‹ Les paroisses du pays basque pendant la période révolutionnaireChapitre 18 sur 21 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

1530. — Procès- verbaux, euquètes pour la contruction d'un port à Socoa, où déjà il y avait des jetées en bois.

1538. — Le pont entre St-Jean-de-Luz et Ciboure est en mauvais état.

1558. — St-Jean-de-Luz et Ciboure sont brûlés par les espagnols, sous Philipc II, dans l'année de la bataille de St-Quentin.

1565. — Charles IX, étant venu à St-Jean-de-Luz, trouve le pont entre les deux villes de St-Jean-de-Luz et de Ciboure trop étroit et il en ordonne la construction d'un nouveau.

1514. — Difficultés avec Urrugno, qui s'oppose à la construction

d'un port au Socoa.

1588. — Transaction passée entre St-Jean-de-Luz , Ciboure et

Urrugne pour faire ce pont.

1606. — Achèvement du pont de St-Jean-de-Luz et Ciboure. 1612. — Fondation du couvent des Récollets.

1623. — Construction de l'hôpital (nouveau) de St-Jean-de-Luz par

Joannis de Ilaraneder et Gracie de Chibau, son épouse. 1625. — Allocation de 150,000 1. pourt la construction d'un port

au Socoa et pour les travaux de la barre de la Nivelle. 1627. — Le port de Secoa est terminé : les deux jetées coûtèrent

546,000 1., les jetées de la barre 60,000 1.

1630. — Construction du port de Socoa.

1636. — Occupation de St-Jean-de-Luz et de Ciboure par les Espagnols, qui les saccagèrent et les incendièrent.

1639. — Fondation et installation des Ursulines, à l'ancien hôpital,

par la dame de Chibau.

1640. — Construction du fort de Socoa.

1651. — Agrandissement de l'église paroissiale. 1655. — Le pont entre les deux villes menace ruine. 1657. — Construction de l'Hôtel-de- Ville.

1669. — Démolition du fort de Socoa.

1670. — Première attaque de la mer contre la ville de St-Jean-de-

Luz : Une maison est démolie.

1680. — Projet de construction d'un bassin au lieu d'Arnolette.

1685. — Reconstruction du clocher de l'église.

1686. — Vauban vient, à St-Jean-de-Luz, pour visiter le port et

la rade.

1686. — Travaux d'entretien du Port de Socoa.

1699. — Réparation à la barre et prolongement du quai de la barre.

1703. — Délibération pour construire un mur de garantie.

1705. — L'Intendant fait savoir qu'il est urgent que les travaux

de mer commencent le plus tôt possible.

1706. — On commence les travaux du mur de garantie.

1706. — La foudre tombe sur le clocher de l'église et l'incendie.

1707. — Le pont menace ruine : — difficultés avec Ciboure.

1708. — Le 1 er mur de garantie est terminé; les travaux ont

coûté 50.839 1.

1100. — Mauvais état du pont : les difficultés continuent avec Ciboure.

111*.). — La mrr démolit une partie du quai de Socoa et une maison appartenant aux trois communes de St-Joan-de-Luz, de Ciboure et dTrrugne.

1121. — Réjouissance, à l'occasion du rétablissement de la santé

du roi; dépense 1. 49*7 1.

1122. — (30 décembre] fête et banquet, à l'occasion du couronne-

ment du roi; dépense 1.291 1.

1122. — Le quai nord du port de Socoa menace ruine : les trois

communes s'entendent pour le réparer.

1124. — Le pont menace ruine : il est impraticable.

1124. — Le quai de la barre du côté de Ciboure est en ruines.

1125. — Encombrement de la barre : une maison est démolie et la

ville inuondée.

1120. — Réparation au port de Socoa.

1128. — La construction do deux jetées au Socoa conte 032.000 1.

1129. — Le roi, par suite des travaux faits à la Rochelle, ne peut

( pas donner de l'argent. On en cherche partout. 1129. — Réparation au quai et à la barre, 3.000 1. 1131. — La reconstruction du pont d'Uuxin, emporté par une crue, coûte 4.000 1. dont le 1/3 payé par la commune de St-Jean-dc-Luz.

1*731. — La chapelle do S l0 -Barbc est en partie détruite par la foudre.

1733. — Le port de Socoa est comblé par les sables de la rivière Unxin.

1736. — Des négociants acceptent de payer le 1/3 des travaux pour dégager le port de Socoa.

1736. — Ensablement de l'embouchure de la Nivelle.

1737. — On a besoin de 20,000 1. pour prolonger les jetées de la

barre.

1739. — Le pont doit être refait à neuf.

1739. — Ou construit le quai depuis la Mairie, jusqu'à la maison de l'Infant.

1745. — Construction de la grande route de Bayonne. 1745. — Réparation au mur de garantie.

1747. — Démolition de la chapelle Ste-Barbc : ou y construit une batterie.

1749. — (22 janvier) tempête affreuse, qui emporte le mur de

garantie avec plusieurs maisons et jardins.

1750. — On commence à construire un nouveau mur de garantie

plus en arrière.

1751. — Réparations nécessaires au pont.

1752. — On continue les travaux (\u mur de garantie. 1752. — Le port de Socoa est ensablé.

1759. — Réparations au pont.

1761. — La mer s'avance fortement du côté de la ville de St-Jeaude-Luz.

1764. — Nouveaux travaux au mur de garantie.

1770. — Le port de Socoa est ensablé.

1770. — La mer fait une brèche au mur de garantie.

1771. — Le pont a besoin de nouvelles réparations.

1775. — La mer fait une nouvelle brèche au mur de garantie.

1777. — Un grand banquet est offert aux ingénieurs, qui ont ter-

miné le mur de garantie et les travaux de la jetée.

1778. — La mer dégrade considérablement toute une rue, qui

donnait sur la côte.

1779. — La mer enlève (le 2 mai) le mur de garantie construit

depuis deux ans.

1782. — Le couvent des Ursulines n'est plus habitable ; les religieuses se réfugient à l'hôpital. >

1784. — Construction du nouveau couvent des Ursulines (c'est

l'hôtel de la poste actuel) agrandi du côté du Nord, il y a quelques années, par M. Hugard.

1785. — On travaille mollement à la reconstruction du mur de

garantie.

Terminons par la liste de quelques dépenses de la l re moitié du xvin e siècle.

En 1701, la ville dépensa pour le passage du roi d'Espagne, 4,102 1. ; — En 1702, visite de l'évêque deBayonne, 1,226 1. ; — En 1714, passage du duc de Guiche, 700 1. ; — En 1721, pour réjouissances, à l'occasion du rétablissement de la santé du roi, 1,497 1. ;

— Môme année, cadeau fait au duc de Louvigny, 730 1. ; — En 1723, fête et banquet à l'occasion du couronnement du roi, 1 ,291 1.;

— En 1733, passage du prince de Pons, 540 1. — En 1737, visite de l'Intendant et des Ingénieurs, 2,300 1. ; — Même année, présent ou don fait à Madame de l'Intendant, 1. ; — En 1755, pour le

passage de Madame la Dauphine, 5,529 1. ; — En 174(>, i>our celui du maréchal de Noailles, 750 1. ; — Eu 1748, visite do, l'Intendant, 912 1. ; — En 1749, visite des Ingénieurs et dons à leurs dames, 1,181 1.; — En 1759 « don gratuit » de 2,400 1. à Louis XV. — La môme année, le môme monarque donne ordre de remettre à l'iiôtcl de la monnaie de Bayonne X argenterie de V église ; on y porte quatre lampes et deux bassins d'argent : ce qui nVmpôche pas les autorités ecclésiastique et civile de St-Jean-de-Luz de célébrer une cérémonie funèbre des plus imposantes à la mort de ce prince, en 1774. Le procès-verbal de cette cérémonie est à lire dans les archives de la mairie.

On ne saurait écrire l'histoire de St-Jean-de-Luz, sans faire celle de Ciboure. Ces deux villes-sœurs sont assises, d'un côté sur les bords de la mer, de l'autre, sur les deux rives de la Nivelle ; jadis fameuses par leurs armements et leurs expéditions maritimes, devenues aujourd'hui de charmantes et pittoresques stations balnéaires, elles ont les mômes intérêts matériels et spirituels. Aussi, laissant notre plan de classification ordinaire, nous passons de la paroisse de St-Jean-de-Luz à celle de Ciboure.

Armoiries de 8t-Jc«n-dc-Lui (1) Armolrlr» do Ciboure

CIBOURE

SI

Ciboure, on basque ZiJmru, contraction do Zubiburn (tête de pont) tire son nonY do sa position près d'un pont sur la Nivelle, qui le sépare de St-Jean-de-Luz. Il doit son origine, comme plusieurs localités de nos côtes, aux pécheurs ot aux marins, qui d'abord s'installèrent sur la hauteur de Bordeg-ain, puis aux pieds de la colline, sur le littoral pris sur la mer. Il a fourni plusieurs célèbres marins, dont l'histoire trouvera sa place ailleurs.

A cette population indigène vint s'adjoindre un g-rand nombre do, ces vagabonds cosmopolites nommés suivant les pays, Bohémiens, Gilanos, Cagots, CascagotS, etc., dont nul n'a su encore bien expliquer l'origine (2). Une tradition porte que ceux de Ciboure s'installèrent dans les quartiers de Bordeg-ain et d'Achoterreta, à la suite de l'incendie de cette ville, lors de l'invasion espagnole en

(1) Dans ces armoiries, la couronne murale et les feuilles do chêne et do laurier sont une superfétation.

(2) Le D r Rochas a donné un travail intéressant sur les Bohémiens, leur origine, langue, etc., dans le Bulletin de la Société des Sciences, lettres et arts de Pau, année 1870-1870, p. — 11 y a des extraits de diverses publications sur les Bohémiens au Reg. Duvoisin, N. \, p. 379-380.

1G36. Cette tradition nous paraît contredite par le texte d'un acte de baptême de l'an 104'2. Dans un registre, on lit fl) : •< Anno ut supra (1G4*2) die 13 oetob., cjro Joannes de Ilaristeg-uy, reetor hujus eeclesià', baptisavi infantem natum ex Juannc et Catharina, Egùv vtianis, eujus nomeu est Joannes : patrini l'uerunt Joannes de llnraneder et Maria de Sorhaiudo ».

On remarquera que les parents du nouveau-né portaient des noms chrétiens et que les principales familles — comme celles de de IJaraneder et de Sorhaindo — acceptaient déjà de tenir leurs enfants aux fonts baptismaux. Cela ne suppi .serait-il pas que la colonie étrangère était plus ancienne dans le pays que le désastre de 1630? Du reste, les propriétaires légitimes des maisons et biens incendiés auraient-ils laissé ces vagabonds possesseurs tranquilles de leurs quartiers, et les principales familles auraient-elles ainsi consacré cette usurpation, en devenant parrains et marraines de ces étrangers?

Quoi qu'il en soit, cette population établit son quartier général dans la rue dite des Cascag-ots, aujourd'hui rue Ag-orctte, et celle (YAchoterreta, noms qui paraissent venir de Agots. Peu portée à la culture agricole, cette race vivait, comme du reste aujourd'hui encore, de la pèche. L'autorité maritime les inscrivit sur ses rôles, en sorte que les hommes furent mêlés au service des marins basques. Les femmes se firent marchandes de poissons. Les chances de la mer ne leur suffisant pas toujours pour vivre, celles-ci, jusque tout récemment, allaient couper des joncs dans les marais de St-Jeande-Luz et de Serres, etc., pour en faire des cordes tressées, qu'elles vendaient aux ag*riculeurs.

Cette race avait encore une autre ressource pour vivre, celle de dévorer impunément — ce qui ne prouve pas précisément en faveur de l'infaillibilité de l'Académie de médecine — toute espèce de charogne d'animaux morts et enfouis, dont ils avaient souvent provoqué et causé eux-mêmes la mort.

On pourrait ajouter une troisième ressource. . . . Celle de n'être jamais embarrassés là où il y a quelque chose, si bien qu'on doit constamment les surveiller... On nous a assuré que les Cascarots de Ciboure et de St-Jenn-dc-Luz, ainsi que les Bohémiens du reste du pays basque, parlaient entre eux une lang'ue inconnue dans le pays.

(1) Mairie de Ciboure.

Ces vagabonds n'étant plus sous le poids d'une réprobation universelle, leur langue particulière a disparu (1). Voici quelques mots de cette langue. Nous les devons à M. le capitaine Duvoisin, qui les teuait de M. Inchastoychipy, instituteur à Cibouro. Celui-ci les avait recueillis de la bouche même des Cascarots 1rs plus ôg-ës.

Adel, Dieu. Mandro, pain.

Mimacaro, la S tc Vierge. Massa, viande.

Laffaïl, prêtre. Soumi, soupe.

Debla, soleil. Jakès, fromage.

Yac, feu. Balilcho, porc.

Marroun, mari. Gourrou, bœuf.

Mirouni, femme. Khè, maison.

Megacina, enfant. Charïbd, lit.

MitcJiaïy fille. Milleca. maïs.

Chabo, fils. Foulelo, eau-de-vie.

Mol, vin. Brassandi, marcher.

D'après une note de M. le capitaine Duvoisin, Adel viendrait de a privatif et de debel diable, mot sanscrit signifiant « non diable »;

— Jac, feu, de aq, mot indoustan; — Chabo, fils, de chah, jeune homme, mot indoustan ; — Mol, vin, do mnl, mol, vin, mot persan ;

— Mandro, pain, de mandkouki, espèce de pain cuit sur des .charbons ardents et employé par les Fakirs, mot indoustan; — Massa, viande, mot sanscrit et indoustan; — Soimi, soupe, de cliorbah, mot persan, d'où chourroua, soupe, mot indoustan; — Gourrou, bœuf, de gau, goa, go, mot sanscrit, d'où gorou, bœuf, mot indoustan; — Khè, maison, tecouthy, appartement, maison, mot persan;

— Charibel, lit, de charpai, lit, nom persan et indoustan (mot à mot quatre pieds char, le tessara des grecs) ; — Marroun etMirou?ii, venant du sanscrit, le premier signifiant « homme » et le second un pluriel signifiant « femmes ».

M. Baudrimont, professeur à Bordeaux, étant un jour venu au pays basque (au château d'Uhart-Mixe), interrogea deux femmes bohémiennes, dont l'une était la reine de cette race. Il en recueillit un mélange de mots indous, basques et catalans, que le savant professeur fit paraître dans une brochure.

Les Bohémiens ont encore une autre manière de parler entre eux. Elle consiste à placer la lettre P après chaque syllabe et à répéter la dernière.

;!) Ils «avaient, à l'église, leur porto d'entrée et de sortie, leur bénitier, leur place; ils ne pouvaient se marier ciu'entr'eux. — Les fors et coutumes du Pays les traitaient comme des lépreux.

Les Labourdins partant pour la pèche de la baleine chantaient :

Bag*oazi urrun urrun, Adios, baur cheheak,

Ilandik ezin ikhus Larnin, Scmc alaba maiteak;

Alabainan gan bohar dut. Galtzcn baduzue aita,

Familia haziko bndut. Am* alharguna maitha, etc.

« Nous allons au loin, bien loin, d'où l'on no pont apercevoir le Larrua (montagne de la frontière basco-espaguole). . . Force m'est de partir pour nourrir ma famille.

« Adieu mes petits enfants, mes fils et filles bien-aimës. Si vous perdez votre père, portez votre. amour sur la mère veuve, » etc.

En langage des Bohémiens, on dit :

Bapa goaparipi upurrupun upurrupun Ilanpandikpik epezinpin ipikhuspus Laparruupun ; Apalapa baipananpan goanpan bepeharpar duput, Fapamipilapa hapazipikopo bapa duput.

Apa dipi ospos haurpaur chepe hepeakpak, Sepemepe apalabapa maipaitepe akpak ; Galpaltzenpen bapadupu zuepue aipaitapa, Ampam' alpal harpargupu napa maipaithapa.

Le Renard et les Raisins, en langage des bohémiens se dirait : Lepe Rcpemrpard etpet îespes Raipaisinspins, etc.

Aux Agots ou Cascagots se joignirent quelques familles juives nt maures, lors de leur sortie d'Espagne. M. Je capitaine Duvoisin nous a parlé d'une inscription, à Ascain, rappelant le séjour des Maures au pays. Les registres de l'état civil nous révèlent celui des juifs à Ciboure et à St-.Tean-de-Luz ; nous avons donné dans nos Etudes (1) le trait d'une portugaise juive coupable d'impiété, que le peuple fit brûler, à St-Jean-dc-Luz, en 1619, sans vouloir la livrer à la justice.

Mais à quelle époque faut-il faire remonter l'origne ou le commencement de la population indigène ? Les plus aneions documents qui parlent de marins de nos côtes jusqu'à Capbreton, mentionnent ceux de Ciboure. « Les négociants de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure » dans le remarquable mémoire qu'ils adressèrent à M. de Planthion, syndic général du pays, ]o. mois de mars 1720, sur la

(1) Année 1892, p. 307-319.

découverte, les établissements del'Isle de Terre-Neuve et l'origine des i< Pêcheries dos baleines et des morues », etc., parlent des bourgs de St-.Toan-de-Luz et do Ciboure... brûlés, ou 1511 et 1030, par les Espagnols. . . de tous les papiers de leurs archives enveloppés dans ces désastres, aussi bien que de ceux des particuliers, brûlés en 1372. »

Un manuscrit de !>t-Jeau-de-Luz , attribué à un patriote, l'abbé Larroguy, parlant do l'invasion espagnole de 1036, donne le « lîolle des maisons brûlées au lieu do Ciboure, le nombre de bordes, métairies et vergers ruinés, celui des navires pris au Socoa revenant de Terre-Neuve, des moulins perdus au môme lieu etc.; 1° Au quartier appelé Agorrota-Carriea du côté du sud, depuis l'église de Bordegain jusqu'à la fontaine, il se trouve 180 maisons rasées et abattues, 35 brûlées et où il n'est resté que ruines inutiles; 2° au quartier appelé llhaï-Carvkn, qui est depuis l'église de Bordegain, jusqu'à Pocaleta vers la mer, il se trouve 110 maisons brûlées; 3° depuis l'entrée de Pocahia, jusqu'à la fontaine comprenant la maison de la rue Torte, il se trouve 142 maisons brûlées; 4 Ù en tout, 473, tant brûlées que rasées, en sorte que des 600 maisons qui se trouvaient au bourg- avant la venue des Espagnols, il n'en reste que 187 que les ennemis conservèrent pour leur logement et qu'ils laissèrent à leur départ sans planches, portes ote; 5° Il se perdit, au bourg de Ciboure, la plus grande partie du linge, meubles et autres ustensiles des maisons d'une forte valeur... 20,000 quintaux de morue dans les magasins, plus de 300 quintaux de fanon ou barbes de baleines, 1.000 barriques d'huile de baleine, 650 barriques de vin tant du cru du pays que de Bordeaux, 500 tonneaux de cidre, 1.000 conques de froment, autant de blé d'Espagne, autrement dit bled de l'Inde; 0" Les impitoyables Espagnols abattirent la maison et l'église do l'Uôtel-Dieu et emportèrent les ornements, de même que le linge et tout oe qui sert au soulagement des pauvres; 7° Les cruels ennemis ont ruiné et abattu 40 métairies dudit bourg, de même que 50 vergers et 15 grandes vignes avec leurs pressoirs, et enlevé tout le bétail desdites métairies et ruiné dix moulins avec leurs étangs, dont la plus grande à trois moulardièresotc; 8° Les ennemis ont pris aux habitants, dans ce dit hoblis (?) ou Socoa et à la rade du mémo lhni, 15 grands navires terre-neuviers ;ivcc leurs apeaux, agrès, armes et munitions, la plupart chargés de morues, huile, fanon de baleines, le tout appar-

tenant aux habitants... do plus 40 pinasses non poiutucs et 100 chaloupes avec leurs apeaux et agrès etc » (1).

Le même auteur donnant le dénombrement, fait avant 1650, des maisons ou feux des paroisses du Labourd donne 500 feux à Ciboure et 800 à St-Jcan-de-Luz {2}.

Cet exposé prouve la prospérité de Ciboure avec une population supérieure à 2.000 âmes, à l'époque de l'invasion espagnole. Mais powr la formation d'une ville ou d'un bourg: de cette importance, il fallait, à cette époque, plus d'un siècle. L'auteur du manuscrit dit que Ciboure commença à être bâti au bout du jwnt vers 1530. Par ces mots du « bout du pont », il faut entendre la rangée des maisons formant aujourd'hui la rue du quai. Mais bien antérieuremont, existaient les rues ou, comme on les appelait alors, les quartiers que nous avons nommés. Le même nous apprend qu'<< en 1560, le roi ordonna qu'on choisirait deux députés à Lmigne et à Subibourc et deux à St-Jcan-de-Luz pour assister au chargement et décharge des navires, lesquels députés prêteront serment de fidélité entre les mains du baylc de St-Jcan-de-Luz, qui devra donner, suivant l'ancien usage, les certificats ce concernant, »

L'érudit auteur de St-Jeau-de-Luz historique et pittoresque (3) parlant de l'année 1603, dit : Çubiburu « déjà enrichi parla grande pèche, déjà forte d'une population de 3.000 âmes, vint poser ses prétentions et ses droits à rencontre des droits plus anciens de la cité principale.

« La discorde eut d'abord pour motif les navires étrangers abordant dans la Nivelle, dont l'entrée était également revendiquée par chacune des villes rivales. Un jugement arbitral d'Antoine de Navarre, en 1500, attribuant deux navires sur cinq à Ciboure et trois à St-Jcan-de-Luz, ne produisit qu'une trêve momentanée. L'impôt prétendu par celle-ci relativement à ses quais (1566), le procès de sorcellerie (1. 776-1607) réveillèrent les animosités (4) : les colères firent explosion et plus d'une fois l'ilot qui sépare les deux villes fut rougi d'un sang fraternel.... Quoiqu'il en soit, les arguments intéressés de la sœur aînée ne furent pas écoutés. Ciboure garda son nom, son individualité et ses rancunes.

(li lier. iHivoisin, N" (i, p. 80.

IV) lbid. p.

(S) i*° édit. p. 5Î, et 57.

\'t\ Voir les mêmes Etudes, année 18'J~, pp. 517 et 577.

Louis XIII, en 1619 et 1622, s'occupait encore à apaiser ces dernières. En dépit de leur guerre de clocher, St-Jean-de-Luz et Ciboure étaient sœurs par la nature et la communauté des intérêts et des œuvres, et devaient vivre inséparables et confondues. Ce que nous dirons sur St-Jean-de-Luz dans le cours de ce récit (en particulier, lorsqu'il sera question des vicissitudes commerciales et maritimes) s'appliquera donc le plus souvent à Ciboure : on ne peut pas écrire l'histoire de l'une, sans faire en même temps celle de l'autre. »

Paroisse et église : Ancienne annexe d'Urrugne, croit-on, elle fut érigée en paroisse, avec l'autorisation des papes Jules III (1550-55), et Paul IV (1555-1559), avant de l'être en commune par arrOt du conseil d'Etat en date du 7 novembre 1603. La première église ou celle de l'annexe devait être à Bordegain, mais, croyons-nous, on dut en élever bientôt une autre aux pieds de la colline, qu'on remplaça par celle qui existe. Le terrain fut acheté en 1550, et cependant, s'il faut s'en rapporter à la date que l'on voit encore à la porte principale, la nouvelle bâtisse ne s'acheva qu'en 1575. Les difficultés suscitées par la séparation de la paroisse-mère furentelles cause de cette lenteur? Quoi qu'il en soit, les vicomtes d'Urtubie présentaient à la cure. Mais la nouvelle communauté ayant acheté ce droit, elle l'exerça jusqu'à la Révolution. Primitivement, la nouvelle église (celle d'aujourd'hui) était un édifice massif et de forme carrée mesurant une trentaine de mètres sur 13 de large : véritable tour de défense justifiée parles diverses invasions que le pays eut à subir. A une époque difficile à préciser, on la prolongea de douze à treize m., sans compter son clocher octogone (1). En 1696, on ajouta une petite abside et enfin deux chapelles dites, l'une de la famille de St-Estèbe et l'autre de Larralde. Aujourd'hui, elle mesure, à l'intérieur, 47 m sur 13 m de large. Avec une voûte toute particulière et faite après coup, ses trois galeries, son buffet d'orgues, sa chaire sculptée, sa belle grille style Louis XIV, ses cinq autels avec rétables, elle est une des plus belles du pays basque. Eu 1888, elle a été décorée d'une belle porte d'entrée, de l'ordre ionien, où l'on arrive en traversant un grand préau : c'est l'ancien cimetière,

(\) Le 5 avril 1768, on vendit une partie des communaux pour réparer le clocher qui menaçait ruine. Elle a été réparée encore depuis, grâce à la générosité de Napoléon III, venu dans le pays.

avec une croix de pierre monumentale — un monolythe. Là et à l 'église, on a inhumé jusqu'en 1855, époque du choléra, qui emporta, avec beaucoup d'autres victimes, les deux curés de St-Jean-dc-Luz et de Ciboure. Primitivement, le titulaire de l'église était saint Vincent, évôque de Dax. Quelque temps avant la Révolution, on choisit saint Vincent, diacre de Iluesca (Espagne). C'est à ce saint martyr que les Cibouriens aiment à adresser avec enthousiasme ce verset, le 22 janvier de chaque année.

Dugun guziek baltzan lauda Louons tous ensemble

Bichintcho gure patroùa; Saint Vincent, notre patron;

Floka bat dezogun o/frerida, Offrons lui un bouquet

Berthuten lorez egim. Fait avec les fleurs de nos vertus.

La population était : en 1650, 500 foyers; en 1718, 3,000 habitants ; on 1830, 4,000; en 1755, 3,307; en 1820, 1,531. — Le revenu de la cure consistait dans la dîme des terres novales, 290 1. et le casuel avec les offrandes 550 1., avec la charge d'un vicaire 200 1.. net 640 1. ; fin 18° s 0 , 700 1. — La fabrique avait un revenu de 50 1. — Obits et matines, année moyenne, 600 1. — Les prébendes étaient celles de Matchurdinea. N., d'Etchcto [31 décembre 1636) 60 1., de Sopitereuea (5 juillet 1646) 60 1., de Pontilenea (6 novembre 1696) et autres, ensemble 133 1. 19 s.

Monastère, chapelles et hôpital. 1° Cornent des Récollets. Ce monastère naquit d'une pensée d'expiation. « Les habitants de St-Jeande-Luz et de Ciboure avaient été de tout temps jaloux les uns des autres. La plus légère occasion ranimait leurs haines réciproques »(1). En 1609, une personne d'une de ces villes accusa de sorcellerie plusieurs habitants de l'autre. L'accusation porta ses fruits. Elle ralluma une guerre à mort, qui fit périr par le fer, les bûchers et les incendies, environ cinq cents personnes. D'Espaignet et de Lancre, conseillers au Parlement de Bordeaux, furent commis par le gouvernement pour faire leur procès aux sorciers du Labourd et arrêter l'effusion du sang. Le remède fut pire que le mal. Antoine de Gourgues, conseiller au Parlement de Bordeaux, commissaire nommé par la reine de Médecis pour récrier l'entrée en France et la sortie dos Maures chassés d'Espagne, arriva à St-Jean-de-Luz en 1612. Il trouva le pays en pleine révolution. Cette année même, cinq religieux de l'Ordre de St-François

il) Goyetchc. Loc. cit.

d'Assise appelés par la municipalité de St-.Toan-de-Luz, s'étaient établis au quartier CCWmrburu, près de la chapelle de l'hôpital de cette ville. On avait pensé que l'exemple et la parole de ces religieux calmeraient les esprits. Réclamant « une assiette qui servit de grande décoration et donnât un accès plus commode aux habitants de St-Jean-de-Luz et de Ciboure » (1], mais en réalité voulant s'installer au milieu des belligérants, nos religieux demandèrent à s'installer dans l'ilôt qui séparait les deux villes. On en était aux préparatifs du nouveau couvent, quand la communauté de Ciboure et le sieur d'Urtubie réclamèrent la propriété de ce terrain. M. de Gourgues, réservant la question de propriété, demanda et obtint des prétendants la cession pure et simple du terrain pour y biltir le couvent. Il voulut qu'il fut dédié à N.-D. de la Paix (2).

Par l'exemple de leurs vertus, leur fidélité au cloître que cette inscription — Je sors demain — placée à l'une des portes, leur rappelait, — par les joutes ou conférences données dans la chapelle, — la prédication faite dans les paroisses, la direction de divers personnages accourus de diverses parties du Pays Basque dans le couvent pour y faire leurs retraites, ces religieux firent le plus grand bien. Nosseigneurs d'Echaux, d'Olce, Druillet, de Villevieille, etc., évoques de Bayonne, aimèrent à y venir pour se reposer de leurs fatigues et y puiser de nouvelles forces, tant spirituelles que corporelles. Ils y firent plusieurs ordinations.

Le cardinal Mazarin, logé, lors des négociations de la paix des Pyrénées, à Ciboure dans la maison de Martin d'Etcheto (3), l'un

(1) Acte de fondation.

(?) Nous avons publié un travail sur ce monastère et sur l'affaire des sorciers dans ces mêmes Etudes, année I8D3, p. 16 et il) — année ■181)2. p. 517, etc., p. .j"7.

(3) C'est dans celte maison, aujourd'hui maison Espelela, à la rue du Quai, que Mazarin reçut la visite de la reine-mère, pendant une crise de maladie : En recevant la reine, le cardinal se leva et en découvrant ses jambes, il lui dit : « Madame, voilà les jambes du cardinal Mazarin, de cet homme autrefois si bien fait, dont la chronique scandaleuse u dit tant de mal et publié tant de faussetés. » (Dans le Reg. N I p. ?;".J de Duvoisin). Louis XIV logea chez la veuve de Joannis de Lohohiague, la reine, sa mère, chez la veuve de Saubat de Lohobiague, le dmd'Anjou chez St-Martin de llaraneder, dit Baile. — Le roi^séjourna, à St-Jean-de-Luz, « jusques au mardy 10 du dit (juin) et partit sur le midy pour Bayonne, ou ayant couché la nuit, il partit le lendemain mercredy lO dudit avec toute la cour. » Le manuscrit que nous devons à l'obligeance de M. Cîoyeneehe, maire de St-Jean-de-Luz, ajoute : « Le lundy ''21 dudit juin an 1000, entre 3 et i heures du matin, là terre a tremblé a Ciboure et à St-Jean-de-Luz mesme depuis Madrid jusqu'à La ttochellc et en mesme temps, suivant les lettres qu'on a écrit de divers endroits. »

dos plus riohes particuliers du pays, aima à visiter lo couvent qui lui doit lo puits et lo monument que l'on voit encore au préau du cloîtro. K n tin, le cou vont dos Uéeollcts fut visité, sans parler d'autres princes ot souverains, pnr la reine-mère, par Louis XIV et l'Infante d'Espag-nc. C'est dans leur chapelle que le puissant monarque et la future reine do France entendirent la messe, la veille de leur mariage. « C'est dans ce monastère qu'on fit voir à la reine ses habits, son ling-e, ses toilettes et les choses nécessaires à la noce, qui a voient été mises en réserve en ce lieu » (1). Le couvent subsista jusqu'à la Révolution. Nous parlerons plus bas du personnel et de son sort à cette époque néfaste.

2° Chapelle de Bordegain. C'est, croyons-nous, la primitive chapelle annexe d'Urrug-ne. Les premiers marins, à leur arrivée, ne pouvant encore s'établir aux pieds de la colline, durent s'installer à la hauteur de 13ordeg"ain. Les ruines apparentes, celles que l'on découvre enfouies chaque jour, ainsi que de rares documents, démontrent l'importance qu'eut jadis ce quartier. Les marins, à l'exemple des autres pécheurs de nos côtes, dédièrent leur chapelle à N. D. de la mer ou ,V. 1). des douleurs. Maltraitée ou démolie par les diverses invasions espag noles, par les gfuerres de succession d'Espagne, cette chapelle se releva de ses ruines jusqu'aux guerres de la, Révolution et celles du premier Empire contre l'Espag-ue. Jusqu'en 1793 elle eut son personnel nommé par le curé et les jurats de la ville. Sa charpente et la toiture ayant été vendues en 1820, il ne reste plus que les quatre murs et une belle tour octogone, qu'on pourrait utiliser en la couronnant par uue statue de N. D. des mers. Ce serait une tour de défense. (Turris fortiludinis a facie iuimici) pour nos marins et les habitants des vallées voisines.

3° Hôpital de St- Jacques. Placé à l'extrémité de la rue Agorrette, sur le chemin Romiu de St-Jean-de-Luz à Subernoa, cet établissement recevait les pauvres et les pèlerins de St-Jacques de Compostelle. Les archives municipales (2) révèlent les noms de plusieurs

(1) Voyez, pour tous ces détails et autres, Les Mémoires de M me de Motteville, édit. Charpentier, Paris, t. îv, eh. LUI, p. 211 à 216, etc. — L'IIisi ire du truite' de la paix conclue sur la frontière d'Espagne et de France entre les deux couronnes, en Van 1659, écrit par le comte Sateazzo-Gualdo-Prioaato, de la suite de Mazarin, et imprimé à Cologne en 1065, chez Thomas Brujj^en (livre très rare), renferme des détails extrêmement intéressants sur tout ce qui se passa lors des négociations de ce traité, sur le séjour de Louis XIV au pays, etc., etc.

(2) Reg. de la mairie de 1740 à 1790.

pèlerins étrangers inhumés dans le cimetière qui l'entourait. Il fut démoli à la Révolution ; jusqu'à cette époque, il eut son directeur, son hospitalière etc., nommés par le curé et les jurats de la ville.

4° Chapelle du fort de Socoa. Dans ce fort bâti, en 1G36, sous Je ministère de Richelieu, rasé quelque temps après, puis rebâti au commencement du xviir 3 siècle, aujourd'hui déclassé, il y eut longtemps une chapelle pour les militaires et aussi sans doute pour les marins du quartier. Elle était desservie par les relig-ieux Récollets. On l'appelait la chapelle de la Pointe de Socoa (1). En sus de ces chapelles publiques, il y avait deux chapelles privées, l'une celle du château ou villa Ste-Anne, bâtie, en 1713, par Aléxaudre de St-Martin, dit le Baile, membre distingué de la famille de ce nom; l'autre, celle de Mamisson, dont il ne reste aujourd'hui que la porte d'entrée.

Armoiries de la ville : d'or, à l'arbre de sinople terrassé du même, au cheval de sable contourné passant sur la terrasse et brochant sur le fût de l'arbre : l'écusson posé sur une ancre d'argent posée en pal.

Curés connus de Ciboure.... 1629... Martin Gastambide; — de... à 1638, Jean d'Etcheverry ou Etcheverri, enfant de la paroisse, docteur en théologie, d'abord vicaire, puis curé (2). Il est auteur : 1° d'un « Manuel de dévotion ou petit vade-mecum de tout le monde, en vers basques, en deux parties. » Bordeaux, Guil. Millanges, imp. du roy 1627. » La l re partie renferme l'abrégé de la doctrine chrétienne et est dédiée à Mgr Jean Claude Rueil, év. de Bayonne. La 2° contient des prières et des sujets de piété ; elle est dédiée à Jean-Michel Oiharard, vicaire général de Bayonne.

2° « Des Noëls et autres chants spirituels nouveaux sur les principaux mystères de la vie de N.-S. et les fêtes des Saints. » Ibid. 1630.

3° Du « Livre pour venir à l'église. » Ibid. 1635. La lettre dédi-

(i, Henri IV, par lettres patentes du 8 juill. 1595, confirmées par d'autres, s'intéressa au port de Socoa, qui jusqu'alors n'avait qu un quai de bois et de pilotis. Depuis lors, et surtout de nos jours, il a été question de prolonger ce port, au delà du pont d'Unxin; projet qui, avec le temps, nous l'espérons, s'imposera pour la sécurité de l'Etat et la grande utilité du pays.

(2) La cure étant a la présentation de la municipalité, celle-ci prenait ses curés le plus souvent parmi les vicaires.

catoire en vers basques est adressée à Mgr d'Echaux, archevêque de Tours, et signée « Joaaaès Etcheverry, docteur thcologo- Ciburutarra. »

Jean Etcheverry avait trois frères, dont l'un célèbre médecin, qui, aussi en beaux vers basques, donna les règles derhygiène{1636). L'autre Pierre Etcheverri ou Dorre, traduisit et publia, en basque, « Les voyages aventureux du capitaine Martin de Hoyarçabal, de Ciboure. » Bayonne, chez Duhart-Fauvet, 1667(1). Les frères de Jean Etcheverry ou d'Etcheverry, ne sont pas à confondre avec un autre Etcheverry, de Ciboure, fameux par son expédition aux Molusques (17110). Son expédition eut pour but la recherche et l'enlèvement de muscadiers et de girofliers destinés à nos Colonies de l'Inde, dont la jalousie des Hollandais défendait, sous peine de mort , l'expédition. Au retour de cette expédition, faite avec succès et au milieu de mille dangers, Etcheverry reçut la croix de St-Louis avec une pension et fut autorisé à mettre dans ses armes cette honorable devise : Virtute et animo ditavit Galliam (2).

1638-1656. Jean de Ilaristeguy, enfant et vicaire de la paroisse, devenu curé en octobre 1638, décédé en 1656; — 1656-1690. Jean de Sopitc, enfant et vicaire de la paroisse ; — 1691-1698. J. P. Haraneder, né à Ciboure, successivement bénéficier, vicaire, puis 'curé, mort en 1707. Sous lui, nous trouvons bénéficiers ou vicaires Jean Etchevers, d'Olhaxacundeguy, Gazteluzar, J. de Ilarrebillague ou d'Arambillague, d'Etchetto, d'Argaifiarats, de Monségur, tous enfants de la paroisse. L'harmonie n'y gagnait pas pour cela, car les archives départementales renferment une ordonnance épiscopalc réglant leurs contestations. D'Arambillague, né à Ahetze, est auteur de la traduction en basque, du troisième livre de l'Imitation de J.-C. (1684) (3). La paroisse doit à J. P. Haraneder la confrérie de N.-D. du Rosaire érigée canoniquement le 2 février 1689, renouvelée le 5 septembre 1805.

1698-1707. De Monségur, de vicaire devenu curé; il eut pour vicaire l'abbé d'Argaifiarats; — 1707-1762. Jean d'Arretche, enfant et vicaire de la paroisse, décédé à l'âge de 83 ans et inhumé au milieu du chœur de l'église (4). Il eut pour vicaires Et. Figoa (âgé

(I) Voir Jiibliographie basque de M. Vinson, N. 14, 15, 17, 37.

{1) Rég. Duvoisin.

(3) Dibliogr. M. Vinson. N. 38.

(ij Un membre de la famille d'Arretche, de Ciboure, est cité pour sa piété à N.-D. de Bétharram, dans l'ouvrage de Marca,sur l'histoire de cet antique sanctuaire, intitulé Traité des Merveilles, etc.

de 56 ans); Saubat-Darretchc (46 ans), et pour bénéticiers Martin Gasteluzar (66 ans) ; Jean Gaztcluzar (56 ans) ; Jean Dapesteguy , prêtre en 1721, approuvé en 1737, « prostré judicieux, d'un bon esprit, versé dans le plain-ehant, aimant son église et los fonctions de son état » : Bertrand Penoye, prêtre on 1721, approuvé le 3 juill. " 1732, ancien directeur de la Visitation de Bayonne, « prêchant bien, ayant du zèle, aimant le travail, connaissant le plain-cliant et assidu aux offices », il devint vicaire de Cibourc, en 1737; Martin d'Etcheto, figé de 30 ans, « organiste de l'église paroissiale; maître d'école, demeurant dans une maison destinée à l'instruction des petits enfants, qu'il néglige d'instruire, parce qu'une partie des fonds assignés pour cette œuvre pie a péri par la révolution du . temps, il sait le plain-chant »; Michel de Larralde, prêtre en 1727, approuvé en 1737 « bien élevé, commençant à preschor, assidu à l'église, réglé dans ses mœurs, assez instruit » (voir plus bas); François de Haramboure « figé de 26 ans, commençant à preschor, possédant le plain-chant et les cérémonies de l'église, sujet à s'ennuyer. ...; Jean de Cazalar, natif de llasparrcn, ûgé de 27 ans, précepteur des enfants de M. de Estève, assidu aux offices, sachant le plain-chant et menant une vie régulière. »

Ou remarquera le temps que les prêtres attendaient après l'ordination pour être approuvés. Ces diverses dates et notes sont tirées d'un registre de l'évèché en notre possession.

1762-1769. Jean d'Apesteguy, enfant et vicaire do la paroisse. Il fut élu, le 4 novembre 1762, par 82 voix contre 38 données à Jean d'Arretche, 36 à Salvat Hiribarren, 5 à Jean Billot et 1 à chacun des prêtres Dacarette, Martin Duhaide et Jean Biney, tous enfant* et employés de la paroisse. (L'élection se faisait en séance publique, par le baile, jurats et notables : tout le personnel de l'église paroissiale, de la chapelle de Bordegaiu et de l'Hôpital de St-Jacqucs était nommé de la même façon, y compris le suffrage du curé. — Jean d'Apesteguy, décédé subitement, fut inhumé le 27 septembre 1767 dans la chapelle du chœur, du côté de la rue Pocalette.

1769-1787. Salvat Ilaribarren, fils de François H. et de Sauvade Daguerre, de Ciboure. Plein de talents, le fondateur du séminaire de Larressore voulut l'envoyer à Salamanca pour compléter ses études théologiques. A cause de ses parents, il resta dans le pays et fit toujours preuve de talent et de piété sacerdotale; décédé le 31 décembre 1787, il fut enterré le lendemain dans la sépulture

du. sanctuaire do l'église, faveur obtenue « de M 0 Ilarriet, procureur du roy ». — Dans l'année 1786, le baile et jurât, après plusieurs démarches auprès de l'évôque et les membres du Parlement , obtinrent l'autorisation d'inhumer encore à l'église, pendant trois ans, qui se prolongèrent jusqu'en 1855, année de choléra.

1788 Jean-Louis-Xaviorde St-Estèveou Estèbc(voirplusbas).

1801-1809. Bernard Suhare (voir plus bas). — 1809-1819. Michel Berho, né à St-Jean-dc-Luz, de Bernard B. et de Marie Daguerre, ordonné diacre à Marrac, le 9 juin 1789, vicaire de Ciboure, devenu curé le l or février 1809, décédé et inhumé à l'église le 25 octobre 1819. La paroisse lui doit la confrérie du S. S., avec ses statuts approuvés par M. Loyson. — 1809-1825, Bertrand Guiltsou (P. Antoine), vicaire puis curé, décédé le 9 septembre 1829 à l'âge de 18 ans et enterré à l'église « au lieu destiné à la sépulture des ecclésiastiques », (voir plus bas). — 1830-1839. Martin Arrambide, né aux Aldudes eu 1799, démissionnaire en 1839, décédé à Uhart- Cize, en 1895, après 52 ans de cure dans cette paroisse. — 1839- 1855. N. Elissondo, né à Baïgorry en 1804, décédé victime de son dévouement lors du choléra en 1855. — 1855-1865, N. Larralde, né à St-Pée-sur-Nivelle en 1817, transféré à Lstarits, aujourd'hui chanoine de la cathédrale. — Salvat Bidart, né le 6 avril 1805 à Ustarits, décédé en janvier 1887. — Pierre Haristoy, né à Ayherre le 1 er mars 1833, transféré d'Irissarry et installé le 20 mars 1887.

Prêtres originaires de la paroisse. « N. Miguelena, prêtre, confesseur de Ciboure et de grand âge; Bocal, diacre du môme lieu, accusés de sorcellerie et brûlés à Bayonne en 1609 » (1). Le premier, était, croyons-nous, de la môme famille que N. Michelana, qui, vers 1660, voyageait sur les navires de Hollande, pour instruire cette nation dans la manière d'attaquer etdc prendre la baleine (2). La maison, aujourd'hui réduite de la moitié, était près de l'église

(1) Man. de St-Jean-de-Luz.

(2) Mémoire des négot. de St-Jean-de-Luz et de Ciboure en 1710, cité plus haut. — Vers 1700, Marie de Michelena épousa, dans l'église de Ciboure, Martin de Salaberry, croit-on, de l'antique famille d'Irumberry-Salaberry. — Michel, fils de Martin de Salaberry, fut lo chof de la branche'des Salaberry, au Canada, et le grand-père de Michel de Salaberry, dit le /léros de Cliateaugny, titre que lui valut sa bravoure dans la mémorable bataille de ce nom, au Canada, le 2fi octobre 1f>!3. (Voir de Jaurgain, généalogie de la famille d lrumberry-Salaberry ; et Reg. G, p. 2G0, de Duvoisin).

de Ciboure. Quant au diacre Bocal, il pouvait être de la maison de ce nom près d'Ascain.

Le P. Bernard de Gazteluzar, de la Compagnie de Jésus. Né à Ciboure, le 12 mars 1614, il entra au noviciat de Bayonne. Dans les registres de la mairie on lit : « Le quinsièsme février 1701, a esté fait le service du révérend Père Bernard de Gazteluzar, iesiûte fils de la maison Bccbinenea, décédé à Pau en Béarn au couvent desiesuites, en foy de quoy, iay signé de Monsegur. » (Sauf la signature, l'acte est écrit par d'Argainarats, vicaire). La maison Becbinenea détruite a été remplacée par une autre près de l'église.

— Le P. Gazteluzar est auteur d'un volume de poésie basque sur les vérités catboliques pour faire le salut arrangées en faveur des Basques, en six parties, Pau, 1686. Le P. de Larramcndi (1) qualifie son style de « très beau basque » et le cap. Duvoisin « d'une pureté incomparable » (2). — P ro d'Argainarats, « prédicateur ordinaire de Ciboure », fut l'examinateur des Noelac de Jean d'Etcheverry. Il est lui-môme auteur : 1° des avis et exhortations pour le pécheur, comment il doit prendre soin de son âme et non de son corps, avec la manière de s'examiner sur les dix commandements et de s'exciter à la contrition, en basque, in-12, 572 pages. Bordeaux 1641; 2° du bréviaire des dévots, Devoten bremarioa, Bayonne 1665 (3). — Michel Chourio. L'auteur de la Vie de Daguerre (p. 510) le dit d'Ascain et nous avons suivi son opinion (Rech. hist. t. II, p. 357); mais nous le croyons plutôt « héritier » de la maison Alamenea de Ciboure. Auteur de la traduction en basque de l'Imitation de J.-C, il succéda dans la cure de St-Jean-de-Luz à son frère Pierre, appelé à celle de Bayonne. Un manuscrit dit que « par suite de ses travaux excessifs dans le ministère, il mourut en odeur de sainteté en avril 1717 » ;

— Augerot ou Auger de Haristeguy, « prestre de la maison Matchardenea de Ciboure », docteur en théologie. De directeur des Ursulines, il devint curé de St-Jean-de-Luz « à cause de ses grades théologiques et mourut le... d'avril 1739 »; — Michel de Larraldo, né en 1697 dans la maison Franchebaita de Ciboure, devint curé de St-Jean-de-Luz, en 1746; — Michel Apesteguy, fils de Jean A. et de Catherine Iiibeyrac, ordonné le 24 mai 1755; — Jean Billot, fils

M) Dict. trib. pro lég. p. xxxv.

(2) Reg. N°f> p. 303. — Voyez sa notice bibliographique par F. Michel, apud Duvoisin. Reg. 3 p. 143 et Bibliographie de M. Vinson, N° 39.

(3) Ibid. N° 2i et 30.

cle Bernard B. et de Domiuica d'Ulialde, prêtre le 17 décembre 1746; — Sébastien d'Accarette, fils de N. d'A. et de Anne-Marie Edelin, prêtre le 17 décembre 1746; — P™ Durruty, fils de Martin D. et de Marie Cambere, prêtre le 31 mai 1749, parent sans doute de Jean Durruty, curé de Hendaye depuis 1723 ; — Jean Binos, fils de Bernard B. et de Jeanne de Candau, prêtre le 11 mars 1750; — Michel de Hiribarren, fils de François de II. etdeSauvadcDaguerrc, prêtre le 14 mars 1750; il avait un frère Salvat qui fut le concurrent de Jean d'Apesteguy à la cure de Ciboure, et dont il devint ensuite le pasteur; — P re Basile d'Etchegaray, fils de Dominique d'E. et de Saubade Dernat, prêtre le 13 décembre 1750; — Dominique de Haraneder-Boutran, fils de Dominique de H. et de Sabine Lercmbotire, prêtre le 24 mai 1755, bénéficier à Ciboure, puis chanoine à Bayonne, maltraité par la Terreur. — Martin Duhalde (voir plus bas).

g II

Période Révolutionnaire

A cette époque néfaste, était curé de Ciboure, Jean-Louis-Xavier de St-Estève. Né à St-Jean-de-Luz le 14 septembre 1719, de J.-B 1 » de St-E. et de Marie de Haraneder, il fut nommé à la cure de Ciboure en 1788, par 140 voix contre 81 données à Martin Duhalde, vicaire de la paroisse. Il eut pour vicaires ce dernier et Bernard Suhare. Elu député aux Etats généraux de 1789, il représenta le clergé pour le bailliage du Labourd, il refusa le serment civique. Dénoncé et condamné avec M. Soussens, curé de Navailles, par un arrêté du Directoire du département, en date du 14 janvier 1792, il prit le chemin de l'exil où, croyons-nous, il mourut. Sur la liste des émigrés, il figure, sous le nom de Haraneder (1).

Martin Duhalde, né à Ciboure, de Martin D. etdeMaried'Oxobie, avait été ordonné, le 4 juin 1746. Bernard Suhare vit le jour à St-Jean-de-Luz. Fils de François S. et de Catherine Grangcnt, il fut ordonné, le 10 juin 1786. Chargés, au départ du curé pour les Etats généraux, de l'administration de la paroisse, ils refusèrent

(1) Voici ses armoiries d'après l'Armoriai universel. (JoufFroy d'Eschavannes; : Aux 1 et i d'azur à la této d'Isis posée en fasce d'or; au 2 de gueules à l'étoile d'argent ; au S de gueules à la levrette passante contournée et colletée d'argent.

le serment constitutionnel. Voici ce qu'on lit dans le registre des délibérations municipales :

« Le sixième jour de février 1791, jour de dimanche, à l'issue de la messe paroissiale à Ciboure, nous, Guillaume Pellegrin de Soubolette, maire, Marsans Larrouble, Pierre llarismendy, Sébastien Mal vos, Pierre Laurent et Martin Etchepare, officiers municipaux, et Jean d'IIarancder-Boutran, procureur de la commune, en exécution des décrets de l'assemblée nationale des 12 juillet et 27 novembre derniers et sanctionnés par le roi, le 24 août et 26 décembre derniers, nous serions rendus à l'issue de la messe paroissiale de St-Vinccnt de ce lieu, où les fidèles étoient encore assemblés et avons interpellé M rs Martin Duhalde et Bernard Suhare, prêtresvicaires desservant ladite église, en l'absence de M. de St-Estcvc, curé, député à l'assemblée nationale, de prêter conformément aux décrets, dont le dernier a été publié, le trente du mois de janvier expiré, aux prônes de ladite église et le premier précédemment, de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui leur est confiée, d'être fidèles à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir, de tout leur pouvoir, la constitution décrétée par l'assemblée nationa'e et acceptée par le roi.

« Lesdits sieurs vicaires ont répondu qu'ils sont prêts de prêter ledit serment, de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du royaume décrétée et sanctionnée dans tous les chefs, qui ne porteront pas atteinte à l'autorité spirituelle et à la religion ; mais que leur conscience ne leur permet pas de prêter ledit serment purement et simplement ainsi qu'il est exigé par les décrets; (nous aurions) représenté et interpellé de nouveau que leur serment doit être pur et simple et non avec des amendements et des restrictions, sous les peines portées par lesdits décrets. Sur quoi ils ont déclaré persister dans leur réponse : ce que nous avons pris pour refus et avons dressé le présent procès- verbal que lesdits vicaires ont signé avec nous, Martin Duhalde, vicaire de Ciboure; Suhare, vicaire; de Soubelette, maire, etc. »

Le dernier acte paroissial de l'abbé Suhare est du 25 juin 1791. On a vu, dans l'article St-Jean-de-Luz, que Sanadon, venu pour la fête locale de cette ville (24 juin 1791), avait nommé ab irato Fonrouge à cette cure et Dithurbide à celle de Ciboure; nominations provisoires puisqu'elles devaient être ratifiées par les électeurs du district d'Ustaritz. Les intrus les prirent pour sérieuses, car le

premier acte paroissial do Dithurbide à Cibourc est du 0 juillet. Il est vrai que le dernier est du 2 septembre. Il ne s'y sentait pas à son aise. Absent de sa prétendue paroisse, c'est Fonrouge qui l'y remplace pour un enterrement, le 28 juillet. Nous avons donné les circonstances de cette cérémonie ou mieux de cette comédie, ainsi que Tordre donné le lendemain mémo par la municipalité de Ciboure audit Fonrouge de se « priver de toutes fonctions curiales jusqu'à faire eonnoitre qu'il était légalement authorisé ».

Fonrouge, à peine Agé de 32 ans, avait plus d'audace que son confrère de Ciboure. Le 13 octobre 1791, il revint encore à Ciboure pour un second enterrement et le 9 novembre, Mihoura, son vicaire peut-être, dans cette paroisse, figure aux actes de l'état civil (1). Dans cet intervalle, les électeurs du district avaient nommé Fonroug-e à la cure de St-Jean-dc-Luz et Dithurbide à celle de llendaye, confiée précédemment par Sanadon à François Cauteranne, exrécollet du couvent de Ciboure. (2)

Ni la population, ni la municipalité de Ciboure n'étaient révolutionnaires. Dès le 31 juillet 1791, ayant eu vent du projet d'union de leur paroisse à celle de St-Jean-de-Luz, elles protestèrent avec fureur. Le 8 novembre revenant sur ce même projet, la municipalité, sur la représentation des notables et de toute la commune, arrêta « que les sieurs officiers municipaux se pourvoiront devant l'auguste assemblée nationale et toute autre administration pour qu'il soit permis h la commune de Ciboure de conserver son église paroissiale St- Vincent et ses anciens curé et vicaires à la charge par elle de fournir et acquitter leur traitement, ou du moins la liberté de leur culte dans ladite église avec les ministres de leur culte... » Le 19 novembre de la même année, les officiers municipaux rassemblés déclarent protester unanimement contre la nomination et l'installation du sieur Fonrouge, soi-disant curé de Ciboure et de St-Jean-dc-Luz, — et contre la violence qui sera faite, vu que la nomination du dit sieur Fonrouge, comme celles de tous les autres ecclésiastiques faites à Ustaritz le 23 du mois dernier, est la plus illégale, la plus nulle possible; — que la majorité des électeurs convoqués audit Ustaritz avait protesté de

11) A l'article St-Jean-de-Luz nous avons cité cet ecclésiastique. Comme son nom figure sur la liste des prêtres assermentés du district, au mois d'avril 1703, son orthodoxie nous parait suspecte.

fi) Il fut simplement aumônier de la redoute de Hendaye.

vivo voix et par écrit contre cette nomination; — qu'il est instant à l'exemple de la presque totalité des paroisses du Labourt et en exécution de la loi d'adhérer formellement à ladite protestation des électeurs d'Ustaritz et de s'opposer en conséquence à l'installation dudit Fonrouge, juqu'à ce que par un décret de l'assemblée nationale sanctionnée par le roy, il ait été statué sur la dite protestation... »; que si au mépris de la présente délibération, dont copie sera signifiée audit Fonrouge, il se permet de poursuivre son installation, en employant la violence... il sera traité comme perturbateur de l'ordre public et puni comme tel... » Nos officiers municipaux sommés, par ordre du district d'Ustaritz, signifié par Delissalde, huissier, de procéder le dimanche 27 novembre, à l'installation du curé schismatique, reçoivent son serment; mais le lendemain même, ils renouvellent leur protestation du 19 novembre.

Le 18 décembre 1791, on procéda dans l'église aux élections de la nouvelle municipalité. Elle ne fut pas non plus révolutionnaire. Sous cette administration, depuis le 12 avril 1792, plusieurs étrangers s'installèrent à Ciboure. Nommons Marie Caumont de Lordat; — Michel Astier et Catherine Bonnet, conjoints, avec leur fille ; — Françoise Marie Thérèse Ednée Bataille ; — Jeanne Marie Victorine Dartaguiette de la Hatte;? — femme Seigne, épouse Dépare, qui est aux biens (?) de Mgr Louis-Nicolas de Prusse... ; — Michel Harismendy, ci-devant curé de St-Jean-de- Luz ; — Auguste Navarre, de Dax ; — Paulc Antonio Birretty de Turin (Piémont) ; — la famille d'Oro de Pontonx ; — la dame St-Ililaire ; — le sieur S 1 Martin ; — Georges Guilliard de Lavacherie; — Emilie Perusse, etc. (1).

Les prêtres purent circuler encore ou du moins administrer les sacrements en cachette. L'abbé Harismendy était dans la paroisse; l'abbé Teillary, curé d'Urrugne, y paraissait quelquefois. On le trouve à Elhorrien-borda ; car c'est lui que nous reconnaissons dans ce « fils de maison de la Teillaribaita, de vSt-Jean-de-Luz », dont on nous a parlé. Sa paroisse était terrorisée. Il se tint donc quelque temps aux limites d'Urrugne et de Ciboure. Habillé de coutil grossier blanc, à la façon de nos pasteurs d'autrefois, la nuit il se tenait souvent dans le creux d'un châtaignier d'un bois voisin, qui lui servait de couchette, de chapelle et de confessional.

(1) Keg. de la Mairie de 17'JO à IS^i.

Les anciens vicaires Duhaldc, Suhare et avec eux Bernard Griiiltzou de St-Jean-de-Luz, dit le P. Antoine, ancien récojlct, visitaient les malades. Mais il en fut autrement, quand, par décret du ^2, novembre 1793 (1), Ciboure fut uni à St-Jean-de-Luz et qiie trois o\\ quatre de ses citoyens allèrent siéger dans l'assemblée révolutionnaire de Chauvin-Dragon. Le P. Antoine fut déporté, les abbés Duhalde et Suhare passèrent à Iruu, d'où ils vinrent quelquefois visiter leurs ouailles, quand celles-ci n'allaient pas les trouver dans leurs domiciles, ainsi qu'un certain P. Félix, à Hendaye ou à Fontarabie. Parmi les maisons de Ciboure où nos confesseurs de la. foi étaient reçus, on nous a cité celle de Zitzarronea, aujourd'hui démolie, à Achuterreta, près de l'habitation actuelle de M. Laborde.

La municipalité de Ciboure, sommée d'exécuter les lois relatives aux inventaires des immeubles, meubles et ustensiles en or et en argent employés au service du culte, délibéra qu'« on préviendrait des dispositions des décrets, la chienne Angélique Larralde, margruillière de l'église paroissiale St-Vincent et le citoyen P re Naguille, marguillier de l'hôpital de St-Jacques, pour qu'ils aient à s'y conformer ». Mais enfin il fallut nommer des officiers municipaux, des commissaires pour cette besogne sacrilège. Et voici ce que nous nous révèlent, à cet égard, les archives départementales.

Biens appartenants au corps obituaire : « un jardin de 6 déciares carrés évalué 70 1.; — 1 maison avec jardin d'une contenance de 1 are, 2 déciares et 2 centiares carrés, év. 500 fr. ; — 1 maison avec jardin d'un are carré év. 400 1.; — 1 jardin mal fermé de 6 déciares 60 1.; — 1 maison avec jardin, év. 240 1.; — La chapelle de Bordegain avec benoiteric et une tour servant de vigie pour signaler des vaisseaux en mer, év. 500 1. » (2). (A Ciboure, comme le long de

(1) Ce décret est des Représentants du peuple. On sait qu'ils habitèrent à Helchanea entre Ciboure et Urrugno. Les archives de la mairie de Ciboure (celles d'Urrugne ont disparu), renferment plusieurs décrets et arrêtés, signés et datés du camp de Belchanea. Elles font connaître toutes les fournitures en chênes, fourrages et de toute sorte faites par la commune à l'armée des Pyr. occid., le nombre considérable des troupes établies dans le pays, leurs dégâts, etc. Ciboure fut littéralement écrasé.

(2) Arch. dép. Révol. Q 101. Il nous parait utile de donner ici les confrontations de cette chapelle. Elle « confronte au levant à un champ appartenant au citoyen d'Etcheverts, constructeur, le chemin entre, au couchant le champ de Marrascabaita et un chemin de traverse entre, au midy les communaux et la maison Marrascabaita au nord un chemin qui conduit en divers endroits et la maison de Estebenchumebaita, dont acte : A. Balangué, Pierre Diharce, Harriet, corn" ».

la cote, il 'y avait — on voit encore les ruines — des fours pour la graisse des baleines et de tours pour voir sur la mer l'approche de ces cétacés ; nul doute que la tour de Bordcgain dominant l'Océan n'ait servi aussi à cet usage.)

Argenterie de l'église paroissiale : 1 lampe d'argent avec ses pendants, appartenant à la chapelle de N.-D. de Bordegain et dont on s'est servi en ladite église de Ciboure, depuis que Louis XV fit élever son argenterie, pesant ci 8 ,n 1° ; — 1 lampe d'argent appartenant à la dite église, 20 m 3°; — 1 grande croix des processions montée sur bois à plaque d'argent doré, 19'"; — une croix d'argent massif, 3 m ; — 1 encensoir, 3'" 1°; — 1 navette et cuiller d'argent, l m 6°; — 1 bassin d'argent, 2 m 7° ; — 1 paire de burettes, l m 2° ; — 1 patène d'argent pour offrande 4 m . — Total, 63 m (1).

On conserva les deux cloches de l'église : la grande pesant 33 quintaux, 75 liv. , refondue dans la paroisse môme par un fondeur des montagnes de Burgos, deux fois en 1740 et 1754 (2) ; la petite pesant environ le 1/3, don, croyons-nous, des marins.

L'église servit d'hôpital pour les soldats de l'armée des Pyrénées occidentales. Son retable et ses galeries furent à peu près dévastées, mais on respecta les beaux grillages de fer du sanctaire, ainsi que la croix monumentale de pierre du cimetière (aujourd'hui préau de l'église) que l'on admire encore.

Argenterie et ornements du couvent des recollets. — Argenterie : « 1 encensoir, 1 ciboire avec sa clef, G calices avec autant de patènes, 2 burettes avec plat d'argent, 1 navette d'argent avec petite cuillère, 1 petit ciboire, 1 ostensoir garni de trois diamants et d'une rosette de pierres fausses, pesant tous ensemble 46 ,n 40° » (3).

Ornements : 1 ornement rouge de dames à fleurs blanches, gallons or fin ; 1 ornement presque neuf de satin à fond blanc, gallons or fin; 1 ornement noir de damas gallons d'argent; 1 ornement blanc à fleurs vertes : (tous ces ornements étaient complets avec étoles, dalmatiques, écha/pes et chapes) ; 7 chasubles rouges et blanches communes ; 1 chasuble noire; 6 pluviaux ou chapes

(1) Révol. III, Q 69, Q 295.

(2) Voici les inscriptions de la grande : Sancto Vincenti, ora pronobis: ecce crucein Domini fugite partes adversœ, ecce Léo de tribu Juda. radix David Alléluia de Lahoia me fecit ; celles de la petite : me fecit. Rotterdami an<> 1677. Soli. Deo, Gloria. Arent. Vander. Pvt.

(3) Rév. III, Q 71, Q 293.

blanc et violet ; 3 dalmatiques blanches ; 20 aubes, six surplis ; 3 crépins d'or servant aux devants d'autel ; 24 devants d'autel ; quantités de purificatoires et de lavabo (1).

On ne lira pas sans intérêt une déclaration faite par le P. Fulgence Aussibot, récollet, en exécution du décret de rassemblée nationale, signifié le 3 février 1790.

« Toutes les possessions, immeubles des religieux Iîécollets se réduisent à un couvent, à un jardin et à un terrain improductif, servant de chantier pour la construction des navires.

« Sacristie : 6 autels dans l'église, autant de calices sans compter un autre à la chapelle de Socoa, dont ces religieux sont aumôniers brevetés rl soleil; 2 custodes grande et petite; 1 ostensoir; 1 paire de burettes avec bassin ; 1 clef de tabernacle ; 1 boCte pour les saintes huiles; 1 encensoir avec navette; le tout d'argent, excepté 1 calice qui est de vermeil avec 12 flambeaux argentés ».

« Fondations : Cinq dont 3 connues par une tradition orale, mais dont les obligations sont remplies avec une exactitude scrupuleuse. Les obligations consistaient : 1° à chanter une messe, le dimanche dans l'octave du S. S. avec sermon, exposition et bénédiction à vêpres; 2° mômes charges avec 8 messes chantées à commencer par une solennelle le jour de la Trinité ; 3° exposition du S. S. dans la chapelle du crucifix, tous les premiers vendredis du mois avec chant d'un de pro/'imdis et bénédiction du S. S. à vêpres ; 4° la célébration d'une neuvaine de messes dont la première et dernière sont chantées à la chapelle du crucifix, la bénédiction du S. S. terminant les deux messes chantées. La neuvaine commençait le dimanche de la Passion et tous les soirs de la neuvaine, après complies, on devait chanter le Stabat dans ladite . chapelle du crucifix ».

Le fondateur Et. de Larreburu, de St-Jean-de-Luz, citoyen de Mexico, donna pour cette dernière fondation 4,000 1. employées conformément à ses intentions, aux besoins du couvent et à la décoration de l'autel de la Vierge.

5° Une messe par semaine à perpétuité, fondation de M. Galletier, de St-Jean-de-Luz, qui légua 1,000 écas, dont 1/3 employé aux besoins de la communauté, les deux autres 1/3 colloqués par M. de Soubelette, syndic du couvent.

(1) Rév. III, Q71, Q293.

« Bibliothèque : II y a environ 1,200 volumes, tant grands que petits... dont une partie est distribuée dans les chambres, non compris environ 1,100 couverts en parchemin... ce sont des bibles, des commentaires sur la bible, les pères de l'Eglise, les conciles, des bullaires, des théologiens, des controversistes, des dissertateurs, des prédicateurs latins, espagnols, français, des moralistes, des livres de piété, des ascétiques, de la vieille philosophie, quelques anciens historiens, quelques chroniques peu estimées, quelques dictionnaires universels, soit de chronologie, soit d'économie, de pauvres grammaires françaises, italiennes, espagnoles... fort peu de poètes du tems de la belle latinité. Point de manuscrits.

« Dans les chambres au nombre de seize, dans les infirmeries, dans les différents offices du couvent, il y a les meubles et les ustensiles de première nécessité, rien de superflu, tout y est conforme à l'état.

« La communauté est composée de huit prêtres, dont l'un est aumônier de la redoute de Hendaye, qui demande résidence, et d'un frère lai; elle a un clerc de sacristie, un jardinier et un homme de peine, qui lui sont indispensablement nécessaires.

« Telle est la copie de la déclaration véritable, que dans le tems nous avons présentée aux officiers municipaux de St- Jean-de-Luz. »

Signé « F. Fulgencc Aussibot, récollet » (1).

Le P. Fulgence Aussibot, né le l 6r octobre 1742, profès depuis le 15 juillet 1759, était supérieur du couvent. Les autres religieux étaient : le P. Clément Harabillague, né le 6 décembre 1721, profès le 7 décembre 1737; — Patrice Elvired, irlandais, né en 1740, profès, le 25 décembre 1760; — Paulin Mathciron, né le 17 avril 1755, profès depuis le 22 juillet 1788; — Massé Darrineguy (?) peut-être Darguindeguy, né le 30 novembre 1736, profès le 20 janvier 1756 ; — Yves Domec, né le 7 décembre 1766, profès le 20 août 1788; — Joseph Mesplou, né le 9 octobre 1749, profès le 8 avril 1780; — François Detcheverry, né en 1762, profès le 13 juin 1783; — François Cauteranne ou Canteranne, né le 6 juillet 1729, profès en juin 1750 ; — le P. Bonaventoure Decous, né le 2 septembre 1755, profès le 22 juillet 1788.

L'assemblée nationale décréta, le 13 février 1790, qu'il serait

(1) Arch. dép. Rév. III. Q 71, Q. 293.

loisible aux religieux — il n'est pas question des religieuses (1),— de rentrer dans le monde, et leur défendit de recevoir à l'avenir des novices, de former de nouvelles congrégations ou de faire revivre quelqu'une des anciennes. Le 29 du même mois, un décret fixa aux moines mendiants, qui abandonneraient la vie commune, une pension de 500 1. jusqu'à l'âge de 50 ans, de 700 1. jusqu'à 70 ans et de 1,000 1. après cet fige. Celle des moines non mendiants fut plus élevé de 200 1. Celle des frères lais variait de 300 à 500 1. Une nouvelle loi, du 8 octobre delà même année, statua que les religieux des deux sexes devaient déclarer s'ils entendaient quitter leur couvent ou conserver la vie commune. La pension des religieux resta la môme, celle des religieuses fut fixée à 700 1. pour les dames de chœur, et à 350 pour les converses. Entre autres conditions faites par l'assemblée nationale aux religieux, qui voulaient continuer la vie commune, il fallait qu'ils fussent au uombre de vingt réunis daus une maison désignée. Pour arriver à ce nombre, des religieux d'Ordres différents pouvaient être obligés d'habiter le même couvent. Tous les deux ans, ils devaient élire, sous la présidence d'un officier municipal, un supérieur, un économe et se constituer un règlement. Ce fut là une des raisons de la désertion delà vie monastique et de la défection de plusieurs religieux.

En exécution de la loi du 8 octobre 1790, M. de Soubelette, maire de Ciboure, se présenta au couvent des Récollets, le 20 novembre , pour recevoir les déclarations des religieux sur leurs projets.

Le P. Fulgence Aussibot, supérieur, les PP. Clément Harabillague, Patrice Elvircd, les frères Matheiron, Massé Darrineguy et Yves Domec déclarèrent vouloir vivre en la compagnie des Frères Récollets, sans mélange de religieux appartenant à des ordres différents. — Le P. Fulgence, par lettre du 27 mars 1791 , adressée au district d'Ustaritz, retira sa première déclaration et opta pour la vie privée. « Il est survenu, dit-il, de nouveaux événements qui le déterminent à faire usage de la liberté. Selon les apparences, il

(il L'assemblée constituante permit aux religieuses de rester dans leurs couvents, à la condition de se donner une supérieure et un règlement sous la surveillance de la municipalité. Cela dura jusqu'au 7 août 1792, jour où l'assemblée législative mit en vente les couvents des religieuses, en accordant à chacune des expulsées une pension variant suivant leur âge de 500 à 700 l ; la pension était assurée même dans le cas où elles se marieraient. (Etudes, année 1*593, p. 177).

ne restera au couvent que trois religieux, dont un prêtre infirme et trois frères lais. Le couvent sera donc supprimé. » — Les Pères Joseph Mesplou et François Detcheverry, absents du couvent, avec autorisation du P. supérieur ne donnèrent pas leur déclaration. — Le P. Cauteranne déclara être daus la nécessité de renoncer à la vie commune. A sa sortie du couvent, il devint aumônier de la Redoute au fort de Hendaye. Il prêta le serment schismatique le l 81 mars 1*791- Le 31 du même mois, M. Galbarret, curé de cette paroisse, lui fulmina l'interdit, au nom de l'évêque de Bayonne. — Le P. Bonaventure Decous dit vouloir quitter le cloître, se séculariser et résider à St-Jean-de-Luz. — On ne connaît pas la déclaration de Bernard Jauretcbe. — Le P. Joseph Mesplou se retira à Mendionde, d'où, le 1 er juin 1791 il réclama sa pension.

Dans l'état des prêtres et ex-religieux pensionnaires de l'année 1792, on trouve les noms des Pères Harabillague, Mesplou, Elvired, Decous, Aussibot et des Frères Yves Domcc et Bernard Jauretcbe. Dans celui d'avril 1793, on ne trouve que les noms de ces deux derniers. Les autres durent passer en Espagne.

L'église du couvent fut fermée, le 25 juin 1791, et nous voyons les membres de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité de St-Jean-de-Luz demander, le 13 juin 1793, au directoire du district, que les cloches des églises soient converties en canons et notamment deux ou trois cloches restées chez les récollets (1). On put sauver quelques parties du rétable de la chapelle. C'est avec ces restes unis aux débris de l'église St- Vincent, qu'à l'ouverture des églises, on reconstitua le rétable que l'on voit encore dans l'église paroissiale, avec N. D. de la Paix au milieu.

Le couvent servit de caserne et de magasin de fourrages aux troupes de l'armée des Pyrénées occidentales, qui le dévastèrent.

L'hôpital de St-Jacqucs servit de logement aux malades (galeux) de la même armée. Cet établissement doté d'une rente fixe de 560 1., subventionné des revenus de l'octroi de la ville et enfin par la générosité des marins, entretenait, en temps ordinaire, huit malades à raison de 15 1. par mois. La dépense annuelle, y compris les frais d'infirmiers et d'officiers de santé s'élevait à2,000 1. environ. Il fournissait quelquefois des secours à domicile. Dévasté durant la Révolution et les guerres d'Espagne, la municipalité voulut le

( l; Voir les Etudes hist. et relig., année 1893, p. 51 et 175.

rolcver de ses ruines. Bien plus, dans une séance municipale du 14 septembre 1802 (1), le maire J. Detehevers, tout en reconnaissant la possibilité d'une restauration suffisante pour les besoius de la commune, invita les membres du conseil à considérer la question « de la mendicité et du vagabondage » et leur proposa d'acquérir, de concert avec la municipalité de St-Jcan-de-Luz, le couvent des Hécollets avec son jardin et dépendances. < Le gouvernement, disait-il, vu les dévastations des hospices des deux villes ne peut accueillir que favorablement le projet, on cédant le dit couvent eu indemnité ou après estimation. Il servirait pour toutes les communes du canton. L'hospice recevrait : 1° les indigènes malades ; 2° les mendiants valides en état de travailler ; 3° les vagabonds ou gens sans aveu pour les faire travailler. On y établirait une école secondaire, une école d'hydrographie, où on accourait de tous les environs et voisinage d'Espagne ». Un si beau projet n'eut pas de suite.

La même municipalité invitée par M. lo Préfet à statuer sur le projet de réunion des hospices des deux villes de St-Jean-de-Luz et de Ciboure, arrêta et déclara, le 8 mars 1808, « qu'il est de l'intérêt de la commune de Ciboure, que sou hospice soit conservé au particulier comme par le passé, qu'à cet effet, il soit fait un devis estimatif des réparations » (2). On y reconnaît l'ancien esprit de parti (le meum tnum), qui divisa les deux villes, et comme l'esprit de division diminue les forces (f'rigidum verbum is/ud). Ciboure resta sans hospice et Saint-Jean-de-Luz avec un bien modeste.

Dès le mois de février 1*797, l'abbé Suharc était sinon de retour d'Espagne, du moins souvent parmi ses anciennes ouailles. Dès cette époque, il put tenir un registre paroissial. Le 9 mars 1800, après avoir prêté serment à la constitution de l'an vin, il demanda et obtint de la municipalité de Ciboure le pouvoir d'exercer les fonctions sacerdotales dans cette paroisse. L'église était complètement dévastée. La municipalité demanda à M. le Sous-Préfet de « céder à la commune de Ciboure les objets et ornements, qui

M) L'union de Ciboure et de St-Joan-de-Luz dura jusqu'au 0 mai 1800. (!!) Keg. do 1700 à 1824.

se trouvaient aux Récollets et qui étaient indispensablerncnt nécessaires i\ l'église de la paroisse ». La commune, qui surtout de 1792 à 1794, avait été ravagée par les troupes, souffrait encore de leur séjour prolongé. C'est pourquoi la municipalité se plaignit, le 30 août 1801, au môme Sous-Préfet de la « surcharge de ces troupes, qui, stationnaires dans la commune, tenaient les habitants écrasés » (1).

Le 27 février 1801 , Bernard Suhare prit le titre de curé dans les actes paroissiaux, titre qui lui fut confirmé à l'ouverture officielle des églises. A son décès en 1819, lui succéda Bertrand Guiltzou, qui, après les préalables civils, avait obtenu de résider dans la paroisse, le 10 mars 1801. Le 4 septembre 1802, le citoyen Aussibot (le P. Fulgence), ex-récollet, se présenta devant la municipalité de Ciboure, qui lui reconnut le droit de réclamer sa pension, conformément à l'arrêté des consuls du 3 prairial an x (25 mai 1802).

Parmi les victimes de la Révolution, à Ciboure, nous pouvons encore citer Jean Compaigne, cordonnier, Agé de 26 ans. Après avoir émigré en Espagne, il fit partie de la Royale, commandée, par le duc St-Simon. Il luttait près de St-Jean-Pied-de-Port, quand il fut fait prisonnier. Conduit devant la commission établie à Bayonne par arrêté de Pinet et de Cavaignac, il fut condamné et exécuté dans cette ville, le 29 avril 1794.

Nous nous sommes attardé sur ces deux paroisses, et cependant nous n'avons pas parlé des marins, de leurs pêcheries des baleines, d'abord au golfe de Gascogne, puis dans les parages de l'Islande, de Groenland, pêcheries qui entraînèrent la découverte de Terre- Neuve et du Canada, cent ans avant les navigations de Christophe Colomb (2), de leurs célèbres armements et expéditions sous le ministère de Richelieu et Colbert, — de leur concours au siège de La Rochelle, au ravitaillement de l'ile de Ré, lors des guerres

(\\ Ciboure eut à subir de nouveaux désastres dans les années 1808 à 1814. iKeg. do la Mairie ibid.)

(2) Le célèbre navigateur aurait appris d'un basque l'existence d'un nouveau continent. D'aucuns font ce pilote d'An-de-Luz (St-Jean-de- Luz), d'antres le font biscaïen. (Hist. générale des Indes, ouvrage du xvu e s.). Voyez : 1° l'intéressante publication Les pêcheurs basques à Terre- X cuve, par M. H. Ducéré, clans le Bulletin de la Société des Sciences. Lettres et Arts de Pau, ?>• liv. 1892-3 p. 240 à 2"»9 ; — 2° Duvoisin Uég. N 2, p. 32 i ; N 5, 320-325; N fi, p. Ri, 40, 72, 73 ; p. 82 à 83 et passim ; — 3" Mémoire des négociants de St-Jean-de-Luz et dç Ciboure, à M. de Planthion, en 1710.

de Hollande (1081), de la succession d'Angleterre ,'1G88), d'Espagne C 1701-1713), de la Révolution et du premier Empire, ete. (1).

St-Jean-de-Luz et Ciboure, favorisés de divers privilèges, franchises et libertés commerciales prospérèrent jusqu'au traité

(I) En Louis XI 11 manda au bayle et habitants de St-Jean-de- Luz et de Ciboure de construire et d'équiper quatre navires pour protéger leur commerce à Terre-Neuve. Les quatre bâtiments, d'une jauge officielle de fiOO tonneaux, furent construits dans les chantiers de la Nivelle et commandés par François de Lohobiague, Martin Hirigovcn, Joaehin de Ilaristéguy, Jean d'Arrech, d'Ibagnette, élus par les habitants et commissionnés par lo roi. iGoyetche, p. 7 'il. — Sous Colbert, sans compter les navires du grand et petit cabotage, St-Jeande-Luz et Ciboure avaient 80 bâtiments de haut bord, animés par plus de 3,000 marins. C'était l'époque où Martin Sopite, de Ciboure, inventait et pratiquait le moyen de fondre la graisse de la baleine sur mer.

- En 167.Ï, le pays de Labourd comptait 'i ,000 officiers mariniers et et matelots. — Jean Peritz de Ilaraneder, rejeton d'une branche de la famille de ce nom, établie à Ciboure, riche de deux millions et ennobli par Louis XIV possédait en propre 18 navires, ou y était intéressé. Son fils ainé, Dominique Jean Périts Moco ne fut pas moins célèbre. Etaient contemporains de ce dernier, les commandants de Jalday, de Larralde, d'Ornoague, de Chibau, de St-Martin dit le Bayle*, les corsaires Cépé et Dueonte. A eux succédèrent François Sopite, fameux corsaire, complimenté par M. de Choiseul en 1765, Jean d'Olabarats, chevalier de St-Louis, d'Elchoverry. fameux par son expédition aux Molusques (1770), le capitaine Dalbarade, cousin du contre-amiral, ministre de la marine de ce nom, le célèbre corsaire Pellot, de Hendaye, Lermet Dermit, Etchebaster, si renommés à l'abordage. A la Révolution et sous l'Empire, se distinguèrent Michel Lan ea, Dornaldeguy, Danchochury, Bavart, Michel Etehcgaraj\ etc., brillants officiers de marine, aujourd'hui «à peine connus, sinon entièrement inconnus, même à quelques-uns de leurs descendants. Voir Duvoisin Réu r . N 2, p. 331, N fi, p. fi8 , Goyetche. p. 138, 177.

Voici l'éloge que M. Lespés de Hureaux, lieutenant du Roi, en la sénéchaussée de Bayonne, subdélégué de l'Intendant, faisait en 1718 des marins de Ciboure — et nous pourrions en dire autant de ceux de St-Jean-de-Luz, sinon de ceux de toute la cote: « Ces matelots sont estimés les meilleurs de l'Europe, tous braves jusqu'à la témérité. Il y a parmi eux un grand nombre de familles appelées Acfiotars, qui, de père en fils, font profession de donner secours aux vaisseaux, battus par la tempête, qui se trouvent à la rade de St-Jean-de-Luz. Ils s'exposent familièrement aux grands dangers et font des espèces de miracles pour sauver des vaisseaux prêts à faire naufrage ». Dans les archives municipales de Ciboure à la date du 29 décembre 1792, on trouve une remarquable adresse de félicitations de 2fi8 citoyens de toute profession, militaires, ecclésiastiques, marins et bourgeois échappés au naufrage que le navire V Union, expédié de la Martinique à Bayonne, fit à la côte de Ciboure. L'adresse est faite : \° à 80 marins de Ciboure, qui au péril de leur vie se dévouèrent pour sauver les malheureux naufragés ; 2° aux notables et habitants de Ciboure et de St-Jean-de-Luz, qui se disputèrent les victimes pour les habiller elles héberger. — De nos jours, en 18fi7, Pierre Larretche, de Ciboure, patron du canot de sauvetage de Socoa, en sacrifiant sa vie, sauva

Prince Impérial, à l'entrée

d'Urecht, qui nous enleva le Canada, l'Acadie et Terre-Neuve. Lésés dans leurs intérêts et même dans leurs d/oits puisqu'ils avaient contribué à la découverte de ces terres, ils protestèrent hautement contre la perte d'un « héritage transmis par les siècles et l'une des sources essentielles de la navigation du pays » (1). Déboutés dans leurs réclamations, ils tentèrent quelques armements et expéditions aux îles St-Pierre et Miquelon. Hélas, les ravages incessants de la mer vinrent accélérer leur décadence. Aujourd'hui laissés à leur propre initiative, ils sont réduits à chercher des moyens d'existence dans l'envoi de quelques matelots et officiers aux armements des ports voisins et enfin dans une pêche au jgolfe de Gascogne, pêche qui, avec un peu d'encouragement et d'organisation, serait plus fructueuse.

Ajoutons que la foi de nos marins n'a pas dégénéré de celle de leurs ancêtres. Ceux-ci incorporés dans « la frairie de St-André, par délibération en date du 13 novembre 1733, s'engagèrent sous peine de 30 livres d'amende et d'un mois d'interdiction, de sortir du port de Socoa, la veille des fêtes et des dimanches, à tous les lameurs, excepté le cas de nécessité pour porter secours aux navires et vaisseaux. Les anciens marins fournirent plusieurs subventions et dons à l'église paroissiale, à la chapelle de Bordegain, à l'hôpital St-Jacques. Les descendants ont donné un bel ostensoir et dernièrement encore de magnifiques vases de Chine, que les étrangers admirent à l'autel de N. D. des Douleurs, à l'église. Fidèles à ne point franchir la croix du Port sans réciter les prières d'usage (Pater, Ave), ils ne le sont pas moins à la bénédiction solennelle de la mer et de leurs bâtiments, le jour de la Trinité, à l'issue des vêpres.

Ce jour-là, une traînière aux couleurs nationales, choisie chaque année, vient prendre aux abords de la rue du Quai, le clergé de la paroisse de Ciboure, à qui incombe ce devoir ou cet honneur, et l'on part aux chants répétés de Non sumus digni a te exaudiri... exaudi prœces populi hujus (Nous ne sommes pas dignes d'être exaucés. . . mais, Seigneur, exaucez les prières de ce peuple...]. Une petite flottille de 30 à 40 pinasses, traînières, chaloupes, attend près du chenal, l'embarcation du patron-amiral ? de la circonstance, pour ensemble voguer au delà YArkta, et là bénir l'immense

(1) Goy. p. 142.

plaine. Après la pieuse cérémonie, dans le même ordre et au chant des hymnes à îa Vierge, l'étoile de la mer, et les litanies des saints, on rentre au port de Socoa, pour y bénir chaque embarcation devant le personnel de chaque équipage et une affluence accourue dos divers points de la paroisse et des environs.

La foi et le courage de nos marins se manifestent surtout, à l'heure du danger, dans la détresse, dans ces épouvantables catastrophes dont les registres de la mairie et de l'inscription maritime nous conservent les sinistres souvenirs (1). Faisons des vœux pour que de nouveaux modes de péehe établis sur le golfe de Gascogne, améliorent leurs moyens d'existence et que la rade de St-Jean-dc«Luz et de Ciboure, considérablement améliorée par les travaux commencés en 1863 et continués jusqu'à ce jour, reçoive un complément désirable dans la plaine de YUnxin. Ces travaux faciles, au dire des experts, s'imposent au point de vue de la défense nationale et au point de vue commercial. En attendant ces jours de renaissance et de prospérité nouvelle, les deux villes de St-Jean-de-Luz et de Ciboure, placées — nous n'hésitons pas à le dire — dans un des plus beaux sites du monde, sont devenues deux charmantes stations balnéaires, que les étrangers de toutes les nations du monde aiment à fréquenter. Déjà les hauteurs de nos dûnes et de nos riants coteaux, d'où la vue se perd dans l'Océan et dans les montagnes des Pyrénées, se couvrent d'élégants chalets. Mais ne répétons pas ici ce qu'un de nos plus fidèles hôtes, aussi aimable qu'érudit, M. Nicolaï, avocat et secrétaire de la Société archéologique de Bordeaux, auteur d'intéressants ouvrages sur le droit et sur l'histoire du pays, a si bien dit dans la Préface de cette modeste publication.

(1) Citons-en deux des plus récents : Le 1 er février 1881,1a chaloupe Denise disparut en mer, corps et bien, avec 10 hommes, laissant 10-veuves et 25 orphelins. — Les souscriptions donnèrent 29,273 fr. 64. — Le 18 janvier 1894, ce fut le tour de la chaloupe Ste-Ursule, perdue à 15 milles au large, avec 9 hommes d'équipage, laissant cinq veuves et 20 orphelins. Les souscriptions s'élevèrent a 17,481 fr. 35. — Au moment où nous écrivons ces lignes, une excellente œuvre, dont le siège principal est à Paris, 5 rue liayard, s'organise dans le diocèse. Nous voulons parler de YŒuvre des Mers. Cette œuvre, aussi française que chrétienne, a pour but d'armer un navire pourvu d'un aumônier, d un médecin, de médicaments et de secours de toute nature destinés aux 15 à 20 mille qui, chaque année, partent de France pour faire la grande pêche dans les mers du Nord, en Islande et Terre-Neuve. Nos marins basques encouragés par cette amélioration de leur sort ne manqueront pas de se rendre en plus grand nombre dans ces mers tant de fois parcourues par leurs ancêtres.

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