‹ Les paroles de l'heure présente 1870 et 1871Chapitre 10 sur 23 · TI · texte numérisé non relu

TI

avons mérités; puis, qu'en eux-mêmes ils sont un avertissement miséricordieux, destiné, si nous savons le comprendre, à devenir pour nous un moyen de salut.

« Mon fils, nous dit le Seigneur par la bouche de « Tapôtre S. Paul, mon fils, ne négligez pas le châ- « timent par lequel le Seigneur vous corrige, et ne « vous laissez pas abattre lorsqu'il vous reprend, a Car le Seigneur châtie ceux qu'il aime. Il frappe a de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de « ses enfants. Et quel est Tenfeuit qui ne soit pas « châtié par son père (1)? »

« S'il en est ainsi, s'écrie S. Augustin, que le « Seigneur exerce telle rigueur qu'il lui plaira, il « est Père, lam sœviat, quantum vult, Pater est. » Ce qui revient à la pensée des auteurs sacrés, que les châtiments infligés dés ce monde sont souvent de la part de Dieu la marque d'une grande miséricorde, magni beneficii indicium .

« 0 chrétiens 1 ô enfants de Dieu, ajouterai-je a avec le saint docteur, « si vous pleurez, pleurez « sous la main de votre Père céleste. Rappeleza vous que ce que vous souffrez et ce qui vous « feit pleurer est un remède et non une peine, un

(1) Obîiti estis conwdationi» quœ vobi» tanqnam filiis loquitur, diœns : Fili rai; noli negligere disciplinam Domini, neque fat'geris dran ab eo" arguons. Quem enim diligit Dominus castigat. Flagellât aiitem omnem tilium quom recipit. {Heb, xii, 6.)

« châtiment, non une condamnation; et ne regar- « dez pas tant le fléau qui vous atteint que la place « que vous occupez dans le testament de votre « Père(i). »

Ainsi, mes frères, ne aayons ni surpris ni troublés parce que Dieu nous châtie. Et ranimons notre confiance par la pensée qu'en nous châtiant Dieu se propose de nous guérir.

Il est donc raisonnable et juste de nous confier en Dieu, soit quand il nous éprouve, soit quand il nous punit; je n'hésite pas à ajouter que rien n'est plus salutaire poumons. Vere dignume^justum est, cequum et salutarCf

La confiance en Dieu dans les moments dîflBcîles et troublés de la vie est en effet une des vertus les plus méritoires que nous puissions pratiquer, et

(1) Si ploras, sub Pâtre plora. Quod paterii, unde plangis, medicina est non pœna, castigatio nmn damnatio. Noli attendere quam pœnam habeas in flageUo, sed quem locom in testamento. (S* Auo. Enarr. in Pa. cii.)

s. Augustin dit encore aiUeurs : « Le médecin n'aime pas le maw lade s'il ne hait la maladie ; et c'est pour débarrasser le malade » qu'il attaque et combat la fièvre. Mtdicus non amat œgrotantem, si ** non odit œgriiudtnem ; ut liberèt mgrotum,per8$quitur febrim,» £t S. Bernard : « C'est le signe d'une terrible colère de Dieu, lorsqu'il laisse M pécher impunément en ce monde. Ira Dei gravissima cum sinit i «< peccare. » (Serm. zui m Cant. n« 4»)

par conséquent une de cellesf qui nous aident à faire le plus de progrès dans le bien.

J'y trouve d'abord le mérite de la foi.

S. Paul dit de Moïse, abandonnant tout et s'exposant à toutes les épreuves pour obéir aux ordres de Dieu, « qu'il demeura ferme comme s'il eut vu « le Dieu invisible (1). »

La sagesse de Dieu semble avoir disparu dans le chaos et le bouleversement des passions humaines . C'est l'heure où les pusillanimes s'écrient éperdus : « Où est donc le Dieu juste? Où est donc le * Dieu qui m'a créé ? Où est donc la récompense -« de nos aumônes et de nos bonnes œuvres (2) ? >»

A cette même heure, sous le ^joup des mêmes épreuves, l'âme chrétienne se tenant ferme, « comme si elle voyait le Dieu invisible, » se garde bieû de murmurer contre lui (3); mais elle demeure calme et confiante (4), sachant bien que « si « Dieu nous éprouve, c'est pour nous couronner de « gloire ; s'il nous afflige, c'^st pour nous délivrer; ■« s'il nous châtie, c'est pour nous faire retrouver . ^ sa miséricorde (5). » Et elle aime à dire au Seigneur avec Tobie : « 0 Dieu, vous ne prenez pas

(!) Invisibilem tanqaam videnfl «astinuit. (Heb, xi, 27.)

(2) Ubi est Deus judicii? (Malach, n, 17.) Ubi est Dous qui fecit «ne? (Job. XXXV 10.) Ubi est spes tua pro qua eleemosyoas et sepultucas faciebas? Tob, ii, IG.)

(3) Non est contristatus contra Deum. (Tob, u, 13.)

(4) Immobilis iu Dei timoré permansit. (Ibid, 14.)

((5) Hoc autem pro certo habet omnis qui te oolit, quod vita ejus

« plaisir à nous perdre ; mais, après la tempête, vous « ramenez le calme, et après les gémissements et a les larmes vous répandez la joie (I). »

Au mérite de la foi, la confiance en Dieu nous permet d'ajouter celui de la fidélité. Abraham, disent nos saints livres (2), fut trouvé fidèle dans Tépreuve, c'est-à-dire que, malgré la rigueur de la conduite de Dieu à son égard, il ne cessa pas de demeurer obéissant, ne mettant pas en doute que Dieu ne le traitât ainsi pour son bien.

Ce même souvenir de l'histoire des patriarches était rappelé par Judith aux habitants de Béthulie, lorsqu'elle voulait les encourager à bien supporter l'épreuve terrible de l'invasion étrangère et de l'investissement de leur cité par l'armée d'Holopherne.

« Souvenez-vouSjleur disait-elle, comment Abra- « ham, Isaac, Jacob, Moïse, et tous ceux qui ont « plu au Seigneur sont demeurés fidèles au milieu « de nombreuses tribulations, tandis que ceux qui « n'ont pas reçu l'épreuve dans la crainte du Sei- « gneur et qui ont témoigné de l'impatience par

si in probatione fuerit, coronabîtur; sî autem in tribulatione fuerit, liberabitur, et si in correptione fuerit, ad misericordiam tuam venire licebit. (/6fd. m, 21.)

(1) Non ejiim delectaris in perditionibus nostris : quia post toîiipcstatem, tranquilium facis, et post laciymationem et fletum exsultationem infundis. {Tob, ii, 22.)

(2) Eccli. xLiv, 21. / èlach. ii, 62,

« leurs murmures, ont été livrés à l'ange d'exter- « mination (1)/»

Enfin, se joint au mérite de la foi et de la fidélité celui de la patience.

Se confier ou savoir attendre, c'est la même chose ; savoir attendre, c'est être patient, et la patience, nous dit l'apôtre S. Jacques, est une œuvre parfaite. Patienlia opusperfectumhabet. (Jac. i, 4.)

Oui, savoir attendre, c'est une des vertus dont on a le plus besoin ici-bas. Au fond, qu'est-ce que la vie du chrétien, sinon l'attente patiente de la réalisation des promesses divines? Je consens à souffrir et à être éprouvé aujourd'hui, parce que j'attends demain, le demain de l'éternité. N'est-ce pas là le résumé de notre foi et de notre espérance, et ne devons-nous pas dire tous avec S. Paul : * Je sais à qui je me suis confié, et je suis « certain que le juste juge est assez puissant pour « me garder mon dépôt jusqu'au grand jour (2). »

Savoir attendre sans se déconcerter, sans se troubler, sans laisser monter à son esprit les sophismes du doute, sans abdiquer par défaillance les résolutions viriles, c'est ce qui fait grandir la vie (3).

(l)Jikit<A,vin, 22-25.

(2^ Scio cui credidi. et certns sum quia potens est depositum menm servare in illum diem justus judex. (// Tim. i, 12.)

(3) Exspecta, reexspecta; sustine sostentationes Dei et conjungere Deo,ut jcrescat in novissimo vita tua. Omne quod tibi applicitum fuerit accipe ; et in dolore sustine, et in humilitate tua patientiam habe. {Ecclù II.)

Ranimons donc dans nos âmes» mes frères, en raison même des angoisses de l'heure présente^ notre confiance envers Dieu. Mais que ce soit une vraie et entière confiance.

Dans les relations de la vie humaine, vous le savez, on se confie ou on ne se confie pas. C'est tout ou rien. La demi-coAÛance n'est, à le bien prendre, que de la défiance.

Pourquoi, vis-à-vis de Dieu, admettons-nous des compromis que nous ne tolérerions pas de la^ part de nos semblables? Ainsi, nous répétons sans cesse à Dieu que nous nous abandonnons entièrement à lui, et, dans la pratique de la vie, nous n'en faisons presque rien. Nous ne nous confions à lui qu'à moitié, ce qui revient à dire que nous nous défions de lui.

Etablissons-nous donc dans cette confiance simple, absolue, universelle, qui donne à l'âme tant de force et tant de paix. Oui, dirai-je avec Bossuet, « quand on est bien abandonné à Dieu, on est prêt « à tout. On suppose le pis qu'on puisse sup- « poser et on se jette aveuglément dans le sein de « Dieu.

« Si quelque chose, ajoute le grand évêque, est « capable de rendre un cœur libre et de le mettre « au lirge, c'est le parfait abandon à Dieu et à sa « sainte volonté.

* Cet abandon répand dans le cœur une paix

« divine plus abondante que les fleuves les plus « vastes et les plus remplis (1). »

Je terminerai, mes frères, comme j'ai commencé, en vous rappelant l'exemple du grand saint dont l'Église célèbre aujourd'hui la fête. Étudiez sa vie. Méditez la conduite de Dieu à son égard. Rappelez-vous les épreuves par lesquelles il a passé. Imitez la confiance imperturbable qu'au milieu de ces épreuves il n'a cessé de mettre dans la divine Providence !

Tout à l'heure, je passais au pied de cette statue de Strasbourg que la piété nationale a voilée d'un crêpe, depuis le jour néfaste où l'Alsace et la Lorraine ont été violemment séparées de la France ! Je me rappelai alors que S. Joseph avait souffert mie des douleurs les plus poignantes de la vie, la douleur d'être exilé et séparé de sa pairie !

Mais dans cette douleur, son cœur ne perdit pas contiance. Il attendit, il crut, il espéra! Et une nuit, le même ange qui lui avait montré de la part de Dieu la route de l'exil, lui ordonna de retourner dans la terre d'Israël (2). L'épreuve était finie et la patrie lui était rendue !

Ghers compatriotes, dirai-je du fond de mon cœur à nos frères d'Alsace et de Lorraine arrachés par la

(1) Discourg sur Tacte d'abandon à Dieu.

(2) Surge et vade in terram Israël. Defuncti sunt enim qui quaewbant animam pueri. {Matth. ii, 20.)

guerre au sein maternel de la France, prenez exemple sur le saint patriarche Joseph, ayez confiance, attendez, espérez ! J'espère qu'un jour aussi Dieu vous fera signe, et que vous nous serez rendus I

Page 1