connaître, que des chaines et des afflictions m'y sont préparées. Mais je ne crains rien de toutes ces choses et ma vie ne m'est pas plus précieuse que moi-même et que
mon salut Il me suffit que j'achève ma course, et j'accomplisse
le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésas, qui est de prêcher l'Evangile de la grâce de Dieu. Je vous déclare que vous ne verrez plus mon visage, vous tous chez qui j'ai passé en prêchant le royaume de Dieu. Et maintenant, mes frères, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce... » Il nous semble voir les témoins de ces touchantes paroles « fondre en larmes et se jeter au cou » de ce nouveau Paul pour l'embrasser avec respect, « étant principalement affligés de ce qu'il leur avait dit qu'ils ne le verraient, plus. Et ils le conduisirent jusqu'au vaisseau » (1;, lisez jusqu'à la terre étrangère.
(I) ... Vos scitis, à prima die, quâ ingressus sum in Asinm, qualiter vobiscum per omne tempus fuerim, serviens Domino cum omni humilitate, et lacrymis, et tentationibus quai mihi occiderunt... quomodo nihil subtraxerim utilium, quominus annuntiarem vobis, et docerem vos publiée, et per domos... Et nunc ecce alligatus ego spiritu, vado
Nos confesseurs de la foi , expulsés de leurs églises, ne prirent pas de suite le chemin de l'exil. Sûrs de la fidélité de leurs ouailles, ils continuèrent un apostolat d'un genre nouveau. Il y en eut même, qui l'exorcèrent jusque sous le régime de la Terreur. Travestis sous des costumes de charretier, muletier, agriculteur, marchand, chaudronnier etc., ils restèrent quelque temps dans le pays, ety administrèrent en cachette les sacrements aux fidèles. Les uns ne franchirent guère les limites de leurs paroisses; les autres se répandirent au loin dans les diverses parties du Pays basque. Ils avaient, dans chaque paroisse, des affidés, des serviteurs sûrs pour les diriger, des maisons de refuge, où ils donnaient rendezvous aux fidèles, voire même des cachettes pour s'y enfermer au moment du péril. Nous avons vu plusieurs de ces affreux cachots. On nous en a montré un, à Saint-Just, canton d'Iholdy, pratiqué dans l'épaisseur d'un mur de refend, où il y avait place pour le pauvre patient, comme pour un cadavre dans une bière. Parmi les prêtres, qui se dévouèrent à ce dernier apostolat, nous citerons pour le Labourd et une partie de la Basse-Navarre, Michel La misse de Bayonne , Pierre Delgue d'Ossès, S 1 Martin Londaits d'Ayherre, Jean-Joseph Inda, Jean Duhide des Aldudes, etc. Fait remarquable : nous avons constaté une vraie fécondité de vocations ecclésiastiques, après la Révolution, dans les familles de nos confesseurs de la foi et dans celles, qui les secoururent, durant ces jours néfastes.
Dieu bénit ces saints apôtres et les familles qui leur donnèrent le pain de l'hospitalité. Saint Paul pria le Seigneur de répandre sa miséricorde sur la famille d'Onésiphore, parce qu'elle l'avait souvent soulagé et qu'elle n'avait pas rougi de ses chaînes (1). Nos saiats confesseurs durent faire la même prière pour lésâmes géné-
in Jérusalem; quœ in eâ Ventura sint mihi ignorans : Nisi quod Spiritus Sanctus per omnes civitates mihi protestatur, dicens : Quoniam vincula et tribulationes Jerosolymis me manent. Sed nihil horum vereor : nec faeio animam meam pretiosiorem quàm me, dummodo consumem cursum meum, et ministerium verbi, quodaccepi à Domino Jesu, testificari Evangelium gratin? Dei. Et nunc ecce ego scio, quia amplius non vidobitis faciem meam vos omnes, per auos transivi,
prœdicans regnum Dei Et nunc commendo vos Deo, et verbo
gratiac ipsius. Magnus autem fletus factus est omnium : et procumbentes super collum Pauli, osculabantur eum. Dolentes maxime in verbo quod dixerat, quoniam amplius faciem ejus non essent visuri. Et deducebant eum ad navem (Actes des Apôtres, ch. xx.)
(1) Det misericordiam Dominus Onesiphori domui ; quia sœpe me refrigeravit et catenam meam non erubuit. Ep. II, ch. I, 16.
reuses qui les secoururent dans leurs courses apostoliques, et Dieu les exauça.
Que l'on se représente ces saints prêtres portant sur eux-inêmes les objets nécessaires à la célébration des saints mystères et parcourant le pays dans tous les sens, à travers les horreurs de la nuit, les intempéries dos saisons, pour baptiser, confesser, marier les fidèles dans des granges et des écuries. Que de fois ne durentils pas disputer leurs repaires aux bêtes fauves, se blottir dans des ravins de montagnes, se cacher peut-être dans l'eau des rivières, se jeter de la hauteur d'un premier étage, pour échapper aux poursuites des archers et agents nationaux, que la rage révolutionnaire avait dirigés vers leurs habitations passagères. Nous savons un prêtre de Macaye, qui, après des mois passés dans les replis de la montagne de Baïgura, y mourut de faim. Que d'autres traits émouvants à raconter sur des prêtres obligés d'interrompre la célébration de la messe, dans une grange, une remise, devant une maison, etc., pour s'emprisonner dans les affreuses cachettes, dont nous avons parlé ! Trahis et découverts, ils surent se montrer dignes des martyrs des premiers siècles devant leurs bourreaux : ils n'hésitèrent pas à monter sur l'échafaud, en priant pour leurs dénonciateurs. En 1794 le député Cavaignac, envoyé en mission, écrivait de Bayonne à la Convention : « Il n'existe plus un prêtre en fonctions dans ce département ; la terre de la liberté y était souillée plus qu'ailleurs par la présence de prêtres réfractaires. Sept ou huit de ces misérables ont payé de leur tète leurs infâmes projets. » Que n'a-t-on, avant ce jour, recueilli leurs glorieux noms? Le pape Pic VI avait conçu le projet d'élever un pieux monument à la mémoire de ceux qui périrent dans nos troubles révolutionnaires. Il ordonna de recueillir avec soin tous les détails concernant les martyrs et les bourreaux de cette période néfaste. 11 chargea l'abbé d'Auribeau, archidiacre de Digne, retiré alors à Rome, de centraliser les renseignements relatifs à l'histoire religieuse de la Révolution.
Des admirables matériaux que le laborieux annaliste reçut d'Espagne, une partie figure dans deux volumes de Mémoires qu'il publia en 1795. L'autre partie, cachée dans les caves du palais archiépiscopal de Florence, y a été brûlée en 1*799 ; perte irréparable pour les Acta martymm du clergé français. C'est en s'inspirant de ces désirs et de cette pensée du saint pontife que, de nos jours,
M. l'abbé Bonnel, vicaire d'Orange, a fait un travail aussi instructif qu'édifiant sur les 352 victimes de la commission populaire d'Orange en 419 * (1). Nous sommes loin de prétendre faire uu travail semblable pour notre cher Pays basque. Notre ambition se borne à glaner quelques notes et à rappeler le désir de cet illustre et saint pontife, victime lui-même de la Révolution française.
Pour le moment, appliquons à nos saints confesseurs de la foi ces paroles de l'épitre de saint Paul aux Hébreux : « Les uns ont été cruellement tourmentés, ne voulant point racheter leur vie présente, afin d'en trouver une meilleure dans la résurection. Les autres ont souffert les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons. Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été éprouvés; ils sont morts par le tranchant de l'épée; ils étaient vagabonds, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, étant abandonnés, affligés, persécutés. Eux, dont le monde n'était pas digne, ils ont vécu errant dans les déserts, dans les montagnes et se retiraient dans les antres et dans les cavernes de la terre » (2).
Courants d'émigration. — Il y en eut plusieurs, mais on peut les réduire à trois principaux. Le premier commença après la promulgation de la loi de déportation du 26 août 1792. Cette loi, nous l'avons dit, condamnait les prêtres iusermentés à sortir de France, dans un délai de 15 jours, après avoir déclaré devant les municipalités et les directoires des districts respectifs, le choix de la nation et la localité de leur domicile, et après s'être pourvu d'un passe-port contenant la déclaration, le signalement de chacun, ainsi que la route à suivre. Ceux qui, étant restés dans le pays, y auraient été découverts, devaient être déportés à la Guyanne. Ceux qui, une fois sortis, y seraient rentrés de nouveau, étaient passibles de dix années de détention. Quant aux ecclésiastiques infirmes ou
(1) 2 vol. in-8°. Avignon, chez Roumanille.
(?) Alii autem distenti sunt, non suscipientes redemptionem ut meliorem invenirent resurrectionem. Alii vero ludibria et verbera experti, insuper et vincula et eateeres : Lapidati sunt, secti sunt, tentatî sunt, in occasione gladti mortui sunt, circuierunt in melotis, in pellibus caprinis, egentes, angustiati, alïïicti. Quibus dignus non erat mundus : in solitudinibus errantes, in m on ti bus et speluncis et in oavernis terne. Ch. xi, 35-38.
sexagénaires, la loi ordonnait de les réunir au chef-lieu du département ou ailleurs, dans une maison commune, pour y être surveillés.
L'application de cette loi si tyrannique fut horrible. Dès sa promulgation, le clergé inébranlable dans son refus de serment civique, prit la route de l'exil. Tous les chemins conduisant aux frontières virent affluer des ecclésiastiques de tout ordre : évêques, vicaires-généraux, chanoines, curés, vicaires, religieux et simples clercs. Les uns étaient munis de ces fameux passe-ports qui, pour la plupart, furent des « billets de mort », les autres étaient sans passe-ports et fugitifs. Plusieurs d'entre eux furent battus, assommés sur les chemins, ou noyés dans les rivières par les agents attitrés de la Révolution. Presque tous furent pillés par application des décrets du 21 et 28 juin 1791, interdisant l'exportation des matières et des espèces d'or et d'argent à l'étranger. C'est ainsi qu'à la frontière, on les dépouillait de leur numéraire ou — ce qui revient au môme — on les dédommageait en assignats.
L'Espagne, l'Italie, le Portugal, la Hollande, l'Angleterre Virent arriver, par milliers, les infortunés proscrits apportant avec eux pour toute consolation, la conscience d'un grand devoir accompli. Du Nord, de l'Ouest et du Centre de la France, ils montèrent de préférence vers l'Angleterre. Du Midi et surtout du Pays basque, ils descendirent vers l'Espagne. Mais bientôt, l'accueil bienveillant fait par l'Angleterre, ayant été annoncé partout, comme poussé par un souffle providentiel, presque tout le Midi se porta bientôt vers l'antique Ile des Saints. Il y en eut même de nos pays, qui allèrent demander un asile à ces protestants chez qui naguère encore, c'était un crime digne de mort, d'introduire un prêtre catholique. Ce premier mouvement se ralentit vers la fin de 1793. Dénonciateurs, proscripteurs et bourreaux durent s'effrayer ou mieux se lasser en face des églises désertes et des prisons regorgeant de victimes.
Vers le milieu de 1794, il y eut un nouveau mouvement. Le courant se dirigea encore vers l'Angleterre. La défection de Dumouriez, les succès des coalisés, qui reprirent Mayence et la Belgique, l'insurrection de la Vendée, l'entrée victorieuse des Anglais dans Toulon, exaspérèrent les passions politiques. La » coterie du peuple toujours travaillée par les fauteurs de désordre, se traduisit par une recrudescence de haine contre les prêtres.
C'est l'époque des noyades de Nantes, etc. Notre pays compte plusieurs victimes à cette époque.
Après le 9 thermidor an n (27 juillet 1794), à la chute de Robespierre, la persécution devint momentanément moins implacable. Plusieurs lois révolutionnaires furent rapportées. Les ecclésiastiques infirmes ou sexagénaires sortirent de leurs prisons ; les déportés retournèrent dans leurs diocèses ; quelques exilés môme purent rentrer daus le pays. Mais cette accalmie ne tarda pas à être suivie d'une nouvelle tempête, qui, dès le lendemain du 18 fructidor an v (4 septembre 1797 ) provoqua un troisième courant d'émigration.
Redisons que nos proscrits trouvèrent, en Angleterre, la plus généreuse hospitalité. Non seulement, il y eut des quêtes, des souscriptions, mais encore le Parlement vota, à plusieurs reprises, des allocations pour la subsistance des émigrés. Le pape Pie v I voulut perpétuer le souvenir de cette éclatante générosité, par une lettre de gratitude adressée, le 21 septembre 1793, à l'évêque de Saint-Pol-de-Léon. Cette conduite des Anglais sauva la vie à plusieurs prêtres réfugiés, et adoucit considérablement, pour tous, les tristes conséquences de leur complet dénùment. Un comité spécial organisa promptement, pour les réfugiés sans ressources et pour ceux qui désireraient vivre eu communauté, des maisons de résidence pourvues de tout ce qui pouvait leur être nécessaire et utile. On compta à Winchester, jusqu'à 700 prêtres vivant en commun, selon la règle des séminaires de France, sous la direction de l'abbé Martin, l'un des membres les plus distingués de la congrégation des Eudistes. D'autres réfugiés vivaient, soit séparés, soit réunis par petits groupes. Les uns, c'était le petit nombre, s'utilisèrent dans les écoles publiques, comme professeurs ou précepteurs. Les autres exercèrent les métiers de tailleur, brodeur, horloger, cordonnier, chapelier, facteur, commis de magasin, etc.
Mais, tous se faisaient un devoir de conserver l'esprit de leur vocation. Dans les petits groupes, comme dans les plus grandes réunions, ils faisaient leurs exercices de piété en commun, et célébraient s: lennellement les offices, les jours de dimanche et de fête. Fidèles à tous les exercices propres à alimenter la science et les vertus sacerdotales, ils ne négligèrent ni les conférences, ni les retraites, ni aucun des moyens usités en France pour la sanctification du clergé. Aussi l'influence exercée sur l'esprit public et même
sur la législation anglaise, par le séjour prolongé de 10,000 prêtres, fut-elle immense. Dès cette époque, date ce large retour de l'opinion publique de l'Angleterre à l'égard des catholiques romains, retour qui n'a fait que se développer depuis, et qui, de nos jours, se manifeste par tant d'éclatantes conversions au catholicisme (1).
Nos prêtres basques, avons-nous dit, préférèrent , en grénéral, émigrer en Espagne. Nous disons en général, car il en eut qui, passèrent en Angleterre, Hollande et jusque en Allemagrne. La facilité de recevoir à la frontière leurs ouailles, ou de descendre jusqu'à elles, dans les moments d'accalmie révolutionnaire, les relations, qui de tout temps, existèrent entre les versants des Pyrénées, expliquent cette préférence. Ils se tinrent, en général, dans les diocèses de la frontière, bien qu'il y en eut qui pénétrèrent jusqu'à dans ceux de Saragosse, de Salamanque et de Tolède. Ils y reçurent l'hospitalité la plus généreuse des évêques, des chapitres du clergé séculier et régulier. Parmi les évêques, il faut citer d'une manière particulière ceux de Pampelune, de Calahorra, de Valence, d'Orense, en Galice, le cardinal Lorenzana, archevêque de Tolède etc.; parmi les chapitres, ceux de Lamora, de Léon, de Balmaseda, petite ville de Biscaye se firent remarquer par leurs libéralités. Le clergé des paroisses importantes les imita. Quelques curés surent utiliser nos prêtres, dans la mesure que leur permirent les ordonnances royales. Les ordres religieux ne restèrent pas en arrière. Citons en tête le T. R. Père ministre des Frères-Mineurs en Espagne, avec ses divers couvents; le Prieur des Dominicains de Guadalajara, l'abbé de Montserrat.
Cet hommage de gratitude rendu à la bienveillance de l'épiscopat et clergé espagnol, nous devons dire que le long séjour de nos émigrés ecclésiastiques dans ce royaume ne fut pas sans amertume. Nos confesseurs de la foi eurent à souffrir de l'insuffisance de leurs bienfaiteurs, impuissants à secourir tous ces prêtres, dont le nombre est porté à 22.000 par l'Allemand Fischer (2) et par l'Archevêque d'Auch à 3.000 seulement pour la Catalogne, Aragon et Valence (3). Ceux recueillis dans les couvents, qui d'ordinaire
(1) Voir le beau travail : Le clergé français, réfugié en Angleterre^ par le chanoine Plasse, de Clermont. Paris, Palmé 1886.
Voyage en Espagne aux années 1191 et 1198, trad. par Cramen. Paris, an ix, 1801, t. I, p. 137 et 8.
(3) Lettre datée de Monserrat, publiée dans le Bulletin du comité d'Histoire et d'Arch. d'Auoh, 1860, p. 86.
étaient pauvres, furent astreints à la vie commun?, et obliges de payer le pain — souvent assez grossier — de l'hospitalité, soit par quelques intentions de messes, soit par des services personnels de cuisinier, portier, jardinier, etc., car ils durent exercer tous les métiers. Les autres disséminés dans les paroisses, vivaient isolés ou réunis en petits gToupes, mais tous pauvrement, ne pouvant être utilisés par le clergé local. Plusieurs d'entre eux durent se louer à la journée pour les travaux des champs et d'autres labeurs. M ,,B Harriet de Ilalsou (1), sœur de deux prêtres des plus distingués de notre diocèse , nous a fourni les détails les plus intéressants sur le genre de vie, les aventures, et en outre les costumes, les pièces de poésies, couplets, complaintes de nos prêtres-agriculteurs basques. La maison Churiolaita de Véra, pour ne point en nommer d'autres, réunit plusieurs de ces généreux confesseurs de la foi. Un d'entre eux, Etienne de Salaberria, natif d'Arrauns, y mourut à l'âge de 45 ans et fut inhumé dans l'église paroissiale, le 13 février 1791 (2).
Ils souffrirent de la malveillance des uns, de la jalousie des autres. Ceux-ci suspectaient leurs opinions théologiques. Nos prêtres pouvaient-ils être autrement que Gallicans et Jansénistes ? et nous citerons, en son lieu, une verte leçon donnée par un de nos prêtres des plus érudits, l'abbé Eliçagaray, officiai de la Basse- Navarre; ceux-là les accusaient d'avoir déserté leurs paroisses, ou les rendaient solidaires d'un gouvernement tueur de roi. D'autres les prenaient pour des émigrés royalistes et politiques, etc.
Ils souffrirent par suite de l'invasion française dans la Catalogne et les provinces basques. Les troupes françaises, dirigées par des chefs révolutionnaires, n'eurent rien de plus pressé que de tomber sur nos prêtres émigrés, à tel point que les pays, auxquels ils avaient demandé l'hospitalité, ne pouvant les garder, ils durent fuir dans l'intérieur de l'Espagne et quelques-uns jusqu'en Portugal.
Mais surtout ils eurent à se plaindre du gouvernement de l'indolent Charles IV, dont les représentants, imbus des principes du voltairianisme, avaient des intelligences avec nos Jacobins. Dès l'année 1791, le cabinet de Madrid prit des mesures de précaution contre l'émigration française. Une ordonnance du 2 novembre 1792
(1) Aujourd'hui décédée.
(2) Regist. par. do Véra, N 7.
leur interdit le séjour de la capitale et des chefs-lieux de la province, leur enjoignant d'habiter les monastères et d'y vivre en communauté. Les articles 10 et 11 delà même ordonnance portaient : « Il ne leur sera donné de pouvoirs, que pour entendre les confessions les uns des autres, nullement pour confesser les fidèles ; on leur refusera absolument la permission de prêcher; on pourra les autoriser à célébrer le saint sacrifice de la messe; mais, non à exercer aucune autre des fonctions ecclésiastiques. Ils ne devront s'adonner à aucune sorte d'enseignement, ni public, ni privé. » Heureusement que quelques rares évoques et curés surent éluder ou atténuer l'exécution de cette ordonnance. La guerre éclate, en mars 1793, entre la république française et l'Espagne. Le cabinet de Madrid devient plus défiant et plus rigoureux contre les émigrés. La paix est conclue le 22 juillet 1795. Elle n'améliore pas la condition de nos confesseurs de la foi. Ne fallait-il pas, en effet, servir une puissance reconnue et amie? Aussi, la frontière se ferme aux nouveaux émigrés. Quant aux anciens, ils sont frappés de plusieurs décrets d'expulsion du continent et de déportation dans les îles Majorque ou les Canaries.
Ajoutez à ces lois d'ostracisme et de persécution sur la terre d'exil, la pensée des désastres de la patrie-mère, le souvenir de leurs paroisses, des églises dévastées, de leurs familles ruinées, de leurs biens séquestrés ou vendus, et on aura une idée du long martyre de nos confesseurs. Aussi ne s'étonne-t-on pas d'apprendre que la plupart d'entr'eux moururent sur la terre étrangère. Après le 9 thermidor an m, à la chute de Robespierre, un rayon d'espérance luit à leurs yeux. Quelques-uns même de nos prêtres de la frontière rentrent au pays; mais moins de six mois après, les décrets du 22 nivôse an m, des 3 et 4 brumaire an iv, viennent leur prouver que la persécution antireligieuse est loin d'être terminée. Le décret du 7 fructidor an V rappelle les prêtres déportés, nouvel espoir ; on s'apprête à en profiter pour franchir la frontière. Mais voici le coup d'Etat du 18 Brumaire (an vin). Le décret de rappel est rapporté et les lois de la convention sont mises en vigueur. Ainsi, chaque fois, nos proscrits sont réduits à reprendre tristement le chemin de l'exil. Heureux s'ils n'ont pas été emprisonnés à leur arrivée sur le territoire français, ou si à leur retour, en Espagne, ils n'ont pas été arrêtés pour être déportés hors du royaume I
Malgré tout, nos émigrés ecclésiastiques on Espagne, comme en Angleterre, donnèrent de beaux exemples de vertu et de science. Dans les deux nations, pour ne point parler des autres, ils laissèrent une haute estime du clergé français. Que de prières, dp retraites, d'associations de prières faites en vue de la conservation des vertus sacerdotales et du salut de la France I Dans ce double but, « on voit plus de deux cents prêtres français, àOrense, sept cents à Saragosse, venir tous les jours s'agenouiller ensemble, à Orense(l) dans la chapelle du palais épiscopal; à Saragosse, dans celle du séminaire. Des retraites ecclésiastiques sont organisées pour eux seuls : A Alcala, en 1795, cent quatre-vingts suivent les saints exercices sous la direction de M. Eyrard, lazariste. Vers la même époque l'archevêque d'Auch prêche lui-même, à Saragosse, à ses prêtres et à ceux des diocèses de Tarbes et d'Agen une retraite, qui leur laissa d'impérissables souvenirs » (2). Le saint évêque d'Orensc — et il n'est pas seul à en rendre témoignage — en parlant des prêtres français, dit : « Us sont tous de mœurs très
régulières, et prouvent l'excellente éducation de ce clergé
Tous édifient par une singulière modestie et une gravité remarquable » (3). A l'exemple de plusieurs autres ecclésiastiques, quelques-uns de nos prêtres basques se livrèrent à l'étude, pendant le temps de leur exil. Citons l'abbé Eliçagaray, curé de S l -Jean-P.-P., officiai de la Basse-Navarre et l'abbé Martin Duhalded'Ustaritz, qui y composèrent, le premier son remarquable travail sur les Droits de l'Eglise, et le second son beau livre de Méditations basques.
<1) Un confesseur de la foi, Bernard Darrigol, de Lahonce, dans son
f>récieux manuscrit basque, nous donne des extraits de deux belles ettres de Mgr de Quevedo y Quintarro, év. d'Orense. Dans ces lettres, en date du 21 octobre et dlu 10 novembre 1792, adressées au clergé français, le charitable prélat non content des nombreux prêtres émigrés qu'il nourrit à sa table, y invite tous ceux qui peuvent servir chez lui. Plein d'admiration de leur conduite sacerdotale, il les compare aux martyrs et aux confesseurs de la foi des premiers siècles. — Le manuscrit de l'ab. Darrigol, daté de « Hollande 1703 », a pour titre : « Ancienne et nouvelle religion de la. France ; différence de l'une à l'autre (Fransiako Erlijione Zaharra eta berria; batetik bertzera den kambioa). Nous nous proposons de publier ce précieux document, à un siècle juste de sa date.
(2) Etudes religieuses, etc., par des Pères de la compagnie de Jésus. Paris, Vict. Retaux année 1891 N° de Nov. p. 466. — Les N°» de Septembre, Octobre et Novembre de cette savante publication ont donné d'excellentes pages sur le clergé français réfugié en Espagne, auxquelles nous renvoyons le lecteur.
(3) Ibid. p. 465.
Enfin, arriva l'ère réparatrice du Consulat. Le concordat est signé dans la nuit du 16 au 11 juillet 1801. La liberté de conscience est proclamée. Nous ne parlerons pas de la condition imposée par Bonaparte et acceptée par le Pape, de la démission volontaire ou forcée de tous les membres de l'ancien épiscopat. Bisons seulement que le nouveau régime ouvrit la France aux prêtres déportés et même émigrés, moyenant certaines mesures spéciales, et surtout la promesse de fidélité à la constitution. La licité de cette dernière condition divisa un moment les prêtres français émigrés. Enfin l'opinion de M. Emcry et de l'archevêque d'Auch etc., pour l'affirmative, prévalut et ceux de nos chers proscrits, qui purent survivre aux souffrances d'un long exil de dix ans, rentrèrent dans la mère-patrie. La plupart de nos prêtres basques, ceux du moins qui s'étaient tenus à la frontière, devancèrent cette époque. Eu attendant l'ouverture officielle des églises, ils s'étaient mis à administrer les sacrements et a célébrer les saints mystères dans des granges ou maisons particulières.
Les procès- verbaux de prise de possession des églises, les inventaires des objets du culte échappés à la furie révolutionnaire, révèlent la pauvreté et le mauvais état de nos églises. On pourvut aux premières nécessités en mettant à contribution la générosité de nos dames [Etcheko-Andere) de grandes maisons, qui cédèrent leurs robes, leurs rideaux de lit de soie, pour en faire des chappes, chasubles, anlipendium d'autel, écharpes de bénédiction, pieds de la croix, etc. (1). Nous avons vu, en masse, de ces ornements dans notre enfance; et il s'en trouve encore aujourd'hui, dans nos églises de campagne; car, il faut dire, p mr l'instruction de notre jeune clergé, que l'état de décence ou de richesse relative de nos églises, soit en ornements, soit en vases sacrés, ne remonte guère
(!) On no doit pas s'étonner de ce luxe d'habillements dans nos anciennes maisons nasques. Jusqu'à la révolution et même jusqu'environ un quart de siècle après, les Basques aussi bien que les Bretons, les Normands etc., gardèrent leur costume national. Nous n'aurons garde d'en faire ici la description. Nous la réservons pour le jour où nous donnerons les anciens usages du pays. Nous avons en notre possession des dessins coloriés de ces' costumes — car il y en avait depuis celui de \ Etcheco-.luun et de Y Etcheko-Andere (sieur et dame» jusqu'à celui de leurs serviteurs. — présentés à la duchesse d'Angoulême fors de sa visite au Pays en 1823. Ces dessins, au nombre de 70 planches, nous les avons envoyés à l'Exposition des arts rétrospectifs, au concours régional de Pau, en 1891, où ils ont excité la curiosité des visiteurs.
au-dolà d'uu demi-siècle. On sait que dans la cathédrale môme de Bayonne, on ne laissait pour la célébration des offices divins que le chœur et les chapelles qui l'entourent, jusqu'au temps de M. l'abbé Barbaste, et qu'enfin cette église n'a commencé à se relever de ses ruines, que grâce aux legs Lormand.
Instructions ou vade-mecum de nos confesseurs de la foi. — Nos prêtres fidèles travestis sous divers costumes, avons-nous dit, administraient les sacrements dans des maisons particulières, des granges etc. Quelquefois accompagnés par un serviteur ou un ami fidèle, souvent seuls, ils portaient avec eux les objets les plus indispensables au culte, quand ils n'avaient pas l'espoir de les trouver dans des maisons affidées. La plupart d'entre eux étaient porteurs d'un manuscrit où des notes de théologie, des instructions, avis, lettres épiscopales étaient mêlés à des questions profanes. La précaution était nécessaire pour que ces pièces trouvées sur eux ou dans leurs domiciles ne servissent pas d'indices accusateurs aux agents de la police révolutionnaire. Nous avons vu plusieurs de ces cahiers.
Nous devons surtout, signaler une très importante lettre pastorale de révèque de Boulogne , datée de Jlildeshein (Hanovre), le 1 er juin 1795. En ce temps de bouleversement général, nos prêtres s'inspirèrent avant tout des avis et instructions de leurs chefs hiérarchiques. Toutefois ils ne renoncèrent pas à profiter des conseils donnés parles évèques des autres diocèses. C'est ainsi que le curé d'Irissarry et d'autres titulaires de nos paroisses basques * publièrent dans leurs églises un mandement de révèque de Langres dès l'année 1"791.
La lettre de révèque de Boulogne, dont nous avons vu deux ou trois copies (1) est une œuvre de haute théologie. Nul doute qu'elle ne fut le vade-mecum ou le guide d'administration et de direction spirituelle de nos confesseurs de la foi. Ce précieux document n'ayant qu'un rapport indirect avec notre travail, nous ne faisons qu'indiquer les matières traitées par le savant prélat.
Après avoir fortement établi les droits et les prérogatives de
(1| Celle dont nous avons tiré la nôtre provient de la bibliothèque (le M. l'abbé Lopciiajrue. décédé curé-doyen d'I slarits, et elle appartient, aujourd'hui, à M. l'abbé tëUîhcgoinberry, curé de Labets-Ilharre
Nous avons publié cette belle lettre dans le Bulletin du diocèse, année 1893, mois de septembre. N 05 17 et suiv.
l'Eglise, de son chef visible, ceux des évêques et des curés légitimes, l'évêque exilé parle du Hptôme , de V instruction des enants, de la célébration des saints mystères, de l 'administrât ion de l'Eucharistie, de la Pénitence, du Mariage, de V Extrême-Onction, des prières après le décès, de la sanctification des dimanches, des dècadis , de l'abstinence , des ecclésiastiques assermentés, intrus ïllicitement ordonnés etc., du serment de liberté et d'égalité des réguliers et des séculiers, des biens nationaux, de la réparation des dommages, des assignats, des /onctions publiques, de la guerre * des marques de civisme et des successions.
§ III. — Clergé de la Cathêdrile. — Visite et ordonnances de S'inadon. — Apothéose de Mint. — Fête de l'Etre suprême. — So)*t des édifices religieux. — Liste d'émigrés. — Décès de Mgr de Villevielle et de Sanadon. — Autorités administratives et politiques du district, en 1793. — Commissions extraordinaires, leurs membres, victimes, etc. — Sort des commissaires.
Jean Darralde, curé de la Cathêdrile. — Nous avons donné plus haut le texte officiel de la Constitution civile du clergé. Dès le mois de mai 1790, on répandit à profusion, dans chaque diocèse, des brochures, des plaidoyers, drs écrits captieux, tendant à établir que l'Eglise était subordonnée à l'Etat. La fameuse « Exposition des principes » signée, le 30 octobre 1790, par trente prélats français consultés par le Pape, avait condamné cette prétendue constitution. Cent dix autres évôques avaient fait des mandements dans le môme sens. Il n'y eut pas jusqu'aux écrivains laïques, qui ne se fussent levés contre l'œuvre schismatique. La France avait les yeux sur les prélats et les ecclésiastiques, membres de l'assemblée nationale. Ils devaient prêter le serment, le 4 janvier 1791. Sur trois cents ecclésiastiques qui en faisaient partie, il y en eut environ soixante-dix qui adhérèrent à la Constitution. Des cent trente-cinq prélats de France, quatre seulement se montrèrent parjures. Le Pape avait parlé. Tous 1rs plaidoyers du monde ne pouvaient justifier l'œuvre de la coalition des protestants, jansénistes et fauteurs de la Déclaration de 1682.
Dans le diocèse, dès le mois de novembre 1790, Mgr de Villevielle avait tracé au clergé et aux fidèles la ligne de conduite à suivre. La formule du serment civil portait : « Je jure d'être fidèle à la Nation, à la loi civile et politique et au Roi ». La loi civile et politique renfermant la Constitution civile du clergé, nul catholique
— Ul —
no pouvait prêter ce serinent purement et simplement. C'étaient les tonnes du bref du 13 avril 1791 de Pie VI. On pouvait le prêter conditionnellement, c'est à dire en réservant formellement les droits de l'Eg-lise. C'est le serment que dans le pays basque on appela Z 'inefturia ou serment blanc et que nos prêtres, en grand nombre, prêtèrent ou s'offrirent à prêter. Eu général, ils maintinrent la mêfne restriction dans ceux qu'on leur demanda plus tard (1).
L'exemple de la fidélité partit de haut. On a vu celui qui fut donné par les vicaires généraux et les chanoines de la cathédrale. Les premiers continuèrent à administrer le diocèse malgré les menaces de l'administration. Quant aux chanoines, cessèrent-ils leurs fonctions après la publication du décret du 12 juillet? On peut en douter, d'après une correspondance entre le directoire du
(1) Outre la formule du serment à la constitution civile du clergé, il y eut d'autres formules, pour adhérer aux constitutions de l'an m, de l'an iv, de l'an v, vi, etc.
La l ro formule était nettement schismatique : sur la licité des autres, les théologiens et même les évéques se divisèrent. Les prêtres, qui prêtèrent purement et simplement le serment à la constitution civile du clergé, ne firent aucune difficulté de prêter les autres serments. Parmi ceux qui ne l'avaient prêté que conditionnellement, les uns maintinrent la même restriction, les autres la turent.
Le serment de la liberté et de légalité prescrit par l'assemblée législative, le dix août 1702, ne fut pas condamné. MM. Emery, de La Luzerne proclamèrent qu'on pouvait le prêter. Mgr de Bausset, évéque d'Alais, s étonnait qu'on eut pu transformer la question de ce serment en une question religieuse. — Le 30 mai 1705, la Convention voulant faciliter le libre exercice du culte, mit les églises à la disposition des diverses confessions, à la condition que tout prêtre se ferait délivrer acte, devant la municipalité du lieu où il voudrait exercer, de sa soumission aux lois de la République. — Le 20 septembre 1705, la loi du 7 vendémiaire, an iv, imposa cette formule : « Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République ». Ce serment eut ses partisans parmi les évéques. Les opposants furent accusés de manifestations imprudentes. Pie VI, dans un bref, du 5 juillet 1706, adressé à tous les fidèles catholiques demeurant en France, les exhorta à obéir avec promptitude et empressement à ceux qui leur commandaient. (Corresvondant, N° de juin 1802, p. 1072-3). — Après le coup d'Etat de Fructidor, la France fut de nouveau livrée aux Jacobins.
C'est alors que fut porté le serinent de haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la constitution de l'an m. M. Emery ne le prêta, ni le conseilla à personne, mais n'osa pas condamner ceux qui avaient cru devoir s'y soumettre. Ce serment eut des partisans parmi les évéques , les émigrés ou déportés y étaient opposés. Le Pape, sans vouloir donner à sa décision un grand éclat, la déclara illicite ilbid, p. 1070) — On pouvait ignorer la décision pontificale. Qu'on approuve ou non ceux qui crurent devoir prêter ces serments, on n'a pas le droit d^ les transformer en « piètres constitutionnels, c'est-à-dire schismatiques ».
district et celui du département. Celui-ci, par une lettre, en date du 23 décembre, se plaignit au premier de ce que le chapitre de Bayonne continuait ses fonctions. Voici la réponse du directoire du district d'Ustaritz. « Dès la réception du décret (du 12 juil.), y est-il dit, nous nous empressâmes de l'adresser à toutes les municipalités du district et particulièrement à celle de Bayonne, la seule où il existât un chapitre. Sur l'observation qui nous fut faite par les officiers municipaux de cette ville, que l'inventaire dos effets dudit chapitre n'avait point été fait encore et qu'il était nécessaire de l'effectuer, avant la publication du décret, nous nous rendîmes à Bayonne et, le 3 e jour de la réception de cet avertissement, nous trouvâmes le ci-devant chapitre soumis à exécuter la loi et nous procédâmes de suite à l'inventaire... et nous fûmes témoius oculaires que, dès ce moment, le ci-devant chapitre de Bayonne cessa sans murmurer toutes ses fonctions et ne s'est pas permis de les reprendre. »
Nous ignorons si les membres du chapitre de Bayonne, avant leur séparation, firent une protestation semblable à celle qui fut faite par ceux de Dax, le 15 novembre 1790, et ceux de Lescar, en décembre de la même année. Mais nous savons qu'avant de prendre le chemin de l'exil, ils célébrèrent pendant quelque temps les saints mystères dans les chapelles et oratoires privés de la ville.
La Révolution cherchait à arracher le serment civique aux principaux ecclésiastiques , afin d'entraîner par leur exemple les autres membres du clergé. Dans le diocèse de Bayonne, elle visait principalement les curés de la cathédrale, de St-Jean-de-Luz , d'Ustarits, chef-lieu du district, l'abbé Duhalde, supérieur du séminaire de Larressore, etc. Ils surent se maintenir à la hauteur de leur position.
La cure de la cathédrale était occupée par un prêtre éminent. C'était Jean Darralde. Il était né à Bayonne, le 28 octobre 1727, de Dominique Darralde et de Jeanne Mourguiart, venus de St-Jean- Pied-de-Port dans cette ville pour s'y livrer au commerce. Il fit ses études à Larressore et à Toulouse, où il prit les grades universitaires. Tonsuré dans la chapelle de Larressore par Mgr d'Arche, il fut ordonné prêtre le 26 février 1752. Il était curé de St-Jean- Pied-de-Port quand, sur le refus de Jacques Doyharçabal-d'Iturbide, de St-Martin d'Arberoue, il fut appelé à la cure de la cathédrale, le 24 décembre 1778. Le 22 août 1781, il remit les lettres de
chanoine et le 11 octobre de la môme année, celles de vicaire général, titres dont il était parfaitement digne (1).
La municipalité de Bayonnc, par lettre du 19 janvier 1791, invita l'abbé Darralde et ses vicaires Romatet, Lahirigoyen et Duhart, à prêter le serment civique , le dimanche 23 du même mois. Voici la lettre collective adressée en réponse, le lendemain même, par le digne curé :
« Messieurs, Nous avons reçu la lettre respective que vous nous avez fait l'honneur de uous écrire hier au soir et nous nous joignons pour y répondre et vous témoigner l'uniformité de nos sentiments sur le serment civique, qui en est l'objet et dont la loi sera publiée, dimanche prochain, suivant vos désirs, au prône de la messe paroissiale. Le mot civique que l'on ajoute à ce serment, Messieurs, parait ne nous présenter que des objets purement civils. A l'envisager ainsi, nous sommes trop jaloux de notre zèle patriotique pour ne pas en faire une profession solennelle à la face même des autels.
« Mais nous lisons, Messieurs, dans les feuilles publiques et dans les diverses instructions pastorales des prélats du royaume, que la Constitution qu'il faut jurer de maintenir, comprend des objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. Ce sont nos maîtres dans la Religion. Nous devons nous faire une gloire d'être dociles à leurs principes et de suivre leurs traces. Notre serment devra donc faire une exception de ces objets.
« Persuadés de la pureté de votre religion et de la liberté que rassemblée nationale laisse à nos consciences, nous vous présentons la formule de serment civique, que nous sommes disposés à prêter; si elle peut être adoptée, nous vous prévenons dès ce moment que nous le prêterons dimanche prochain en huit ».
« Formule du serment civique : Je jure de veiller avec soin sur les fidèles, dont la conduite m'est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par le Roi, exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle ».
Le samedi suivant, la municipalité notifia, par deux de ses membres, au digne pasteur et à ses collègues le rejet de la formule
(I) Les curés de la cathédrale réunirent longtemps ces deux titres à celui de curé.
et la nécessité de prêter le serment dans les mêmes termes prescrits par l'assemblée nationale. Inébranlable sur la question du serment, le curé Darralde s'engagea à lire simplement le dernier décret, le lendemain, au prône de la messe paroissiale. A l'issue môme de l'entretien avec les délégués municipaux, l'abbé Lahirig*oyen, homme de peu d'énergie, donna au curé sa démission de vicaire, démission qu'il notifia aussi à la municipalité, en la prévenant qu'il n'était plus fonctionnaire public (1). Dans la soirée même, un conseiller municipal vint communiquer à l'abbé Darralde un écrit d'un docteur de Sorbonne concluant à la licité du serment civique. Le curé rendit l'écrit avec un billet où on lisait : « Il s'en faut de beaucoup que le raisonnement de l'auteur soit solide et conséquent dans son objet ; sans être docteur en Sorbonne comme lui, je présumerais de le confondre et de le convaincre sur ses subtilités et ses mauvaises applications. J'adopte seulement et il devrait aussi adopter pour lui-même le texte de S l -Paul qu'il cite à la dernière page : « Qu'elles écoutent en silence ceux qui sont faits pour enseigner ».
A une nouvelle instance de la part de la municipalité, Darralde répondit, le 25 janvier : « Je regarde ma formule trop conforme à la voix de ma conscience et aux principes que j'ai puisés dans les auteurs sacrés, pour que je puisse changer de sentiments ».
Le corps municipal se mit alors à la recherche d'un homme plus facile parmi les ecclésiastiques de la ville. Il le trouva dans le syndic des prébendiers, l'abbé Raymond Dolhaberriague(2). Aussi voulut-il en faire le remplaçant du vicaire démissionnaire de la cathédrale. Il fallait pour cela le consentement du curé et l'approbation de l'Ordinaire. A la sollicitation des officiers municipaux, Darralde répondit que c'était là un droit épiscopal. Informé que Dolhaberriague devait prêter le serment civique, à l'issue de la messe paroissiale, le dimanche 30 janvier, et que même sans attendre l'approbation de l'Ordinaire, il allait vaquer aux fonctions du ministère, Darralde s'abstint de se présenter, ce jour,
M) Voir cette lettre : Vie de M. DaguetTe, p. 443.
(2) Fils de Michel D. et de Marie Latailladc, il était né à Bayonne et avait été ordonné prêtre, à Oloron, en juin 1781. Simple clerc, il avait été doté de la prébende d'Astergoine (?). A la formation du district, il accepta d'entrer dans le conseil des notables de la ville, où il ne cessa pas de se montrer modéré. — Un vicaire de St-Esprit, de même nom, prêta aussi le serment constitutionnel. Voir l'abbé Légé, t. 1. p. 187.
à la cathédrale pour ne pas assister à un scandale trop poignant pour sou cœur de prêtre.
Mais, en pasteur vigilant, il notifia d'abord à l'abbé Dolhaberriague, puis à son peuple, que les confessions entendues, les mariages bénis par lui seraient nuls et sans valeur. Les officiers municipaux s'en émurent. Sortant des termes d'une politesse relative, ils adressèrent au directoire du district une lettre dans laquelle, malgré eux , ils laissaient transpirer leur estime pour lo noble caractère de Darralde et l'influence qu'ils subissaient eux-mêmes.
— « Nul doute, disaient-ils , en parlant de Dolhaberriague, que cet ecclésiastique ne fût revêtu de tous les pouvoirs que la loi exig*e... pour exercer son ministère. Il y a d'autant plus droit que lui seul s'est dévoué à consolor les fidèles de l'abandon dans lequel
les laissaient le sieur Darralde et ses ci-devant vicaires
<.< Nous nous dévouerions au silence, si M. Darralde n'avait pas mis le comble à ses procédés irréligieux par l'acte qu'il a fait signifier, ce jour, au sieur Dolhaberriague. Cet acte menace d'attaquer les habitants de cette ville dans leur affection la plus chère, l'exercice de leur religion : il tend à les priver de tout secours religieux spirituel et de la participation aux sacrements.... 11 en résulte une infraction aux décrets relatifs à la constitution civile du clergé.... Il est de notre devoir de vous dénoncer des délits aussi graves et de vous supplier d'armer le plus promptement possible la sévérité des lois contre le sieur Darralde et de mettre sous leur salutaire protection le zélé, le seul fonctionnaire, qui puisse dans ce moment être reconnu à Bayonne... » (31 janvier).
Ce jour là même, deux commissaires, au nom du corps municipal, enlevaient des mains de l'abbé Darralde les registres paroissiaux, et notifiaient à lui et à ses vicaires l'ordre de s'abstenir de toutes fonctions paroissiales et notamment celui de ne prononcer aucun discours. Un autre membre, Barthélémy Hirigoyen, procureur de la commune, signifiait à MM. d'Alincourt, Ducasse et Tostain, vicaires généraux, l'arrêté du conseil municipal portant inhibition et défense de s'immiscer dans leurs anciennes fonctions, sous peine d'être poursuivis comme perturbateurs de l'ordre public et punis comme tels, suivant la rigueur de la loi.
Le 30 janvier 1791, le jour même que Dolhaberriague prêtait son serment civique, Darralde autorisait MM. Antoine Ducasse, Meillan et Hiriart, prêtres approuvés de la paroisse, à remplir, en son nom,
— tant qu'ils seraient approuvés par l'Ordinaire — les fonctions du ministère paroissial, à la condition que sur les registres paroissiaux ils relateraient le simple consentement du curé. Pour lui il se décida à aller dire la messe dans les chapelles de la ville et surtout dans celle des dames de l'Union. A côté de l'abbé Hiriart, aumônier de ce couvent, et avec l'abbé Romatet, l'un de ses vicaires, il espérait continuer en secret les fonctions curiales. Le 2 février, le corps municipal députa deux de ses membres, MM. Ducourau et Garrou, auprès de dame Viodos, supérieure des dames Clarisses, et auprès de dame Bascler, supérieure des dames de YUnion Chrétienne, pour intimer à celle-là l'ordre d'interdire la chapelle aux sieurs Garât et Saîha, chanoines, et à celle-ci, la sienne aux sieurs Darralde et Romatet (1).
Le curé de la cathédrale était un de ces prêtres, qui attachés avant tout et par dessus tout, aux devoirs de leur conscience et aux droits imprescriptibles de l'Eglise, sont respectueux du pouvoir civil. Sa longue correspondance avec la municipalité bayonnaise , que nous avons sous les yeux (2J, nous en donne une preuve irrécusable. Il apprit qu'en général les ecclésiastiques fonctionnaires publics étaient autorisés à continuer l'exercice de leurs fonctions jusqu'à leur remplacement. Peut-être comptait-il sur de meilleurs temps. Toujours est-il que le regret de livrer ses ouailles à des loups ravisseurs le porta à épuiser tous les moyens de conciliation honnête. C'est pourquoi, le 6 février, il adressa au corps municipal la lettre suivante. Nous la donnons malgré sa longueur:
« Messieurs, La voix publique m'apprend qu'il s'introduit au tribunal du district une procédure, où je me trouve impliqué. J'ignore si la conduite que j'ai tenue avec la municipalité, à l'occasion du serment civique prescrit par la loi du 26 décembre dernier à tous les fonctionnaires publics, peut m'attirer l'animadversion de
\\) Voyez dans les Etudes, année 1893, pp. 208-71, 330-32, de nouveaux détails sur le personnel de ces établissements religieux et les vexations de la municipalité bayonnaise à leur égard. Papiers du cap. Duvoisin.
(2) L'abbé Légé, diocèses d'Aire et de Dax t. I. 119; t. IL p. 288, 292, 294 donna le personnel et les revenus etc., du chapitre royal des Ursulines et des Cisterciennes ou Bernardines de S l -Ksprit en 1789. Cette dernière maison prenait le nom d'Abbaye de N.-D. de Beauvoir de l'Ordre de Citeaux. (Procès-verbal de la bénédiction de Mad. Jeanne- Marie Roby, titulaire de l'abbaye, à la cathédrale de Bayonne, par l'évcque de cette ville, le 13 fév. 1737).
la loi; si je consulte ma conscience, elle me rassure sur la pureté de mes intentions. Si en manifestant ces intentions, je me suis égaré dans la forme, je dois compter sur l'indulgence de mes juges; mais avant de m'y comparaître, je me dois à moi-même, je dois au peuple de cette paroisse que vous représentez, de développer dans toute la sincérité dé mon âme, les causes d'après lesquelles j'ai été forcé de régler ma conduite...
« Vous savez, Messieurs, que m'ayant transmis officiellement cette loi, je la publiai, le dimanche suivant au prône; que depuis je suis <mtré avec vous en explication sur la manière dont je croyais devoir m'acquitter de ce serment, d'après les principes que ma conscience seule m'imposait. Rigides observateurs de la loi, vous ne trouvâtes pas à propos, Messieurs, d'admettre la simple restriction que j'y avais mise. Sans nous fixer de part et d'autre, sur la latitude du délai accordé par la loi aux fonctionnaires publics ecclésiastiques, pour délibérer sur le serment qu'elle leur prescrit, nous nous sommes renfermés dans l'exécution de nos devoirs respectifs.
« Pendant cette discussion établie par la correspondance tenue à ce sujet, vous m'avez présenté M. Dohaberriague pour remplacer M. Lahirigoyen. J'ai non seulement applaudi à ce choix, mais j'y ai acquiescé dans la présupposition qu'il était approuvé ou serait revêtu des pouvoirs nécessaires à l'exercice de ses fonctions. Mon devoir m'obligeait à être fixé d'une manière non équivoque, sur les pouvoirs de M. Dohaberriague prescrits par le droit commun ecclésiastique. J'ai appris, par la lettre de MM. les vicaires généraux, que j'ai eu l'honneur de vous remettre, que ses pouvoirs expiraient lundi dernier. Une lettre reçue d'eux, deux jours après, me confirme de nouveau ce fait.
« C'est dans cette situation que j'ai cru devoir annoncer, par un acte, à M. Dohaberriague la nécessité où il était de s'y conformer. Je comprends, Messieurs, que cet acte, qui n'a d'autre principe que mon attachement aux saintes lois de l'Eglise, vous ait paru une infraction aux décrets de l'Assemblée nationale. Si malgré la pureté de mes intentions, je me suis écarté du nouveau régime qu'elle a établi à ce sujet, dont j'avoue et confesse n'avoir pas une parfaite connaissance, je viens, Messieurs, en qualité [de gardiens] de la loi et chargés quant à son exécution, vous prier de recevoir ma rétractation de cet acte et ma déclaration de mon entière déférence
pour les décrets civils de l'Assemblée nationale sanctionnés par le Roi.
« Quant à M. Dolhaberriague, j'ai lieu de croire qu'il sera satisfait de cette déclaration et que, rendant à la pureté de mes intentions la justice qu'elles méritent, il n'attribuera l'acte dont il s'agit qu'à mon amour et à mon zèle pour l'accomplissement des devoirs de mes fonctions pastorales.
« Que ne puis-je, Messieurs, dans ce moment vous faire une pareille rétractation par rapport au serment civique prescrit par la loi du 26 décembre ! Avec quel empressement ne l'offrirai-je pas si je n'étais pas retenu par le cri impérieux de ma conscience ! Si ce moment n'est pas venu encore, je ne puis non plus affirmer qu'il ne viendra pas.
« Les nouvelles publiques apprennent, Messieurs, que l'Assemblée nationale a autorisé les fonctionnaires à continuer leurs exercices jusqu'à leur remplacement. En m'appuyant des décrets rendus sur cette question, lesquels s'exécutent dans la partie des Landes et dans nos paroisses voisines, je viens, Messieurs, réclamer de votre justice à jouir du même avantage, et en conséquence, je conclus à ce qu'il vous plaise me donner acte des diverses conclusions contenues en la présente pétition et de l'offre que je fais d'exercer mes fonctions curialcs, jusqu'à ce que je sois remplacé, sous la réserve des fonctions ultérieures, que je ferai dans l'intervalle pour tâcher de concilier et la voix de ma conscience et le zèle vraiment patriotique dont je serai toujours animé pour la prospérité de l'Etat. »
La réponse de la municipalité fut une fin de non-recevoir inscrite sur les registres publics en ces termes :
« Vu la pétition ci-dessus, nous, officiers municipaux de la commune de Bayoune , ouï le procureur de la commune , et conformément à ses conclusions, disons n'y avoir lieu à délibérer sur le contenu d'icelle ». Elle avait compris que M. Darralde n'était pas son homme. Dans sa rancune haineuse, elle répandit « le bruit que if. Darralde s'était repenti de n'avoir point prêté le serment, qu'il en avait témoigné le regret à la municipalité de Bayonne, qu'il avait môme offert; de le prêter -purement et simplement, et que , s'il ne l'avait point prêté , c'est qu'elle s'était refusée à l'admettre ». Le digne curé protesta, par une lettre, datée du 27
février, qui a été publiée par l'auteur de la Viede M. Daguerrc(l). M. Darralde était chez lui encore, le 28 juillet 1192. Eu communication secrète avec les prêtres qu'il avait autorisés à administrer les sacrements en son nom, il dut les diriger dans l'exercice de leurs fonctions et unir sa prière et ses efforts aux leurs pour la g-arde de son troupeau. Mais enfin, il dut prendre le chemin de rEspagrnc. Nous ignorons le lieu de sa retraite.
Dans cet intervalle, bien des événements s'étaient écoulés. D'un côté, c'était l'apparition d'un bref du pape en date du 13 avril, les nobles protestations de Mgr de Villevielle écrites de S 1 Michel (banlieue de Bayonne), de Larressore, d'Urdach, de Pampelune, de chez don Juan Lorcnzo de Yrig-oyen, évoque de cette ville; de l'autre, c'était la prise do possession de son prétendu évêché par Sanadon, sa réponse du 3 Juin « a la lettre de compliments » du corps municipal de Bayonne, sans parler d'autres lettres accordant les pouvoirs nécessaires à quelques rares prêtres de l'arrondissement et enfin annonçant son arrivée à Bayonne pour le 21 juin. Avant son départ, il rédigea son mandement-ordonnance en date du 18 Juin, daté du séminaire de S l0 -Marie d'Oloron (2).
Ml P. 448.
(2) Voici ce factum publié en basque et en français : — « Ordonnance de Monsieur levéquc du département des Basses-Pyrénées. Barthélemy-Jea:i-Baptiste Sanadon par la miséricorde divine et dans .la communion de la Sainte-Eglise, Catholique, Apostolique et Romaine, évéque constitutionnel du département des Basses-Pyrénées à tous les fidèles de notre Diocèse, Salut et bénédiction en J.-C. N.-S.
Uniquement occupés du désir de procurer le salut des fidèles confiés à nos soins, et des moyens de conserver et de maintenir entr'eux cette unité de sentiments, cette union de cœurs et des esprits et cette concorde frau-rnelle qui sont tout à-la-fois le gage et le lien de la charité chrétienne; et persuadés que du choix des coopérateurs, qui, de concert avec nous, doivent veiller sur leur conduite, les éclairer, les instruire, et leur administrer les sacrements, dépend principalement le succès de la réunion (?) que nous proposons, nous avons cru que la première et la plus essentielle de nos obligations étoit de nous assurer que les Ministres chargés de diriger les Peuples dans le Tribunal la Pénitence, et de les guider dans la pratique de leurs devoirs, tant envers Dieu, envers le prochain et envers eux-mêmes, comme chrétiens, qu'envers la Patrie et chacun des membres qui la composent, comme citoyens, ont des lumières, la prudence et le zèle requis, pour éviter les malheurs auxquels des guides aVeugles, ou prévenus, ou peut-être imbus de principes suspects, exposeroient des âmes faibles et faoiles à prendre les impressions bonnes ou mauvaise!
L'évêque intrus avait accepté le logement que lui avait offert la municipalité bayonnaise. Toutes les précautions furent prises par elle pour faire une grande réception à Févêque constitutionnel. Tous les religieux et religieuses de la ville furent invités à sonner les cloches de leurs églises. Les registres de la ville ne font mention que de la réponse des Visitandines et des Da mes de Y Union Chrétienne (1). Les premières répondirent qu'elles ne sonneraient pas, mais qu'elles laisseraient sonner les cloches, si quelqu'un se présentait chez elles pour le faire. Les secondes, par l'organe de leur
qui leur sont données : A ces Causes, de l'avis de notre Conseil, avons déclaré et déclarons par ces présentes, que nous révoquons toutes approbations données jusqu'à ce jour, pour confesseurs à tous prêtres, soit séculiers, soit ci-devant réguliers, n'étant point pour le présent, fonctionnaires publics (même a ceux ci-devant revêtus de pouvoirs
f>articuliers sous quelque titre ou dénomination que lesdits pouvoirs eur ayent été conférés, tous lesquels pouvoirs ont cessé de droit du jour de notre installation), savoir : celles données aux susdits prêtres résidans ès autres villes et paroisses de notre Diocèse, trois semaines après la dite publication : ensemble désirant procurer à la vigne du Seigneur un nombre suffisant d'ouvriers pour la cultiver , nous invitons tous les prêtres soit séculiers soit ci-devant réguliers, non fonctionnaires publics, résidans ès dites villes d'Oloron et de S tc -Marie. qui désireront y confesser, à se présenter devant nous huit jours après la publication de la présente, et ceux domiciliés ailleurs dans l'étendue de notre Diocèse, trois semaines après la dite publication, aux fins de recevoir une nouvelle approbation et de nouveaux pouvoirs si nous jugeons utile et expédient pour le bien des fidèles et du service des églises de les leur accorder ; faute de ce, et ledit délai expiré, déclarons toutes les approbations qu'ils auroient reçues ci-devant et obtenues,
f>our confesser, nulles et de nulle valeur et effet; déclarant en outre esdits prêtres soit séculiers, soit ci-devant réguliers et tous autres, non -fonctionnaires publics, suspendus dans leurs fonctions en cette partie : et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance, voulons que notre présente Ordonnance soit lue au Prône do chaque Paroisse et affichée aux portes dos Eglises d'Oloron, de S tc -Marie et de toutea autres villes de notre Diocèse, notifiée à tous ceux qu'il appartiendra et envoyée à tous les Directoires du département du Diocèse, priant Messieurs les administrateurs qui les composent, d'en instruire les Municipalités de leurs districts respectifs, afin que Messieurs les Officiers municipaux en donnent connoissance à tous ceux qu'il appartiendra, et veillent à ce quelle soit observée.
Donné dans notre séminaire de S'°-Marie d'Oloron, le dix-huit Juin mil sept cent quatre-vingt-onze.
t Bauthélemy-Jean-Baptiste Sanadon èvêque du département des Basses-Pyrènêes.
Par Mandement :
Aug. Sordes, vicaire et secrétaire ».
(1) Voyez dans les Etudes, mois de mai, juin, année 1893, la liste des religieuses de ces deux communautés, en 1791.
supérieure, déclarèrent qu'elles ne sonneraient pas, parce qu'elles ne reconnaissaient pas M. Sanadon pour leur évoque. L'intrus arriva à Bayonne, à la date annoncée. Deux procès-verbaux de la municipalité (1) en date « dudit jour mardi vingt-un Juin mil sept cens quatre vingt-onze » et du 23 juin donnent ainsi le compterendu de cette journée et de celle du lendemain :
« Le corps municipal, pour assurer d'autant plus la tranquillité publique, a fait placer à la Maison de Ville un détachement de trente hommes de la milice nationale, à elle joints douze hommes de la troupe de ligne, pour qu'il fût fait des rondes pendant l'après-midi.
« Vers les trois heures après-midi , les officiers municipaux, revêtus de leurs écharpes et à eux joints MM. les notables formant avec lui le conseil général de la commune, précédés du guet et réunis à MM. les administrateurs du district d'Ustaritz actuellement à Bayonne, et de l'état-major de la milice nationale, s'est rendu à la barrière du St-Esprit; la milice et la troupe de ligne y occupoient déjà leurs postes.
« M. l'éyôque y est arrivé à quatre heures, escorté par le détachement à cheval de la garde nationale de Bayonne, qui étoit allé au devant de lui jusqu'au port de Lanne, et par un autre détachement à pied de la garde nationale du St-Esprit; il étoit en outre accompagné par MM. les officiers municipaux et de l'état-major de la garde nationale de ce lieu. Une salve du canon de la citadelle a annoncé cette arrivée.
« M. le Maire, portant la parole, au nom du conseil général de la commune, a accueilli M. l'évêque et l'a complimenté; MM. les administrateurs du Directoire du district et le clergé constitutionnel de Bayonne (2), celui-ci ayant à sa tète M. Dolhaberriague, fonctionnaire public, l'ont aussi complimenté, et au milieu de ces trois corps et d'une multitude immense, M. l'évêque a fait son entrée en ville. Alors, les canons des forts de la ville et de la frégate de l'Etat La Lionne ont tiré. M. l'évêque, ainsi accompagné, s'est rendu au logement que le corps municipal lui avait fait préparer
(1) Elle se composait de MM. Lasserrc, maire; Dulue, Garrou, aîné, Hedembaig, Poydenot, Coureau, Lacoste, Damborgez, Joumard, Lesca, officiers municipaux, Hirigoyen, procureur de la Commune, et Duhaldc, substitut.
(2) A côté de Dolhaberriague figuraient ses ficaires, « ci-devant moines défroqués ». Voyez les Etudes, année 1893, p. 269.
dans les appartements du ci-devant hôtel de l'Intendance. Il a trouvé a son entrée audit hôtel la garde nationale de Bayonne rangée en bataille. Les officiers municipaux et MM. les notables ont pris congé de lui et se sont retirés dans la maison commune, où ils ont fait et dressé le présent procès- verbal. Lasserre, maire; Joumard, officier munie. , Lacoste, off. munie. »
A la date du jeudi 23 juin, on lit : « Le jour d'hier, le corps municipal a donné à dîner à M. l'évêque, à son logement à l'hôtel de l'Intendance, auquel ont été invités les chefs des différents corps administratifs, civils et militaires de la ville, et MM. les commandants des forts, citadelle, ainsi que le Maire du St-Esprit.
« Que ce jour, M. l'évêque a officié pontificalement dans l'église de la paroisse, et a fait la procession du St-Sacrement dans la ville.
« Que l'après-midi, M. l'Evêque est parti pour St-Jean-de-Luz, accompagne par un détachement de la garde nationale de Bayonne à cheval. Environ deux heures avant son départ, un autre détachement d'environ 80 hommes de la môme garde nationale à pied a voit pris les devans pour accompagner M. l'évêque jusqu'à St-Jeande-Luz. Lasserre, maire; Joumard, off. m.; Lacoste, off. m.
Les capucins, et à leur exemple, sans doute les autres religieux de la ville, avaient refusé de prendre part à la procession du St-Sacrement. Les Visitaudines n'avaient pas voulu laisser construire, comme d'ordinaire un reposoir contre le mur de leur maison (2). M. Leremboure, administrateur du district de Bayonne, s'offrit pour accompagner l'évêque à St-Jean-de-Luz et à St-Pée. Le dimanche 7 août, fut lue au prône et publiée, à Bayonne, l'ordonnance de Sanadon. Le 25 du même mois, fut exécutée une autre de ses ordonnances, datée du 9 août, érigeant en cure succursale l'église des Jacobins et étendant sa juridiction sur toute la partie de la paroisse, qui occupait la rive droite de la Nive (3î. Nous ne connaissons pas le nom du personnage, qui devint le subordonné de Dolhaberriague, car la nouvelle succursale fut confiée provisoirement à un vicaire.
Si nous avions à faire l'histoire de la Révolution, nous aurions à parler des procousuls ou représentants du peuple, de leurs séides,
(1) Pièces histor. de la période révolutionnaire, 3 e fasc, Bayonne, H. Jérôme 1887.
iï\ Ibid., p. 15.
(3) Ibid., p. 15
des généraux de l'armée des Pyrénées occidentales, des étrangers révolutionnaires accourus à Bayonne, des réquisitions, des volontaires, des pillages, incarcérations, déportations, des suicides, des exécutions à mort, des fêtes et orgies républicaines etc. ..etc. Nous trouverions des détails dans les manuscrits laissés par un bayounais. Nous voulons parler de Reynon, officier dans le bataillon levé, à Bayonne, contre l'invasion espagnole, en 1793. Nous lui empruntons seulement quelques renseignements. En parlant de l'apothéose de Marat, l'auteur dit qu'on la fit en grande pompe. Ce fut une sorte de procession qui parcourut toute la ville. Ensuite, il décrit la féte de l'Etre suprême. Une demoiselle d'une famille notable de la ville, montée sur une hacquenée, représentait la Liberté une pique à la main, la dague au côté, le bonnet rouge sur la tète ; une très jolie herbière d'une taille avantageuse était costumée en Belione; Mars était représenté par un beau jeune homme; un ebarriot à foin traînait douze jeunes filles à moitié nues; quatre chenapans, Y Européen, Y Asiatique, Y Africain et Y Américain gambadaient chacun à sa façon; une foule de grigous faisaient des grimaces en toilette burlesque.
Dans la Phase quatrième, Reynon parle du vandalisme exercé à l'église cathédrale, à St-Etienne et à la Synagogue. Ici, Monestier est représenté comme un homme adonné aux plaisirs de la boune chère, surtout à la boisson, et c'est quand il était repu qu'il se rendait au club, en robe de chambre; il montait à la tribune et vociférait suivant l'usage du temps. Les juifs, jusqu'à la Révolution avaient été confinés à St-Esprit. Le plus grand nombre d'entr'eux vivaient dans la misère; émancipés par le nouveau régime, ils en devinrent les partisans ardents. Les représentants du peuple n'avaient pas de meilleurs espions que les juifs : « Le désordre fut porté à son comble. Malheur au catholique qui eût articu'é une plainte! la dénonciation d'un juif eut suffi pour le faire guillotiner comme fanatique et contre révolutionnaire ». Monestier, plein de vin, se rendit, un jour, à la synagogue des juifs et là il déblatéra dans les termes les plus violents contre le christianisme, ses ministres et ses autels. Une fois qu'il eut préparé son auditoire à l'action, il le poussa contre les églises, lui ordonnant d'aller tout saccager à St-Etienne et à la cathédrale.
Qu'une ardente fureur, très justement promise, Embrase tous les cœurs des enfants de Moïse.
Los juifs exécutèrent l'ordre avec promptitude. Ils coururent aux lieux signalés.
Des chrétiens corrompus, secondant leurs efforts Imitèrent des Juifs les aveugles transports.
La dévastation fut complète. « Les douze apôtres, qui ornaient le porche de la cathédrale, étaient de grandeur plus que naturelle, r*t en pierre, de môme que les saints du cloître. Les statues d'anges, de chérubins et de séraphins en l'un et l'autre endroit et d'autres •fort nombreuses aussi, de pierre et de taille moyenne, furent ou mutilées ou entièrement brisées et jetées sur la place (1). Le peuple loin de prendre part à ce vandalisme sacrilège, s'irrita au spectacle de ces fureurs; il secoua un instant la terreur qui lui faisait baisser la tète, et croyant venger sa foi des outrages des Juifs, il courut à la principale des trois synagogues de St-Esprit, détruire tous les objets du culte d'Israël.
Tel qu'un torrent fougueux qui franchit la barrière, 11 mit tout en débris, en déoombre et poussière.
Reynon fait connaître dans une note le sort des édifices religieux. « La cathédrale (2) devint un dépôt de fourrages pour l'armée, ainsi que les couvents des Capucins, des Gordeliers et des Augustins. Celui des Jacobins fut transformé en hôpital militaire, et celui des Carmes en son annexe, celui des Ddtnes de lu Foi en caserne des déserteurs espagnols. Le couvent de S le -Claire fut converti en magasin d'habillement et d'équipement », la Visitation en prison, de même que le fortin du Réduit. La chapelle du Chfiteau- Neuf, de Bayonne, avait été convertie en salle de feu d'artifice pour l'armée. Le 10 juillet 1793, il y eut une explosion qui coûta la vie à une cinquantaine de militaires logés au dessus de la salle.
Disons un mot dos confrères de l'abbé Darralde.
Jean Romatet. Né à Hendaye, en 1748, de Pierre R. et de Françoise Dacarette, il étudia à Paris où il reçut les ordres, au titre de bénéfice, jusqu'au diaconat. Il fut ordonné prêtre à Oloron, fin mars 1774. Fidèle imitateur de son digne curé, il quitta son poste de vicaire plutôt que d'apostasier. Il émigra en Angleterre. Il s'y
(I) Un autre contemporain, M. Laborde, du Boucau a ajouté au crayon : « Duthil, maçon, les détruisit.
\1) Voyez dans les Notes sur les èv. de liayonne, par H. Poydenot, 3° partie p. 7*24 , une délibération relative aux o >iets d'argent de la Confrérie du Très S. S. do l'année 1703.
appliqua à l'étude de l'anglais, qu'il enseigna ensuite à Bayonne, à l'institution de M. Meillan. Prêtre habitué dans cette ville, il y mourut en 1817, avec la réputation d'un saint.
Jean Lahirigoyen, 2° vicaire de M. Darralde, était né à Mendionde le 4 avril 1752, de Jean L. et de Marie d'Ondicola. Il reçut le sacerdoce le 19 février 1777 et devint d'abord prébendier à la cathédrale, le 16 octobre 1781 , puis collaborateur de l'abbé Darralde en qualité de vicaire. Nous avons dit qu'il signa la lettre collective de sou curé et autres, se refusant à prêter le serinent civil pur et simple ; mais comment ensuite , au lieu de suivre l'exemple de Vabbé Darralde, il lui donna sa démission de vicaire, démission qu'il notifia à la municipalité ? Après quoi, il prit le chemin d'Espagne. Le 25 juillet 1818, il fut nommé chanoine honoraire, et le 6 novembre chanoine titulaire. Il mourut à Bayonne le 27 janvier 1826.
Martin Duhart, troisième vicaire de l'abbé Darralde, était né à Briscous, le 30 mai 1756, d'Arnaud D. et de Jeanne Fabre. Ordonné à Oloron en avril 1788, il refusa le serment constitutionnel. A l'ouverture du culte, il devint curé de Bardos, où il mourut, le 26 février 1815.
Les Abbés Ducasse, Meillan et H iriart. Ce sont les trois ecclésiastiques que M. Darralde autorisa à exercer en son nom le ministère paroissial, le jour où Dolhaberriague prêta le serment constitutionnel. Le premier , Bernard-Antonin , était frère de Pierre- Emmanuel Ducasse, dont nous avons parlé plus haut (1). Ordonné à Oloron, le 25 mai 1782, il était encore jeune prêtre, quand le pieux curé de la Cathédrale lui donna ce témoignage de sa haute estime. — Le second, Jean-Timothée Meillan, naquit à Bayonne, le 24 janvier 1756, de Jean Meillan et de Sauvade Capdevielle. 11 fit ses études à Toulouse, où il reçut les ordres, excepté la tonsure et la prêtrise. Ordonné le 19 février 1780, il était digne de la confiance de l'abbé Darralde. Nous n'avons pas d'autres renseignements sur lui, sinon qu'il fut chef d'institution d'abord à Bayonne, puis à St-Pierre d'Irube, où il mourut, le 8 février 1813. — Le troisième pouvait être Pierre Hiriart, diacre et maître des cérémonies du Chapitre de la Cathédrale.
1) Voyez, plus haut, les prêtres de Bayonne.
Les Abbés Lanusse, Jmbert, Lasserre, Bournazel, le P. Hyacinthe Hugounet, Lobai, Martial David, Destouet, etc. :
Michel Lanusse, né à Bayonne, de Pierre L. et de Marie-Anne Monlaur, fut ordonné à Dax au mois d'octobre 1114. La Révolution le trouva bénéficier de la Cathédrale. Doué des plus hautes qualités de l'esprit et du cœur, il suivit l'exemple de l'abbé Darralde. Il est probable que durant les mauvais jours de la Révolution, il ne s'éloigna guère de Bayonne. Mais il est certain que de 119$ à 1802, ce saint et zélé confesseur de la foi administra les sacrements au péril de sa vie dans cette ville et dans les paroisses voisines. Travesti sous divers costumes de bouvier, de gagne-petit, etc. , et au besoin les contrefaisant admirablement, il étendait ses courses apostoliques jusqu'à Bidache et quelquefois plus loin. On raconte de lui des traits merveilleux d'habileté et d'audace chrétiennes, car son souvenir est encore vivace dans plusieurs familles, dont les ancêtres lui donnèrent l'hospitalité au temps de la Terreur (1).
Jean Imbert ou d'Imbert, « de la paroisse d'Ugange » ou de S' e -Eulalie, à S l -Jean-Pied-de-Port, était fils de Jean I. et de Marie d'Arrance. Ordonné à Dax, en mars 1742, il fut nommé vicaire d'Uhart-Cize au mois de septembre suivant. De là, il passa au « Prieuré-Cure de la Magdeleine et d'Ispbure, en Basse-Navarre ». C'est là que la Révolution le surprit au fort de la tourmente; soit pour déjouer les recherches de la police révolutionnaire, soit pour se dévouer aux âmes, il vint se cacher dans une famille parente ou amie à Bayonne. Dès son arrivée, il se mit à administrer les sacrements en secret jusque dans les localités voisines.
Un jour, travesti sous un costume des plus étranges, il partit pour son pays natal. Traversant le bois de Jatsou, près Ustaritz, il s'y égara. Exténué de fatigue et pressé par la nuit, il chercha un refuge dans un four à chaux vide. Il tombait bien ! Il s'y trouva en compagnie d'une bande de voleurs insignes, qui l'y avaient précédé. Sans se déconcerter, il leur adressa la parole avec calme. Le chef de la bande s'apercevant bientôt à qui il avait affaire et admirant son sang-froid, lui dit : « Votre sort, aujourd'hui, est semblable au nôtre, mais n'ayez pas peur, c'est moi qui vous accompagnerai là où vous voudrez ». Le brigand se trompait, le
(Il Renseignements de M. l'abbé Labourt, curé archipretre de Bayonne, un de ses successeurs à la cure de La Bastide-Clairence.
sort du prêtre fidèle était pire. Quoi qu'il en soit, Imbert agréa les offres de ce Raphaël d'une nouvelle espèce. GrAce à lui, il gagna la frontière espagnole. Nous ignorons la date de son retour, niais de 1798 à 1801 nous le voyons administrer les sacrements dans le pays avec un zèle tout apostolique{ 1 ). Il ne faut pas leconfondre avec un autre Jean Imbert (2), frère de Pierre, tous les deux prêtres de* St-Jean-Pied-de-Port. Ce dernier Jean I., né le 14 septembre 1*761, devint, à l'ouverture des églises, curé de Hélette, puis de sa ville natale, le l or janvier 1809. Il y mourut en 1835. Il devait être parent de notre généreux confesseur, dont nous ignorons le lieu et la date de décès.
Le P. Hyacinthe Hugonnet. C'était un frère mineur conventuel qui, durant son séjour à Bayoune en 1797, y administra les sacrements. Il faut en dire autant de Martin Lasserre-Bournazel, prêtre missionnaire et ancien dieecteur au Séminaire de Périgueux. Fuyant devant la persécution, à l'exemple de plusieurs autres ecclésiastiques, il se réfugia dans notre pays.
Muni des autorisations de l'Evèque de Dax et de M. d'Alincourt, administrateur du diocèse de Bayonne, dans la vacance du siège épiscopal, il exerça avec zèle son ministère sacerdotal à Bayonne et aux environs.
Jean Labat, né à Bayonne, fit ses études théologiques à Paris. Après son ordination reçue, le 22 février 1755 il resta quelque temps prêtre habitué. Il remplissait les fonctions de sous-diacre et quelque fois de maître de cérémonies quand éclata la révolution.
Le 1 er février, il se présenta devant les officiers municipaux et leur déclara ne pouvoir plus continuer ses fonctions. Interrogé sur ses motifs, il répondit que sa conscience ne lui permettait pas de figurer à côté du curé constitutionnel, l'abbé Dolhaberriague.
Pierre Martial. Il était prêtre profès de l'ordre des Carmes à Bayonne. Tout en promettant le 30 janvier 1 791 de prêter le serment civique, il demanda 24 heures de réflexion. Elles lui suffirent pour
(I) Notes de M" 0 Agathe Harriet de Jatsou, décédée plus qu'octogénaire, en 1390. C'est elle que nous entendrons citer chaque fois que nous nommerons M ,le Harriet.
(?) Un curé de St-Esteben nommé Imbert traduisit en basque, en 1790, le décret rendu par l'Assemblée nationale, sur le mode de former les jurys, etc. Voir la Bibliographie basque de Vinson N° 134 ; voyez dans le même auteur, diverses publications de la même époque, N" 133 à 147.
fixer et affermir sa conscience, et le refusor. Quelque temps après il prit le chemin de l'Espagne (1).
Jacques David, né à Bayonne de Louis D. et de Jeanne Nog*uès fut tonsuré et minoré le 28 mars 1760. En 1790, il était Carme, à Dax. Sommé de prêter le serment civique, il le refusa avec énergie et émigra en Espagne.
Augier Destouet, prêtre de Bayonne (2) , dont nous avons parlé plus haut en fit autant et il passa en Espagne, au mois de Juillet 1794.
Sur les registres de « la paroisse de St-Léon dans la cathédrale de Bayonne » de 1796 à 1798, on trouve les noms de Dibasson « grand-prêtre », de Crossillac, de Laffont et de Duhart. Ils y prennent le titre de « ministre du culte catholique , apostolique et romain ». Duhart prend à la fin le titre de « curé de ladite église de N.-D. » Faut-il voir en lui le 3 e vicaire de l'abbé Darralde? Le 1 er serait-il Salbat Dibasson, né le 9 juin 1744 à Ustaritz et décédé prêtre habitué le 8 décembre 1811? Laffont serait-il Etienne L., né à Bayonne et dont nous avons parlé plus haut? Enfin seraient-ils des prêtres fidèles administrant les sacrements en cachette? Nous voudrions le croire !
Nous devons à Reynon de connaître les noms de quelques émigrés de Bayonne. Après avoir cité un trait de générosité de Louis XVI, en 1782, en faveur de Madame Harriague, petite fille de Racine , membre de l'académie française , l'auteur ajoute : « M. Harriague, rentier, était de Bayonne, et ses aïeux aussi, et l'habitaient. Dès que les troubles révolutionnaires commencèrent, ils abandonnèrent la ville, vraisemblablement pour jamais, — comme beaucoup d'autres familles du premier rang par leurs qualités ou par leur mérite personnel, — pour se retirer dans leurs domaines, dans les départements des Landes, du Gers, de la Gironde et des Basses-Pyrénées. Telles sont les familles des Marquis d'Amou, Comte de Caupenne, Vicomte de Cau penne, Chevalier de Caupenne, Chev. de Roi-Montpellier, Comte de Salha, Vicomte deSalha, Chev. de Ravignan, Chev. de Barrau, Chev. de Souhy, aîné, Chev. de
(1? Rap. des off. munie, de Bayonne au Directoire du district. (2) Voir plus haut les prêtres de Bayonne.
Souhy, puiné, Baron d'Olce, Chov. de Vandaffel, Chev. Dubosc, Chev. Dupreuil, Baron de Vallier (lj, Bollen, rentier, de Picot, de Gaillardie, Pucheu, rentier, Mcillan, rentier, ex-député, Despessailles, rentier, Brocha, rentier, Veuve d'Arreguy, rentière, Clerine, rentier, ex-député, Mazères, rentier, Cbev. de Bretons-Castelnau, Veuve Cazenave, rentière, St-Jean Pinaqui, rentier, Duthil, rentier.
L'émigration de ces trente familles, qui n'ont pas été les seules à s'éloigner ont, fait disparaître de Bayonne « une partie de l'urbanité et de la civilité de ses habitants » (2).
Pendant que la bonne société bayonnaise émigrait en foule, pour faire place à des étrangers accourus de tous côtés dans cette ville, et que les événements les plus graves s'y préparaient, Mgr de Villevielle, évêque de Bayonne, mourait au monastère des Bernardins, à Oliva. « Après y avoir donné l'exemple de la plus vive piété, il fut délivré à la fois des douleurs de l'exil et du poids d'une vie désolée par la mort, qui le frappa dans le courant de l'année 1793 » (3). Il fut inhumé, croit-on, dans l'église paroissiale d'Olite (H le -Navarre).
Quatre années après, le 9 janvier 1796, devait mourir Sanadon, l'évêque intrus des Basses-Pyrénées. Bientôt après le jugement du roi, il avait quitté la Convention. Quoiqu'il eût déposé ses lettres de prêtrise, il fut mis d'abord en réclusion comme suspect, puis transféré à la citadelle de Bayonne. Du fond de sa prison, il adressa un désaveu de ses votes au comité de surveillance de Pau (4). Pauvre et dans la misère, il vint finir ses tristes jours à Oloron, où l'on voit son acte de décès. Il fut remplacé par Saurine, évêque intrus des Landes vers 1799.
A l'ouverture des églises, la' cure de la cathédrale fut confiée à Jean-Baptiste Eyherabide, ancien vicaire général de l'évêque de Dax dans la partie de Mixe et Ostabarret. Mgr Loyson, premier évêque concordataire de Bayonne, voulut sans doute se donner encore un aide, en plus de ses vicaires généraux, dans la personne de ce confesseur de la foi (5). Le digne abbé Darralde à son retour d'Espagne fut nommé à la curedeNavarrenx(Béarn),où il mourut
(1) Vallier, fils, militaire de Bayonne, émigra en juillet 1794.
(2) Reynon, Y Abeille, p. 111.
(3) H. Poydenot, Récits et légendes, 2" partie p.G74.
(4) On sait que Sanadon député à la Convention, avait voté la réclusion de Louis XVI pendant la guerre et à la paix sa déportation.
(5) Voyez S'-Just-Ibarre.
le 14 août 1811. Martin Duhalde, un autre confesseur de la foi, devint curé de S'-Audré de Bayonne (lj.
Organisation administrative et politique. Le lecteur uous saura gré de donner l'organisation des autorités administratives et politiques, au 11 octobre 1793. Nous l'empruntons à Reynon avec quelques notes dues à M. Laborde du Boucau.
District d'Ustaritz. Dhiriart président, Daguerressar.Dclissalde, Dornaldeguy , Duronea, membres, Dhiriart de Bayonne secrétaire (2). M. Laborde ajoute : ils étaient tous les six notaires « républicains en bonnets rouges ». Le président Dhiriart était un républicain exalté; républicains forcenés aussi tous les autres, excepté le secrétaire Dhiriart Antoine-Robert, qu'il qualifie de républicain modéré.
Mairie : Leclerc, maire, cordonnier venu de Paris ; — Lesueur, officier municipal, inconnu, dit de Paris; — Gaube, it., prêtre (3), professeur d'hydrographie, modéré; — Derrecagaix, it., chirurgien, outré sans-culotte, faux, du pays de Soûle; — Joanhau, it., capitaine de navire bayonnais et républicain modéré; — Lehubie, procureur de la commune, prêtre assermenté et modéré (4).
Notables : Dolhaberriague , prêtre assermenté , modéré ; — Tauzin, capitaine de navire, bayonnais; — Rives, maître de danse, d'Agen; — Pomarin, cordonnier, faux; — Dupalais, cordonnier, ruiné et stupide ; — Bellas, parfumeur, ruiné et d'un esprit borné; — Charlesteguy, cordonnier, bayonnais, fanfaron en vertu?; — Dadet, architecte de Paris, impliqué depuis dans une filouterie de diamants; — Despoints, marin, inconnu, de Dax ou de Bidache; — - St-Pé, tailleur, inepte, de Lembeye ; — Peint, bayonnais, tapissier ruiné ; — Poylo (François), bayonnais, droguiste ; — Plaisance, père, basque, marchand quincailler; — Chantry, de Mousserolles, sculpteur ruiné; — Carrciron, béarnais, semi-négociant, ruiné, expulsé d'Espagne. Il fit le foudroyant sans-culotte, devint caissier du club où l'on portait les offrandes pour les défenseurs de la patrie
|1) Voyez Ustaritz.
(2j Daguerressar était de Mouguerre; Duronea, de S'-Pée; Dornaldeguy, d'Urrugne; Dhiriart, de S*-Jean-de-Luz; Delissalde, de La Bastide-Clairence.
(3) Gabriel Gaube, né à Rochefort le 3 novembre 1781; il rétracta son serment schismatique (Légé t. I, p. 187 et t. II, p. 354).
(4) Venu d'un Diocèse étranger, car son nom ne se trouve pas dans les régi st. des ordinations de Bayonne. Peut-être de S t- Palais?
et décampa incognito; — Danglade, tonnelier, bonhomme. Une partie de ces notables fut changée. Hives entra au comité de surveillance, Antoniu Ducasse « prêtre assermenté et timbré » remplaça Lehubie , prêtre ; Beau , garde-ville , remplaça le prêtre Gaube, etc. , etc.
Comité de surveillance : Aillet, président, comédien, directeur et méchant; — Duvau, horloger, membre, étranger et intrigant; — Coutanceau, ex-prêtre, membre, mauvais à outrance; — St-Pé (Sempé), tailleur, inepte ; — Pfluger, allemand, membre, interprète et dénonciateur ; — Lartigue, membre, serrurier, aimant à boire avec excès; — Rigaud, perruquier, membre, pédant; — Ibanez, philosophe, membre, proscrit d'Espagne, homme de loi, son jugement de condamnation lui donne le nom de Santi vaguez ; — Rives, membre, maître de danse, ne sachant ni lire ni écrire; — Destibeaux, tailleur, membre, ne sachant ni lire ni écrire, mais ayant le trait de subtilité et l'adresse de la main ; — Bouché, cabaretier,
l'ân personnifié (1). Toutes ces qualifications sont de
M. Laborde (2;.
Voilà les populaires administrations, ajoute Reynon, sous l'exercice desquelles, la guillotine a fonctionné sur la place Gramont et les réclusions des citoyens et des citoyennes ont eu lieu à Bayonne. Si on n'avait à leur reprocher que Yignarisnie, elles auraient un certain droit à l'indulgence ; mais les malheurs qu'elles ont occasionnés y font peu incliner ceux qui les ont éprouvés (3). On peut en conclure que la plupart des membres du comité de surveillance ne se distinguaient pas par leur scélératesse, mais se faisaient les dociles instruments de celle des représentants du peuple. En dehors du comité, il y avait d'autres personnages, qui s'employaient activement à exploiter le désordre des administrations, en ce temps où les fournitures de l'armée.les réquisitions de diverse nature, les confiscations, le pillage des reclus, prêtaient mille occasions à la rapine. Mais arrivons aux grands coupables, aux représentants du peuple, Monestier, du Puy-de-Dôme, Pinet et Cavaignac. Ils n'arrivèrent pas seuls à Bayonne.
(1) Voici les noms des huit membres du comité de surveillance en exercice au mois d'oct. 1794 : Destibeaux, Dithutbidc, Danglade, Jauretche, Poylo , jeune, Dolhabaratz, Bouché et Doyhanbehère. (Duvoisin. Reg. £>, p. 382}
(2) Reynon. L'Abeille, p. 111 ; Duvoisin, Reg. 6, p. 227.
(3) Anecdotes, en prose, p. 342.
'< Cette ville, nous dit Reynon. abondait déjà d'Allemands, d'Italiens, d'Anglais, de Prussiens, surtout de Français do divers départements qui étaient autant d'oiseaux de proie » (1). Les espagnols comptaient aussi dans le nombre d'étrangers attirés par l 'appas du désordre. Parmi eux, Reynon nomme un certain avocat du nom de Marchena, de Madrid. « Enthousiasmé jusqu'à la folie d'être sur la terre de la liberté et de s'en goberger », Marchena fit partie de la Société des frères et amis réunis, dans laquelle était admis la canaille et le vengeur (le bourreau]. Notre espagnol devenu un ardent terroriste à Paris, finit par obtenir en 1808 la place de pre mier interprète, pour la langue espagnole, de Joseph Bonaparte, afin de l'aider à usurper le trône d'Espagne. « Combien de Judas français n'ont-ils pas imité, dit notre auteur, ce renégat, qui sans aucune pudeur changent de marque suivant la curée » (2) !
En parlant de l'arrivée des proconsuls à Bayonne, Reynon dit :
» Ils avaient pour licteurs et conseil une bande,
Le rebut de Paris et de sa propagande;
Qui se grossit bientôt des plus vils scélérats ^
Que puisse procurer la lie des Etats. »
A peine arrivés à Bayonne, ils firent des discours furibonds, dans lesquels ils accusaient les Bayonnais de royalisme et de fanatisme religieux. « Il leur fallait un prétexte pour ruiner la ville. » Ils organisèrent un comité de surveillance, comité de haine et de proscription. Pour dépeupler cette ville et lui ôter tout moyen de résistance, ils firent partir toute la jeunesse pour la frontière. La loi de la réquisition n'appelait que les jeunes gens de 18 à 25 ans, mais l'arrêté des représentants fit partir ceux de 18 à 35 ans. On leur donna un drapeau portant la légende : Bayonne et Jean- Jacques Rousseau (St-Espritj, et le bataillon ainsi formé fut envoyé aux avant-postes à Ascain et à Sare. On eut que quatre jours pour se préparer au départ.
Jusqu'alors les incarcérations, pour cause de suspicion ou d'incivisme, avaient été individuelles ; on procéda aux arrestations en masse. « Un membre du comité de surveillance et un officier municipal escorté de 12 à 15 chasseurs à cheval et d'autant de gendarmes tombaient à l'improviste vers minuit chez les citoyens
(1) Anecdotes, p. 21, note 2.
(2) Ibid., p. 47
qu'ils allaient arrêter et mettre en prison. Il faut l'avoir vu pour se fig-uror les alarmes des familles et dos voisins et juger des transes journalières des individus qu'appréhendaient ces sortes d'arrestations. »
« Cinq membres du district et tous les cinq notaires Etaient de la Terreur des puissants volontaires, C'était la Haute Cour des trois représentants, Digne en tout de servir de semblables tyrans. »
On a vu plus haut leurs noms. L'auteur parle ensuite de déportations en masse des habitants de Sare et d'Ascain. Mais n'anticipons pas : nous traiterons cette question quand nous parlerons de ces localités. Reynon s'apitoyant sur le sort des victimes de la Terreur, dit dans un manuscrit : « Qu'avait fait M m0 de Kosta, abbesse de St-Bcrnard de Bayonne (1)? Qu'avaient fait Lalanne- MoDtag-ne de Bayonne, conseiller au Parlement de Pau? Darrigol, de Villefranque, âgé de 80 ans, officier pensionné de Charles VI roi d'Espagne? (2) le vénérable curé d'Anglet (3] 1 Son crime fut, le jour où il reçut l'ordre de Monestier, Pinetet Cavaignac, de fermer Véglise, de terminer ses adieux à son peuple par ces paroles : « L'obéissance est le premier devoir du citoyen ; soyez soumis aux lois ; aujourd'hui, c'est le premier jour de la République et le dernier de l'Evangile. Ces paroles le firent conduire à l'échaffaud. »
Reynon, dans une note, dit que ce fut encore un notaire, D..., qui fut le dénonciateur du pauvre curé, et il ajoute : « La lettre Dominicale de la Terreur à Bayonne était D... l'an 1793. » L'auteur signale encore d'autres victimes. Puis, après avoir dépeint dans la Phase deuxième la cruauté des représentants du peuple, la Pompe du bonnet rouge, les saturnales, etc. : dans la Troisième, le vandalisme des édifices religieux; dans la Quatrième, d'autres excès; il parle, à la Cinquième, du Comité de Surveillance et de sa catastro-
(1) Il y a ici confusion avec Marguerite Rutan, religieuse de Dax, dont parle l'abbé Légé (Dioc. d'Aire et de Dax, t. h, p G'J.) La dernière abbesse de St-liernard fut M™ Dujao, d'Uhart-Cize près S. -Jean P. P. Un membre de sa famille fut vieaire-gén 1 de Mgr de Beauvau. (Vie de Dagnerre, p. 487. N. 10.)
(2) En 1793, il obtint l'emploi de garde magasins de vivres à l'armée des Basses-Pyrén. Ancien officier du Roi d'Espagne et pensionné, il réclama l'arriéré de sa pension. Sa lettre interceptée fut la cause de sa mort.
(3) C'était Charles d'Helbron, ex-capucin, prêtre assermenté, vicaire d'Anglet. (Vie de Daguei re. p. 475.1
— no —
phe. Il commence par déplorer les jours où Bayonne resta en proie à « des vautours vomis de divers lieux pour accabler la ville. »
11 rapporte ensuite la mort du marquis de Ganges, maréchal de camp, sous Louis XVI.
Reynon ne dit pas si le comte avait un commandement dans l'armée; mais il dit ailleurs qu'il vivait en homme privé à Bayonne, croyant y trouver une tranquilité assurée. Il fut saisi la nuit et enfermé sans motif au fortin du Réduit.
« Après avoir souffert mille maux en silence, Après tous les efforts que peut la patience Pour supporter sa peine et son affliction, 11 se coupa la gorge au fond de sa prison. »
Reynon nous apprend que le comte de Ganges, même par sa mort, ne put pas échapper à la guillotine. Pinet et Monestier firent transporter son corps au lieu des exécutions, qui était la Place Gramont. C'est là qu'il fut exécuté (1).
a Ce ne fut pas assez pour ces deux scélérats Il leur fallut tout l'or contre des assignats. La ville de Bayonne en fut si dépouillée • Que l'an quatre, elle fut plus des trois quarts ruinée. »
« Ils (Pinet et Monestier) rendirent un arrêté le 15 octobre 1793, sous peine de mort, pour échanger l'or et l'argent au pair chez M. Laussat, payeur général de l'armée. »
« On pilla tellement les maisons des reclus
Que or, argent, bijoux, vins ne reparurent plus. »
« Le vin et la liqueur qu'un membre du Comité de surveillance et un de la municipalité escamotèrent chez M. Chegaray, avocat, valaient près de 8,000 fr. A son retour, la cave était vide. »
Reynon dit ailleurs que les caves des reclus furent vidées au profit des représentants du peuple et de leurs favoris.
Venant à la chute du Comité de surveillance, Reynon raconte que ce Comité « las de tous les forfaits des représentants du peuple
(1) Sa condamnation eut lieu le 25 germinal (15 avril): comme la commission extraordinaire instituée à Bayonne par Pinet et Cavaignac, voyageait alors hors de cette ville, les deux proconsuls transférèrent à Bayonne le tribunal du district d'Ustaritz et l'érigèrent en tribunal extraordinaire avec pouvoirs révolutionnaires pour juger le marquis de Ganges : détenu comme suspect, au moment d'être traduit à Pau devant le tribunal, il s'étail coupé la gorge. On le condamna pour adjuger ses biens à la nation. Nous publieront ce document, curieux in extenso.
- ni -
et aussi de sa dépendance » complota de dénoncer à la Convention leurs crimes et leur barbarie.
Pérar, c'est Laborde qui donne son nom, « homme astucieux et de peu de confiance », de laquais devenu négociant, réunit chez lui les conjurés. On convint d'euvoyer secrètement à Paris, Lartigue, l'un d'entre eux et bayonnais. Chacun contribua à faire un fond pour les frais du voyage. Us furent immédiatement dénoncés à Pinet et à Monestier, qui les firent arrêter dans leurs domiciles dans la nuit du même jour. On les traduisit devant le tribunal révolutionnaire. Quatre d'entre eux furent condamnés à mort et exécutés. C'étaient Aillet, comédien, né à Rouen, président du comité; Coutenceau, clerc tonsuré, né à Toulouse ; Duvau, horloger, né à Chatelierault et Sempé (1 ), tailleur, né à Lembeye (Béarn). Lartigue, condamné aux galères, sortit de prison après le 9 thermidor ; Rives, maître de danse, né à Agen, gagna deux années de réclusion ; un perruquier de Rabastens, RigauJ, et un espagnol de Madrid nommé Santi vaguez furent condamnés à la réclusion jusqu'à la paix, le premier avec exposition et le second avec déportation.
Destibeaux (2) et Bouché, bien qu'ils fussent du complot et qu'ils eussent contribué aux frais du voyage projeté, furent épargnés. On les soupçonne d'avoir été, de connivence avec Phluger (3), (onzième membre du Comité), auteur présumé de la dénonciation de ses collègues. Ce dernier, homme ambitieux et pervers, terroriste outré, était de Nuremberg en Franconie. D'accord avec les représentants du peuple, il se fit exiler à Orthez. Il mourut à St-Esprit, accablé d'infirmités et de misère. Reynon dit que dans leur première fureur, les représentants décidèrent la mort des huit coupables et qu'ils minutèrent ainsi la sentence que devait ensuite prononcer le tribunal. Us condamnaient, les juges prononçaient ! Mais, à la réflexion, immoler un comité de surveillance qui les avait servis jusque là avec tant de docilité, leur parut sans doute
(1) Vie de Daguen e, p. 475.
(2) Reynon parlant do Destibeaux dans la pièce intitulée Turpitudes révolutionnaires, dit :
« C'est en faisant le niais dans un certain comité, Qu'ils a mis bon ordre à sa prospérité. »
Le poète suppose que Lucifer est intervenu au moment de la mort de Destibeaux et il rapporte ces mots connus à Buyonne : « Rendez ! Rendezï Rendez! » que prononça le mourant au seuil de l'éternité. (Duvoisin. Reg. 6, p. 223).
(3) Reynon, dans Y Abeille p. 205 et suiv.
impolitique. Ils se contentèrent de quatre tètes. On était au 5 floréal (24 avril).
Telle fut la chute du Comité de surteillance.
Parlons de la Commission extraordinaire instituée, à Bayonne, par Pinet etCavaignac. Quarante-sept basques, soldats volontaires de l'armée des Pyrénées occidentales, passaient aux Espagnols dans la nuit du 1 au 2 ventôse (du 19 au 20 février]. Les représentants avertis de cette défection et de l'attitude suspecte de plusieurs villages de ce côté de la frontière , portèrent l'arrêté du 13 ventôse an 11 (3 Mars 1794), qui fit verser des torrents de larmes non seulement dans le département des Bassos-Pyrénées, mais dans ceux des Landes et du Gers. En voici quelques articles :
Art. 1". — Les habitants des communes infâmes de Sare, d'Itsatsou, d'Ascain, seront enlevés de leurs domiciles et conduits dans les départements intérieurs, à une distance au moins de 20 lieues des frontières etc., (exception pour les patriotes avérés).
Art. 2. — Les habitants des communes d'Espelette, d'Ainhoa et Souraïde, sur le compte desquels il sera élevé ou s'élèvera le plus léger soupçon de haine pour la Révolution ou d'amour pour les Espagnols, seront avec leurs familles entières, soumis à la même peine
Art. 6. — Une commission militaire sera formée sur-le-champ.
Art. 7. — Son organisation et la manière de prononcer sur les individus qui seront traduits devant elle, seront conformes à ce qui est prescrit par la loi du 18 Mars 1793 (vieux style) et celles sur l'établissement des divers tribunaux révolutionnaires.
Art. 8. — Elle connaîtra des délits de désertion qui ne sont pas purement militaires : elle prononcera sur ceux d'émigration : les personnes prévenues d'intelligence avec les prêtres réfractaires et les émigrés, celles qui seront parents, parentes, à quelque degré que ce puisse être, des traîtres qui ont passé sur le territoire ennemi et des prêtres réfractaires, seront conduites devant la commission.
Art. 9. — Seront également traduites les personnes prévenues d'avoir voulu attenter à la sûreté générale, celles qui, en cherchant à avilir la représentation nationale, tendent à compromettre le salut de la patrie La commission enfin jugera tous les délits,
dont la connaissance lui sera attribuée par les représentants du peuple.
L'article 11 nommait les membres de la commission. C'étaient: Président, Monduteguy, fils du juge de paix d'Ustaritz. Nommé commissaire pour l'internat des habitants de Sare, il fut remplacé par Pierre Cossaune. Celui-ci, né à Toulouse en 1755, militaire depuis 1*789, était adjudant-major au 8 e bataillon révolutionnaire du Gers, quand il fut choisi parPinet en remplacement de Monduteg-uy. Juges : 1° Maury, Henri, né à Lagrasse (Aude) en 1765, tanneur, militaire, depuis 1783, alors adjudant à l'état-major; 2 # Dalbarade, Pierre, né à Hendayc en 1755, frère de l'admirai de ce nom, capitaine de marine avant son incorporation à l'armée des Pyrénées, alors capitaine des gardes (des Douanes?). Il refusa, deux fois, de faire partie de la commission, mais devant la volonté des représentants, il dut céder; 3° Martin, capitaine au 12° régiment des hussards; 4° Toussaint, Jean, bordelais, ancien receveur des traites à S lc -Foy en 1789, alors commissaire de guerre à l'armée des Pyrénées. Il fut choisi sur le refus de Martin Dépeton, notaire à Bayonne, qui avait été nommé secrétaire.
La commission installée à Bayonne le 16 ventôse (6 mars) entra en fonctions le 21. Après avoir siégé quatre jours, dans cette ville elle se transporta dans les départements des Landos et du Gers, à S l -Sever, à Dax et à Auch se faisant suivre de la guillotine. En vingt-neuf séances, du 21 ventôse au 10 floréal an 11, elle prononça 62 condamnations à mort, sans compter les condamnations, comme la déportation, la réclusion, etc.
L'accusé était traduit, sans acte d'accusation devant la commission assemblée. On l'interrogeait sommairement, ou lisait les pièces et on jugeait sans appeler de défenseur. Les représentants se faisaient les pourvoyeurs de leur commission, marchant à la tête d'une escorte de dragons et de hussards.
La commission revint à Bayonne pour y reprendre ses cruelles opérations. Elle les termina le 10 floréal (20 avril 1794). L'abbé Légé raconte les détails de l'horrible campagne de la commission sanguinaire dans les départements des Landes, du Gers (1). Nous lui empruntons la liste des personnes condamnées à la peine capi-
(1) Diocèses cVAire et de Dax, t. I. p. 259 et suiv. Voyez aussi : Les représentants du peuple en mission, par Henri Wallon, membre de l'Institut, t. 11 p. 406 et suiv.
taie à Bayonne. Nous ajoutons quelques détails à ceux fournis par l'historien landais. Du 21 au 27 ventôse, la Commission condamna à mort Catherine de Sorhainde, Gachina Heguy, Maneck Etcheverry, Jean Garât, Sébastien Grangean, Jean Gorostarsou et Pierre Duhalde.
Elle débuta dans ses opérations le 21 ventôse (11 mars) par la condamnation à la peine capitale d'une pauvre femme boiteuse de Cambo, Catherine de Sorhainde de la maison noble CCAzantza, âg*ée de 72 ans. Ayant essayé de fuir en Espagne, les forces lui manquèrent à la montagne d'Espeîette. On lui imputait de plus d'avoir eu pour neveu un prêtre réfractaire puni de mort. C'était Salvat de Sorhainde, dont la fin tragique est rapportéepar l'abbé Duvoisin (1). Une charge plus lourde, dont ne parle pas l'abbé Légé, ni sans doute le jugement, mais qui ne dut pas échapper aux juges, c'est que Catherine avait un autre neveu fameux, connu sous le nom d'Azantzo., et qui commandait alors une compagnie d'émigrés dans la légion du marquis de Saint-Simon.
Le même jour Gachina Heguy, femme de Pierre Camcron d'Itsassou, âgée de 35 ans, fut condamnée à la même peine. On lui reprochait des propos inciviques et contre-révolutionnaires , et d'avoir dit que les déserteurs basques seraient bien accueillis en Espagne. Son exécution fut différée pour cause de grossesse. Nous ignorons si elle eut lieu.
23 ventôse (13 mars). — C'était le tour de Manech Etcheverry, âgé de 23 ans. Volontaire dans les chasseurs Basques, natif d itsassou, il était accusé d'avoir favorisé la désertion des 47 chasseurs, qui avaient émigré en Espagne dans la nuit du l ec au 2 ventôse. On lui reprochait encore de n'avoir dénoncé la désertion de son capitaine qu'après quatre jours , et de n'avoir pas dénoncé à temps le repas qui s'était donné à Itsassou, chez Taulo, le 1 er ventôse, à des chasseurs basques et la distribution d'argent qui s'y était faite pour favoriser leur désertion.
L'abbé Légé ne mentionne pas l'exécution de Jean Garât, dit Taulo, chez qui s'était donné ce repas. L'abbé Duvoisin le porte en tête de sa liste funèbre (2).
25 ventôse (15 mars). — Sébastien Grangean, d'après un manuscrit de Reynon, était fils d'un général de brigade.
(1) Vie de Daguerre, p. 460.
(2) Vie de Daguerre, p. 473.
Il n'avait que dix-huit ans et demi et il était capitaine dans le 1 er bataillon de la 5 mo demi-brigade d'infanterie aux avant-postes d'Urrug-nc, quand il fut traduit devant le sanguinaire tribunal. Un certain Jean Meunier ayant chanté un chant patriotique commençant par ces mots : « 0 pauvre peuple, quand tu avois un roi, tu rnanquois de tout sur la terre », Sébastien Grangean était accusé d'avoir dit ou fredonné sur le même air : « Sans monarque et sans roi, il n'est plus de biens sur la terre » (1). Il était accusé encore d'avoir lu à plusieurs volontaires, malgré les observations de braves patriotes, une lettre de St-Simon répandue avec profusion dans le camp, et d'avoir négligé pendant plusieurs jours de donner lecture d'un discours dos représentants du peuple.
27 Ventôse (17 Mars). Jean Gorostarsou, 39 ans, est accusé et convaiucu d'avoir entretenu une correspondance avec les patriotes émigrés. On a trouvé chez lui plusieurs lettres fanatiques adressées à lui-même et plusieurs autres à sa belle-sœur, ci-devant religieuse, écrites en langue française , une en basque et une chanson contre-révolutionnaire dans la môme langue. Il ne se maintenait dans la place de juge que par la terreur et le brigandage. Il offrit 2,000 livres aux sentinelles, qui le gardaient pour qu'elles favorisassent son évasion, et celles-ci ayant refusé, il les maltraita et puis voulut les détruire. Le dit Gorostarsou est un de ces monstres que la terre a vomis pour le malheur du genre humain, et il est de l'intérêt du genre humain de purger la terre de la liberté de pareils scélérats.
Ainsi parlait l'acte de son jugement. La belle-sœur de l'accusé dont il est parlé, était Gatherine Etcheverry de la maison Harosteguia, d'Espelette, religieuse professe visitandine à Hasparren, expulsée de son couvent et dépouillée par la révolution. Elle vécut, pendant quelque temps, de charité et plus tard, quand les changements politiques lui permirent de tenir une école de petits enfants, elle fut à Espelette, un modèle de douceur et de vertu. Elle fut la première institutrice du capitaine Du voisin, de qui nous tenons ces détails.
(1) Reynon dit que Minvielle, lieutenant sur la flûte de guerre La Nourrice, fut décapité en 1793 à Itochefort pour avoir chanté h bord Domine na.lv u m fac reyem ; que, avec lui, fut exécuté sur l'échafaud, le lieutenant de frégate Lubize : il ne donne pas la cause de la condamnation de ce dernier -.'tous deux bayonnais, ils se disputèrent le pas pour monter au lieu du supplice. (Duv. Heg. 6. p. 216 note.)
Le même jour, « Pierre Duhalde, cultivateur, ci-devant maire d'Espelette, 51 ans, frère de deux prêtres émigrés, n'a point empêché l'émigration. Il était en sa connaissance que journellement plusieurs des citoyens de sa commune se rendaient à Urdac/i en Espagne pour entretenir l'esprit fanatique, et y aller puiser les principes anti-révolutionnaires. Il ne s'est servi de la place qu'il occupait que pour entretenir l'esprit fanatique et contre-révolutionnaire, qui était à son comble dans la commune d'Espelette, au lieu de propager les principes révolutionnaires. »
« La Commission fit grâce de la peine capitale à Catherine Dargneis (Dargoits?), 36 ans, marchande de chocolat, de tabac, eaude-vie, accusée de correspondance avec son fils naturel en Espagne. Elle fut condamnée à la réclusion jusqu'à la paix. »
Voici les condamnations portées par le môme tribunal de Bayonne du 3 au 10 floréal (du 22 au 29 avril).
« Lagresse, (1) 28, gendarme, né à Puylaurens, dans le Tarn ; François Ramonde, 34, brigadier dans les fourages, natif de Lauzun, ci-devant prêtre ; Thuillier, dit Rigaudon, 28, gendarme, natif d'Alby ; Babra (2), 26 ans, gendame. né à Monestier, dans le Tarn, sont amenés devant la commission, le 3 floréal, 22 avril.
Lagresse, Thuiller et Babra sont accusés de s'être rendus coupables d'un délit affreux en cherchant à provoquer l'avilissement de la Représentation Nationable. Pour donner à leur projet un grand degré de force et d'authenticité et rendre par là l'insulte plus grave et plus frappante, ils avaient choisi la salle de spectacle et le moment où elle étoit remplie par le peuple. Sous prétexte qu'une loge étoit affectée aux Représentants iu peuple, dont l'entrée d'ailleurs n'a jamais été refusée à personne, ils ont cherché à occasionner un soulèvement parmi les citoyens et à les engager, en les échauffant par les mots de Liberté et d'Egalité que les traîtres ont toujours à la bouche, à les faire porter en masse sur cette loge pour enlever quelques barreaux qui la séparent d'une loge voisine; n'ayant pu réussir, ils ont vomi beaucoup d'invectives, d'insultes et fait des menaces dont ils annonçaient l'exécution pour le spectacle prochain.
Ledit Ramonde s'est rendu coupable du même délit : présent à
(1) Aliàs Lagrèze.
(2) Aliàs Balza.
cette scène scandaleuse et outrageante faite par trois gendarmes, il fut deux ou trois jours après au spectacle ; au moment où la scène allait s'ouvrir, il se répandit en propos outrageants contre la Représentation Nationale, et chercha de nouveau à provoquer un soulèvement.
La commission : Vu l'arrêté de ce jour de Pinet et Cavaignac ; les réponses des accusés et les dépositions des citoyennes Pinet et Puibusque et des citoyens Claude Jacquet, Jean Gontaud, témoins entendus ;
Considérant que Thuillier et Ramonde sont convaincus d'avoir voulu avilir la Représentation Nationale, d'avoir profité de l'absence des Représentants pour provoquer une émeute contre eux ; d'avoir dit : « A bas le grillage ! point de distinction ! »; que Ramonde se sentant appuyé par des propos si audacieux, se présenta quelques jours après dans la loge qu'occupoient quelquefois des Représentants du Peuple; que y conduisant deux femmes il eut l'audace et la témérité de leur dire : « Mettez-vous là 1 C'est là, là, vousdis-je, que je vous veux ! » d'un ton menaçant ; d'avoir ajouté : « C'est donc ici la loge des Représentants ! eh bien ! si c'est leur loge, c'est la loge de tout le monde ! » Les femmes qu'il conduisoit, sentant le crime qu'il commettoit, lui firent des observations, et lui, d'un ton très animé, répondit : « Je voudrois bien qu'on dit quelque chose ! »
Considérant enfin que dans plusieurs départements on a voulu assassiner la Représentation Nationale, crime enfanté dans Paris par des monstres qui l'ont payé de leurs têtes, condamne Tuillier et Ramonde, ci-devant prêtres, à la peine capitale (1).
(1) Le gendarme nommé Rigaudon avait murmuré au théâtre pour une loge grillée réservée à la femme de Pinet ; le brigadier Ramonde, le joui- de sou mariage, menant sa femme au spectacle et ne voyant plus do place ailleurs s'était écrié : « L'Egalité n'est-elle donc qu'un vain mot ? Ouvrez cette loge. » 11 s'y était placé avec sa femme aux applaudissements des spectateurs. Le registre de la commission ne relève pas d'autre grief. (Voyez Bernât, t. I, p. 329). L'abbé Légé ne parle pas de la condamnation de Lagrèsse et de Balza, gendarmes, qui figurent dans les considérants, etc., donnés par Henri Wallon, t. il, p. il9. On y lit en effet.... Considérant que le nommé Thuillier dit liignwion. Lagrèze et Balza, gendarmes, se sont rendus coupables de ce délit affreux; qu'ils avoient choisi, pour donner à leur coupable projet (d'avilir la représentation nationale;, un plus grand degré de force... la salle de spectacle et le moment où elle étoit remplie par le peuple, etc. — Ramonde y est dit, ci-devant vicaire, et actuelleraen brigadier des charrois.
V floréal. « Nicolas Aillet, comédien, 51 ans, natif de Rouen ; Jacques Lartigue, serrurier, 29 ans, natif et habitant Bayonne ; Philippe-Jean-Marie Coutanceau, 33 ans, clerc tonsuré, né à Toulouse, et brigadier dans les charrois; Antoine Rives, maître de danse, 37 ans, né à Agen ; Vincent-Marie Santivaguez, né à Madrid, 37 ans, homme de loi; François Duvau, 36 ans, horloger, né à Chatellerault ; J.-B. Rigaud, 42 ans, perruquier, né à Rabastens ; Jean-Marie Sempé, tailleur d'habits 31 ans, né à Lembeye, tous anciens membres du comité de surveillance delà ville de Bayon ne, sont convaincus de plusieurs crimes. Ils ont prévariqué, vexé les citoyens par des actes arbitraires, dilapidé les fonds du comité, attenté à l'autorité nationale, en s'adjoignant des membres avec lesquels ils partageaient leurs fonctions; ils ont favorisé une municipalité contre-révolutionnaire accusée d'intelligence avec les Espagnols; ils ont surpris, pour obtenir leur liberté, la signature des Représentants, méconnu leurs ordres, outragé le caractère dont ils sont revêtus, en les menaçant de les détruire dans l'opinion publique, médité contre eux dans une orgie, une dénonciation calomnieuse tendante à leur enlever la confiance de la Convention Nationale, du Comité de Salut public, de l'armée et .du peuple.
Aillet, Coutanceau, Duvan, Sempé, sont condamnés à mort; Rives, à deux ans de réclusion; Lartigue, à six ans de fers; Santivaguez, à la réclusion jusqu'à la paix, puis à la déportation; Rigaud, à la réclusion jusqu'à la paix avec exposition.
VI floréal. Jean-Charles Boucher, 40 ans, né à Paris, régisseurgénéral en chef des fourrages près l'armée des Pyrénées-Occidentalee, a fait une fausse situation dos fourrages dont le déficit se portait à 2,844 quintaux sur 3,272, délit qui tendait à faire enlever la confiance à Pinet et à Cavaignac, et qui fit manquer de fourrage la cavalerie sur la frontière. — A mort.
VII floréal (26 avril). Les Représentants du peuple étant informés, en date du 7 floréal (1), qu'au nombre des prisonniers faits sur les Espagnols à l'affaire du 7 à Nive-Affranchie ci-devant St-Jean-Pied-de-Port, il existe douze émigrés faisant partie de la Royale commandée par le ci-devant duc de S l -Simon , le tribunal militaire du 1 er arrondissement de l'armée des Pyrénées-Occiden-
(i) Ils en avaient été informés par une lettre du général Mauco, ou Moco.
tains étant actuellement hors de Bayonne, ces prisonniers seront traduits devant la commission extraordinaire.
Moriu, 18 ans, marin, né à Bordeaux, ci-devant dans le bataillon du Bec-d'Ambez ; — Jean-Pierre Sallé, 35 ans, né à Saint-Michel (Haute-Garonne), résidant à Saragosse; — Pierre Fouqué, 30 ans, né à Montesquiou-Volvestre (Haute-Garonne) ; — Gérard Destrogh,
27 ans, né à Bruxelles, volontaire dans le 2* bataillon du Becd'Ambez; — Pierre Balade, 33 ans, tonnelier, né à Bergerac, ci-devant dans le régiment Royal-Auvergne; — Jean Campaigne, 26 ans, cordonnier à Ciboure; — Louis Lafuste, 22 ans, né au Vigau (Hérault); — Puget, né à Revel (Haute-Garonne); — Pierre Soulacq, 24 ans, volontaire, né à Colbiac (Lot) ; — Henri Talet,
28 aus, né à Dunkerque, résidant depuis 1784 à Tolède (Espagne) ; — Bernard Souharrando, 22 ans, dans le bataillon basque de la victoire ; — Escalapongay, 4 8 cadet de ce nom, 18 ans, laboureur, né aux Aldudes; « Tous servant dans la légion St-Simon, dans le régiment d'Utonio et compagnies de Perkin et Sorhainde. Vu les interrogatoires et les réponses, sont condamnés à la mort, et exécutés à l'instant. Pris, jugés et exécutés le même jour. »
Le 27 germinal (16 avril) la Convention décrétait la suppression des tribunaux ou commissions révolutionnaires de province pour tout ramener à Paris. Pinet et Cavaignac auraient bien voulu obtenir, comme plusieurs autres, le maintien de la Commission. Tout en se soumettant au décret et en envoyant à la Convention l'arrêté, qui. sauf son approbation, autorisait la commission à terminer certaines affaires pendantes, ils écrivirent à l'assemblée le 5 floréal (24 avril ) :
« Nous avons fixé la cessation des fonctions de la Commission au 15 de ce mois. Cependant , citoyens collègues , les services qu'elle rendroit encore, nous portent à vous demander la prolongation de son existence. Son nom est ici la terreur des scélérats ; son inflexibilité, sa justice sévère, son énergie occasionnent un si grand effroi à l'aristocratie qu'elle n'ose pas souffler. Ces motifs sont puissants pour la conserver, d'ailleurs, il reste encore bien des traitres à punir.
Cavaigna.c, Pinet, aîné. »
La Commission ne fut pas rétablie, mais la Terreur n'avait
pas désarmé. Voici un arrêté de Monestier (de la Lozère) qui le prouve.
Art. 1. — La Terreur et l'échafaud sont à l'ordre du jour et menacent, jusqu'à ce qu'il n'en existe plus, tous les conspirateurs, les ennemis et les mécontents de la Révolution....
Art. 4. — Les Comités de surveillance sont tenus sous peine de destitution, de dresser le tableau nominatif des prévenus de conspiration....
Art. 5. — Tout individu qui sera convaincu d'exprimer et d'exciter le blâme ou la calomnie sur les mesures par lesquelles les représentants du peuple Pinet et Cavaignac ont déjoué dans les districts de St-Sever et de Dax la conspiration qui a failli y éclater, sera réputé conspirateur et traduit devant le tribunal révolutionnaire de Paris....
Suivaient quatre autres articles contre les nobles, les intrigants, les fanatiques. C'était là assurément une magnifique proie pour la Commission de Bayonne, si elle eut existé encore. Monestier, qui en couvrant Pinet et Cavaignac se protégeait lui-même par cet arrêté, ne cacbe pas ses regrets. Par lettre datée de Dax, le 3 Prairial (22 Mai 1794), il mandait au Comité du Salut public qu'il était au milieu d'une population « d'égoïstes, de fanatiques, d'intrigants, d'aristocrates », qu'il faisait arrêter tous les nobles, les parents d'émigrés, qu'il se proposait d'envoyer les conspirateurs au tribunal révolutionnaire de Paris ; mais, ajoutait-il , si la Commission de Bayonne n'eût été suspendue, j'y aurais envoyé beaucoup de monde. » Pinet et Cavaignac partageaient les mêmes regrets.
Le 25 germinal (14 avril 1794), ils avaieut porté un arrêté par lequel il était ordonné de livrer à l'administration de la marine « afin d'être employés à faire des gargousses, tous les anciens livres d'Eglise, toutes ces ordures machiavéliques » ( 1 ). Le 5 prairial (24 mai), regrettant sans doute de ne pouvoir faire davantage, ils portent un arrêté pour mettre en état d'arrestation toutes les religieuses, sans exception, des districts d'Ustaritz et de Mont-Bidouze (St-Palais). Ils disent prendre ce parti, « étant informés que ces religieuses se livrent impunément à la rage de l'aristocratie qu'elles portent presque toutes au fond de leur cœur, prêchent le fanatisme et cherchent à troubler, par l'affreux prétexte de la religion, la
(1) Vie de Daguerre, p. 474.
paix dont jouissent les braves habitants des campagnes, et voulant réprimer des excès qui pourraient dans la suite devenir plus sérieux, s'ils parvenaient à séduire les cœurs faibles, et à réveiller l'audace des cœurs corrompus, qui ne cherchent dans leurs projets liberticides qu'un point d'appui pour ébranler les fondements de la liberté et de l'égalité... »
La plupart de ces religieuses, nous dit l'élégant écrivain de la Vie de M. Daguerre, furent en effet arrêtées, conduites à Bayonne et jetées pèle-mèle dans le Château-Vieux et le Réduit, où elles languirent jusqu'au remplacement de Pinet et de Cavaignac par les représentants du peuple Baudot et Delcher(l). Les premiers durent s'applaudir plus tard de n'avoir pas eu le moyen de faire plus de mal. Le compte de ces deux scélérats était déjà bien assez chargé. Quand la commission fut dissoute, ses membres allèrent reprendre dans l'armée les fonctions qu'ils y remplissaient auparavant. Voici comment ils finirent.
Sort des commissaires. L'abbé Légé (2) fait mourir Monduteguy dans une émeute de rue à Bayonne. Le capitaine Duvoisin raconte autrement sa mort tragique et nous savons que le récit de ce dernier est véridique (3). Dans la réaction populaire qui suivit le 9 thermidor, dit-il, il se forma dans le Labourd une bande de vengeurs qui prétendait punir les scélérats du pays qui avaient fait tant de mal à leurs compatriotes. Des gens de la classe plébéienne en faisaient seuls partie : des mauvais sujets ne tardèrent pas à s'y glisser; aussi fut-elle aussitôt décriée ; on l'appelait par dérision le bataillon du Carosse et les nouvelles autorités locales en détachèrent les honnêtes gens; les autres rentrèrent chez eux par crainte de châtiments dont on les menaça. Mais avant ce momeut, Monduteguy tomba sous les coups des vengeurs sans que personne ait à le plaindre. Sa fin fut affreuse. Surpris dans son domicile à à Arrauns (Ustaritz), saisi, frappé, trainé, assommé, il fut laissé pour mort devant sa porte. Les exécuteurs s'éloignaient, quand l'un d'eux (il était de Louhoussoa) se ravisa disant à ses compagnons : « C'est un si graad ami du diable qu'il pourra revenir même de l'enfer pour nous punir, je vais lui ïaire une commission à l'oreille ». Aussitôt il rebrousse sur ses pas, met le bout
(2) Dioc. d'Aire et de Dax t. II, p. 104.
(3) Reg. G, p. 253.
da canon de son fusil dans l'oreille de Monduteguy et lâche le coup.
Martin, l'un des juges de la commission, disparut dans une attaque d'avant-postes. Les uns crurent qu'il avait déserté, parce que l'horreur qu'il causait , éloignait de lui ses compagnons d'armes. On n'a jamais su ce qu'il était devenu.
Dalbarade. Reynon prétend qu'il fut assassiné entre Saint- Jean de-Luz et Ilendaye. Une tradition conservée à Ciboure confirme son récit. Des viellards du pays nous ont affirmé qu'à son retour d'un voyage à Hendaye, il fut tué sur les rochers dits Tarrapata au lieu où s'élève aujourd'hui l'établissement des bains de cette ville.
Cossaune. Reynon (1), parlant de l'ancien président de la commission, dit que « rappelé au 3 e bataillon du Gers, dont il était chef (avancement récent), il fut le rejoindre aux frontières de la Biscaye et y tabla journellement avec six à sept officiers de son corps, se servant pour boire chacun d'un calice. Un jour de belle humeur, ils invitèrent le curé du village à prendre le café. Celui-ci s'y rendit. Après quelques sales bouffonneries, on le saisit et Cossaune, une chandelle allumée à la main, lui fit des outrages au Pud.... qui lui valurent dix ans de galères ».
L'abbé Légé (2) parle d'une manière un peu différente : « Ayant reçu, dit-il, en dépôt un prêtre espagnol prisonnier, il le mutila d'une manière honteuse, et pour ce délit le tribunal du premier arrondissement des Pyrénées l'avait condamné à deux ans de fers (ventôse an m). L'opinion publique exigea le châtiment de tous les crimes de ce misérable : comme chef principal d'accusation, elle porta au comité de législation la cause Delong, condamné à Auch, par la commission avec les plus graves défauts de forme. Le Comité de législation, par arrêté du 3 floréal, avait ordonné d'informer contre les auteurs de cet assassinat juridique du 17 germinal an n. Cossaune, principal coupable, fut donc transféré des prisons de Laruns à celles d'Auch le 21 prairial (9 juin 1795) et comparut le lendemain devant le tribunal criminel. De là jusqu'au 4 brumaire, il s'écoula plus de quatre mois. Sans doute, l'amnistie le sauva comme les autres.
« Dalbarade, Maury, Toussaint, arrêtés par ordre des nouveaux
(2) Dioc. d'Aire et de Dax t. Il, p. 104-5.
représentants Baudot et Delchcr.le 21 germinal, écroués à la citadelle de Bayonne sortirent à leur tour de prison et furent cités devant le tribunal criminel à Auch les 13, 15 et 18 juillet en cette môme salle où, un an auparavant, ils avaient condamné à mort de nombreuses victimes. Ce procès qui fixa l'attention de tous les départements voisins, traînait en longueur. Les accusés firent appel aux comités de la Convention nationale : ils durent leur salut aux temporisations de ces comités et à l'amnistie du 4 brumaire suivant, qui pardonnait tous les faits révolutionnaires Ces hommes, si coupables qu'ils fussent n'avaient été que des instruments. Ceux qui s'en étaient servis étaient bien plus coupables. Aussi n'échappèrent-ils pas aux accusations. Dans les Landes, les Thermidoriens s'agitèrent par des voies légales contre les terroristes. La société populaire de Bayonne dénonça également Pinet, Cavaignac et Monestier. L'abbé Légé fait connaître les plaintes des Bayonnais contre eux. Pour nous, il nous tarde de passer aux paroisses du Pays basque.
Paroisse» basques
Pour la classification des paroisses nous avons suivi le « Tableau de la l ro circonscription des paroisses et nominations aux cures et succursales du département des Basses-Pyrénées en 1803 » (2). C'est peut-être pour la première fois que dans un document épiscopaî, on a fait la distinction des cures et des succursales. Ainsi l'exigeaient les articles organiques et \-à bureaucratie f rançaise, qui divisent les paroisses en cures et succursales et leurs pasteurs en curés de l re , 2 e classe, et en succursalistes ou desservauts. Jusqu'à la Révolution, nos registres ecclésiastiques ne parlent que des paroisses, des curés — en basque erretorak du mot latin rector — des vicaires, des prébendiers et chapelains, seuls noms canoniques. Nous conservons les mêmes dénominations, parce que ces fameux articles organiques, qui ne sont ni des lois de l'Eglise, ni même des lois de l'Etat, n'ont point porté aucune modification, et que au regard de l'Eglise, toutes nos paroisses grandes et petites, rurales ou urbaines ont les mômes prérogatives (3). Le nom de succursale est anticanonique et c'est un contre- sens. Ce
(1) Id., p. 107.
(2) Hegist. de l'évéché de Bayonne.
(3) Barbosa, de Parochis, p. L c. I, n. 27.
nom, ainsi que le mot le fait voir, indique une chapelle de secours dépourvue des conditions essentielles à une paroisse. Et on ne peut appeler succursaliste le prêtre chargé de l'administration de nos paroisses, pas plus que desservant, dénomination donnée, dans la discipline canonique au prêtre chargé provisoirement des fonctions ecclésiastiques dans une paroisse vacante. Les prêtres appelés succursalistes ou desservants sont des pasteurs ordinaires, propres prêtres, de véritables curés (1 ).
« Ils seront toujours à nos yeux, dit i'évêque de Viviers (2), de véritables curés, investis de toutes les prérogatives attachées à la charge des âmes et indépendants de tous les autres chefs de paroisse. Nous voulons même que le nom de desservants réservé pour les rapports officiels avec l'autorité temporelle, soit remplacé par celui de curés, plus propre à désigner leurs fonctions pastorales et plus conforme au langage de l'Eglise. »
Tous les curés, de droit commun, sont inamovibles. Jusqu'à la Révolution ils ont joui de cette prérogative consacrée par les conciles tant généraux que particuliers. En 1760, l'épiscopat français donnait les raisons de cette stabilité si nécessaire. Se plaignant à Louis XV de l'état déplorable de certaines paroisses desservies transiloirement par des ecclésiastiques non pourvus de titre, il s'exprimait ainsi : « Les cures sont abandonnées ou desservies transitoirement par des vicaires amovibles... Les peuples n'ont point pour eux la même confiance, les pauvres ne sont pas secourus dans leur misère, et l'expérience n'apprend que trop qu'en pareil cas les paroisses se dérangent quelquefois à un point tel que les évêques ne peuvent plus y remédier » (3).
Les articles organiques, simples règlements de police toujours rejetés par le Saint-Siège n'ont pu rien modifier dans l'espèce. Pie VII, en déléguant les évêques pour l'érection et la circonscription des nouvelles paroisses ne l'a point fait non plus. Son silence même sur cette matière, comme l'observe Bouix (4), dit que son entendu était d'ériger les nouvelles paroisses selon le droit commun, c'est-à-dire avec la qualité de perpétuité (cum qualitate perpetuitatis).
(1) Bouix, de Parocho. C. v, § n, et alii.
(2) Lettre past. du 2 juin 1815.
(3) Mémoires du clergé.
14) lbid. p. 233.
L'amovibilité ad nutum des curés dits succursalistes, irrégu- Hère dans son principe, est aujourd'hui légitime jusqu'à ce que le Sièg-e apostolique en ait statué autrement. Sanctissimus bénigne A.NNU1T ut in regimine ecclesiarum succursalium de quitus agitur nul la immutalio fiât, donec aliter à Sancta Aposlolica Sede stitutum fuerit (1). C'est donc une situation tolérée et une question réservée.
Les curés dits succursalistes n'ont point à désirer l'inamovibilité civile, pas plus que les curés dits inamovibles n'ont à en bénéficier contre le gré des évoques, parce qu'ils ne seraient plus des prêtres de l'Eglise de N.-S., mais des sujets d'une Eglise ministérielle. Nos évêques, quand ils déplacent des curés dits desservants s'inspirent du bien des âmes et agissent dans les conditions formulées par l'évêque de de Liège dans sa consultation à Grégoire XVI, savoir rarement, prudemment et piterneUement(rarà , prudenter etpUernè). C'est la déclaration solennelle que nous trouvons encore dans le concile provincial de Bordeaux (2). « Sans attendre, dit l'évêque de Montpellier, le rétablissement authentique et légal de la discipline ancienne, les pasteurs du second ordre dans notre diocèse, demeurent à uos yeux, revêtus d 'inamovibilité \ avec cette réserve que le droit nous impose et la conscience d'un évêque lui prescrit impérieusement dans certains cas particuliers : nisipro bono ecclesiarum regimine aliter expedire videbiiur » (3). Tels sont les gages de la sécurité et de la stabilité des curés dits succursalistes dans les paroisses ; sécurité et stabilité dont les paroisses elles-mêmes ne peuvent se désintéresser. Cela dit sans aucune arrière-pensée, nous passons à nos paroisses avec l'immense regret de ne pouvoir fournir à nos confrères tous les détails désirables, sur la période révolutionnaire. Espérons que de nouvelles recherches faites par notre jeune clergé viendront combler un jour les lacunes de nos récits.
Anglet, en basque Angelu (4). Deux auteurs, du reste très estimables, font dériver le nom de cette paroisse de la domination
(I) Rescrit de Grégoire XVI à l'év. de Liège, du 1 er mai 1845. Le Pape dit annuit, ce n'est point appvobnvit.
lïl Tit. IV, chap. X.
(3) Concile de Trente, Scss. VII, ch. VII, de Kefoijn. (4j On prononce Anguvlou.
anglaise. Cela ne saurait être, puisque le cartulaire de Bayonne, à la date de 1180, appelle simplement cette paroisse Angles. Bans l'origine, c'était peut-être une dépendance de la paroisse de St-Léon de Bayonne. L'église actuelle, construite des matériaux provenant de l'ancienne église de St-Léon, remonte vers le milieu du xvi 6 siècle.
On nous pardonnera de donner la description du sceau de Bernard de Bardos, recteur de l'église St-I.éon de Bayonne, que nous trouvons dans les archives départementales (1317 — H. 57}. C'est un sceau ogival, 40 millm. sur 24, cire verte, appendu sur cordelette de soie rouge à une charte relative aux discussions du chapitre de de Bayonne avec les Frères Prêcheurs sur la chapelle St-André, datée de Bayonne le lundi avant St-Laurent (8 août) 1317. S. B. de Bardo, rector ecce sci Lwis D. Baione. Lisez : « Sigillum Bernardi de Bardos, rectoris ecclesie sancti Leonis de Baione. » Un évêque de profil à droite et crossé, tient dans ses mains une tête mitrée, séparée d'un corps couché sur table d'un tombeau, supporté par trois arcades, reposant sur une terrasse au-dessous de laquelle est une tige à trois feuilles; derrière l'évêque debout une petite croix.
La cure d'Anglet était à la nomination du chapitre de Bayonne. La population, en 1650, était de 270 feux ; en 1718, de 1718 âmes, et en 1820, de 2.183.
Le revenu net de la cure était de 1665 1., fin du xvm e s e , 1700 1. (1). Le revenu de la Fabrique, par suite d'une rente établie par contrat du 12 fév. 1741, de 10 liv. — Le revenu des obits fondés en 1740, de 78 liv., 17 sols.
Voici les revenus des prébendes : celle de Hitze, 77 1. ; — de Sarricoult, fondée le 25 octobre 1660, de 134 1. 3 s. ; — de Mossen Joan d'IIiribeity, 109 1.; — de Joaninoa, 60 1.; — de Notre-Dame d'Etcheverry, fondée par acte du 23 avril 1741, N... (2).
La prébende est une portion des biens d'une église cathédrale ou collégiale assignée à un ecclésiastique, à la charge par lui de remplir certaines fonctions, en quoi elle diffère de la chanoinie ou canonicat, qui est un titre spirituel et indépendant du revenu temporel. La prébende, ainsi distincte du canonicat, pouvait être divisée et transférée mêmejàdes laïques, et de là les semi-prébendes
(1) Vers la fin du xvm e s., le revenu curial augmenta un peu. Notre dernier chiffre indiquera le montant do cette époque.
(2) Fouillé, gén. du diocèse de Bayonne; année 1739, Arch. dép. G.
que l'on voyait dans la plupart dos chapitres affectas à des chapelains, ainsi que les prébondes laïcales. Les prébendes de nos paroisses étaient des reveuus provenant des valeurs mobilières ou immobilières et assignées le plus souvent par les patrons ou les familles fondatrices à des ecclésiastiques, à la condition de célébrer des messes, des offices, faire des instructions, des catéchismes, des prières, etc. Le môme prêtre jouissait souvent de deux ou trois de ces prébendes et encore avait-il, quelquefois, juste de quoi ne pas mourir de faim. Nous dirons plus bas à quel stratagème, ces prêtres assez nombreux dans nos pays, étaient obligés de recourir pour vivre.
Parmi les prêtres employés dans la paroisse, nous trouvons : P ro Duhalde, né ù Macaye, le 5 novembre 1691, curé d'Angîet en 1721 et officiai du diocèse en 1738; — Jean Destrade, vicaire; — Jean Daugazère, tenant école pour les petits enfants; — P ro Antoine de Lacan, vicaire en 1350; tous les trois du diocèse de Comminges.
Les registres paroissiaux de 1G13 à 1790 (1} nous donnent les noms de Dufour, Haurrcguy, de Ilitze (enfant de la paroisse), de Caparitz, Detcheverry, de Sorhainde, Darin-Baratciart, Goyetche, Detchevers, Duclos, Lacroix, Dibarrart, Dithurbide, St-Pé, Uhalde, Duverger, de Lacau, Gelos, La vie, Dorigneau, Dubrocq, Béhola, Casenave, Dolhaberriage, Delicetehe, Lambert, Desbardes, Ducamp et Jaurretche. Ces ecclésiastiques étaient du pays basque ou des environs, sinon de la paroisse même. Concluons que jusqu'à la Révolution, Anglct a été dessservi par des prêtres basques.
M. l'abbé V. Porte (2) cite parmi les prêtres fidèles à leur conscience lors de la Révolution , l'abbé Dubrocq, curé d'Anglet, et Duhart, vicaire de la même paroisse. Nous n'avons pas pu établir l'identité de ce dernier, à raison de la multitude des prêtres du même nom. Quant à M. Dubrocq, ce pourrait être Joseph- Léon- Jean, né à Bilbao, ordonné à Toulouse en 1762. (Voyez plus haut les prêtres de Bayonne.)
Dans la liste des émigrés, nous trouvons Bidart, ex-curé d'Anglet, comme ayant pris le chemin de l'exil au mois d'octobre 1793. Nous ne connaissions d'autre ecclésiastique de ce nom à cette époque, que Pierre Bidart, né à Ossès, de Pierre Bidart et de Jeanne d'Iraçabal, et ordonné à Dax en 1781. Quoi qu'il en soit, il fut remplacé
(1) Raymond, Inv. som. des Archives dép. t. v.
(2) Etudes diocésaines, 2 e an.. 12»liv., p. 573.
par Charles Helbron, capucin assermenté, qui arriva à la cure de cette paroisse, grâce à son apostasie. L'auteur de la Vie de M. Daguerre dit qu'il était simplement vicaire. Reynon l'appelle vénérable curé d'Anglet. « Son crime, dit-il, fut, le jour qu'il reçut l'ordre de Monestier, Pinet et Cavaignac de fermer l'église, de parler d'amour des lois et de Dieu. Les habitants lui témoignèrent de la manière la plus affectueuse les regrets de son départ. Ses adieux furent brefs et finirent par ces paroles : « L'obéissance est « le premier devoir des citoyens ; soyez soumis aux lois ; aujonr- « d'hui c'est le premier jour de la République et le dernier de « l'Evangile. » Ces paroles le firent conduire le lendemain à l'échafaud. » Le môme auteur lui consacre les vers suivants :
« Un viellard respectable et septuagénaire Parla d'amour des lois et de Dieu, de la chaire. A peine eut-il fini son très sage sermon, Qu'il fut pris et conduit au fond d'une prison, Et pour avoir parlé de morale divine, Il fut décapité dessus la guillotine. »
Son exécution eut lieu à Bayonne au mois de novembre 1793. A l'ouverture des églises, la cure d'Anglet fut donnée à François-Xavier Laffargue.
Arcangues, en basque Arkangoiz. Cette antique paroisse figure dans le cartulaire de Baj'onnc (f 08 12, 16 et 37) dès le xn e s e , sous le nom d'Arcangos, d'Archangos, Archagos. Une charte du chapitre de Bayonne l'appelle Argangos, en 1302, et les collations du diocèse de Bayonne, St-Jean-Baptiste d'Arcangos en 1685. Au mois de juin 1255, Arbela d'Arcangos vendit à la cathédrale de Bayonne pour 40 1. morlàas la dime d'Urdaix déjà engagée depuis longtemps à l'évêque et au chapitre de Bayonne.
Le seigneur d'Arcangues présentait à la cure et il en avait le patronage. Le patronage consistait dans le pouvoir de nommer ou de présenter à un bénéfice vacant, et le patron était celui qui avait le pouvoir de présenter à un bénéfice vacant. Dans les premiers siècles, les évêques seuls avaient le droit de choisir les ministres de l'Eglise, et ce fut au iv° et v° s" que l'on commmença h accorder le droit de patronage à ceux qui fondaient ou qui dotaient des églises. On distinguait le patronage ecclési istique qui appartenait
à un clerc, soit à raison de son bénéfice, soit à raison de sa dignité, soit parce qu'il avait bâti, fondé ou doté une église avec des biens ecclésiastiques et le patronage laïque appartenant à un laïque qui avait fondé ou doté une église.
A l'intérieur de l'église, le patron avait droit à une place spéciale au chœur ou « cancel », à l'encens, au pain bénit avant tous autres, aux prières, nommément au prône de chaque dimanche, etc.; à l'extérieur, à une ceinture funèbre, ou litre, qu'à son décès on mettait à une certaine hauteur autour de l'église (1). On voit encore dans plusieurs de nos églises des vestiges de cette ceinture noire autour de l'édifice. Les archives départementales (2) abondent en documents relatifs aux procès intentés par les patrons et les seigneurs hautjusticiers, etc., aux curés sur la manière de leur présenter la patène, l'encens, le pain bénit, l'eau bénite, préséance à l'église et dans les processions, la sépulture au chœur, etc.
La noble famille d'Arcangues, si noblement représentée encore de nos jours, est une des plus anciennes du pays (3).
La population de la paroisse d'Arcangues comprenait, en 1650, 160 foyers ; en 1718, 800 habit. ; en 1820, 841.
Les revenus de la cure étaient : 1° la dîme des 3/4 des novales (terres nouvellement défrichées), év. 378 1. et 2° les prémices, év. 72 1. ; total imposable 450 1. — Vers la fin du xviu 0 siècle, le total des revenus atteignait environ 600 1.
La Fabrique n'avait point de revenu : La prébende de Sala établie le 4 décembre 1715 rendait annuel 1 64 1. 3 s. — celle de Hirigoyen (19 octobre 1728), 40 1. 9 s. 10 d. — de Gastelnzar 80 1. — de Mendiboure 30 1. — du prieuré de Hayet 300 1. — d'Admercnea 16 1.
La paroisse a produit Dominique d'Etchepare, né vers 1679 ; — Gaspard d'Arcangues, né vers 1693, curé de sa paroisse natale en 1722 ; — P re Monhiort, né en 1693, précepteur des enfants du marquis de Salha à Bardos, puis vicaire à Urt; — P™ Hiriart, vicaire à Arcangues, puis à Biriatou ; — Jean Mendiboure, né le 12 septembre 1756, curé de Bostens (canton de Mont-de-Marsan), le 1" juin 1806 et d'autres encore (4).
(i) Les patrons avaient encore le droit de faire peindre les écussons de leurs armes sur une bande noire que l'on mettait à la clef de voûte du sanctuaire du chœur ou frontispice du portail de l'église. On en voit des traces encore à Monein, Audaux, etc.
121 T. vi, série G.
(3) Voir nos Rec/i. hist. sur le pays basque t. I p. 447 et suiv.
(4) Voir ibid.
Les registres paroissiaux de 1762 à 1790 nous donnent les noms de d'Arcangues, Lehetochipy, Halty, d'Arcangues, de Gardera et Hiriart, prêtres.
Le 3 et 9 juillet 1791 le directoire d'Ustarits adressa des reproches à la municipalité d'Arcangues. Il se plaignait des propos séditieux des ci-devant curé et vicaire de la paroisse (1). Le curé était Gaspard de Gardera, fils d'Antoine-Charles de G. et de Dominica d'Arcangues. Il était né à Ustaritz et avait été ordonné le 16 mai 1761. Nommé curé à la cure d'Arcangues, il occupa dignement ce poste, édifiant son peuple par l'éclat de ses vertus sacerdotales jusqu'au mois de novembre 1791. Fidèle à sa conscience, il refusa avec énergie le serment civique. Prêtre réfractairc, comme l'on disait alors, il franchit la frontière espagnole.
Le vicaire était l'abbé Harambillet, dont nous n'avons pas pu établir l'identité (2). 11 imita le noble exemple de son curé.
En 1792 et 1793, Martin Doyarçabal fut curé assermenté d'Arcangues aux appointements de 1.500 1. Il abdiqua et devint directeur d'hôpital militaire.
A l'ouverture du culte, devint curé d'Arcangues et de Bassussarry Augustin Sallaberry, né à St-Jean-de-Luz, le 1 er mars 1741.
Bassussarry, en basque Bassussarry , « Bila-Nave quœ Docatur Bassessari, » vers i 130. Pierre-Bertrand fils, aîné et successeur de Bertrand, vicomte du Labourd, céda la dime deBassusssarry à la cathédrale de Bayonne, en main de Fontaner, l'un des plus illustres évèques de cette ville. L'acte de donation constate que le nom de Bassussarri venait d'être substitué à celui de Vilenave (3). C'est en vertu de cette donation, que les habitants de ce village refusèrent le droit à'albergade à un commissaire de Henri III, de passage à Bayonne (4). — Sanctus Bartkolomeus de Bassussarry
(1) Rapport des officiers municip. de Bayonne au dir. du district.
(2) Il y avait, à cette époque, deux prêtres de ce nom, Martin et Christophe, à Urrugne, sans en compter deux autres, Jean et Etienne, à Itsassou.
(3) Livre d'or p. 11. — On fixe la date de ce précieux document, déposé aux archives de Pau entre 1056 et 1080.
(4) Voir Et. hist. sur la ville de Bayonne, Jul. Balasque, t. II p. i7-8.
1768. L'évêque nommait à la cure (1). La population était de 44 feux en 1650 ; en 1718, de 196 habitante ; en 1820, de 340.
Le revenu de la cure atteignait à peine 400 liv. vers la fin du xvm 0 siècle.
Parmi les prêtres originaires de cette paroisse, nous pouvons citer Bernard d'Ibarrart, né vers 1686, curé de son pays natal en 1721 ; et Michel Duhalde, qui fut vicaire à Biarritz, il donna avec excès dans la doctrine janséniste.
Los registres paroissiaux de 1699 à 1785 nous révèlent les noms de quelques prêtres employés dans la paroisse. Ce sont : Duvignau, Dibarrart, Duhalde, Oussia, Larreguy (nous parlerons ailleurs de celui-ci) et Larralde. Dans cette paroisse, la dévotion à N.-D. de Pitié remontait à une haute antiquité. Elle a disparue avec la Révolution.
Larralde occupait la cure, croyons-nous, quand éclata la Révolution. Il eut le malheur de prêter le serment constitutionnel. 11 se refusa néanmoins à accepter des mains de l'évêque schismatique, le 10 novembre 1791, la cure d'Ustaritz, et le 28 mars 1792, il répara sa première faute par une rétractation solennelle. Nous ignorons le lieu de son origine et celui de son décès.
A l'ouverture des églises, Bassussarry fut annexé à Arcangues.
Biarritz, en basque Miarrilze. Vers 1168, Galin de Beariz (2), fit abandon entre les mains de l'évêque Fontaner, en faveur de l'église S le -Marie de Bayonne, de tout le temporel ecclésiastique qu'il possédait dans la paroisse de Biarritz, consistant en dîmes, oblats, redevances d'autel du sanctuaire de Saint-Martin. Le cartulaire de Bayonne, connu sous le nom de Livre d'or, mentionne Biarritz, sous le nom de Bearids en 1186, et de Beiarrids, en 1261. Dans les collations du diocèse de Bayonne, à la date de 1689, on l'appelle Sanctus Martinus de Biarriz.
L'évêque nommait à la cure. La maison Castera avait droit à 1/4 de la dîme. Les 3/4 en revenaient à l'évêque et au chapitre de
(1) La maison de Monçay, dans cette paroisse, était l'habitation de plaisance de Bertrand de Lahet, év. de Bayonne. Il y mourut de la peste, en 1520.
(2) Livre d'or, p. 16. — Nos Rech. hist. t. I p. 454.
Bayonne. En 1650, il y avait dans la paroisse, 300 foyers ; en 1718, 1800 habit. ; et en 1820, 1058.
En 1739, le revenu de la dîme de toutes les terres novales était de 950 1., le casuel des offrandes 240 L, la charge d'un vicaire 20O 1. ; net 990 1. pour le curé. Point de revenus des obits, item des prébendes de N. I). de Bon Secours et de Pitié, aliàs de Peyre. Ces deux chapelles étaient, la première à la place de la Mairie actuelle, et la seconde près du Port- Vieux : celle-ci a été démolie après la construction de la chapelle Sainte-Eugénie.
L'église paroissiale fut érigée en 1541 (1); à cette époque elle était à peu près au milieu de la paroisse. Nous avons donné dans notre Relevé des procès-verbaux des visites pastorales (2) le résumé du procès-verbal fort intéressant de la visite de Mgr Vèvêque oie Bayonne à Biarritz en 1110 (3).
(1) Pour mieux dire, retouchée. Les piliers et voûtes sont à vive arête. La nef et les bras de la croix appartiennent au style de xn e ou xiii 6 Les piliers et les voûtes voisines de l'entrée principale à celui du xvp.
(3) Nous devons une copie in extenso de ce procès-verbal à l'obligeance de M. l'abbé Silhouette, vicaire de Biarritz. Trop long pour être reproduit en entier, nous en extrayons deux notes, que notre digne ami a bien voulu y ajouter, savoir : sur la population de Biarritz et sur Agots.
1° « La population de Biarritz avait diminué dans la 2° moitié du 17 e s 6 . La pèche de la baleine donnait chaque année moins de résultat. La dernière baleine fut prise le 2 ou 3 mars 1686. Un grand nombre d'habitants émigra. Beaucoup de pêcheurs se rendirent avec leurs bateaux au Passage de S* Jean, où ils fondèrent une colonie parlant Gascon. Vers cette époque, une délibération de VA yun ta m iento de Passages décide de ne pas recevoir une pinasse de Biarritz avec son équipage, parce que déjà les gens de Biarritz ont augmenté le nombre des pécheurs et ont amené w\o baisse notable sur le prix du poisson. D'autres s'adonnèrent à la navigation hauturière, et de fructueuses expéditions ne tardèrent pas à ramener l'abondance et à favoriser l'augmentation de la population ».
2° Gots, agots, cagots, garrhes, ladres, descendants des anciens lépreux. Des arrêts du Parlement de Bordeaux du M juin 1578 pour Castelialous ; du 12 août 1581 pour Capbreton ; du 11 décembre 1592 pour Éspelette ; du 20 mai 159j pour tout le Labourd, assujettissaient ces infortunés à des servitudes fort pénibles : « Enjoindre aux cagots, garrhes et ladres du pays du Labourd, leurs femmes et enfants de porter incontinent le signal rouge en forme de pied de guid (canard), sur leurs acoutremens, au dehors et en évidence afin qu'ils soient cogneus, le;ir inhiber de toucher aucune viande aux marchés et plaoes publiques les vivres qui sont en vente, ni aller plus aux offrandes, et toucher à l'eau bénite avec les paroissiens, à peine du fouet et d'être exilés et chassés dudit bailliage et enjoindre aux officiers des lieux à peine de mil écus, de tenir la main, policer les dits cagots et faire exécuter le dits et autres qui interviendront.,... »
Les gots se plaignirent à l'évèque dans sa visite, que leurs enfants étaient, quelquefois, insultés au catéchisme par les enfants des autres
fmroissiens, le prélat donna ordre d'empêcher ces insultes et de traiter es enfants des gots sans distinction comme ceux des autres.
Naquirent à Biarritz, Jean B 10 Manesca et Laurent Bedout. Le 1 er né d'Adam M. et de Saubade Hiriart le 5 juillet 1*741 , étudia à Meaux et y fut élevé au sacerdoce en octobre 1765. Nommé curé de sa paroisse natale, en 1803, il en était démissionnaire le 1 er octobre 1821 : il y mourut prêtre habitué le 9 janvier 1827. — Sur le second, nous savons seulement qu'il fut ordonné en mars
Furent curés de Biarritz 1577-79 Armand de Hitzaguerre;
— 1641-62 P re de Hirigoinbehere ; — 1662-90 Jean Lambert; — 1720-1730 Jean Lestague : son opiuiâtreté dans les idées jansénistes lui fit quitter le diocèse en 1730; — 1730-43 Duverger d'Ascain (1); aidé de son zélé vicaire l'abbé Duhalde, il fut le restaurateur de cette paroisse; — 1743-1754 Jacques Cavalier (2). Au sujet de la cure de Biarritz, nous ferons la même observation que pour celle d'Anglet.
A la période révolutionnaire, cette cure était dignement occupée par Pierre Darancette, né à Bayonne, de Pierre D. et de Gratianne Hayet. Il fut ordonné le 20 mai 1780. Il était maître ès-arts, bachelier en théologie, gradué nommé de l'Université de Bordeaux. Il avait pour aide dans son ministère paroissial l'abbé Behola, Martin, croyons-nous (3). Tous les deux refusèrent le serment constitutionnel et préfèrent manger le pain de l'exil plutôt qu'apostasier. Ils furent remplacés en 1792 et 1793 par Burquet, ex-augustin, curé, et Pinet, ex-cordelier, vicaire. A la reprise du culte, devint curé de Biarritz J. B le Manesca, dont nous avons parlé plus haut.
En 1790, Biarritz fut le chef-lieu d'un canton dépendant du district d'Ustaritz, composé des communes du canton actuel de Bayonne Nord-Ouest, moins la ville de Bayonne.
Lahonce, en basque Lehonza, en latin Leoiisium, est mentionné dans le cartulaire de Bayonne (f° 11) vers 1150. La fameuse abbaye de Lahonce, la seule, que le diocèse de Bayonne possédât dans sa partie cis-pyrénéenne était, croit-on, fille de l'Abbaye de la Case- Dieu (Casa-Dei) dans le Gers. Elle fut restaurée et non fondée,
(1) Voir Ascain.
(2) Arch, départ, t. vi g.
(3) Voir St-Pée.
comme l'on a écrit quelquefois après les auteurs de la Cfallia càristiana, par Bertrand vicomte du Labourd, qui y fut inhumé en 1170. Une charte du chapitre de Bayonnc lui donne le nom de Conventus Foncie, à la date de 1302 et les collations du diocèse celui de Nostra Domina de la Eonce.
Les archives de cette célèbre Abbaye, visitée par les plus haut personnages tant séculiers qu'ecclésiastiques, sont à Pau, ainsi que le livre terrier de ses possessions. « La pièce la plus ancienne est une copie sur parchemin, faite en 1227, de la donation du lieu de Behaune à l'abbaye de Lahonce par Pierre-Arnaud, seigneur de Luxe en Basse-Navarre. On y trouve aussi un arrêt du Parlement de Bordeaux de 1591, homologuant une sentence arbitrale entre Raymond de La Salle, abbé de Lahonce, et les habitants de Briscous et de Mouguerre sur le délaissement d'un terrain appelé Istuiarte, un autre arrêt du même Parlement, homologuant, en 1700, un partage des biens de l'abbaye fait entre l'abbé et les religieux; un autre arrêt de 1722, maintenant les bénédictins de Lahonce dans le droit de percevoir les prémices des maisons d'Urcuit » (1).
Nous avons donné le revenu net de l'abbaye dans les Etudes (2). H. Du Temps, dans le Clergé de France, et M. de Hureaux, dans sa Notice, donnent divers chiffres. Les nôtres sont du Pouillé général (3). A la fin du xviii» s., la mense abbatiale avait un revenu net de 3,800 1. et la paroisse 1.800 1. Nous avons donné la liste des abbés de ce monastère (4). Compaigne nous apprend que, vers 1500, cette abbaye était célèbre par les miracles que Dieu y opérait, par l'intercession de la S 10 - Vierge. « Roger de G-ramont, dit le même auteur, y avait une dévotion particulière. Il fonda, en son honneur, la grange de Saint-Sauveur d'Orthecole, en la baronnie d'Urt, se réservant le droit patronal pour la pourvoir d'un religieux de l'Abbaye. De ce monastère, qui avait sa justice seigneuriale, dépendait la cure réunie d'Ispoure et de la Madeleine, prèsSt-Jean- Pied-de-Port, et celle de Mouguerre (Sanctus Johannes vêtus). »
L'abbé faisait faire le service paroissial. Le monastère recueillit plusieurs vocations basques ; ce que l'on ne rencontre guère dans les autres ordres d'hommes du pays. Cela tenait à ce que l'ordre
(1) Henri Poydenot, Récits et Légendes, II partie, p. 726. j'2) Voir la l re année, p. 94.
(3) Arch. dép. Reg. G.
(4) Voir nos Rech. fiist. sur le Pays basque t. I. p. 118.
des Prémontrés n'était pas incompatible avec le ministère paroissial et à ce que l'abbaye présentait à plusieurs cures du pays basque, où elle savait recruter des sujets. Cependant, au xvm« siècle, le nombre des religieux présents au monastère sans compter ceux des paroisses, ne dépassait guère une dizaine. Nous avons lu que l'évêque constitutionnel Sanadon en avait été du nombre. Mais c'est une grossière erreur. Il était, paraît-il, ami des Basques, qui ne lui en savaient aucun gré, malgré même son « Essai sur la Noblesse des Basques ».
La paroisse de Lahonce a donné le jour à plusieurs ecclésiastiques; citons en quelques-uns : — Bernard Darrigol, fils de Martin D. et de Marie Dubalde, prémontré, ordonné le 21 septembre 1754.
11 était frère, aîné, de J.-B* D. ordonné le 1*7 Mars 1764. Tous les deux confesseurs de la foi. — Pierre Etcbegaray, ordonné le
12 Juin 1156. — Martin Daguerrezar, fils d'Etienne D. et de Marie Darrigol, ordonné à Dax en Juin 1784. Vicaire d'Ahetze, avant la Révolution, il prêta le serment civique (1), et grâce au fameux Daguerresar, notaire de Mouguerre, il devint curé de cette paroisse, dont le titulaire le prémontré Goity avait été fidèle à son devoir. — Jean-Pierre Darrigol, neveu de Bernard et de J.-B* Darrigol. Né le 17 Mai 1790, il fut successivement vicaire à St-Jean- Pied-de-Port, professeur à Bétharram, au grand séminaire puis supérieur le 31 décembre 1825. Prêtre aussi modeste qu'érudit, il est auteur d'une savante « Dissertation sur la langue basque » et, assure-t-on, du catéchisme diocésain qui est suivi encore de nos jours. Il mourut le 17 juillet 1829. (Voir sa biographie dans nos Recherches historiques).
Les registres de la paroisse de Lahonce, de 1642 à 1792 sont signés par Hirigoyen, Lavielle, Lamourous, Ithurbide, Suhigaray, Duhalde, Doyhenard, Camou, Haristoy, Haramburu, Amestoy, Noguès, Etchegaray, Darrigol et Daguerressar, prêtres.
A la Révolution, l'abbaye de Lahonce avec ses dépendances fut achetée par M. d'Iribarren (2). A cette époque de néfaste mémoire,
(1) Vovoz le récit ses hésitations dans les Etudes, 2« an. N° 12 p. 571. Note 12 t. II; p. 315.
(2) Il y eut plusieurs enchérisseurs parmi lesquels nous nommerons la municipalité de Lahonce. « Les biens consistaient: dans les métairies de Gaillac, avec ses dépendances, 15 arpents environ ; — d'Imbidia, 30 journées 1/2; — de Mendibil, 10 journées en vignes et terres labourables; — de Heguy, 8 journées en vignes; — les prairies de Sorton-
était curé de Lahonce, Bernard Darrigol, dont nous avons parlé plus haut. Il portait le titre de prieur de l'abbaye. C'est à ce titre qu'il représenta Pierre d'Etuis d'Estignols, dernier abbé du monastère dans l'assemblée des états généraux delà sénéchaussée des Lannes, dans l'église des Carmes à Dax en 1789. Il se refusa, soit à publier le mandement de Sanadon, soit à prêter le serment civique. Bien plus, il parla sévèrement dans son église des événements du temps, notamment de la condamnation de Louis XVI. Aussi condamné à la déportation, il émigra en Hollande, où dans l'année même de son arrivée, en 1793, il composa un manuscrit intitulé : « Franziako Erligione zaharra eta berria edo Bilzar nazionalak Franziako erligione zaharrean erran nahi da erligione katolikoan egiten dituen mudantzak edo gambiamenduak ».
C'est lui qui aimait à répéter en parlant de Barbine, curé assermenté d'Urcuit.
Monsieur Barbine de Gabat,
Grand Dieu, qu'il est habile à nettoyer le plat !
Il mourut à Logroûo (Espagne) auprès de son frère Jacques, riche négociant de cette ville. Son autre frère, Jean-Baptiste, nommé plus haut, après avoir habité dans son émigration Pampelune, revint mourir à Zubernoa, poste que depuis sa sortie de Behaune en 1783, il avait occupé jusqu'à la Révolution (1). Jacques le négociant, suspect à raison de ses sentiments personnels et à cause des qualités sacerdotales de ses deux frères, eut à subir la prison, pendant une année entière, à Bayonne. Marié à Amélie de Goyeneche, de Briscous, il fut le père de Jean-Pierre Darrigol,
toa; — de Camestolon de Chearriquetta, 35 journées environ; — plus les bois et autres dépendance affectés à des prébendes de fondations obituaires régis par les ci-devant abbés et religieux.'» Evalués parles experts 111,7061. 18 s. d. ils se vendirent 186,000 1. Arch.dèp. Rév. m, Ql — il Q 137 — m Q 1 etc. — Un moulin dépendant aussi de la ci-devant abbaye de Lahonce, situé à Mouguerre, estimé 12,000 1., fut mis eu vente le 25 février 1791 au ci-devant palais épiscopal de Bayonne. Nous ignorons si le montant de ce moulin entrait dans l'estimation générale des biens. Les baux à ferme consistaient : l°dans la dime de Briscous, 333 1. 10 s. et une paire de chapons, payables par moitié à la Noël et à la Pentecôte ; 2° dans celle de Mendiboure, affermée 86 1. ; 3° le moulin de Lahonce, affermé 700 1. et 4 paires de chapons ibid. — a L'argenterie de Lahonce consistait en 18 couverts, 1 grande cuiller à soupe et 2 à argent. Darripe, fils. » Arch. dép. Rév. m Q 69 : 18 marcs, 3 onces, 18 deniers d'argenterie provenant du ci-devant couvent de Lahonce furent remis à Darripe, fils, le 15 Mars 1792, ibid. (1) Voir Zubernoa.
supérieur du grand séminaire de Bayonne. Un neveu de ce dernier, chanoine de l'insigne basilique de St-Nicolas de Rome, vient de mourir en 1893, curé de Villefranque.
Sur la liste des émigrés de la république (juil. 1794) on trouve « Uespens, curé-abbé de Lahonce ». Dans les rapports officiels de l'époque, il prenait le titre de prieur de Lahonce avec l'abbé Darrigol (1).
A la réouverture des églises, l'abbé Mentaberry devint curé de Lahonce. 11 commença la célébration du culte dans l'église, qui « considérée comme appartenant de tous les temps à la paroisse » n'avait point été aliénée avec l'abbaye et ses dépendances. Le monastère contigu à l'église et communiquant avec elle par une porte intérieure était au sud de l'édifice religieux. Il subsiste encore de nos jours.
Mouguerre en basque Mugerre. La charte de l'Abbaye de Lahonce, dont la paroisse avec Elizaberry, son annexe, était une dépendance, l'appelle SainctJohatideBiuts, à la date de 1564. Les collations du diocèse lui donnent le nom de Sanctus Johannes- Vêtus vulgd Mouguerre en 1*763. L'Abbé de Lahonce présentait à la cure. Le vicaire résidait à Elizaberry, dont l'église fut bâtie avec autorisation donnée par acte notarié, en date du 8 Janvier 1655. Le nouveau quartier fut appelé d'abord Hirurelizalt, parce qu'il avait été formé du territoire pris aux trois paroisses de St-Jean-le-Vieux (Mouguerre), Villefranque et de St-Pierre d'Irube.
En 1650, la population de Mouguerre comprenait 260 feux; en 1718, 1560 hab.; en 1820, 1123.
Le revenu de la cure (portion congrue) était environ 300 1. ; casuel et offrande à peu près autant, net 600 1. Il y avait 68 obits, dont le revenu fut réglé par ordonnance épiscopale du 18 Août 1740, d'un rapport annuel de 356 1. — Le revenu du vicariat était la 40 e de la dîme des grains et autres fruits, plus, par manière de prémice, la 11 e partie de la dime du bétail et en outre le manuel et
(1) Son mobilier partagé en 17 lots fut vendu aux enchères comme bien d'émigré. Vu sa composition, il atteignit la somme énorme de 2.293 1. 54 s. — Un lit garni en colonettes, bleu et blanc, avec trois matelas, une paillasse, un traversin, doux couvertures de laine et une contre-pointe, furent adjugés à la citoyenne Jaureguv pour la somme de 322 liv., ainsi du reste. (Arch. dép. rév. Q 110-244)".
offerte suivant l'usage local. Les familles, qui ne levaient pas au dessus de dix conques de grains, payaient seulement un franc par an. Les messes que les particuliers faisaient acquitter à leur intention, se payaient 12 sols sans compter le manuel. Dans la paroisse, il y avait une confrérie de St-Jacques, fondée vers 1680 (1).
Voici les noms de quelques prêtres employés à la paroisse: Jean Casalong prémontré, né à St-Jean-Pied-de-Port, vers 1694, remplacé en 1140 par frère Gabriel Dupont qui avait été jésuite ; — Jean Darraidou, né à Greciette, vers 1675, vicaire; — N. St-Jeaii, vicaire.
Les registres paroissiaux de 1668 à 1790 nous révèlent ceux de St-Martin, Pinaquy, Bidegaray, St-Jean, Souhy, Elissalde, Diharce, Goytia, St-Jayme, Goïty et de Daguerressar.
A la Révolution était curé Dominique Goity et vicaire Jean Goity. Le premier était né à Hasparren de Jean G. et de Jeanne Dartayet, le 6 Janvier 1735. Entré dans l'ordre des Prémontrés, il était diacre le 24 Mai 1766 et prêtre ordonné hors du diocèse. L'Abbé de Lahonce le présenta à la cure de Mouguerre et à la prébende d'Etchecolu (Urt). 11 refusa le serment civique et quitta sa paroisse en 1792 pour la laisser au prêtre assermenté Martin Daguerressar, vicaire d'Ahetze. Le 25 Mars, de la même année, l'abbé Goity « ci-devant chanoine régulier de St-Norbcrt et curé de Mouguerre » se présenta à la Mairie de Hasparren déclarant vouloir résider dans sa maison paternelle « qu'il habitait depuis quinze jours. » Y affronta-t-il la tourmente révolutionnaire? Nous l'ignorons; mais nous savons qu'il mourut prêtre habitué en 1823 (2).
Jean Goity, vicaire, naquit à Iholdy, le 12 Juil. 1752 de Jean G. et de Marie Etchcverry. Ordonné en Mai 4 1777, il avait été vicaire à Mendionde. A l'exemple de son curé, il refusa le serment schismatique et cédant comme lui son poste au prêtre assermenté Distiart, il prit le chemin de l'exil. En 1803, il devint curé d'Armendaritz; démissionnaire en 1833, il alla recevoir la palme des confesseurs de la foi le 24 Avril 1842.
L'assermenté Distiart, comme presque tous ses imitateurs dans le schisme, fut lapidé et pendu en effigie à son poste. Le l ,r dimanche, il dut traverser une foule d'insulteurs pour arriver à l'église,
(1) Voir nos Rech. hist. t. I, p. 496.
(2) Rog. D et 8 de la Mairie d'Hasparren.
où on l'appostropha, l'injuria et l'accabla de coups de neige (1). Il abdiqua eu 1793 et devint juge-de-paix.
A l'ouverture du culte, devint curé de Mouguerre J.-B^Gastainbide, né à Jatsou le 14 Juin 1756. En 1790, Mouguerre fut le cheflieu d'un canton dépendant du district d'Ustaritz, composé des communes de Lahonce, Mouguerre, St-Pierre d'Irube et d'Urcuit.
Saiot-Pierre d'Irube, en basque Hiriburu. Nous ignorons si ce village a commencé par être une annexe ou une paroisse. Le Dictionnaire topographique de Raymond lui donne le nom d'Yruber à la date de 1186 et le cartulaire de Bayonne, St-Pée d'Irube, au xiii» siècle (2).
L'évêque nommait à la cure : les 3/4 de la dîme des terres novales et les prémices évaluées 1,360 1., le casuel 200 1., ensemble 1,560 liv. moins la charge du vicaire, 200 1., formaient un revenu net de 1,360 pour la cure. Sa fabrique n'avait qu'une portion de la dîme d'une prairie évaluée 10 1. ; 60 obits rapportaient 326 1. Il y avait les prébendes d'Etchepare, de Luchechenea, de Larrondoa et d'Ibarrart, tombées en désuétude. Sa population était en 1660, 80 foyers ; en 1718, 480 hab. ; en 1820, 882.
Parmi les prêtres originaires, nous connaissons Pierre, aliàs Bernard Belzussarry, fils de Jean B. et de Saubade Hirigoyen, né le 28 décembre 1741, ordonné prêtre le 20 mai 1769 ; prêtre habitué à Bayonne, puis vicaire de sa paroisse natale, décédé le 23 mai 1819.
Les registres paroissiaux de 1664 à 1791 ne donnent que les noms d'Abotte, Despacan, Gellos, Dulivier, Dupruil et de Robéze, prêtres. Il y a des lacunes. Nous savons que Dulivier fut remplacé le 7 septembre 1739, par Pierre Haraneder d'Ustaritz et que Jean Darraidon-Gellos succéda à P ra Haraneder, le 23 mars 1743.
A l'époque de la Révolution, nous trouvons à la tête de cette paroisse Jean Gelos, que nous croyons neveu du précédent. Il était de la maison Gelosea, d'Ayherre, dont le souvenir est conservé encore dans la famille, qui lui doit un pavillon ajouté à l'antique habitation. C'est là que notre confesseur de la foi vint mourir, à une époque que nous ne pouvons préciser. Nous disons confesseur
(1) Rap. du Direct, du district; raanusc. part.
(2) Voir nos Rec/i. /lïsf., t. I, p. 482.
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de la foi, car avec son vicaire Arricaberry, dont nous n'avons pas pu établir l'identité, il refusa avec énergie le serment constitutionnel. Tous les deux durent sans doute émigrer. Leurs ouailles ne restèrent pas sans les secours de la religion. Parmi les apôtres qui surent exposer leur vie pour le salut des âmes de leurs frères, citons en tête Michel Lanusse, dont nous avons déjà parlé. Reçu dans les maisons dites Laplante, La Courtille, Les Lauriers, etc., il y donna rendez- vous aux fidèles aux plus mauvais jours de la Révolution. Après avoir réconforté les âmes par sa parole ardente et le secours des sacrements, il volait au secours des fidèles des paroisses voisines Lahonce, Villefranque, la Bastide, jusqu'au delà de Bidache, où il avait ses maisons affidées. A l'ouverture des églises, il fut nommé curé de Guiche, puis de La Bastide Clairence, où il mourut en odeur de sainteté, dans l'année 1822.
Pendant que nos confesseurs de la foi se multipliaient en parcourant les paroisses, la police révolutionnaire poursuivait sa tâche. Le 23 janvier 1*793, le conseil municipal de St-Pierre d'Irube, en vertu d'un arrêté du directoire du district, fit examiner l'état de maladie de M. de Hureaux « prêtre insermenté. » Le 24 thermidor de la même année, « en exécution de la loi du 18 messidor sur les visites dans les maisons suspectes pour y arrêter les émigrés, les prêtres déportés, les brigands, égorgours, chefs de chouans, etc., Salvat Dassance, agent municipal du lieu escorté de gardes nationaux, fit cerner et visiter la maison de la citoyenne de Hureaux, à Lissague(l), celles de la citoyenne de Roll Montpellier et de Bernard Maurin à Doyharçabal, celle de Marie Haran à Dourisboure ». On n'y trouva aucun des personnages désignés par la loi et dénoncés par la malveillance. — En 1792 et 1793, était vicaire à St-Pierre d'Irube, l'abbé Mendiboure, prêtre assermenté. Il abdiqua et devint employé brigadier, aux charrois.
Le 13 thermidor an ix, après serment de fidélité à la constitution de l'an vin et autres formalités, Robert d'Alincourt, ex-chanoine de Bayonne, prêtre déporté, fut autorisé à continuer dans l'église de la paroisse les fonctions du culte catholique, qu'il avait commencées à remplir provisoivement dans la maison de Rose de Hureaux.
(1) Un ancien château, connu sous le nom de petit Lissague, a été habité par Anne de Neubourg, reine d'Espagne. — La Révolution emporta de l'église de St-Pierre d'Irube iï9 ,u 6° ti d d'argenterie, VI chasubles, 11 dalmatiques, 5 chapes, 1 lampe, 1! chandeliers, 3 tableaux, etc. (Arch. dép. Rév. m Q 09.)
A la suite, arrivèrent Bernard Bclsussarry, Charles Dominique Harriet, prêtre cordelier, né dans la paroisse le 4 juillet 1729, et Claude-François Marsan, ministre du culte catholique. Enfin le 29 pluviôse an xn, après inventaire des ornements et objets du culte, Jean Romatet fut nommé à la desserte de la cure. Premier curé concordataire, il était, selon nous, le digne vicaire de l'abbé Darralde, curé de la cathédrale. Il était né à Hendaye. Renonçant bientôt à sa cure, il consacra ses dernières années à l'enseignement de l'anglais dans l'Institution Meillan, à Bayonne(l).
Nous terminerons cet article par un modèle de procès-verbal d'une fête décade (ab uno disce omîtes) : « Ce jourd'hui le vingt Nivose, l'an six de la République française, une et indivisible, nous S. D., agent municipal de la commune de S.-P.-d'Irube, canton de Mouguerre, département des B.-P., ayant annoncé la fête décade par le carillonnement des cloches tant hier au soir, au déclin du jour, qu'aujourd'hui à l'aube du jour, nous sommes rendus devant l'autel de la Patrie, accompagnés d'un détachement de la garde nationale et le reste des citoyens assemblés, la cérémonie a été débutée par des chants patriotiques et de suite ayant fait lecture des lois, arrêtés et autres renseignements, qui nous sont adressés dans le courant de la décade et prononcé un discours tendant à l'observation des lois et au maintien de la constitution de l'an 3, la cérémonie a été terminée par des chants républicains et par des cris de : Vive la République et la Constitution de l'an 3 ! Après quoi, les assistants se sont livrés à des amusements et à des jeux innocents accoutumés dans le païs, de tout quoi a été dressé le présent procès-verbal pour être remis au commissaire du directoire exécutif du canton, conformément à l'arrêté de l'administration centrale en datte du 17 frimaire l'an 6 me .
Fait, à S. -Pierre, les jours, mois et an que dessus.
Signé : D. » (2).
Urcuit en basque Urketa. Eu 1097, Guilhem, clerc du diocèse deBayonne et probablement fils du seigneur d'Urcuit, prononça des
(1) Notes de M. Ch. Bernadou, tirées des registres BB de la Mairie de St-Pierrc-d'Irube.
(2) Ibid.
vœux comme chanoine (professus sum m* canonicus) et apporta en dot à Sainte-Marie de Bayonne le quart de la dîme de Saint-Etienne d'Urcuit (1) L'érudit auteur des Etudes historiques sur la ville de Bayonne nous donne divers détails sur le rôle joué par les seigneurs de ce village. Ils étaient patrons de l'église de la paroisse. Un document de 1186 nomme cette paroisse Auricoctus, Orquuit , sanctus Stephanus de Auricocta (2). L'église d'Urcuit devint une dépendance de l'abbaye de Lahonce. En 1718, il y avait 1,200 hab. et en 1820; 387. Le revenu de la cure (portion congrue) consistait dans la dîme de quelques terres novales évaluée 409 1. avec offrande et casuel 291 1. net sans charge 700 1. — Il y avait 32 obits d'un rapport annuel de 202 1. 43 s. et trois prébendes savoir : celle de Remonteguy (du l or Mai 1680) 104 1. avec charge d'entretien de la prairie y affectée; celle d'Etchegoyen (20 janv. 1732) 20 1., de Heguibure, aliàs Hirigoyen (19 octobre 1710) 50 1.
Les registres paroissiaux de 1657 à 1790 portent les signatures des prêtres Samourout, de Hirigoyen, Delissade, Doyhenart, enfant du pays, ordonné le 22 décembre 1731, Boulon, de Lassalle, Curutchague, Etchart, Daguerre, Distiart, Etchesary, Ibert et L. Barbine.
La Révolution trouva ce dernier à la tête de la cure. Nous avons déjà parlé de ce prêtre, ex-prémontré de Lahonce. On sait qu'il prêta le serment civique et devint juge-de-paix à Bayonne. Il entraîna dans son apostasie son vicaire, Sallaberry. Il finit par reconnaître et réparer sa faute. A la reprise du culte, on lui confia son ancienne paroisse, où il vécut jusqu'à un âge avancé. En 1793 on appela Urcuit, Laurier. Cependant, il n'y avait pas là de. saint à supprimer ! Les biens meubles et immeubles appartenant aux frères de Souhy, émigrés furent séquestrés, le 24 ventôse an n. Ces biens étaient situés à Urcuit, Mouguerre et à Bayonne. (Arch. dép. Rév. III Q 89.)