‹ Les paroles d'un croyant de LamennaisChapitre 4 sur 12 · F. D. Demay, Deux mots de l' abbe de La Mennais · texte numérisé non relu

F. D. Demay, Deux mots de l' abbe de La Mennais

m exprimer ainsi en parlant d un pur republicain, aux idees larges sur la propriete individuelle, il s’approprie 1 article de la Revue republicaine, que je viens de citer. Nous avons le plaisir d’y retrouver les tonitruantes objurgations :

Lisez, lisez sans cesse. Et vous pretres, lisez et relisez. Un pretre vient de vous rouvrir la route qui conduit au respect et a l’amour des hommes ; il vient de vous reveler une trinite sainte que vous aviez oubliee depuis dix-huit siecles : Liberte, Egalite, Fraternite. Ce sont la les mots sacres quilfaut ecrire sur les frontons de nos eglises ; ils resument la religion de l’avenir. Prechez la morale sublime de denouement social et les peuples des Republiques PROCHAINES ne vous maudiront plus... Vous surtout, proletaires dont le lot ici-bas, est de souffrir, de payer et de vous taire, sous peine de voir vos poitrines traversees par une ba'ionnette de soldat, lisez, lisez. Vous tous, lisez et relisez. Lisez et retenez bien ces paroles si dignes, si solennelles, ces paroles prophetiques du pretre honnete homme et republicain.

L’opuscule de F. D. Demay contient, en plus des extraits des Paroles, un passage des Troisiemes melanges de Lamennais. On se rappelle que 1’auteur y fait, de la monarchic de Juillet, une acerbe critique, dont la vigueur est encore fraiche, et qu’il y declare nettement ses opinions desormais republicaines.

Les manes de F. D. Demay doivent etre heureuses. Les mots de Liberte, Egalite, Fraternite sont inscrits sur les murs des eglises !

Encore un homme heureux : Armand Marrast ! Il etait en prison — ce n’etait point la le motif de sa joie — lorsque parut lopuscule de Lamennais. Sa geole en fut illuminee. Il a rac'onte ce ptodige, avec

sa verve de gascon, dans Vingt jours de secret ou le complot d’avril. Tandis qu’il maugreait, il entered sur le toit de sa prison le bruit d’un objet qui tombe. Un livre, attache a une corde, lui arrive « comme par miracle, livre vraiment tombe du ciel. » Ce livre n’etait rien moms que celui de Lamennais.

« Je ne sais», ecrit A. Marrast, « comment L presse aura juge ce livre : mais dans 1’etat actuel des esprits, cette magnifique declaration de guerre me semble un grand evenement... II y a une admirable conception et une revelation de grandeur et de force dans cette pensee qui veut ramener le catholicisme a la foi primitive, lui faire continuer sa mission degalite et de charite, l’environner des peuples et faire encore de la croix le symbole de leman.'ipation des proletaires et de la delivrance des opprimes... »

La tentative de Lamennais lui parait neanmoins trop tardive, inopportune. II ne croit plus a l’efficacite de la reugio - « Son temps est accompli, son domaine est change... Les Paroies d’un Croyant n'en sont pas moms touchantes, fortes, profondes. Jamais depuis bamuel, la royaute ne fut si bien jugee que dans ces paraboles transparentes, ou chaque monarchic actuelle comparait avec ses crimes, ses remords et les cbatiments qui 1 attendent. Jamais plus rude coup ne fuporte a la bite qui fait sa pature de chair et de sang . »

Armand Marrast terming cette lec.ure en concluant : ce que Lamennais n a pu accomplir par le Pape, il 1 essaie malgre le Pape. Et son ouvrage est un « foudre lance contre les foudres du Vatican. » Les Paroles dun Croyant n’etaient point, neanmoins, un dictame sumsant contre 1 ennui de la prison. L accuse d’avril

avait de 1 esprit : il prefera s evader. II attendit en Angleterre le moment de parvenir au pouvoir.

^ Completons 3e florilege republicain en 1’honneur des ^aroleS dun Croyant en citant rapidement 1’opinion d iliias Kegnault qui, ayant signale qu’elles « firent tressaillir le monde d’effroi ou d’enthousiasme », ies qualihe de « magnifique epopee » (Notice biographiq et Utter 1841, p. 118). La Revue Encyclopedique (octobre-decembre 1833, 2* partie, p. 152) i annon9ait simplement 1 ouvrage : « Aucune notice ne pourrait ajouter a la juste celebrite de ce grand et beau livre, sur lequel, d ailleurs, nous exprimons toute notre pensee dans la preface du present volume. » Faisant allusion aux Paroles, dans ladite preface, le redacteur (rierre Leroux) traite elogieusement ce livre de Marseillaise du Christianisme.

Un redacteur du Messager, glosant sur 1’Encyclique qui condamnait les Paroles d’un Croyant, disait a propos du damnamus in perpetuum que « la charite pontifical ne craint pas de devouer M. de Lamennais a la damnation perpetuelle 2. » Ce republicain netait point bon latiniste. Un autre republicain, j. C. B. Bonnm, se fit remarquer par une originalite moins drolatique. Bonmn n etait pas seulement un pur, il etait un tres pur republicain. Il conteste avec aprete a Lamennais, apres avoir ete 1’apotre de la theocratic, le droit de vouloir etre celui de la liberte. Les eloge ’ que la Revue repuhlicaine a decernes aux Paroles d un Croyant lui sont comme une epine dans le cceur.

b Cette livraison de la Revae encyclopedique porte !a date de 1 833 mais, en realite, elle parut au milieu de l’annee 1834.

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