LE VENT ET LES TEMPETES
Ventum seminabunt et turbinem mêlent, Ar astis impie^ tatem, iniquitalem messuistis, comedistis frugem mendacii.
Ils sèmeront le vent, ils récolteront la tempête. Vous avez labouré l'impiété, voue moissonnerez Tinjustice et mangerez le pain du mensonge.
(OsBB, IX, 7;x, 13.)
MESâlfiUBSf
Je rapproche à dessein ces deux textes du prophète. Ils expriment une seule et même vérité' une de ces vérités de bon sens que la sagesse des nations, écho de la sagesse divine, a consacrée par ce proverbe populaire : « qui sème le. vent, recueille la tempête. »
En commentant cette parole, je pourrai mettre plus en relief la pensée que j'exprimais hier lorsque je disais qu'entre nos malheurs ot nos
fautes, entre la perte de notre foi et celle de notre grandeur nationale, il y avait plus qu'une simple coïncidence, mais un véritable rapport de cause à effet, et un lien non pas seulement chronologique, mais logique.
Cette vérité, d'ailleurs, n'est pas seulement justifiée par les grands mouvements de l'histoire et par les révolutions des peuples. Elle se vérifie à chaque instant dans la vie des âmes, et nous avons tous l'intérêt le plus direct à la méditer.
Le monde physique n'est pas une simple juxtaposition d'atomes uniquement agrégés les uns aux autres par la force de l'attraction ou par les affinités de la chimie. Ces atomes obéissent à des lois, et les vicissitudes dont ils sont l'objet ne peuvent être considérées comme l'effet du hasard que par ces esprits mutilés qui, à force de raisonner, déraisonnent, et ne savent même plus appliquer ce premier principe du bon sens eu vertu duquel tout effet suppose nécessairement une cause.
Il en est ainsi, et plus encore peut-être, du monde moral . Tous les mouvements dont il se compose viennent de volontés libres. C'est là surtout que le philosophe sérieux doit écarter Texplication
du hasard, qui n*explique rien, et n*est qu'une paresse de l'esprit, éludant les difficultés et refusant de remonter des actes intelligents et libres à des causes capables de les produire.
Or, qui est intelligent, qui est libre dans le naonde?
Dieu et l'homme (1).
Aussi bien, ce sont là les deux personnages principaux de ce drame tour à tour terrible ou sublime qui s'appelle l'histoire ou la vie.
Sous le regard de Dieu qui apprécie, qui juge, qui aide les efforts.de sa créature, Thomme agit, travaille, lutte.
Multipliez par des chiffres prodigieux le nombre de ces mouvements qui ont pour causes, à chaque instant de la durée, des volontés libres, et vous verrez devant vous ce grand océan de la vie humaine semblable à la mer quand elle est agitée par les vents, quand les flots se poussent, se heurtent, se précipitent, se brisent, se reforment de nouveau pour se briser encore, et tout cela dans un grand tumulte où Ton croit souvent entendre un immense gémissement.
Au-dessus de toute cette agitation et de tout ce bruit, il y a Dieu dans son immutabilité, mais non dans son indifférence; Dieu qui est à la fois la pre-
(1) Sans exdtttion, cela va sans dire, du monde an^lique, soit fidèle, soit déchu.
mière cause métaphysique, principe et fin nècôs-^ saires de toutes choses, et cet Etre dont Tintelligonce, la sagesse et la bonté infinies gouvenient le monde.
Or, c'est un des principes de ce {gouvernement que Dieu, tout en se réservant la faculté d'intervenir directement, même par voie de miracles, dans les affaires humaines, se borne souvent pour manifester sa justice, à ne pas empêcher les causes secondes de produire leurs conséquences naturelles.
Oui| pour châtier les volontés rebelles qui se mettent en opposition avec ses lois, et sans exclure bien entendu cette sanction de la morale qui est réservée à la vie future, savez-vous ce que Dieu Mt?
Souvent il ne foit rien, il se b<»me à laisser &ire.
Dieu pourrait assurément, par une intervention directe, paralyser la langue du menteur qui a parlé contre la vérité, la main de l'impie qui vient d'écrire des blasphèmes, le bras du scélérat qui a versé le sang. L'exercice de cette intervention ne serait qu'une des manifestations de cette puissance infinie pour qui vouloir et &ire sont la même chose.
Ainsi César franchissant le Rubicon malgré les supplications de la patrie en pleurs, et n'hésitant point à allumer le feu de la guerre civile pour
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satisÉBiire son ambitioû, aurait pu tomber foudroyé dès son premier pas sur le territoire où il ne pénétrait pas sans crime .
Napoléon, portant en 1809 une main sacrilège sur Pie VII, aurait pu être frappé au comble de la gloire, avant que son auguste prisonnier eût achevé le trajet de Savone à Fontainebleau.
Mais il faut convenir que, s'il en était ainsi, le gouvernement de Dieu ne serait qu'une continuité de coups d'état miraculeux, dans lesquels on verrait à chaque instant la Providence faire la police de nos vices et de nos passions, et il serait difiBcile de concilier avec un tel système la plénitude de la liberté humaine et le mérite de la foi.
Aussi Dieu agit-il ordinairement d'une façon plus simple, et où sa justice, qui semble se cacher, ne se manifeste pas d'une façon moins- visible ni avec moins de sévérité.
Il nous laisse agir sous notre responsabilité, et charge la logique de nous appliquer les conséquences de nos actes.
Ainsi, vous semez le vent. Dieu aura-l-il besoin d'intervenir pour vous châtier de votre imprudence? Non, il vous laissera faire. Semez donc le vent, semez-le à pleines mains. Pendant un temps, ce vent enflera les. voiles de votre fortune, vous dépasserez vos rivaux, vous allez être le premier. Encouragé par vos succès, vous semez le vent
toujourd davantage. La barque qui vous porte, avec tous vos rêves de grandeur, semble voler sur les flots comme une flèche rapide. Et vous vous ' moquez des scrupules qui retardent les hommes plus soucieux de teur ccmscience que de leurs succès, et de l'honneur que des honneurs.
Pendant tout ce temps, Dieu vous regarde et ne vous arrête pas. Mais voici qu'à un certain moment ce vent devient une tempête. In&tué de vos succès, vous croyez pouvoir la dominer, mais elle est plus forte que vous. Elle ne tarde pas à vous châtier de votre présomption, elle vous brise et elle sème au loin les débris de votre naufrage. C'en est fait de cette fortune si brillante, et de ces honneurs^ achetés au prix de tant de bassesses : vous n'êtes plus qu'un vaincu, un proscrit. De qui vous ptaindrez-vous 7 Dieu vous a laissé faire; vous aviez semé le vent, vous avez recueilli la tempête. Qui ventum seminabunt, turbinem meteni.
Combien de fois, dans l'histoire, ne s'est pas réalisée cette loi d'une application si simple ei si juste!
Ecoutez le prophète IsBîe : « Tu disais dans ton « cœur : je monterai jusqu'au ciel. Je placerai mon « trône au-dessus des astres. Je m'assolerai sur « les flancs de l'Aquilon. Je m'élèverai au-dessus « de la région des nuages. Je serai semblable au « Très-Haut. Voici toutefois que tu es tombé jus-
« qu'au plus profoud de l'abîme. Comment donc «c es- tu tombé du ciel? Comment ton orgueil « a-t-il été jeté ainsi jusqu'au fond des enfers (1)? »
Oui comment, quomodo'! Dieu est-il donc intervenu, comme le Jupiter des légendes antiques pour foudroyer les Titans?
En aucune façon. Il a simplement laissé votre orgueil développer toutes ses conséquences, et la logique seule faire justice de vos actes.
Vous César, il vous a laissé passer le Rubicon, et vous avez été victorieux de Pompée à Pharsale ; mais un jour, un bras armé par votre ambition s'est levé contre vous, et vous êtes tombé sous le poignard de Brutus.
Vous César du xix* siècle, d'abord protecteur intelligent, puis persécuteur ingrat de l'Église qui avait béni les commencements de votre fortune, vous avez encore eu des jours de triomphe, même après avoir porté sur le vicaire de Jésus-Christ une main oublieuse de sa dignité et de sa faiblesse. Mais un jour aussi est venu, où l'orage, suscité par votre orgueil, vous a brisé, et Sainte-Hélène a vengé Fontainebleau!
(1) Qaomodo oeoidistl de eœlo, Lucifer, qui xnane oriebaris ? Corniigti in terrain, qui vulnerabas gentes. Qui dicebas in corde tuo : In cœlum conscf^ndam, super astra Dei exaltabo solium meum; sedebo in monte Teatamenti, in lateribus Aquilonis. Ascendam super altitudinem uubium, similis ero Altissimo. Verumtamen ad infornum detraheris in profundum laoi. {hai, ziy, 12-15.)
Vous enfin, qui êtes entré hier dans Rome et y avez installé votre royauté sacrilège, rien ne vous a troublé dans la pompe triomphale qui vous a conduit au Capitole, et le toit du Qnirinal ne s^est pas effondré sur votre tête pour venger l'outrage fait au Vatican. Vous aussi, la Providence vous regarde et vous laisse faire. Elle sait bien que, si vous semez le vent, vous ne manquerez pas de récolter la tempête; c'est toujours l'application de la même loi. Qui ventum seminabtmt, turbinem metent.
Écrivains, publicîstes, penseurs, philosophes, économistes, vous semiez l'impiété, ou, pour traduire plus exactement la parole de nos livres saints, vous labouriez l'impiété, arastis impietatenï, c'est-à-dire que vous faisiez des efforts multipliés et laborieux pour enfoncer bien avant dans la terre des âmes ce fer de la critique qui allait ùéraciner les derniers restes de l'antique foi.
Vous vous applaudissiez de votre travail et de ses résultats.
Vous disiez déjà : c'en est fait du vieux monde,des vieilles idées, des vieilles croyances, du vieux symbole, des vieilles mœurs. Nous, les maîtres de la pensée moderne, nous avons traité ce vieux monde comme autrefois les conquérants traitaient les villes prises d'assaut. Nous avons renversé les murailles et promené sur leur emplacement le soc de la charrue.
Et maintenant nous allons tout rebâtir à nouveau. Nova sint omnia.
Luther n'avait brisé que le joug de l'Église, et s'il a\^it eu le courage de dire : plus de pape, il avait eu la feiblesse de respecter l'autorité de la Bible. La philosophie incrédule du xviii* siècle avait eu le mérite de railler la Bible et de bafouer la révélation; mais elle avait gardé le Dieu de la nature et de la conscience, le Dieu vengeur du crime et rémunérateur de la vertu.
Nous, meilleurs logiciens, nous avons été jusqu'au bout de la négation. Tandis que les autres nV vaient fait qu'effleurer, nous avons creusé, arastis impietatem. Nous voulons affranchir entièrement l'esprit humain. Par conséquent il ne faut plus de maîtres, plus d'autorité, nulle part, en aucun ordre de choses.
Or, Dieu est une autorité.
Voltaire, qu'on a le tort de prendre pour un libéral,^ n'était qu'un clérical, car il a dit que.
Si Dieu n'existait pas, il faudrait rinventor.
Nous disons, nous, que s'il existait et se montrait, nous le ferions fusiller (1).
(1) Ce mot à la lois absurde et hideux, grotesque et effroyable, a été dit par les agents de la Commune qui sont venus arrOter à la Madeleine M. Tabbé Lamazou. (Voir son livre intitulé : La place Vendôme et la Roquetie^ p. 118, 6* édition.)
On a dit que Robespierre était un révolutionnaire, et nous le proclamons féodal et arriéré, puisqu'il a maintenu dans la constitution de 93 la croyance en l'Être suprême.
Assurément, vous qui vous étiez donné pour mission de chasser le christianisme des ânies, vous n*avez pas toujours employé dans vos écrits des formules aussi brutales. Vous avez fait de Tincrédulité avec délicatesse. Vous y avez mis des procédés, des nuances, des atténuations. Vous avez parlé à demi mot. Mais vous n'en avez pas moins travaillé sans rel&che àsemerTimpiété. Arastisimpietatem.
Et on s'étonnait que Dieu vous laissât fedre.On aurait dit que sa neutralité vous était s^quiseet qu'il vous avait livré le monde de la pensée pour le bouleverser à votre gré.
Il est vrai qu'il ne vous gênait en rien, et qu'ayant à votre disposition toutes les ressources de la publicité, la presse, la vapeur, l'association, vous étiez en droit de compter sur un prochain et éclatant triomphe.
Mais en quoi étail-il nécessaire que Dieu intervînt directement? Ne savait-il pas que vos doctrines impies ^renfermaient en elles-mêmes leur châtiment avec le vôtre, et qu'il n'y avait qu'à les laisser grandir et porter leurs fruits?
Un jour, en effet, cette impiété semée à profusion
a produit l'injustice. Arastis impietatem^ iniquitatem messuistis.
Penseur délicat, critique plein de finesse, littérateur distingué, vous aviez cru ne jouer qu'avec des idées, en vous attaquant à la divinité de Jésus- Christ, en niant le Dieu personnel, en abolissant le principe et la sanction de la morale.
Mais ces idées s'étaient incarnées dans des hommes qui les avaient prises au sérieux. « Et moi « aussi je suis logicien, » dit Méphistophélès dans Faust.
Ce3 hommes ont voulu être libres, non-seulement du joug de Dieu, que vous aviez brisé avec eux et pour eux, mais de votre joug avons;
Â.V0US, pblitiques incrédules, qui pensiez qu'on peut se passer dQ Dieu dans le gouvernement de ce inonde;
A vous, bourgeois, propriétaires, capitalistes incrédules, à vous journalistes et académiciens libres penseurs qui vous flattiez de museler la bête populaire, de la conduire au gré de vos théories ou de la dompter par la force si elle refusait de vous suivre.
Cette impiété que vous aviezfait boire àce peuple à longs traits, tantôt dans les coupes élégamment ciselées de vos formules exquises, tantôt dans le gobelet d'étaîn de vos brutales négations, cette impiété l'a enivré.
Vous lui aviez api^ri» à mépriser Dieu. De quel droit lui auriez-vous demandé de respecter vos lois, vos ordonnances, vos conventions humaines?
Il a brisé tout cela comme une toile d'araignée.
Vous croyiez avcnr émancipé le peuple; vous n'aviez fait qu'ameuter la canaille (1).
Vous venez de voir ce qu'elle fait aux jours terribles de ses ivresses et de ses fureurs. Visçera impiorum crudelia* (Prov. xii, 10.)
De quoi vous étonnez-vous cependant?
Ces misérables n'ont fait qu'appliquer vos principes!
Ils n'avaient pas vos raisons, c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas vos intérêts, pour n'allef qu'à moitié chemin de vos déductions. Ils n'avaient pas de fortune à maintenir, de position à sauvegarder, d'avenir à ménager. Ils ont été franchement jusqu'au bout.
Maintenant qu'il vous faut manger le pain de vos mensonges, et que vous trouvez le pain amer, de quoi vous plaignez-vous? Qui accuserez- vous?
Écoutez le prophète : « Vous avez labouré l'im- « piété. Vous moissonnerez Tiniquité, et vous «mangerez le pain du mensonge. Ar astis imputa-
(1) On voudra bien lie pas M seandaliter de ce mot que Boisaet et La Bruyère ont employé dans les splendeurs du grand siècle. Il n'y en n pas d'autre d'ailleurs pour rendre l'idée qu*on veut exprimer id.
^tem. Iniquitàtem messuisiis; comedistis frugem « mendacii. »
Cette loi si simple n'a pas seulement son application dans les grands mouvements de la vie sociale, elle se retrouve encore dans Thistoire individuelle de nos destinées. « Chacun est puni par où • il a péché. » Voilà encore un axiome de la sagesse proverbiale des nations textuellement traduit de nos livres saints. Per quœ peecat qui$, per hœc et torquetur{i). C'est toujours l'expression de la même loi.
Elle se réalise d'abord au for de la conscience par le phénomène du remords, qui est le premier, le plus immédiat et souvent le plus durable châtiment de nos fautes. Il y a vingt, trente ans, que vous vous êtes rendu coupable de telle ou telle transgression. Aujourd'hui encore, vous vous sentez percé intérieurement par l'aiguillon du remords ; et c'est votre faute elle-même qui vous punit. Per quœ peccai quis, per hœc et torquetur.
Mais, outre le remords, qui est le résultat et le châtiment du mal, les fautes ont aussi leurs conséquences logiques et leur fécondité constitution-
0) Sap. M, 17^
Délie ; c'est Tarbre mauvais qni produit de mauvais fruits.
Que d'exemples j'en pourrais citer ! Je me bornerai à deux ou trois d'une vérification plus aisée, parce que nous les trouvons à chaque instant sur notre chemin.
Un enfant se laisse dominer par la paresse. Quelque exhortation qu^on lui adresse, quelque punition qu'on lui inflige, il se refuse à secouer cette fatale langueur qui lui inspire l'horreur de toute application et de tout effort. Les années se passent, et avec elles l'enfance et la jeunesse. Le petit paresseux de douze ans est devenu l'homme fait de trente. Il comprend alors, mais trop tard, le mal qu'il s'est fait i lui-même en demeurant l'esclave de son indolence. Médiocre en tout, nul peut-être en beaucoup de choses, il n'obtiendra jamais la considération qui s'attache au travail et au talent. Il n'aura ppint de crédit, ne jouira d'aucune autorité. C'est bien, on le voit, sa paresse toute seule qui se charge de le châtier. Per quœ peecat guis, per hœc et torquetur.
Cet autre a écouté la voix perfide des passions qui séduisent la jeunesse. Il a dévoré en quelques années de vils plaisirs les forces qui devaient suffire à une longue et laborieuse carrière; arrivé à l'âge viril, ce n'est plus que l'ombre et comme le squelette d'un homme. Ce feu terrible, dont il est
parlé au livre de Job, a tout dévoré : santé, énergie physique, poésie de l'imagination, richesses du sentiment et du cœur, nobles et saints enthousiasmes, tout a été brûlé : Ignis ad perditionem devorans^ et omnia eradicans genimina (1). Là encore, c*est la passion qui se retourne contre elle-même et qui se flagelle de ses propres mains, Per quœpeccat quis, per hœc et torquetur.
Voyez enfin ce que deviennent ces mariages dont le point de départ n'a été qu'une pensée d'intérêt mondain, de convenances pécuniaires, de combinaisons toutes terrestres. Au commencement, il semble que tout va bien. C'est l'éclat, c'est le bruit, c'est l'apparence du bonheur. Mais peu à peu on s'aperçoit que, pour faire un bon ménage, il ne sufiBtpas d'assortir les dots, qu'il faut encore assortir les caractères, les idées, les aspirations, et que Dieu seul est assez puissant pour fondre d'une manière durable deux cœurs en un seul cœur, deux vies en une seule vie. On s'en aperçoit, mais il est trop tard. On s'est marié par ambition, par intérêt, peut-être par routine. On n'a regardé que la terre avant de faire cette démarche si grave; on en a méprisé ce que j'appelle le côté divin et éternel. Viennent les dégoûts, les ennuis, les déboires, les regrets, les récriminations, de qui et à qui vous
(1) Job, zszi, n.
I^Ddrez*Y0U8? Si vous êtes puni, n'est-ce. pâs votre foute elle-même qui devient votre châtiment? /Vr quœ peccdt guis, per hœc et torquetur.
Je pourrais aisément multiplier le nombre de ces exemples. Ceux que j'ai cités suffiront pour montrer toujours Tapplication de la. même loi.
Nous posons le principe» Dieu nous laisse luie. Un jour la conséquence de notre principe se retournera contre nous et nous frappera. Nous aurons semé le vent : le vent produira la tempêtCi et la tempête nous brisera.
De cette vérité si évidente et sur laquelle l'Esprit- Saint revient à plusieurs reprises dans le recueil de nos Écritures (l),aftn d'attirer sur elle notre attention la plus sérieuse» je me Mte de déduire, en terminantrdes conclusions pratiques.
1* Il y a de la logique'^ns les mouvements de la vie humaine» malgré la confusion et l'ineDhérence apparentes de ces mouvements.
2* Cette logique n'agit pas toujours -immédiatement, et de ce que souvent elle tarde è se manin
(1) Qui leminat iniquitatem metet mala {Prw. zzni lld)* Q°^ feminaverit homo, haeo et metet (Gai, vi» 8).
In operibus manuam suaram oomprehensos est peccator (P<. iXt l^)*
Seitote quoniam peccatom vestram apprehendet vo« (Num» xxxHi 23).
Fili, non semines mala in solois î^justitiae €A non metes ea m feptnplum {Eocli* vu, 3).
Ck>medflmt igltur fructui viœ raie, raiique ooneiliis satoxaboator (Prw. 1, 31). ^
Seminant dolores et metimt eos (M, xv, 8). '
fester, il faut bien se garder de la nier ou de la méconnaitre (1).
3^ Tôt ou tard, en effet, les principes renfermés dans les actes humains se djsveloppent et pfoduisent leurs conséquences.
4" Donc, il faut peser d'avance les conséquences
de ses actes. « Gouverner, a-t-on dit, c'est prévoir.»
Il feut réfléchir, examiner, apprendre à gouverner
sa vie et à envisager au delà du moment présent
^ développement logique de nos actions,
. >usne voulons pas de tempêtes, ne semons pas ^ vent. Nous avcms horreur de l'injustice, et nous trouvons amer le pain du mensonge, ne semons pas l'impiété et l'erreur, dont le mensonge et Viniquité sont les fruits, naturels.
Enfin, appliquons ce principe ^ toutes nos actions. Les bonnes ont aussi leur fécondité, et « celui^ « dit S. Paul, qui sème danslft bénédiction, recueil- « lera la bénédiction (2).
Si on savait toutes les conséquences renfermées dans une seule bonne action, et que de grâces sont contenues dans une seule grâce!
(1) Inutile de rappeler que cette loi n'est pas la seule qui gouverne
le monde moral. 11 y a des malheurs qui ne sont que des épreuves
et non des châtiments ; voir plus haut le discours n^ VI, intitulé :
Confiance en Dieu.
. (2) Çjvà seminat in benedictionibui, de benedictionibus et metet.
(// Car, IX, 6.)
Qui seminat in spiritu, de spiritu metet vitam œternam.(Ga{. ti, 8.)
Seminate vobisinju8titia,etmQtileinore misericordise. (Owe, x,12.)
Rappelez-vous, mes firères» la parabole à la fois si simple et si instructive du semeur dans le saint Évangile (1). Vous savezce que devient la semence tombant dans des cœurs bien préparés : elle produit trente, soixante ou cent pour un*
Obéissons à une bonne inspiration. Elle porte comme dans son sein une foule de pensées généreuses et élevées, qui seront à la fois la ootm quence et la récompense de racoueil que non; aurons fait à Finspiration première dans hqpsii, et elles étaient renfermées.
Donnez un bon conseil, un bon exemple. Yotdtcroyez peut-être n'avoir posé là qu'un acte isolé, sans fécondité et sans suites. Vous vous trompez. Ce bon conseil aura relevé une âme abattue^ et, revenue à des résolutions meilleures, elle deviendra pour d'autres âmes un principe de vie et de salut, et c'est de vous que sera parti le premier mouvement, principe et cause de tout ce bien moral.
Le bon exemple sera encore plus ef&cace et plus fécond. Il y a àaxis le monde, à l'heure qu'il est, de grandes vertus, de grands dévouements, dont IV rigine, si on pouvait en dresser la généalogie, remonte à tel exemple magnanime donné, il y a des siècles, par un noble cœur.
''1) iliUh x:ix, -
Quel encouragement à faire le bien, dans, cette pensée que Dieu Ta doué d'une sorte de fécondité infinie, et qu'indépendamment de .la moisson de béatitude et de gloire que le juste est destiné à rec: Ul*^»^dans la vie éternelle, il ne se fait ici-bas ricr 1 qui ne porte ses fruits, fruîls bénis qui
r- \. at et feront grandir en ce monde la
j ûc ûonneur et la sainteté.