LABOURD ET PARTIE DE LA BASSE NAVARRE
LE LABOURD
Le Labourd, en basque Laphurii, est le nom du territoire habité àe temps immémorial par les labourdins {Laphurtar/aX) % tribu de la race eskualdunaise. De là Je nom de Lapurdunt, Zapurdo, ancienne citadelle, puis cité de Labourd. « In provincia Novem-
populana tribunus cohohortis Novcmpulanœ, Lapurdo (1) »
« Civitatis Baionœ antiquum pro^riumque nomen erat Zapurdum, in qno Tribunum cohortis Novempopulanœ stationem habuisse docet Notitia Tmperii. (2) » « Boiatium civitas, hoc est Baiona, quasi Boiona, quœ olim dicebatur Lapurdum, ubierat praesidium Romanorum. Hodie territorium ejus nomen retihet et vocatur Lapord seu pagus Lapurdcnsis. (3) » « La cité des Boiates, c'est-à-dire Baione, comme si l'on disait Boiona, qui autrefois s'appelait Lapurdum, où se tenait une garnison romaine. Aujourd'hui c'est le territoire qui retient ce nom, et il s'appelle Laàord ou pays Labourdin. »
Dans les ancienues divisions de la France, le Labourd (vallis
(1) Notice des dignités de l'Empire, vers la fin du règne d'Honorius, entre 395 et 400.
(2) Marca hisp. Lib. I. cap. 14.
(3) Scaliger. L. II. oh. 7.
quœ dicitur Laburdi) ou Lahord (1) comprenait toute cette portion de territoire, qui s'étend, le loug de la mer, entre l'Adour et la Bidassoa. C'était une vicomté qui exista jusqu'à 1193.
Arsius Racca, qui gouverna plusieurs diocèses de la Gascogne, après les désastres et les bouleversements occasionnés par les Maures, a laissé une charte datée de l'année 980 environ, où sont énumérés les localités et les territoires qui, de toute ancienneté (priscis temporibus), ont fait partie de l'église de Labourd. En outre de la vicomté du Labourd, le diocèse de l'évêque de Labourd (episcopus laburdensis, laburdensis ecclesia) comprenait la vallée de Cize jusqu'à la Croix de Charles, la vallée de Baigorri, la vallée d'Arberoue, la vallée d'Orsais, la vallée de Bastan jusqu'au milieu du port de Velate ; la vallée de Lerin ; la terre d'Hernani et de San Sébastian, de Guipuzcoa jusqu'à Santa-Maria de Arosth et de San Adrian : « Omnis vallis, quœ Cirzia dicitur usque Karoli crucem ; vallis quœ dicitur Bigur ; vallis quœ Erberon dicitur; vallis quœ Ursaxia dicitur ; Basten item vallis, usque in medio portu Belat ; vallis quœ dicitur Larin; téïra- quœ dicitur £ mania et sanctum Sebastinum de Pusico usque ad sanctam Mariam de Arosth et usque ad sanctam Trianani » (2) , . tk x
Cette charte avait pour but de fixer les limites entre 1 evèché de Labourd (Bayonne) et celui de Pampelune. Les Navarrais ne voulurent point admettre cette délimitation, à laquelle ils prétendaient n'avoir point concouru et dont ils contestaient l'exactitude sur plusieurs points. Bernard d'Astaraç, évôque de Labourd, profitant des excellentes relations qu'il avait avec don Pedro de Roda, évêque de Pampelune, voulut sortir d'une situation difficile en usant de transaction. Il en appela donc à la cour de Rome. « Après un mûr examen, Pascal II, par une bulle de Latran du cinq des ides d'avril 1106, confirma pleinement la charte d'Arsius, dans toutes ses délimitations et approuva aussi le don de l'égiise de Maya récemment fait à la cathédrale de Labourd. Le pape traite Bernard, de vénérable frère et le qualifie d'évèque des Labourdins » (3). Cette même circonscription fut confirmée, en 1194, par une Bulle de Célestin III adressée à Bernard de Lacarre, évêque
(}} Cart. de Bayonne. f°» 13 et 32.
(2) Livre d'or, ou Cart. de l'Eglise S**-Marie de Bayonne p. \. Arch. départ.
(3) Balasque: Etudes hist. sur la ville de Bayonne t. I. p. 83.
de Bayonne, qui avait accompagné Richard, roi d'Angleterre, dans la troisième croisade on Palestine.
Bernard d'Astarac avait confié l'administration de Bastan et de l'église de Maya à Garcia, originaire de Maza et chanoine de Bayonne, avec le titre d'archidiacre de Bastan (1). Sous son administration et celle de ses successeurs, l'église de Maya prospéra tellement, qu'elle excita et enflamma la cupidité de don Pedro Fortun, seigneur de Bastan, qui substitua son fils Péritz à Felipe, archidiacre. Le siège épiscopal de Labourd était alors occupé par Arnaud- Lop Bessadat. Après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, il n'hésita pas à excommunier le père et le fils, et à mettre l'église de Maya en interdit. Cet état dura plus de trente ans. Dès lors, il n'y eut plus d'archidiacre de Bastan, bien que la vallée et l'église fussent soumises à l'évêché de Bayonne.
En 1566, eut lieu la fameuse entrevue de Bayonne où le duc d'Albe fit part à Charles IX du bref, en date du 30 avril 1566, que son maître Philippe II d'Espagne venait d'obtenir du pape S. Pie V. Par ce bref, le pontife romain enlevait à l'évêque de Bayonne les vallées de Bastan et de Lérin, les territoires d'Hernani, de St-Sébastien et de Valcarlos situés en Espagne, parce que, y était-il dit, « si les habitants de ces provinces du ressort du for ecclésiastique de Bayonne pour leurs affaires et intérêts spirituels, continuaient
à y recourir; ils pouvaient, par suite de leurs relations tomber
dans les erreurs, qui alora infestaient la France. » Il s'agit des erreurs calvinistes et des tendances suspectes de Jean deMoustier, évêque de Bayonne. Dans ces mêmes lettres, qui devaient valoir autant que dureraient les erreurs, il était enjoint à l'évêque de Bayonne et à l'archevêque d'Auch, de nommer deux vicaires-généraux, l'un diocésain, l'autre métropolitain, tous les deux nés et résidant en Espagne, et de les investir des pouvoirs nécessaires à l'administration de ces vallées et territoires, à l'exclusion des deux dits prélats. Faute de s'y conformer dans les six mois, à dater du jour de la notification des lettres pontificales, l'archevêque d'Auch et l'évêque de Bayonne perdaient toute juridiction sur ces terres, qui passaient sous l'autorité des évêques de Pampelune et de Calahorra.
Jean de Sossiondo venait de remplacer, cette même année, Jean
jl) Livre d'or, p. 30.
de Moustier sur le siège de Bayonne. Il ne Voulut pas paraître consentir au démembrement de son diocèse. Au lieu de suivre la voix du Pontife romain, il écoutait à la fois la cour de France, d'où Charles IX lui intimait ses ordres, et son métropolitain, très peu en grâce avec la cour de Rome. L'évêque et le métropolitain laissèrent expirer le terme fixé par le bref, sans nommer leurs vicaires généraux. Dès lors, les lettres pontificales eurent leur pleine exécution. Les évèques de Bayonne protestèrent à différentes reprises dans les synodes et les réunions ecclésiastiques ; ils continuèrent longtemps à faire l'appel des titulaires des églises perdues (1). Mais leur diocèse fut réduit aux limites qu'il avait avant la Révolution.
Voici les paroisses de l'ancien diocèse de Bayonne. Au Labourd, dont nous allons nous occuper en premier lieu, savoir : Les paroisses formant les cantons de Bayonne Nord-Ouest et Nord-Est (moins Saint-Esprit, le Boucau et St-Etienne) ; les cantons d'Espelette, de St-Jean-de-Luz et d'Ustaritz en entier ; les paroisses de Bardes et de Guiche, du canton actuel de Bidache (2) ; celles de Bonloc, Hasparren, Macaye et Mendiondedu canton de Hasparren; Briicous du canton de Labastide-Clairence.
L'évêché de Bayonne, avant la Révolution, était un des dix suffragants de l'archevêché d'Auch. La partie cispérénéenne comprenait deux archidiaconés : celui du Labourd et celui de Cize (archidiaconatus Laburdensis et archidiaconatus de Cizia). Le premier appelé archidiacre-major, résidait à Bayonne et avait la préséance sur celui de Cize, établi à St-Jean-Pied-de-Port. Toutefois la règle devait souffrir quelque exception, car nous voyons les Etats de Navarre demander, entre 1671 et 1689, que l'officialité de l'évêque de Bayonne fût toujours à St-Jean-Pied-de-Port et non ailleurs. L'archiprêtre de Bayonne avait aussi la préséance sur celui de Cize, qui d'ordinaire, était à Baïgorry. Labastide-Clairence à elle seule formait un archiprêtré, indépendamment de celui d'Arberoue.
Le Concordat de 1802 donna pour circonscription, au diocèse de Bayonne, les départements des Hautes-Pyrénées, des Basses- Pyrénées et des Landes. La loi du 4 juillet 1820 et la bulle du 10 octobre 1822 l'ont réduit au département des Basses-Pyrénées.
(1) Voir nos Recherches historiques sur le Pays basque, t. i, p. 210 et suiv.
(2) Bidache était une souveraineté appartenant au diocèse de Dax*