‹ Les paroles de l'heure présente 1870 et 1871Chapitre 18 sur 23 · IS. LXIII · texte numérisé non relu

IS. LXIII

Mais, en même temps, ne faut-il pas revenir au gémissement douloureux par oh ce discours a débuté, et dire à la grande cité : 0 Paris! Paris ! toi qui tues les prophètes, Jérusalem, Jérusalem quœ occidis propheias, t'arréteras«tu enfin dans cette voie sacrilège?

Tu as horreur de ce sang répandu, je le crois : mais à quoi bon, si tu n'as pas horreur des doctrines funestes et de l'impiété dont ces grands crimes ne sont que la conséquence ! à quoi bon, si tu continues à faire la guerre à Dieu et à braver ses commandements, amoncelant ainsi les nuages d'où partent ces tempêtes et ces épouvantables coups de foudre !

0 Paris ! comprendras-tu maintenant f Les événements parlent-ils assez haut ? Faut-il te dire, comme Élie au peuple d'Israël : Il est temps de ne plus hésiter. Usquequo claudicatis in duas partes ? (III Reg. XVIII, 21.)

Oui, il faut se décider entre le Christ et la révolution ;^ntre rÉvangile, seul fondement de la justice sociale, et les utopies menteuses qui n'ont amoncelé que des ruines.

Oui, il est temps de choisir entre ceux qui meu-

rent et ceux qui tuent ; ceux qui tuent au nom de la liberté, du progrès, de la fraternité universelle, de la civilisation, du progrès; et ceux qui meurent victimes comme le Christ ; et comme le Christ, aimant, bénissant, pardonnant jusqu'au dernier soupir. O morsj bonum estjudicium tuumî

La mort des martyrs, disait S. Jean Chrysostome, c'est la condamnation et l'ignominie du démon, c'est en même temps la confirmation du christianisme, le fondement de la confiance de l'Église, l'école de la sagesse, le principe et la source de tous les biens (1).

Oui, il en est et il en sera ainsi.

Ces scènes, qu'on a si justement appelées « un mystère effroyable d'iniquité (2), *» sont tout simplement la logique du mal poussée jusqu'à ses extrêmes conséquences. Les voilà dans toute leur horreur ces doctrines perverses dont nous n'avions pas pour, tant qu'elles s'enveloppaient de formules discrètes, et n'étaient qu'une attaque mesurée et polie contre Dieu, contre son Christ,, contre l'Église, contre les principes fondamentaux de la morale et du devoir. L'esprit du mal s'est

(1) MapT^cov Y^p Odvatoç, tciotcôv i(rrt 9capaxX1^9^, 'Exxbifftâv itaf fy)<Tia,XpiaTtavi<Tjiov (Tuataffiç, ôatjiovwv Y^<*>Ç» ôiaêoXow xaxtJYO-^ piot, 9iXo(TO!p(a; 6iSa9xaX(a, xal icdlvTwv tûy à^ttOâiv f(Ça, xal loipi, xal (JL^TTip. (S. JoÀN. Chbyb. Laud. S. Mort, Drosidit, N<» 2.)

(2) Mgr l'Évêque d'Orléans. Lettre pastorale relative aux évéMmented0 Paru, juin 1871.

dévoilé là dans toute sa hideuse laideur. Que ce soit pour son éternelle ignominie et sa définitive condamnation t

Mais la mort des martyrs, c'est aussi la confirmation du christianisme et le fondement de la confiance de l'Église.

Le christianisme I II s'est montré là tel qu'il s.'était fait voir aux premiers siècles de son histoire. Le monde a vieilli ; lui n'a pas changé ! C'est toujours la même foi, la même patience, la même sérénité, le même tranquille et humble courage ! A travers les siècles, tous nos martyrs se donnent la main, ils continuent la même tradition! Puisse aujourd'hui, comme au temps de TertuUien, leur sang féconder la terre et préparer une abondante moisson de vertus chrétiennes !

0 vous, que votre baptême avait mis Bous le patronage d'un martyr,

Vous que vos travaux avaient comme mystérieusement préparé à la mort des martyrs,

Georges, archevêque de Paris !

Que votre immolation ne soit pas perdue, que vos souffrances et votre mort profitent à cette cité et à ce peuple !

Cette cité ! ah ! que de fois Jésus, le miséricordieux Jésus, lui a fait offrir sa paix, sa grâce, sa bénédiction ! Si cognovisses qnœ ad pacem tibi !

(Luc. XIX, 42.) Que de fois il a gémi sur elle, à la vue des maux qui l'accableraient un jpur si elle persistait dans son endurcissement! Videns civitatem, flevit super illam. Que de fois il a conjuré ce peuple de venir s'abriter à Tombre de sa loi sainte, pour y connaître l'honneur de sa doctrine, pour y vivre dans la justice de ses commandements ! Quoties volui congregare filios Cuos sub alas ! (Matth. xxiii, 37 •)

Et jusqu'à ce jour, ce peuple n*apas voulu ! Et noiuisti.

Qu'il le veuille maintenant I

Et si, plus tard, l'Église consolée peut dater de l'immolation de notre évêque et de ses héroïques compagnons la régénération de Paris et de la France, il n'y aura place dans les cœurs que pour un cantique d'action de grâces, écho lointain de l'éternel Te Deum chanté là-haut par nosmartyrs I

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