CANTON DE BIDACHE
Bardos, en basque Bardotze. Vers 1193, sous Bernard de Lacarre, évêque de Bayonne, l'église Sainte-Marie de Bayonne eut un différend avec le seigneur de Bardos. Plus riche sans doute de quartier de noblesse que d'écus, il se livrait trop souvent à des mesures vexatoires. On finit par faire une sorte d'entente par
(1) Liv. d'or, p. 8.
(2) Dict. de Raymond.
arbitres (1). Les collations du diocèse de Bayonne mentionne cette paroisse sous le nom de Sancta Maria de Bardos. Elle devint une baronnie relevant du duché ou souveraineté de Bidache. Celle-ci appartenait au diocèse de Dax (2).
Le curé était aidé d'un vicaire. La cure, à la nomination de révêque, comprenait en 1731, 1700 communiants et en 1820, 2,230. Ses revenus consistaient dans la dîme entière de 14 maisons, des dîmes des terres novales et prémices évaluées, 1,600 1. ; casuel et offrandes, 200 1. ; charge du vicaire, 200 1. ; net 1,600 1. Dans la paroisse, il y avait trois chapelles toutes trois interdites. Les obits, au nombre de sept, rapportaient an. 520 1. Pour les pauvres, il y avait une rente de 300 1. constituées sur les aydes et gabelles, le 25 janvier 1717. On y comptait six prébendes : celles de Hitze, aliàs Lohiague (15 mars 1712) N... (3); de Paquesohaye; de Diharce, 15 1. ; de Jaureguy, N... ; de Garât, aliàs Samanos (28 mars 1679) 25 1.
Voici les noms de quelques prêtres nés dans cette paroisse : Etienne Gillct de Lagrenade vulgo Sorhouet, né en 1699 et décédé à Bardos, le 23 juin 1738 ; — Gabriel d'Etchart, né en 1674 ; — Pierre de Casenave, fils de P ro de C. et de Marie Celhay, ordonné le 9 mars 1748 ; — Antoine Paquessohaye, fils de P r « P. et de Marie de Colomots, ordonué le 21 mai 1758 ; — Pierre de Salha, fils de Messire de Salvat, marquis de Salha et baron dcSt-Pé (B w -Navarre et S'-Jean-le-Vieux), et de Marie- Louise de Casamajor de Charitte ; il fit toutes ses études à Paris et fut admis dans les ordres au titre de bénéfice. Né le 3 octobre 1748, il fut ordonné eu janvier 1773. Chanoine de Bayonne, il refusa le serment constitutionnel et préféra émigrer. A la réouverture des églises, il reprit sa place au chapitre et mourut en 1825; — Jacques de Salha, né le 11 avril 1730, de M e Philippe, marquis de Salha, et de Catherine de Larreteguy, fit aussi ses études à Paris, où il reçut les ordres. Promu au sacerdoce en décembre 1755, il devint chanoine de l'église métropolitaine de Paris ; — Pierre de Salha, frère aîné du précédent, naquit le 25 mars 1721 et fut ordonné le 4 juin 1746, sous titre de bénéfice. Il devint curé de Cligny ou Clugny et après chanoine de Lescar.
(3) Livre d'or, p. 25: Jules Balasque. Etudes /lisf., t. I, p. 275. — Nos Rech. hist., mot Bardos, t. I, p. 452.
(1) Voir, sur cette Principauté souveraine, église paroissiale et collégiale de Bidache, nos Hecli. Iiist., t.I, p. 338-317.
(2) Ce signe indique tombée en désuétude.
Dans les registres paroissiaux de 1637 à 1792, on trouve les noms des prêtres suivants : de Mailhare, Dolheguy , Dapmartin (1), Durruty, Dayherdoy, de Laco, d'Iharce (2), Mondy, deSt-Estebcn, d'iriart, de Casaubon, Detcheto, Lapeyre, de Harosteguy, Detchegaray, Moniliort, Lagrenade, Gellos, Latralde, Labary, Oussia, Lacarre, Bidegaray.
Ces registres ne donnent guère jamais les noms de tous les prêtres employés dans la paroisse. Chaque curé pourrait compléter la liste de ses prédécesseurs. Nos vénérés prédécesseurs ne mériteraient-ils pas cette attention de notre part? Ouvriers zélés, en leur vivant, de cette portion de la vigne du Seigneur que nous cultivons après leur décès, n'en sont-ils pas les insignes protecteurs? Voici trois curés de Bardos, sur lesquels nous pouvons dire quelques mots : 1° Pierre d'Etcheto, qui fut en procès avec Mme de Salha sur la manière de lui présenter la patène, l'encens, l'eau bénite et le pain bénit dans l'église (3) ; 2° D' iue Fagalde, né à Hasparren en 1686, il fut nommé curé do Bardos et y décéda le le 16 novembre 1731 ; 3° Martin Laxalde, né vers 1696 à St-Pée et nommé curé de Bardos, le 17 novembre 1731 ; il résigna sa cure en faveur de son neveu, Martin d'Elissalde.
Ce dernier, né à Ustaritz, de Dominique d'Elissalde et de Jeanne Laxalde, ordonné le 9 juin 1759, était curé de Bardos quand éclata la tourmente révolutionnaire. Docteur en théologie, il jouissait d'une haute estime auprès du clergé basque qui le députa à l'assemblée des états-généraux de la Sénéchaussée des Lannes en 1789. L'ordre du clergé l'élut au nombre de ses commissaires pour assister le Président des Etats dans la vérification des pouvoirs. D'Elissalde avait un esprit trop éclairé et une conscience trop délicate pour apostasier. Il refusa le serment à la constitution civile du clergé avec son vicaire Salvat Monho, l'un de ses vicaires, dont nous parlons ailleurs (4). Malheureusement il en fut autrement du second vicaire, Pierre Mentaberry, que ni l'exemple de son curé, ni la parole tantôt charitable, tantôt mordante, de Salvat Monho ne purent arrêter dans la mauvaise voie. Non content de prêter le
(1) Peut-être Daumartin, nom d'une niaison du bourg de Bardos, appelée depuis Daguerrenia.
(2) Arch. dép. G„ 08.
(3) C'est Jean d'Iharce, chanoine, fort versé dans le droit canonique. |4) Voir art. Irissarry.
serment schismatiquc, il s'oublia jusqu'à parler du haut de la chaire de vérité dans des termes tels que le maire dut l'en arracher.
Le curé dénoncé par le procureur de la commune fut décrété de prise do corps. Fugitif un moment, d'Elissalde préféra se constituer prisonnier. Après une belle plaidoirie prononcée par lui-même, il fut provisoirement mis en liberté. Ne pouvant plus vivre sur une terre qui dévorait ses enfants, il secoua la poussière de ses pieds et passa en Espagne, au mois d'octobre 1793. C'est le cœur brisé de douleur qu'il laissa sa chère paroisse entre les mains de son ancien collaborateur, devenu ange de ténèbres. Celui-ci ne jouit pas longtemps de son traitement de 2,000 fr., prix de son apostasie. Rejeté par la Révolution, comme ses collègues assermentés, il « abdiqua » pour se réduire autant que possible au rang de simples laïques, dernier degré d'infamie pour un prêtre.
D'Elissalde résidait à Oyharsun (Espagne) le 11 mai 1797(1). Nous savons qu'il mourut sur la terre étrangère, sans pouvoir indiquer le lieu de son décès. Ses biens furent confisqués parla Révolution. Aussi, ni lui-même, avant son décès, ni sa famille, après, ne purent payer une obligation de 5,052 liv., dont l'abbé d'Elissalde s'était reconnu redevable aux pauvres de Bardos par acte public du 5 mars 1785. La loi du 27 avril 1825 ayant accordé une indemnité aux héritiers des émigrés, la famille d'Elissalde-Castremont de Bardos fut condamnée à solder la dette de son oncle curé. Par suite d'une transaction, de l'année 1831, M"° d'Elissalde-Castremont, au nom de son frère aîné, capitaine de vaisseau, chevalier de la Légion d'honneur, domicilié à Paris, versa au bureau de bienfaisance de la commune de Bardos la somme de 2,000 fr., somme convenue (2). La Révolution vola à l'église de Bardos en
(1) Voir la corresp. de Mgr do Neuville, ëv. de Dax , dans les Etudes, du mois de juillet 1893.
C2) La famille d'Elissalde, originaire, croyons-nous, d'Arrauns-Ustaritz, s'était implantée dans Bardos, où elle joignit le nom de Castremont au sien. Le capitaine de vaisseau, décédé vers 18 ( J0 dans sa 80° année à paris, rue de Bourgogne, ses sœurs, Elisabeth-Léocadie, née à Bardos en 1800, décédée à Paris en février 1881, et Marie-Anne- Euphrasie, née aussi à Bardos en 1808, étaient issus du mariage d'Etienne d'Elissalde, riche négociant à Madrid, puis retiré à Bardos, et de Jeanne Daguerre. — La première, Elisabeth, est auteur d'un gros volume in-8° sur l'Histoire de l'introduction du christianisme sur le continent russe et de la Vie de sainte Olga. Paris, Douniol, 2*J, rue de Tournon, 1871). A ce titre, cette famille "méritait ces détails extraits des Arch. de la mairie de Bardos.
calices, ciboires, croix etc., 41 m 3° 12 d d'argenterie, sans parler d'une grande quantité de fer provenant des grilles et autres ornements de fer (1).
A la réouverture des églises, nous trouvons pour curé de Bardos, Martin Duhart, né à Briscous, le 30 mai 1750. En 1790, Bardos fut le chef-lieu d'un canton dépendant du district d'Ustaritz et formé des communes de Bardos et de Guiche.
Guiche (2). Le cartulaire de Bayonne, f° 8, donne à cette paroisse, au xu« s<\ le nom de Villa Gnissen. Dans nos Recherches historiques sur le pays basque, nous avons mentionné A. de Guiche, parmi les gentilshommes labourdins, qui, le 5 du mois d'avril 1193, assistèrent à l'assemblée devant laquelle Guilhem-Ramon de Sault, dernier vicomte de Labourd, confirma la donation de la dîme, etc., faite par son grand-père à Ste-Marie de Bayonne (3). Le comté de Guiche relevait du duché ou souveraineté de Gramont. Le titre de comte de Guiche était porté par le fils aîné du duc de Gramont, à qui Charles VII donna les seigneuries d'Urt et de Guiche pour lui avoir facilité la prise de Blaye, tandis que les fameux Beaumont de Navarre, propriétaires des deux baronnies, suivaient le parti anglais. C'est pour ce motif qu'on confisqua à ces derniers tous leurs biens situés en France.
En 1730, le droit de présentation à la cure de Sa?ictus Joannes de Guiche appartenait à M mo de la Salle. Nous ignorons s'il faut entendre par là la dame veuve de Salha de Bardos.
Le revenu de la. cure consistait en prémices, part de froment, dédommagement des novales donné par le duc de Gramont, etc., éval. 890 liv.; casuel 250 1., charge d'un vicaire 200 1. ; net 940 1. : vers le milieu du xvui 0 s., le revenu curial atteignait le chiffre de 1100 1. La fabrique avait un revenu de 220 1. ; il y avait 24 obits d'un rapport de 140 1.
Guiche a donné naissance : 1° à Antonin Miremont, né le 2 septembre 1750, de Jean M. et de Gratianne Destrac, ordonné à Dax en juin 1775, et incorporé à ce dernier diocèse, où il devint curé
(!) Arch. dép. Rév. III Q 09.
(2) Guiche n est point une paroisse basque, néanmoins comme elle a eu ries curés basques, nous lui avons donné place parmi nos paroisses.
de St-André. Grâce à son serment civique qu'il eut le malheur de prêter, il fut maintenu quelque temps à son poste. A la réouverture des églises, on lui confia la cure de Bidache où il mourut le l or décembre 1836 ; 2° Pierre Destrac, né vers 1774 ; 3° Bertrand Larrouy , fils de Jean L. et de Jeanne Claverie, ordonné sous-diacre dans la chapelle de Marrac à la dernière ordination faite par Mgr de Villevieille, le 29 mai 1790.
En sus des noms des prêtres que les registres paroissiaux fournissent de 1627 à 1793, savoir Monségur, Miremont, de Pomiro, Claverie, Ducainp, Castencau, Duhart, Larralde, Hiriart et Delmas, nous connaissons d'Escos, né vers 1682, curé de Cfuichc en 1703 ; Jean Miremont, né vers 1690, vicaire; Jean Sécail, né vers 1696 à Marignac, eu Commingcs, qui, après avoir tenu quelque temps école à Guiche, passa au diocèse de Dax qu'il quitta également.
A. la période révolutionnnaire, était curé de Guiche, Jean Castencau, né à Bayonne de Bertrand C. et de Marie Etchevers, ordonné prêtre le 12 juin 1764. Trop consciencieux pour apostasier, il ne voulut ni publier le mandement de Sanadon, ni prêter le serment civique. Il fut du nombre de ces prêtres visés dans le rapport du directoire d'Ustaritz en date du 12 novembre 1791, où il est dit que « tous les autres ecclésiastiques en général et à quelques exceptions près, prêchent la discorde, la rébellion, le schisme, l'excommunication ». En 1792 et 1793, nous trouvons l'abbé Larralde, vicaire assermenté à Guiche: il aàdigm et devint sous-directeur d'un hôpital. A la Révolution , la paroisse perdit ses calices et croix d'argent d'un poids total de 10 ,n . A la reprise du culte, la paroisse de Guiche fut confiée à Michel Lanusse, le zélé apôtre des bords de l'Adour.
CANTON D'ESPELETTE
Espelette en basque Espeleta. Cette paroisse mentionnée dans le cartulaire de Bayonne à la date de 1233 et de 1256, est une ancienne seigneurie, dont le possesseur prenait le titre de seigneur d'Espelette, Gostoro (Souraide) et Amotz au quartier de St-Pée. Louis XI l'érigea en baronic à haute, basse ot moyenne justice, en faveur de Jean se- d'Espelette. Cette famille partagée en plusieurs branches existe encore. Le titre de baron d'Espelette appartient à Martin d'Espeleta, domicilié à Paris, qui s'en tient aussi honoré
que du titre de comte espagnol porté par une autre branche de la famille. La baronnie relevait du royaume de Navarre (1). A quelques mètres du cimetière de l'église et devant la maison diteElissaldea, il y avait une de ces maisons appelées Âbadia. Nui doute qu'anciennement ce ne fut l'habitation du patron de l'église. Son sîte explique celui de l'église.
La cure finit par être à la nomination de l'évêque de Bayonne. La population de la paroisse comprenait en 1650, 500 feux ; en 1718, 1,500 âmes et en 1820, 1,250.
Le revenu de la cure se composait d'une partie de la dîme des terres anciennes et des premiers éval. 1,900 1., d'un casuel de 100 1., avec charge d'un vicaire 200 1., net 1,800 1. La fabrique possédait une partie de la dîme, des terres nov. et anc. soit 480 1. ; il y avait 21 obits rapportant anuuel 1 371 1. De plus, le revenu de la scolanie d'Espelette N... ; les prébendes d'Olhaun N... ; d'Etchechouria (15 janv. 1705) 30 1. ; d'Archenetchea N... ; de Domingonerea N... ; d'Ithurrartea 9 1.
Voici quelques curés connus... de 1592 à 1647 : Raymond Ducassc, Pierre Bissecq, Jean de St-Martin, Pierre de Ilirigoyen ; — 1647- 1665 Jean d'Elissalde, Pierre de Ste-Marie; — 1665-1682 Martin Duhalde, prieur de Souraide ; — 1682-1692 de Larralde de Harriette, de vicaire devenu curé ; — 1692-1700 Pierre d'Iriberry ; — 1700- 1743 Lambert de Bardos (oncle et neveu] ; — 1743-1773 Michel Garrin; — 1773-1791 Pierre Etcheverry, inhumé à Iholdy, son pays natal; — 1803-1809 Etcheverry de Larressore ; — 1809-1821 D* 06 Diharassarry (ancien curé assermenté) ; — 1821-1841 Bernard Eliçagaray ; — 1842-1866 Martin Salagoity, de Cambo ; — 1866- 1881 Jean Costes, de Sauveterre ; — 1881.... Martin-Sylvain Ilita, de Cambo.
Les registres paroissiaux de 1665 à 1792, toujours incomplets, donnent les noms des prêtres Bessouart, Muhald, Harriet, Iriberry, d'Arretche, d'Irionde, d'Aranteguy, Sorhainde , Lambert de Sorhainde, Barcimisbehère , Lohitz, Munduteguy, Duverger, Harosteguy, Garrin, d'Etcheverry , Harreteguy, Gastambide, Behola, Duhart, Salaberry, Larre, Laxalde, Çalalçagaray, Hiriart,
( 1) Voir nos Rec/i. hist. t. I, p. 458 ; t. II, p. 24 ; Notice sur la maison d'Espeleta. Ad. au vol. Cambo et ses alentours de l ab. Duvoisin. Pampelune 1875 ; Hist. et généalogie dç la maison d'Espeleta, par M. de Jaurgain,
Duhalde, Etchegaray, Larronde, Perolcha, Etcheverry, Sorhainde, Deyheralde, Durrels, Olhery, Duhart, Oxabide, Diharassarry.
La paroisse a donné naissance à plusieurs ecclésiastiques. Citons : Raymond Lohitz, d'Ansarrauns, fils de Bernard L. et de Jeanne d'Olhagaray, né en 1707, prêtre le 19 mai 1731 ; — Michel Munduteguy, fils de Michel M. et de Marie d'Elissalde, né en 1706, prêtre le 19 mars 1732 ; — Jean de Harosteguy, fils de Jean de H. et d'Etieunette d'Ipharragucrre, né en 1710, prêtre en mars 1736 ;
— Pierre d'Etcheverry, fils de Jean d'Et. et de Jeanne Harosteguy, prêtre en 1737, vicaire à Cambo, puis à Arbonne ; — Jean d'Oxabide, fils de Jean d'O. et de Gratianne d^'Ithurralt, prêtre en 1767
— Jean d'Arquie, fils de Jean d'A. et de Catherine d'Ithurrart; il fit ses études de latinité à Larressore, de théologie à Coïmbre (Portugal), où il reçut les ordres sacrés et le bonnet de docteur. Prêtre en 1746, il fut d'abord professeur de philosophie à Larressore ; puis il entra dans le corps des missionnaires qui évangélisèrent le pays. Ses chaleureuses improvisations et ses sermons écrits lui valurent une grande réputation d'excellent orateur ; — Jean Salaberry, fils de Jean S. et de Dominica d'Arretche, prêtre en 1752; — Pierre Salaberry, né en 1754, vicaire en Biriatou, décédé le 26 janvier 1814; — D que Gastambide, né vers 1666; — Pierre Gastambide, fils de D q " e G. et de Marie-Louise de Phantion, prêtre eh 1752 ; — D qoe Larralde, fils de D*"* 0 L. et de Dominica Berindoague, prêtre le 28 mai 1763; — P ro Perotch, fils de Jean P. et de Marie Segure, ordonné à St-Jean-P.-P. le 1" juin 1765 (voir plus bas) ; — Jean Gorostarsou, fils de Michel G. et de . Gratianne d'Oxabide, prêtre en 1768 ; — Jean Gorrity, aîné, fils de Jean G. d'Olhagain, chirurgien et de Jeanne d'Iron, né en 1753, prêtre en 1780, décédé prêtre habitué en 1803; — Jean Gorrity, puîné. Il était vicaire à Larressore quand éclata la Révolution. Nous en parlerons en son lieu.
La Révolution trouva à la tête de la paroisse d'Espelette, l'abbé Pierre Etcheberry, né à Iholdy (1). Il refusa le serment constitutionnel. Sa mort arrivée le 2 septembre 1791 ne lui permit pas de
(1) M. V. Portes dans les Etudes, liv. de décembre, 2* année, p. 573, donne le nom de Damestoy au curé d'Espelette. Nous ne connaissons aucun ecclésiatique de cette époque portant ce nom. L'abbé Etcheberry était-il de la maison Amestoy, d'Iholdy, dont la famille signait Etcheberry, et prenait-il le nom de sa maison, comme l'on faisait avant la Révolution ? L'erreur s'expliquerait ainsi.
prendre le chemin de l'exil. Sa correspondance avec l'autorité diocésaine nous révèle la douleur que lui causa l'attitude de son vicaire, l'abbé Diliarassarry, déjà gagné par les révolutionnaires. Nous croyons que le vénéré pasteur mourut de chagrin et que ce fut là la principale raison du transport et de l'inhumation de son corps à Iholdy, « en présence de MM. Salvat Hiriart, Jean Gastambide, Jean Gaillarnet, Philippe St-Jean, habitants d'Espelette ». Jean Hiriart, second vicaire de l'abbé Etcheberry, imita l'exemple de son curé. Dans les rapports du directoire du district, Pierre Servet, nommé plus haut, est porté comme vicaire d'Espelette. Il est à croire qu'à raison de la maladie du curé et de la conduite de l'abbé Diharassarry, l'autorité diocésaine l'avait nommé à ce poste. Quoiqu'il en soit, il refusa le serment constitutionnel.
Parlons de l'abbé Diharassarry, « du vicaire patriote ». Il naquit dans la maison Aguerrea, de Larressore, de Pierre D. et de Marie Arbeletche et fut ordonné prêtre à Dax, au mois de décembre 1784. Petit de taille, d'une figure imposante, il avait une voix vibrante et une mémoire prodigieuse. Interrogé, lors d'un de ses examens d'ordination, quel était le Traité qu'il présentait, il répondit à ses examinateurs : « Messieurs, toute la théologie ». Et il subit un examen des plus brillants. Aussi ses supérieurs lui confièrent-ils la chaire de dogme au séminaire de Larressore. Nommé vicaire d'Espelette , au lieu de suivre l'exemple de son curé ét de ses confrères, il prêta hardiment le serment civique.
M. d'Alincourt, administrateur du diocèse, s'empressa d'écrire au curé une lettre pour lui notifier que les pouvoirs « du vicaire patriote » étaient expirés et lui enjoindre de donner connaissance de la lettre au peuple afin qu'il fût à l'abri de toute erreur. Le 28 octobre 1791, l'abbé Diharassarry était élu curé d'Espelette et vicaire épiscopai de Sanadon. En jour de dimanche, il annonça ses titres du haut de la chaire. « L'évêque, ajouta-t-il, a prétendu me retirer mes pouvoirs , mais le tribunal me les a rendus et m'a nommé curé d'Espelette et vicaire général de Sanadon ».
Il n'avait pas plus tôt articulé ces paroles qu'une voix s'écria en basque: Ai, maîurusa! (Ah! le malheureux!) C'était celle de Marie Gorostarsou dite « ttikipantil. » Le prétendu curé tonne, l'auditoire murmure, les agents révolutionnaires présents à la scène cherchent la coupable. Nul ne la connaît ! . . .
Ce n'était que le commencement des douleurs (initium dolorum
hœc). L'abbé Diharassarry, informé de l'esprit d'hostilité de la population et môme de la municipalité de Souraide, demanda pour son installation dans cette portion de sa paroisse, la protection d'un détachement de la garde nationale, le 22 décembre 1791 ; concours qui lui fut accordé, mais qui ne fit qu'exaspérer les esprits. Aussi, sept jours après, le curé instrus écrivait de nouveau au directoire du district pour l'informer de l'opposition acharnée des gens de Souraïde.
Le tout n'était pas de s'installer, il fallait se maintenir à son poste ; et chaque jour c'étaient nouvelles injures. Un jour, une demoiselle Gorostarsou, cousine de celle qui l'avait apostrophé à l'église, lui présenta, comme marraine, un enfant aux fonts baptismaux; Diharassarry adresse aux parrain et marraine cette demande du Rituel : « Que demande cet enfant ? » « Ce que vous avez renié, » répond la marraine. « Qu'ai-je renié »? reprend le prêtre courroucé, « Ce que cet enfant demande ».
Huit mois de curé constitutionnel furent pour l'abbé Diharassarry huit mois de remords de conscience et de malédictions de la part du peuple. Il n'y tint plus : un jour de dimanche, c'était le 18 juin 1792, il monta en chaire un cierge à la main, les larmes aux yeux, pour demander pardon de son apostasie à Dieu et aux hommes. Inutile de dire que tout l'auditoire édifié fut à son tour ému jusqu'aux larmes. Le rapport adressé par le directoire du district à celui de Pau, nous apprend que l'abbé Diharassarry, après sa rétractation solennelle, « émit une doctrime et des maximes attentatoires à la tranquillité publique. » La municipalité d'Espelette n'avait eu garde d'informer de la conduite de son pasteur le directoire du district et néanmoins celui-ci députa, le 25 juin, M. Duhaldc, un de ses membres, pour étudier et connaître les faits sur place. Le 5 juillet il décida que le prêtre réfractaire serait dénoncé à l'accusateur public du tribunal criminel du département et en attendant le jour du procès-, qu'il serait transféré sous bonne escorte dans la maison d'arrêt du district.
Mais Diharassarry savait ce qui l'attendait. En descendant de chaire, sans entrer môme au presbytère, il prit, non le chemin de la frontière, mais pour mieux tromper la police, le chemin du bois de Souraïde et de St-Pée. Il arriva à St-Jean-de-Luz ; son crime incivique n'y était pas connu et cependant on l'arrêta et on l'emprisonna comme suspect. Grâce à de bons chrétiens, il put s'évader
de sa prison et gagner un bateau de pécheurs de Ciboure qui le déposa sur la côte d'Espagne (1). Diharassarry resta, croit-on, en exil jusque vers 1809.
Voici la liste des ornements et du linge de l'église d'Espelette arrêtée le 11 frimaire 1792 et adressée à Ustaritz par les officiers municipaux de la commune : « 4 pièces du pavillon (le dais) ; — 1 pour le St-Sacrement ; — 4 écharpes de la croix ; 19 devants d'autel ; — 30 habits de messe ; — 26 pièces carrées (amicts, sans doute); — 19 couvre calices (pales) ; — 3 grandes cappes (chapes ) ; ' — 13 étoiles ; — 4 calices ; — 1 soleil (ostensoir) ; — 2 ciboires ; — 1 huilier ; — 6 chandeliers ; — 1 fer pour faire les hosties ; — 1 croix d'argent doré. Linge : 12 aubes ; — 10 surplis ; — 29 essuyés- calices (purificatoires); — 1 couvre-cadavre (drap mortuaire) ; — 6 couvre autels : — 4 croix ; — 9 livres de messe » (2).
A la conclusion du Concordat, la cure d'Espelette fut confiée à Jean Etcheverry, né à Larressore le 1 er avril 1746. Instituteur d'abord à Larressore puis à Cambo, il fut retraité comme curé d'Espelette le 1 er octobre 1809. C'est alors que l'abbé Diharrassarry fut appelé à lui succéder. « Le nouveau curé, dit l'auteur de la Vie de M. Daguerre, par son désintéressement, son zèle, sa charité, son talent, ne tarda pas de conquérir tous les cœurs ; il fut bientôt considéré comme le père de tous ses paroissiens. Mais ni les succès qu'il obtint ni même le bien qu'il fit, ne purent empêcher qu'il n'eût sa chute d'autrefois toujours présente devant les yeux. Il la pleurait souvent dans son particulier et non content de cela, il la confessait et s'en humiliait de temps en temps en public dans son église. Nous l'avons vu et entendu dans une de ces occasions, où il rappelait ainsi sa faute passée.... Quel spectacle ! Non, jamais nous n'oublierons ni cette physionomie si belle et si expressive du vertueux curé, ni cette vénérable tête blanche qui semblait se courber sous le poids de l'humiliation, ni ce visage tout inondé de larmes, ni cette voix suppliante qui implorait la miséricorde divine en faveur du pécheur contrit et pénitent, ni ce peuple s'attendrissant sur son pasteur bien aimé et disant ces paroles que nous avons pieusement recueillies : « Ah ! voilà donc que notre bon père pleure encore ». L'abbé Diharassarry mourut subitement au mois de
(1) Ces détails nous ont été fournis par le cap. Duvoisin, frère de l'auteur de la Vie de M. Daguerre.
(2) Arch. dép. Rév. III Q 69.
mai 1821, laissant à ses paroissiens trois vieilles sœurs h nourrir. Le peuple témoin des largesses de son regretté pasteur le lui rendit en entretenant ses sœurs jusqu'au jour de leur décès.
La famille Gorostarsou : Les Gorostarsou, tant ceux de St-Vincent-de-Tyrosse (Landes), que ceux d'Espelette, sont originaires de Hariscun, dit plus tard Garaya, d'Espagne. Ceux qui s'implantèrent à Espelette s'allièrent à plusieurs familles de cette paroisse. Parlons de la branche, qui s'établit par le mariage dans la maison KElissaldea. A la Révolution, trois demoiselles Gorostarsou y habitaient. C'étaient Marianne, l'aînée, restée célibataire, celle qui avait apostrophé Diharassarry à l'église; Jeanne, mariée avec l'héritier de la maison Bergara d'Espelette, et Jeanne-Marie, qui épousa J.-B 10 Duvoisiu, capitaine des douanes, père de l'auteur de la Vie de M. Daguerre. Ces demoiselles n'assistaient pas aux offices célébrés par le curé assermenté. Un dimanche, l'autorité municipale, pour faire cesser ce prétendu scandale, députa quatre jeunes gens, pour les forcer à venir à l'église. « Très certainement nous vous suivrons, dirent nos héroïnes aux mandataires municipaux, mais auparavant acceptez notre déjeuner >\ On soigna si bien nos jeunes gens qu'ils oublièrent eux-mêmes et l'office et la danse qui en était le complément. C'est ainsi qu'elles échappèrent à la fête civique.
La maison Elissaldea contigue au cimetière de la paroisse était le refuge des prêtres fidèles. Un soir, elle ouvrit ses portes à un de ses confesseurs de la foi, poursuivi par les agents révolutiontiounaires. Les trois sœurs étaient occupées à servir un modeste repas à l'infortuné visiteur, quand deux archers pénètrent dans la maison, que leurs compagnons tenaient cernée au dehors. Que faire? L'une d'elles, sans se déconcerter se présente au chef et lui dit avec le plus grand mystère : « Oh ! Monsieur, de grAce, ne révélez rien; il s'agit du mariage de ma sœur aînée. C'est son fiancé que vous avez vu fuir : tenez, venez le voir, si vous y tenez, il s'est caché sous le lit; et veuillez dire à vos compagnons qu'il n'y a personne dans la maison. » Ainsi fut fait et le prêtre sauvé gagna la frontière.
Les demoiselles Gorostarsou finirent par s'exiler elles-mêmes à Elizondo (Espagne), où déjà elles avaient fait plusieurs visites en cachette. La police les jugeait incapables de franchir la frontière. Un jour, elle s'avisa de parcourir et de fouiller la montagne avec
des chiens, espérant les trouver cachées. Ce fut alors qu'elle découvrit dans une borde M" e Sorhainde, sœur du fameux Azantza. La capture était excellente, ou l'amena à Bayonne et, sur la place liramont, on lui trancha la tête.
Un frère des demoiselles Gorostarsou, malgré ses opiuions antirévolutionnaires, avait accepté d'être chef d'un magasin de vivres pour l'armée des Pyrénées occidentales. Tantôt pour voir ses sœurs à EHzondo, tantôt pour accompagner les victimes de la Révolution, il passait la frontière. A cette époque de bouleversement général, il n'était pas rare de trouver dans notre pays des personnages les plus illustres de France. Cachés sous de faux noms aux pieds de nos montagnes, tantôt en deçà, tantôt au-delà de la frontière, ils espéraient échapper au fer révolutionnaire. La paroisse d'Espelette possédait un de ces personnages ; c'était le duc d'Aumont. Nous ne saurions affirmer si c'était Alexandre, si connu par son dévouement à Louis XVI, ou L. Céleste, gentilhomme de la chambre de Louis XVIII (1) ; ce qu'il y a de certain c'est que le duc d'Aumont évadé de Paris sous le costume d'une femme était arrivé à Espelette. Le citoyen Boïatré, c'était le nom qu'il prenait, se lia d'amitié avec Gorostarsou, chef d'un des magasins des vivres de l'armée. Le capitaine Duvoisin nous affirme que Bolatré avait accepté une charge quelconque dans ledit magasin. Quoi qu'il en soit, il ne cessait de répéter à son ami : « Vous êtes royaliste, je le reconnais; je le suis aussi ; conduisez-moi en Espagne. » Gorostarsou profita d'une de ses visites auprès de ses sœurs pour l'y conduire.
Les demoiselles Gorostarsou avant leur émigration avaient gardé chez elles une ex-religieuse Visitandine de Hasparren, cadette de la maison Harosteguy, d'Espelette. Nous ignorons si elles l'amenèrent avec elles en Espagne. Mais à leur retour, elles la recueillirent encore. Notre religieuse devint maîtresse d'école à Espelette, où, modèle de toutes les vertus, elle vécut jusqu'à un âge très avancé. —
Jean Gorostarsou. Il était juge de paix d'Espelette, beau-frère de la religieuse visitandine dont nous venons de parler et cousin germain des d 11 " Gorostarsou. Il fut accusé devant la Commission extraordinaire de Bayonne d'entretenir une correspondance avec
(I) Les ducs d'Aumont étaient d'une noble et ancienne famille qui longtemps fui ent en possession de la charge de gentilhomme de la chambre du Roi.
les émigrés. On lui trouva, dit le rapport, « plusieurs lettres fanatiques en basque et en français et une chanson contre-révolutionnaire adressées à lui et à sa belle-sœur ci-devant religieuse : c'était le protecteur des voleurs, des assassins, des prêtres réfractaires, corrupteur et tyran de son canton... Il avait offert 2.000 1. pour corrompre ses gardiens, n'ayant pu y réussir, il avait voulu se détruire... » Au fond on ne lui reprochait que d'avoir favorisé l'évasion de quelques émigrés. La commission le condamna, le 27 ventôse 1794, à la peine capitale et il fut exécuté en conséquence. En vertu d'un arrêté du directoire du district, en date du 4 germinal an II, des exemplaires de son jugement furent répandus dans tout le pays. J. Gorostarsou était âgé de 30 ans.
Nous verrons un autre Gorostarsou figurer dans les démêlés du directoire du district avec le séminaire de Larressore. Chargé avec M. Galan d'apposer le scellé dans cet établissement, si le supérieur et ses collègues se refusaient à prêter le serment civique, il donna des preuves de sa répugnance à remplir une si triste mission. Nous avons nommé plus haut un ecclésiastique de ce nom, ordonné en 1768. Nous en avons connu un autre, qui vicaire à St-Palais, est venu mourir dans la maison Azpelzia de St-Pee. Enfin, l'abbé Charles Gorostarsou de Saint-Vincent de Tvrosse (Landes) ancien élève de Larressore s'est embarqué à Marseille au mois d'octobre 1885, pour aller évangéliser la population du Yunnam.
Les Gorostarsou étaient alliés à la famille Epherranea de Souraïde , dont la maison fut le refuge des confesseurs de la foi. Mgr de Ville vielle, évêque de Bayonne, y reçut par deux fois l'hospitalité. A cette époque, était maître de cette maison Pierre Duhalde, frère de deux ecclésiastiques des plus distingués d'Ustarits, dont nous parlerons plus bas. Pierre Duhalde vint s'établir par mariage dans la famille Epherranea (1), puis par un second mariage dans celle de Bergara à Espelette. Il était maire de cette commune et âgé de 51 ans, quand par ordre de la commission établie à Bayonne, il fut arrêté et exécuté avec six autres le 27 venfose (17 Mars; 1794. Ces six compagnons, dont nous parlerons en leurs lieux et places, étaient Domingo Garât, d'Itsatsou, Catherine Sorhaïnde, de Cambo, Gachina Heguy, Manech Etcheverry d'Itsatsou, Sébastien
(1) Les nbbés Larronde, curé de Hendaye et Agorreca, curé de St-Jean-le-Vieux, descendent de Pierre Duhalde.
Granjean, et Jean Gorostarsou, juge de paix d'Espelette. Le crime de Pierre Duhalde était *< de n'avoir pas usé de son autorité pour empêcher ses administrés et autres d'aller à Urdach (Espagne)... et d'avoir favorisé l'esprit fanatique, les principes anti-révolutionnaires.. .. qui étaient au comble h Espclette. »
Aïnhoa (1). D'une lettre, adressée par Edouard 1 er roi d'Angleterre le 29 juillet 1289 aux habitants de cette localité, il ressort qu' Aïnhoa a eu ses seigneurs particuliers jusque vers lexin*s. (2). La charte de l'abbaye de Ste-Claire mentionne cette paroisse sous le nom de Nosire Done d' Aïnhoa en 1511.
La cure était à la présentation de l'abbé d'Urdach (Espagne). En 1650, il y avait 100 feux ; en 1710, 600 hab. et en 1820, 569. Le revenu curial se composait : 1° des 3/4 des fruits décimaux et des terres anciennes et novales, éval. 7*70 1., 2° du casuel év. 130 1. net, sans charges, 900 1. : vers la fin du xviii 0 s. il atteignait le chiffre de 1,000 1. La fabrique avait un revenu de 390 1. Il y avait 15 obits rapportant 90 1., plus les prébendes de Haristorenea, rap'501.; d'Haristorenea-Berruet, 50 1. ; les deux prébendes de Matchitorenea, fondées en 1692 et 1696, ensemble 30 1.
La paroisse possédait plusieurs chapelles notamment celle de N. D. de l'Aubépine, située, avec son ermitage, sur l'un des flancs de la montagne Axulay (3).
Furent originaires de cette paroisse : Martin Hirigoyen, fils de Jean H. et de Marie Berhouet, prêtre en 1750; — Michel Durruty, prêtre le 5 juin 1751; — Martin Durruty, ordonné à Olorou le 27 mai 1774 après ses études théologiques faites à Toulouse ; — Jean Labartette, fils de P ro L. contrôleur des fermes du roi et de Jeanne Gastambide. Il fit ses études à Larressore, à Aire et à Toulouse, où il reçut les ordres et le bonnet de docteur en théologie en février 1772. Entré dans les missions étrangères il fut envoyé en Cochinchine en 1774. Dix ans après, il était coadjuteur de Mgr Pigneaux, célèbre dans l'histoire de l'Inde et connu sous le nom de révoque d'Adran. Mgr Labartette, évêque de Veren in partibus
;l) En basque, ai se prononce aï mouillé.
I?) Voir nos Rech. Irist. t. I. p. 447.
(3, Cette chapelle existe encore et attire, en certains jours de féte, les populations d'alentour.
lui succéda, en qualité de vicaire apostolique. Le saint prélat, après cinquante années de travaux dans cette mission, mourut à Phu-xuan, le 6 août 1836, à l'âge de 77 ans; — Pierre Hiriart, fils de P r » IL et de Marie Berhouet, prêtre en 1780; — Jean Etchepare, né le 15 août 1742 décédé en 1816; — Guillaume d'Etchepare, fils de Jean d'E. et d'Ursule Marticorena, ordonné à Oloron en avril 1783; — Jean Doniingorena, né en 1774, vicaire successivement à Villefranque, Arrauns, Biriatou et Elizabcrry de Mouguerre.
Des prêtres employés dans la paroisse, nous ne pouvons citer que Jean Santabal, né à Urrugne vers 1680, curé d'Aïnhoa en 1729 et Jean Peruerteguy, né vers 1695, gradué, nommé curé do St-Jean-de-Luz en 1739.
Il y avait déjà assez longtemps que la cure d'Aïnhoa était occupée par Laurent Inda, quand éclata la Révolution. C'était un vénérable octogénaire, chanoine prémontré d'Urdach.
Il refusa le serment constitutionnel. Placé à la limite de la frontière il rendit les plus grands services non seulement à ses paroissiens mais encore à ceux que la Révolution persécutait. L'église d'Aïnhoa possédait des vases sacrés précieux, don d'un riche bourgeois du lieu nommé Jean d'Etchepare. D'accord avec celui-ci, le curé essaya de les soustraire à la rapacité des révolutionnaires (1). Il avait pour vicaire Gratian Jauretche, qu'il ne faut pas confondre avec un autre ecclésiastique de môme nom et né de P re Jauretche et de Gratianne Duralde, ordonné à Siguenza (Espagne), en 1737.
Le vicaire d'Aïnhoa était né le 2 août 1763, dans une maison infançonne de Cambo, de P ro J. et de Jeanne Dagobert (2). Il eut la faiblesse de prêter le serment civique, le 13 février 1791, faute qu'il répara, le 27 mai suivant, par une rétratation solennelle et par son dévouement au salut des âmes. Forcé de quitter sa paroisse, il se retira dans une forge d'Urdach (Espagne), près de la frontière. « C'est là, dit M. Duvoisin, que dans une modeste chapelle bâtie pour la commodité des ouvriers venaient, le trouver un grand
0) Nous avons vu de ses lettre» écrites en basque dans les archives départ, llev. III Q 179, Q 380.
|2) Ordonné le 23 décembre 1786. il fut d'abord nommé vicaire de sa paroisse natale. Il était neveu de l'abbé Bernard Dagoriet dont nous parlons à l'article de Cambo. Jean de Perosteguy , commandant d'artillerie de Navarre était, croit-on, natif d'Ainhoa. Voyez ses écrits sur la langue basque, Uiblioyr. Vinson, n° 53.
nombre d'habitants d'Aïnhoa et des environs désireux de remplir les devoirs religieux. » Ce ne fut pas le seul théâtre de son apostolat. Déguisé sous le costume de forgeron, de muletier, etc.,
11 venait dans le territoire français pour y administrer les sacrements aux malades et aux infirmes. Un soir il arriva dans la maison Maïtenea de Cambo. C'était l'habitation du sieur Dagorret, son oncle et ancien juge de paix. Cette demeure était le refuge des prêtres fidèles. L'abbé Jauretche n'y était pas plutôt entré que la maison fut cernée par les archers. Découvert et arrêté, notre confesseur de la foi fut amené à Pau, où le tribunal criminel le eondamna à mort. Il expira sous le couperet de la guillotine le
12 novembre 1793. On envoya d'Aïnhoa à l'hôtel de la monnaie l'argenterie de l'église s'élevant à 45" 12" (1).
Jean d'Etchepare. Né à Aïnhoa, il fut déporté en vertu du décret du 26 août 1792. A la faveur du décret du 7 fructidor radiant la loi relative à la déportation des 'prêtres insermentés, il rentra dans le pays. Mais une nouvelle loi ayant interdit le territoire à ces ecclésiastiques, d'Etchepare se présenta devant la municipalité du canton de Sare pour lui faire sa déclaration de départ, dont acte lui fut donné le 1" vendémiaire an VI. Nous ignorons si c'est bien le même prêtre que celui qui a été cité dans l'article Sonraïde, ou un nouveau nom à inscrire au catalogue des prêtres fidèles.
Au mois d'octobre 1793, émigrèrent Labadie et Lalibert, prêtres à Ainhoa.
Voici un autre exemple des crimes de ce temps. Un pauvre laboureur d'Aïnhoa, nommé Bernard Dandourandeguy , emprisonné depuis un an adressa, par une main étrangère, une pétition, en demande l'élargissement au comité de surveillance de Bayonoe. La pièce, dont l'original est entre nos mains, est datée du 19 octobre 1794 et conçue en ces termes :
« Citoyens : Restituer à la liberté la classe ignorante des artisans de profession, restituer à la patrie la portion la plus utile du peuple français, le cultivateur laborieux qui arrose de ses sueurs le sol nourricier de la nation, l'industrieux artisan qui achète sa subsistance de son travail, tel est le but qui a dicté la loy du 21 Messidor. J'y suis nomément compris sous ma profession de laboureur.
(I) Arch. dép. llév. III Q 69.
Par quelle fatalité suis-je donc privé du bieofait de cette loy ? Fort de ma conscience, je ne soupçonne pas que les motifs qui m'ont privé de ma liberté soient déterminés par les cas exprimés par la loy du 17 septembre. Je ne soupçonne pas qu'aucun délit justifié par des preuves positives puisse m'envelopper dans la classe qui doit donner des inquiétudes à la patrie. Si j'ai commis des erreurs, je les désavoue et vous les excuserez puisque la loy les pardonne. Veuillez briser en son nom mes fers au bout d'environ un an de détention, ou me mettre en état de réclamer ma liberté en me muniquant les motifs de mon arrestation.*. Par main d'autrui : Dandourandeguy. »
Voici la réponse : « Vu la pétition ci-dessus, le Comité déclare que le dit Dandourandeguy a été dénoncé, qu'il y a environ dix mois ou un an, pendant la guerre, on le voyait revenir le matin de bonne heure du coté d'Espagne à Aï'nhoa et qu'on a entendu dire qu'il conduisoit et faisoit passer en Espagne du bétail. Que par l'effet de cette dénonciation étant prévenu du crime de haute trahison, il n'est pas au pouvoir du Comité de prononcer sur sa réclamation. En conséquence arrête qu'il se pourvoira par devers le représentent du peuple, Monestier (de la Lozère), pour être statué à son égard ce qu'il appartiendra. Fait en séance du Comité révolutionnaire provisoire du district d'Ustarritx séant à Bayonne le 28 vendémiaire de l'an III* de la république une et indivisible.
Destibeaux, Dithurbide, Dangiade, Jauretche, Poylo, jeune, Dolabaratz, Bouché, Doyanbehere » (1).
En 1793, on donna à cette localité le nom de Mendiarte. A l'ouverture du culte devint curé d'Aïnhoa, Salvat Monho, né à Isturitz le 23 août 1747. (Voir l'article Irissarry.)
Cambo. Arn d S. de Cambo figure en 1235, au jugement du différend de Bassussarry avec le sénéchal de Gascogne. S'agit-il de quelque noble de cette commune, ou bien Cambo avait-il ses seigneurs particuliers ? La charte de Bayonne, f> 12, mentionne
(1) Nous ne parlons pas ici de la proclamation en style ordurier lancée par Monestier (du P. de D.) du camp de Helclianea, près Ciboure, le 27 novembre 1793, a l'occasion de l'abattement d une croix à Ainhoa. Nous avons donné plus haut cet échantillon du style du temps.
Cambo à la date de 1235. Les collations du diocèse l'appellent, en 1*757, Sanctus Laurentius de Cambo.
L'évêque nommait à la cure de Cambo et de Larressore réunis.
11 y avait deux vicaires, l'un à Cambo et l'autre à Larressore, qui, en 1776, devint une paroisse séparée. En 1650, il y avait 330 feux, en 1718, 1.650 hab. et en 1820, 1,262. A Larressore, on comptait, en 1718, 850 âmes et en 1820, 635.
Le revenu curial de Cambo et Larressore consistait en une partie de la dîme dss terres novales, domaine de la maison S 1 Martin, et
des prémices évaluées 2,300 1., casuel et offrandes Charge du
vicaire 200 1. ; net 2,240 1. ; à la fin du xvin* s. le revenu net était de 2,400 1. (1). La fabrique avait 86 1. de revenu : il y avait 11 obits rapportant 192 1. 12 s.
Prébendes : celles de Cambo fondées en 1686 et postérieurement, d'un rapport annuel de 200 1. ; — d'Iguzquibelar, rente 1,150 1. ; — de Gazteluberry, rente 75 1. ; — celles d'Arcaldea, d'Alamainea, d'Azanza, de Pontoronea, d'Harotchea, d'Etcliebeherea, de Lissarrague, de Harismendia, d'Etcheverria, de Haramboure, tombées en désuétude.
La fabrique de Larressore possédait un revenu de 120 1. Le * prieuré de Dondariette une rente de 120 1. Les prébendes de Mentaberry, de Tipinea, d'Etcheverria, d'Accarette, de Landagaray, ensemble un revenu de 71 liv.
La paroisse de Cambo a fourni plusieurs prêtres : Etienne de • Halty, fils de Martin de H. et de Cath. de Harriague, ordonné à Dax en septembre 1742; — Jean Duhart, fils de Jean.D. et de Marie d'Arraçaguy, ordonné à Aire en 1742, professeur à Larressore; — Gratien Jauretche, fils de P re J. et de Gratianne Duralde, ordonné à Siguenza (Espagne) en 1737 ; — Jean Darancette, probablement frère de P re D. syndic général du Labourd, ordonné le 15 mars 1732; — P™ Labiaguerre, ordonné le 18 Mars 1741 et titulaire des prébendes de Larrondoa depuis le 13 Juin 1727 ; — Martin Duralde,
(1) D'après une déclaration de l'abbé" Diharoe conservée dans les Arch. dép. Rév. III Q 67, en 1791, le revenu curial consistait en espèces 2.364 1.; en nature 30 conques de froment, 60 de mais, 12 1. de lin,
12 serviettes d'une aune chaque, 24 dîmes de paille, 1 barrique de cidre, 1 porc du poids de 150 1. Le curé recevait de Larressore 815 1. Ses charges étaient l'entretien d'un vicaire à Larressore 1501., d'un 2° au presbytère, et 382 1. d'imposition. Il y avait 20 obits et plusieurs fondations. Le revenu curial avait augmenté dans la paroisse, (2 e moitié du xvm* s.)
fils de P re D. et de Marie d'I bère, ordonné en 1749; — J.-B lc Prat, fils de J.-B 10 P. et Mario do Buvin, vicaire à l'rcuray en 1768, décédé en 1781 ; — Martin-Jean Diharco d'Alzuyet, curé de Cambo (voir plus bas); — Gratien Dagorc et fils do Bernard D. et de Marie Lohiola né en 1736; curé de Bussussaritz décédé le 26 fév. 1815; — Jean Dublanc, né en 1767, curé d'Ossès jusqu'en 1828, d'Isturits jusqu'on 1831, décédé à Cambo, maison Puttuneaen 1850; — Jean Dublanc, matutinier, dit vicaire de Cambo (voir plus bas); — Jean Duralde, fils de Guil. D. et de Gratianne St-Martin, ordonné en 1*701 ; — Jean Eléazar de St-Martin, né le 27 août 1701 , ordonné en 1730, ami et collaborateur de M. Daguerre dans la fondation du séminaire de Larressoro où il professa quelque temps : il mourut curé de l'Hôpital St-Blaise dans un âge fort avancé; — P r » Curutchet, fils de Martin C. et de Jeanne Celhay ordonné à Dax en juin 1783, vicaire à Arruns, décédé en 1812; — Pierre Hiriart, fils de P rc H. et de Marie Lohiola, ordonné en 1776; — Jean Celhay, fils de Martin C. et do Gratianne Sonhourt, ordonné à Meaux en fév. 1763, professeur à Larressore (voir plus bas); — P re Celhay, né le 19 Août 1793, vicaire à St-Audré de Bavoune en 1824, décédé ' aumônier militaire dans la mémo ville; — Les abbés Bernard et Salvat de Sorhaindo (voir plus bas); — Martin Hardoy, fils de Jean H. et de Marie Hirigoyen, ordonné le 19 fév. 1785, curé de Cambo en 1803 y décédé le 6 avril 1826; — Gratien Jauretche, confesseur de la foi (1); — Jean Diron, né en 1787, curé de Jatsou en 1823; — Martin Salagoity, né le 12 avril 1793, vicaire à Bardos, curé de St-Péo, mort curé d'Espelotte.
En dehors des registres paroissiaux qui, de 1692 à 1793, nous donnent les noms des prêtres Durbère, Etchart, Duhart, Durruty, Halty, Etcheverry, Diharce, LapitzetDublanq nous voyons comme employés dans la paroisse de Cambo : Martin Durbère, né à Cambo vers 1650 et curé do sa paroisse natale on 1684 ; — son neveu P re Durbère d'abord son vicaire à l'annexe, puis son successeur à Cambo; — Etienne Laxalde, né vers 1654, vicaire; — Martin Beherein, né vers 1690; — Jean Harguiudcguy, né à Cambo vers 1680; — Armand Jauretche, né vers 1662 ; — Etienne Halty, né à Cambo vers 1679 et D qu ' d'Oiharzabal, né en 1674. Au moment de la Révolution Cambo avait pour curé un ccclésias-
(I) Voir Art. Ainhoa.
tique aussi zélé que distingué. C'était Martin Diharce d'Alzuyet. Né dans la paroisse, de P re D. et de Gratiaune Peruesteguy, il fut ordonné le 7 mai 1752. Il fit ses études à Larressore et à Toulouse, où il reçut le bonnet de docteur. Après quelques années de professorat à Larressore, il fut vicaire à Bayonne, enfin curé de sa paroisse natale. Il eut le malheur de prêter le serment constitutionnel, mais il le rétracta si vite que le district n'osa pas le porter parmi les prêtres conformistes , pas plus que son vicaire J.-B te Dississarry. Tons les deux pleurèrent amèrement et réparèrent leurs fautes. L'abbé Diharce fut déporté et nous croyons qu'il mourut en exil (1). Il eut pour successeur Dominique de Sorhaiade, prêtre assermenté, de la famille Azantza, de Cambo.
Cette famille comptait au xviu 8 siècle, parmi ses membres un doyen du chapitre de Bayonne (1719), un lieutenant du roi, un échevin-maire de Bayonne (1763 à 1770). Dominique et Bernard, tous le3 deux prêtres, étaient fils de Salvat de Sorhainde et de Jeanne Haitze (2). Le premier, ordonné en 1773, grâce, dit-on, à des influences de famille, fut nommé bénéficier des prébendes de Hirigoyenea, de Chauriguy et d'Ordoquigora d'Itsassou par lettre du 20 juillet 1774. Il était curé de Briscous avec son neveu Salvat pour vicaire, quand éclata la Révolution. Il prêta le serment civique le 13 février 1791. Nommé curé constitutionnel de Cambo, il se présenta pour prendre possession de son poste le 18 décembre. Sur l'opposition de l'abbé Diharce, il fut d'abord refusé, mais à la fin installé par le maire Gorostarsou le 27 du même mois. Peu après, cet infortuné dépouillait son habit ecclésiastique et donnait le scandale d'un mariage sacrilège. C'est, croyons-nous, le seul prêtre basque avec Fonrouge, qui oit fait une semblable chute.
(1) Nous avons lu une note de l'abbé Diharce conçue dans ces termes : « La nuit du 1 er octobre 1788, on nous a enlevé de la sacristie la croix, qui faisait le plus bel ornement de notre église et qui par sa façon et son élégance éclipsait toutes celles du diocèse, à 1 exception de celle de la cathédrale, qui est plus riche. Elle avait été faite en 1^43. En foy, Diharce, curé. » — Une note du même, que nous avons trouvée dans les Arch. dép. (Rév. III Q 67) porte le revenu curial, au moment de la Révolution, à 2,364 1. en argent, plus 60 conques de froment, autant de mais, 12 1. de lin, 12 serviettes chacune d'une aune, 24 dîmes de paille, 1 barrique de cidre, un porc de 150 1. de poids. — Larressere lui donnait 815 1. et deux jambons. Ses charges étaient l'entretien de deux vicaires, dont l'un à l'annexe, 382 1. d'impositions.
(2) Bernard, ordonne le 20 mai 1769, fut secrétaire de l'évêché de Bayonne ; nous ignorons ce qu'il devint depuis.
Nous n'en dirons pas davantage sur cet ecclésiastique connu sous le nom de Chaldun (1). Passons à des exemples plus consolants. Nous les trouvons dans la famille même de ce triste rénégat.
Salvat ou Sauvade de Sorhainde. Neveu du précédent et sousvicaire à Briscous, il était fils de Bernard de S. et de Marie Jauretche ; il fut ordonné à Dax en juin H84. Son frère Jean-Pierre, était Tunique rival du fameux Perkain, des Aldudes, à la paume, ce jeu national des Basques. Un autre de ses frères, célèbre aussi dans le pays, commanda une compagnie dans la légion des émigrés, connue sous le nom de Légion du mirquis de St-Simon. Mais il appartenait à Salvat d'illustrer autrement le nom à'Azantza; c'est à lui que la postérité aussi bien qiie ses contemporains donnèrent toujours le nom de Azantzako apheza (le prêtre d'Azantza).
Bien différent de son oncle, Salvat de Sorhainde refusa le serment sebismatique. Forcé de quitter son poste, il rentra dans sa famille, mais ce fut pour administrer en cachette, sous divers costumes, les sacrements à ses compatriotes et aux populations voisines. Son zèle fut dénoncé aux révolutionnaires parmi lesquels il faut citer son cordonnier, de Hasparren, connu sous le nom de Zapatainckar (mauvais cordonnier).
Un jour, guidés par ce dernier, un garde-national et deux gendarmes ou archers , comme on les appelait alors , vinrent bloquer le missionnaire dans son domicile. Le chef des gendarmes était un de ces hommes, qui, tout en se livrant à cette infâme tâche, favorisaient volontiers l'évasion de ces inculpés quand il le pouvait sans danger pour lui. Salvat, informé à temps de la visite de la police, s'était jeté dans la Nive et se tenait enfoncé jusqu'au cou dans les eaux de cette rivière. Le cordonnier, qui avait aussi ses espions, ne tarda pas à connaître le lieu de refuge du malheureux prêtre. Vite, il y conduit ses hommes, et à la vue de sa victime, il s'écrie : « Le voilà, le voilà dans l'eau ». « Laisse-le donc, ce pauvre homme, répond le gendarme, quel mal te fait-il? » Le pourchasseur de prêtres est inexorable, il menace le gendarme de le dénoncer, s'il n'arrête le prêtre. Quelques moments après, Salvat, entre les gendarmes, était conduit à l'ancienne route de Bayonne, pour être enfermé dans la maison d'arrêt de cette ville. La maison Lurmunttua, encore existante, est située sur cette
(l).Au mois d'avril 1793, il était encore à son poste, aux appointements de 1,800 fr. 11 ne tarda pas d'abdiquer.
route. Archers et dénonciateur s'y attablèrent pendant que le prisonnier allait, avec leur autorisation, se reposer dans une chambre haute et bien fermée de la maison. On essaya de noyer, à force de rasades, la rage du prêtrophobe; vains efforts. « Mais il va nous échapper » répétait-il sans cesse. « N'aies pas peur, citoyen, tu sais que nous le tenons et qu'il est bien enfermé. » Mais notre cordonnier ne se supportant pas, d'un bond vole à la porte de la chambre. Salvat de Sorhainde, après avoir sauté par la croisée, fuyait et allait atteindre un bois-taillis voisin : « Vite, vite, s'écrie le cordonnier, le voilà qui est parti, ne vous le disais-je pas? » et il se met à courir après le prisonnier. Sorhainde déjà exténué de fatigrue et près d'être atteint, s'arrête. Fils d'Arzantza, doué d'une force herculéenne, d'un coup il eût pu terrasser son dénonciateur acharné (1). Un moment il lève le bras... mais non, il se rappelle Notre-Seigneur, son divin Maître, se rendant à ses bourreaux ; il se laisse arrêter par les gendarmes. Amené à Bayonne, le jury militaire de cette ville le condamna à mort avec huit autres le 12 novembre 1793 (2).
La tradition rapporte qu'au moment de monter à l'échafaud ce saint confesseur de la foi, tira de sa poche un peu de pain, qu'il pria sur ce pain, qu'il le bénit et le prit avec respect en s'écriant d'une voix forte : « Vive la foi!... Vive la religion du Chri6t!... » Ce beau trait nous a été affirmé par M l,e Agathe Harriet de Halsou (3).
M. l'abbé Etcheverry, aumônier du couvent des filles de la Croix d'Ustaritz, nous a assuré de son côté avoir lu un document, d'après lequel notre martyr aurait été inhumé au lieu où est aujourd'hui le jardin du grand séminaire de Bayonne. La nouvelle et élégante chapelle de cet établissement s'élève dans ce même lieu. Puisse le souvenir de ce glorieux confesseur de la foi faire naître dans les cœurs de nos jeunes lévites du sanctuaire, des sentiments dignes de leur auguste vocation !
Catherine de So7'hainde. Fille de la même maison d'Azantza et tante de Salvat de Sorhainde, elle ajoute un nouveau reflet de gloire à cette noble et ancienne famille. Poarsuivie par les révolution-
(I) Voir son châtiment dans la Vie de Dagucrrc, p. 470.
c2) Congre» scient, de Frnnce, à Pau, t. II. p. 517. Vie de Daguerre.
|3i Le ïhilletin de la Société des Sciences, etc. de Pau, année 1874-5 p. 447, parle de « îSauvade Saurcingue, vie. d'Ustaritz ». Si l'auteur entend parler de notre confesseur de la foi, il se trompe.
naires qui ne lui laissaient aucun repos ni dans le pays, ni dans la maison paternelle, Catherine résolut, un jour, de passer en Espagne. Les agents de la police étaient alors à la poursuite des demoiselles Gorostarsou d'Espelette (1). C'est durant ces recherches qu'ils trouvèrent Catherine de Sorhainde dans une borde ou bergerie de la montagne de cette commune. Arrêtée, elle fut amenée prisonnière dans l'église d'Ustaritz où elle fut détenue pendant quelque temps avec plusieurs autres victimes de la Révolution. Entre autres, Catherine y trouva un prêtre de la maison Anchorroa de Cambo et sa tante Gracianne, âgée de 72 ans; elle grelotait de froid dans cet édifice obscur et humide. Gratianne eut pitié de sa compatriote et lui passa son modeste manteau. Il lui servit jusqu'au moment où condamnée par le tribunal sanguinaire de Bayonne, elle monta sur l'échafaud, le 21 ventôse 1794. Le manteau, après le martyre de Catherine Sorhainde, fut rendu à la famille Anchorroa qui longtemps le vénéra comme une précieuse relique (2). Pourquoi faut-il qu'il se soit perdu ? ta plupart des autres prisonniers de l'église d'Ustaritz furent amenés et enfermés dans celle de St-Martin de Seignanx. Nous en verrons d'autres, en parlant de Sare. Nous regrettons d'ignorer le sort du prêtre d' Anchorroa.
Jean Dublanc, matutinier, dit vicaire de Cambo. Il naquit le 9 avril 1764 dans la maison Amichotenea du Bas-Cambo, et fut ordonné, croyons-nous, daus l'humble chapelle de Marrac, à la dernière ordination faite par Mgr de Villevieille, le 29 mai 1790. Il eut le malheur de prêter le serment constitutionnel , mais il répara si bien et si promptement sa faute que le directeur du district refusa de lui payer son traitement, le 8 juin 1791, parce qu'il avait rétracté le serment d'une manière publique. A côté du malheureux Chaldun installé, le 27 décembre de la même année, il administra les sacrements en cachette dans sa paroisse natale et dans les environs. Dans ses courses apostoliques, il aimait à se réfugier dans sa maison paternelle où venait de s'établir par le mariage le frère de l'abbé Celhay , économe du Séminaire de Larressore et confesseur de la foi (3). C'est là qu'il célébrait parfois les
(1) Voir Ainhoa.
(2) Détails de M ,u A. Harriet.
(3| Voir nos Heck. kist., t. H, p. 329. — L'abbé Jean Celhay, dont nous parlons, émigra le 7 mars 1708 et l'abbé Jean S» Martin, de Cambo, en 1799. (Liste des émigrés).
augustes mystères, en présence de quelques fidèles auxquels il donnait rendez-vous. Une de ces grandes armoires à deux battants, que l'on voit encore dans nos maisons, lui sorvait d'autel ; la pierre sacrée était posée sur une des étagères du milieu. Un certain Lambert, de Montauban, à la tête de quelques archers vint un jour cerner la maison pendant qu'il y disait la messe. Vite il se débarrasse de ses habits sacerdotaux et se dispose à sauter par une croisée. Mis en joue, il recule et se jette au cou de son père en s'écriant : « Je suis perdu. » Celui-ci le fait enfermer dans une cachette pratiquée derrière une galerie extérieure. Mais, hélas ! 1rs ornements sacerdotaux, les registres des baptêmes, etc., l'effroi des gens de la maison, tout révèle la présence du prêtre. Un nouvel incident vient confirmer les soupçons. Sur ces entrefaites mêmes se présente un homme d'Hasparren demandant à se confesser.
Le commandant Lambert sùr de posséder sa victime, s'installe, quatre jours durant, dans la maison, qu'il fait bien garder. Las d'attendre, Lambert allait se retirer quand une femme vient lui assurer que l'abbé Dublanc, n'ayant pu s'évader, devait s'y trouver encore. Outré de colère, le commandant réclame sa proie ; ne pouvant l'obtenir, il donne l'ordre de garrotter le malheureux père comme un criminel et le fait amener à Pau. Le 12 novembre 1793, l'infortuné vieillard portait la tête sur l'échafaud avec un courage et une résignation dignês des premiers chrétiens. L'abbé Dublanc sauvé, grâce à son père, pleura toute sa vie cette mort, si glorieuse qu'elle fût aux yeux de la foi.
Ce n'était cependant pas la fin de ses angoisses. Par arrêté du 13 ventôse 1794 de Pinet et Cavaignac, la dame d'Amachotenea, épouse Celhay, était enlevée de sa maison et unie à cette phalange de glorieux confesseurs de la foi emprisonnés dans les églises des Landes. C'est là qu'elle mit au jour et allaita un enfant, qui plus tard devait être l'aumônier de l'hôpital militaire de Bayonne et que nous avons bien connu. L'abbé Dublanc se vengea de toutes ces douleurs de famille en se vouant avec une nouvelle ardeur au salut des âmes de ses compatriotes, car il resta dans le pays, croyons-nous, jusqu'en 1798, où il gagna la terre d'Espagne. Il mourut le 24 mai 1812.
Dagorret, ancien juge de paix et maître de la maison Maitenea de Cambo. Ce digne magistrat, dans l'accomplissement de ses devoirs privés et publics, s'inspira toujours des principes de l'équité
et de la religion. Sa femme, originaire de Baïgorry, digne en tout de son mari, était une grand'tantc de M. Dutey-Harispe, de Lacarre. Aussi leur maison était-elle le refuge des prêtres insermentés et des confesseurs de la foi. Objet de la haine des uns, de la jalousie des autres, Dagorret fut un jour dénoncé aux agents révolutionnaires. Des lors, il résolut de passer en Espagne. Pour arrêter les moyens d'évasion, il voulut s'aboucher avec Pierre Harriet, procureur du roi au bailliage dTstaritz. L'entrevue devait avoir lieu dans une petite île de la Nive, au bas de Halsou. Dagorret se disposait à partir, quand sa femme l'en dissuada. Lessicaires de la Révolution venaient de faire une proposition à M™ Dagorret. Ils lui promettaient de sauver son mari, à la condition de déposer 3,000 fr. dans un endroit indiqué. L'épouse infortunée, après mille hésitations, dépose la somme au lieu déterminé. A peine huit jours s'étaient-ils écoulés, que son mari arrêté et mené à Pau, montait à l'échafaud à côté de son neveu Gratian Jauretche et de Dublanc, père. Justice révolutionnaire !!
La famille Lecumberria [\). Cette famille l'une des plus chrétiennes de Cambo, était l'émule de celle de Maitenea pour donner une hospitalité aussi discrète que généreuse aux prêtres confesseurs de la foi. C'était un jour de décade. L'abbé Sorhainde-Chaldun pérorait sans fin dans son église et se montrait révolutionnaire au premier chef. Le peuple dégoûté se leva d'indignation et quitta, en murmurant, le lieu saint, C'est en voyant ce spectacle que Gratianne Jauretche de Locumberria s'écria : « Vous étiez catholiques en venant à l'église, mais vous l'êtes bien plus en en sortant. . . Dieu soit loué... éloignons-nous de ce misérable apostat ». Sa prière fut exaucée. En effet bientôt après, des agents de Pinet et Cavaignac se présentaient dans la maison Lecuinberria pour y acheter certains objets de première nécessité; s'entretenant entre eux de la mission qu'ils avaient à remplir à Cambo, ils terminèrent leur conférence
(I) Cetto maison est la maison natale des deux abbés Jauretche, l'un curé de Villefranque. décédé en 1808, et l'autre fondateur du couvent de Cambo, décédé aumônier du Séminaire de Larressore en 1873. Leur mère Gratianne avec ses deux fi lies Marie et Jeanne furent du nombre des victimes internées dans les Landes. Avant son départ, Gratianne eut la douleur de voir Ana Belzaranea, une des fermes de la famille, saccagée par le fer et le feu des révolutionnaires. Voyez d'autres victimes de Cambo, dans la biographie de Mgr Hiraboure, évêque d'Aire. Rech. hist. t. II, p. 328 et suiv.
par ces paroles : « Bah ! sortons de ce pays, il nous faudrait emprisonner tous les habitants., c'est impossible». Honneur à la paroisse, qui ayant à sa tête un prêtre apostat sut rester ainsi fidèle à la foi de ses ancêtres I
En 1793, Cambo s'appela La Montagne. A la reprise du culte, Martin Hardoy devint curé de cette paroisse (1).
Itsassou, eu basque Itzazu. Les collations du diocèse l'appellent en 1685 Sanctus Fructuosus d'Itsatzou. La cure était à la nomination de l'évêque. En 1650, il y avait 330 feux; en 1718, 1800 hab.; en 1820, 1515. Le revenu de la cure consistait dans une portion de la dîme et des prémices év. 2,400 1. et dans un casuel et offrandes de 200 1. avec charge d'un vicaire, 200 1. ; net 2,400 1. — La fabrique possédait une portion delà dîme év. 300 1. — Il y avait 59 obits, y comprise la fondation de Pedro d'Etchegaray, dit l'Indien, dont la rente annuelle était de 137 1. 10 s. au principal de 2750 1. colloqué sur la communauté d'itsassou (21 juillet 1644) ensemble 553 1. 5 s. 2 d. — En sus on comptait dix prébendes, savoir: celles de Hirigoyen, N...; d'Etchechury, N...; de Soubelctte, N...; d'Agorrette, fondée le 29 mars 1690, d'un rapport de 74 1. moins 3 1. dues par an au patron; de Charoitzea (fondée le 27 juin 1670); de Barnctche, N...; d'Etchegaray, N... ; d'Uhalde, N... ; de Catalin, N... ; d'Apalats, fondée le 17 mai 1720 sur une somme de 2,750 1. (2). Il y avait dans la paroisse deux escolanies, l'un au bourg et l'autre au hameau.
Virent le jour dans cette paroisse les abbés: Martin d'Hirigoyen, fils de Martin d'H. et de Marie Duhalde, ordonné le 17 mars 1747 ; — Pierre d'Apesteguy, fils de P rc d'A. et de Marie Camino, prêtre le 13 octobre, 1740 ; — Jean Larronde, fils d'Armand L. et de Marie Duhalde, ordonné le 31 mai 1760, décédé prêtre habitué le 13 13 novembre 1812; — Martin Duhart, fils de Jean D. et de Marie Duhalde, ordonné le 31 mai 1760, décédé prêtre habitué à Bayonne, le 9 avril 1810; — P™ Larronde, prêtre le 12 juin 1783 ; — Arnaud Ségur, né le 9 avril 1782, prêtre habitué à Itsassou, puis instituteur à Bayonne, enfin iotallé à Paris avec exeat ou permission illimitée.
(1) Voyez plus haut, même article.
('.') Fouillé général du diocèse, reg. G, année 1739 (Arch. dép ).
C'était an ecclésiastique éininent dont la modestie égalait, dit un auteur, les talents et les vertus.
Furent employés dans la paroisse : Jean Lissarrague, né à Itsassou vers 1651; — Jean Sorhainde, né vers 1676; — Martin Jaureg"uy, né vers 1680, vicaire ; — Martin Soubelette, né vers 1690; — Jacques Teillery, né à Itsassou vers 1695; — d'Etchemendy; — N. Camlong, né à Macaye en 1687, vicaire, devenu curé de llélotteen 1737; — Jean Harambillet, né à Ayherre eu 1685, nommé après son ordination vicaire d'Anglet, puis curé d'Itsassou en 1726, décédé en 1765. Il eut pour successeur son neveu, Joseph-Etienne Harambillet. —
Notices sur les abbés Joseph-Etienne de Harambillet, Subibure, Hardoy, Berkouet, Joandarraints et Pierre d'Yharour.
Le premier naquit à Itsassou, le 13 avril 1724, d'Etienne Harambillet, notaire à Àyherre et de Jeanne d'Elissalde. Il eut pour parrain l'abbé d'Etchemendy, curé d'Itsassou, docteur en théologie, et pour marraine, Jeanne de Harrambillet, dame de la maison d'Uhagon à Ayherre. Après son ordination, le 13 décembre 1750, il fut nommé d'abord aumônier de Mgr d'Arche, évèque de Bayonne, puis curé d'Itsassou le 17 juin 1750. Ses biens patrimoniaux d' Ayherre, les héritages qu'il reçut des abbés d'Etchemendy, son parrain, et de Halty, curé de Guéthary, le tout réuni aux revenus de sa cure, lui firent une belle position de fortune. Il en usa ppur le bien de ses paroissiens et pour la construction d'une maison presbytérale dite Etchedoya, devenue de nos jours la propriété de M. Berhouet. Sa demeure était ouverte non seulement à ses ouailles qui, dans tous leurs besoins, étaient sûrs de trouver un père dans leur pasteur, mais eucore à divers personnages des paroisses voisines, Ce fut chez lui que se réfugia un moment l'abbé Darralde, curé de Bayonne, après sa courageuse lutte contre la municipalité révolutionnaire de cette ville et avant de prendre le chemin de l'exil. Après lui, vint l'abbé Broussain junior, d'Hasparren, à qui il donna de l'argent pour passer m Espagne.
" L'abbé de Harambillet avait pour lors résigné sa cure en faveur de l'abbé Dominique Subibure, un de ses neveux, en se réservant la somme de 1.200 1. sur les revenus de la cure. C'était en 1779. Le nouveau curé était né à Louhossoa, de Martin Subibure et de Marie Peruski, et avait été ordonné le 24 mai 1766. Il jouissait de
la plus haute considération, à raison de sa science théologique et de la fermeté de ses principes. Nommé à la cure d'Itsassou, il devint un centre d'opposition contre la constitution civile du clergé. Aussi fut-il obligé d'abord de se cacher dans sa paroisse, puis de passer en Espagne. Il avait, pour aides, deux vicaires : Martin Hardoy et Jean Berhouet. Ces deux abbés, dignes en tout de leur curé, le suivirent dans l'exil. Le dernier acte de baptême de l'abbé Subibure, à Itsassou, est daté du 11 juillet ; celui de l'abbé Hardoy, du 1 er septembre 1792.
L'abbé Subibure s'installa à Gaztelu (Espagne), d'où il entretint unevcorrespondance active avec la France et surtout avec le pays basque, sans oublier ses compagnons émigrés, auxquels il procura plus d'une fois les moyens d'existence. Un mal subit l'enleva à ses œuvres de charité. L'abbé Hardoy, à son retour d'Espagne, administra les sacrements en cachette. A l'ouverture des églises, il devint curé de Cambo, sa paroisse natale, où il mourut vers
L'abbé Berhouet ou Berho figure comme vicaire d'Itsassou dans 1* « état du nouveau clergé du district d'Ustaritz, au mois d'avril 1792 ». Il ne faut pas en conclure qu'il avait prêté le serment civique. 11 fut laissé à son poste, comme plusieurs autres ecclésiastiques qui figurent dans cet état, faute de candidats constitutionnels pour les remplacer. Jean Berhouet naquit dans la maison dite Argainonea de Sare, de Pierre B. et de Madeleine Durruty, et fut ordonné à Oloron au mois de mai 1788. Après avoir suivi son curé et son confrère en Espagne, il revint au pays où, du mois de novembre 1706 à l'année 1802, il administra les sacrements au péril de ses jours, aux fidèles d'Itsassou et des paroisses voisines. Dans ses actes, il prenait le titre de « prêtre catholique régulièrement délégué ». On montre encore, à Itsassou, l'affreuse cachette où il se réfugiait quand il se savait poursuivi par les agents révolutionnaires. Un de ses neveux, de même nom, a été, de nos jours, curé de l'antique église de Ste-Croix de Bordeaux.
Mais revenons à l'abbé de HartuMUet. Il était dans sa 67 e année, quand sonna l'heure de la Révolution. Resté seul sur la brèche, après le clergé paroissial, il reprit ses fonctions ecclésiastiques au péril de sa vie. Son 1 er acte de baptême, daté du 16 octobre 1792, porte ces mots : « Baptisé par moi curé-résignant pensionné du présent lieu d'Itsassou, à cause d'absence de Subibure, curé-rési-
gnataire du présont lieu, et de MM. les vicaires. Ci-signé par intérim au défaut du registre. Harambillet, prêtre ». Pendant quatre mois, il échappa à la vindicte des sectaires. Le 10 février 1793, il est arrêté pour être dirigé sur Pau. Le courageux vieillard eut le courage de faire ce voyage sur un mulet. Il pensait être retenu dans la maison de réclusion de cette ville. Ce n'était qu'une alerte. Relaxé, il revient dans le pays ot reprend ses anciennes fonctions. Si son courage n'avait pas faibli, la Révolution n'avait pas non plus désarmé. Son obstination à remplir les fonctions ecclésiastiques, sans avoir prêté le serment sacrilège, lui fait perdre sa pension de curé-résignataire, sa rente constituée sur la caisse du clergé, ses biens patrimoniaux, ses terres d'Ayherre, de Cambo et d'Itsassou, mises sous le séquestre. En vertu d'un arrêté du 21 avril 1793, il est mené entre les gendarmes à Bayonne, où le tribunal révolutionnaire sera installé après quelques mois. Le 2 août de la même année, il est transféré à Pau où déjà l'on jugeait et condamnait les coupables de son espèce. Le 5 octobre suivant, il est enfermé dans la maison départementale dite de Ckarritte. La vie des prisonniers, dans les maisons de réclusion de cette ville, était assez lamentable, s'il faut en juger du tableau que nous en fait M. Rivarès, dans son travail sur Pau pendant la Révolution. Toutefois, avec l'autorisation du comité du Salut public ou des représentants du peuple, les malades et les vieillards confinés dans ces maisons pouvaient appeler près d'eux leurs domestiques. C'est ainsi que Harambillet put recevoir quelques soins de sa domestique. Il sortit de sa prison, croyons-nous, à la chute de Robespierre. Le 11 novembre 1794, on le retrouve à Itsassou, signant un acte de baptême en ces termes : « prêtre, ancien curé, ci-devant reclus ». Le 26 octobre de la même année, ses biens d'Ayherre, comme s'il s'agissait de les vendre à titre de biens nationnaux, avaient été estimés : la maison d'Iruit (aujourd'hui de Larralde) avec ses dépendances 100 1. par an; celle de Gachiteguy, 120 1. Dans la nuit du 27 au 28 juillet 1795, une bande de voleurs — ils n'étaient pas rares à cette époque — pénétrèrent dans sa maison et lui enlevèrent, entre autres choses, une médaille romaine d'or trouvée au Mont-DarraineX estimée 431iv.
t ; Malgré tout, Harambillet continuait sos fonctions ecclésiastiques, et ce n'était point sans péril, car si, après la chute de Robespierre, il n'y avait pas d'échafauds pour les prêtres, les prisons étaient nombreuses et les occasions d'être proscrit ou d'être envoyé sur les
pontons d'Aix, en attendant le voyage de Cayenne, ne manquaient pas. Lui, habitué jadis à une vie large, était endetté et vivait à l'aide de quelques créances péniblement recouvrées. Enfin, sa position commença à s'améliorer vers 1796. Ses terres lui furent rendues et il vendit du moins colles d'Àyherre pour payer ses obligations. Alors, étaient de retour de l'exil les abbés Berhouet et Hardoy, et, bientôt après, l'abbé Martin Joandarraints. Joseph- Etienne Harambillet mourut à Itsassou, le 25 janvier 1808, dans sa 84° année (1).
L'abbé Joandarraints était né à Urrugne, le 7 mars 1*741, et avait été ordonné en 1767. Un publiciste de nos jours a vu dans cet ecclésiastique le curé-constitutionnel successeur de l'abbé Subibure, celui-là même que les habitants d'Itsassou voulurent pendre en effigie. Nos renseignements ne nous permettent pas de l'affirmer. S'il prêta le serment constitutionnel, il ne prit pas possession de son poste. Prêtre fidèle ou repentant, il émigra en Espagne. A. son retour, il vint à Itsassou, dont il devint le curé à la réouverture des églises. Il y mourut le 15 mai 1816.
Pierre d'Yharour. — Avant de parler de ce martyr du secret, de ce héros chrétien, connu dans le pays basque pour sa constance admirable à sauver les vases sacrés de l'église d'Itsassou de la rapacité des révolutionnaires, nous devons faire connaître le généreux bienfaiteur qui les avait donnés. 11 s'appelait Pierre d'Etchegaray, négociant à Sé ville, natif d'Itsassou, maison Orcasberro.
Ces vases, que les curieux aiment à voir encore, consistent dans une croix, un ostensoir, un calice, et un ciboire, les quatre en argent massif, richement dorés et émaillés de pierres de diverses couleurs. La croix a 1 mètre de hauteur et 0 m 58 de pourtour au nœud. L'ostensoir absolument de même forme que celui de la cathédrale de Tolède, quoique moins élevé, mesure aussi près d'un mètre de hauteur (2).
(1) L'abbé Harambillet, fils de notaire, et homme d'ordre, a laissé un livre de comptes, où il donne les détails les plus curieux sur ses revenus et dépenses, sur l'administration de fa maison et de sa paroisse avant et pendant la Révolution, sur sa réclusion, voyages à Bayonno et à Pau. Ce livre que nous avons vu au presbytère d'Itsassou a été analysé par M. Lasserre, dans son journal la Semaine de Iiayonne, (juin 1893;, ilen a donné un résumé des plus intéressants sous le titre > Une paroisse basque au XVIII' siècle.
(?) Ces vases ne sont pas les seuls objets de la générosité de Pierre dlitchegaray. Par contrat de constitution de rente du 21 juillet 1645, en l'étude de Bayonne, d'Elchegaray laissa à la paroisse d'Itsassou
Le clergé paroissial, avant de partir pour l'exil, prit les précautions nécessaires pour cacher ce trésor (1). Il ne crut pas mieux faire que de le confier à la fidélité d'un instituteur de la paroisse du nom de Pierre d'Yharour. Pour plus de sécurité, il crut devoir initier au secret Hirigoyen d'Etcheverry, notaire, et un autre instituteur nommé d'Oxandabarats. L'indiscrétion ou la dénonciation de l'un de ces deux derniers porta le fait à la connaissance des révoles sommes suivantes : — 2,750 1. pour être mise en rente constituée, pour d'icelle rente faire dire des messes en faveur des âmes du Purgatoire, les plus délaissées par leurs parents; — 5,000 dont la rente devait servir à l'entretien d'un mnitre d'école, de bonne vie et mœurs capable d'enseigner la doctrine chrétienne, l'écriture et le calcul aux enfants et particulièrement aux orphelins sans prendre d'eux aucun salaire; — 5,500 dont la rente devait servir à marier tous les ans de pauvres fillfis orphelines de la paroisse; — 5,500 dont la rente devait être employée en aumônes aux pauvres nécessiteux; en tout 19,550. — L»e donateur avait fait remettre cette dernière somme entre les mains de Manuel de Hiriberry, son ami, négociant à Cadix. Ce dernier devait être aussi natif d'Itsassou, car le contrat de constitution fait mention d'une somme de 550 i.que Hiriberry fait espérer en don à cette paroisse pour augmenter le salaire du maître d'école. Des contestations élevées entre Dominique d'Apalatz, curé d'Isassou et Louis d'Arguibel, négociant à Bayonne et dernier dépositaire des 19,500, — contestations terminées par une transaction du mois de mars 1645 — portent à croire que P. a'Etchegaray mouruten 1645. — 8,800 1. furent placéssur la commune d'Itsassou, à la charge d'en faire la rente. Le reste delà somme fut placé sur les particuliers. Le salaire de l'instituteur devait s'élever «à 343 1. 15 s., à charge de donner l'enseignement aux enfants, deux heures le matin et deux l'après-midi et d'enseigner la doctrine chrétienne, les jours do fête, à toutes sortes de personnes aux heures et aux lieux indiqués par le curé. Il ne pouvait demander d'autre salaire aux orphelins, ce qui laisse entendre que le legs était en faveur de ces derniers. La nomination et la révocation de l'instituteur dépendaient du curé et du propriétaire d'Oreasberroa, et en cas de désaccord l'évêque ou un vicaire général devenait le juge du différend. — Les 25 me * des mois d'août, novembre, février et mai, une messe de morts solennelle devait être célébrée par le curé avec diacre et sousdiacre et assistance de quatre prêtres. Outre ces derniers et l'officiant, ceux qui feraient l'office de diacre et sous-diacre devaient être prêtres et dire to*is et chacun une messe basse en faveur de l'âme du testateur. (Duvoisin, reg. 5, p. 325). Puissent Pierre d'Etchegaray et Pierre d'Yharour trouver des imitateurs !
(1) Les inventaires faits, le 22 et 23 prairial an n, par les commissaires des objets de l'église paroissiale et de la chapello d'Etchedoy (habitation d'Et. Hararnbillet, ex-curé) mentionnent un calice doré trouvé dans cette chapelle, et les objets, tous de composition, de l'église paroissiale. Un des inventaires constate que Duronéa et consors avaient déjà enlevé de l'église, deux ciboires et une chame d'encensoir, le tout d'argent. La paroisse était riche en linge et ornements, 26 chasubles, 5 belles chappes, etc. On en fit un paquet avec ceux trouvés dans la dite chapelle et l'on envoya tout au directoire du district. Les maisons d'Et. Hararnbillet " déportable, reclus ", furent mises aux enchères (Arch. dép. rév. III Q 69).
lutionnaires. Ceux-ci, toujours avides de sang* et d'argent, envahirent un jour la maison d'Yharour. C'était en 1795. Pour lors, le fils du fidèle instituteur, qui portait les mômes noms, avait succédé à son père. Il habitait la maison paternelle dite Errientanea. Les sectaires, qui avaient pénétré dans l'humble demeure, la parcourent dans tous les sens. Vingt fois, ils passent devant l'ouverture — dissimulée par une grosse poutre — du mur qui renferme le précieux dépôt, mais il ne voient rien. La colère aveugle ! !
Désespérant de trouver ce qu'ils cherchent avec tant d'avidité, ils saisissent brutalement le fidèle dépositaire et le menacent de le brûler vif s'il ne leur livre le précieux dépôt. Mais impossible de vaincre la constance de Pierre d'Yharour. Alors ivres de colère, ils allument un feu de genêt épineux autrement dit touya, ils l'appréhendent et lui font subir le supplice du feu.
Impassible, le fidèle serviteur endure le supplice, mais il garde le secret pour lui. Les bourreaux cette fois effrayés eux-mêmes relaxent la victime et renoncent à leur proie. A la réouverture des églises, Pierre d'Yharour porta en triomphe son riche trésor dans l'assemblée des fidèles. Qu'on juge de la joie de ces derniers et de leurs félicitations pour le martyr du secret et de la foi. Celui-ci se refusa toute sa vie à révéler le nom du lâche dénonciateur, cause de son affreux supplice. La paroisse reconnaissante lui accorda une juste gratification et la charge de sacristain à vie, charge qu'il garda jusqu'à la fin de ses jours.
Itsassou compte parmi les martyrs de la Révolution : 1° Gracieuse ou Gachina Heguy. Née dans cette paroisse, elle avait épousé un brave cordonnier, qui avait nom Pierre Causseron. Elle fut accusée d'avoir tenu des propos inciviques et contre-révolutionnaires , d'avoir soutenu que les déserteurs basques trouveraient bon accueil en Epagnc. Crime capital, on le voit ! Il parut suffisant à la commission révolutionnaire de Bayonne, qui le 11 mars 1794, condamna la pauvre femme à la peine capitale. Elle se déclara enceinte et il fut sursis à son exécution ; — 2° Domingo Garât, dit Taulo, aubergiste, coupable d'avoir donné un repas à des réactionnaires, il fut condamné à la môme peine que Gracieuse Heguy ; — 3° Jean ou Manech Etcheverry, âgé de 23 ans, condamné par le même tribunal, fut exécuté le 13 mars (1).
(1) Congrès scient, de Pau, t 11. p. 518. — L'abbé Duvoisin — p. 473. Arch. dép. — • Liste des émigrés. Kég. du cap. Duvoisin.
Au mois d'octobre 1793, émigra d'Itsassou Lassalle-Harancder. Nous verrons encore de nouvelles victimes de cette paroisse à l'article Internat de Sare. En 1793, Itsassou s'appela Union.
Louhoussoa en basque Lukuso. Les collations du diocèse l'appellent, en 1683, Beata Maria de Lauhossoa. Voici l'origine de cette paroisse. Les habitants de Mendionde et do Macaye élevèrent d'abord des bergeries sur un terrain indivis dans la vallée qui, le long- de ces deux communes, descend sur la Nive. Peu après, ils défrichèrent et construirent des maisons, puis enfin ils bâtirent une ég-lise. Mais les maisons entremêlées dépendaient au civil des communes d'où elles tiraieut leur origine. Les affaires générales se traitaient en plein champ dans un endroit appelé Chinguiîleta, où se réunisaient les habitants de la nouvelle localité. Les gens de Louhoussoa finirent par réclamer leur autonomie, prétention repoussée par les communes ée Mendionde et de Macaye. L'affaire portée en conseil du roi, reçut des décisions contradictoires. Las de ces conflits, les trois parties laissèrent là leurs requêtes et appelèrent un notaire. La raison aidant, elles s'accordèrent entre elles sans l'intervention d'aucune autorité, et passèrent un acte d'accommodement, le 15 juin 1604. {1) Le Parlement de Bordeaux, par deux arrêtés de 1613 et 1625 approuva cette transaction.. Un arrêt du même Parlement confirma, en 1628 l'érection de l'église en paroisse. G. Bascle de Lagrèze (2J cite, à la date du 16 décembre 1626, un acte judiciaire qui fixe les limites des communes de Louhoussoa, Macaye et autres voisins. A. la date du 22 janvier 1691, il parle d'une transaction passée entre les habitants des paroisses, au sujet du partage des terres communes.
En 1712, la paroisse comptait 320 habitants, et en 1820 501. L'évêque nommait à la cure. Ses revenus consistaient en une portion dîme, prémices en entier et la dîme deHarnabar, ensemble 1.000 1., plus le casuel 84 1. Le curé devait 12 1. à la communauté, net 1.072 1. Il y avait 18 obits d'un rapport de 100 1. Voici les prébendes : celles de Lania (?J fondée le 13 octobre 1686, rap. 23 1. ; — de Larreteguy Alias Ste-Marie Madeleine de Harnabar, consistant en
(1) Reg. Duvoisin N. 3 p. 201-2.
(2) Trésor de Pau.
maison, hautin (vigne), vergers, prés et terres labourables év. 330 1. avec 30 1. de charge pour réparation do la maison, net 300 1. ; — de Bidart (8 mars 1680) 26 1. 11 s. réduite à 20 1. 14 s. eu 1740 ; — de St-Dominique N. ; d'Etcheverry (9 mars 1685) 6 s. ; — de St- Laurent Dithurraldea (8 juin 1676) 6 1, ; — de Bidegaray (18 avril 1733)401.
Parmi les prêtres originaires de la paroisse, nous pouvons citer : Dominique Duhalde, né vers 1650 de Gaston D. et de Marie L.arronde ; ordonné le 1 er juin 1675, vicaire à Bidarray ; — Raymond Larrateguy né vers 1650, bachelier en théologie, fondateur et 1 er chapelain de la chapelle de Ste-Marie-Madeleine de Harnabar (aujourd'hui propriété privée et en ruines), où il fut inhumé le 3 août 1737 avec autorisation épiscopale; (1) — Raymond Jaurrotche, né vers 1674 de D que J. et Jeanne d'Assance, ordonné sous titre de bénéfice le 20 mai 1758, chanoine (retiré) de Toulouse; — P re d'Iribarnegaray, fils de Jean d'I. et de Catherine de Larriague, prêtre le 5 juin 1751 ; — Jean Larriague, fils de P ro L. et de Marie Camblong, ordonné le 26 mai 1744; — Jean de Larreteguy, fils de Raymond de L. et de Dominica de Garra, prêtre le 14 décembre 1735; — D qu ' Subibure, curé d'Itsassou, (voir cette paroisse); — D que Duhalde, confesseur de la foi, curé d'Irissary (voir cet article). Des prêtres employés dans la paroisse, nous nommerons seulement Jean Mourgiart, né à Baïgorry en 1662, nommé curé de Louhoussoa, en 1712, et y décédé le 17 juin 1732.
La Révolution trouva curé de Louhossoa, Michel de Behola, fils de Jean de B. et de Dominch d'Olhagaray, de St-Pée sur Nivelle. Il était, croyons-nous, frère de Jean de B., ordonné le 5 juin 1763 et décédé le 3 janvier 1802. Quoi qu'il en soit, Michel, ordonné prêtre le 4 juin 1746, fut nommé curé de Louhoussoa et avait pour vicaire Martin de Béhola, son neveu, ordonné le 20 mars 1790. Les deux refusèrent le serment sacrilège. L'oncle parti pour l'émigration, le neveu resta à son poste. Nous le voyons figurer dans l'état ou liste du nouveau clergé du district d'Ustaritz au mois d'avril 1792. C'est un de ces prêtres qu'on laissa à leurs postes faute de candidats assermentés. Il ne tarda pas à suivre son oncle dans l'exil, car il ne figure pas parmi les prêtres — ceux-ci assermentés — du
(1) La dotation de cette chapellenie consistait dans la 1/2 dime de deux corps de logis avec leur dépendances, affermés le 16 juillet 171)3, pour 310 I. (Arch. dép. rév. III Q. 69.)
mois d*avril 1793. Rentra-t-il avec son oncle d'Espagne à Louhoussoa ? Nous no pouvons l'affirmer. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'oncle mourut à Louhoussoa le 22 juillet 1803 et que le neveu lui succéda dans la cure de cette paroisse où il mourut en 1814.
En 1793, on donna à Louhoussoa le nom de Montagne-sur-Nive. Le 4 février 1793, on remit a l'hôtel de la Monnaie, à Bayonne, l'argenterie de l'église s'élevant à 16 ni 3 onces. Un inventaire fait à cette époque porte le uombre de fondations à 37 ; un 2 a le porte seulement au nombre de 29, formant ensemble un capital de 5,244 1. 7 s. 6 d., rente 262 1. 4 s. 4 d. (Arch. dép. rév. III Q 69.)
Sape en basque Sara (de chara) (1 ). Le cartulaire de Bayonne (2) mentionne cette paroisse à la date du xn° s. En 1650, il y avait 298 feux; en 1718, 1,490 habit, et en 1819, 1,819. La cure était à la nomination de l'évèque : il y avait un vicaire. Le revenu curial consistait dans les 2/3 de la dîme et prémices éval. 2,500 1. plus le casuel et l'offrande 200 1. ; charge du vicaire, 200 1., net 2,500 1. Yers la fin du xvin 0 s., 3,000 1. Le capitaine Duvoisin dit dans une note: « La part du curé rapportait au-delà de 500 conques de maïs provenant de la dîme, sans compter celle du froment et du bétail, plus au-delà de 200 barriques de cidre. Le curé recevait tant de pommes qu'il avait demandé à construire un pressoir à son usage pour y fabriquer du cidre. »
La Fabrique avait le 1/16 de la dîme et prémices év. 274 1.; diverses fondations 701 1., total, 975 1. — Confréries : du S. Sacrement, de St-Vincent, de St-Jean l'Evaogéliste (3), de St-Joseph, de N.-D. du Rosaire, du nom de Jésus, de St-Blaisc, St-Michel, Se-Eloi. — Chapelles : celle de Ste-Catheriue, publique ; celle de Larrun, détruite, bâtie, en 1654, sur la limite d'Ascain, Sare et de Vera (Espagne) : la cellule de l'hermite y était adossée. Un prêtre dit l'hermite, à la nomination des paroissses de Sare, d'Ascain et Véra, était attaché au service de cette chapelle située à la pointe
(1) Voir l'art. Sare dans nos Rech. hist. 1. 1, p. 484 et suiv. t. II, p. 63.
(2) Folio 6.
(3) Enrichie d'indulgences par une bulle d'Innocent XI en date de 1087.
du mont Larrun (1). Il y faisait l'école aux enfants de Sare qui, à 12 kilomètres du bourg, s'y rendaient avec des vivres pour la semaine.
Il y avait un hôpital de St-Jacques avec un prêtre desservant et onze oratoires répandus dans les diverses parties de la paroisse. Plusieurs existent encore de nos jours. Les prébendes étaient nombreuses. Sans parler de celle de Haramburua, fondée dans l'église paroissiale, à la nomination de l'évèque de Bayonne, il y avait celles de Mendiondea, N... — de Birande, N... — d'Espeletta, consistant en une maison, jardin, 10 arp. de terre, verger, etc., d'un rapport de 120 1., une portion du moulin, 90 1. et une bergerie... avec charge de 67 1. dont 10 1. pour réparations annuelles de de la maison et du moulin, le reste pour le prébendier obligé de célébrer une messe par semaine et deux anniversaires par an avec leurs obsèques; — de Barnetche, consistant en une maison située à Sare, rapportant 130 1. dont 10 1. pour rép. an. de ladite maison ;
— de Lecueder, 25 1. ; — de Catalinarena, net 35 1. avec charge an. de 4 m. chantées, 12 m. basses, un service en un seul jour avec une messe chantée et six messes basses prônées avec offrandes et chanteric; — d'Ithurbide, N. ; — l p de Garatea (13 juin 1654) 98 1. ;
— de Sorhaiudoa et de Jaonicotenea (août 1631)50 1.; — 2 e de Garatea, N. ; — de Harismendy (9 janv. 1673), 150 1. ; — de Jaureguy, N. ; — de Danduitz (29 janv. 1705) 48 1. 24 s. ; — da Notre- Dame 147 1. 4 s. 5 d. charge annuelle 6 1. pour le curé, 75 messes dont trois chantées; — 1° de Haramboure (1637), 140 1., charge 15 1. pour réparation d'une maison ; 52 messes basses, 2 chantées ;
— 2° d'ibid., 104 1.; charge réparation annuelle d'une maison, 24 messes basses et une chantée avec diacre et sous-d. ; — de Darrossagaray (9 janv.' 1673), 150 1.; — de St-Jean, N. ; de
(I) Nous disons Larrun ou Larrune (Larreon) vrai nom basque et non La Hhune, nom donné par nos géographes modernes. — L'abbé Ithurry, curé de Sare, nous donne les noms de 14 chapelles, savoir : celles de Ste-Barbe, de St-Antoine, abbé ; de St-Franeois-Xavier ; de St-Jean- Baptiste; de St-Pierre ; St-Isidore, agriculteur ; de l'Assomption ; de St Nicolas ; de N... ; de Ste-Catherinc; de Ste-Croix (1688), toutes subsistantes encore ; celles d'Olhagain ; de Larrun; de St-Ignace de Loyola, démolies: cette dernière en cours de reconstruction. Excepté la chapelle de Ste-Catherinc et celles de Ste-Barbe, de Larrun, de Ste-Croix, assez vastes pour y dire la messe, les autres sont de très petites constructions. On croit qu'elles ont été élevées par suite de vœux faits sur mer par les marins jadis nombreux à Sare. Longtemps, on y a fait des processions. Les chapelles de Ste-Barbe à la montagne d'Olhagain et de Larrun ont été détruites pendant la guerre de 1813.
Darrossa, 115 1.9 s. 7 d. ; — de Darrossagaray, spitualiséc le 7 mars 1*727, rapportant 86 1. 19 s. (1).
Curés connus de Sare 1600-1644, Pierre de
Axular, fils de P re de Axular et de Marie d'Azpilcueta dTrdach (H te -Navarre, Espagne); il reçut les ordres jusqu'au diaconat inclusivement à Pampelune, et la prêtrise en France des mains de l'év. de Tarbes, Salvat d'Yharce, le 21 septembre 1596. Le 10 juillet 1600, il fut nommé curé de Sare à l'Age de 44 ans par Mgr d'Echaux, év. de Bayonne. Installé le 15 juillet, il prit possession de son poste, le 20 mai 1601. Il mourut le 8 avril 1644 et eut pour successeur son neveu, nommé aussi Pierre de Axular, qui mourut le 2 septembre 1653. Leur tombeau se voit encore dans l'église de Sare avec cette épi ta plie : « Montaient de Messieurs Daxvlar oncle et negvev dignes evres de ce liev descédés en l'an 164i et 1655. » Le prince L.-L. Bonaparte y a fait placer une plaque de marbre avec cette inscription en basque guipuzcoan : Pedro Axular euskaîdun iz-cribatzalletaric iztun ederrenari ni Luis Luziano Bonaparte euskazaleak au ipini nion. Ez dago atsedenik ta odei <jabe egunik zeruetan baisik 4863, (A Pierre Axular, le plus éloquent des écrivains basques, moi, Louis-Lucien Bouaparte, basquisant, j'ai élevé ceci : il n'y a de quiétude et de jour sans nuage que dans les cieux, 1865.)
Pierre de Axular est auteur de Gtero bi partetan partitua eta berecia, 1643. La 2° édition est intitulée Guereco guero ;2). — 1654-vers 1670, Detcheverry ; — 1671-1618, Pierre de Hiribeity, décédé le 4 avril 1478, inhumé à Anglet; — 1678-vers 1697, Jean Larralde, né à Hasparren, vers 1626, fondateur de la chapelle de la Trinité au quartier d'Elizaberr}-, où il fut inhumé, le 11 avril 1706; — 1708-vers 1725, Jean-Léon Duvergier; — 1729-1752, Gratien de Harosteguy, né vers 1695, gradué nommé curé de Sare en mars 1729, très estimé de son évêquc.On croît qu'il est le traducteur du grand catéchisme de La Vieuxville, rendu en très beau basque de Sare (3); - 1752-1767, Ferréol Robin, décédé le 3 avril 1767, à l'Age
(1) Pouillé gén. du diocèse, ibid.
(2) Voyez les diverses éditions de ce bel ouvrage, où l'auteur expose « combien fait de dommage le marcher dans les atermoiements d'après et le laisser pour opérer les affaires de l'âme ». Bibliog. basque, de Vinson. J. Maisonneuvo, Paris 1891.
(3) Jean de Harosteguy, ancien curé de Sare, contesta à P r « d'Axular sa nomination à la cure de Sare.
d'environ G4 ans. La paroisse lui doit l'exhaussement du clocher en 1765; — 1767-1810, Joseph-Vincent Tcillary (voir même article plus bas). Pendant sa cure, le soir du 9 avril 1774, un de ses vicaires nommé Louis Apesseche, fut tué par la foudre avec sa pénitente dans le confessionnal ; — 1817-1820, Laurent Laphitz. Né à Sare, le 23 février 174G, de Martin L. et de Marie de Lahetjuzan, il fut ordonné à Dax en juin 1770 ; vicaire de Cambo, de Sare, puis curé de Souraide, d'Ascain et enfin de Sare, il mourut dans cette dernière paroisse en 1820; 1820-1830, Michel Bordag-ui bel, né à Sare, le 29 avril 1755, de Jean B. et de Jeanne Etchandy, et ordonné à Oloron en mai 1779. Il fut curé de St-Pée en 1814, de Sare en 1820, il y mourut le 5 décembre 1830 (voir môme article plus bas); — 1830-1837, Salvat Landerretche, né le 29 juin 1797, à St-Jean-P.-P., ordonné le 20 octobre 1823, professeur à Larressore, vicaire à la cathédrale en 1826, curé de Sare en 1831, transféré à St-Palais; — 1837-1866, Jean Costes, né à Sauveterre, ordonné en 1826, curé suce 1 de Béhasque, Irissary, de Sare, enfin d'Espelettc, où il est mort en 1870; — 1866-1892, Etienne Landerretche, né à Iholdy; — 1892... Ithurry, transféré d'Aroue.
Prêtres originaires de Sare et y employés :
Pierre tfaldon, né vers 1638; — Pierre Haramboure (celui-ci né à Arbonne vers 1650), prébendier, chargé du soin de l'hôpital Saint- Jacques ; — Pierre d'Espila, né vers 1650 ; — Jean Mirande, né vers 1678, vicaire; — Christophe d'Olha, né vers 1678; — Jean d'Issagarat, né vers 1678, vicaire ; — Raymond Salaberry d'Iturbide, né en 1686, curé d'Aincille, en 1724; — Jean Haranchipy, né en 1697;
— Martin d'Agucrre, maître d'école ; — Jean Barrenetche, né en 1696, ex-vicaire de Biriatou, ermite de Larrun; — Joseph Haramboure; — François Etcheverry, né en 1696, résidant à Fontarabie;
— Martin d'Olhagaray; — Martin de Sorhoct, prébendier vers 1715;
— Martin d'Olhajaundeguy ; — Suru, prébendier, décédé en 1670 à l'âge de 50 ans; — Martin de Guillantenea, prêtre habitué vers 1708; — Christobal Daguorre, prébendier vers 1708; — Jean d'Itsasgarat-lpharaguerre , vicaire, 1697-1721; — Jean d'Itsasgarat- Mirande, vicaire et prébendier de 1716-1752, décédé à l'âge de 87 ans ; — Etienne d'Espila, vers 1716 ; — Martin d'Etchegaray, vers 1716 ; — Jean d'Etchegaray, prêtre de Larronda vers 1720 ; — Bolayauudegnyguy, vers 1722 ; — Jean de Harismendy, bénéficier décédé en 1723 ; — Pierre Haramboure, jésuite de la maison Haram-
burua, décédé à Toulouse en 1751 , à l'Age de 60 ans; — Christophe Hirig-oycn, de la maison Mendiondoa, ordonné en 1746 et titulaire de la prébende de cette maison; — Jean do Haranchipy, prébendier vers 1761 à 1801 ; — Jean de Barrcnetcho, titulaire des prébendes d'Ithurbidia et de Garatia, décédé à Ithurbidia en 1773 à l'ag-e de 85 ans; — Andé Sorhoet, titulaire de la prébende patentée de la maison Mendiondoa et de celles de Baskatchea, Catalinanea, Catalinarene-Zaharra, Lekhuoderrea et de Trrutia, mort en 1780 ; — Martin de Harismendy, prébendier vers 1796 ; — Jean de Barrenetche, prébendior vers 1797; — Jean d'Ithurbide, fils aîné de la maison Biranda : il étudia à Toulouse et y fut ordonné en mars 1754, prêtre assermenté décédé en 1797 à l'Ag-e de 68 ans; — Martin Dop, fils de P re D. et de Gratianne Etchegaray. Né en 1711, il étudia à Toulouse et y prit ses grades universitaires. Ordonné en mars 1736, il fut vicaire à Urt, puis à Bayonne, curé d'Ustaritz en 1146, dç Bayonne en 1755. Peu après, il obtient un canonicat au chapitre de la cathédrale et des lettres de grand vicaire de Mgr d'Arche. C'était un ecclésiastique remarquable par ses connaissances et la fermeté de ses principes. Il mourut à peine Agé de 63 ans ; — Jacques Dop, frère du précédent, ordonné le 24 mars 1755 ; — André Sorhoet, ordonné àDax en mars 1742, débuta parle vicariat de Cambo ; — François Lehetchepi, confesseur de la foi {voir article St-Pée); — François d'Olhajaundeguy, fils de D ,,w d'O. et de Jeanne d'Iharce, ordonné le 1 er mars 1760 ; — Jean-B te Lehetchipi, ordonné h Dax, en mars 1781 (voir môme article plus bas); — Martin Ducassou, fils de Jean D., n« l d'IIasparren, et de Marie Arimisbehere, d'IIasparren aussi, ordonné le 19 février 1785 ; — Jean Berhouet (voyez Itsassou); — Diu« Lahetjuzan, ordonné le 20 mars 1790, après avoir fait les études h Toulouse (voyez plus bas môme article) ; — François-Martin-Xavier Dop, né le 4 décembre 1767, fit ses études à Toulouse. Ordonné diacre le 29 mai 1790 h la dernière ordination faite par Mgr de Villevieille, il dut recevoir la prêtrise à l'étranger. Vicaire d'abord d'Ahetze, puis d'Ustaritz, de 1804 à 1807, il devint curé de Ilendaye, où il mourut le l* r janvier 1848 (voyez plus bas) ; — Raymond-Joseph Irribarren, né le 21 juin 1794, vicaire de Ilasparren (1819), curé de Lalionce (1821), de Tardets en 1832.
Cette longue liste d'oratoires, chapelles, fondations, de confréries, de prébendes, cette admirable cfflorescencc de vocations ecclé-
siastiques— et certes nous n'avons pas la prétention d'être complet dans notre nomenclature — prouvent l'intensité de la foi et de la vie chrétienne dans la paroisse de Sare, aux xvn e et xvni* siècles. Ce que nous dirons de l'ère révolutionnaire prouvera sa constance dans la même foi durant ces jours de sanguinaire mémoire, car Sare, plus que toute autre paroisse, compte parmi ses enfants, de glorieux confesseurs et martyrs de la foi, qu'un jour l'histoire du diocèse de Bayonne inscrira dans ses Annales.
La Révolution trouva à la tête de cette excellente paroisse, Joseph-Vincent Teillary, frère du curé dVUrrugne. Né le 7 septembre 1737, à St-Jean-de-Luz, de Joachim T. et de Marie Mora, il fut professeur à Larressore avant son ordination, qui eut lieu le 6 mars 1762. L'abbé Teillary s'était fait remarquer par ses qualités d'esprit et de cœur ; aussi ne fut-on pas étonné de le voir arriver à l'importante cure de Sare dès l'année 1767. A l'heure de la Révolution, il avait pour vicaire Michel Bordaguibel, dont nous avons déjà parlé. Tous deux se refusèrent soit à publier le mandement de Sanadon, soit à prêter le serment schismatique. Les six à huit prêtres que comptait la paroisse imitèrent leur exemple.
Ils furent aidés et soutenus par la noble attitude de la municipalité et des habitants de la paroisse. « Au mois de février 1791 , quand la municipalité se présenta au sanctuaire de l'église* pour recevoir le serment des curé et vicaire, le peuple d'une voix unanime s'écria disant qu'il n'admettrait pas un serment condamné par l'Eglise... peuple et officiers municipaux déclarèrent vouloir répondre de tout événement » (1). Le directoire du district taxa la municipalité de pusillanimité, lui répétant que les prêtres étaient dans l'alternative de prêter le serment constitutionnel ou de quitter leur poste. La municipalité répondit par une protestation contre l'élection soit de l'évêque départemental, soit d'un nouveau curé. Le directoire arrêta que les dits officiers seraient arrêtés et mis en lieu sûr, qu'on enverrait des troupes à Sare pour y être entretenues aux frais de la paroisse coupable de lèse-nation. Nous verrons plus loin les suites de cette décision. Disons seulement que l'abbé Duronea, prêtre assermenté de Sare, profita de la présence de la troupe pour, contre le gré de toute la population, se faire installer curé de Sare. Au mois d'avril 1793, il était encore à
(!) Kxtr. des rap. des membres du Dir. du district. — Papiers Duvoisin.
son poste, au traitement de 2,400 1. Il ne tarda pas h abdiquer pour devenir employé dans les hôpitaux. L'argenterie provenant dos vases sacrés de la paroisse, envoyée à l'hôtel de la monnaie à Bayonne, pesa 46'" 2° n 12'» (1).
Les curé et vicaire légitimes ainsi que les autres prêtres de la paroisse émigrèrent en février 1792 et au commencement de 93. Leurs biens furent séquestrés par la nouvelle municipalité. Nous ignorons le lieu de refuge des abbés Teillary et Bordaguibcl. Nous aimons à croire que souvent ils devaient venir visiter leurs ouailles. Quoi qu'il en soit, nous savons que dès l'année 1798, ils étaient de retour de l'exil et que pour l'année 1801, Teillary avait pris la direction de sa paroisso. Le 15 prairial an X, curé et vicaire prêtèrent serment devant Dithurbide, maire, « de n'entretenir aucune ligue soit en dedans, soit au dehors qui fût contraire à la tranquillité publique. » Teillary mourut à son poste le 24 décembre 1816 et le vicaire devint curé de S'-Pée le l of décembre 1814, puis de Sare le 1 er septembre 1820, où il décéda le 5 décembre 1850.
Dominique de Lahejtjusan. Né le 7 mars 1766 dans la maison Hargaine i de Sare, et ordonné lo 20 mars 1790, ce digne ecclésiastique vint de TquIousc où il avait fait ses études. Dès son arrivée, il eut les pouvoirs de vicaire datis sa paroisse natale. Au départ de son curé et de ses confrères pour* l'émigration, le jeune apôtre resta au pays. Déguisé sous divers costumes, il administra en cachette les sacrements à ses compatriotes et aux habitants des environs. Entre autres maisons de Sare, on cite celle de Mailunea comme ayant été son refuge ordinaire. Un jour, dénoncé et arrêté (2), il était mené entre deux gendarmes; arrivé sur le pont à'Argainea, il sauta dans l'eau et sauva ainsi ses jours et sa liberté. A la réorganisation des paroisses, il Teprit officiellement son poste de vicaire, dont il se démit dans la suite pour mourir prêtre habitué le 3 septembre 1828.
La famille Lahetjusan fut poursuivie avec acharnement par la Révolution. L'internat était déjà levé que sept à huit membres de cette famille demandaient le retour et la faculté de s'établir près de Bayonne. Un autre, P re Lahetjusan, ancien maire de Sare, détenu aussi en exil après le départ de ses compagnons, sollicitait
(1) Arch. dép. rév. m Q 69.
(2) Il fut arrêté pendant qu'il disait la messe.
la faculté de rentrer auprès d'une, vieille sœur et de ses cinq enfants. Inutile de dire que leurs biens furent séquestrés (1).
Jean- Baptiste Lehetchipy. Parent de François Lehetchipy (voir S 1 Pée), il naquit à Sare et fut ordonné à Dax en 1781. « Prêtre insermenté de Sare, » en exécution de la loi du 26 août 1792, il émig-ra en Espagne le 25 du mois suivant. Ses biens séquestrés furent, après quelque temps et non sans difficulté, délivrés par délibération de la municipalité de Sare en date du 4 juin 1796 (2). Nous ne connaissons aucun autre détail sur ce confesseur de la foi.
Madeleine Larrplde. Elle eut pour père Michel de Larralde, charpentier, surnommé Belcha, et pour mère Gratianne de Luc. Elle naquit dans la maison L&rrondo-Zahar acquise par son père et appelée depuis, de son nom, Beîchanea (3).
Madeleine était une fille pieuse, aimant à remplir souvent ses devoirs religieux. Ne pouvant satisfaire sa piété dans son pays, elle aimait à recevoir les sacrements chez les Pères capucins de Vérâ. en Espagne, non loin de la frontière. « Elle était occupée un jour à remplir ce pieux devoir, dit l'auteur de la Vie de M. Daguerre (4), quand les troupes françaises, sous les ordres du général de brigade Pinet, jeune, exécutant un mouvement en avant, entra au village de Véra et pénétra dans le couvent de PP. Capucins. Elle est aussitôt arrêtée et amenée devant le général, qui l'interroge sur le motif de sa présence en Espagne. Madeleine lui répond avec naïveté qu'elle est venue se confesser. Malheureuse, répond le général, ému de pitié, ne dis point cela; ce serait ton arrêt de mort. Dis plutôt que la marche de l'armée française t'a effrayée et poussée à fuir sur le territoire espagnol. Mais ce que je dirais là ne serait point vrai, réplique la jeune fille; et j'aime mieux mourir mille fois que d'offenser Dieu en proférant un mensonge ».
Le général voulant la sauver, insiste, mais vains efforts; il renonce à vaincre la fermeté de Madeleine. Il la déclare èmigrée.
(1) Arch. dép. Rév. III Q 71.
(2) Papiers de M. J. B t0 Mendibourc, de Sare.
(3) Elle a été démolie vers 1880. — Voici les autres enfants de Michel de Larralde : Giacianne, décédée célibataire en 1804 à l'âge environ de 5ô ans ; — Saubat, matelot-charpentier, décédé au fort Royal (?) en 1781, à l'âge de 27 ans; — Garachina dite Ckihi, morte célibataire en 1825 à l'âge de 70 ans ; — Marie, morte célibataire en 1827 à 62 ans ; — Pierre né en 1760, parti matelot. Il vivait encore en 1804.
(4) Duvoisin, p. 478.
Un rapport est adressé à Pinet, aîné, à St-Sébastien et celui-ci, le 10 fructidor an II (27 Août H94), prend un arrêté d'après lequel la jeune fille sera traduite devant le tribunal militaire de Chauvin- Drag-on (St-Jean-de-L.). Madeleine comparait devant ses juges et avec la même constance, refuse de sauver sa vie au prix d'un mensonge. Condamnée à la mort, elle marcha au supplice en chantant le Salve Regina en l'honneur de la Reine du ciel. Ainsi mouraient les martyrs des premiers siècles du christianisme. La tradition rapporte que le bourreau, après l'exécution de la victime prit sa tête et que l'élevant, il s'écria : « Vive la Nation ! ». La même tradition nous apprend que Madeleine eut la douleur de voir du haut de son échafaud un homme de sa parenté passé aux
révolutionnaires insulter à son supplice et à son frère
M. Antoine d'Abbadie, de l'Institut, en qui l'amour du pays Basque égale son amour pour la science , a eu l'heureuse idée de donucr le beau trait de la mort de Madeleine pour sujet de poésie, au concours de l'année 1894! Nous insérerons la pièce du lauréat à la suite des chants anti-révolutionnaires de Sare (1).
En 1190, Sare fut le chef-lieu d'un canton dépendant du district d'Ustaritz et composé des communes d'Ainhoa, d'Ascain et de Sare.
L'internat de Sare et du JLabourd. Cet internat est une des mesures les plus cruelles et les plus sinistres de l'époque révolutionnaire. C'est la page la plus lamentable de notre histoire locale. Le lecteur en jugera.
Prélude de V infâme arrêté du 13 ventôse an II (5 mars 1794). — Nous commençons par la séance du Conseil général de la commune de Chauvin-Dragon (S 1 Jean-dc-Luz), du comité de surveillance et des commissaires de la société révolutionnaire, à la date du 4 frimaire an II (25 nov. 1793). Voici ce que l'on y dit :
« L'assemblée, considérant que la commune de Sare a constamment manifesté la haine la plus marquée contre la Révolution,
(i) Marie Harotzanea, de Sare fut arrêtée a Irun et déclarée émigrée. Par le même arrêté de Pinet, aîné, daté de St-Sébastien le 10 fructidor an II, elle fut traduite devant le tribunal révolutionnaire de St-Jeande-Luz. Nous ignorons son sort ; mais arrêtée sous la même inculpation que Madeleine, ne peut-on pas croire qu'elle ait subi le même supplice? — On peut rapprocher de l'acte héroïque de Madeleine Larralde celui d'une bayonnaise, Jeanne Mouscardez, rapporté par l'abbé Légé. (Dioo. d'Aire et de Dax, t. II, p. 54).
que cette commune n'est habitée que par des aristocrates, qu'étant ouverte de tous 1rs côtés, ses habitants et tous les traîtres qui s'y réfugient, communiquent et avec la République et avec ses ennemis; qu'il est constant par tous les rapports des déserteurs, que tous les espions des satellites du despote espagnol passent presque tous par Sare et que c'est de là qu'ils reçoivent tous les avis; que l'incivisme des habitants de cette commune doit lui attirer l'animadversion de tous les patriotes et la vengeance républicaine , qu'il est dangereux, de laisser dans "ses environs des individus aussi corrompus et qui par la connaissance des localités pourraient encore entretenir leurs criminelles liaisons avec l'Espagne ;
« Considérant, que quoique ce soit par la commune de Sare que s'entretient la plus grande partie de l'espionnage des espagnols, il est encore quelques autres points de la République par où les traîtres à la Patrie peuvent communiquer avec les valets de l'Inquisition ;
« Arrête, que. les Représentants du peuple, près l'armée des Pyrénées-Occidentales, seront invités à faire effectuer dans le plus court délai possible l'évacuation totale de la commune de Sare, eu envoyant les laboureurs dans les départements du Lot et de Lotet-Garonne, les marins et les charpentiers sur les vaisseaux et dans les chantiers de la République, les artisans dans les communes d'Auch et Condom, à déposer les vieillards et les infirmes des deux sexes ainsi que les enfants hors d'état de travailler dans les maisons nationales de quelques départements éloignés , faire vendre les grains de la commune de Sare à celle de Chauvin-Dragon , les foins et pailles aux fonctionnaires des armées de la République, les bestiaux dans les foires et marchés voisins, pour le produit en être * déposé entre les mains du receveur du district ou du receveur des droits de l'enregistrement de Chauvin-Dragon, à prendre sur ce produit les frais de voyage de tous ceux qui seront envoyés, à raison de six sous par lieu pour chacun et les frais d'entretien des vieillards, infirmes et enfants qui seront déposés dans les maisons nationales, de faire séquestrer dans les églises des communes environnantes les meubles et outils aratoires qui ne pourront pas être emportés, distraction préalablement faite des meubles qui pourront servir à loger dans cette commune les défenseurs de la Patrie qui y seront envoyés, enfin à faire tracer et former par les généraux un cordon de troupes depuis Louhoussoa et Itsassou par Espelette, Ainhoa, S 1 Pée, Sare, Ascain et Urrugnc jusqu'au camp
des Sans-Culottes à Hcndaye, au-delà duquel il ne serait permis à personne de rester ni dépasser sous peine d'être fusillé. De tout quoi a été fait acte pour être envoyé aux citoyens représentants du peuple.
« Ont signé : Pagès, maire, P ro Diharce, procureur de la commune, Geliguy, Daguerre, Betry-Laxalde, Et. S'-Martin, Fonrouge et d'Etchevcrs, officiers municipaux; P ,e Laxalde, Dautezat, Halsouet, Bertrand Noguès, membres du conseil ; Dhiriart, Martin Pag^ès, Larrouy, Villeneuve, Olagaray, Dumas, Bouchaud, Bernard Pagès, Martin Sarouble, membres du comité de surveillance; Bachelet (?), Paloque, Paquier, Larralde, Puchu, Jourdain, J.-B. Larreguy et Michel Harismendy, commissaires de la Société populaire » (1). C'est, on le voit, tout *n programme, approuvé ensuite
(I) Arch. de la mairie de St-Jean-de-Luz. — Dans les mêmes archives, on trouve un arrêté des représentants du peuple, daté du quartier général de St-Jean-de-Lu2 à Belchanea, le 15 prairial, nn III. « Vu la délibération prise le 4 frimaire, an II, par la municipalité et le cons«il général de la commune de St-Jean-de-Luz réunis aux membres du comité de surveillance et des commissaires de la société populaire. — Considérant que dans cette réunion illégale et monstrueuse, les délibérants ont pris un considérant calomnieux, ont provoqué l'internat des habitants de la commune de Sare, composée d'environ 3,000 hab., de déposer les vieillards, les infirmes des deux sexes et les enfants dans des maisons nationales, de dépouiller les dits habitants de toutes leurs propriétés mobilières, de laisser leur terres incultes et autres mesures abominables qui furent adoptées par un arrêté du 13 ventôse suivant.
« Considérant encore que quelques uns des délibérants se firent nommer commissaires pour l'exécution des dites mesures et concoururent aux vexations et aux pillages qui ont consommé la ruine de Sare, Itsassou, Ascain, Espelette, Ainhoa et Souraide. ••••••••»•••••••••••••»..•••..••••.•.•••...•••••.•••.•«•••.••
« Considérant que la plupart des délibérants sont les auteurs d'une autre délibération du 24 pluviôse contenant une taxe révolutionnaire illégale en elle-même, d ailleurs si fort au-dessus des facultés des citoyens, qu'elle atteignait et assise sur des bases si notoirement fausse que les représentants du peuple crurent qu'il était de toute impossibilité de le mettre en recouvrement. (Nous nous abstenons de donner les autres considérants où sont énumérés les exploits révolutionnaires des dits délibérants : c'est un curieux réquisitoire). .
Les représentants du peuple français près l'armée des Pyrénées occidentales arrêtent : « Alexis Pages, ex-maire de St-Jean-de-Luz, etc., etc.. sont provisoirement suspendus de toutes fonctions publiques, ils seront mis en état d'arrestation, les scellés apposés en leur présence sur leurs papiers et ils seront ensuite conduits à la citadelle de Bayonne. chargent le général de brigade, chef de l'état-major de l'armée, de l'exécution du présent arrêté et de faire pour y parvenir toutes les réquisitions nécessaires. Au quartier général de St-Jean-de- Luz, le 15 prairial, an 111 (1 juin 1795). Signé : Chaudron-Rousseau. Pour copie conforme, le général de brigade, chef de l'Etat-major gén 1 signé Dessein. »
par les représentants Pi net et Cavaignac le 13 ventôse suivant (3 Mars H94). Le l or article de leur arrêté, qui devait faire verser des torrents de larmes, portait : « Les habitants des communes infâmes de Sare, d'Itsassou, d'Ascain, seront enlevés de leurs domiciles et conduits dans les départements inférieurs à une distance au moins de 20 lieues des frontières. Art. II. Les habitants des communes d'Espelette, d'Ainhoa et de Souraide, sur le compte desquels il sera élevé ou s'élèvera le plus léger soupçon de haine pour la révolution ou d'amour pour les espagnols seront avec leurs familles soumis à la môme peine. . »
Causes et prétextes de l'internat : On a dit et écrit que la désertion de 4*7 soldats volontaires basques de la commune d'Itsassou avait motivé l'arrêté du 13 ventôse. Rien n'est moins vrai, puisque cette désertion eut lieu dans la nuit du 1 er au 2 ventôse an II (19 au 20 février 1794) (1), date postérieure à la délibération de la municipalité luzienne.
Qu'avaient donc fait Sare et les autres communes comprises dans l'horrible arrêté du 13 ventôse? Leur tort fut d'être religieuses, royalistes, d'être voisines de l'Espagne (2). Sare fut érigé en chef-lieu de canton des communes d'Ainhoa et d'Ascain. L'as-
(!) La compagnie d'Itsassou était commandée par un enfant du lieu, le cap. Ithurralde (Putchueneko-Semea) un ex-étudiant en théologie. Ithurralde avait obtenu de tenir garnison «\ Itsassou, mais ses soldats travaillés par les agents royalistes, qui leur firent accroire que la république tombait et que sous peu de jours, ils rentreraient exempts de l'obligation de servir, désertèrent presque tous en une nuit. Pinet manda aussitôt Ithurralde à Bayonne. Celui-ci réfléchit; il y avait de quoi. Mais prenant ça résolution, il se présenta avec audace devant le cruel représentant, parut plus furieux que lui et domina l'instinct de ce tigre. Pinet l'invita à dîner, c'est-à-dire à une orgie. Ithurralde aurait préféré l'ordre de partir. Il dut s'exécuter. Pinet en le congédiant l'autorisa à séjourner en ville, mais Ithurralde gagna la campagne avant le jour. A la prise do Berdaritz, 2S de ces déserteurs furent coupés ; 19 cherchèrent à s'ouvrir le chemin à la bayonnette, un seul périt. Les cinq autres avaient perdu courage, déposé les armes et demandé la vie à genoux. Ils furent fusillés. Ces détails que nous devons à M. le capitaine Duvoisin, il les tenait d'Ithurralde lui-même. (Reg. 6. p. 167, note 2).
(2) Les espagnols pénétrèrent à plusieurs reprises et notamment en 1693 dans le territoire do Sare. Ses habitants firent des prodiges de valeur pour les repousser. Louis XIV voulut récompenser leur patriotisme. Il accorda un marché par quinzaine avec une foire annuelle et des armoiries en reconnaissance du courage et de la loyauté des habitants. (Sarari balhorcaren etn leyaltasxmaren saria émana Luis XIV, Î603. Récompense du courage et de la fidélité, donnée à Sare par Louis XIV, 1693).
semblée du canton convoquée à Sare, le 19 juin 1791, pour la formation dos électeurs des députés à la Législative ne réunit que 61 votants : Crime ! Sare refusa d'accepter un curé apostat : Crime ! Le 30 avril 1793, les espagnols enlevèrent le camp établi à Sare en face do Zugararnundy : Crime ! La g'uerre continua sur cette frontière avec des succès divers : Crime ! Mais laissons M. le capitaine Duvoisin exposer les reproches adressés aux habitants de Sare. Ces reproches, il les a tirés des minutes de diverses pétitions écrites par les particuliers, et pour la commune, par Harambourc, ancien syndic général du Labourd, natif de Sare. « Sare, écrit Duvoisin (1), étant une commune voisine de la frontière, cette , position lui devint un crime, à cause des rapports qui devaient exister plus ou moins entre les paysans des côtés de cette frontière. Le l or mai 1793, les espagnols entrèrent en force et surprirent un poste avancé français qu'ils massacrèrent dans la gorge d'Ibanteli. Kos troupes furent repoussées sur St-Pée. Les ennemis de Sare profitèrent de l'occasion de cet accident de guerre pour reprocher aux habitants de Sare de ne s'être pas soulevés en masse et de n'avoir pas pris des armes qu'ils avaient demandées et qu'on leur avait refusées; et afin de fortifier cette accusation, on répandait des bruits de trahison et d'intelligence avec l'ennemi. Ces faits consignés dans une pétition ré ligée au nom de la commune, sont en face des preuves de patriotisme données par les habitants: 250 jeunes gens combattant sur terre et sur mer, les immenses fournitures faites gratuitement à l'armée, les grands travaux exécutés pour établir fortifier ses camps etc. Quelle commune pouvait présenter un pareil état de services? »
Devant ces actes incessants de dévouement, la calomnie se tut un moment ; elle se releva plus violente que jamais, au moment où la désertion de la compagnie d'Itsassou souleva l'indignation et fortifia les suspicions contre les habitants de la frontière dans l'esprit des représentants Pinet et Cavaignac. Daguerressar et ses associés en terrorisme exploitèrent la colère de Pinet, qui, plus encore que son collègue, est resté dans la mémoire des habitants de Bayonne et du pays comme le type du tigre à face humaine. La pétition représente ces deux hommes comme « forts de leurs passions, de la (erreur qu'ils inspiraient, dépourvus de la liberté
(I) lleg. G. p. 172.
d'être justes , s' attribuant le droit de vie et de mort et incapables de s'imaginer que leurs arrêts pussent être sujets à une contradiction quelconque, inattaquables eux-mêmes sur le sommet oh ils étaient placés ».
Voici comment un officier français, qui s'est trouvé en cantonnement à Sare en 1847 rend compte, de son côté, des maux que les habitants eurent à souffrir durant la période révolutionnaire plus encore des agents du gouvernement français que de la part de l'ennemi.
« C'est pendant toutes ces guerres, c'est lorsque les habitants de Sare voyaient chaque jour leur pays saccagé, pillé, ruiné, leurs maisons brûlées ou détruites et ne cessaient néanmoins de se dévouer pour le bien public, soit en aidant nos troupes dans leurs travaux, soit en les guidant dans les montagnes à travers mille dangers, soit enfin, en marchant à la tête des reconnaissances chargées de juger de la position de l'ennemi, de voir la marche de ses travaux et de s'assurer du nombre de ses troupes, reconnaissances qu'ils étaient quelquefois chargés de faire seuls, et d'en rendre compte aux représentants du peuple et aux généraux; c'est pendant qu'ils s'exposaient à ces mille périls, que quelques infâmes haut placés alors, pleins d'envie et de convoitise, rappelant quelques vieilles haines particulières qui semblaient être éteintes depuis longtemps et qu'ils cachaient sous le masque d'opinions de partis, juraient et accomplissaient la perte du pays » (1).
Ici l'auteur raconte une anecdote : Deux séides de la Terreur se trouvant sur une hauteur de Sare, l'un pour encourager son digne compagnon, dit : « Encore un peu d'audace et il n'en restera plus! et puis, tout cela nous appartiendra à toi et à moi ». Ensuite l'auteur reprend :
« La cause première, ou plutôt le premier prétexte de tous les maux qu'on fit fondre sur cette malheureuse commune fut l'ins-
(1) Ceci est une allusion aux dissidences d'opinions et aux rivalités qui éclatèrent entre Dithurbide, maire de Sare, et le notaire Daguerressar, de Mouguerre, qui firent partie du comité chargé d'administrer le pays, depuis l'abolition de l'ancienne forme de gouvernement jusqu'à l'établissement du directoire du district d'Ustaritz. La révolution marchant avec ses excès, Dithurbide et Daguerressar suivirent des voies opposées. Ce dernier devenu puissant aux jours de la Terreur ne manqua pas l'occasion de frapper son adversaire et en même temps les habitants de Sare déjà mal notés par leur opposition au curé Duronea, frère de Duronea le révolutionnaire.
tallatioa du curé Duronea, prêtre assermenté. Les habitants, fidèles à leurs anciens principes, ne voyant dans les prêtres assermentés que des rénégats, pleuraient sur leur religion perdue. D'ailleurs ils connaissaient déjà le curé Duronea et ne pouvaient pas voir dans un jeune étourdi les garanties nécessaires pour remplir le divin sacerdoce. Ils s'opposèrent donc à sa nomination. Mais le curé Duronea avait un frère commissaire au district d'Ustaritz et il fut élu.
« Les habitants continuèrent à protester et refusèrent de le recevoir. Ce fut alors que le commissaire partit d'Ustaritz à la tête d'un détachement de troupes et vint procéder à l'installation par la force ; et pour punir les habitants de leur rébellion, il laissa les troupes en garnison logées et nourries aux frais des habitants. Après cet acte de violence arbitraire, on voulut encore en commettre un plus grand èn forçant les habitants à aller à l'église qui restait déserte. Comme on ne réussissait qu'imparfaitement, et qu'on savait qu'il y avait des personnes qui allaient entendre la messe sur le territoire espagnol, on ordonna sous prétexte qu'il y avait des espions, que les habitants de la commune de Sare seraient passés en revue, et ce fut un déserteur espagnol qui fut chargé de cette mission.
« Tous les habitants furent placés sur un rang et le déserteur passa devant et derrière : sur un signe qui lui était fait, il signalait les personnes désignées d'avance et dont quelques unes ne furent signalées qu'en passant par derrière. Les signes ayant été probablement mal compris, il y en eut une de S l -Pée qui fut renvoyée; son innocence, disait-on, avait été reconnue.
« Le nombre des personnes ainsi arrêtées fut de onze, ce fut la première série ; d'autres ne devaient pas tarder et comprendre tous les habitants de la commune. En vain on protestera contre ces infâmes arrestations. La municipalité adressa de vives réclamations aux représentants du peuple, mais rien ne fut écouté ». Le signal était donné. Il n'y avait qu'à continuer.
Arrêté dit 4 ventôse, an II ($2 février 1794) des représentants
Pinet et de Cavaignac.
« Cet arrêté provoqué par la déplorable désertion des 47 soldats de la commune d'Itsassou était écrit en termes d'une violence extraordinaire et ordonnait la poursuite des parents et le séquestre
de leurs biens. Quoique les habitants de Sare ne fussent pour rien dans cette affaire, ils furent pourtant compris dans le terrible arrêté des mômes représentants qui parut quelques jours- après, le 13 Ventôse, an II (3 mars 1794) ».
Nous avons donné les deux premiers articles de cet arrêté, un des plus terribles qui ait jamais paru. Il déclarait infâmes les communes de Sare, d'Itsassou et d'Ascain, condamnait tous les habitants, également ceux d'Espelette, d'Ainhoa, de Souraide sur lesquels s'élèverait le plus léger soupçon d'amour pour les espagnols à un internat à 20 lieues pour le moins de la frontière, il mettait leurs biens sous le séquestre (1)... nommait une commission extraordinaire pour juger les délits contre-révolutionnaires. L'arrêté n'annonçait aucun fait précis, aucun délit caractérisé et livrait tout à la merci de l'agent national du district d'Ustaritz. Et Dieu sait si ce dernier , avec ses dignes collègues, en usa et abusa !
Une des pétitions des habitants de Sare, que nous avons sous les yeux, s'exprime ainsi : « C'était à la diligence de l'agent national d'Ustaritz et par conséquent sous sa responsabilité que cette opération devait être faite suivant l'article III de l'arrêté... Il ne fallait que procéder à un inventaire exact et légal et nommer des séquestres propres et solvabies... Les biens meubles et immeubles des habitants de Sare n'ont été ni constatés, ni légalement décrits; tous nos meubles et effets mobiliers ont été enlevés et portés confusément dans des communes voisines au lieu de les déposer dans des lieux sûrs ; on en a vendu une partie aux enchères. C'est ainsi qu'on nous a volé plus de 10,000 têtes de bétail, une quantité immense de linge, tous les ameublements de nos maisons... Hélas, les infâmes agents de la tyrannie auraient été peut-être moins inhumains s'ils avaient été moins avides, et ils n'auraient pas tant désiré notre mort s'ils n'avaient espéré de s'emparer de nos biens » (2). Reynon parlant dans sa Première Phase (organisation de la Terreur) des déportations en masse des habitants de Sare et
(t) La longue liste des biens séquestrés, mis aux enchères, à la ferme ou aliénés est à voir dans les cartons des arch. départ., depuis Rév. m q 92 à m q 105. Nous regrettons de n'avoir pu en faire un relevé dans nos trop rapides visites.
(2; Reg. Duvoisin, N. 6, p. 170.
d'Ascain, écrit : « Plus de 150 charrettes attelées de bœufs transportaient les familles avec leurs meubles » (1).
« On ne pouvait les plaindre, on ne pouvait rien dire De leur malheureux sort, ni plaindre leur martyre, Sans exposer sa tête au glaive destructeur. »
Exécuteurs de l'arrêté; marche, dispersion, supplices, décès des internés. — Sans nous arrêter à établir les responsabilités des instigateurs, des auteurs et des exécuteurs de l'arrêté du 13 ventôse, ni à compter les fugitifs que sa menace môme fit exiler eu Espagne, ni enfin à décrire les scènes navrantes auxquelles son exécution donna lieu dans les familles, continuons à raconter simplement les faits. Dès que l'affreux arrêté est lancé, Daguerressar, Hiriart, Monduteguy et Doyhambehère (2) entourés d'une % nombreuse escorte s'abattent sur Sare ; tous les habitants, hommes, femmes, vieillards, enfants — la population était alors de 2,400 âmes — sont entassés dans l'église et y passent la nuit. Cependant les agents de la Terreur répandent partout les bruits les plus infâmes pour soulever le peuple des communes voisines contre les gens de Sare; ils auraient voulu susciter une émeute dans laquelle ils auraient porté les premiers coups et provoqué un massacre. C'est pourquoi, au lieu de les conduire directement à Bayonne, on les amène le lendemain après-midi à S 1 Pée, où ils sont enfermés dans l'église. (On les avait menacés d'une fusillade, on ivc put obtenir que quelques insultes). Le second jour à onze heures, on les pousse sur S 1 Jean-de-Luz où ils sont accueillis par des cris hostiles. (Leurs gardiens leur promettaient une noyade générale). On les fait tourner sur Cibourc, ils y demeurent deux nuits et un jour entassés dans l'église et le sous-sol d'une maison (3) assourdis
(t) Ibid., p. 221.
(2) Les habitants de Sare eurent encore à souffrir de la part de Antoine Noël, officier de santé, originaire de Lourdes. On l'appelait G&ratchteguy, du nom de sa maison. Tué en 1813 sur le pont d'Olha de S 1 Pée, par des soldats anglais, son corps y resta quelques jours sans être inhumé.
(3) C'était la maison Soubclette, aujourd'hui Zigarroa, près de l'église. Les anciens du pays racontent encore comment un révolutionnaire à jambe de bois jetait et mélangeait avec sa jambe de bois la soupe et les aliments envoyés par quelques âmes charitables dans une cuve commune, en répétant : « Liberté, égalité, fraternité. »
par les vociférations de la canaille, sous le poids de la Terreur, accablés d'insomnies et exténués de faim. Le 17, à midi, la triste procession défile sur S' Jean-de-Luz ; les ennemis de ces pauvres gens n'obtiennent encore que des succès et des insultes à l'adresse des malheureux qui arrivent à Bayonne, la mort peinte sur le visage.
Outre les internés de Sare, il y en avait beaucoup d'autres appartenant aux communes d'Ascain, de Serres (section d'Ascaia et de St-Jean-de-Luz), de Biriatou, d'Itsassou, Cambo, d'Espelette, d'Ainboa, Souraide, Larressore, Macaye, Mendionde et de Louhoussoa. Avant leur répartition dans les communes des Landes, ils furent détenus dans les églises de St-Jean-de-Luz, d'Anglet, de Biarritz, d'Arcangues, d'Arbonne, de Villefranque , d'Ustaritz, d'Urt, de St-Esprit, de la Grande Redoute (St-Etienne), etc. Les communes des Landes où on les interna sont : Dax, Saubion, Thil, St-Geours, St-Lon, St-André, Soustons, St- Vincent de Tyrosse, Saint-Pandelon , Ondres , Saint-Etienne d'Orthez , Capbrutus (Capbreton), etc.
L'auteur de la pétition (Je Sare, dont nous avons résumé une partie dans le paragraphe précédent, nous fournit encore les détails suivants : On divisa les internés par groupes sans égard pour les liens du sang ; le mari séparé de sa femme, la fille de sa mère, au milieu d'une angoisse poignante, se dirent d'éternels adieux, gui arrachèrent des larmes à ceux qui en étaient témoins. La séparation fut en effot éternelle pour beaucoup qui ne purent supporter leurs misères et leurs douleurs dans les lieux d'exil où ils furent disséminés. Ces malheureux Basques avaient été amenés avec les seuls effets qu'ils portaient au moment où ils furent surpris ; plusieurs étaient sans chaussures, aucun n'avait de linge ; sur les routes, les infirmes et les vieillards (on en avait amené qui étaient aveugles), étaient traînés dans des charrettes ; des femmes accouchèrent sur ces charrettes, ou pendant la nuit sur la pierre daus les églises où on les parquait tous pèle et môle sans secours d'aucune sorte (1), dispersés dans les Landes et dans les départements voisins, au milieu d'une population dont ils ne comprenaient pas la langue,
(I) Leurs escortes étaient commandées par des hommes qui mêlaient la lubricité à l'inhumanité. — Une troupe de ces malheureux fut jetée dans l'église d'Urt. On leur fit enlever les morceaux de pain qu'ils s'étaient procurés en chemin (Hcg. Duvoisin N. G, p. 173, note].
ne rccevaut qu'une nourriture insuffisante et distribuée d'une manière irrégulière, le chagrin, la faim, la maladie diminuaient sans cosse leur nombre (1). Les jeunes filles étaient exposées fi tous les outrages. Il y en eut qui acceptèrent do leurs gardiens un pain qu'elles portèrent en pleurant à leurs mères mourantes : c'était le prix de leur honneur ; mais ce fut là une faible exception; la plupart se dévouèrent de préférence à la mort. Des enfants couraient, errant de commune en commune, à la recherche de leurs parents, visitant les égiises, les prisons des déportés; leur douleur était navrante, quand ils ne trouvaient plus qu'un tombeau, caria mort faisait chaque jour des victimes,
I-a Société populaire de Bayonae dénonça, le 1 er janvier H95, à la Convention, la conduite de Pinet et de Cavaignac, et les accusa, entre autres faits, d'avoir dépeuplé des villages entiers du pays basque et d'avoir par cette déportation [arrêté du 3 mars 1793) causé la mort de 1,600 individus (2J. Et toutes ces horreurs se passaient pendant que 250 jeunes gens de Sare, — on pourrait en dire autant de ceux des autres paroisses — combattaient glorieusement, les uns dans le golfe de Gascogne, et les autres dans l'armée qui soumettait une partie de l'Espagne. Par une mesure étrange, ils furent requis pour conduire en triomphe la femme de Pinet, d'Urrugne dans le pays conquis. Les populations témoins des souffrances de nos compatriotes n'y restèrent pas insensibles. « Et, dit une des pétitions résumées ici, la reconnaissance nous ordonne d'attester que nous sommes redevables à leur pitié de ce que ces fléaux n'ont pas creusé le tombeau de nous tous. » Le
capitaine Duvoisin à qui nous empruntons ces renseignements, conclut en écrivant : « Tous ces détails rappellent involontairement la désolation de la Judée, quand Nabuchodonosor fit transporter les Juifs en Chaldée » (3).
Nous devons de nouveaux détails à un habile et érudit chercheur
(1) Dans les arch. du Grand Séminaire d'Aire, on a trouvé, nous a-t-on assuré, un imprimé donnant la liste de répartition des reclus. Nous regrettons do n'avoir pu nous la procurer.
(2) L'abbé Légé, dioc, d'Aire et de /M.v, t. Il, p. 107. — Une pétition de Sare en compta 000 appartenant à cette commune. Une autre pétition nous apprend que Monduteguy ayant trouvé, parmi les quelques misérables laissés à Sare, un jeûne garçon pour garder des vaches qu'il avait choisies pour lui-même, lui accorda la liberté de sa mère enfermée pour lors dans l'église.
(3) Reg. Duvoisin, N° G, p. 175.
M. l'abbé Gabarra, curé de Capbreton. Nous résumons ceux qu'il a bien voulu nous donner sur les internés basques de sa paroisse (ah uno disce omîtes). Le directoire du district d'Ustarits informa en ces termes les commissaires administrateurs du directoire des Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne et des Landes, de l'exécution du terrible arrêté. « Nous vous prévenons qu'en exécution de l'arrêté des représentants du peuple Pinet et Cavaignac, nous avons procédé à l'arrestation des détenus basques. Sur 1,208 il vous en revient, etc. »
Par arrêt du 24 ventôse an n, les représentants du peuple réglèrent que la cy-devant église de Capbreton serait convertie en prison et que dans la huitaine elle serait prête à recevoir les habitants de Sare, Itsassou et d'Ascain, mis eu état d'arrestation. En conséquence le mobilier ou du moins la grande partie, qui était encore à l'église, après inventaire de tous les biens meubles et immeubles, fut mis sous clef dans la maison appelée de Cazaubon ( 1 ). La prison étant prête, << les infâmes basques », au nombre de 229, accusés d'avoir voulu tromper la république, mais en réalité coupables de n'avoir pas voulu trahir la foi chrétienne, la religion de leurs pères, arrivèrent dans leur lieu de supplice le 2 germinal. Ils étaient escortés comme des bandits par des gendarmes. Parmi ces malheureux on voyait des vieillards octogénaires, et des enfants (2).
Une lettre en date du 2 germinal adressée par Lapouple, maire, et Lanneluc, officier municipal de Capbreton, au général Laroche, révèle la misère et les traitements qui les attendaient. « Nous te rendons compte, disaient-ils, que le citoyen Ville, lieutenant de la gendarmerie, nous a remis ce jour 229 reclus, que tu nous as envoyés pour être enfermés dans la cy-devaut église de cette commune, aujourd'hui le temple de la Raison. N'ayant pas reçu d'arrêté qui fixe sur les vivres que nous devons leur donner et sur la manière que nous devons les traiter, nous te prions de nous tracer la conduite que nous devons tenir, et de nous répondre aux articles suivants : 1° Combien de pain à donner à chaque homme (nous n'avons pas de pain ici, ce n'est que de la méturej?
(I) Uog. des délib. de la corn, de Capbreton, p. 12(>-7.
(Ci Sur 1G2 basques internés d'Ascain, il y avait un enfant de sept mois, et un vieillard de 88 ans. Doyaivabal, interné de Sare, avait le même âge.
2° Pouvons-nous consentir à ce qu'ils s'achètent du vin ou autres provisions?; 3° Nous t'observons que nous n'avons point de vinndo ; 4° Pouvons-nous leur permettre d'avoir de la lumière, la nuit, dans un fanal ? ; 5» Pouvons-nous permettre qu'ils aient leurs matelas ou paillasses? Nous leur avons fait porter de la paille pour coucher ; 6° Pouvons-nous permettre qu'ils sortent deux à deux pour laver leur linge?; 7° S'il y a des malades, sommes-nous autorisés a les faire sortir de la maison de réclusion pour les traduire dans d'autres pour les faire traiter?
« La municipalité a arrêté que les tuiles qui doivent leur servir de latrine seraient vidées par les reclus, qui ne pourraient sortir que deux à la fois et qui seraient accompagnés de trois fusilliers. Nous te prévenons que nous avons, de concert avec l'inspecteur particulier des vigies, fait la consigne au corps-de-garde que nous faisons passer. Salut et fraternité » (1).
Ainsi, ni pain, ni viande, un peu de paille, la nuit pas de lumière ! Quand ces malheureux sortent un instant, et deux par deux, trois hommes armés pour les garder ! Voilà la situation faite, au nom de la fraternité républicaine, à ces paisibles habitants de nos montagnes !
Nous ne connaissons pas la réponse du général Larroche. Elle ne dut rien changer à la situation des reclus. Aussi, bien vite, la maladie et la misère tirent-elles de nombreuses victimes. Le citoyen Bertrand Lafon, officier de santé, était chargé « de ses médicaments ». Huit jours étaient à peine écoulés qu'il eut à constater le décès d'un vieillard de 84 ans, Pierre Apesteguy, « époux de V* - Marie Harriaga d'Itsassou ». Ce vieillard, dont la vie ne devait pas être un danger pour la République, s'éteignit dans la nuit, au milieu de ses compagnons, vers 2 heures du matin, le 11 germinal. — Le 18, c'était le tour d'un rentier de Cambo, Salvat Diharce, àgc de 71 ans: il avait épousé la citoyenne. Ilaïtse. Deux de ses frères, Jean-Baptiste et Jean étaient prisonniers avec lui : il dut mourir entre leurs bras, ils signèrent du moins de leurs noms sur les registres de la municipalité en déclarant son décès. — La nuit du 23 germinal, moururent Jean Finonde, duranguier de Sare, âgé de 11 ans, et Pierre Lapits, laboureur d'Ainhoa, âgé de 06 ans.
(t).Ibid. p. 127-s.
Celui-ci avait été arrêté avec son fils Martin et son gendre, Martin Ostha, duranguier.
Cependant les subsistances envoyées pour nourrir les détenus étaient près de s'épuiser. « Nous sommes bientôt à bout de la l re réquisition, » écrivait le 26 germinal, l'agent municipal de la commune à l'agent municipal du directoire du district de Dax et le prie de fournir le plus tôt possible à leur subsistance par une « nouvelle réquisition », établie sur les communes voisines (l). Hélas î le pain et la méturc même devaient leur manquer souvent. Aussi, la mort faisait de nouvelles victimes. — Dans la nuit du 30 germinal, mourut un laboureur d'Itsassou, P ro Berrouet, âgé de 65 ans. Le 4 floréal, les officiers municipaux visitant la maison de réclusion constataient la mort de Salvat Monduteguy, tailleur d'habits d'Ainhoa, décédé la veille à l'âge de 65 ans aussi. - Le 6 prairial, le pain manquait de nouveau. Les citoyens Fatsecau (?) agent municipal, et deux membres du comité de subsistance constatent que « les grains, requis dans les communes environnantes pour la nourriture des Basques, étaient presque terminés et consommés » et ils réclamèrent « 90 quintaux de maïs » que les habitants de la commune de St-Gcours devaient fournir au prix du maximum et ce, sous peine, en cas de refus, d'être déclarés suspects (2). Le grain arriva-t-il ? On l'ignore. Ce qu'il y a de certain, c'est que le représentant du peuple Monestier (de la Lozère] porta, le 5 prairial, un arrêté d'après lequel (art. ivj « dans toutes les communes où il y avait un temple il devait être dédié à l'Etre suprême, » et si dans quelques-unes il n'en existait pas, il était « ordonné aux municipalités de l'ouvrir et de l'indiquer de suite à cette fin dans quelques-unes des cy-devant églises ». L'arrêté fut lu, le 10 prairial au pied de l'arbre delà liberté. Dès lors l'église de St-Nicolas devint le temple dédié h l'Etre suprême et les Basques furent transportés en grande partie dans différentes communes.
On choisit une nouvelle prison pour ceux d'entre eux qu'on avait gardés. Voici les noms de quelques-uns : Michel Gorostarsou, apothicaire à Espelette, 38 ans ; Jean Ooity, chirurgien ib., 76 ans; P rc Apesteguy, laboureur d'Itsassou, 84 ans ; J.-B. Diharce, rentier à Canibo, 57 ans ; Jean Diharce, négociant à Espelette, 62 ans ;
(Il Rcg. Ibid. p. 134.
(?) Heg. Ibid. p. iiO.
Salvat Diharce, rentier à Cambo, 71 ans (les trois étaient frères}; Augustin Etchevcrry, laboureur de Sare, 67 ans; Jean Larria, it., 44 ans ; Jean Tuionde, duranguier it., 77 ans; Martin Lapits, laboureur d'Ainhoa, 30 ans; Martin Ostha, duranguier et laboureur d'Ainlioa, GO ans ; Martin Lapits, lab. d'Ainhoa, 66 ans : il était père de Martin Lapits et beau-père de Martin Ostha ; Jean Berrouet, lab. d'Itsassou, 50 ans; P ro Berrouet, lab. d'It. 65 ans, père du précédent et voisin du suivant ; P ro Ithurbide, lab. d'It. 40 ; Martin Elhorga, laboureur d'Ainhoa, 60 ans ; Betridoy Harçabal, lab. d'It. 32 ans; Salvat Monduteguy, tailleur d'habits d'Ainhoa, cousin de M n Elhorga, 65 ans ; D ,DC Lesca, notaire public à Espelette, 55 ans ; Jean Cauponne, marinier d'Ascain, 43 ans ; P rc d'Etchegoycn, lab. d'Itsassou, 62 ans (il y mourut) ; Jean Detsaiî, lab. de Sare, 44 ans (uu détenu de ce nom et du môme lieu, âgé de 60 ans, mourut le 16 prairial); Sabin Benac, marchand d'Espelette, 37 ans; Jean Detsail, lab. de Sare, 50 ans. La commune de Capbreton avança pour l'entretien de nos basques 3.487 1. 23 s. G d., somme que par lettre du 2 thermidor elle réclama aux représentants du peuple Pinct et Cavaignac.
Dans l'église de St-Vincent de Tyrosse, il y eut 300 basquaises recluses (1). La municipalité de cette commune demanda, le 13 floréal an h, une douzaine de fusils « pour rester par manière d'arsenal à la garde qu'elle était obligée de faire faire journellement, et 30 pour la garde de 300 recluses. Cette mesure fut prise par suite de la désertion de la garde nationale, qui chargée de rester aux portes de la cy-devant église » pour veiller à la garde des recluses, avait abandonné son poste et s'était retirée dans une auberge pour se divertir (9 floréal au n, reg. de la Mairie p. 26-7).
Dans l'église d'Ondres, il y avait 106 détenus. Du 21 floréal au 15 prairial, ils dépensèrent 700 1., à raison de 28 1. par jour. Dans les registres de l'état-civil de cette commune, nous avons constaté le décès de Estonte d'Aguerre de Sare, âgée environ de 50 ans, épouse de Michel d'Elissalde en réclusion aussi à Capbreton (3 floréal an n) ; Michel Etchave, âgé de 9 ans, fils légitime de Joannès Et. et de Gracieuse Ibar (5 floréal an n) ; Michel Camino, de Snre, âgé de 11 ans, fils de Joannès C. en réclusion à Capbreton et de Marie
(1) Do ce nombre étaient la mère et une tante de Mgr Hiraboure, év. d'Aire (voir nos ïtech. hist. t. n, p. 330).
Etchavc (7 floréal) ; Michel Elissalde, fils de Michel E. en réclusion à Capbrcton et de Jeanne Aniosbehere de Sarc (10 floréal) ; Jean Garât de Sare, âgé de 3 ans fils de Peillo G. et Françoise Mihoura (15 floréal) ; Joannès Ihousquisouhi, âgé de 3 ans, fils de Joannès I. et de Agnès Garrau.
Dans les registres de la commune de Soustons, sont constatés les décès de Michel Larralde, de Sare, âgé de 70 ans (iv vendémiaire an m); de Gracy Duhart, âgée de 28 ans (25 fructidor), etc.. Pousser plus loin cet exposé, serait sortir du cadre de notre travail (1).
(1) Voici quelques extraits des arrêtés du directoire du district d'Ustaritz, 4 germinal an n. Les biens des internés seront séquestrés et vendus. Les individus qui seront enlevés de leurs foyers doivent éprouver les effets de la séquestration sur les biens meubles et immeubles. Des commissaires seront établis à l'évacuation des communes d'Ascain, etc.
14 germinal : Le directoire a arrêté et arrête 1° que les municipalités sont autorisées à établir, pour le séquestre des objets sur lesquels ledit séquestre doit être établi, les coassociés des individus mis en réclusion ; 2° que les parents, amis, domestiques ou agents de ceux au préjudice desquels le séquestre doit être apposé ne pourront pas être chargés de cette mission ; 3° que les séquestres nommés ou à nommer ne seront pas choisis dans la classe des citoyens plus que sexagénaires et ayant cinq enfants ni dans celle des fonctionnaires publics.
Floréal : Vu le certificat délivré par la municipalité d'Ondres en date du 1 er floréal justifiant la dépense de 12 jours fournie aux femmes basquaises que l'on a lait interner et reclure en ladite commune, s'élève à la somme de 396 1., vu l'arrêté des représentants du peuple, il sera payée cette somme au citoyen Lesca, off. municipal de lad. commune.
Prairial : Les biens des internés seront donnés à titre de colons partiaires, aux patriotes qui sont restés et aux patriotes de Biriatou, nendaye, Urrugne et Subernoa.
22 prairal : La dépense des 106 basques détenus dans la commune d'Ondres depuis 21 pluvial au 15 prairial s'élève à 700 1. «à raison de 28 1. par jour.
28 prairial : La liste de 33 basques désignés pour servir Gorostarsou de St- Vincent de Tyrosse. Ces basques devaient aider ledit G. dans la fourniture de bois et charbon qu'il s'était chargé de livrer à la république.
6 messidor : Liste des 162 basques internés d'Ascain. Le moins âgé a 7 ans, le plus âgé 88 ans. Les biens des détenus ne seront pas affermés, mais cultivés au profit de la nourriture des reclus.
6 thermidor : D"»" 8 Sorhainde, ex-prêtre de Cambo, demeurant à Pau, s'est dèprêtrisé et il sera mis en liberté. Jean Doyarçabal de Sare soumis à l'internat demande grâce.
17 fructidor : Domingo Dartaguieltc de Mendionde interné avec sa famille, à Capbrutus (Capbrcton), demande à en sortir d'après la loi du 21 messidor qui met en liberté les cultivateurs. Les basques de Souraide et d'Ainhoa seront internés à St-Pandelon , St-Etïenne d'Orthe, Mont-de-Marsan. En vendémiaire, arrêté pour réintégrer les internés dans leurs foyers. (Arch. dép.).
Pétitions, nouvelle dispersion, retour des internés.
Les internés ne cessèrent d'adresser des pétitions, soit aux représentants du peuple, soit aux autres administrateurs. Une de ces pétitions intitulée « Relation de nos promenades du temps de la tyrannie de Robespierre et de ses agents, à commencer de Sare jusqu'à Bayonne et différentes autres églises » et écrite par un de ces malheureux, raconte toute leurs souffrances, toutes leurs tortures et retrace des scènes qui font frémir. Presque tous ces malheureux exhalaient leurs plaintes ; chacun rappelait les services qu'il n'avait cessé de rendre au pays. Tous demandaient du moins à connaître le motif de leur arrestation. Un seul, plus heureux que les autres, reçut une réponse, ce fut Dithurbide, l'ex-maire de Sare. Voici cette curieuse pièce caractérisant l'époque : Réponse de Pinet, représentant du peuple : « Les motifs de ton arrestation sont consignés dans le tableau déposé au Directoire du district et dont une copie a été envoyée au comité de sûreté générale. Tu y es peint comme un aristocrate et comme un homme dangereux ; et tu mérites sévèrement le portrait qu'on a fait de toi. Pinet, aîné ».
« Lorsque Pinet et Cavaignac eurent étouffé, dit l'abbé Légé, dans le sang les complots du département des Landes, il revinrent à des sentiments plus calmes (?) — est-ce bien le mot? — ils pensèrent enfin à s'occuper du sort des basques. Ces malheureux, au nombre de 640, femmes, enfants à la mamelle, vieillards, infirmes, saisis brutalement, jetés sur des charrettes sans autres vêtements que ceux dont ils étaient couverts, avaient été enfermés dans les églises basses et humides d'Ondres, de Capbrutus ou Capbreton et de St- Vincent de Tyrosse.... Ils y périrent de froid et de misère, surtout les femmes. On adressa un rapport aux représentants du peuple. Ceux-ci répondirent, le 12 floréal, que la sûreté des frontières et le salut de l'armée des Pyrénées avaient rendu nécessaires des mesures fortes, terribles même, à l'égard des basques habitant la frontière, depuis Chauvin-Dragon (St-Jean^de-Luz) et Urrugne exclusivement jusqu'à Ainhoa.... que cependant la prudence des représentants ayant satisfait à tout et la sûreté de l'armée n'excitant plus de sollicitudes, l'humanité réclamait ses droits et devait être écoutée », Ils arrêtèrent donc que les basques, hommes,
femmes et enfants, renfermés dans les ci-devant églises du district de Dax, à la réserve de ceux qui sont dans celle de la Grande Redoute (St-Etienne) seraient mis à la disposition de l'administration du district de Dax. Celui-ci écrivit, le 27 floréal, que l'humanité, apanage des républicains, exigeait que cette opération fut faite dans le plus court délai.
« Il arrêta que les 640 basques reclus dans lesdites églises seraient répartis et envoyés de suite dans les communes des cantons de '.T.- J. Rousseau, Peyrehorade, Pouillon, Dax et Vert- Rameau. Tout prisonnier, homme ou femme, sortant sans permission du territoire de la municipalité ou du district, devait être condamné à six ans de fer ou de prison, à l'exposition sur l'échafaud, durant trois jours consécutifs, une heure par jour » (1). Telle fut la mesure d'humanité prise par les républicains en général et spécialement par leurs chefs, Pjnct et Cavaignac. Nous avons connu nous-mêmc plusieurs personnes du Labourd, qui, à dos d'âne ou de mulet, portèrent des vivres à leurs parents dans les diverses localités de ce nouvel exil.
Cependant le temps de l'internat touchait à sa fin. Par arrêté du 8 vendémiaire, an m (30 septembre 1794) les représentants du peuple, Baudot et Garrau, rappelèrent dans leurs foyers les habitants du district d'Ustaritz soumis à l'internat. Les prêtres et les nobles étaient exceptés, et les citoyens, qui, compris dans la mesure de l'internat, seraient trouvés au delà des postes français devaient être traités comme émigrés et la loi appliquée dans les vingt-quatre heures. Le 10 vendémiaire, les mêmes représentants prirent un nouvel arrêté pour réintégrer lesdits internés dans leurs biens meubles, immeubles et effets existants. Par le 2 e article, ils ordonnèrent la cessation de toutes les ventes et la remise des effets aux légitimes propriétaires. L'article 3 ménage à ceux dont les biens mobiliers sont vendus leur pourvoi en indemnité par devant le directoire du dictrict, réservant aux représentants eux-mêmes de statuer définitivement. L'art. 4 lève le séquestre sur les biens-fonds. L'art. 5 prescrit aux commissaires de l'internat de rendre compte de leurs opérations. Le 6° et dernier article charge l'agent national de faire imprimer l'arrêté et de le publier et de l'envoyer à toutes les municipalités et d'en assurer l'exécution. Daguerressar dut s'exécuter lui-mêmfc tout le premier. C'est sans doute en frémissant de rage qu'il ajouta sa signature au certifié conforme. Mais s'il ne put empêcher le retour des internés, il trouva assez de complices
(1) Légé, t. II, p.
Digitizcd.byjUàltJgle
pour que les autres dispositions de l'arrêté restassent à l'état de lettre morte.
Le régime de la Terreur était tombé. Mais Daguerressar et consorts ne remplissaient-ils pas encore toutes les administrations? Quelle que fut la bonne volonté des représentants, même après la Terreur, leurs ordres étaient souvent impunément méconnus. En voici un exemple entre mille. Une jeune fille, du nom de Dornaletche, pourvoyait par la mendicité à la nourriture de trois petites sœurs ; elle demande à Baudot la permission d'aller glaner sur les terres que leur mère a laissées en mourant et qui avaient été livrées au pillage. Le représentant accueille la requête; mais Daguerressar qu'on n'avait pas encore destitué, repousse la jeune fille en présence de Baudot lui-même et de son secrétaire. « Tu u'as pas de pain ? dit-il, eh bien, meurs de faim ! » (1). C'est dans ces circonstances que la commune de Sare, par l'organe de M. Dithurbide et de trentetrois de ses principaux notables, adressa une magnifique protestation au représentant Garrau. Ce long mémoire, écrit d'un ton ferme et digne, fait un affreux tableau de l'internat, depuis le commencement jusqu'à la fin. Voici le passage relatif au retour des internés : « La chute des derniers tyrans a été l'heureuse époque de notre retour à la vie. Déjà la faim, la maladie et le chagrin avaient fait périr un grand nombre des habitants de Sare; nous qui les avons vus rendre les derniers soupirs, nous tristes restes de cette commune infortunée, nous avons obtenu la grfice de retourner au lieu de notre naissance.
« Mais quel affreux spectacle s'est offert à nos yeux ! nos campagnes frappées de stérilité, nos maisons à demi-incendiées, partout l'aspect de la plus terrible misère. On ne nous a rendu ni des lits, ni des sièges pour nous reposer, ni des provisions pour vivre, ni des instruments, ni des grains pour cultiver nos terres. Le sauvage qui cache sa nudité au fond d'une caverne, n'est pas plus dénué que nous de toutes les choses nécessaires à la vie.
« Citoyen représentant, nous vous demandons vengeance contre les auteurs de nos calamités; nous vous demandons vengeance de la mort de nos concitoyens, qu'ils ont fait périr de faim et de soif; nous vous demandons vengeance de leurs attentats contre notre vie; nous vous demandons vengeance, enfin, de leurs odieux brigandages » (2J.
(1) Rcg. Duvoisin, N. G, 171.
(2) Ce long mémoire, dont nous avons reproduit les principaux passages dans ce travail, décrit les services et la conduite de Sare, soit dans la guerre de 1793, soit dans les guerres antérieures, redresse les griefs reprochés à ses habitants, dépeint les illégalités, les atrocités de l'internat, nomme les auteurs de tous leurs maux etc.
L'officier, qui a transcrit ce mémoire sur la minute restée àSare, ne dit point l'accueil que lui fit Garrau. Monestier (de la Lozère) par arrêté du 28 pluviôse an III (17 février 1795) ordonna que tous les habitants expropriés du district d'Ustarits seraient réintégrés dans leurs biens, que tous les fonctionnaires chargés de la séquestration et de la vente des biens en rendraient compte... que les dilapidateurs seraient dénoncés aux tribunaux • 1 j. Le représentant Chaudron-Rousseau, de son côté, faisant droit à la pétition de M. Dithurbide et des trente-trois signataires de Sare, demanda, par sa lettre du 13 prairial an III (2 juin 1795) que l'arrêté des membres du Comité du Salut public, du 4 floréal, concernant les Basques de la Biscaye et du Guipuzcoa, fut également appliqué aux Basques français; il voulait que les uns et les autres fussent réintégrés dans leurs biens, et que les auteurs des atrocités, qui avaient été commises à leur égard, fussent traduits devant le tribunal criminel des Basses-Pyrénées.
« Ces justes plaintes ne furent pas malheureusement, entendues, et de nouvelles pétitions dans lesquelles on porte les dégâts commis dans la commune à 782.000 fr. n'eurent pas de plus heureux résultat. Ce n'est qu'en 1817, après d'incessantes réclamations, que la commune de Sare obtint une espèce de satisfaction ; elle signalait une perte de 782.000 fr., on lui accorda, en deux fois, et pour toute compensation la somme de 1.400 fr. 26 ; ce qui faisait en moyenne à peu près 10 fr. par personne ».
Nous avons fait mention plus haut des fugitifs de Sare. Qui pourra compter ceux que les menaces et la crainte des atrocités de l'internat jeta au delà des Pyrénées (2). Nous donnons plus loin
(1) Arch. dép. Rév. III Q 69.
(2) Il y en eut qui, avant de se décider à quitter le pays, se cachèrent un moment dans la grotte de cette commune. On ne peut nommer la grotte de Sare, sans citer deux traits de dévouement, l'un de J. V. Teillary, curé, et l'autre de M. Dornaletche, officier de santé de Sare. — C'était quelque temps avant la Révolution; le curé Teillary fut appelé nuitamment par deux inconnus dans cette grotte auprès d'un mourant. Le digne pasteur, après quelques moments d'hésitation naturelle, se rappelle son devoir. Prenez tout ce qu'il faut pour u*n mourant lui répètent les deux étrangers. Après mille fatigues, on arrive .. on pénètre dans le ténébreux réduit. Le prêtre n'était pas encore près du patient qu'une voix sortie d'un des recoins de la grotte lui dit : Rends grâce à celui que tu portes sur toi!. Enfin il est aux pieds d'un homme, qui se meurt. Il le confesse, le réconcilie avec son Dieu, qu'il lui donne en viatique. Jamais le zélé et discret curé ne voulut dire le nom de celui qui revenu à Dieu dut sans doute quitter la bande de voleurs dont il faisait partie. — Une autre nuit, après la Révolution, M. Dornaletche, fut aussi appellé par deux inconnus pour donner des soins à une jeune personne de distinction, naguère venue de
une complainte de ces infortunes, qu'on no lira pas sans être émus jusqu'aux larmes.
Voici (traduite en basque) uue proclamation du représentant Auguste Isoard, en date du 18 mars 1795, pour le rappel de ces infortunés émigrés:
Liberté, Egalité.
Le représentant du peuple envoyé dans les départements des Hautes et Basses- Pyrénées.
Instruit par l'agent national
du district dTstaritz, et par les
renseignements particuliers, que
plusieurs habitants de ce district
effrayés de la mesure de l'internat, ordonné par un arrêté du 13 ventôse de Tan II 0 , et des circonstances qui ont précédé et accompagné cette mesure, ont quitté le sol de la république et lui sur le territoire d'Espagne;
Que l'éloignement où ils se trouvent, la difficulté des com-
lautrecôlé des Pyrénées dans cette même retraite mystérieuse pour sauver — autant que possible — son honneur et celui de sa famille. Le médecin Dornalelche était connu pour sa discrétion autant que pour l'habileté dans son art. Il part et, à travers les horreurs d'une nuit ténébreuse et orageuse, il arrive... remplit sa tâche., et toute sa vie, il garda ce secret.
Qu'on, nous permette encore sur cette même grotte un souvenir d'un autre ordre d'idées. La Société d exploration des grottes, visitant, en 1873, les grottes de l'arrondissement do Iiayonne, découvrit dans la grande caverne de Sare quelques débris d'animaux ayant, à des époques reculées, habité cette caverne ; de plus, elle signala l'existence, aux alentours de la grotte principale, d un grand nombre d'abris qui avaient dù servir à l'habitation de l'homme. Sous ignorons si des recherches ultérieures ont eu lieu. Faites sur une grande échelle, elles ajouteraient à l'histoire de l'industrie humaine préhistorique, dans nos régions, une page intéressante et digne do fixer l'attention du inonde savant. Il est incontestable que les populations, qui ont poussé leur émigration jusque dans nos contrées, ont été arrêtées par la barrière des Pyrénées et ont dù borner là leur incursion et se fixer sur les versants septentrionaux de la grande chaîne.
LlBERTATEA, HlGOALITATEA cdo UARDINTASUNA.
Pyrenea gora eta aphalac daitzolen mendictaco bi departimmduetarat egorria den Populuaren Errepresentac.
Ustaritzeco distriquien nacioneco agent edo eragile denaren ahoz eta berce bide particularez iran ditugu/i berriez yaquintzun g a irelacotz district huntaco haïn il z kabitantec, Errepubl icaco lurrac husturic , Espaïniarat ihes eguin dutela icilu d irelacotz yasco ventosa edo ilhabete hateetsua daïtzonaren humahirurean e aian cen ordenantza bâtez, ceïnac bere kerriac hutsaraciz, egorteen baiteituen barne herrietarat, edo bereeequi ordena horren executatcean, aïncinean eta ondoan erabili diren maaerez; .
Orai cailsiteen diren herrien urrunlassunac, bere herrietaric
munications avec leur pays, la différence de leur languie, l'incertitude même si les bienfaits de la loi du 23 nivôse s'étendaient jusqu'à eux, les ont empêché de profiter du bénéfice de cette loi, et les mettent dans l'impossibilité de rentrer dans le délai fixé au 1 er germinal ;
Vu l'avis de l'administration du district d'Ustaritz, du 23 de ce mois, donné sur la pétition à nous présentée ;
Considérant aue si jusqu'à présent les habitants des communes du district d'Ustaritz, qui par l'effet de la terreur, ont fui en Espagne, n'ont pas profité, pour rentrer dans leur patrie, du délai fixé par la loi du 22 nivôse, c'est sans doute parce qu'ils en ignorent les dispositions ;
Que les habitants, tous basques, enfoncés dans l'intérieur de l'Espagne, privés de toutes relations avec leurs parents et leurs amis, parlant tous un langage particulier, ne connaissant ni la langue française ni la langue espagnole , ne peuvent qu'avec beaucoup de difficultés, parvenir à avoir connaissance des décrets bienfaisans de la convention nationale ;
Que dans un moment où la nation française se montre indulgente et généreuse envers ses ennemis, il est de la justice de faciliter à ceux qui n'ont fui que la persécution ou la mort, les moyens de rentrer dans le sein de leur patrie et d'y faire valoir leur industrie ;
Arrête que le délai fixé au premier germinal, par la loi du 22 nivose, est prorogé jusqu'au premier prairial, en faveur des
iça'itcco gaitztasunac , lengoya edo hitzcuntzareii diferenciac , eya heyer tocateen çaucoten eta heyetaraino hedalcên otite dm nivosaren erran nahi da ilhabethe elhurxuaren hogoi eta bian emau iran den leguearen f'agorea dudateiac edo ez semtr içanac, debecalcen dituela ocre herrictaral bihurcetic helduden ilhabelhearen leheneco lègue horrec emaiten duen becala ;
Ikusi dugun ondoan présentât ua içatu zaicun petit ione balen azpian Ustaritzeco distriqueco administrât ioneac eman duen abisua ,
Consideraturic Ustaritzeco distriquetic icialduraz i/ies eguin duten habitantac bere elehietarat, ezbihurtceaheldu delà nivosaren, edo ilhabethe elhurxuaren hogoi eta bieco legueaz, yaquintzun ez izaitetic;
Haïnitz gaitz delà izialduraz Espaïnian barna bere buruac desterratu dituzten Escualdun horientzat Nationeco bilkuyaren décret unguieguieguile eta samurren eçagutzea, ez Francesa ez Espagnola aditzen evdituztelacotz, bere ahaidetaric eta adisquietaric berriric ezin izian deçaquelelacotz ,
Frances Nationea bere.etzayen aiderai bererat generos eta barkhacor aguerteen den demboran, yustu iduritu behar cayola persecucionearen eta heriotzearen ihesi yoan dircacr bere herrietarat bere ofjicioeta-co lanez baliatzeral bihurrazazteco moyenen eta bidien idequitzea eta errechtia;
A r restatua edo erreguelatua da : nisosaren edo el/mr ilhabethearen bieco legueac helduden ilhabethe germinal daïtzonaren
habitants du district d'Ustaritz, qui ont quitté le soi do la république, et qui, d'après 1rs termes de cette loi, peuvent retourner dans leur patrie.
Le présent arrêté sera traduit en langue basque, lu et publié \ artout où besoin sera.
L'agrent national du district d'Ustaritz est chargé d'en procurer l'exécution.
Fait, h Bayonne, le 28 ventôse de l'an m* de la république française une et indivisible.
Le Représentant du Peuple, Signé : Auguste Izoard(I).
leheneraïno baicen entait en ez cioten terminoa edo ephea lucatua delà prairial, edo bclhar- Uhabelhea daïlzonaren leheneraïno Ustarizeco distriqueco lurretaric ihesi yoan ciren habitant ela lègue horren bides bihur citezquenen fagoretan.
A rresta edo ordena hau izinen da Escuararat itzulia ela behar den lekku gucielarat hedatua ela gueietan publ icalua edoa/ichatua.
Ustaritzeko distriqueco agent national ac , edo eraguileac du carga hunen executaraztecoa.
Bayonan eguina, ventosaren edo haïce ilhabethearen hogoi eta rorcian eta Franciaco Errepublica bala, ecin part Hua edo sathicatua denaren hirurgarren urtean.
Populuaren Errepresenta , Sinatua : Auguste Izoard.
Les municipalités elles-mêmes ne se pressèrent pas d'obéir aux arrêtés des représentants du peuple et à faciliter à nos internés les moyens de retour dans leurs foyers. En voici une preuve :
« A Pau, l'an troisième de la République française une et indivisible. Les membres composant le comité de surveillance siégeaut à Pau, au maire et officiers municipaux de la commune de Morlàas.
Frères et amis,
Nous vous envoyons ci-joint un collationné de l'arrêté que nous avons pris, relativement à Guiroye et autres, vous voudrez nous en accuser la réception.
Salut et fraternité, signés : Diligent, P r , Labourdette, fils, P r le S rfl .
Pau, le 24 vendémiaire, l'an 3 de la République française une et indivisible.
Le Directoire du District de Pau à la Municipalité de Morlàas. Nous venons d'être instruits dans ce moment, citoyens, que les
(U A Bayonno, de l'imprimerie de Fauvet, jeune N° 158 : au bas de cette pièce ou page in-folio, sont écrites à la main les mots suivants. « Certiftïe avoir lu, publié et affiché le placard cy-dessus, à Bayonne le sept germinal 3 e année républicaine par moy soussigné. Cruax ». (Reg, Duv. 5, p. 346-7).
internés basques qui sont dans votre commune, que bien loin de favoriser leur retour chez eux, conformément à l'arrêté des représentants du peuple que nous vous avons transmis», vous y formez obstacle sous le prétexte inhumain d'exiger d'eux le paiement de leur transport, ainsi que de leurs effets, loyer, etc., auxquels ils sont dans l'impuissance de satisfaire, que même vous exigez qu'ils vendent leurs effets pour y remplir. L'intention des représentants étant que ces internés soient réintégrés chez eux, il n'est d'aucun doute que leur intention ne soit aussi qu'il leur soit accordé les mômes facilités qu'en venant et si votre inhumanité se porte jusqu'à vous refuser de leur accorder gratuitement cette générosité, vous n'aurez qu'à nous remettre l'état de ces dépenses. Nous agirons pour le faire allouer, s'il est possible, sur le tout ; que leur départ ne soit pas différé par votre fait, vous en sentez sans doute la conséquence.
Salut et fraternité, signés : Paatte, Palas, Buisson, Bournos, Mounou, frères. »
Voici la réponse qui fut faite à ces reproches :
« Morlàas, le 25 vendémiaire, l'an 3° de la République française, une et indivisible.
Les Maire et officiers municipaux de la commune de Morlàas, aux citoyens du Directoire du District de Pau.
« En conséquence de votre lettre du 21 du mois courant, nous avons fait appeler les individus basques envoyés dans notre commune, en exécution de l'arrêté des représentants du peuple en date du 5 prairial dernier, nous leur avons fait donner lecture de l'arrêté qui lève l'internat, et nous leur en avons fait expliquer les dispositions par un interprète, nous leur avons expédié deux passeports, l'un pour la famille de Jean Duhart et un autre pour la famille de Gracieuse Hiriberrey, et après avoir fait mettre à leur disposition deux voitures commodes pour le transport des vieillards ou infirmes ou de leurs effets, ils partent pour retourner dans leurs foyers au nombre de onze, savoir : Jean Duhart, Marie Gelos, sa femme, François Duhart, Jean Duhart, Catherine Duhart, Gracieuse Hiriberrey, veuve d'Araspé, Marie d'Araspé, Marie S l -Martin et Thérèse S l -Martin qui nous furent adressés à la suite de votre lettre du 23 messidor dernier, et Jean Daraspé et Martin Décola auxquels il fut permis de se retirer dans notre commune et qui y ont résidé en conséquence de votre arrêté du 21 thermidor dernier.
« Nous avons lieu d'être surpris que sur le simple rapport d'une partie mal à propos plaignante, vous vous soyez écartés des principes de fraternité qui doivent unir 1rs autorités constituées, ainsi que tous les citoyens dans un gouvernement républicain. Comment pouviez- vous supposer que la municipalité, qui jouit de quelque réputation de justice et de probité, dont un membre a été honorablement proclamé philanthrope à la tribune de la société populaire, par un représentant du peuple, était capable d'exiger des individus basques le payement do leur transport, ainsi que de leurs effets, loyers, etc., qu'elle exigeait encore qu'ils vendissent leurs effets? Certes ces fortes inculpations no sauraient nous atteindre à deux cents lieues de rayon et nous avons eu assez de rapports ensemble pour pouvoir nous flatter que vous aurez quelque peine à nous avoir écrit la lettre d'hier, nous vous forons quelques observations sur les faits qui ont donné lieu aux plaintes susdites de quelques basques.
« D'abord ils ont toujours cru que la municipalité leur devait la nourriture et le logement sans le travail, ce qui est contraire aux arrêtés des représentants du peuple; nous éprouvions le plus grand embarras pour les subsistances à leur arrivée dans cette commune et nous nous empressâmes de les répartir parmi les citoyens les plus aisés de la commune, qui furent invités de les recevoir et de leur fournir la nourriture et le logement, ainsi que le salaire de leur travail, ce qui fut accepté par les citoyens de la commune, qui s'empressèrent à l'envie d'en avoir la préférence et ce qui fut opiniâtrement refusé par les basqUes qui ne voulurent point se séparer et que nous fumes forcés de logor dans doux maisons différentes.
« Hier, les doux propriétaires de ces maisons ont réclamé fortement et avec instance le prix du loyer; et comme nous voyions que les basques jouissaient d'un traitement que nous jugeons conforme aux principes de générosité d'une grande nation, nous crûmes que nous pouvions regarder cette dotte comme sacrée, et nous nous proposions de vous consulter sur la conduite que nous devions tenir, lorsque nous reçûmes hier la lettre qui fait le sujet de cette disgression. Nous ne devons point vous laisser ignorer que les enfants de la « Duhart » ont été constamment nourris par le citoyen maire, Latour, et Lassus, officiers municipaux, et que Marie Gelos a été entretenue par los citoyens Casenave et Salinis; les autres plus en état de travailler ont gagné leur journée et ont
été nourris et payés par ceux qui les ont employés. Il est aisé de conclure de tous ces faits qu'ils ont été assez bien traités dans notre commune pour mettre la municipalité à l'abri de l'inculpation d'inhumanité.
« Salut et fraternité, signés : Bergeret, maire, Lassus, Paul , officiers municipaux, et Cousté, secrétaire d'office. »
La réponse de la municipalité de Morlàas, identique à celle de plusieurs autres, ne détruit point le reproche du Comité de surveillance de Pau. Tout mauvais cas est niable. Enfin qui pourra compter les internés, tombés victimes de leur cruel exil, et qui ne purent ou ne voulurent pas profiter môme de l'arrêté du représentant du peuple Isoard? Non, nous le répétons, après M. Duvoisin, il n'y a que la désolation des Juifs dans la Chaldée qui soit comparable à celle de nos basques internés ou émigrés. Il y a là pour un poète le sujet d'une émouvante tragédie, qui perpétuerait la mémoire de ces infortunes, parmi les générations à venir.
1° Liste des basques internes à Capbreton
Sare
Pierre Hirigoity, J. Dihitche, Joseph Goyetche, Martin St-Martio, Jean Lapis, Jean Larrea, Jean d'Ithurbure, Jean Hiriart, Dominique Dop, Michel Diturbide, Miguel Daguerre, Jean Etchabe, Augustin Etchebarne, Martin Etcheverry, Tean d'Oyharçabal , Jean Pirouteguy, Betiry Harosteguy, Pierre St-Esteben, Jean Iraçabal, Pierre Ilôuboure, Jean Marikitena, Miguel Goyetche, Dominique Lesca, Pierre Pelegrin, Pierre Lecumberry, Martin Etcheverry,
âge David Lapits,
60 Jean d'Etcheverry,
49 Jean Robidart, 35 Saubat Goyetche, 57 Jean Etcheverry,
50 Jean Mendiboure,
44 Jean d'Etchegaray, 39 Baptiste Goyetche,
66 Miguel Etcheverry, 70 Martin Bidau,
52 Jean Desclaux,
64 Christobal Detchegoin,
64 Miguel Padrous,
67 Miguel Detchavy,
43 J^an Goûtes,
45 Jean Escual, le cadet, 47 Jean Escual, aîné,
60 Jean Haristeguy-
44 Jean llaristeguy, fils, 35 Miguel Etcheverry,
64 Jean Berroit, 32 Pierre Garât, 17 Jean Caininau, ^7
y. Larressore
65 Jean Detcheverry, fils,
80 Martin Detcheverry, père,
[le
Martin Lissalde, père, 68 Dominique Lissalde, fils, 29
Dominioue Darrestoy, 66
Jean d'Ibar, père, 42
Pierre d'Ibar, fils, 13
Martin Hila....ray, (?) 38 Jean-Piorre Elicag-aray, (?) 17
Bernard Hiriart, 50
Jean Hiriart, 64
Jean Hiriart, père, 67
Jean Hiriart, 32
Jean Hiriart, 17
Jean Hiriart, 48
Jean Hiriart, 13
Louhoussoa
Martin Dartayet, 75
Jean Duhalde, 52
G. Duhalde, 14
Cambo
Jean d'Iharon, 58
Martin Dublanc, 61
Jean Dublanc, fils aîné, 36
Jean Duhalde, fils, 14
Jean Duhalde, fils, 11
Jean Duhalde, fils, 13
Jean Dublanc, 28
Marcel Garât, 40
Pascal Dublanc, 16
Martin Dublanc, frère, 12
Pierre Gorritev, père, 62
A. Gorritey, fils, 36
Martin Gorritey, 26
Jean Ardoy (Hardoy), 70
Martin Aràoy, fils, 33
Dominique Sorinel, (?) 52
Martin Crutchet, 74
Jean Dainchiart, 35
Pierre Dargoyet, 70
Pierre Ansuberry, 68
Jean St-Martin, 16
Pierre St-Martin, 12
Dominique Hiriart, 46
Martin Hiriart, fils, 12
Dominique Laxalde, 53
Pierre St-Martin, 53
Pierre Celhay, 59
Martin Duhart, 60
Bernard Harbide, 71
Jean-Baptiste Duvoisin, 41
Mamye
Jean Heguy, 41
Martin Ileguy, 28
Bernard Ileguy, 36
Jean Salaberry, 66
Jean Salaberry, fils, 29
Dominique Sahaspe, 36
Souraïde Jean Dhissetche, (?)
(Delicetche) père, 80
Jean Dhissetche, fils. 38
Louis Houalde (Uhalde), 17
Jean Hossagaray, 76
Pierre Celhay, 40
Jean Aguerre, 16
Men&ionde
Dominique Dartayetche, 34
Ainhoa
Jean Diharce, 62
J. Soubelete, 47 Jean Detchepart (Detchepare) 56
Jean Detchepart, frère, 70
Martin Hirigoyeu, 60
Bernard Diruby, 38
Martin Etchorgo (?) 60
B. J. Doyarçabal, 32
Jean Doyarçabal. frère, 27
Jean Duhalcle, 83
Guilhem Hariague, père, 50
Jean Hariague, fils, 14 Martin Haussoryna (?) père 60
Pierre Haussoryna, fils, 18
Martin Lapits, 29
E. Guruby (?) 44
Sebastien" Arno, 60 Martin Dortazeta (Dartayeta) 60
St-Pée
Martin Detchoyen, 63
Itsassou
Martin Behola, 36
Pierre Haran, 55
Betry d'Etchcgoyen, 60
Jeau Larronde, " 32
M 1 Bildosteguy, 36
Pierre Laxaguy, 68
Jean Betoreguy, 34
Dominique Àmestoy, 45
Pierre Harriaga, Jean Harriaga, fils, Dominique Amestoy, Pierre Cameron, M 1 Peconard, Fabian Maunns (?) Etienne Couliarondo, Jean Lissarrague, père, Jean Lissarrague, fils aîné, Etienne Lissarrague, fils, Martin Jaureguiberry, père, Etienne Jaureguiberry, fils, Betry Hardy (Hardoy f) Jean Belloc, Arnaud Iharur, M 1 Aguerre, Pierre Larrey, Pierre Hiranono(?) Betry Etcbegoyen, Martin Jamay, Betry Etcbegoyen, Pascal Caillaba, Jean Ligero, père, Jean Ligero, fils, Jean Apesteguy, père, Pierre Apesteguy, fils, Jean Arretche, Pierre Itbubide, Miguel Bidegain, Pierre d'Aguerre, pèrr, Pierre d'Aguerre, fils, Pierre Teillaria, Jean Teillaria, frère aîné, Pierre Lissarrague, Jean Apetesguy,
Espelette
Martin Subibaru, Sabiu Benac, Pierre Harguin, Raymond Behola, Jeàn Segura, père,
Jean Segura, fils, 16 Saubat llaty (peut être liai ty) 30
Jean Hatv, frère, 17
Martin Haty, 27
Jean Dione, 60
Salvat Dione, 66
Martin Dibarbebere, 48
Jean Gorritz, chirurgien, 74
Pierre Segure, 60
M 1 Gorostarsou, 40
Jean Salabery, 41
Raymond Hiriart, 32
Jean Berindoague, 30
Martin Gastambiellc, 58
Jeon d' Amestoy, pére, 55 Dominique d'Amestoy, fils, 15
Pierre Bergara, père, 67
Jean Bergara, fils, 45
Jean Bidart, père, 66
Dominique Bidart, fils, 38
Jean Haran, 60
Ascain
Bernard d'Aramboure, 33
Jean Laco, 26
Jean Biscar, 33
Pierre Sougar, 36
Alexis Pagès, 17
Jean Hiribarren, 62 Jean Beguert? (Berhouet) 53
Gabriel Uhorco, 66
Jean Doyhanbehery, 36 Jean Doyhanbehery, père, 66
Pierre Elissalde, père, 34
Jean Mouleon ? 52
Martin Perousteguy, 59
Jean d'Amestoy, 67
Jean Lanqui... ? 54
Jean Diharce, 63
Jean Mayouron ? 38
Jean Caupenne 42
M 1 Hirigoyen, H
« Je soussigné, commissaire nommé par le district de Dax, certifie le présent tableau montant à 227 individus reclus dans la maison de détention de la commune de Capbrutus (Capbreton),
« Capbrutus, le 16 floréal l'an n de la République une et indivisible. Fosskcase, com re ».
2° Zfïste de 162 détenus habitant Ascain avant l'arrostatiou , tirée de nos Archives départementales par l'abbé Gabarra, curé de Capbreton (1).
Marie Larranicndy, Fraoçoise Durruty, Catherine Durruty, Esteben Durruty ,* Marie Larramendy, Marie Durruty, Marg-uerite Durruty, Etienne Delissalde," Marie Delissalde, Jeanne Biau, Laurent Larregain, Jean La r regain, Marie Larregain.
Arnaud Larregain, Françoise Larregain, Marie Biau, Pierre Dolhabarats, Marie Hiribarren, Jean Dolhabarats, Domini Durrutty, Marie Héguy, Marianne Durrutty, ' Marie Durrutty, Jean Diharce, Marie Hirigoyen, Marie Larrrog, Jeanne Lissalde, Jeanne Orticola, Martin Hanibar, Françoise Hanibar, Marthe Bidart, Dominique Oudré, Josephe Hirribarren, Catherine Iriby, Catherine Ordenabia, Saubade Hiriart, Marie Berindoaguc, Marie Biou, Jeanne Luco, Jeanne Berind^ague, Marie Luco, Jeaune Lissalde, Jeanne Lissalde,
mois
Gracieuse Deluc, 56
Julie Goyhenetche, 60
Madelaine Salabcrry, 27
Jeanne Sulaberry, 25
Marie Snlabeny, 23
Julie Darhambourc, 3
Pierre Darhainboure, 7 "»
Jean Larrcguy, 48 a
Catherine Durrusp^, 11
Gracieuse Durruspe, 10
Catherine Larreguy, 53
Jean Mendiboure, * 36
Françoise Mendiboure, 32
Jean Duhart, 40
Marie Jelos, 32
Catherine Duhart, 8
Jean Duhart, 4
Françoise Duhart, 8 "•
Catherine Durruty, 50 a
Marianne Durruty, 47
Catherine Durruty, 45
Saubade Hiriart, 72
Marie Oudicola, 66
Jean Anciberro, 41
Bernard Teillary, 57
Françoise Lissalde, 52
Martin Teillary, 14
Catherine Teillary, 11
Saubat Sourobie,' 48
Gracieuse Etcheverry, 45
Marie-Martine Sourebio, 12
Jeanne Laurent, 61
Jean Berindouague, 29
Jean Berindouague, 59 Marianne Berindouague, 32 Catherine Berindouague, 14 Gracieuse Berindouague, 12
Catherine Dargoas, 50
Marie Dargoas, 48
Pierre Baraciart, 27
Catherine Baratciart, 25
Pierre Darrigaray, 38
Jeanne Mailly, 42
(1) Arck. IL P. L. 3:1, f* 330 et 331. — On complétera ces listes, quand les archives départ, classées et inventoriées permettront de faire de nouvelles recherches. Quant à ceux qui moururent sur la terre étrangère, jamais on n'en saura le nombre.
Jeanne-Marie Labat, 17 Marie Laforcade, 39
Jeanne Benart, 1 1 Catherine Duhart, 9
Gachina Dagorret, 60 Marie Duhart, 7
Gracieuse Luro, 30 Françoise Duhart, 4
Marie Luro, 26 Jeanne Duhart, l*3 m
Françoise Lissalde, 4 Marie Caupenne, 40
Marie Marotcena, 80 Françoise Duhart, 27
Marie Hiriart, 45 Marie Arigalé, 35
Marie Hiriart, 47 Françoise Sanora, 48
Marie Larreguy, 50 Marie Doyhenard, 25
Josephe Etcheberria, 24 Marie Perusqui, 44
Irlande Goyhenetche, l a Vj Gachina Galbacarenca, 45
Margueritte Etcheberry, 63 Martin Larralde, 40
Catherine Etcheberry, 32 Gachina Ehuteguy, 37
Gachina Etcheberry, 25 Michel Larralde, 7
Mathias Garbalena, 40 Dominique Ehuteguy, 36
Marie Dart? 35 Agathe Hiriart, 66
Catherine Garbalena, 12 Izabel Larreguy, 36
Saubat Garbalena, 10 Etiennette Dunatte, 38
Françoise Garbalena, 8 Jeanne Larralde, 27
Rozé Garbalena, 6 Marie Salaberry, 8
Bernard Garbalena, 3 Jean Salaberry, 4
Catherine Mablio, 46 Marie Robivart, 46
Marianne Mablio, 44 Jeanne Guilcour, 28
Gracieuse H iribarren, 70 Catherine Dirunti, 6 ra
Jean Darruspé, 40 Jeanne Sorcë Ticoy, 62
Marie Darruspé, 32 Marie Etchebertz, 70
Martin Dondicola, 15 Marie Sougarretz, 60
Thérèse S r Martine, 28 Marguerite Iraçabal, 29
Marie S r Martine, 24 Jeanne Hiribarren, 60
Marie Heguy, 22 (Catherine Darruspé, 70
Jeanne Duumrche, 48 Marie Hody, 37
Marguerite Dumarche, 50 Magdeleinê Hody, 31
Pierre Capitan, 9 Marie Lissarrague, 60
Michel Capitan, 5 Dominique Borgueils, 88
Marie Salaberry, 38 Catherine Ilarosteguy, 60
Dominique Salaberry, 36 Jeanne Legassa, 43
Jean Duhart, 39 Catherine Boeme, 6
Chants antirévolut ionnaircs
Sarako ihesliarren hantua
Nora zoaste hor gaindi, ardi nahasiak?
Espainiara goazi, doi-doya biziak.
Jauna ahantz bekitzu gùk egin gaizkiak, Gosez hil ez-gaitezen mendian guziak.
ed by Googl
Emazteak ikbaran senharra bilbatzen, (iizonak emaztea orori galdatzeu.
« Zer ogin zare, ania? non da one aita »?
Horra urragarri don haur gaicboon pleinta.
Etcholarrcn heldu-ta t oi ! gure lastima !
Lurrean sartlm zuken nork bore arima; Nihork ez du loihorrik, ez norat arrima ; Zembat baikira bizi, haimbcrtze bitima !
Koko beltzak ez gaitu segur urrikari, Cbiclipaz eskaintzcn di<> franxes gizonari, Eskualdunak bakbarrik domagu janhari; Ongi ogieaz, Jauna, zuk emozu sari.
Gure galgarri luùzen, Martin Dulunia (1), Bizirik jan darokuk bulhar-baragia !
Athor ota iklmsak gure agonia, Hirc baitbara Jaunak sar dezan argia.
Zeruetako Jauna, barkba, barkba guri, Eta guri bezala egizu orori.
Barkhadiozuto zurc oxayeri, Halabor nabi dugu gukVgin guzeri.
Bainan bibur gaitzatzu gure elizara, Ikbus dezagun orok, ikbus gure Sara; Begiz ikbus detzagun, batzuk haurrideak, Zenibaitek burbasoak, ct'orok etcbcak.
Ez bazaitzu komoni inirakulu bori, Indar emozu otboi gure bihotzari ; Zure nabi saindura dadien sumeti, Zure mauamenduak iduk detzan betbi.