TITRE IV
De la loi de la résidence
Article I er . — La loi de la résidence sera régulièrement observée ; et tous ceux qui seront revêtus d'un office ou emploi ecclésiastique, y seront soumis sans aucune exception ni distinction.
II. — Aucun évêque ne pourra s'absenter, chaque année, pendant plus de quinze jours consécutifs, hors de son diocèse, que dans le cas d'une véritable nécessité , et avec l'agrément du directoire du département, dans lequel son siège sera établi.
III. — Ne pourront pareillement les curés et les vicaires s'absenter du lieu de leurs fonctions, au-delà du terme qui vient d'être fixé, que pour des raisons graves, et même en ce cas, seront tonus les curés d'obtenir l'agrément, tant de leur évêque que du directoire de leur district ; les vicaires, la permission de leur curé.
IV. — Si un évêque ou un curé s'écartoit de la loi de la résidence, la municipalité du lieu en donneroit avis au procureur-généralsyndic du département, qui l'avertiroit par écrit de rentrer dans son devoir, et après la seconde monition, le poursuivroit pour le faire déclarer déchu de son traitement pour tout le temps de son absence.
V. — Les évèques, les curés et les vicaires ne pourront accepter de charges, d'emplois ou de commissions qui les obligeroient de s'éloigner de leur diocèse ou de leur paroisse , ou qui les enleveroient aux fonctions de leur ministère, et ceux qui en sont actuellement pourvus, seront tenus de faire leur option dans le délai de trois mois, à compter de la notification qui leur sera faite du présent décret, par le procureur-général-syndic de leur département, sinon et après l'expiration de ce délai, leur office sera réputé vacant, et il leur sera donné un successeur en la forme ci-dessus prescrite.
VI. - - Les évêques, les curés et les vicaires pourront, comme citoyens actifs, assister aux assemblées primaires et électorales , y être nommés électeurs, députés aux législatures, élus membrps du conseil général de la commune et du conseil des administrations de district et des départements. Mais leurs fonctions sont déclarées incompatibles avec celles de maire et autres officiers municipaux et des membres des directoires de district et de département ; et s'ils étoient nommés , ils seroient tenus de faire leur option.
VII. — L'incompatibilité , mentionnée, dans l'article VI , n'aura cffot que pour l'avenir ; et si aucuns évoques, cures ou vicaires, ont été appelés par les vœux de leurs concitoyens aux offices de inaire et autres municipaux, ou nommés membres des directoires de district et de département, ils pourront continuer d'en exercer les fonctions.
C. F. de Bonnay, Président. P. de Delley, Robespierre, Populus , Dupont , de Nemours , Garât , aîné , Regnault de St-Jean d'Angely, Secrétaires.
Nous ne nous arrêterons ni à l'examen, ni à l'appréciation de cette étrange Constitution civile du clergé. Luther et Calvin ne l'eussent pas faite autrement. Disons qu'elle fit dire à Mirabeau : « Je crains que cette Constitution civile du clergé n'altère la nôtre ! »
Vers les derniers jours de 1790, une loi exigea le serment do fidélité à la Constitution, sous peine de remplacement. Louis XVI refusa de donner son approbation à cette loi inique, mais l'Assemblée constituante passa outre. Un décret porta que le délai fixé pour la prestation du serment expirait le 4 janvier 1791, à une heure du matin, et ce môme jour, on affichait, sur tous les murs de la capitale, que ceux qui ne le prêteraient pas, seraient considérés comme perturbateurs de l'ordre public.
Voici la formule du serment : « Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi civile et politique et au Roi. »
La loi renfermait la Constitution civile du clergé et nul catholique ne pouvait, sans être traître à sa conscience et à l'Eglise, , prêter purement et simplement le serment imposé ; on pouvait le prêter conditionnellement, en réservant formellement les droits de l'Eglise. Le serment restrictif des droit de l'Eglise est ce que, dans nos pays, on appela le serment blanc (zin ehuria) et que presque tous nos prêtres basques eurent la fermeté de prêter. Mgr de Villevielle était un prélat trop zélé et trop vigilant pour se taire dans des circonstances si critiques. Au commencement du mois de novembre 1790, il adressa à son clergé une lettre pastorale où, après avoir condamné et flétri l'usurpation de l'Assemblée constituante , il traçait , d'une main sûre , la conduite à suivre , au milieu des événements si graves. C'était entraver l'acceptation de la Constitution. La municipalité de Bayonne le comprit bien. Elle dénonça l'évêque au directoire du district, qui exigea la rétracta-
tion do la lettre. Le refus du saint prélat fut aussi net qu'énergique ; aussi fut-il dénoncé au président de l'Assemblée constituante. Le directoire du district, osa traiter de libelle la lettre pastorale do l'évôque; il fit éclater son zèle, sou activité à remplir ses fonctions, à venger les augustes législateurs, et demandait le châtiment des violateurs de l'excellente Constitution civile du clergé. De Villevielle fut, tour à tour, l'objet de flatteries et de menaces ; il resta inébranlable.
Forcé, comme l'évôque de Dax, de quitter son palais épiscopal, il passa quelques jours dans sa nouvelle maison de campagne, à Marrac, dont il venait de régler l'acquisition. Mais il ne tarda pas à gagner la terre hospitalière d'Espagne, à la suite de ses collègues de Dax et d'Aire. C'était croyons-nous, à la fin de mars 1791. Il n'y oublia pas son troupeau. Grflee à la sécurité que lui inspirait la foi de ses chrétiens de la frontière, il arriva au Séminaire de Larres6ore, le 7 juin 1791. Après un court séjour dans cet établissement, il poussa jusqu'à Marrac, où il se proposait de faire une ordination. Il était en même temps porteur des lettres pontificales du 19 mars et du 13 avril 1791, de Pie VI. La première, adressée aux archevêques et évôques de l'Assemblée nationale, prouvait que la constitution civile du clergé était en opposition manifeste et directe avec la foi catholique, avec les lois générale de la discipline, avec les écrits des Pères de l'Eglise, avec les définitions des conciles et enfin avec les maximes regardées comme inviolables, en France, par le degré et la puissance séculière. La seconde, adressée à tout le clergé français, défendait aux évêques consacrés et aux évèques consacrants, d'après la nouvelle loi, d'exercer aucune fonction épiscopale sous peine de suspense, et les frappait à' irrégularité, s'ils passaient outre ; elle déclarait en même temps , illégitimes , sacrilèges et de nul effet les élections épiscopales et curiales, interdisait aux titulaires toute juridiction d'ordre ecclésiastique et spirituel, les prévenant qu'il serait obligé de les anathématiser et de les dénoncer à l'Eglise universelle comme schismatiques et séparés de sa communion dans leur rébellion.
L'intention de Mgr de Ville vielle était de promulguer ces lettres dans un Mandement publié en face de la municipalité de Bayonne. Le directoire du district lui notifia que, de par la loi, toute fonction épiscopale lui était interdite. Un détachement de garde nationale placée, près de Marrac, fut chargée de surveiller les mouvements
du zélé pasteur, qui voyant que la position était intenable, reprit le chemin de l'exil. Il voulut dire un dernier adieu au séminaire de Larressore. Delà, il alla à Souraïde, dans la maison de Pierre Duhalde, dig'ne frère du supérieur de Larressore, qui, avec le curé de la paroisse, le suivit jusqu'à Urdach (Espagne). Le saiot prélat se rendit auprès de Mgrl'évôque de Pampelune, dont la généreuse charité p mr les confesseurs de la foi, au dessus de tout élog*e, s'épuisa pour procurer à tous les secours nécessaires (1). C'est de cette ville qu'il data, le 12 mai 1792, son ordonmnee « en adhésion aux nouvelles Lettres du pape Pie VI, en date du 19 mars 1792 ».
En effet quelques prélats, le cardinal de Loménie de Brienne, — archevêque de Sens, précédemment de Toulouse, et ministre de Louis XVI, l'oncle de Mgr de Faye, évèque d'Oloron, — Charles de Talleyrand-Périgord. évèque d'Autun, Louis de Jarente, évôque d'Orléans, Jean-Joseph Gobel, évèque de Lydda, Charles Saviaes, évèque de Viviers, J.-B. Dubourg-Miroudot, évèque de Babylone, suffragant de Gènes et attaché à la Corse, avaient eu le malheur d'apostasier.
Le Pape adressa à ce sujet des Lettres Mouitoires le 13 avril 1791 au clergé de France; il y flétrissait les nouvelles élections et en particulier celle de Saurine qui venait d'être sacré, le 27 février, par Charles de Talleyrand, assisté de deux intrus, Expilly et Marolles. Le 19 mars, Pie VI adressa de nouvelles et pressantes lettres au Clergé français; elles étaient ainsi libellées : « Nouvelles lettres de Notre Très-Siint Père le Pape Pie VI portant d'itératives Mo/iit ions, particulièrement aux Evêques Consécrateurs ou Assisians; aux faux Evêques consacrés et Intrus, et à leurs Vicaires; aux Evêques qui ont prêté le Seraient civique, aux Curés Intrus; aux Vicaires, et à tous autres Prêtres délégués par les Evêques Intrus* dins le Royaume de France.
Avec assignation de soixa?ite jours pour lu seconde Montiion, et de soixante autres jours pour la troisième ».
Il est hors de doute que Mgr de Villevielle accepta publiquement les premières lettres; mais nous n'avons pas trouvé son Mandement. Nous avons été plus heureux pour sa seconde Ordonnance que nous nous faisons un devoir de donner ici in-extenso:
il) Documents inédits sur les affaires religieuses de la France, extraits des archives du Vatican, publiés par le P. Theiner, t. il, p. 252.
Ordonnance de M. l'Embue de Bayoane, en adhésion aux nouvelles lettres de Notre Très-Snnt Père le Pape Pie VI, en date du 19 mars 1192.
Vu par Nous les nouvelles lettres du St-Père le Pape Pie VI, du 19 du mois de mars, adressées aux cardinaux, archevêques, évoques, chapitres, clergé et fidèles du royaume de France, ]>ortant d'itératives nionitions, particulièrement aux évêques consécrateurs ou assistants; aux faux évêques consacrés et intrus, et à leurs vicaires; aux évêques qui ont prêté le serment civique; aux curés intrus et aux vicaires ; à tous les autres prêtres délégués par les
évêques intrus dans le royaume de France avec assignation de
soixante jours pour la seconde monition, et de soixante autres jours pour la troisième.
Considérant que nos pères nous ont appris que c'est dans le saint Siège principalement, et dans le corps de l'épiscopat uni à son chef, qu'il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésiastique confiée aux évêques par les apôtres (1), et qu'il n'est point d'orthodoxe qui doute que le pape ne soit chef, pasteur et primat de l'Eglise universelle, père et docteur de tous les chrétiens, selon le langage du Concile de Florence : et qu'il ne puisse, en cette qualité, pourvoir dans les cas et selon les formes de droit au régime de tous les diocèses, et à toutes fonctions pastorales qui y sont nécessaires pour le bien des âmes (2).
Considérant que la lumière a depuis longtemps commencé à se répandre du haut de la chaire apostolique, par la réponse de Sa Sainteté aux prélats députés à l'Assemblée nationale, par son instruction du 18 avril de l'année dernière 1791 , adressée aux évêques*, au clergé et à tous les fidèles de l'Eglise de France, concernant les ecclésiastiques qui ont prêté le serment prescrit par l'Assemblée nationale, et les faux pasteurs déjà en possession ou prêts à s'emparer de l'administration des diocèses et des paroisses.
Considérant que la nouvelle instruction adressée à l'Eglise de Frauce toute entière ne laissera plus de doute aux yeux des peuples sur renseignement uniforme du pape et des évêques ; que plus
il) Bossuet. Serm. sur l'Unité, prêché devant le clergé de Fiance en 1682, et imprimé par ses ordres.
|2j Lettre circulaire du clergé de Fiance, de l'an Iuôj, imprimée par ordre de l'Assemblée de 168"2.
nous en avons médité 1rs dispositions , plus nous y avons reconnu la tradition de notre Eglise, le langage de nos collègues dans l'épiscopat, la doctrine et la pratique de l'Eglise universelle, et que Pierre a parlé par la voix de son digne successeur.
Considérant enfin, que telle est aujourd'hui la violence de la tempête contre l'Eglise gallicane, que les évêques voudroient en vain procéder à l'acceptation et publication du décret apostolique, dans ces formes antiques et solennelles que la sage discipline de l'Eglise avoit consacré; qu'il s'agit des plus grands intérêts de la religion; et que privés de la consolation de recevoir en corps de pasteurs, la décision du Souverain Pontife, nous n'en sommes pas moins tenus de faire connoître notre vœu, pour éclairer les consciences, afermjr nos frères dans la Foi, et préserver des malheurs du schisme la portion du troupeau de Jésus-Christ, confiée à notre sollicitude :
Nous déclarons accepter avec respect et soumission le jugement émané de l'autorité du Saint Siège le 19 mars de la présente année 1792, et notamment les dispositions qui condamnent le serment exigé des ecclésiastiques français; et celles qui, relatives aux évèchés et aux cures, prononcent dans l'ordre de la religion la nullité des nouvelles érections, nominations et confirmations, et de tous les actes de juridiction faits en conséquence, par des pasteurs intrus et sans pouvoir.
Nous déclarons unir notre voix à celle du Vicaire de Jésus-Christ, pour rappeler à l'observation des saints canons, par des avertissements paternels et charitables, les ecclésiastiques de notre diocèse qui ont eu le malheur de consentir à une prestation pure et simple du serment ordonné ; et ceux qui ne se bornant pas à cette première contravention se seroient ingérés dans la charge des âmes sans une mission expresse des dépositaires de l'autorité spirituelle.
A l'égard des censures et peines purement canoniques, décernées à Rome, dans ces circonstances si extraordinaires, contre les membres du clergé, coupables d'intrusion ou de parjure, et qui persévèreroient dans leur défection, nous en ordonnons l'exécution en ce qui concerne notre diocèse, sans préjudice du droit, ou plutôt du devoir attaché à notre qualité de juge ordinaire et immédiat des personnes ecclésiastiques en matière spirituelle.
Nous compterons toujours au rang des premiers devoirs de l'apostolat le soin de resserrer par notre exemple, les liens de
l'obéissance duc à l'autorité du Saint Siège, et à la personne de Notre Saint-Père le Pape Pie VI. Puissent ne s'effacer jamais de la mémoire des véritables enfans de l'Eglise gallicane, les leçons immortelles du plus célèbre défenseur de ses libertés. « Il y a, disoit « Bossuet, parlant au nom de toutes les églises de France : il y a » un premier évêque. Il y a un Pierre, préposé par Jésus-Christ » même à conduire tout le troupeau. Il y a une Mère Eglise, qui » est établie pour conduire toutes les autres ; et l'Eglise de Jéstis- » Christ, fondée sur cette unité comme sur un roc immobile est » inébranlable (1).
» Qu'elle est grande l'Eglise Romaine, soutenant toutes les » églises, portant le fardeau de tous ceux qui souffrent, entrete- » nant l'unité, confirmant la foi, liant et déliant les pécheurs, » ouvrant et fermant le ciel ! qu'elle est grande, encore une fois, » lorsque pleine de l'autorité de St-Pierre, de tous les apôtres, de » tous les conciles, elle en exécute avec tant de force que de dis-
» crétion les salutaires décrets » !
Quel aveuglement quand des royaumes chrétiens ont cru s'affranchir, en secouant, disent-ils, le joug de Rome qu'ils appelloieot un joug étranger ; comme si l'Eglise avoit cessé d'être universelle, ou que le lien commun qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ , fût devenu étranger à des chrétiens !
L'Eglise de France est zélée pour les libertés, et elle a raison
Mais nos pères nous ont appris à soutenir les libertés sans manquer • au respect.
Sainte Eglise romaine, Mère des églises et Mère de tous les fidèles, Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfans dans la môme foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à son unité
par le fonds de nos entrailles Vous qui nf écoutez... tremblez à
l'ombre même de la division; songez aux malheurs des peuples qui, ayant rompu l'unité, se rompent en tant de morceaux (2}....
Et ailleurs : le pape comme chef et la bouche de toute l'Eglise, du haut de la chaire de St-Pierre, dans laquelle toutes les églises
il) Relation des actes et délibérations, concernant la constitution du pape Innocent XII, du 12 mars 1699, imprimée par ordre de l'Assemblée du clergé de 1700.
i?l Sermon sur l'Unité. Tous ces points de suspension sont dans le texte.
gardent l'unité, annonçoit à tous les fidèles la commune tradition, avec toute l'autorité du prince des apôtres ; les évoques reoonaoissoient dans le décret du premier siège, la tradition de leurs saints prédécesseurs, toute vivante dans leurs églises, et ce consentement parfait étoit la dernière marque de l'assistance du Saint Esprit, qui animoit tout le corps de l'Eglise catholique; c'étoit là cet examen que le grand pape saint Léon avoit tant loué. Ainsi... lesévèqutes. avouoient que le premier siège, lorsque le besoin de l'Eglise le demandoit, pouvoit commencer, pour être suivi avec connoissance par les sièges subordonnés ; en sorte que tout aboutit à limité catholique (1).
Et sera la présente ordonnance, envoyée à toutes les églises paroissiales, et à toutes les communautés ecclésiastiques, séculières et régulières de notre diocèse, avec les lettres apostoliques du 19 mars dernier, et une traduction française pour l'instruction de tous les fidèles : nous attendons de l'esprit sacerdotal qui anime nos vénérables coopérateurs dans l'exercice du saint ministère, qu'ils agiront avec autant de circonspection et de prudence, que de zèle et de charité pour faire connoître à leurs paroissiens le jugement du père commun des fidèles, en assurer l'effet sur les consciences, et concourir ainsi à la paix de l'Eglise et au rétablissement de ses lois. Donné àPampelune en Espagne, ce 12 mai 1192.
f E.-J., Evèque de Bayonne (2).
Ce fut, croyons-nous, la dernière ordonnance du saint évèque, 'qui, Tannée suivante, mourut de chagrin, au couvent des Bernardins d'Oliva, en Espagne.
Mgr de Villevielle « avait perdu, en H87, M. d'Ithurbide, ce grand vicaire, si versé dans la science ecclésiastique et dans la connaissance des affaires diocésaines. M. de Hureaux lui restait, et avec lui MM. de Tostain, de Villiers, d'Alincourt et Ducasse, auxquels il avait conféré le titre de grands vicaires » (3). A deux ou trois ans d'intervalle, nous voyons d'autres ecclésiastiques non
(1) Relation concernant la constitution du pape Innocent XII ; proeèsvfeibal de l'Assemblée du cierge" de 1700.
(?) Imprimé. In-8° de 6 p. sans lieu, ni date. (3) Duvoisin. Via de Daguen'e, p. 434; Areh. Départ., G. 202.
moins distingués faisant partie ou do la curie épiscopale ou du chapitre de Rayonne. Qu'on nnus pardonne d'en dire un mot, en commençant par le premier :
)• Philippe-Maur de Lespès de Bureaux. Il naquit à Baronne, le 15 janvier 1722, de messire Salvat de Lespès de Hureaux, lieutenant-général au sénéchal de cette ville et seigneur de Hureaux, et de Jeanne-Marie de Larreteguy. 11 fit ses études, à Paris, où il fut ordonné en septembre 1747. Doctenren Sorbonne, il fut successivement chanoine de la collégiale de S'-Esprit, grand-vicaire de Bayonne, officiai diocésain, enfin chanoine de la cathédrale. Il refusera le serinent à la Constitution civile du clergé. Aussi, quoique septuagénaire et infirme, fut-il déporté, en 1793. Nous regrettons de ne pouvoir donner ni le lieu, ni Tannée du décès de ce confesseur de la foi ( 1 ).
2° Gfaïblmmt-Cyr de Tostain, prêtre du diocèse de Bayeux, il devint chanoine de Bayonne, le 12 janvier 1788.
» Louis de ViHiers, chanoine de Bayonne, puis vicaire-général de Mgr de VillevieMe; à la mort de son éveque, à Oliva, il devint administrateur du diocèse.
4° Robwï HwquelfaV Al incourt. Né, le 2 janvier 1748, au diocèse d'Amiens, il devint aussi vicaire-général de Mgr de Villevielle. Il était chanoine de la cathédrale de Baj'onne, par suite de la résignation de M. de Pontis. A la mort de Mgr de Villevielle, par commission du Pape Pie VI, il fut chargé avec de Villiers, de l'administration du diocèse , pendant la vacance Au rétablissement du culte, il continua ses fonctions de vicaire-général jusqu'à l'arrivée de Mgrd'Astros. Alors, il devint et resta chanoine officiai pendant l'épiscopat de ce saint et distingué prélat à Bayonne. Le 25 juillet 1830, il fut nommé official-capitulaire. Esprit éclairé, administrateur consommé, son nom reviendra souvent sous notre plume dans les pages suivantes.
5» Jean-Pierre- Emmanuel Ducasse. Il naquit à Bayonne, en 1752, de Bernard D., et de Marthe Rigal, et fut ordonné, à Oloron, en mars 1779. Docteur en Sorbonne, il devint grand-vicaire du diocèse de Lescar. En 1785, il fut uommé chanoine théologal du chapitre de Bayonne et grand-vicaire. Son refus de serment à la Consti-
(1| Voir uno note sur ses grand-père, père, et frère, dans la Vie de M. Daguerre, par C. Duvoisin, p. 50f>.
tution civile du clergé lui valut la déportation. A son retour d'Espagne, il redevint chanoine titulaire et mourut en 1824. Il avait un frère, du nom de Bernard-Antoine, né aussi, à Bayonne, et ordonné prêtre à Oloron, le 27 mai 1782. Il dut suivre l'exemple de son frère pour le serment constitutionnel.
6 J Jotchim de Haraneder. Né, à S'-Jean-de-Luz, de Jean H., et de Gratianne de Gastambide, il fut ordonné prêtre, le 9 mars 1748. A la Révolution, il était un des plus anciens chanoines de Bayon ne. Il refusa le serment civique : exemple suivi par son frère Pierre, ordonné prêtre, en 1736.
7° Pierre de Salha. Il naquit à Bardos, le 3 octobre 1748, de messirc Sal vat, marquis de Salha et baron de S'-Pée (Basse-Navarre J, et de Marie-Louise de Casamajor de Charritte. Il fit toutes ses études à Paris, et fut admis dans les ordres sous titre de bénéfice. Prêtre, en janvier 1773, il devint chanoine de Bayonne en 1788. Aussi pieux qu'éclairé, il refusa le serment à la Constitution schismatique et il émigra, en juillet 1794. Jusqu'alors, on le trouve administrant les sacrements et célébrant les saints mystères en cachette dans les chapelles de quelques établissements religieux ou dans des maisons particulières. A l'ouverture des églises, il reprit sa stalle de chanoine et mourut, à Bayonne, le 6 avril 1815. Etaient de sa parenté, les deux frères Pierre et Jacques de Salha, nés, le premier, le 25 mars 1721, et le second, le 11 avril 1730, du mariage de messire Philippe marquis de Salha, et de Catherine de Larreteguy. Tous les deux firent leurs études à Paris, et y reçurent les ordres sacrés. Pierre, ordonné prêtre, sous titre de bénéfice, le 4 juin 1746, devint curé de Cligny ou Chigny, en Bourgogne, puis chanoine de Lescar. Jacques, prêtre en décembre 1755, fut chanoine de l'église métropolitaine de Paris (1).
8° Jean-Joseph Lamy, fils de François L., et de Marie Dubroca, naquit à Bayonne. Ordonné prêtre, le 17 mars 1753, il fut secrétaire de l'évêché de Bayonne, de l'année 1766 à celle de 1774.
9° Dominique de Haraneder-Boutran. Il naquit, à Ciboure, de Dominique de H., et de Sabine Leremboure. Ordonné prêtre, le 24 mars 1755, il fut bénéficier, puis chanoine à Bayonne. Les Boutran, dont la maison subsiste encore à Ciboure, furent longtemps à la tête de la municipalité de cette ville.
(1) Voir nos Récit, hist. t. 1, p. 315.
10° Louis de Vie de Bachouè, vicaire général do Lescar, souvent cité dans les documents antérieurs à la Révolution.
11° Jean-Baptiste Garât. Fils, croyons-nous, de Pierre Garât, et de Jeanne de Hiriart, il vit le jour à Hasparrcn, et fut ordonné prêtre, le 6 mars 1762. Il devint chanoine de la cathédrale d* Bayoune, en 1788. Fidèle à sa foi, il refusa le serment civique et il passa en Espagne, en 1792. Son nom reviendra encore sous notre plume.
12° André Bar ateiart. Il naquit à Duvana, diocèse de Calahorra (Espagne), de Pierre B., et de Marie-Emmanuelle Larralde. Son père était de Larressore ; c'est pourquoi il y plaça son fils au séminaire ; il lui fit faire ses études, sous la direction du célèbre fondateur de cet établissement. Le jeune André, ordonné prêtre, le 13 juin 1767, fut incorporé au diocèse.
On sait que l'abbé Daguerre était en relation avec les plus hauts personnages de son temps. Le duc de Grenade lui ayant demandé un bon précepteur pour l'éducation de son fils, le digne supérieur ne crut pas mieux choisir que l'abbé Baratciart pour cette tâche, dont celui-ci sut s'acquitter avec honneur. A son retour, il devint secrétaire de l'évêché de Bayonne, dont il remplit les fonctions jusqu'à la Révolution. L'abbé Baratciart était élevé à trop bonne école pour se laisser séduire par les nouvelles doctrines ; il refusa avec énergie le serment constitutionnel , et il reprit le chemin d'Espagne.
En 1784, l'abbé Baratciart édita un volume in-12 de 274 pages, intitulé : Gniristinoqui biciteeco eta hilteeco Moldea.
Ce précieux livre d'excellentes méditations sur les grandes vérités de la religion, sur les principales vertus chrétiennes, sur l'amour de Dieu et de son prochain, sur la dignité du chrétien, sur la confession, la communion, etc., a eu plusieurs éditions et continue à faire du bien encore de nos temps. Il a été traduit en langue souletine, et il est connu dans ce pays, sous le nom de Petites Méditations, par opposition aux Grandes Méditations de l'abbé Duhalde, dont nous parlerons plus loin (1). Nous avons dit que l'abbé Baratciart édita ce volume ; en effet, le véritable auteur est un prêtre basque de S'-Jran-de-Luz ou de Ciboure « ancien
(1) Voir ces diverses éditions dans YEssai d'une bibliographie de la langue basque, par J. Vinson. Paris, J. Maisonneuve, 25, Quai Voltaire, p. 234 et suiv.
curé. » Son manuscrit, qui existe encore, a été seulement recopié et abrégé par l'abbé Baratciart, qui n'en a pas moins de mérite, vu le bien que ce livre opère parmi nous, depuis plus d'un siècle.
A l'ouverture des églises, Baratciart se fixa à Ustaritz où il s'occupa d'enseignement. Il mourut, en 1826, dans cette belle paroisse, qu'il ne cessa d'édifier de l'exemple de ses vertus vraiment sacerdotales.
13° Jean, alias Dominique Larralde. Né, à Espelette, de Dominique L., et de Dominica Berindoague, et ordonné prêtre, le 16 juin 1763, l'abbé Larralde figure comme chanoine-syndic dans le bureau ecclésiastique tenu, le 6 octobre 1790, par de Villevielle(l). Fidèle à l'Eglise, il refusa aussi le serment à la Constitution civile du clergé et il émigra en Espagne. A son retour, il s'installa dans sa paroisse natale, où il ne tarda pas à mourir.
14° Dominique Viviez. Fils de Guillaume V., et de Catherine Etcheverry, il naquit, à Bayonne, le 14 février 1764. Avant son ordination, le 7 mars 1789, il était professeur au séminaire de Larressore, où nous le retrouverons en parlant de cet établissement. Il était professeur de philosophie quand la Révolution vint à éclater. Il refusa le serment civique et alla en Espagne. Il passa le temps de son émigration chez 1 evèque de Salamanque, dont il était l'hôte et le commensal attitré (2). A son retour, il se replaça dans l'enseignement, en attendant sa nomination à la chaire de théologie du grand séminaire de Bayonne. Nommé chanoine honoraire le 25 juillet 1818, deux années après, le 10 octobre, il reçut les lettres de vicaire-général. Le 25 juillet 1830, il fut nommé vicaire-général capitulaire. Il mourut à Bayonne, le 19 février 1834.
% II. — Injustes accusations portées contre nos é Déçues. — Sanadon et Saurine. — Lois, décrets, arrêtés antireligieux. — Nouveaux départements, et évêckés. — Dénominations républicaines. — Tutoiement. — Catéchisme, calendrier républicains. — Circonscription, civile des paroisses du Libourd. — Divers comités, sociétés révolutionnaires. — Représentants du peuple, tribunal criminel, nouveaux décrets, arrêtés, délibérations de nos municipalités. — Leur attitude, celle de nos populations chrétiennes, de
(i) Arch. Départ., G. 59.
nos conf esseurs de la foi, et des prêtres assermentés. — Courants d'émigration, détails divers. — Instructions épiscopales ou Vademecum d'administration et de direction spirituelle pour les prêtres fidèles.
Il s'est trouvé des auteurs, intéressés à fausser l'histoire, qui ont accusé les évêques français d'avoir déserté leurs postes dès l'année 1789 (1). A les en croire, ils auraient pris la fuite, les uns par lâcheté, les autres par des vues politiques, pour intriguer. Nous voudrions réfuter cette accusation aussi fausse qu'injuste pour l'épiscopat français en général, au moins en ce qui regarde les évêques de la province d'Auch , et notamment pour ceux dont dépendaient les parties du Pays basque. Le peu que nous avons dit sur les dates de leur départ, sur leur résistance aux décrets de l'Assemblée nationale, prouve qu'ils ont lutté jusqu'à la dernière heure, et qu'ils n'ont lâché pied que, quand toute lutte était devenue inutile. Les intrus, les faux pontifes s'étaient déjà emparés à l'aide des bayonnettes de leurs sièges, et nos évêques luttaient encore. Il est de plus avéré, qu'au fond de leur exil, ils n'ont eu d'autre politique que celle de prier, comme Moyse sur la montagne, celle de diriger, d'encourager leurs ouailles, soit par leurs lettres, soit par celles des représentants de leur autorité épiscopale. Intriguer ! eux, très heureux de recevoir un gîte dans quelques obscurs monastères de moines? Intriguer! mais auprès de quel gouvernement? Certes, le voltairianisme n'avait-il pas déjà pénétré dans les diverses nations de l'Europe? Le jacobinisme français n'avait-il pas, pour lors, des intelligences dans la plupart dos cours européennes, surtout dans celle de l'indolent et insignifiant Charles IV d'Espagne? N'y poursuivait-il pas de sa rage haineuse nos émigrés, évêques et prêtres ? Témoin les lois portées contre eux et dout nous parlons plus bas. Non, nos évêques ne furent ni lâches, ni hostiles à leur patrie , pas plus qu'ils n'avaient été des hommes de compromis coupable. Admirables par leur constante fermeté devant les intrus et les révolutionnaires, ils le furent, par leur science et leurs vertus sacerdotales, dans l'exil. En un mot, ils furent apôtres et confesseurs de la foi.
(1) Voyez l'Histoire du clergé, pendant In Révolution française, par M. Robidou. Paris, Calmann Lévy, 1889 t. I 410 — l'Histoire de l'émigration ecclésiastique, ou les Mémoires de Grégoire, l'évèque intrus de Loir-et-Cher, publiés par H. Carnot, Paris, 1840. t. II. p. 337.
Nous allons voir à l'œuvre leurs prétendus successeurs, les faux pontifes Sanadon et Saurine.
Jean-Baptistc-Barthélemy Sanadon naquit, en 1729, à Nicolasde-Beauménil, prèsde Caen, en Normandie. Il entra dans la congrégation des religieux bénédictins de S l -Maur qui possédaient un collège à Pau. Sanadon y fut envoyé, en qualité de professeur d'histoire et de littérature. Quelque temps après, il devint principal de l'établissement. Un « Essai sur la Noblesse des Basques » lui valut une certaine renommée. C'était du reste un homme sans caractère et d'un esprit ami des nouveautés. Aussi, fit-il adopter à ses coreligieux un nouveau plan d'études pour son collège :
« Ils gémissaient depuis longtemps de se voir asservis sous le joug des préjugés et d'être obligés de retarder la marche du génie dans leurs élèves, parce qu'ils ne pouvaient s'élancer au-delà des bornes posées par l'ascendant impérieux de l'usage, qu'il est souvent dangereux de fronder. Nous voici enfin arrivés au temps heureux où les critiques surannées ne sont plus à craindre, ni les partisans des vieux systèmes à ménager. Nous pouvons marcher d'un pas ferme et assuré vers le bien connu, sans que nous soyons arrêtés par les entraves de l'opinion, puisqu'elle concourt à nous faire adopter, pour l'éducation, le plan que la raison a toujours tracé à ceux qui appelaient, par leurs vœux, un meilleur ordre de choses, en faveur de la jeunesse confiée à leurs soins. » Suit le plan d'études : d'abord le français, l'histoire et la géographie, la littérature française; puis le latin, auquel on ne devait consacrer que trois ans. Pour commencer cette étude, les élèves devaient avoir au moins douze ans. En rhétorique, on devait proposer pour modèles, les orateurs, qui de nos jours, dit le programme, ont traité h la tribune de l'Assemblée nationale de si grands intérêts et si nouveaux pour la France. En philosophie, le cours de morale devait comprendre l'explication des droits de l'homme, « parce que lorsqu'on a une patrie, il est aussi important d'être bon citoyen qu'honnête homme » (1).
Après ces lignes, le lecteur ne s'étonnera pas de voir notre principal, en compagnie du curé de Pau et de quelques autres, prêter le serment à la constitution civile du clergé, le 30 janvier 1791, et briguer les honneurs d'un évêché, fallût-il même pour cela
11) Congrès scientifique de France 1873. — Pau, t. II, p. 424-5.
devenir schismatique. L'élection constitutionnelle eut lieu, à Pau. le 1 er mai suivant. L'assemblée électorale se réunit, plusieurs fois, dans l'église des Cordeliers. Sanadon obtint 56 suffrages ; Lamarque, curé de Pau, et Péborde, curé dé Vicllcsegure, en eurent, chacun 30. I n scrutin de ballottage, entre Sanadon et Ouirail, curé de Gelos, donna l'avantage au premier, par 174 suffrages contre 96. Cette œuvre d'impiété et de schisme fut consommée le lendemain, le 2 mars.
L'élu alla se faire sacrer, à Paris, le 26 avril. De retour à Pau, il adressa, le 17 mai, aux autorités de sa ville épiscopale (Oloron;, la lettre suivante : .... < Etant arrivé, hier, à Pau. j'ai cru pouvoir donner quelques jours aux Messieurs du Directoire et du district, ainsi qu'à mes anciens confrères et amis. Ce petit tribut payé, j'espère me rendre à Oloron, samedi prochain. Il me tarde de me réunir a vous pour travailler, de concert avec vous, à l'affermissement de la paix et de la concorde, sans lesquelles il ne peut y avoir ni civisme ni religion. Votre zèle pour l'un et l'autre m'est déjà connu et je pars, avec la douce confiance, qu'aidé de vos lumières et de vos secours, le calme et l'harmonie seront bientôt rétablis et que les malveillants, s'il en est quelques-uns, seront réduits au silence et forcés de se soumettre à une constitution, qui n'a pour objet, que de procurer le bonheur général. Je ne vous dis rien en particulier de mes sentiments ; ma conduite vous les manifestera et vous fera voir en moi un patriote franc et sincère, pénétré de l'étendue de ses obligations civiles et religieuses, et très disposé à les remplir. C'est dans ces sentiments que je suis, Messieurs^ votre très humble serviteur, frère et citoyen ainsi que pasteur. » Signé : << Barthélémy- Jean-Baptiste Sanadon, évèque des Basses-Pvrénées. »
Ce n'est pas là, on en conviendra, le langage d'un Père de l'Eglise, ni d'un apôtre de N.-S. Mais un intrus sorti d'une élection purement civile, d'une assemblée électorale lai que, pouvait-il parler autrement?
Le samedi 21 mai, il fut reçu aux portes de la ville et conduit au séminaire par les municipalités d'Oloron, de Ste-Marie, et par la #arde nationale. Le lendemain, le faux pontife faisait son entrée à la cathédrale, dont il entendit prendre possession en prêtant serment à la constitution civile du clergé, en présence des deux municipalités réuuies. Le 18 juin, il procéda h une ordination dans la
chapelle du séminaire, où, par ordre et arrêté du directoire dw département , se trouvaient les officiers municipaux des neuf cantons du district. On voulait en imposer au public, par la solennité de la cérémonie. Un des premiers actes de Sanadon fut de révoquer toutes les autorisations et approbations accordées par d'autres que lui aux ecclésiastiques non-fonctionnaires. Il fît imprimer, à cet effet, une ordonnance en français et en basque que les directoires des districts se chargèrent de répandre à profusion dans tout le pays (1).
Les gardiens légitimes du troupeau fidèle ne restaient pas de leur côté oisifs, en présence du loup ravisseur. De Villevielle lança une ordonnance déclarant nuls les pouvoirs conférés par l'intrus. Quelques ecclésiastiques avaient accepté des fonctions de ce dernier : il leur notifia la dépense expresse et personnelle de les exercer. Les adhérents au schisme employaient les moyens les plus séduisants pour corrompre les fidèles et les induire en erreur. Pour les prévenir, il fit imprimer et répandre secrètement dans les paroisses un petit traité, en forme de catéchisme. Ce qu'il fallait penser de la constitution civile du clergé, des pouvoirs des évèques constitutionnels, des approbations, des dispenses accordées par eux, des absolutions, etc., des prêtres assermentés, tout y était minutieusement expliqué.
La date de ces mesures coïncida avec l'apparition de Villevielle, à Marrac, au mois de juin. Nous avons dit qu'il était porteur des brefs du 10 mars et du 13 avril 1791 de Pie VI. Par le dernier, adressé aux évoques, au clergé et aux fidèles, le pape déclarait « que le serment civique tel que l'exigeait l'Assemblée nationale, devait être considéré comme un sacrilège et un parjure, que tous les cardinaux, évèques, abbés, chanoines, curés, vicaires, prêtres et autres personnes eugagés dans la milice ecclésiastique, qui l'auraient prêté, purement et simplement , étaient suspendus de l'exercice de tout ordre, à moins qu'ils ne le rétractassent dans les quarante jours; que les élections faites ou à faire, selon les formes de la Constitution civile du clergé pour les églises cathédrales ou paroissiales, devaient être regardées comme nulles, illégitimes et sacrilèges, soit que les élus s'intitulassent évèques, soit qu'ils se nommassent curés; que l'on n'ait rien de commun avec eux, surtout dans les choses divines. »
(1) Nous donnons plus bas cette pièce.
Ce bref, avec l'instruction pastorale que de Villevielle y joignit, fut répandu dans les paroisses. Il ne contribua pas peu à faire ouvrir les yeux à quelques ecclésiastiques, qui s'étaient laissés séduire et à en arrêter d'autres sur la pente de l'erreur.
Ces mesures et d'autres prises par l'abbé Boyer, administrateur du diocèse d'Oloron-Soule, dont nous parlerons en son lieu (1), n'étaient pas propres à plaire à Sanadou et à ses adhérents. Le premier février, Hirigoyon Barthélémy, procureur de la commune et ville de Bayoune, signifia à MM. d'Alincourt, Ducasse et Tostain, vicaires généraux de Mgr de Villevielle, l'arrêté du Conseil municipal portant inhibition et défense de s'immiscer dans leurs anciennes fonctions, à peine d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public et punis comme tels, suivant la rigueur des lois.
Ils n'en continuèrent pas moins à remplir avec fidélité les devoirs de leurs charges. Nous voyons M. d'Alincourt notifier, au commencement du mois d'octobre , au curé d'Espelette , que les pouvoirs du vicaire pilriote étaient révoqués. Nous avons dit, plus haut, qu'à la mort de Mgr de Villevielle, l'administration du diocèse de Bayonne fut confiée par la Cour de Home, à MM. de Villiers et d'Alincourt. Le premier étant mort bientôt après son émigration, l'abbé d'Alincourt associa à l'administration du diocèse l'abbé Martin Etcheverry, curé de Hasparren. Forcés, à leur tour, de quitter la terre de France, ils se tenaient à la frontière, d'où ils faisaient de fréquentes apparitions dans le pays, surtout depuis Vannée 1796.
Maintenant, parlons de Saurine, évèque intrus des Landes.
Jean-Pierre Saurine naquit le 10 Mai 1733, à Kysus, dans le diocèse d'Oloron. Il était fils du maître d'école de ce village, et reçut les premiers éléments de latinité, du curé de sa paroisse. Il continua ses études à Bavonne et à Bordeaux. Doué d'une voix puissante, il était devenu chantre gagé d'une des églises de cette dernière ville. Il reçut la tonsure des mains de Mgr d'Arche, évoque de Bayonne, dans la chapelle de l'évôché, le 12 octobre 1749, avec un jeune bayonnais du nom de Romieu. Mgr de Ré vol, évêque d'Oloron, l'ordonna prêtre et le nomma vicaire de sa cathédrale. Il s'y compromit dans « une affaire qu'on n'a jamais bien expliquée, dit un écrivain, parce qu'on n'a jamais démêlé la
(h Voir la parlic : La Soûle.
vérité. » Interdit par son évèque, il préféra lancer une satire am ère contre le prélat, plutôt que se justifier. Il nia opiniâtrement sa ] ropre signature. Forcé de quitter le diocèse, il fut heureux de trouver une place de précepteur chez le marquis de Castelar, à Saragosse. A son retour en France, il accompagna le fils du marquis à Paris, où, après avoir recueilli un héritage assez considérable d'un de ses frères décédé aux colonies, il se fit recevoir avocat vers 1770. Dès lors, sorti de l'obscurité, il aspirait à monter plus haut. Il ne lui manquait que l'occasion de se produire ; la convocation des Etats-Généraux la lui fournit.
« La première Chambre des Etats particuliers de la province de Béarn, composée du clergé et de la noblesse, se crut autorisée à nommer les députés de la noblesse ; et les suffrages se réunirent en faveur de Mgr l'évêque de Lescar et de l'abbé de Charritte. MM. les curés du Béarn, croyant leur droits lésés, protestèrent contre une nomination à laquelle ils n'avaient voulu prendre aucune part, et peu de jours après, instruits par un avis que M. Necker, dit-on, leur fit passer, ils s'assemblèrent eux-mêmes pour procéder seuls à une nouvelle élection. M. Saurine fut un des élus. Il se hâta de paraître aux Etats-Généraux ; il venait, au nom des curés, pour combattre les prétentions d'un évôque et d'un abbé commandataire. La victoire ne pouvait être douteuse. Ses pouvoirs furent modifiés ; et dès les premiers jours, il se montra digne de l'honneur qu'il avait reçu, si toutefois, pour s'en montrer digne, il fallait être maître dans l'art de déclamer contre le haut clergé, la noblesse et les ministres » (1).
Saurine était connu : où s 'arrêterait-il ?
L'assemblée électorale des Landes avait nommé pour évèque du département, l'abbé Duplantier, curé de St-Geours. Celui-ci, « à qui son serment donnait sans doute assez de remords, ne voulut pas en préparer de nouveaux par le crime d'une consécration sacrilège et schismatique ». Il déclina donc le prétendu honneur de cette élection. Les électeurs landais avaient été informés par une note du club des Jacobins, que s'ils étaient embarrassés pour le choix d'un évèque, parmi les prêtres du département, ils pourraient
(1) L'abbé de Pébarthe, curé de àt-Scver. V. l'abbé Légé : Les Diocèses d'Aire et de Dax, t. 1, p. 105.
nommer M. l'abbé Saurine, député du Béarn, qu'on répondait de lui. L'assemblée porta donc sur lui ses suffrages, le 16 février.
Saurine fut sacré, le dimanche 27 février 1*791, par l'évêque de Lydda, Gobel, futur intrus de Paris, assisté des deux nouveaux évêques schismatiques de Soissons et de Quimper, Marolles et Expilly. Nous trouvons à ce sujet un récit extrêmement curieux dans un ouvrage assez rare et fort peu connu (1). Il emprunte les détails suivants à un journal de l'époque :
« Messieurs, écrit le 27 février, un abonné de Y Ami du roi aux rédacteurs, je viens de rencontrer un évôque de la nouvelle église qui, décoré des habits et marques de sa nouvelle dignité, était dans la crotte au milieu du Pont-Neuf; il sortait de la fabrique (du sacre). Il était conduit chez lui au milieu des boues; en téte du cortège était une musique militaire. A sa gauche (c'est le bon côté) était un honorable membre, M 0 Treillard. Un domestique de louage, au grand scandale des peuples, portait la queue de Son Excellence. Ce domestique ricanait et se cachait la figure avec un gros bouquet. La marche était terminée par un carrosse, fiacre, ou remise, fort sale ; le peuple était ébahi. 8a Grandeur, fort embarrassée de sa personne, avait l'air de consulter M R Treilhard sur ce qu'on devait penser du froid accueil de la Nation. On se demandait quel était cet évêque ? Les uns disaient : « C'est l'évêque de Versailles; plus généralement on s'accordait pour dire que c'était l'évêque de Dax. » On disait: « Il lui faudrait un écriteau pour désigner sou département. S'il venait une bonne averse, disait l'autre cela lui laverait la tète. »
A peine sacré, Saurine s'empressa d'envoyer des lettres de vicaires épiscopaux à Labeyrie, prieur des Barnabites, à Mont-de- . Marsan ; à Gros, prieur des Bénédictins à St-Sever ; à Robin, économe des Barnabites à Dax, avec recommandation expresse de surveiller d'un œil actif les actes des anciens évêques d'Aire et de Dax. Nous ne parlerons ni de ses lettres soi-disant pastorales, ni de ses visites. Si quelques mauvais poètes et quelques prêtres assermentés, protégés par les bayonnettes de la garde révolutionnaire, trouvèrent des accents pour célébrer celui qui « allait faire revivre les vertus de la primitive Eglise », il n'y eut pas mal de huées, de railleries, de chansons, etc., contre le faux pontife.
Il) A. Marcade. Talleyrand, prêtre et évoque. Paris. E. Rouvcyre 1883. In- 18, p. 121.
Nous renvoyons, pour ces curieux détails, à l'ouvrage si intéressant de l'abbé Légé (1 ).
Revenons à l'intrus Sanadon. Par son ordination du 18 juin, dans la chapelle du Séminaire d'Oloron, par la révocation des pouvoirs accordés aux ecclésiastiques non fonctionnaires, par sou mandement de prise de possession, il avait soulevé l'indignation de nos populations chrétiennes. L'agitation fut naturellement attribuée aux prêtres insermentés. Le Directoire d'Ustarits en manda plusieurs, des plus zélés, à sa barre, et eu fit môme décréter quelquesuns de prise de corps. Toutes les menaces restèrent inutiles. C'est pourquoi le Directoire du district d'Ustaritz demanda et obtint du directoire départemental, que Sanadon vint célébrer avec solennité la fête patronale de St-Jean-Baptiste, à St-Jean-de-Luz, le 24 juin. On voulait en imposer au peuple. Le jour de la solennisation arrivé, les autels de l'église paroissiale furent désertés. « Sur environ vingt-cinq prêtres, que comptait la ville, pas un seul ne se présenta à l'église », dit l'élégant écrivain de la vie de M. Daguerre (2).
Outré de colère, l'intrus interdit les doux curés de St-Jean-de-Luz et de Ciboure et les remplaça par de misérables prêtres. Il fit encore d'autres nominations. Elles ne pouvaient être que provisoires, aux termes du décret de la Constitution civile du clergé. Pour devenir définitives, elles devaient se faire dans l'église d'Ustaritz, le dimanche 28 octobre 1791. Malgré toutes les précautions prises par les membres du directoire de ce district, pour attirer les électeurs à l'assemblée, on ne fut pas plus heureux à Ustaritz qu'à St-Jean-de- Luz. Nous ne referons pas ce tableau si bien tracé par l'auteur déjà cité (3). C'est tout ce que nous dirons, pour le moment, de notre faux pontife, qui eut le temps de faire des réflexions durant ses mois de détention dans la citadelle de Jean-Jacques Rousseau . (Saint-Esprit), en 1794 (4). Parlons des quelques lois et décrets éditées contre l'Eglise par la Révolution.
(1) Ibid. p. 107. Nous donnerons également à la lin de notre travail, les pièces satiriques parues contre Sanadon.
(3) Ibid. p. 4G1-2.
(4) Du fond de sa prison, par une lettre du 14 frimaire an III (4 décembre 1794), Sanadon voulut • justifier son vote de député à la Convention, contre Louis XVI, savoir : la détention jusqu'à la reconnaissance de la République par les puissances de l'Europe et alors le bannissement, sous peine de mort. — Sanadon mourut à Oloron, le 'J janvier 1796. Il fut remplacé par Saurine, en 1797.
lly a trente ans, encore jeune lévite du sanctuaire, nous fûmes ému, en entendant l'abbé Salabcrry, mort archiprêtre de la cathédrale de Bayonne, parler dans une réunion publique sur la Révolution dans notre pays et conclure son discours en ces termes : « Encore quelques années et nos arrière-neveux ne croiront pas aux! pillages, aux excès de sauvage barbarie de la période révolutionnaire. » M. Sallaberry no pouvait pas prévoir que M. Taine, de l'Académie française, écrirait cette page sinistre de notre histoire. Avec toute l'autorité que lui donnent son talent, sa science, les preuves irrécusables qu'il porte à l'appui des faits cités et l'incrédulité qu'il professe à l'égard de nos dogmes, M. Taine termine le portrait de la Révolution par ces paroles ; « On a pu persuader au bon public que les crocodiles étaient des plus philanthropes, que plusieurs d'entre eux avaient du génie, qu'ils n'ont guère mangé que des coupables, et que, si parfois ils ont trop mangé, c'est à leur insu, malgré eux ou par dévouement, sacrifice d'eux-mêmes au bien commun » (1). D'autres historiens, avant l'illustre académicien, avaient essayé de combattre cette vérité. Mais, fils des victimes et enfants de l'Eglise, ils n'avaient pas été crus. Voici que M. Taine, qui se tient pour esprit libre, révèle et prouve à la tourbe démocratique, républicaine ou parlementaire, les horreurs des. dieux et des demi-dieux de cet Olympe révolutionnaire. Elle a beau en être scandalisée, les faits cités et prouvés par un des siens sont et resteront irréfutables.
Il est certain qu'en général nos populations et leurs représentants municipaux se montrèrent anti-révolutionnaires, attachés à leur foi et aux traditions chrétiennes. Mais les Marat, les Danton, les Robespierre que M. Taine appelle « animaux remarquables et tels que la divinité du temps ne pouvait mieux choisir pour s'y incarner » ne manquèrent pas d'avoir, aux pieds de nos montagnes, de dignes représentants chargés d'y chercher et de préparer des victimes aux crocodiles. Sans doute, il ne sera pas aisé de connaître les exploits de ces derniers. I^a Révolution, en dispersant les corporations religieuses ordonna, le 5 novembre 1790, qu'on transportât leurs archives dans les chefs-lieux des districts. Les lois du 24
(1) La Révolution, t. III, p. IV.
juin 1*792, du 17 juillet 1793 et d'autres encore ordonnèrent de brûler les titres nobiliaires et féodaux, d'envoyer aux arsenaux les manuscrits et les parchemins pour en- faire des cartouches. Quelques documents échappés à ces mesures révolutionnaires ont été réunis dans nos belles archives départementales. Malheureusement, ils ne sont pas encore inventoriés.
Il en est de môme de ceux de la plupart de nos mairies, d'où, au reste, on a fait disparaître plusieurs pièces propres à nous éclairer sur ces temps néfastes. En attendant de nouvelles études, nous donnons un aperçu sur les lois, les décrets édités par les assemblées nationales, de 1789 à 1794, sur les arrêtés portés par le directoire du département et ceux des districts. Si incomplet qu'il soit, il suffira au but que nous nous proposons, pour le moment, savoir : de démontrer la voracité sanguinaire des crocodiles et la constante résignation de nos victimes, de nos confesseurs de la foi.
1° Assemblée nationale on constituante (1789-1791 ). Le 1 er octobre 1789, elle adopta , la fameuse Déclaration des droits de V homme, qui portait, en tête, ces mots : Tous les /tommes naissent libres et égaux : cri orgueilleux et stupide faisant table rase de toutes les conditions naturelles et sociales de l'homme. La Déclaration renfermait les principes fondamentaux de la nouvelle constitution. La nuit du même jour, elle abolit, en une séance, tous les droits seigneuriaux, tous les droits de juridiction, dîmes ecclésiastiques, privilèges des biens de l'Eglise, des provinces, des villes, des personnes, etc. — Le 2 novembre, elle porta la main sur les propriétés déclarées, par elle-même, « inviolables et sacrées ». Cessant de reconnaître le clergé comme corporation, elle enleva à l'Eglise ses qualités et ses droits de propriétaire; elle mit ses domaines à la disposition de la nation. Le ministre fut autorisé à les vendre, jusqu'à concurrence de 400 millions, payables en assignats , papier-monnaie, créé par une loi du 17 décembre de la même année et ayant cours forcé; or un assignat de 100 livres valait, dans les Basses-Pyrénées, vers la fin d'avril 1795, six sous.
En exécution du décret du 4 août, quelques nobles brûlèrent leurs parchemins, renoncèrent à leurs titres de famille pour reprendre leurs noms originaires. C'était lâcheté, puisque c'était renier l'honneur des aïeux. Sous le nom d'égalité, on inaugurait le système d'individualismemixlonio,. Nous savons, au pays basque, un seigneur de la plus haute naissance qui, non content de faire
marteler ses armoiries, les fit disparaître de la couverture de tous les livres de sa bibliothèque, qui comptait près de 2,000 volumes. Le décret du 2 novembre, suivi de plusieurs autres de môme nature, amena la perte des fondations, prébendes, obits, revenus obituaires de nos églises, l'aliénation des presbytères, la vente des commanderies, des hôpitaux et établissements ecclésiastiques, comme les séminaires, couvents, monastères, abbayes et enfin de plusieurs églises, chapelles et oratoires. Le tour des terres de la couronne et des propriétés des émigrés ne devait pas tarder.
La plupart des provinces, par l'organe de leurs députés, avaient renoncé à leurs privilèges. Une loi du 15 janvier 1790 alla plus loin : elle les abolit elles-mêmes et leur subtitua 83 départements subdivisés eu districts, cantons et communes. Dès lors leBéarn, le Labourd, la Soûle, la Navarre, avec quelques communautés de la sénéchaussée des Lames devinrent purement et simplement le département des Basses-Pyrénées; il fut divisé eu six districts, dont les chefs-lieux étaient : Pau f chef-lieu aussi du département), Ustaritz, S'-Palais, Mauléon, Orthez et Oloron. Le pays basque formait donc trois districts : celui d'Ustaritz, partagé en huit cantons, savoir : Bayonne, Bidache, Ilasparrcn, Macaye, Espelette, Sare, S'-Jean-de-Luz et l.'staritz. Celui de Mauléon, partagé en six cantons; Came, Domezain, Mauléon, Barcus, Tardets et Sunharette. Celui de S'-Palais, avec sept cantons : Iholdy, Larceveau, S'-Jean-Pied-de-Port, Saint-Martin d'Arberoue, Ossès, La Bastide-Clairence et St-Palais. Les Etats du pays protestèrent. Les deux frères Garât, auxquels se joignirent d'autres délégués nommés par le pays, plaidèrent avec énergie la cause de leurs commettants. Mais tout fut inutile.
Le 12 juillet 1790, l'Assemblée nationale vota la loi sur la Constitution civile du clergé. Le 27 novembre de la même année, elle décréta, que tous les évèques et curés qui, dans les huit jours, n'auraient pas prêté serment de fidélité à la constitution, seraient censés avoir renoncé à leurs fonctions. De 135 prélats de France, quatre seulement se montrèrent parjures. Les ecclésiastiques, faisant partie de l'Assemblée nationale, devaient prêter le serment à la même constitution, le 4 janvier 1791. Sur 300, il y en eut 70, qui y adhérèrent. La loi du 12 juillet 1790 réduisit les 135 archevêchés et évêchés à 83 sièges; un par département. 'Cette nouvelle organisation supprima les évêchés de Bayonne, de Dax, de Lescar
et ne laissa que celui d'Oloron. Déjà, sous prétexte de réduire le nombre des couvents et des monastères, l'assemblée avait supprimé et interdit les vœux monastiques, tout en alléguant ne vouloir leur refuser que la sanction légale. C'était porter la main à l'arche sainte. Notre Seigneur Jésus-Christ n'avait dit ni à Hérode , ni à Pilate, ni à Néron, mais à Pierre, fils de Jean : « Tu es Pier?'e et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. Pais mes agneaux , païs mes brebis. »
2° Assemblée législative (l 6r octobre 1791 au 27 septembre 1792 ). L'Assemblée constituante se sépara le 30 septembre 1791. Elle fut immédiatement remplacée par la législative. Le département des Basses-Pyrénées y était représenté par MM. Lerernboure, de St- Jean-de-Luz ; d'Ithurbide, d'Ustaritz ; Casemajor, d'Oloron ; Casemajor, de Sauveterre ; Loustalot, de Morlaàs ; Bergeras, de Salies.
La nouvelle Assemblée était trop révolutionnaire pour revenir sur les lois et les décrets anticatholiques. L'Assemblée Constituante menaça les prêtres insermentés. L'Assemblée législative les frappa. Dès le mois d'octobre 1791, elle porta le décret suivant : « Tout ecclésiastique non assermenté est tenu de se présenter, dans la huitaine, par devant la municipalité et d'y prêter le serment civique. Ceux qui s'y refuseront ne pourront désormais toucher aucun traitement ou pension sur le Trésor public. — Ces prêtres seront, en outre, pour le seul fait du refus de serment, réputés suspects de révolte et particulièrement surveillés. — On pourra, en conséquence, les éloigner de leur domicile et leur en assigner un autre. — S'ils se refusent à ce changement imposé de domicile, ils seront emprisonnés. — Les églises, employées au culte salarié par l'Etat, ue pourront servir à aucun autre culte. Les citoyens pourront louer les autres églises et chapelles et y faire pratiquer leur culte. Mais cette faculté est interdite aux prêtres non assermentés et suspects de révolte ». Le roi se refusa à approuver ce décret. Mais que signifiait son veto ?
Le 8 novembre 1791, l'assemblée décréta que les émigrés seraient coupables de conspiration, poursuivis comme tels et punis de mort, s'ils ne rentraient pas avant le l or avril 1792.
Le 26 mai 1792, elle arrêta que les ecclésiastiques, qui se refuseraient à se soumettre à la constitution civile du clergé, seraient déportés; ce décret fut promulgué, le 26 Août. Le roi avait été, pour lors, transféré à l'ancien couvent du Temple.
La commune de Paris, p >ur ne pas rester en arrière, arrêta que tous ceux qui étaient en relation avec le roi, ou suspects de quelque attache à l'ancienne monarchie, seraient arrêtés. Los prisons de la capitale regorgeais nt de ces suspects et on arrêtait de nouveaux malheureux, à chaque heure du jour et de la nuit. Pour faire place aux prêtres, aux royalistes et autres personnes suspectes, on mit en liberté tous les prisonniers vulgaires. Sans compter ceux du séminaire de Saint-Firmin, de l'abbaye de Saint-Germain etc., au couvent des Carmes même, il y avait euviron 220 ecclésiastiques. Parmi eux étaient l'archevêque d'Arles, les évêques de Saintes et de. Beauvais, Herbert, supérieur des Eudistes et à côté de ce dernier, un de ses disciples, François Dardan, né à Isturits (Basses-Pyrénées) dans la maison dite Sarhia. Ils furent massacrés, le 2 septembre, avec une barbarie, qui n'eut d'égale que la résignation courageuse des victimes. Ces massacres continuèrent les 3, 4, 5 et 6 septembre. Plus de trois cents prêtres y périrent. Ces horribles carnages furent imités dans les départements sur l'invitation de Danton, alors ministre de la justice.
Le Directoire du département des Basses-Pyrénées n'avait point attendu le décret du 26 août 1792, pour sévir contre les prêtres réfractaires. Voici une série de ses arrêtés extraits des délibérations du conseil d'administration départementale (1J.
Par arrêté du 4 janvier 1792, il ordonna aux prêtres réfractaires de s'éloigner de quatre lieues de la localité où ils exerçaient leurs fonctions, sous peine d'arrestation et de dénonciation à l'accusateur public. L'abbé Soussens, curé de Navailles, et l'abbé de Saint- Ksteven, curé de Ciboure, furent deux des victimes de cet arrêté. — Les 8 avril, 7 mai, 11 août, il porta des arrêtés relatifs à la liste et à l'administration des biens des émigrés. — Le 30 mai arrêté, ordonnant que dans les 24 heures, à compter de sa publication, tous les ecclésiastiques insermentés, ci-devant fonctionnaires publics, domiciliés ou réfugiés à Bayonne, seraient tenus de sortir de cette ville et de son territoire. — Le 7 août, « considérant l'habitude prise par un nombre considérable de personnes de se réunir dans un but de dévotion, à Bétharram le 15 août et le 14 septembre, et pensa-it que ces rassemblements, sous prétexte de cérémonies religieuses, étaient dangeureux pour l'ordre public, le conseil arrêta
(1) Congrès soientif. do France. Pau, 1873, t. 1, p. 4'r2 et suiv.
que les portes extérieures de l'église de Bétharram seraient fermées et murées, avec défense expresse au public de former des attroupements aux lieux de Bétharram et de Lestelle, sous quelque prétexte que ce fût, et aux capucins réfugiés dans ladite maison de Bétharram, de s'abstenir de toute fonction publique.
Le 21 août, autre arrêté ordonnant : 1° aux ecclésiastiques étrangers réfugiés dans le département de sortir, dans les 24 heures, du district où ils se trouvaient et dans trois jours, des limites du département, sous peine d'être arrêtés; 2° aux ecclésiastiques ci-devant fonctionnaires non conformistes ou réfractaires et remplacés dans le département, de se retirer dans la ville de Lescar, dans la maison des ci-devant Barnabites, pour y vivre en commun ou en particulier, de laquelle maison ils ne pourront sortir, sous aucun prétexte; 3° aux étrangers laïques réfugiés dans le département et en particulier dans la ville de Bayonnc, le district d'Ustarits et les habitations les plus voisines de la frontière, do sortir du district, sous peine d'être arrêtés et détenus ».
Les directoires des districts s'agitaient de leur côté. Celui d'Ustarits, dans un rapport adressé, le 8 mars 1792, au Directoire départemental exhalait sa mauvaise humeur contre les prêtres réfractaires et s'exprimait ainsi : « Parmi les prêtres non conformistes, les uns étayés par les corps municipaux, continuent leurs fonctions publiques, quoique remplacés de fait; les autres, bien que surveillés par des municipaux patriotes, courent de maison en maison et soufflent dans les familles la contre-révolution; ils ont poussé l'audace jusqu'à ouvrir le temps pascal dès le premier, dimanche du carême, réunissant les habitants dans les maisons particulières, les y confessant, les endoctrinant, en sorte qu'au temps prescrit par les ordonnances synodales, pour l'ouverture des Pâques, les fidèles ne s'adressent point aux prêtres constitutionnels ». Ces lignes sont remarquables ; elles démontrent la présence de nos confesseurs de la foi au pays, au commencement du mois de mars 1792, et l'empressement des fidèles à leur demander les secours religieux, en désertant les églises servies par les apostats.
C'est pourquoi le rapport du Directoire concluait ainsi : « En conséquence le Directoire d'Ustarits arrête, que lesdits prêtres dissidents seront arrêtés et transférés à Bayonne, pour y faire leur demeure jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, avec inhibition et défense de sortir et passer les portes de la ville. »
Les prêtres insermentés restèrent sans nul doute dans le pays, le temps voulu pour faire faire les Pâques. Mais désespérant d'une situation aggravée par le décret du 26 août 1792 et les massacres de la capitale et de plusieurs villes de France, ils se préparèrent à émigrer. Disons qu'il y eut deux émigrations tout-à-fait distinctes: celle des prêtres et celle des nobles. La première se fit pour Dieu et son Eglise conformément à cette parole de N. S.: « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre ». A très peu d'exceptions près, elle fut édifiante pour les peuples témoins de la constance, des vertus chrétiennes et sacerdotales de nos confesseurs de la foi. La seconde eut pour mobile le plus souvent, non Dieu et son Eglise, mais les intérêts de race et de situation personnelle, sinon un mobile politique.
La Convention. — Cette assemblée succéda à la Législative, le 21 septembre 1192. Le département des Basses-Pyrénées y était représenté par MM. Conte, d'IIiriart, Pémartin, Meillan, N'evcû, Vidal, Sanadon et Làa, ces deux derniers suppléants.
Une des dernières lois que dut signer l'infortuné Louis XVI, fut celle concernant la circonscription des paroisses du département des Basses-Pyrénées. Elle intéresse le pays, au premier chef, et nous donnerons plus bas la partie relative au Pays basque.
Le lendemain même de sa réunion, la nouvelle Assemblée abolit la royauté, proclama la république et concentra tous les pouvoirs. Le 17 janvier 1793, elle prononça contre Louis XVI à la majorité de onze voix, la peine de mort sans sursis et sans appel. Le département des Basses-Pyrénées et celui des Hautes-Alpes furent les seuls départements, dont les députés ne voulurent pas voter la mort du roi. L'Europe s'émût au bruit du régicide. Elle arma ses troupes de terre et de mer. L'Angleterre était en tête d'uue coalition grossie par la longue, liste des émigrés 5 . La Convention, comme pour jeter un défi, porta contre ces derniers le formidable décret suivant : « I. Les émigrés spnt bannis à perpétuité du territoire français : ils sont morts civilement ; leurs biens sont acquis à la république. IL Les effets de la mort civile, dont la nation a frappé les émigrés, ne peuvent être opposés à la république. En conséquence, toutes les substitutions, dont ces biens sont grevés sont ouverts au profit de la république. A l'égard des successions échues ou à échoir aux émigrés, depuis leur émigration, elles seront
recueillies par la république, pendant cinquante années, à compter
du jour de la promulgation de la présente loi, sans que pendant ledit temps, les cohéritiers puissent opposer la mort naturelle desdits émigrés ; et pour assurer la conservation de ces successions, la convention décrète qu'il ne pourra être fait aucune disposition, ni créé aucune hypothèque au préjudice de l'action nationale sur les biens présents et futurs des parents émigrés. »
Cette loi fut la ruine d'une multitude de familles. Nous on connaissons plusieurs qui, voulant défendre leurs biens ou ceux de leurs proches, firent appel aux tribunaux. Elles dépensèrent en frais de justice plus que le montant de leurs biens, pour finir par être déboutés, de leurs droits incontestables.
Le 1 er février, comme pour se jouer des périls, la Convention déclara la guerre à l'Angleterre, à la Hollande et à l'Espagne. La guerre contre cette dernière attira dans nos pays l'armée des Pyrénées occidentales, où figura avec tant d'éclat Harispe, avec 6es chasseurs basques (1).
Le décret du 31 juillet 1792 avait créé trois cents millions de papier-monnaie; celui du premier février 1793, en créa huit cents millions. Tous los gardes nationaux, c'est-à-dire tous les français non mariés ou veufs, sans enfants, depuis 18 ans jusqu'à 40 ans, furent mis en réquisitiou.permanente. — Le 5 février, elle établit une armée révolutionnaire ambulante portant partout la Terreur. Des commissaires investis des pouvoirs dictatoriaux commandaient en maîtres dans los assemblées primaires et réquisitionnaient les citoyens depuis le médecin jusqu'au cordonnier du village. — Le 10 du même mois, elle donna ordre d'enlever les cloches, les grilles de fer des églises, des maisons religieuses pour fabriquer des affûts. Quant aux ornements, missels, livres, titres, etc., des églises, on devait les brûler sur la place publique, à l'exception de quelques-uns gardés pour faire des cartoucjies (2). Nos populations si énergiques contre la loi du 25 novembre 1792 ordonnant de poursuivre la vente des biens de l'Eglise, protestèrent à peine contre ces derniers décrets, tant la terreur opprimait les âmes. — Comme emportée d'un funeste délire, la révolution suivait sa marche. Une des idées qui la préoccupaient était celle à' égalité. Pour la
11) Voir nos Récit, kist. sur le Pays basque, t. II, p. 221 et suiv.
(2) M. l'abbé Inchauspé, ancien vicaire général, nous a parlé d'une longue liste d'objets du culte brûlés, à Ustarits, liste qu'il a vue et qui s'est malheureusement perdue.
satisfaire , la désignation de Monsieur fut remplacée par celle do Citoyen: après, elle imposa la loi du tutoiement. C'était s'attaquer aux bienséances, connue à la dernière inégalité.
Le calendrier catholique avec toutes ses fêtes religieuses, avec ses noms de Saints de tous les pays, de tous les rangs, est une école de vertus, un itinéraire de la terre au ciel, un guide montrant à tout homme les vestiges laissés par les Saints retournant à la patrie céleste (Hac sunt vestiyia, quœ sancti quique mer tentes in patriam, nobis relîquerunl) [\). Il ne pouvait donc convenir à nos révolutionnaires. Ils inventèrent un nouveau calendrier. Les fêtes furent remplacées par celles de la déesse Raison et les noms de nos modèles catholiques par les noms de plantes, d'instruments aratoires, etc. Par un décret du 5 octobre 1193, l'année civile fut divisée en 12 mois de 30 jours , plus 5 jours complémentaires appelés sans-culottides, qu'on portait à six, tous les quatre ans. Le commencement de l'année fut fixée au 22 septembre à minuit. Par une mesure rétroactive, l'ère nouvelle devait commencer le 22 septembre de l'année 1792, époque de la fondation de la république. Les noms des mois étaient, pour l'automne : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire ; pour l'hiver : Nivôse, Pluviôse, Ventôse ; pour le printemps : Germinal , Floréal et Prairial ; pour l été : Messidor, Thermidor, Fructidor.
Chaque mois se divisait en trois décades ou périodes de dix jour*. Les noms ordinaires de ces dix jours étaient primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, seutidi, septidi, octidi, nonidi, décadi. Chaque jour du mois portait en outre, ainsi que déjà nous l'avons dit, au lieu d'un nom de saint, celui de quelque plante, produit agricole, etc. Il était défendu de fermer les boutiques les dimanches, comme de travailler le jour de décadi. Voici un échantillon du nouveau calendrier de la République une et indivisible :
1 er Mois Vendémiaire