S II
Période révolutionnaire
Depuis 1189 jusqu'à la Terreur. — Etait curé de la paroisse, Michel Harismendy, natif de St-Jean-de-Luz ou de Ciboure. Il avait pour vicaire, les abbé Etchevers, Scp 4 ; et Jaurctche, sans compter une dizaine de prêtres habitués, et l'abbé Pagès, aumônier des Ursuliues, tous nés dans la paroisse.
Le curé et les trois vicaires, sommés de prêter le serment constitutionnel, se refusèrent à le prêter purement et simplement. Ils rédigèrent chacun une déclaration, dont voici le texte :
Déclaration de M. Harismendy, curé : « Quoiqu'il y ait des casuistes qui soutiennent qu'il n'y a rien qui regarde le spirituel dans la constitution civile du clergé, il est certain qu'il y en a aussi d'autres, et en plus grand nombre, qui se trouvent d'avis
contraire, tandis qu'il serait d'une grande conséquence pour les uns et pour 1rs autres que le sentiment des premiers put être adopté en sûreté de conscience ; que dois-je donc faire en pareille hypothèse ? Douter nu moins sur la question contestée ! la conscience s'y trouveroit autorisée et suivre dans le doute cette maxime dictée par la prudence : in dubio, tutior pars est éligeuda, quand surtout il est question de la plus importante affaire du chrétien.
« Ma conscience, qui doit être mon premier juge, ne peut donc me permettre, selon les règles de la prudence chétienne, de m'assujétir à la prestation du serment décrété par l'Assemblée nationale le 21 du mois de novembre dernier et sanctionné par le roi le 26 décembre suivant, sans faire une exception formelle des objets qui peuvent dépendre essontiellemont de l'autorité spirituelle.
« Ou les premiers casuistes sout fondés dans leurs sentiments, ou ils ne le sont pas ; dans le premier cas, ceux qui doivent recevoir mon serment devraient être satisfaits de celui que je serais disposé à prêter de très bon cœur avec la susdite exception ; autrement ce serait vouloir me forcer à me persuader qu'il n'entre rien de spirituel dans la constitution civile du clergé, malgré qu'il a été décrété que je suis libre dans mou opinion môme religieuse ; et dans le second cas, on pourrait me reprocher que je me suis refusé à prêter mon serment sur une constitution purement civile. Comment pourrait-on me condamner sur mon refus? mon opinion, dans laquelle je suis libre, étant conforme à celle des casuistes de la seconde classe.
« Telle est la déclaration du soussigné, déposée au greffe de la municipalité de St-Jean- dc-Luz, le vendredi 28 janvier 1791 . Signé : Harismendy, curé. »
Déclaration de l'abbé Sepé, vicaire : « Formule du serment civique que moi, Sepé, vicaire de St-Jean-de-Luz, je suis disposé à prêter pour me conformer au décret de l'assemblée nationale du Ti novembre 1790 ot sanctionné par le roi, le 26 décembre suivant: — Je jure de veiller aveo soin sur les fidèles dont la conduite m'est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir do. tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et sanctionnée par le roi, exceptant formellement les objets, qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. A St-Jeandc-Lnz, le 28 janvier. » Signé : « Sepé, vicaire. » Déclaration de l'abbé Jaurctcbe, vicaire : « Je soussigné vicaire
de St-Jean-de-Luz, déclare que ma conscience ne nie permet point de prêter d'autre serment que celui de veiller avec soin au troupeau qui me sera confié, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par rassemblée nationale et sanctionnée par le roi, dans tout ce qui ne touchera pas à ma religion catholique, apostolique et romaiue, dans laquelle je suis né et veux, avec la grâce de Dieu, vivre et mourir.
« St-Jean-de-Luz, le 28 janvier 1791. » Signé : « Jauretche, vicaire. »
Déclaration de l'abbé Etchevers, vicaire : « L'assemblée nationale ayant déclaré laisser l'entière liberté d'opinion et de conscience, sur laquelle elle a dit n'avoir aucune espèce d'autorité, je déclare ne pouvoir prêter purement et simplement le serment sur la constitution civile du clergé, comme renfermant des choses opposées aux principes de notre religion. Tous les sacrifices de la fortune me coûtent fort peu, lorsqu'il s'agit d'obéir à Dieu et à l'Eglise. Cependaut un de mes premiers devoirs étant de nie montrer citoyen et de donner l'exemple de la soumission à l'autorité civile, après avoir observé que la constitution civile décrétée par l'assemblée nationale pour le clergé, ne doit être qu'une constitution civile (c'est le titre qu'on lui a donné) par conséquent, s'il n'y a rien de spirituel dans cette constitution, toutes les réserves et exceptions devraient être indifférentes. Je déclare vouloir prêter ce serment avec ces réserves et exceptions ».
« Formule du serment a prêter : »
« Je jure de veiller sur les fidèles, qui me sont ou qui me seront confiés, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout mon pouvoir la constitution acceptée et sanctionnée par le roi, exceptant formellement tout ce qui dépend de l'autorité spirituelle; c'est le seul serinent que je trouve d'accord avec mes principes et ma conscience, le seul que je puisse prêter sans blesser l'autorité de l'Eglise et ma soumission à son chef visible le vicaire deJ.-C. —
« Si on n'adopte pas cette forme, je déclare ne pouvoir prêter le serment dimanche prochain, époque fixée par le décret. St-Jean-de- Luz, le 27 janvier 1791. » — Signé : « Etchevers, vicaire. »
Le dimanche 20 janvier 1791, à l'issue de la messe, le maire B. D., médecin, assisté des officiers municipaux, se présenta au chœur de
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l'église pour recevoir le serment prescrit. Les curé et vicaires se refusèrent à prêter le serment pur et simple et procès-verbal fut drossé de leur refus. Le maire demanda si quelqu'un d'entre eux voulait provisoirement remplir les fonctions curiales, après avoir préalablement prêté le serment, l'abbé St-Martin répondit pour tous: « Personne, ici, n'a l'ambition d'être curé. » L'abbé Etchevcrs voulut, par deux fois, monter en chaire pour lire au peuple le serment qu'il voulait prêter avec les restrictions énumérées dans sa déclaration ; le maire le lui défondit comme étant « un acte de fanatisme propre à exalter les têtes faibles. »
Le dimanche suivant, 6 février, l'abbé Bernard Pages, directeur des Ursulines et l'abbé Pierre Fonrouge, natif de St-Jean-Pied-de- Port, prêtèrent le serment pur et simple.
Depuis le 30 janvier, jour de refus des curé et vicaires, la cure était vacante. Néanmoins, ces diurnes ecclésiastiques continuèrent leurs fonctions jusque vers la fin du mois de juin, pans les actes paroissiaux, le curé ajoutait à son nom les qualifications suivantes : « continuant les fonctions curiales, ou fonctionnaire public, ou oucore curé en fonctions ». Il dut rester à son poste jusqu'à l'arrivée de l'évèque constitutionnel et probablement après encore dans la même ville. Mais il est certain que le 23 avril de l'année suivante, après déclaration faite à la Mairie de Ciboure (1), il s'installa dans cette ville, dont la municipalité était moins révolutionnaire que celle de St-Jean-de-Luz. Mais parlons de la visite de Sanadon à St-Jean-de-Luz.
Le 4 mars 1791, M. L., admistrateur départemental, annonça à r M. d'Hiriart, procureur du district d'Ustaritz, l'élection du bénédictin Sanadon. Les Basques, dit-il, seront sûrement satisfaits de ce choix. (Jugez donc !) Le nouvel èvèque est parti ce matin pour se faire sacrer h Orléans. (Sans doute par le malheureux Mgr de Jarente. )
Sanadon fit une ordination, le 18 juin 1791. Voici une lettre de D., maire de St-Jean-de-Luz, relative à cette ordination et adressée à M. le Procureur général. Elle mérite d'être conservée.
« Nous avons reçu l'arrêté du directoire du département, en date du 30 mai relatif à l'ordination que M. l'Evêque fera le samedi 18
(1) Keg. de la mairie de Ciboure (de I7'J0 à 1824).
de ce mois. Nous le ferons afficher à la porte de l'église pour qu'aucun prêtre ne l'ignore ; mais ce sera sûrement sans succès. Nos bons ecclésiastiques sont si fermes sur leurs anciens principes ; ils sont tellement persuadés do l'idée que le nouvel ordre de choses est le renversement total de la morale catholique ; ils disent si haut que les prêtres constitutionnels sont des intrus, des impies, des déserteurs de l'union des fidèles avec la cour de Rome; ils sont en un mot si papistes et si peu dociles aux décrets de l'Assemblée nationale concernant leur état-civil que le seul sujet que nous ayons, qui doive être ordonné, scandalisé de leurs procédés et de leurs propos, veut attendre que le calme et la décence prennent la place du trouble et de la fermention actuelle, pour se décider à s'engager tout-à-fait dans l'Eglise. Ces noms de calotins et de mauvais sujets en écartent aujourd'hui tous los jeunes gens honnêtes, en même temps que la suppression de la dîme, etc., n'en éloigne pas moins les âmes intéressées qui ne sont pas en petit nombre. On n'aura bientôt que le nécessaire des ministres de la religion, et nous aimons à penser qu'elle se fera mieux servir. Nous avons l'honneur, etc. — D... B... H... D..., off. mun. »
Le 23 juin 1791, veille de la fête locale, Sanadon se présentait à St-Jean-de-Luz. Il venait de Bayonne. Le commissaire L...,qui l'avait accompagné jusqu'à cette ville, le reçut dans sa maison. Sanadon avait projeté de célébrer dans cette paroisse les offices de la saint Jean-Baptiste avec toute la pompe pontificale. Mais peu rassuré sur l'accueil que les catholiques basques lui réservaient, il crut prudent de se faire escorter par une compagnie de la garde nationale de Bayonne. Pour justifier ce déplacement de force militaire, L. . . prétexta qu'une visite de la garde nationale de Bayonne à celle de St-Jean-de-Luz aurait pour résultat de resserrer les liens de fraternité, qui devaient exister entre les deux communes.
« La municipalité de St-Jean-de-Luz, dirigé* par D., ne recula pas devant la dépense, trop heureuse, disait-elle plus tard, non sans regret (car le département ne se pressait pas de rembourser les sommes avancées), trop heureuse de témoigner sa vénération au nouvel évêque, qu'où cherchait à rendre plus respectable au peuple par les honneurs qu'on lui prodiguait sur son passage. Cette pompe triomphale, cet appareil politique était chez nous d'autant plus nécessaire que la grande majorité des Basques aveuglés par les prêtres et repoussant la lumière, idolâtrait l'ancienne
discipline ecclésiastique quelle confouduit avec lo dogme et qu'on lui peig-nait comme un schisme. Or, quel moyen plus sûr de disposer lig-norance aux conquêtes de la raison que d'employer sur elle l'innocent stratagème du prestige des sens ? On en a abusé tant de fois pour insinuer l'erreur qu'il était bien permis d'en sanctifier V usage et de le faire servir d'introducteur à la vérité. »
On fit donc largement les choses. Voici la note des dépenses. A. M mo Gabarrus, maîtresse d'hôtel, suivant sou compte, pour les repas fourni pendant le séjour du citoyen évèqueSanadou, à St-Jeande-Luz, ainsi que pour l'entretien de ses chevaux . . . . 484' 9*0 a
A M ,no Gasteluzard, pour la nourriture des gens d'armes nationaux venus à la suite du citoyen évêque,
ainsi que pour l'entretien de leurs chevaux 67 10 0
Pour un feu de joie et des salves à l'honneur du
citoyen évoque 50 18 6
Pour différents frais faits par la garde nationale de Bayonne à St-Jean-de-Luz, soit pour son logement, sa nourriture et les fêtes données à cette occasion . . 1022 12 9
Pour rafraîchissements donnés à la garde nationale de St-Jean-de-Luz qui accompagna le citoyen évêque à St-Pée 100
Somme totale de 1*745 1. 10 sols 12 deniers, que la municipalité de St-Jean-de-Luz réclamait inutilement pour la troisième fois, le 29 mars 1793. Le maire donna l'ordre de sonner les cloches de l'église et du couvent, le jour de l'arrivée du citoyen évêque. Les dames Ursulines s'y refusèrent et voici leur réponse à la municipalité. « Au couvent de Ste-Ursule de St-Jean-de-Luz, le 19 juin 1791.
"Messieurs, nous sommes bien mortifiées de ne pouvoir point répondre à l'ordre que vous nous intimez. M. l'évêque constitutionnel ne peut pas être notre prélat légitime. Par la cloche qu'on sonnerait pour son arrivée, nous donnerions sans doute une adhésion formelle à sa nomination, et nos instructions ne sont pas telles; au surplus, tout ce que nous avons étant à la disposition de la nation, nos cloches y sont sans doute comprises. Quelqu'un, que vous aurez la Txmté de nommer pour les sonner, pourra se présenter à nos portes; elles lui seront ouvertes, il suivra alors vos ordres, pour qu'à l'arrivée de l'évêque constitutionnel, rien ne manque de ce côté. « J'ai l'honneur, etc. » Signé : « Sœur Martin Dassiots, supérieure. »
Le maire leur écrit, le 21 juin 1*701 : « Mesdames, nous avons reçu votre refus formel, exprimé en très bon français, défaire sonner les cloches de votre couvent, à l'arrivée de notre évèque constitutionnel, mais nous sommes fâchés de ne pouvoir accorder à l'infaillibilité de votre opinion sur parole l'admiration que nous cause la correction de votre style et de votre orthographe. On peut selon nous, penser beaucoup mieux, mais il est difficile même aux hommes, môme h d'anciens avocats d'ajouter à la perfection de votre langage.
<f Puisqu'en acceptant la pension décrétée par l'assemblée nationale, vous rejetez hautement le prélat qu'elle vous donne, et refusez d'honorer, son entrée à St-Jean-de-Luz par la musique de vos cloches, nous aurons soin de les faire sonner nous-mêmes. Ce serait en effet conscience d'employer à cette œuvre impie des mains consacrées à faire des chapelets et des Agnus. Recevez, etc. » Signé : « D. d. m. »
La fête du 24 juin fut ridicule. Sanadon venu, dès la veille, trouva l'église déserte. Aucun des prêtres ni de St-Jan-de-Luz, ni de Ciboure, ne se présente. No parlons pas du misérable Fonrouge, qui sans doute dut lui faire les honneurs. Le zèle de la municipalité n'empêcha pas que des désordres n'éclatassent. On lança des pierres contre les maisons occupées par les personnages choisis pour accompagner l'évêque intrus. C'étaient les membres du directoire d'Ustaritz, le procureur syudic, etc. Les vitres de la maison où logeait ce dernier furent brisées. On proféra des menaces contre deux curés constitutionnels. Chansonné et bafoué, Sanadon fut heureux de quitter la ville pour aller à St-Pée, dont le curé assermenté et la municipalité s'apprêtaient à le dédommager des injures de la population Luzienue. Avant son départ, il interdit les curés de St-Jean-de-Luz et de Ciboure et les remplaça le premier par Fonrougc, et le second par un certain Dithurbide (1 ).
Fonrouge entra en fonctions le 29 juin 1791. Sur les registres paroissiaux, il signa d'abord « vicaire desservant » et depuis qu'on
(!) Sanadon n'avait pu nommer que provisoirement les deux curés. Aux termes du décret de la Constitution civile du clergé, les nominations devaient être faites par voie de scrutin, à la pluralité absolue des suffrages. Les curés du district devaient être nommés, le 28 oct 1791, dans l'église d'Ustaritz.
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lui donna, pour aides doux prêtres assermentés, les abbés Dominique Casenave et Pomrnarédc, < curé de St-Jeau-de-Luz. » Les deux curés intrus n'étaient pas sans crainte au milieu de deux populations chrétiennes blessées dans leurs sentiments religieux. C'est pourquoi, les administrateurs du directoire s'empressèrent d'envoyer immédiatement après le départ de Sanadon et de sa suite, cent hommes du ci-devant régiment d'Angoumois, devenu le 80 e régiment. Il fut logé au couvent des Recollets. L'autorité et le prestige des deux curés intrus n'en furent pas | lus raffermis. Dithurbide, ne pouvant plus tenir à Ciboure, ne tarda pas à passer à la euro de Heudaye. Fon rouge, peudant l'absence de son digne collèg-ue, voulut, un jour, faire un enterrement à Ciboure, c'était \e 28 juillet 1791. Faute d'ornements sacerdotaux, de chantre et de fossoyeur, il procéda à la cérémonie funèbre, seul et avec une "badine ou canne à la maiq, au milieu de la risée publique et finalement, il abandonna le cadavre à l'église. Voici les pièces authentiques de cette comédie :
« Aujourd'hui 28 juillet 1791, Nous Pierre Fonrouge, desservant l'église de St-Jean-de-Luz, accompagné des sieurs Dolabarats, François Bascave et Suhare, Bertrand, citoyens de cette ville, avons été à Ciboure avec pouvoir, dans l'absence du fonctionnaire de cette paroisse, pour y faire les cérémonies d'un enterrement, et nous étant introduits dans la sacristie de l'église pour y prendre les ornements accoutumés, nous y avons trouvé le surplis de moins et avons sur le champ député le sacristain du lieu pour en faire la demande à la municipalité. L'un des officiers nommé Malvos, nous ayant fait répondre que c'était à nous de nous les procurer, et que la municipalité ne s'en mêlerait point, ni devait îe faire, nous avons été obligé d'aller faire la levée du corps tel que nous étions, sans les ornements ordinaires, toujours accompagné des personnes ci-dessus, étant entré dans la maison du défunt, nous n'y avons trouvé que deux femmes, dont l'une s'est cachée derrière un lit aussitôt qu'elle nous a aperçu, et l'autre servante de la maison, cherchant à sortir avec un chandelier qu'elle tenait à la main, nous l'avons arrêtée pour lui demander : 1° si le défunt avait reçu les sacrements, elle nous a répondu qu'il était mort sans avoir eu le temps de les recevoir; 2° s'il n'y avait pas un ci-devant vicaire auprès de lui, tandis qu'il agonisait pour en faire les prières accoutumées en pareille circonstance. Elle a répondu que oui ; 3° si ce
prôtro n'avait pas ou le temps de lui administrer le sacrement de l'extrême-onction; à quoi elle a répondu encore que non. Nous lui avons dit ensuite que puisque le temps avait permis que les prières de l'agonie fussent faites, ce sacrement devait avoir été administré puisqu'on administre toujours un agonisant avant de lui faire les prières, la servante a répondu à cela qu'elle n'en savait rien, que le ci-devant vicaire était seul dans la chambre, pendant tout le temps de l'agonie du défunt, puis elle est sortie conseillée par le sacristain, qui craignait peut-être qu'elle nous déclarât la vérité des faits.
« Nous avons ensuite commencé à chanter le psaume De pro- / midis. Surpris de ce que personne ne répondait, nous avons demandé au fils du sacristain présent pourquoi il ne chantait point, il a répondu ne le savoir pas; un instant après, il nous a prouvé le contraire, s'étant mis à chanter. Les porteurs étaient au nombre de six, trois de Ciboure et trois de Saint- Jean-de-Luz. Ce nombre n'ayant pas pu se compléter dans Ciboure même, il est bon de remarquer que lesdits porteurs avaient été invités par le sacristain, par sa propre autorité sans en être chargé par les jmrents du défunt d'être prêt pour les trois heures, afin de ne pas nous faire attendre, mais trois ou quatre d'entre eux ne se sont pas rendus au logis que longtemps après l'heure indiquée. En attendant, à l'église, nous avons été obligé de chanter tout seul le psaume Miserere, point de convoi, une infinité de femmes étaient aux portes et surtout à celle du ci-devant curé, où elles faisaient un bruit effroyable pendant notre marche ; d'autres regardaient et riaient des fenêtres. Etant arrivé dans l'église, nous avons continué le chant seul jusqu'à la fin de la cérémonie, qui a été troublée par le bruit confus de plus de cent enfants, filles et femmes ; la cérémonie terminée, nous sommes rentré dans la sacristie, où nous avons resté plus de demie heure dans l'espérance de voir arriver le fossoyeur pour inhumer le cadavre ; et comme il ne paraissait pas, nous nous sommes retiré avec les sieurs Dolabarats, Bascave et Souhare pour rédiger le présent procès-verbal, que nous certifions sincère et véritable, à St-Jean-de-Luz, les jour et an que ci dessus. » « Fonrouoe, vie. desservant, Dolabarats, fils, Souhar. »
« Nota : Il y a trois semaines, que le fonctionnaire public de Ciboure a demandé aux officiers municipaux les ornements nécessaires pour les offices, ils n'y ont jamais répondu ».
Par suite de ce procès- verbal, les officiers municipaux de Ciboure intimèrent à l'abbé Fonrouge l'ordre de cesser ses fonctions dans leur ville. Voici leur lettre :
« Ciboure le 29 juillet H91. Il nous est revenu, Monsieur, que vous avés fait hier des fonctions curiales, à notre église, sans communiquer à la municipalité, qui vous a donné ce pouvoir ; c'est un procédé un peu trop déplacé de même que celui de faire la levée d'un cadavre avec une badine ou canne sans surplis ni étole. On a été étonné d'apprendre que vous avés fait la demande d'un surplis aux municipaux, vous qui savés. Monsieur, commençant par M. le curé, vicaire et autres prêtres desservants l'église jusqu'aux missels leur appartiennent en propre. En conséquence vous avés porté le jour du petit sacre votre aube ou surplis pour assister à la procession. Vous aurés soin do vous priver de toutes fonctions curiales, jusque nous faire connaître que vous êtes légalemcment authorisé. »
« Nous avons l'honneur, etc. »
« Signé : Les officiers municipaux, de Soubelette, maire,
Malvos, Harismendy. »
La réponse de Fonrouge ne se fit pas attendre : elle est datée du même jour (29 juill.) « En se rendant à Ciboure, dit-il, pour faire un enterremept, il n'était pas blâmable attendu qu'il était autorisé par l'évèque à remplacer le curé Dithurbide en cas d'absence ; qu'il n'existe aucun décret qui oblige un fonctionnaire excelésiastique de se faire connoitre à la municipalité par d'autre voie que l'exercice des fonctions, et que s'il a fait un enterrement tenant une badine à la main et sans les ornements accoutumés, il en instruira ses supérieurs de l'administration civile et leur faira savoir que la municipalité de Ciboure a été cause de ce scandale, et que les ornements doivent être fournis par la nation d'après le nouveau régime existant, il termine par ces quelques lignes : « Soyez donc prévenus, Messieurs, que je continuerai à desservir votre paroisse, quand bon me semblera et que je suis avec le plus profond respect et le très humble serviteur de tout ami de la Constitution. » « Fonrouge, fonctionnaire de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, à St-Jean-de-Luz le 29 juillet 1791. »
Voici la lettre curieuse adressée par les officiers municipaux de St-Jean-de-Luz aux administrateurs composant le directoire départemental pour leur rendre compte du « méfait » :
« Messieurs. Qu'un prêtre, qu'un ci-devant Religieux soit fanatique ou tartufe, c'est un grand malheur sans doute ou plustôt (sic) une vraie qharlatanerie, mais que l'intérêt personnel rende en quelque sorte excusable. Qu'une femme tendre soit encore fanatique et veuille remplacer les vrais plaisirs qu'elle a perdus par des jouissances plus pures, plus délicieuses qu'elle espère; qu'elle renonce solennellement au monde qui quitte (sic) pour s'élancer vers le ciel qui lui tend les bras, et que d'élégante qu'elle fut dans ses jeunes années, elle devienne sur son retour modeste dans sa parure, sombre, triste un peu médisante, en un mot dévote, une seconde Madame Union, c'est toujours la môme faiblesse diversemment modifiée et qui change de costume et d'objet selon la diversité de l'âge, on la souffre, on la plaint et même on la pardonne par un sentiment d'humanité.
« Mais qu'un homme grave, un officiel municipal, un français du xvm e s., qu'on doit supposer surnager aux erreurs du vulgaire et pénétrer les motifs secrets des ministres de la religion, psalmodie ainsi qu'un franciscain réformé, qu'un ecclésiastique chagrin, qu'une femme illuminée coutre les fonctionnaires constitutionnels; qu'oubliant les devoirs de sa place, le maire scrupuleux, ce pieux rebelle ose refuser au représentant de son curé provisoire les ornements sacerdotaux ; craindre de descendre dans l'abyme en assistant à sa messe et le choque par une lettre passionnée écrite dans un style barbare, c'est un grand délit contre la constitution qui ne peut qu'indigner le directoire du département. C'est un procédé qui rappelle le règne de Charles IX et qui sera condamné non seulement par les philosophes , mais encore par les hommes honnêtes.
« Telle est cependant, Messieurs, la conduite repréhensible du maire de Ciboure et de ses confrères. Telle est celle de toute la paroisse, à l'exception seulement de quelques familles sauvées du naufrage par un miracle de la raison. Quel ennemi du bien public a pu sonner chez eux et dans tout le reste du ci-devant pays de Labourd cet esprit de vertige et de révolte ! D'abord les Prêtres, ensuite les prêtres et leurs échos. Ces ministres d'un Dieu de paix et de concorde allumant partout le feu de la guerre, et leur foyer laboratoire est la confession.
« M. Fonrouge est notre curé provisoire, du choix de notre évêque et selon les vœux de nos cœurs. M. Dithurbide est celui de Ciboure, du choix du même évêque, mais non selon le vœu de
cette paroisse. L'un et l'autre sont nos chers, l'un et l'autre méritent que nous prenions lour défense et que nous appuyions auprès du directoire leurs justes réclamations. Il est cruel pour le premier d'être, dans les fonctions qu'il remplit à la place et de l'aveu du second, méconnu par eux-mêmes qui sont à la tête du peuple, par les municipaux. Il est humiliant pour l'autre de ne voir à sa messe déserte d'autres fidèles que les patriotes de St-Jean-de-Luz, qui l'accompagnent au-delà du pont.
« Un pareil scandale doit cesser et, soit que le rétif Ciboure doive l'aller rejoindre à sa mère patrie, à la communauté d'Urrugne, qui, dit-on, le rejette; soit qu'on le force à se joindre à St-Jeande-Luz, dont une haine antique le sépare plus que la rivière, haine comparable à celle qui régnait, autrefois, entre la France et l'Espafrne, soit qu'on l'abandonne à lui-même, il est de la sagesse du département de prendre au plus tôt sur toutes ces divisions politiques et sacrées, un parti définitif et de faire retentir la loi sur des cœurs volontairement fermés à la persuasion.
« Les officiers municipaux de la commune, D... d. m., maire; B.... B..., H...., d'À.... »
« St- Jean-de-Luz, le 2 Août 1791. »
Le directoire du département ne répondit point. Le 13 octobre, Yonrougc, accompagné de quelques citoyens de la ville de St-Jeande-Luz, voulut faire un nouvel enterrement à Ciboure. Troublé, dans ses fonctions par le sieur Harismendy, par une centaine de femmes, hué par tout le peuple, il adressa au Directoire une nouvelle protestation, datée du jour même « du scandale ». Nous nous bornons dans ce moment, disait-il, à la dénonciation du sieur Harismendy, officier municipal, qui nous a insultés et troublés dans nos fonctions par des propos calomnieux et capables de nous faire écraser par la foule. Nous demandons que cette dénonciation ait son effet, et qu'elle n'essuie pas le sort de plusieurs autres, que nous avons faites infructueusement; nous comptons trop sur la justice et le patriotisme de l'accusateur public pour croire le contraire. » Signé : « Fonrouge, fonct. public. Dithurmde, curé provisoire, Jean-François Bascave » (1).
La loi du 20 septembre H92 ayant réuni les actes de l'état civil
(Il Voir le procès-verbal dans la vie de M. Dagucrre, p. 459-GO et Doc. part.
entre les mains de la municipalité, le dernier acte signé de Fonrouge est du 14 novembre 1792; mais il continua encore non sans trouble il est vrai, ses fonctions curiales. Le 19 mars 1*793, dans une réunion du conseil municipal, le citoyen C, maire de la ville, se plaignit du scandale donné par le curé assermenté en refusant d'enterrer la veuve Manescau, qui, au lieu de l'appeler à. son lit de mort, avait reçu les sacrements d'un des prêtres insermentés cachés dans les maisons. En séance publique, il fut arrêté, que la conduite du citoyen Fonrouge serait dénoncée au Directoire du district et à celui du département, eu les priant de prendre les moyens nécessaires pour éviter de pareils refus du curé constitutionnel, refus capable de troubler l'ordre public. Il est à noter, que Fonrouge n'était pas heureux dans les inhumations et que la municipalité Luzienne n'était pas pour les enterrements civils.
Les processions eurent lieu, à St-Jean-de-Luz, da?s la première moitié de l'année 1793. Mais, le 31 mai, dimanche de la Fête-Dieu, des provocations injurieuses s'étant produites, le concours de la troupe fut demandé pour la procession du dimanche de l'Octave.
Le 9 juillet, on descendit la grosse cloche de l'église pour en faire « ce qui serait profitable à la commune conformément à la loi ». Mais avant d'aller plus loin, donnons la liste des vases sacrés et objets de culte en argent et en or enlevés des édifices religieux et envoyés à l'hôtel de la monnaie, à Bayonne.
Eglise paroissiale : Argent blanc : 2 hauts de lampe et leurs chaînes, pesant 9"' 7°; 2 plats et 1 navette avec cuillère, 7 m l°; 1 encensoir avec chaîne, 5 m 4°; 4 plaques, 4 m 1° ; ensemble 26 in 9°. Argent doré ou vermeil ; 2 burettes avec leurs couverts, un bénitirr, le manche du g'oupillon, 1 petite croix sur plaque avec son anse, ensemble 8 m 4°; 1 plat oval en relief, une sonnette 8'" 1°; 1 croix avec son pied, 21 m ; 1 grande croix avec son piédestal composé de 20 grandes pièces, avec christ, etc., 28 m 3°; 6 chandeliers montés sur fer et cuivre, etc., 98 m 5° ; ensemble 191 n ' 2°. Fer, cuivre, plomb, etc., détachés par le citoyen Bombée, orfèvre, il restait en argent blanc, 2G m 2° et en argent doré 118 m 7°; total 145'" 1°, remis, le 24 janvier 1793, à Darripe, fils (1). L'inventaire fait par les commissaires varie un pou. La différence provient de ce que sur la prière de Fonrouge, curé et Bernard Lambert, bedeau,
(ij Arch. dép. Rcv. III Q 7?, Q ?93.
les dits commissaires avaient consenti à laisser une croix d'argent et un encensoir du môme métal.
Couvent des Ursulines : L'inventaire, après avoir donné la liste d'un mobilier dos plus modestes, mentionne : un lampe d'argent avec son chapiteau ; 1 encensoir de même avec sa navette, un calice d'argent, 4 chandeliers argentés, 1 ciboire d'argent, 6 chandeliers de cuivre, 1 lampe de cuivre, 1 grand christ et 4 tableaux dans la chapelle, 1 bénitier, 3 cloches, dont 1 de la chapelle et les autres de l'appel au parloir, 21 chasubles, 15 devants d'autels, 10 surplis et autres nappes de communion, 13 nappes d'autel, 2 coussins, 3 essuie-mains, 7 cordons de ceinture, 4 côtés d'autel brodés, 2 missels, 2 grands tableaux, 2 chandeliers de cuivre, 1 tapis vieux, 1 brouette de jardinier, 2 pioches, 1 râteau, 1 dictionnaire de Richellt en 3 vol., in-f°, 10 tableaux, 1 fauteil,... trois cloches moyennes, plus de 150 bouquins,... »6 tableaux, 1 petit orgue à double soufflet, 2 vieux missels in-f°, etc. (1). On remit, le 15 mars 1792, à Darripe, fils, 47"' 5° d'argenterie provenant de ce monastère, et 18 couverts, 1 grande cuillère à soupe d'argent de l'abbaye de Lahonce (2).
Pendant la Terreur (du 31 mai 1793 jusqu'à la chute de Robespierre, 27 juillet 1794).
Le 9 juillet 1793, on descendit la grosse cloche de l'église, pour . on faire ce qui serait profitable à la commune conformément à la loi. Le 6 octobre de la même année, le citoyen Pierre Fonrouge, curé, fut nommé officier municipal dans la nouvelle municipalité désignée par 1rs représentants du peuple près l'armée des Pyrénées occidentales. Pour en finir avec ce triste personnage, nous dirons qu'il se déprëlrisa, se maria, devint, le 6 décembre 1793, membre de la société révolutionnaire, puis secrétaire, sous-inspecteur des vivres près l'armée des Pyrénées occidentales, 18 janvier 1794, et qu'il se montra terroriste factieux, faisant des motions incendiaires dans les sociétés populaires (3). FMi inclyti qui nutriebantur in croceis, amplexati sunt stercora (I. Thren. 4, 21.
;1) Atch. dép. Pvcv. III Q 71, Q 293.
itîl Ib. III Q 60.
(3) On trouve un Fonrou<re. nommé percepteur du canton de St-Jcan (le-Liu en 181;! et suspendu, le 15 mai 1816. Serait-ce le même personnage ?
Le 1 er brumaire au n (22 oct. 1793), le conseil municipal « considérant que les images de St-Jean-Baptistc, de St-Louis, etc., sont intolérables pour les hommes raisonnables, gui ont abattu la foret des préjugés », décide : 1° l'image de St- Jeau-Baptiste sera reléguée dans l'intérieur de l'église, attendu que sa vue au dehors chaque tous les bons cilo//ens; 2° le manteau royal et la couronne de l'image de St-Louis, seront dégarnis des rieurs de lis et autres marques de royauté. Le citoyen curé Fonrougc vote seul contre cette mesure ».
Le 1 er frimaire an n (22 nov. 1793), le conseil municipal arrùte, que toutes les cloches des églises de Chauvin-Dragon (St-Jcaude-Luz et Ciboure réunis avaient pris ce nom, à cette même date] seront brisées et remises au Directoire du district, que toutes les marques extérieures de religion, qui encore existent, seront renversées, qu'on sonnera la cloche de la mairie, la veille des jours de décade, pour annoncer le repos. A partir de cette date, il n'y eut plus aucun exercice, du moins extérieur, du culte à St-Jean-dc-Luz.
Le 4 frimaire an n , les lettres de sacerdoce des citoyens Fonrougc (1;, ci-devant curé de St-Jcan-de-Luz, et Dithurbide, ci-devant curé de Ilendaye, sont livrées aux flammes en plein conseil.
Le 24 Frimaire an n (15 décembre 1795), le commissaire des guerres Feugères écrit au conseil municipal pour le prévenir que le magasin aux fourrages, placé au ci-devant couvent des Hécollets, ne peut y rester, parce que cette bâtisse sert en même temps de caserne, et pour demander que ledit magasin soit installé daus l'église de St-Jean-de-Luz.
Le conseil, après délibération, trouve que les fourrages seront, en effet, très bien dans ladite église. Le bureau de la comptabilité sera installé à la sacristie, les avoines seront placées dans les galeries, ce magasin sera suffisamment isolé. Il faudra seulement niveler le cimetière, situé autour de l'église, exhumer quelques cadavres et les porter au nouveau cimetière, à Aïze-Errota. Il faudra encore démolir cinq maisons situées autour de l'église, pour mieux isoler ledit magasin.
Le 20 Pluviôse an n (8 février 1794), le citoyen S'-Jean, ci-devant diacre, actuellemet officier municipal, fait briller ses lettres de
II) Fonrougc était de St-Jean-Picd-clc-Port, il avait alors 33 ans.
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cléricature en plein conseil. Le 15 Floréal, an u (4 mai 1794;, le même citoyen offre de porter au chef-lieu du district toute l'argenterie, provenant des ci-dc vantes églises.
Le 6 Messidor, an n (24 juin 1794), la fête de l'Etre Suprême, décrétée par Robespierre, est célébrée avec une grande pompe. Elle eut lieu sur la plage. Plusieurs discours, suivis du chant de l'hymne de la Liberté, furent prononcés.
Sous le Directoire et le Consulat : Le 28 Messidor, an m (16 juillet 1"795), le Directoire du district fait savoir, que d'après la loi du 11 Prairial, an m (30 mai 1795), il y a lieu de faim les exercices du culte dans les églises destinées anciennement au culte. Le conseil répond que les quatre églises de la commune servent, soit de magasins à fourrages, soit d'hôpitaux militaires, qu'on ne connaît aucun emplacement pour l'exercice du culte, tant que durera la guerre avec l'Espagne. Le conseil demande en môme temps, si les ministres d'un culte, qui célèbrent la messe dans les maisons particulières, sont assujetis au serment du 11 Prairial.
Le 23 Fructidor, an m (9 septembre 1795), les citoyens Diego Lascano et Jean Guicharnaud se présentent à la mairie pour déclarer devant la municipalité, qu'ils se proposent d'exercer « le ministère d'un culte counu sous le nom de catholique » et demander acte de leur soumission à la République. — Le 5 Brumaire , an îv (27 décembre 1795), ledit Guicharnaud fait la déclaration suivante: « Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain, et je promets soumission et obéissance aux lois de la République ». Il fut chargé du service paroissial de St-Jean-de-Luz. Le citoyen Diego, qui, le l or Nivôse, an îv (22 décembre 1795), fit la môme déclaration, fut chargé de celui de Ciboure. (La paix avec l'Espagne venait d'être faite.)
Le 6 messidor an iv (24 juin 179G), les tambours des chasseurs basques vont, dès le matin, battre la caisse devant les habitations de leur capitaine, du maire et du citoyen Harrict, procureur de la commune. Ce dernier requiert l'administration de faire défendre « cette batterie faite en l'honneur de St Jean, ce qui est, disait-il, diamétralement opposé au vœu de la loi, tout signe ou manifestation de fête chrétienne et du culte étant défendu par la loi du 3 ventôse an ni (21 février 1795. >; — Le G vendémiaire an vi (28 septembre 1797), le citoyen Guicharnaud déclare, que ses infirmités le rendent impropre aux fonctions du ministère du culte
catholique, qu'il rentre dans la classe des simples citoyens et qu'il respectera, comme par le passé, les lois de la République. La plupart des prêtres émigrés, et avec eux, nous aimons à le croire, l'abbé Harismendy, curé de St-Jean-de-Luz, étaient rentrés. En effet, le 8 nivôse an ix (29 décembre 1800), la municipalité Luzienne écrivit au sous-préfet de Bayonne pour l'informer que l'ancien curé Harismendy et sept autres prêtres, Salaberry, Jeoffroy ou Jauffroy, Jauretcbe, Deyheralde, Grangent, Etcbcverry et Robin, exerçaient leurs fonctions et prêchaient 1 obéissauce aux lois. Ces ecclésiastiques, comme leurs collègues, firent acte de soumission à la constitution de l'an vm, entre les mains du maire de St-Esprit. — Le 14 floréal an ix, François Darretche, prêtre déporté, déclara se soumettre à la constitution de l'an vm. — Le 21 prairial an îx (3 mai 1801), le curé de St-Jean-de-Luz voulut faire une procession au dehors; on le lui défendit sous prétexte que les cérémonies du culte devaient se faire dans l'intérieur des églises. Enfin, le Concordat proclama la liberté des cultes et les processions purent sortir. Toutefois, la première, pour la Fête-Dieu (1), n'eut lieu que le 6 janvier 1804. La troupe escorta le Saint-Sacrement.
Émigrés. Le nombre en fut considérable. Citons : les abbés Jcoiffroi ou Jauffroy (octobre 1193], Robin, Jean-B tc Décourret, cx-recollet (juillet 1894), le P. Clément, ex-recollet, l'abbé Berho, Gabriel Gaston, éludiant et professeur d'humanités, âgé de 19 ans [1 mars 1798;, Barat, officier de santé, Antoine Campos (en octobre 1798), les abbés lia mon de, St-Martin, Peyré ou Périer, Sébastien Grangent, âgé de 18 ans 1/2, parent sans doute de l'abbé Léonard Grangent. A peine âgé de 18 ans 1/2, il était capitaine au 1 er bataillon de la 5° demi-brigade d'infanterie, aux avant-postes d'Urrugne. Il fut accusé : 1° d'avoir lu plusieurs volontaires une
(I) Procession faite le jour de l'Epiphanie, en faveur des marins partant pour Terre-Neuve ou la pêche. Cette procession, bien que les mêmes raisons ne subsistent plus, a lieu encore de nos jours. Il en est de même de la procession faite à Ciboure, le jour de la féte locale de liichincho ou de St-Vincent, diacre, le 22 janvier. — A St-Jean-de-Luz, on fait encore une procession dans la ville, le jour do St Fabien et St Sébastien. Cette féte était fériée jusqu'à la Révolution, en Soûle et dans le diocèse de Bayonne. Mais la p.oeessiou se faisait, a Bayonne et dans quelques paroisses voisines, par suite d'un vœu fait par les Bayonnais, à, l'occasion do la peste qui affligea cette ville et les alentours, en lôlt). C'est bien de ce fléau que Mgr Bertrand de Lahet, évéque de Bayonne, mourut, à Bassussarri, dans sa maison de campagne appelée Monyni, le 5 août lôl'J.
lettre do St-Sinion engageant à la désertion; 2° d'avoir négligé pcndnut plusieurs jours, de donner lecture d'une lettre des représentants du peuple tendant à éclairer les volontaires sur < les faux prineipes de la lettre de St-Simon » ; 3° d'avoir répondit à un chant patriotique chanté par Jean Meunier et commençant par ces mots : « O pauvre peuple, quand tu avais un roi, tu manquais de tout sur la terre par ces autres : « Sans monarque et sans roi, il n'est plus de bien sur la terre. » Condamné à mort, le 13 ventôse 1794, par la commission de Bayonne, il fut exécuté le 25 du même mois .'11.
Marie Pages, née à St-Jean-de-Luz, sans profession, et Agée de 60 ans fut condamnée, le 21 germinal (10 avril 1794), par la commission militaire séante, à Bordeaux, à être détenue jusqu'à la paix (2). Claret, maire de St-Jean-de-Luz, de la maison actuelle des filles de la croix, sans doute de la maison de Claretbaita d'Urrugne, émigra en Espagne où sa postérité existe encore, à Madrid.
La guillotine : Le 2 novembre 1793, un membre de la société révolutionnaire de Saint-Jean-de-Luz monta à la tribune, pour demander à la société qu'une souscription volontaire fut ouverte pour faire venir une guillotine, « qui sera l'effroi des traîtres et des conspirateurs. » La motion fut adoptée et la souscription ouverte. La guillotine arriva. On la plaça au milieu de la place de la Liberté, aujourd'hui de Louis XIV, entre la maison de ce nom et celle de Clairette, converties en maisons de détention. Les malheureuses victimes n'avaient que quelques pas à faire pour monter à l'échafaud. L'horrible instrument était supporté par trois ou quatre pierres de taille ou tronçons de colonnes portant, chacune une inscription. Le reste était eu fer et en charpente. Ces pierres portées un jour dans l'ancienne propriété Rivet, aujourd'hui de M'" 8 Delporte (orphelinat agricole ou Bethanic de Ciboure) furent brisées et emmurées dans une clôture de cet établissement. On en voit encore quelques morceaux avec ces fragments d'inscription : FA LA TRRR H ESSES TYRANNIE. Les anciens du pays, que nous avons interrogés, nous ont appris qu'il y avait quatre inscriptions et nous ont donné ces trois : « L'union fait la force; mort au tyran; source de nos richesses... » Faut-il lire les fragments que nous
(I) Voir ltc£. Du voisin, N. fi, p. 2?fi
(?) Congrès scientif. de France à Pau, t. II, p. 476.
venons de donner, ainsi : « La terreur » source de nos « richesses » mort à la « tyrannie », l'union « fait » la force? On le saura, quand on découvrira les pierres emmurées.
La partie supérieure de la guillotine, gardée longtemps au grenier de la mairie de St-Jean-de-Luz, fut vendue par une ancienne concierge. Monsieur Webster, le tenant de M. Vincent Barjonnet, ancien maire de Saint-Jean-de-Luz dit , que « les archives de l'époque , qui existaient daus la mairie de cette ville ont été détruites » (1). En effet, elles ne s'y trouvent plus. On nous a affirmé que la môme personne qui vendit la partie charpente de la guillotine, les vendit aussi. Si elles ne sont que vendues, on pourra les découvrir peut-être un jour. Alors on connaîtra le nombre et les noms des malheureuses victimes. Elles furent nombreuses, parce que les basques, qui franchissaient la frontière, étaient traités en espions et guillotinés. Madeleine Larralde fut de ceux-là. M. l'abbé Celhay de Cambo, mort aumônier militaire, disait que son grand père avait été guillotiné à St-Jean-de-Luz. On nous a dit qu'une religieuse eut le môme sort que ce dernier, et qu'une des dernières victimes, fut une fille de Sare, bonne de Madame Malvos, grand-mère de M l,e Gracy Goyeneche de St-Jean-dc-Luz. La maison Malvos fut un des lieux de refuge des prêtres fidèles et des confesseurs de la foi.
En 1790, le canton de St-Jean-de-Luz dépendant du district d'Ustaritz comprenait les communes de Bidart, Ciboure, Gucthnry, et St-Jean-de-Luz.
Extraits de quelques délibérations de la municipalité, de la Société révolutionnaire de St-Jean-de-Luz (2).
31 octobre 1790. Plusieurs habitants n'ayant point répondu à l'appel qui, selon le décret de l'assemblée nationale du 27 mars 1790, leur a été lait de verser une contribution patriotique, ceux qui ont plus de 400 1. de rente sont taxés d'office. Ils sont au nombre de 36 : 30 sont taxés à 100 1., les autres à 200, 300, 400, un seul à 2,000, c'était M. L... (L'assemblée nationale avait décidé qu'une
(I) Sur quelques inscriptions du pays basque, p. li.
\~2\ Ces extraits sont tirés dos notes que nous devons à l'obligeance de M. Lecomtc, commandant do génie en retraite et adjoint au maire de St-Jean-de-Luz, vers 1880, qui les avait prises sur les délibérations municipales.
contribution extraordinaire et patriotique serait demandée à tous les habitants du royaume, elle avait été fixée au 1/4 du revenu do chaque citoyen, plus 2 1/2 p. 0/n de l'argenterie et 2 1/2 p. O 'o do l'argent monnayé qu'il avait eu réserve. On s'en rapportait aux sentiments d'honneur de la nation et on ne devait faire ni recherche ni inquisition.)
10 juillet 1791. A. P., procureur de la commune est nommé juge de paix par les citoyens actifs, avec 4 prudhominos assesseurs : les citoyens actifs étaient ceux admis dans les assemblées primaires, français et domiciliés dans la commune, depuis un an, vivant de leur travail, mais non domestiques.
23 octobre 1791. L'hospitalière de l'hôpital, n'ayant pas voulu prêter le serment constitutionnel, est remplacée par C. M..., qui prêta.
28 oct. 1792. Le conseil général de la commune retire les armes aux citoyens, qui, depuis l'ouverture des Etats généraux, ont manifesté une opinion contraire à la dévolution, en ne se présentant pas devant les citoyens commissaires et n'abjurant pas les erreurs chimériques d'une contre-révolution promise par des princes imbècih'H ci despotes couronnés.
Même jour. FOte patriotique et solennelle pour le succès des armes et la proclamation de la République.
9 déc. 1792. Le citoyen C. est nommé maire, avec 5 officiers municipaux, 1 procureur et 12 notables. Les émigrés sont désormais escortés jusqu'à la frontière espagnole (lj.
30 avril 1793. La grande cloche fendue de l'église sera descendue pour en faire ce qui sera de plus profitable à la nommune, conformément à la loi : le peuple sera averti par la cloche de la maison commune pour les assemblées municipales.
7 juillet 1793. Le conseil général de la commune demande le maintien du citoyen Isabeau, représentant du peuple, près l'armée des Pyrénées occidentales, et du citoyen Dubreton, commissaire ordinaire de guerre. Nous avons lu deux lettres curieuses du maire de St-Jean-de-Luz adressées à ce sujet à son ami Isabeau, mais trop longues pour être insérées ici.
13 avril 1793. Par suite du stationnement de ladite armée, le blé étant sur le point de manquer, on ordonna des visites domiciliaires
(1) Eu 1 7'J2, la commune de Saint-Jean-dc-Luz avait une dette de 76,31 1 1. 03, plus une somme de 10,550 l. 1? s. pour intérêts et arrérages.
chez les propriétaires fermiers et métayers, les prévenant qu'où leur achètera leurs blés.
22 septembre 1793. Le Conseil général de la commune arrête qu'on fera une adresse h la Convention nationale, pour l'invitrr à persévérer dans ses fonctions et à rester, à son poste, tant que la patrie sera en danger. — Par suite des mouvements militaires, qui ont lieu sur la place de la Liberté , le lieu du marché est transféré à la rue dite TapiUautenea.
6 octobre 1793. Les représentants du peuple prés l'armée des Pyrénées occid., sur les plaintes sans nombre, qui leur ont été portées par la Société populaire deSt-Jean-de-Luz, contre la municipalité de ladite commune et celle de Ciboure, dont l'incivisme et les principes ont éclaté dans toutes les occasions;
Considérant que, depuis l'époque de leur création et notamment depuis l'approche de l'ennemi, les dites municipalités ont manifesté les principes et les opinions les plus inciviques, que l'aristocratie et le fanatisme semblent avoir pris leur refuge au milieu d'elles..., que parmi tous ces hommes dangereux, se distinguent d'une manière remarquable les deux maires....
Considérant que la municipalité de St-Jean-de-Luz en faisant tout récemment une adresse à la Convention pour l'engager à rester à son poste, a fait un acte d'hypocrisie... , que le bien de la chose publique... la nécessité de la surveillance, la proximité des deux communes de St-Jean-de-Luz et de Ciboure, demandent que ces deux communes soient réunies et réglées par une seule et môme municipalité....
Considérant que si l'intérêt public exige impérieusement que toutes les autorités constituées soient propres et pures (sic).., celui des citoyens pris isolément exige que la justice de paix établie pour faire régner la concorde... soit confiée à des mains honnêtes..., Considérant que les citoyens D., cadet, juge de paix de St-Jcande-Luz, et D. juge de paix de la section de Bidart, tous les deux du même canton, sont indignes des augustes fonctions qui leur sont confiées... Considérant que la division de St-Jean-de-Luz en deux sections n'offre aucun avantage aux citoyens .. et qu'il est plus utile de réunir ces deux sections et de n'établir qu'un seul juge de paix dans le canton... Considérant que le citoyen D.-L., directeur de la poste établie à St-Jean-de-Luz, est dénoncé comme un aristocrate, qu'il est fortement soupçonné d'avoir des intelli-
goncos commerciales avec l'Espagne.... Arrêtent : Art. 1 er . Les municipalités et conseils généraux des communes de St-Jean-dc- L,uz et de Cibouro sont cassées. — Art. 2. Los dites communes sont et demeurent réunies sous le nom de commune de St-Jean-de-Luz ; elles n'auront qu'une seule administration municipale. — Art. 3. La municipalité et le conseil général des deux communes réunies en une seule, seront composés comme suit: N... N... »
Les quatre articles suivants portent réunion des doux justices de paix en une seule, la révocation des titulaires, y compris le directeur des postes, la nomination de leurs remplaçants. L'art. 9 dit : « Les citoyens destitués par le présent arrêté, sont déclarés incapables d'exercer aucune fonction militaire et si, au mépris du présent arrêté, l'aristocratie parvenait à leur confier quelques places dans la réorganisation prochaine de. la garde nationale... les représentants du peuple invitent les bous citoyens à leur dénoncer ces nominations.... »
« A Bolchelnea, le 6 oct. 1793, l'an 2° de la rép. française une et indivisible. » Signé : « J. Pinet, ainé, J. 13. Monestier(duP. deD.) »
Le lendemain un arrêté des mêmes, daté de Bayonne, nomme les assesseurs du juge de paix, N. N... A la même date, N.. N.... sont nommés membres du comité de surveillance. Chaque membre doit recevoir 3 1. pour chaque jour qu'il assistera aux séances du comité.
Le même jour, 6 octobre, les représentants du peuple Pinet et Monesticr se présentèrent à la maison commune, où une affluence considérable « heureuse d'être délivrée du joug- oppresseur qui l'écrasait », les attendait. Le premier donna lecture de l'arrêté de ce jour; le deuxième fit un discours sur la conduite des anciens municipaux. Après que ceux-ci eurent déposés leurs écharpes, les représentants du peuple, suivis des nouveaux magistrats allèrent à la place de la Liberté. Le serinent fut prêté aux pieds de l'arbre de la Liberté ; après quoi, les représentants du peuple donnèrent l'accolade fraternelle aux nouveaux élus. La fête se termina par l'hymne chantée au milieu des cris de : Vive la république! ! Vive la montagne ! ! Vivent les représentants 1 !
10 Octobre. La nouvelle municipalité baptisée et confirmée par l'accolade de Pinet et de Monestier, aux pieds de l'arbre de la liberté, se mot immédiatement à l'œuvre : ce sont les maisons d'arrêt dos militaires, de poste aux lettres à changer d'cmplace-
ment; la ville a éclairer do 9 réverbères, dont 3 à Ciboure; 1500 1. à demander à l'Etat pour les besoins de la commune et des pauvres (on ne dit pas qu'on ait reçu la somme) ; des marins sans travail à placer dans les vaisseaux de l'Etat; la garde nationale à organiser en rejettant les hommes connus pour incivisme, girondisme et modérantisme etc. — Tous les citoyens sont invités à se munir de certificat de civisme pour ne pas être suspects.
11 Octobre. Au lieu d'un seul agent de police pour les deux communes réunies, on en établit trois. Un boulanger, pour avoir fait du pain de froment pur, est condamné à 10 liv. d'amende et à la .confiscation de ses pains. On ue mangeait que du pain fait, moitié de seigle, moitié de blé. — La propriété Darretchenea appartenant aux Campos, « ennemis enragés de la révolution » est mise sous séquestre; — les jeunes gens {non mariés ou veufs sans enfants) de 18 h 35 ans doivent faire partie de l'armée. — Une taxe est mise sur tous les objets de consommation. Les vendeurs ne venant plus au marché, ceux qui désormais ne viendront pas seront tenus pour suspects ; — il en sera de môme des marchands, qui veulent fermer à cause de la taxe du maximum; — les biens de tous les citoyens absents, qui n'ont pas envoyé leur certificat de résidence, seront confisqués.
22 Octobre. Ouverture d'une école primaire, sous la direction de la citoyenne D.
30 Octobre. Le conseil arrête que les magasins et boutiques seront ouvertes, excepté les jours de décade.
Novembre. Tous les citoyens, qui ont obtenu des certificats de civisme, sont invités à porter le bonnet rouge de la liberté ; et il est défendu de se « décorer » de cette marque à ceux qui n'ont pas obtenu ledit certificat. — Les membres des anciennes municipalités sont emprisonnés jusqu'à ce qu'ils rendent leurs comptes.
2 Novembre. Un membre monte à la tribune pour demander à la société d'accueillir une motion tendant à établir une souscription volontaire pour faire venir une guillotine , qui sera l'effroi des traîtres et des conspirateurs. La motion est adoptée et la souscription ouverte.
10 Novembre. Vente des biens des émigrés. — Chaque cordonnier, ouvrier ou patron, fournira cinq paires de souliers par décade pour les besoins de l'armée des Pyrénées-Occidentales. Ils sont exempts du service de garde national.
i 19 Novembre. Sonnent delà Société révolutionnaire : « Je jure d'tHre fidèle à la République, do mourir à mon poste mille fois plutôt que do l'abandonner, do garder le secret le plus inviolable sur les affaires délibérées en secret; la plus grande rigueur dans l'émission dos suffrages et la plus grande impartialité, sans égard ni aiguillon d'envie ni de vengeance. » La Société se composait de 20 membres, partagés en deux comités : 1° Comité de surveillance et d'économie; 2° Comité de correspondance, d'instruction, et d'information. Tout membre qui, résidant à Saint-Jcan-de-Luz, manque quatre fois d'assister aux réunions, doit être exclu de la Société. — Un membre demande que ceux qui ont plus de G chemises donnent le surplus à « nos frères » d'armes. On propose de changer le nom de St-Jean-de-Luz en celui de Chauvin- Dragon, en souvenir de Chauvin, qui a péri glorieusement pour la défense de la liberté.
20 Novembre. Après le chant de l'hymne de la liberté, on donne lecture de l'excellente feuille du Père Duc/tène... très applaudie. — Un citoyen demande, que le général, ou qui de droit, soit invité à changer la consigne dos sentinelles, qu'elles ne portent pas à tout moment les armes à des êpauletiers. Quelques-uns veulent qu'on s'adresse à la Convention pour abolir cette cérémonie. Un citoyen objecte, que pour le bon Dieu — comme on ne craint pas
de se brouiller avec lui — on a changé la consigne Le même
ajoute que dans une ville on pont négliger cotte formalité, mais dans les camps, il est nécessaire qu'il y ait de la déférence pour les chefs. Du reste, cette mesure devrait être étendue à toute la République, et il faudrait pour cela s'adresser au Comité de la guerre de la Convention. Adopté — Un membre est appelé à l'ordre pour n'avoir pas tutoyé le président. — On s'occupe aussi du code pénal militaire, qui doit être lu aux soldats.
21 Novembre. St-Jean-de-Luz prend le nom de Chauvin-Dragon. Toutes les cloches des deux communes réunies seront brisées pour être remises au Directoire du district ou à la monnaie. La décision est prise sur la proposition de la Société populaire. — Toutes les marques extérieuses de religion qui existent encore, seront renversées ou détruites. — La Société s'occupe du mauvais état de l'hôpital, de la prison, des rues du Pont. — Le lendemain une souscription est ouverte dans le sein du Comité pour fournir du vin et de l'eau-de-vie aux troupes, qui travaillent aux redoutes.
24 novembre. Délibération invitant les représentants du peuple à faire effectuer, dans le délai le plus court possible, l'évacuation de la commune de Sare. Nous avons donné cette délibération à l'article de l'internat de Sare (1).. Signalons, sans le nommer, .P. S., d'Aseain, agent du terrorisme, adjoint aux commissaires qui internèrent et dépouillèrent les Basques. Ce lâche dénonciateur est celui qui employa le plus de rigueur contre ses compatriotes. Le même jour, Monestier remit au conseil les lettres de prêtrise des citoyens Fonrouge et Dithurbide, lettres brûlées en plein conseil. — Un membre se plaint de quelques soldats désertant les drapeaux de la République, pour se jeter dans le despotisme espagnol. Dans son discours, il compare \es coquins qui désertent et les bons rouges qui vont rejoindre le drapeau. Un autre, tout en appuyant la motion du préopinant, soutient qu'une partie des déserteurs sont coupables d'ignorance; qu'on lise le code de justice militaire dans tous les corps l'armée ! — On demande que les généraux prennent des mesures pour empêcher les désertions. Un autre réclame des mesures pour prohiber et empêcher les duels, vu la différence de l'ancien régime qui rendait la vie « lourde », et le nouveau régime qui la rend glorieuse. Un 3° demande à cet effet, non des mesures coercitives, mais de celles qui élèvent l'âme et rectifient le sentiment. Il ajoute que ce sont là de vrais héros sachant ajourner les disputes particulière pour brûler les entraves générales.
23 novembre. La société révolutionnaire de Bayonne écrit à celle de Chauvin-Dragon, l'invitant à proscrire de son sein les épaulettes d'or et d'argent comme des objets de luxe. On étend la mesure à tous les galons et broderies; on demande qu'on y joigne les croix et tout « ornement métallique »... Adopté. On demande que les épées des officiers de santé soient considérées comme inutiles... Séance orageuse... On arrête que nul individu, portant des épaulettes d'or et d'argent, ne sera reçu dans la Société.
27 novembre. On accorde un secours de 12 liv. par mois, pendant un an, au jeune J. I., âgé de 14 ans : ces 12 1. sont prises sur le séquestre de Sonbelete; un autre de 500 1. à une femme pauvre, dont Je mari est aux avant-postes ; cette somme est prise sur les biens de Claret. — Le général Frégevel (?) demande 50 hommes avec pelles et pioches pour travailler aux retranchements du camp
(I) Voir les Etudes, n° d'Août, 1894, p. 379.
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des Sans-culottes et 150 bouviers pour le transport des planches des ^arraques da dit camp. — E. B., mornbre du conseil, est désigné pour aller au loin chercher des bestiaux pour approvisionnement de la ville. Il va dans le Gers. — Les certificats de civisme sont refusés aux membres des anciennes municipalités, qui ont été destitués. Le citoyen Barat ayant émigré en Espagne, ses biens sont confisqués ; item, ceux de Teillary, curé de Sare, et de son frère/ curé d'Urrugne, émigrés.
l or Décembre. On demande que les denrées soient taxées au camp. — Un membre demande qu'on tienne la main à ce que le jour de dimanche ne soit plus fété, mais bien celui de décadi.
1 Décembre. On adopte un règlement pour la société : Les orateurs devront parler debout et à découvert, pour qu'on les reconnaisse. — On discute pour savoir, s'il faut publier les noms des pauvres secourus. Une citoyenue demande qu'on établisse un atelier de citoyennes pour racommoder les effets des volontaires. On demande que les citoyens ayant plus de 3.000 1. de rente soient imposés pour le soulagement des malheureux.
8 Décembre. Le citoyen Mouestier expose les dangers, qui résulteraient, dans le cas où les sociétés populaires voudraient exercer la souveraineté. Les assemblées primaires, dit-il, représentent « une partie du souverain >>. Le peuple réuni dans les assemblées primaires est le souverain, quand la moitié plus un est d'un avis universel. Il expose les dangers, qu'une société sans responsabilité peut faire courir au Salut public, les aristocrates profitant de tout pour nuire a la république, et finir après avoir fait le mal.
11 Décembre. On demande que les basques, qui franchissent la frontière, soient traités en espions et guillotinés. (Combien n'y en eut-il pas d'arrêtés et d'exécutés par suite de cette mesure, qui fut adoptée !)
12 Décembre. On demande que la société révolutionnaire s'abonne au Moniteur et au Père IJuchêne. (Deux lettres adressées par D. au représentant du peuple Isabeau, nous appreunent que ces journaux n'étaient guère lus, à St-Jean-de-Luz, que par les membres des sociétés révolutionnaires.
13 Décembre. On fait l'épuration de la société : une commission de 15 membres, épurée elle-même, est chargée de la tâche.
14 Décembre. Par suite de l'affaire de la veille, 12 soldats, dont 4 gravement blessés sont placés à l'hôpital. — L'église de St-Jean-
de-Luz est désignée pour servir de magasin aux fourrages. — On ne chante plus de cantiques dans les écoles publiques. — L'adjudant général Granjean fait installer, le long de la cote, des signaux de 40 pieds de haut et une baraque au pied : unàRomandy(?); un autre en haut de Bidart, près la poste aux chevaux (1).
16 Décembre. Un membre demande que la maison Claret soit désignée pour le siège de la société. On nomme à cet effet des commissaires. D. et A. feront des discours le jour de la décade; le premier parlera en basque, le deuxième en français.
1*7 Décembre. On continue l'épuration de la société. Un membre lit une lettre annonçant la défaite des espagnols, du côté de St-Jean- Pied-de-Port , après leur avoir pris les avant-postes et brûlé jusqu'aux redoutes.
20 Décembre. D. raconte ce qui s'est passé, à Orrogue (Urrugne), à l'occasion de la plantation de l'arbre de la liberté et la fête de décadi. Brule-gueule a parlé, dit-il, avec son énergie ordinaire. Le juge-de-paix a fait un discours en langue basque, sur les bienfaits de la révolution en général, et L... un autre, en français; D. a fait l'apologie des bienfaits de la Convention, l'origine des cultes (?) et leur absurdité.
23 Décembre. On tiendra la séance au centre de la ville. — On demande que le drapeau tricolore ne soit placé aux fenêtres que les jours de décadi.
25 Décembre. La séance a lieu dans la maison D., où on trouve des papiers contre-révolutionnaires, qui sont brûlés. — On demande que les payeurs de l'armée ne fassent aucun paiement aux fonctionnaires non muuis de certificat de civisme; cette mesure est prise contre plusieurs chirurgiens.
26 Décembre. Le citoyen Fcugères lit une lettre du ministre de la guerre annonçant que rien n'est négligé pour couvrir et chausser les défenseurs de la patrie et les mettre à l'abri des rigueurs de la saison. (Applaudissements.) — On annonce la prise de Toulon. - L'hôpital doit être pouvu de provisions avant les particuliers.
31 Décembre. La commune est autorisée à prendre du maïs dans les maisons des émigrés et des sujets du tyran d'Espagne. Les froments, trouvés dans les mêmes maisons, seront portés dans les magasins de la République pour l'approvisionnement de l'armée.
(1) On en plaça aussi à ttordegnin (Ciboure).
— Les représentants du peuple demandent un état des citoyens suspects avec le montant de leur fortune et un autre état des citoyens indigents. (Heudaye, Biriatou, Subernoa et Urrugnc étaient envahis par les espagnols).
L'échelle progressive des fortunes commencera par celles qui surpassent mille livres de revenus, à moins d'une nombreuse famille. — On demande que la municipalité fasse imprimer en langue basque et aux frais des riches égoïstes, les déclarations des Droits de l'homme.
18 Janvier. La municipalité de Chauvin-Dragon avait bien mérité, sinon du pays, du moins «le la gratitude des représentants du peuple Pinet et consorts. Voici le satisfecit qui lui est octroyé, le 18 janvier 1794 :
« Au nom de la République, etc., les représentants du peuple. . . Vu la loi du 14 frimaire (4 décembre ), qui ordonne que toutes les autorités constituées seront épurées par les représentants du peuple. . . Considérant qu'il est des autorités constituées, qui depuis le premier moment de leurs fonctions, n'ont cessé de donner des preuves du plus pur civisme, d'un patriotisme à toutes épreuves qui, par là ont déjoué dans leur arrondissement, toutes
les manœuvres de l'aristocratie. . . Considérant que la municipalité, le conseil général de la commune et le conseil de surveillance de Chauvin-Dragon, sont dans ce cas. . . . qu'il n'y a aucun changement à faire... mais quelques remplacements, à raison de l'obligation imposée par la loi. . . . Arrêtent : la municipalité, etc., se composeront ainsi : « Officiers municipaux, y compris le maire et l'agent national, 7 membres, NN. . . ; — le conseil général avec le greffier, 15 membres, NN...; — le conseil de surveillance, 12 membres, NN. . . »
« Fait, à l 'avant-garde de l'armée, le 29 nivôse an n (18 janv. 1794), signé : Pinet, aîné. »
25 Janvier. La ville est dans une grande détresse. . les revenus ne rentrent pas. On fait le recensement des carabines, canons et armuriers, existant dans la commune. — On distribue 10 harengs par personne; on les paiera cinq liards pièce.
31 Janvier. Les hnbitants doivent remettre à la mairie tout le linge blanc et charpie possibles pour le pansement des blessés.
12 février. — Projet de taxe révolutionnaire sur les aristocrates
et les égoïstes
Gay, négociant
Changeur, boulanger
Etcbe ver ry-Gra nge i it
Certain, négociant
Saubot-Claret
Benquet
Veuve Jauretche
La fille deGancho-Haristeguy. .
Harabillague, marchand
Pingard, marchand
Monségur
Catherine Mihoure
Darretche-Lamothe, négociant.
Catin-Haraneder
Loriague aîné
Gérard
Dernard
Delissalde, marchand
Harosteguy
Bavard, marchand
Monho, fils
Gracien-Ducos
Morin
Dolabarats, ci-devant brigadier
Soubelette
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Duverger S. Malvos Tauzin, médecin.
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