‹ Les paroisses du pays basque pendant la période révolutionnaireChapitre 13 sur 21 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Complainte des fugitifs de Sare

« Où courez- vous ainsi, pauvres brebis affolées? Nous allons en Espagne, ayant à poino la vie sauve. Seigneur, que nos fautes tombent dans l'oubli, afin (pie nous ne périssions pas tous de faim, au milieu de ces montagnes.

La femme cberclie en tremblant son mari; le mari réclame de tous les côtés sa femme. Ma mère, qu'étos-vous devenue? où est mon père? C'est le cri déchirant des pauvres enfants.

A peine arrivés à Etcholar (Espagne), ob ! quel est notre sort! Cbacun eût voulu disparaître sous terre. Nul n'a un toit, ni où se retirer; autant nous sommes encore vivants, autant nous sommes de victimes.

([) Curé constitutionnel de Sare : son nom était Duronea; mais les basques l'appelaient Dulunia.

Le noir Castillan, ne nous a point en pitié, c'est le bout du fusil ç u'il présente à la poitrine de l'homme français. Seul, le basque nous offre de la nourriture : « Seigneur, récoin pensez-le du bien qu'il nous fait ».

0 Martin Duronea, toi cause de notre malheur, tu as dévoré la chair vivante de nos poitrines. Approche, regarde notre ag'onie, afin que le Seig neur te pénètre d'un trait de lumière !

Seigneur, roi des Ci'cux, pardon ! pardonnez-nous ! et comme à nous-mêmes, pardonnez à tous ! vous avez pardonné à vos ennemis, nous voulons de môme pardonner aux nôtres.

Mais, ramenez-nous à notre église; que tous nous revoyions notre Sare; que nous revoyions les uns leurs frères et leurs sœurs, les autres leurs parents, tous, nos maisons.

Si ce miracle ne doit pas nous être accordé, nous vous supplions, fortifiez nos cœurs pour qu'ils se soumettent à votre sainte volonté et qu'ils soient fidèles à vos commandements. »

Tels étaient les hommes que l'arrêté de Piuct et de Cavaigriac traitaient « d'infâmes, de scélérats, de monstres, indignes d'être français ». Leurs sentiments chrétiens qui étaient ceux de tous les Basques expliquent la cruelle hostilité des révolutionnaires; ils expliquent aussi les chants satiriques de nos confesseurs de la foi contre les rares prêtres assermentés et les sans-culottes du pays. S'il est vrai de dire que les bons pasteurs font et gardent les bons peuples, il est vrai aussi de dire que les bons fidèles gardent les pasteurs. C'est ce qu'on a vu pendant la Révolution. Puisse cette solidarité réciproque toujours exister dans notre cher pays basque !

Aphez juratuak

Kanta dezagun eta boza altcha gora,

Berxu estranjer batzu detzagun fagora ;

Ez nauzu (derautzut) deklaratzen nor duten autora

A la den bikaria a la erretora.

Zu zaitnt materia, jaun Iharasarri, Nazioneak fidel zaitu zerbitzari; Nola behatzen duzu gure Elizari, Trublatua (?) zabiltza haren gerizari.

liste duzu lehena duzula burua, Kasik goberna ère diozula mundua; llainitz balenta duzu, oi sendimandua, Utzi duzunaz geroz Gur* Aita-Saindua.

Theologian zinon demboraz profesur, Orduan baitzinduen orotarik agur; Suyet handiak ère zuro ziren boldur, Argunientaraz geroz ez baitziron segur.

Lauda oro zintzaket, bazindu mcrozi, Baiuan oxayak daitzu orn galarazi ; Leheo chismatikotan zti zinon borozi, Aita-Saindu maiteari erranik goraintzi.

Murdo lharasarri, Aguerroko apheza, Berthute gabea da orai zuro meza ; Juramentu beltz hori tnrna baziuoza ?

Egundaino bozala zinitake preza.

Zuro baitlian sar zaite et'eman gogora, Gisa bortan zoazila lozoaren ondora ; Aller egiton baita bandik hoyagora !

Imita zazu laster Kamboko èrrotora.

Larrcsoron bikari muziu Gorrity, Hur'ero ibili da goiti ta bohoiti*; Hark bozala egizu zuk oro prudonki, Flakotasun handiaz duzula urriki.

Buru arinokoa baduzu laguna, Azautzako aphoza, Sorhondo-Chalduna ; Zuentzat ilhundu da argizko eguna ; Legean fermu gauden orok dakiguna.

Murdc lharasarri, entzun dut borria, lliriarti duzula huxarazi horria ; Baldin ouhexi balu zuk duzun legia, Baliatu zayokon jaun hari egia.

Ala finki baituzu egina botua, Jaun Soberanoren kontra gogortua !

Damurik izan zare mundura sorthua, i Estol'cta casolaz Jaunak sakratua !

Musiu Marithurri, Semperron errotor, Bortzc bat bezain arin hura-re ororkor.

Erregen Erregea oz da ez ahankor !

Hala gertha balodi oraiuo nonibait hor.

Banuke zertaz harri, Murde Duronoa, Horren maite duzunaz bada ilhumbea !

Itzul zaito gu gana, bar gure fedoa ?

Zure nahi baduzu zoruko bidoa.

Zure bai tan sar zaito zuro lagunckin, Probcak sokhorrituz, zembait barurekin; Mundara sortliu ziucn guti donurokin, Jainkoari baitiozu hainitz damu ogin !

Bitotzez egizu oi nigar marraska !

Dugun Aita-Saindua gogotik besarka Ilari sumeti zaite, joan gabe hasarka !

Pharabisura goazen gusiak galtzarka.

Berxu huntan miatzo naiz murde Larrondori, Nola gogortu zayen Semperen orori, Leyal gareu guziek dezagun sokhorri, Zeren juramentura ez baita erori.

Bera oskapatu da hainitzen artetik, Ardi gaichoa nola oxoen hortzctik, Hazkar dag*o fedcan Jesu-Kristo-gatik, Hortaz da laudagarri ororen gainetik.

Flako miscrablea, non zar'Etcbeberri?

Munduari eragin duzu zembait irri, Zure erretoria nihuu ez ageri, Paperak omen dire urerat erori.

Prêtres assermentés

« Chantons, élevons la voix, faisons des vers nouveaux. Je ne vous dis point qui en est l'auteur, si c'est un vicaire ou un en ré.

Monsieur Iharasarri, vous êtes mon sujet; la nation a en vous un serviteur fidèle. Mais comment regardez- vous l'Eglise, insensé qui voulez marcher hors de sa tutelle?

Vous vous croyez la première tète, capable presque de gouverner lé monde. Que vos sentiments (projets) sont hardis, puisque vous avez abandonne Notre Saint-Père. '

Jadis vous étiez professeur en théologie, vous receviez les hommages de tous; les meilleurs sujets redoutaient d'argumenter contre vous ;

Je vous louerais encore, si vous le méritiez, mais le démon vous a fait tout perdre ; vous parûtes à la tête des schismatiques, après avoir envoyé salut! au pape.

M. Iharassarri, prêtre de Aguerrea, votre messe est sacrilège. Si vous rétractiez cet affreux serment, vous seriez encore estimé comme jamais.

Rentrez en vous même et mettez- vous dans l'esprit que suivant votre voie, vous allez au précipice où l'on gémit inutilement ! Imitez le curé de CambO.

M. Gorrity, vicaire de Larressore, lui aussi, a hésité... Faites prudemment comme lui. Réparez votre grande faiblesse par le repentir.

Vous avez pour compagnon une tète légère, le prêtre d'Azantza Sorhondo-Chaldun. Pour vous, l'éclat de la lumière s'est obscurci. Restons fermes dans la foi que nous connaissons.

îd by Goc

M. Iharrassarri, j'ai appris que vous avez fait évacuer le pays à Hiriart. te'il avait admis la loi que vous suivez, ce Monsieur aurait pu être éclairé de la vérité.

Que vous avez fait vœu avec opiniâtreté, que vous vous êtes endurci contre le souverain Maître ! C'ost pour votre malheur que vous êtes né, que vous avez été revêtu de l'étoleet de la chasuble !

Et vous, Monsieur Marithurry , curé de S l -Péo, aussi léger et faible que les autres, sachez-le, le roi des rois n'est pas oublieux ! Oh ! s'il en était ainsi, passe encore !

Monsieur Duronea, j'aurais à votre sujet, de quoi épouvanter. Aimez-vous donc tant les ténèbres! Tournez-vous vers nous, embrassez notre foi, si vous désirez le chemin du ciel.

Rentrez en vous même avec vos compagnons, secourez les pauvres, faites des jeûnes; venu au monde avec si peu de dons, vous avez de plus beaucoup offensé le Seigneur.

Pleurez et éclatez en gémissements do tout cœur ! Baisons volontairement la main du Saint Père ! Soumettez-vous à lui, sans marcher au hasard ! Allons au Paradis en nous embrassant les uns les autres.

Dans cette strophe je m'adresse à M. Larronde. Comment a-t-il résisté contre tous à S l -Pée?Nous qui sommes fidèles, venons à son secours, parce qu'il n'a pas prêté le serment (civique).

Seul, entre plusieurs, il a échappé, semblable à la brebis, des dents du loup. Il est inébranlable dans la foi de J.-C, c'est pourquoi il est louable au dessus de tout.

Et vous, pauvre et misérable Etchcverry, où êtes-vous ? Vous avez fait rire le monde, votre cure u'arrive pas, les titres sans doute sont tombés dans l'eau. »

Artzain ardi-jaïea dantzari

Eskualdunen harrigarri, Murde Iharasarri, Jainkoaren kontra da jarri, Kontra dio jazarri ; Haren kontra du bihurtu Harek eman dohaina, Ardi jatera ohartu Arthaldeko artzaina.

Utzazu Sinhex nezazu, Ilasi duzuna lana, Ez-baduzu goan nahi Galchagorri gana, Tiratzera buztana.

Ezponda, Amigot non da *?

Ilor deya Domingo, Bizkar'konkor makhurra?

Betiri Gorringo, Eskura zak Okherra ; Egin deza bringo, Iharasarri non da?

Hura ère onda Egiteko arronda Zuekin batéan, Karrika gaiuean.

Jauzi, Katalin ; Jauzi, Pertolin ; Jauzi orok bardin, Galtchagorrirekin.

Le pasteur mangeur de brebis, danseur.

« Iharassari, objet d'étonnement pour les Basques, a pris parti contre Dieu ; il s'est levé contre lui; contre lui, il a retourné les dons qu'il en a reçus; le pasteur s'est avisé de dévorer ses brebis ! Quittez, croyez-moi, l'œuvre que vous avoz entreprise, si vous ne voulez pas aller danser avec Galtza-gorri (le diable) et tirer vigoureusement la queue de ce seigneur-là.

Esponda (1), où est Amigot? où est Domingo, au dos courbé ? Betiri Gorringo, faites gambader Okerra. Où est Ihassarry ! Il est apte aussi à former la ronde avec vous tous sur la rue. Saute Catherine ! saute Pertoline ! sautez tous avec le diable ! »

Cette chanson fut chantée et danséo, à Espelettc, sur un air de saut basque par des jeunes gens. Ceux d'entre eux qui ne se sauvèrent pas en Espagne furent déportés. Les frères et sœurs Gorostarsou, auteurs présumés, et condamnés d'avance à la guillotine, s'enfuirent par une fenêtre pendant qu'on cernait leur maison. M. Jean Gorostarsou, juge de la baronnie du lieu, chez qui la chanson fut saisie, et le maire Duhalde qui n'avait pas empêché ce qu'il ignorait, passèrent par le fil du tranchant révolutionnaire. Ainsit finit le drame commencé en riant (2).

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