‹ Les ParsisChapitre 15 sur 33 · Arrien, Expédition d* Alexandre, liv. III, c. xxii · texte numérisé non relu

Arrien, Expédition d* Alexandre, liv. III, c. xxii

2.Weil, Geschichte der Chalifen nach handschriftl. grôsstentheils Quellen, etc., etc., c. ii, pp. 54 et suiv. Mannheim, 1846. Caussin de Perceval, Histoire des Arabes^ liv. ÏX, p. 400. 1848. Malcolm, Hist. oj Persiuy from tke inost early period to the présent tiinc, vol. I, c. vi, p. 170. London, mdcccxv.

et Mosanna, à la tête de huit mille , avaient marché contre Hormaz, le gouverneur perse de l'Iraq, et Tavaient battu. Après cette victoire, Khalud s'était porté en avant et avait conquis l'Iraq ; mais il fut vaincu à la journée de Marwaha (634). Quatre mille musulmans y furent tués et deux mille retournèrent à Médine ; malheureusement le général perse Behman ne poursuivit pas cet avantage. Deux factions divisaient alors le pays, Tune sous Roustam, le généralissime de l'empire perse, et l'autre sous le prince Firouz. Behman, au lieu de protéger l'indépendance de sa patrie, accourut soutenir Roustam contre Firouz ! Les rapides succès des Arabes les enhardirent à établir leur camp entre Kadesiah ^ et Koufah

1. ce Qadeçyeh.^ Bourg célèbre par les combats que s'y livrèrent les musulmans et les Persans \ Il est à quinze farsakhs de Koufah et à quatre milles d"Ozhaïb; longitude, 69-; latitude, 31' 2/3. Ce fut l'an 16 de l'hégire, sous le khalifat d"Omar ben Khatthab, que les musulmans, commandés par Sa'd ben Abi Waqqas, livrèrent bataille aux infidèles. Pendant l'action, Sa'd s'était retiré dans le château % d'où il examinait les mouvements de ses troupes. Cette mesure fut considérée comme une preuve de pusillanimité, et un musulman de l'armée fit contre lui ces vers (mètre thawil) :

« Ne vois-tu pas que Dieu a fait descendre la victoire sur nous, tandis que Sa'd se cachait derrière les portes de Qadeçyeh? |j II pensait alors à augmenter sa famille et à rendre ses femmes mères, car les femmes de Sa'd ignorent les privations du célibat. »

Un autre poète, Bischer ben Rebi'ah^ a parlé de la bataille de Qadeçyeh en ces termes (même mètre) :

« Ma chamelle s'est arrêtée aux portes de Qadeçyeh ; mon chef était Sa'd ben (Abi) Waqqas. || Souviens-toi (que Dieu te guide I) des prouesses de nos épées auprès de Qodaïs, et de l'aveuglement de nos perfides enne-

1. Le bourg d'Elkadder, non loin de Kerbela, marque l'emplacement de rancienne Kadesiah. Quant à Koufah, un groupe de masures occupe celui de la capitale du khalifat, qu'on dit avoir été aussi considérable que Babylone.

2. « Il y avait à Ozhaïb un château appartenant aux Persans et nommé QodaiSy d'où vient, dit-on, le nom de Qadeçyeh . Sa'd s'y établit avec son harem parce qu'il souffrait de la goutte et ne pouvait ni s'asseoir, ni monter à cheval. Couché sur la plate-forme de cette forteresse, il observait son armée, et des gens postés en bas transmettaient ses ordres et ses dispositions militaires. » {Mèraçid.) (Voyez VEssai sur l'Histoire des Arabes par Caussin de Perce val, III, 4bl-4d6, et Weil, Gesch. der Chai., 1, p. 65 et suiv.)

OÙ les hordes nomades étaient venues renforcer leurs troupes par ordre du khalife. La lutte dura trois jours et trois nuits ; Tarmée des Perses fut entièrement détruite, et l'étendard royal tomba au pouvoir des Arabes \ Yezdedjerd, instruit de ce malheur, s'enfuit à Holwân. Sa'd, s'étant emparé de Madaïn, se mit à la poursuite du monarque fugitif qui se retira à Reï.

L'an 20 de l'hégire, Omar rappelait Sa'd, et Yezdedjerd en

mis. Il Ce soir-là plusieurs d'entre nous auraient voulu emprunter des ailes aux oiseaux pour pouvoir s'envoler, || lorsque leurs bataillons s'avançaient l'un après l'autre contre nous, semblables à des montagnes mouvantes. || Avec mon épée, j'ai mis le désordre dans leurs rangs, et ma lance les a dispersés ; car je suis un homme digne de manier la lance, Il moi et mes dignes compagnons : Amr, père de Thawr, le martyr, Haschem, Qaïs, Nô'man le brave, et Djérir. »

Il existe un grand nombre de poésies composées en Thonneur de cette journée, l'une des plus célèbres et qui attirèrent le plus de bénédictions sur les musulmans. 'Omar ayant écrit à Sa'd pour lui demander des renseignements sur la position de Qadeçyeh, celui-ci lui donna les indications suivantes : « Qadeçyeh est entre le fossé et el-'Atiq (canal de l'Euphrate). A sa gauche, est la mer dans une baie d'où partent deux routes qui mènent à Hirah : la première, sur des coteaux élevés ; la seconde, sur le bord d'un fleuve nommé KhousouSy qui débouche entre Khawarnaq et Hirah; à sa droite, sont de nombreux cours d'eau qui arrosent ce pays. Toutes les peuplades qui ont fait la paix avec les musulmans avant mon arrivée tremblent devant les Persans et sont prêtes à me donner main-forte. » Les historiens des premières conquêtes divisent l'affaire de Qadeçyeh en quatre journées. Ils nomment la première journée, la fournée d'Ermath; la seconde, la journée d'Ayhwalh; la troisième, la journée d'Amas; ils appellent la nuit qui précéda la quatrième affaire, la nuit d*Hérir ou du grondement; et la dernière journée, le jour de Qadeçyeh. Le célèbre Roustem,fils de Farrokh-Zad, perdit la vie dans cette bataille, et les Persans ne purent remplacer cet habile général. (Dictionnaire géographique, historique et littéraire de la Perse et des contrées adjacentes, extrait du Mç'djem el-Bouldan de Yaqout, etc. Trad. Barbier de Meynard. Paris, 1861, p. 432.)

1. Malcolm, Hist. of Persia, vol. I, c. vi, p. 174. Weil, Geschichte dcr Chalifen, 2 chap., pp. 54 et suiv. Caussin de percev al, Histoire (les Arabes, liv. X, pp. 481 et suiv. Maçoudi, Prairies d'or, trad. Barbier de Meynard, c. lxxvi, p. 207. Tabari, trad. H. Zotenberg, part. IV, c. XLi, pp. 385 et suiv.

profitait pour réunir cent cinquante mille hommes, tous contingents tirés de la province du Khoraçân et des environs de Reï et d'Hamadan. Firouzan en reçut le commandement. Le khalife, apprenant les préparatifs du roi de Perse, envoya à son tour des renforts et plaça à leur tête son général No'mân, avec les ordres les plus stricts pour détruire la religion impie des Ignicoles. C'est à Nehawend* qu'après deux mois d'attente le choc des armées décida du sort de

1. Nehawend.— Grande viUe à trois journées d'Hamadan, dans la direction de la qiblah (sud-ouest). Abou'l-Moundher Hischam dit qu'elle reçut ce nom parce qu'on la trouva toute bâtie et telle qu'elle est encore. D'autres en font remonter la fondation à Nouh (Noé) et pensent que son nom actuel est l'abrégé de Nouh-Awend ou Nouh-Wand, c'est-à-dire la ville de Noé. Hamzah croit que son nom primitif était Now/ia-Wc/it/, ce qui signifie «le bien multiplié». Nehawend est située dans le IV' climat, par 72* de longitude et 36° de latitude ; c'est une des plus anciennes villes du Djebal. Elle fut conquise l'an 19 ou l'an 20 de l'hégire. Abou Bekr el-Hodhaïli, s'appuyant sur le témoignage de Mohammed, fils de Haçan, dit : ce La bataille de Nehawend fut livrée l'an 21, sous le khalifat d'Omar, fils de Khatthab. — Les musulmans étaient commandés par No'mân ben Mokarren el-Mouzeni ; ce général avait sous ses ordres Hodhaïfah, fils de Yemani, Djerir ben 'Abd Allah, el Moghaïrah ben Scha'bah et el-Asch'ath ben Qaïs. Lorsque No'mân, qui était un des compagnons du Prophète, fut tué, le commandement supérieur passa à Hodhaïfah ; c'est ce chef qui conclut la paix, ainsi que nous le rapportons au mot Mah-Dinar. Voici ce que raconte el-Moubarek ben Sa'ïb, qui tenait ces renseignements de son père : « Nehawend fut prise par l'armée de Koufah, et Dinewer par les troupes de Basrah. Comme la population de Koufah s'était considérablement accrue, une partie de ses habitants fut obligée d'émigrer dans les pays nouvellement pacifiés et soumis au Kharadj. C'est ainsi qu'ils vinrent habiter Dinewer. La province de Koufah reçut en échange de Nehawend, qui fut annexée à la province d'Ispahân, l'excédent du Kharadj prélevé sur Dinewer et sur Nehawend. Ce fut sous le règne de Mo'awiah ben Abi Soufiân que Nehawend fut nommée Mah el- Basrah et Dinewer Mah el-Koufah. Les Persans, avant la bataille de Nehawend, avaient réuni des troupes considérables ; on dit que leur armée était forte de 150,000 hommes, commandés par le Firouzdn. A la suite de cette importante journée, qui fut appelée la victoire des victoires, la résistance des Persans s'affaiblit de plus en plus. L'opinion la plu^ accréditée est que ces événements se passèrent pendant la cinquième année du khalifat d'Omar, l'an 19 de l'hégire. » (Cf. Essai sur l'Histoire des Arabes^ par Caussin de Per-

riran. Trente mille Perses restèrent sur le champ de bataille, et quatre-vingt mille se noyèrent dans le fossé qui entourait le camp. Firouzan, poursuivi dans la montagne, fut tué par un détachement d'Arabes \

Dès lors la Perse appartint aux khalifes. Yezdedjerd s'enfuit d'abord dans le Seistan, puis à Merw^ ; le gouverneur de cette ville offrit au Khâqan du Turkestan de lui livrer le prince fugitif. Les Turcs entrèrent dans la ville, malgré la résistance des habitants, et le roi, profitant de la confusion, réussit à se cacher dans un moulin des environs. Le meunier tout d'abord protégea le prince, mais poussé par le désir de s'approprier ses armes et ses vêtements, il le tua lâchement. Le peuple, irrité, massacra l'assassin, et le corps d'Yezdedjerd^ fils de Schahriar, le dernier souverain sassanide, fut envoyé à Istakhar pour y être déposé dans le tombeau de ses ancêtres (650 ap. J.-C).

La conquête de la Perse s'accomplit avec une rapidité surprenante. Peu après la mort du roi, l'islamisme s'était imposé partout ; cependant certains parmi les Mazdéens résistèrent et parvinrent même à rester sur le sol de leur patrie ; d'autres, ne voulant pas accepter la loi du Koran, abandonnèrent leurs foyers et se cantonnèrent dans les districts montagneux du Khoraçân* où, pendant cent ans, ils purent vivre

ceval, t. III, p. 491, et les Annales d'Abou'l Feda, éd. de Reiske, t. I, p. 242.) Voy. B. de Meynard, Dict. gèog. hist., etc., p. 573.

1, Malcolm, Hisi. ofPersia, vol. 1, c. vi, p. 176. G. WEiL,Geschichie fier Chalifen^ etc. , 2 chap., p. 54. Maçoudi, Prairies d'or, trad. Barbier de Meynard, c. lxxvi, p. 233. Tabari, trad. Zotenberg, part. IV, o. xlvii, p. 4G7.

2. Khoraçân.— Vaste contrée qui s'étend du côté de l'Iraq (persan), jusqu'à Azadwar (chef-lieu du district de Djoueïn) et au Beïhaq ; elle est bornée, du côté de l'Inde (au sud et à l'est) par le Thokharistân, Ghaznah, le Sedjestàn et le Kermân. Elle renferme des villes de pi'emier ordre, telles que Niçabour, Merw, qui a été la capitale de l'État de Balk, Herat, Thaleqân, Neça, Abiwerd, Serakhs, et plusieurs autres cilôs considérables sises en deçà du fleuve Djeïhoun (Oxus). Quelques géographes ont placé dans le Khoraçân les provinces du Kharezm et

et pratiquer leur religion sans être inquiétés. — Ils furent toutefois obligés de quitter cet asile et de se réfugier en assez grand nombre dans la petite île d'Hormuz^ à l'entrée du Golfe Persique. Ils n'y firent qu'un court séjour et se décidèrent enfin à aller demander asile aux Hindous. Ils se procurèrent des vaisseaux et s'embarquèrent avec leurs femmes et leurs enfants.

Les relations entre la Perse et l'Inde avaient été assez

une partie de la Transoxiane, mais c'est une erreur. .. Lorsque l'Islam parut sur la terre, les Khoraçâniens, par une faveur toute spéciale de Dieu, l'accueillirent avec empressement ; ils acceptèrent sans résistance la paix qui leur était offerte ; ils ne furent soumis, pour cette raison, qu'à un impôt léger, et évitèrent d'être massacrés ou faits prisonniers. La conquête même eut lieu en l'an 18 de l'hégire. 'Omar Ben Khattab envoya dans le Khoraçàn el-Ahnef ben Qaïs, qui s'empara successivement, et en peu de tenaps, des deux Thabès, d'Herat, de Merw esch-Schahidjân et de Niçabour, après avoir forcé le roi de Perse Yezdidjird, fils de Schahriar, à se réfugier dans la Transoxiane chez le Khaqân des Turcs. Voy. B. de Meynard, Dict. géog, hisi., etc., p. 197.

1. Hormuz, — La ville est située sur un bras de mer qui communique avec le Fars ; elle sert de port au Kermân, et c'est là que les bâtiments venus de l'Inde déposent les marchandises à destination du Kermàn, du Sedgestân et du Khoraçàn. Quelques auteurs écrivent et prononcent Hormoui. Voy. B. de Meynard, Dict, géog. hist., etc., p. 595.

Mohammed Medjdi donne quelques détails historiques sur l'ancienne ville et l'île d'Hormuz, jusqu'à l'époque de la conquête d'Albuquerque (1514). (( La ville d'Hormuz appartient au IP climat, et la chaleur y est excessive. Fondée par Ardeschir Babegàn, elle fut abandonnée (en 715) par le roi Schems ed-Din qui redoutait les attaques des brigands du voisinage. Ce roi bâtit une autre ville dans l'île de Djeroun, située à un farsakh de la côte, et lui conserva le nom d'^/orma-j. Il y a 120 ans que les Francs y exercent un pouvoir absolu. Son gouverneur, Nour ed-Din, ayant eu la fatale idée de réclamer leur secours dans une circonstance diCQcile, leur laissa un dixième du revenu. En peu do temps, ils usurpèrent si habilement l'autorité que le roi et le vézir de ce pays n'ont plus conservé la moindre part aux affaires. » (Zinet, ix* chapitre.) Avant la conquête portugaise, cette île, tributaire de la Perse et annexée au Kermàn, payait une redevance annuelle de 60,(X)0 dinars. (Noushei, fol. 670. Voyez aussi le texte arabe d'Abou'l Féda, p. 339, et les Voyages d'ibn Batoutah, t. II, p. 230.) — B. de Meynard. Dict. géog, hisL, etc., p. 595 (en note).

fréquentes, et cette migration s'explique précisément par des liens antérieurs, resserrés peu de siècles avant la conquête arabe, ainsi que nous pouvons le voir d'après un intéressant résumé donné dans le Ga^etteer ofthe Bombay Presidency, p. 247, et que nous reproduisons ici.

(( Dans les temps légendaires, il avait existé des rapports religieux entre le grand prophète Zoroastre, vers 1000 avant J.-C.) Voyez Haug, Essays, 299) et le Brahmane Tchengreghatchah envoyé pour convertir ses compatriotes. (Voyez aussi dans Firdousi Thistoire du prince Isfandiyar, fils de Gushtasp, qui était un disciple si fervent de Zoroastre qu'il persuada à l'Empereur de Tlnde d'adopter le culte du feu (Elliot, History,\. 568). La tradition hindoue de l'introduction* des prêtres du feu venus de Perse à Dwarka, dans le Kattyawar, est probablement de beaucoup postérieure (Reinaud, Mémoire sur l'Inde, 391-397). — On retrouve aussi un autre lien, et cette fois tout politique, dans les conquêtes mythiques de l'Inde septentrionale, qui, d'après les écrivains persans, se seraient succédées à partir de l'an 1729 av. J. C. (Troyer, Radjatarangini, ii. 441). Dans les temps historiques, le Pandjab fit partie des états perses, depuis sa conquête par Darius Hystaspes (510 av. J.-C), jusqu'aux derniers jours de la dynastie achéménide (350 av. J.-C.) (Rawlinson, Ancient Monarchies, iv. 433).

« Vers le commencement de l'ère chrétienne, d'après l'autel du feu qui se voit sur leurs médailles, les Kanerkis ou Scythes de l'Inde, maîtres du Pandjab^ paraissent avoir adopte la religion des Mages (Lassen, dans J. B. A. S,, ix. 456; Prinsep, Noté on hist, res,from bactrian coins, 106). En ce qui concerne l'Inde méridionale, la mention des Mages Brahmanes dans Ptolémée (150) semble indiquer des rapports avec la Perse, mais le mot kanarais mag ou « fils » donne une explication suffisante.

(( Des relations plus étroites entre l'Inde et la Perse datent de la restauration de la puissance perse sous les rois sassanides

des Romains aux Persans, et les flottes de Tlnde et de la Chine visitèrent le Golfe Persique (Reinaud, Aboulféda, i.-ii. cccLXxxui.-iv). Or, ce furent ces rapports entre Tlnde occidentale et la Perse qui, en 638 (H. 16), poussèrent le Khalife Omar (634-643) à fonder la ville de Bassora, en partie pour les besoins du commerce, en partie pour empêcher les princes Indiens de se porter au secours des Persans (Troyer, Radjatarangini, u. 449; Chronique de Tabari, m. 401), et, la môme année (638-639),lui firent activer l'envoi d'une flotte qui ravagea les côtes de Thana (Elliot, History, i. 415). Tabari (838-921) et Maçoudi (900-950) prouventrun et l'autre que le district autour de Bassora et le pays soumis au roi d'Oman étaient considérés par les Arabes comme faisant partie de l'Inde (Chronique de Tabari, ni. 401 ; Prairies d'or, iv. 225). Au VII® siècle, on a remarqué que des Indiens étaient établis dans les principales villes de la Perse, où ils jouissaient du libre exercice de leur religion (Reinaud, Aboulféda, i.-ii. cccLxxxiv). Il est bon de noter aussi qu'à partir du vi® siècle, quand les Persans commencèrent à prendre une part prépondérante dans les transactions commerciales de l'Orient, ils visitèrent non seulement rinde,mais encore la Chine (Reinaud, Aboulféda, i-ii. ccclxxxui). Vers l'époque de leur venue aux Indes, les Parsis y étaient établis en qualité de missionnaires, de commerçants ou de réfugiés. Anquetil du Perron [Zend Avesta, i. cccxxxvi) parle de Persans allant en Chine au vii« siècle avec un fils d' Yezdedjerd. Suivant Wilford (As, Res., IX. 235), une autre bande d'émigrés s'y ajouta en 750, au début du règne des Abbassides. En 758, les Arabes et les Persans étaient si forts à Canton, qu'ils excitèrent des émeutes et pillèrent la ville (Reinaud, Aboulféda, i.-ii. ccclxxxv). En 846, il est fait mention de Muhapas ou Mobeds à Canton (Yule, Cathay, i. xcvi), et soixante ans plus tard, Maçoudi constate qu'il y avait en Chine beaucoup de temples du feu {Prairies d'or, iv. 86). »

Il est peu probable que cette migration des Persans ait été

Kattyawar, fut le premier port où les réfugiés prirent terre. Ils y vécurent près de vingt ans, au bout desquels ils s'enquirent d'une nouvelle résidence. — Un passage mystérieux du Kissah-i-Sanjan n'explique pas cette seconde migration. « Un vieux Dastour (grand prêtre) qui s'appli- « quait à la science des présages tirés des étoiles, déclara (( qu'il fallait quitter ces lieux et chercher une autre demeure. « Tous se réjouirent en entendant ces paroles, et mirent « promptement à la voile pour le Goudzerat. » — A peine éloignée des rivages de Diu, la petite flotte fut assaillie par un orage, et les Persans se crurent perdus sans ressources. Ils implorèrent alors celui pour lequel ils avaient tout abandonné, promettant de faire briller la flamme sacrée dès qu'ils auraient touché les bords indiens.

Dieu entendit la prière de ses enfants fîdèles,car la tempête s'apaisa et l'on put aborder à Sanjan % à 25 milles au sud de Daman*. (716 ap. J.-C.) Le territoire de Sanjan était alors

autres couvents, celui de Saint-François sert d'hôpital militaire, celui de Saint-Jean-de-Dieu de cimetière et celui de Saint-Dominique est en ruine. (Voy.W.W. Hunter, Impérial Gasetteer of India^ vol. III, p. 171.)

1. Sanjan,— Petit village dans le district de Thana, jadis une ville importante connue des Portugais et, d'après eux, sous le nom de Saint- John, Voy. Imp. Gas, ofindia, vol. III, p. 174. •

2. Daman.— Ville portugaise à 100 milles au nord de Bombay.— La superficie est de 82 milles carrés, y compris le pargana de Nagar Haveli ; la population est de 40,980 âmes. L'établissement se compose de deux parties distinctes : Daman et le pargana de Nagar Haveli, séparés par un territoire appartenant aux Anglais et par le chemin de fer qui dessert Bombay, Baroda et l'Inde Centrale. La ville fut saccagée par les Portugais, en 1532, puis rebâtie par les natifs, et reprise, en 1558, par les Portugais qui en ont fait un de leurs établissements dans l'Inde. Ils ont converti la mosquée en église et en ont bâti huit autres. Le commerce y était jadis très florissant avant la chute de la puissance portugaise dans l'Inde et s'étendait jusqu'à la côte d'Afrique, où les navires portaient les étoffes de coton fabriquées à Daman. — De 1817 à 1837, le commerce de l'opium venu de Karatchi et importé en Chine était prospère ; mais depuis la conquête du Sind par les Anglais, le transport de l'opium a été défendu, et Daman a été ainsi privé de sa plus grande source de richesses. Le sol est humide et fertile, surtout

soumis au sage ladi Rana * , vers lequel les Persans envoyèrent avec des présents un Dastour, pour obtenir la permission de s'établir sur ses terres et savoir les conditions qui leur seraient imposées. Le Dastour, en s'approchant du Rana, le bénit et, après lui avoir expliqué les raisons qui avaient décidé les fugitifs à quitter leur patrie, il narra leurs infortunes et demanda que ses compatriotes fussent autorisés à résider à Sanjan. On dit que le prince, frappé de l'aspect guerrier et remarquable de ces étrangers, conçutd'abord quelque crainte et voulut se faire renseigner sur leurs us et coutumes. Pendant leur séjour à Diu, les Persans avaient appris suffisamment à connaître l'esprit et le caractère des Hindous pour répondre à ses questions d'une manière satisfaisante. Les plus instruits dressèrent seize distiques s'iokas dans lesquels ils résumèrent leurs principales obligations* :

lo Nous sommes adorateurs d'Ahura-Mazda (l'Être suprême), du soleil et des cinq éléments ;

2^ Nous observons le silence au bain, pendant les prières, en faisant des offrandes au feu et en mangeant ;

3° Nous employons l'encens, les parfums et les fleurs dans nos cérémonies religieuses ;

4® Nous honorons la vache ;

5® Nous portons le vêtement sacré, le sudra ou la che-

dans le pargana de Nagar Haveli; on y récolte du riz, du froment, du tabac ; malgré les facilités de culture, un vingtième seul du territoire est cultivé. Voy. Imp. Gaz. of Incita, vol. III, p. 21.

1. Les Parsis l'appellent Jâdè Rânâ; le D' VVilson suggère que ce fut sans doute Jat/âdcca ou Vana Râja d'Anahillawâda qui régnait dans le Goudzerat de 745 à 806.

2. Il y a plusieurs manuscrits des « S'iokas», rédigés en sanscrit ou en goudzerati. On en trouve, dans V Indian Aniiquari/, p. 214 (5 juillet 1872), une version faite d'après une traduction préparée par le Dastour HoshangJamasp, le grand prêtre de Pou nah. L'auteur la compare à une plus ancienne, alors entre les mains du D' Wilson, et y relève de nombreuses divergences; d'ailleurs, au dire même du D' Wilson, il n'existe pas deux manuscrits, soit en goudzerati, soit en sanscrit, qui soient semblables, quant à la rédaction, bien qu'identiques pour le fond.

mise^ le kusti ou la ceinture pour les reins, et le bonnet à deux plis ;

6*^ Nous nous réjouissons avec des chants et des instruments de musique à l'occasion de nos mariages;

7® Nous faisons porter des ornements à nos femmes et

nous les parfumons ;

8° Il nous est ordonné d'être libéral dans nos charités, particulièrement de creuser des citernes et des puits ;

9^ Il nous est ordonné d'étendre nos sympathies à tous les êtres mâles et femelles ;

10® Nous faisons des ablutions avec du gaomutray l'un des produits de la vache ;

11° Nous portons la ceinture sacrée, en priant et en mangeant ;

12° Nous entretenons la flamme sacrée avec de l'encens ;

13° Nous faisons nos dévotions cinq fois par jour ;

14° Nous observons soigneusement la fidélité conjugale et la pureté ;

15° Nous célébrons tous les ans des cérémonies religieuses en l'honneur de nos ancêtres ;

16° Nous usons des plus grandes précautions à l'égard de nos femmes pendant leurs couches et à certaines époques du mois.

Il faut bien reconnaître que les Zoroastriens se montrèrent, en cette occurrence, singulièrement habiles et rusés, évitant de présenter les bases véritables de leur religion pour ne mettre en relief que certaines cérémonies de peu d'importance, qui semblaient dénature à concilier le bon vouloir du Rana. Désireux de jouir aussi d'un peu de repos, les Parsis connaissaient trop bien les Hindous et leurs susceptibilités de caste et de religion pour ne pas avoir à cœur de leur complaire, et c'est ainsi qu'ils formulèrent leurs réponses avec une adresse et une subtilité qui gagnèrent la faveur du Rana. Celui-ci leur permit donc de résider dans la ville, à condition qu'ils adopteraient le langage du pays et cesse-

ËXODE DES PARSIS 15

raient de parler celui de leurs ancêtres ; déplus, les femmes durent s'habiller à la mode hindoue, les hommes ne plus porter d'armes et accomplir de nuit les cérémonies du mariage, suivant les rites hindous. Que pouvaient de malheureux exilés assoifés de paix et de repos, sinon accepter? C est ce qu'ils firent. — Ils s'établirent sur de vastes terres non loin de Sanjan, et élevèrent leurs cœurs reconnaissants vers Ormuzd. Ils résolurent de remplir le vœu qu'ils avaient fait, lors de leur mémorable voyage de Diu à Sanjan, et d'élever l'autel où brillerait la flamme sacrée. Les Hindous, loin de s'y opposer, se prêtèrent à la construction du temple (721), et les rites zoroastriens s'accomplirent dès lors sur le sol de l'Inde (Parsee Prâkâsh, p. 2).

Les Parsis vécurent paisiblement près de 300 ans à Sanjan ; mais, avec le temps, leur nombre s'étant accru, certains émigrèrent dans d'autres villes : au nord, à CambayS à Ankleswar ', à Variav, à Vankaner et à Surate ; au sud, à Thana ' et à Chaul, localités que l'on peut encore reconnaître sur la carte de l'Inde. Leur première migration de Sanjan paraît s'être portée vers Cambay (942-997); toutes sortes de considérations les y attiraient , et ils semblent d'ailleurs y avoir prospéré*. L'établissement à Variav doit être

1. Cambay,— Capitale de l'État de ce nom, province du Groudzerat, au fond du golfe de Cambay, au nord de l'estuaire de la Mahi. — Population (1872) 33,709 habitants. Voy. Inip. Gas. of India, vol. II, p. 334.

2. Ankleswar. — Capitale de la subdivision du môme nom dans le district de Bharoutch.— Population (1872) 9,414 habitants. Voy. Imp. Gas. of India, vol. I, p. 203.

3. Thana. — District anglais dans la présidence de Bombay. Le territoire qui faisait partie des États du Peichwah, fut annexé par le gouvernement anglais, en 1818, à la chute de Baji-Rao. La population est de 847,424 habitants (1872). On y comptait 3,920 Parsis. La ville de Thana est à 26 milles au nord de Bombay ; elle possède une station et un port. Voy. Imp. Gas. of India ^ vol. IX, p. 34.

4. Quelques Parsis qui^ depuis leur arrivée dans l'Inde, en 636, étaient restés dans le sud du Goudzerat, furent attirés près du temple de Kumarika Kshetra, à l'embouchure de la Mahi (X' siècle). Les nouveaux

aussi ancien que celui de Cambay. Une inscription pehlvie gravée sur les parois de la Grotte de Kanheri nous apprend qu'un certain nombre de Parsis la visitèrent, le 2 décembre 999, et, d'après une seconde inscription également pehlvie, d'autres Parsis y vinrent, le 5 novembre 1021 \

Nous trouvons ensuite les Parsis à Nauçari* ; en 1142, un Mobed du nom de Kamdin Yartosht quitta Sanjan avec sa famille pour y accomplir les cérémonies religieuses réclamées par les Zoroastriens de cette localité. Si l'on peut s'autoriser d'un ancien manuscrit conservé par les descendants de Merji Rana, le célèbre grand prêtre qui vivait, il y a trois siècles, ce furent les Parsis qui donnèrent son nom à Nauçari. Quand ils y arrivèrent, en 511 de Yezdedjerd, ils trouvèrent le climat aussi agréable que celui du Mazanderan, l'une des provinces de la Perse, et nommèrent la ville Navisari ou Nau-Sari; depuis lors, on l'appela Nauçari-Nagmandal au lieu de Nagmandal, son nom primitif '.

venus réussirent dans le commerce, et furent suivis par d'autres; de telle sorte que l'élément parsi devint assez fort pour chasser les Hindous de la ville. Au nombre de ceux qui s'enfuirent, il y avait un certain Kalianrai qui, s'étant réfugié à Surate, gagna une belle fortune dans le commerce des perles. Sa richesse lui donna de l'importance ; si bien qu'il put réunir une bande de Radjpoutes et de Kolis qui attaquèrent de nuit les Parsis, mirent le feu à leurs demeures et en passèrent quelques-uns au fil de l'épée; le reste prit la fuite. — Kalianrai forma alors le projet d'édifier une ville sur les ruines de la colonie parsie. (Voy. Gazetteer of the Bombay Presidency.)

1. La traduction de la première inscription est due à M. K. R. Kama, dans ses études sur la religion zoroastrienne, 3' vol., p. 160, et celle de la seconde à M. M. S.Watcha, dans le recueil intitulé Zarthoshti AbhyaSy 4' vol., p. 212. Voy. Parsec Prâkâsh, p. 2.

2. Nauçari, ville du territoire du Guikowar de Baroda, sur les bords de la Pourna, à 12 mille;|de la mer, à 18 de Surate et à 149 de Bombay. Lat., 22"7' N.; long., 73*40' E. La population, en 1872, était de 14,700 habitants. Nauçari est une ville très florissante, dont la prospérité dépend de la colonie parsie. Voy. Inip. Gas. of India, vol. VII, p. 179.

3. Sari.— Ville déchue du Thabarestan (Mazenderan). C'est là, dit Beladori, que résidait le Gouverneur de la province sous les Tahérides. — L'auteur du Nouzhet, pour indiquer la haute antiquité de cette

D*après les récits de différents voyageurs, les Parsis doivent s'être établis dans un grand nombre de villes de Tlnde supérieure ; venaient-ils de Tlnde occidentale ou de la Perse? c'est ce qu'il est impossible de dire. Un voyageur musulman du X® siècle, Al Isthakhri, cite quelques parties de l'Inde comme étant occupées par des Guèbres : c'est ainsi que les écrivains musulmans nomment les Parsis. Un témoignage irrécusable de leur présence à Dehra-Dun (1079) nous est fourni par l'attaque d'Ibrahim le Ghaznevide contre une colonie d adorateurs du feu cantonnés dans cette localité. — On rencontre également des Parsis dans le Pandjab avant 1178, si l'on en croit la tradition du voyage fait cette année-là par un prêtre parsi nommé Mahyar; il était venu d'Uch, ville située au confluent des cinq rivières du Pandjab, dans le Seistan, en Perse, afin d'acquérir une connaissance approfondie des rites religieux. Après six années d'études sous les Dastours, il rapporta dans l'Inde, en 1184, une copie de la traduction pehlvie du Vendidad \ — Il semble qu'il y ait eu aussi des communications entre les Parsis de Cambay et ceux du Pandjab, puisque, en 1323, les premiers possédaient des copies du Vendidad acquises par Mahyar.

Lors de l'invasion de l'Inde par Timour, on cite parmi

localité, en attribue la fondation à Thahoiuurs. Voy. au surplus B. de Meynai-d, Dicl.yéoy. kist., etc., p. 295. — C'est une ville ruinée; d'api*ès Fraser, elle avait 30,000 habitants au commencement du siècle. D'Anville et Rennell essaient d'identifier Sari avec l'antique Zadra-Karta, la plus grande cité d'Hyrcanie où l'armée d'Alexandi-e s'arrêta pour sacritier aux dieux. — C'est là que se seraient accomplis les plus hauts faits de l'épopée persane. Féridoun, le héi-os légendaire de la Perse, serait enterré sous le seuil d'une mosquée qui s'élève sur l'emplacement d'un Temple du feu. Sari est entourée d'immenses jardins et les campagnes des environs sont couvertes de mûriers, de cotonniers, de cannes à suci-e et de rizières ; elle possède un port sur la Caspienne, à la bouche du 'l'edjun, Farahabad, la demeure de la joie, fond(}e par Shah'Abbas.— Pietro délia Valle en parle comme de la principale cité du Mazenderan.

^ Westekqaard, Zend'Acesta, p. 304.

les captifs des Parsis ou Mages. Les gens qu'on représente comme croyant aux deux principes du bien et du mal et comme admettant à la fois Yazdan (Dieu) et Ahreman (le Diable) et qui offrirent une résistance désespérée aux armes de Timour, à Tughlikhpur, étaient des Parsis. On dit d'ailleurs que la colonie du Goudzerat fut renforcée par un grand nombre de Parsis qui s'enfuirent devant le conquérant. La mention que fait un écrivain musulman de la destruction des autels du feu par l'empereur Sikandar (1504) montre que, longtemps avant cette date, des émigrés parsis avaient vécu dans l'Inde supérieure. — Sir H. M. EUiot, dans son histoire de l'Inde, soutient, d'après l'opinion du Prof. Dowson, que les Guèbres du Rohilkhand, les Magyas de Malwaet les Maghs de Tughlikhpur, bien qu'ils n'offrent à présent aucune particularité religieuse, sont les restes des Parsis de l'Inde supérieure. — D'après une communication sur le Mont Abou par Sir Alexander Burnes, citée dans le Gazetteer of Bombay, il y avait une colonie parsie à Chandrauli, vers le milieu du XV' siècle.

On suppose que les Parsis se sont établis à Ankleswar au milieu du XIII® siècle de notre ère; un de leurs livres religieux, le Vispered, y fut en effet copié en 1258. — Nul doute qu'ils ne fussent à Bharoutch^ avant le commencement du XIV® siècle, parce qu on y voit un « Dokhma » bâti, en 1309, par un Parsi nommé Pestanji ; les ruines d'une Tour plus ancienne encore se trouvent dans le faubourg de Vajalpour.

Les établissements deThana et de Chaul doivent avoir été fondés à une date antérieure; les Musulmans et les voyageurs européens les citent en parlant de ces deux localités, sans les

^ Bharoulch. — District anglais dans la provincede Bombay ; 350,332 habitants (1872). On y comptait3,ll6 Parsis, pi-esque tous commerçants ou agriculteurs. La capitale sur la Nerbudda a 36,932 habitants. Les Anglais y avaient une factorerie dès 1616 ; ils s'en emparèrent en 1703. Les Parsis doivent s'y être établis dès le XP siècle ; beaucoup ont quitté Bharoutch pour Bombay .Voy. Imp.Gas. oflndiayvol. H, pp. 224et suivv.

mentionner sous leur nom véritable; toutefois la description qui en est faite s'accorde bien avec celle des Parsis, et cette opinion est confirmée par Odoric, moine italien qui voyageait dans rinde au commencement du XIV* siècle '. Les gens (à Thana), selon lui, étaient idolâtres, car ils adoraient le feu, les serpents et les arbres, et n'enterraient pas leurs morts ; ils les portaient en grande pompe dans les champs et les jetaient en pâture aux bêtes et aux oiseaux . Or comme les Hindous brûlent ou enterrent leurs morts, les coutumes cidessus relatées se rapportent évidemment aux Parsis, qui plus tard abandonnèrent en masse le district. — La tradition conservée à Thana offre un exemple piquant de la manière dont la colonie sut échapper à une conversion forcée au christianisme. Les Parsis, contraints d'abjurer et n'ayant aucun moyen de s'y soustraire, réussirent par la ruse â éviter les persécutions dont ils étaient menacés. Ils se rendirent en masse chez le gouverneur et se déclarèrent prêts à embrasser le christianisme, demandant pour toute faveur de ne prononcer leur abjuration que le dimanche suivant, afin de profiter de quelques jours de répit pour adorer le feu sacré et célébrer une dernière fois leurs fêtes. — Les Portugais se montrèrent si satisfaits de cette promptitude à souscrire à leurs vœux qu'ils publièrent une proclamation pour que, le jour fixé, personne ne troublât les Mazdéens dans l'accomplissement de leurs rites et de leurs cérémonies. Ceux-ci préparèrent un festin auquel furent conviés les notables; le vin coula abondamment, et pendant que les invités en goûtaient les douceurs, les Parsis, au son de la musique et au milieu des danses, sortirent de la ville et gagnèrent Kalyari, au sud de Thana, où ils s'établirent*.

^ Voy. Voyages en Asie du Frère Odoric de Pordcnone, relii/irux de Saint-François, publiés et annotés par M. H. Coidier, p. 82. Paris

* Thana fut abandonné pendant plus de trois siècles. En 1774, les Parsis revinrent en prendre possession, d'après les termes d'un traité

Les voyageurs qui visitèrent l'Inde du XIV® au XVI*^ siècle, trouvèrent des Parsis dans divers endroits. Il y a lieu de croire que rien d'important ne se passa alors dans la communauté. Les Parsis vivaient en bons termes avec les Hindous et s'occupaient surtout d'agriculture. Vers 1305, un événement considérable prit place dans leur histoire, lors de la lutte soutenue par le chef hindou de Sanjan contre Mohammed Shah ou Ala-ud-din Khilji (Parsee Prâkâsh, p. 4), qui envoya dans le Goudzerat une forte armée commandée par Alp Khan\

Le général musulman arriva sous les murs de Sanjan avec trente mille hommes; le prince hindou, conscient du danger, fît appel à ceux que ses pères avaient si généreusement accueillis sur leur territoire. Les Parsis se souvinrent, et quatorze cents d'entre eux sous les ordres d'Ardeschir, se

conclu avec un Sardar mahratte, Ragunathro Dada Saheb. Kavasji Rastamji, de Bombay, les accompagnait, et on lui confia les fonctions de patc'l dans les localités suivantes : Charnibanda, Munpesar, Trombay, Muth, Murve, Manori, Vesava, Danda, Bandera, Kalyan, Bhimardi et autres lieux dans l'île de Salsette.

' Le D' Wilson (J. B. B. R. A, S., l, 182) a suggéré que le Mahmoud Shah du KUsah-i-Sanjan était Mahmoud Begada qui régna sur le Goudzerat de 1459 à 1513. La mention de Champaner^ comme sa capitale semble indiquer que l'auteur du Kissali-i- Sanjan pensait que le prince musulman était le fameux Mahmoud Begada; mais la conquête du Goudzerat par Alp Khan fut si complète, qu'il n'y a pas de doute que Sanjan ne soit tombé sous ses armes. — Le conquérant pouvait être, quoique moins vraisemblablement, Mohammed Shah Tukalik qui reprit le Goudzerat et la côte de Thana, en 1348, et non pas Mahmoud Begada, puisque les autorités s'accordent à dire qu'après de longues pérégrinations, le Feu fut apporté de Sanjan à Nauçari au commencement du XV' siècle (1419). Alp Khan serait soit Ulugh Khan, frère d' Ala-ud-din parfois appi^lé à tort Alp- Khan, soit Alp Khan, beau-frèi-ed' Ala-ud-din. Ulugh Khan conquit le Goudzerat (1295-1297), et Alp Khan le gouverna (130O-132J). Alp Khan du texte était sans doute Ulugh Khan, (lilliot, III, 157, 163.) (Voy. Gazetleer of the Boni b u ij Près iden cy) .

^ Fort el village dans le district des Pauch-Mahals, situé sur un roc isolé de grande hauteur. Voy. Inip. Ga2. of IncUa^ vol. II, p. 375.

parsies s'y étaient déjà établies. A près quatorze ans (1331), ils emportèrent le feu sacré à Nauçari, où leurs coreligionnaires étaient nombreux et influents; mais la date de 1491 étant généralement acceptée comme celle de Tannée où le feu sacré fut transporté à Nauçari, on peut conjecturer qu'entre la fuite des Parsis de Sanjan et Tére de leur nouvelle indépendance, il s'écoula un siècle entier et non vingt-six années.

De Nauçari, le feu fut transféré à Surate, en 1733, par suite des inquiétudes causées par les incursions des Pindarrys, et fut de nouveau réintégré à Nauçari, trois ans plus tard ; puis certaines disputes s'étant élevées dans le clergé, il fut apporté à Balsar. Après y >être resté quelque temps, on le déposa à Tdwada, le 28 octobre 1742; il y est encore. C'est là que se trouve le temple zoroastrien le plus ancien de rinde, et celui qu'on tient dans la plus grande vénération. (Parsee Pràkâsh, p. 95.)

Au milieu des calamités qui suivirent la chute du Rana de Sanjan, les Parsis continuèrent à s'adonner à l'agriculture. Un seul incident mérite d'être rapporté. Une de leurs petites colonies s'était établie non loin de Surate, à Variav, et était administrée par le rajah de Rattampour, chef radjpoute, qui prétendit lever un tribut extraordinaire sur les Parsis; ils s'y refusèrent et défirent les troupes envoyées pour le percevoir. Les soldats du rajah cherchèrent alors une occasion de se venger, et saisirent le moment où les Parsis étaient conviés à un mariage. Ceux-ci surpris au milieu de leurs femmes et de leurs enfants, furent tous impitoyablement massacrés. On observe encore à Surate l'anniversaire de cet attentat.

L'établissement des Parsis dans cette dernière ville est le plus récent de tous; la première mention qui en est faite ne remonte qu'à 1478. C'est là que la communauté acquit d'abord sa grande import^uice et se trouva en contact avec les Européens. Nous verrons plus loin ses destinées.

Il est très diflScile d'assigner une date certaine à Tarrivée des Parsis à Bombay. Il est probable que les marchands

anglais les y attirèrent et que leur premier établissement doit être de peu antérieur à l'époque où la ville fut cédée à l'Angleterre par les Portugais comme dot de Catherine de Bragance, lors de son mariage avec Charles II Stuart (1668).

Le D^ Fryer, qui visita Bombay en 1671', dit que «de l'autre côté de la grande baie, vers la mer, il y a une sorte de promontoire appelé Malabar Hill, montagne rocheuse couverte de bois, sur le sommet de laquelle on voit un tombeau parsi récemment élevé*». Or comme le premier soin des Parsis en arrivant dans une localité était de bâtir une «Tour du Silence », il est présumable que la communauté était peu importante avant cette époque ; elle prospéra depuis. C'est de nos jours, à Bombay, qu'on peut étudier avec le plus de fruit les transformations qui se sont accomplies depuis deux siècles et qui font des Parsis modernes les plus loyaux sujets de la Grande-Bretagne et les agents les plus actifs de la civilisation et du progrès.

Nous nous sommes borné, dans ce premier chapitre, à l'indication sommaire de leurs principaux cantonnements dans la Présidence et à un exposé succinct des faits remarquables qui ont signalé leur séjour dans l'Inde avant la venue des Européens. Désormais nous pourrons aborder franchement l'étude que nous nous sommes proposé d'entreprendre. On voudra bien, — nous l'espérons, — ne jamais perdre de vue leur douloureux exode ; et, à l'apogée de la gloire des Dadiseth, des Banaji, des Jamshedji Jijibhai, des Kama, des Petit et de tant d'autres non moins illustres, se souvenir des premiers fugitifs du royaume de Perse et de leur accueil par le Rana de Sanjan. « Bienvenue, dit le prince, à ceux

* A ncw Account o/East India and Persta, in cight Lctters, front 1672-1681, hy John Fnjcr, in 1698. Lctler II, p. 67.

' Ce dokhma existe encore à Malabar Hill. Il fut construit, en 1670, par Modi Hirji Wat<5ha, ancêtre de la famille Watcha Ghandhi.

qui marchent fidèlement dans la voie d'Ormuzd ! Puisse leur race prospérer et s'accroître ! Puissent leurs prières obtenir la rémission de leurs péchés et le sourire du soleil! Que Lakshmi, par sa libéralité et ses dons^ contribue à leur richesse et à l'accomplissement de leurs désirs; et puissent à jamais les rares mérites de leur race et de leur esprit continuer à les distinguer au milieu de nous ! »

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