Lamennais et Chateaubriand
vous les annees que ce journaliste passa en prison au temps de la Restauration ! A peine le Souverain- Pontife a-t-il condamne les Paroles qu'il prend la plume (16 juillet). « On a dit souvent », ecrit-il, « que le catholicisme etait fanatique et intolerant. II en donne aujourd hui deux belles preuves. Le voila qui, pour plaire aux rois et aux puissants et pour se venger Iuimeme de quelques bonnes verites qui lui ont ete dites, il lance des foudres sur les Paroles d'un Croyant, sur cette oeuvre d un pretre courageux qui parle au peuple le veritable langage de l’Evangile. Tous les aristocrates a moeurs effeminees, tous ceux qui se posent une couronne ou une mitre sur le front, tous ceux qui grugent les budgets a toutes sortes de titres et sous toutes sortes de formes se sont coalises pour crier anatheme. On a mis en mouvement toutes les plumes salanees des agents secrets du pouvoir, professeurs, publicistes de police, femmelettes legitimates, ministeriels, ont hurle de concert contre le genie. Ces nombreuses refutations qui sont fort mediocres et que personne ne se donne la peine de lire, hormis le titre, n’ont fait que relever encore davantage le mente du livre de M. de Lamennais, et ont inspire une plus violente envie de le connaltre. Ce livre va recevoir un nouvel bonneur, un nouvel eclat des fulminations de 1’encyclique papale... Vous serez bien avance d avoir si imprudemment proscrit les Paroles d un Croyant !... la meilleure refutation de vos refutations de police et de vos stupides anathemes sera une edition populaire a moins de vingt sous le volume. Vous aurez absolument voulu l’avoir, eh bien ! vous l aurez ; et, grace a vous, elle aura un debit immense,
et le peuple verra si le pape et les cardinaux doivent soutenir le despotisme et l’aristocratie, la main sur cet Evangile v^ui dans toutes ses pages, a preche les sublimes maximes de la liberte et de l’egalite... »
Cette diatribe se termine dune fa^on qui ne nous parait pas tres heureuse. Cauchois-Lemaire avait annonce deux preuves d’intolerance catbolique. II fournit la seconde en fin d’article. II parait que le clerge a excite le peuple a se revolter contre la liberte de^ cultes. Or, cet evenement se passait a Bogota L.
Dans une lettre a Montalembert, Lamennais se flattait d avoir conquis toute la jeunesse en meme temps que le parti patriote (ler juin 1834). A juste titre. Nous lisons, a ce propos, des pages caracteristiques dans 1 Essor, revue de jeunes, qui portait ce sous-titre printamer : Preludes philosophiques et litteraires. Cet organe avait des tendances analogues a celles de la Reme repuhlicaine et de la Revue encyclopedique. L article oil 1 on analyse longuement les Paroles d'un Croyant est intitule : Tendances philosophiques et religieuses au dtx-neuvieme siecle. La citation suivante le resumera : « Oh ! Repandez ce livre, placez-le entre les mains de tous les hommes, qu’il soit le breviaire de 1 artisan, qu il sillonne la France et 1’Europe, mettez-le au niveau de toutes les bourses, et prions Dieu qu’il nous en envoie souvent de semblables. Quand on a lu ce petit manuel du chretien, on se sent rechauffe, rempli de zele et eleve au plus haut degre d ’exaltation morale... » (T. Ill, p. 288). L 'Essor avait precedemment declare : « les P aroles d'un Croyant sont tout a la fois Iacte d’un bon citoyen et l’ouvrage d’un grand artiste. » (Tome III, p. 266). Tels etaient les sentiments
de 1 avant-garde a cette epoque ! II serait dommage de ne point perpetuer le nom du jeune admirateur de Lamennais. II s appelait Augustin R. Bouzenot. Remarquons enfin que 1 Essor avait le meme imprimeui que 1 auteur des Patolcs d un Cvoyont : 1 heroique Ducessois.
Adversaires vehements, adversaires ponderes. —
CONTRADICTEURS QUI ADMIRENT LOUVRAGE. — UnE