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CHAPITRE II

Les Zoroastriene en Perse.

Jetons maintenant un regard sur les Zoroastriens restés dans leurs foyers. Bien que ce soit en passant seulement que nous avons à traiter ce sujet, il est bon néanmoins de ne pas laisser de côté ce petit noyau de la communauté mazdéenne, si fidèle au culte des ancêtres, si éprouvée dans sa longue existence au milieu de vainqueurs puissants et impitoyables. Nous aurons occasion, d'ailleurs, dans le cours de cet ouvrage, de nous reporter à ces lointaines régions pour enregistrer les rapports frécjuents des frères de Tlnde avec ceux de la Perse et les bienfaits inestimables procurés parles opulents Parsis de Bombay aux infortunés Guèbres de Yezd et du Kirman.

Deux cents ans après la conquête musulmane, la Perse avait complètement changé d'aspect; l'esprit national était éteint, et la population entière avait embrassé l'Islamisme. C'est en présence de changements aussi brusques et aussi complets qu'on est en droit d'agiter le troublant problème de l'influence de la race et des milieux dans l'histoire des peuples. Nous n'avons pas besoin de nous adresser aux chercheurs modernes pour le trouver nettement formulé.

D'après Renan, dès le 11^ siècle, Bardesane se demandait: « Si l'homme est dominé par les milieux et les circonstances, comment se fait-il que le même pays voie se produire des développements humains tout à fait différents? Si l'homme est dominé par la race, comment se fait-il qu'une nation changeant de religion, par exemple se faisant chrétienne,

devient toute différente de ce qu'elle était* ? » Nous n'avons qu'à substituer Tépilhète musulmane à celle de chrétienne pour remettre la question au point. Comment, en effet, avait pu se produire un changement aussi radical, et à quel degré de lassitude en étaient arrivés les Zoroastriens pour subir la loi nivelante de l'Islam? Si nous voulions tenter de l'expliquer, il faudrait faire un retour sur les agitations intérieures et la politique de la cour de Perse, et cette étude nous entraînerait trop loin; nous n'avons pu que marquer les grandes dates de l'histoire, sans nous attarder à tirer un enseignement d-es faits. Contentons-nous de dire ici que les mêmes causes firent triompher les Arabes à la fois de l'empereur byzantin et du shahinshah perse, et que ces causes furent la débilité et l'épuisement des dynasties nationales en présence des éléments vitaux apportés par les vainqueurs. Les peuples payèrent pour l'incurie des princes; l'énergie individuelle fut impuissante contre l'invasion de tribus disciplinées et fanatiques commandées par des chefs tels qu'Omar et ses lieutenants.

La nation perse fut singulièrement maltraitée*. L'unité nationale étant brisée, chaque province s'accommoda, comme elle le put, du régime imposé par les circonstances et les appétits des chefs locaux; dès lors, les limites de l'ancien royaume allaient varier de siècle en siècle. Au X®, Taher, gouverneur du Khoraçan, secouait le joug pesant des khalifes de Bagdad et établissait dans sa province l'autorité des Tahérides; vinrent ensuite les Saffarides, les Samanides et toutes ces dynasties étrangères qui se partagèrent la souveraineté, telles que les Ghaznévides, les Seldjoukides, etc.; enfin arriva, avec ses calamités, le torrent des invasions auxquelles succédèrent les règnes des Sophis et de ces familles

^ Renan a résume dans ces quelques lignes précises les longues dissertations que nous fournit le Livre VI. ch. x, de la Prœparaiio Evangelica d'Eusèbe. Voy. Marc-Aurèle, ch. xxiv, pp. 439-440.

* Voy. Malcolm, Hist. of Persia, vol. I, ch. viii, pp. 275 et suivv.

mesme ville d'Hisphahan, comme sont la région au de-là du Tybre, et le bourg de nostre Rome. Cette habitation des Gaures n'a point d'autre nom que le sçache que celui de Gauristan; c'est-à-dire, selon les Persans, le lieu des infidèles, presque comme nous appelons celuy des luifs, la luifverie. Ce lieu là est fort bien bâty, les rues en sont fort larges, et bien droites, et beaucoup plus belles que celles de C/o//a, parce qu'il a esté fait depuis auec plus de dessein ; mais toutes les maisons en sont basses, n'ayant qu'vn plancher, sans aucun ornement, conformément à la pauvreté de ceux qui les habitent; en cela fort différentes de celles de Ciolfa, qui sont fort magnifiques, et très-ajustées; parce que les Gaures sont pauvres et misérables, au moins ils en donnent toutes les marques possibles : en effet, ils ne font aucun trafic, ce sont seulement des gens de campagne comme les paysans, et des personnes enfin qui gagnent leur vie avec beaucoup de peine et de fatigue. Ils sont tous vestus d'vne manière, et d'vne mesme couleur, qui tire vnpeu sur celle de ciment fait de briques. » ( Voyages, trad. franc., Paris, 1661, t. II, p. 104.)

Vers le même temps (1618), Figueroa, ambassadeur de Philippe III en Perse, note ce qui suit :

(( En la partie plus Orientale de la Perse, et en la province de Kerman, qui luy est frontière vers l'Orient, il est demeuré plusieurs de ces anciens et véritables Persans, lesquels^ quoy qu'ils se soient meslez auec les autres, et qu'en svnissant avec les vainqueurs, ils n'ayent fait qu'vn peuple, n'ont pas laissé de retenir constamment leur première façon de viure, leurs habits et leur religion. Ainsi, ils adorent auiourd'huy le soleil, comme faisaient les anciens Perses, lorsque leur Empire estoit le premier du monde, et à leur exemple, ils ont tousiours en leur maison du feu allumé, qu'ils conseruent, afin qu'il ne s'esteigne point, auec autant de soin que fesoient autrefois les Vestales a Rome. » {V Ambassade de Don Gardas de Silva de Figueroa en Perse, trad. Wicquefort, Paris, 1667, in-4^ p. 177.)

Thévenot (1664-67) déclare (( qu'il y a encore dans la Perse et particulièrement dans le Kerman des gens qui adorent le feu, comme les anciens Perses, et ce sont les Guebres. On les reconnoist à vne couleur jaune, obscure, que les hommes affectent d'avoir en leurs habits, et les femmes à leur voile, n'y ayant personne qu'eux qui portent de cette couleur ; de plus, les femmes Guebres ont le visage tout découvert et ne le couvrent jamais, et pour l'ordinaire elles sont fort bien faites. Ces Guebres ont vn langage et des caractères qui ne sont connus que d'eux seuls, et, du reste, ils sont fort ignorants. » (Suite du Voyage au Levant, deuxième partie, p. 116; Paris, 1674.)

AvecDaulier (1665) nous pénétrons dans le quartier des Guebres, où les rois de Perse les avaientcantonnés. « Si vous voulez passer à un quart de lieuë de Julpha en tirant vers la montagne, vous verrez un beau village composé d'une longue rue, il se nomme Guebrabàd, c'est la demeure des Guebres ou Gauvres, que Tondit estre les anciens Perses qui adoroient le Feu. Le Roy leur a^donné ce lieu pour habiter; les ayant détruits en beaucoup d'autres endroits. Ils sont vestus d'une étoffe de laine fine de couleur tannée. Les habits des hommes sontdemesme forme queceux des autres Persiens. Mais celuy des femmes est tout différent; elles sortent le visage descouvert, et sur la teste une écharpe fagotée à la négligence, avec unautre voile qui leur couvreles épaules, ne ressemblant pas mal à nos Boëmiennes. Leur Caleçon est comme un haut de chausse de Suisse qui leur descend sur les talons. La pluspart de leurs étoffes se fabriquent à Kermân, grande ville du costé du Midy de la Perse, où il y a plusieurs de cette Secte, ils sont si leservez à parler de leur religion, qu'on a de la peine d'en sçavoir rien d'asseuré. Ils n'enterrent pas leurs morts, mais les laissent à l'air dans un enclos. l'ay entré dans quelques-unes de leurs maisons, où je n'ay rien vu de particulier, sinon que les femmes, bien loin de fuir de nous, comme font les autres, estoient bien-aises de

VU qui eût si mauvaise grâce ni qui soit si éloigné de la galanterie

« L'habillement des Guèbres ressemble si fort à celui des Arabes qu'on peut croire que les Arabes le prirent d'eux, lorsqu'ilseurent conquis leur pays. Ils sont tous ou laboureurs ou manœuvres, ou foulons et ouvriers en poil ; ils font des tapis, des bonnets et des étoffes de laine très fine.

... « Leur grande profession est l'agriculture... ; ils la regardent, non-seulement comme une profession belle et innocente, mais aussi comme méritoire et noble...

« Ces Anciens Persans ont les mœurs douces et simples, vivant fort tranquillement, sous la conduite de leurs Anciens, dont ilsfont leurs Magistrats, et qui sont confirmés dans leur charge par le Gouvernement persan. » Puis viennent de nombreux détails sur leurs mœurs, leurs croyances et leurs temples; le principal était alors auprès de Yezd, où résidait leur grand'pretre, le Destour Destouran. (Ed. d'Amsterdam, chez J.-L. Delorme, m d ce xi.)

Ker-Porter (1818-1820) parle aussi des Guèbres: « Quelques-uns, dit-il, pauvres et fidèles à leur croyance, n'ayant pas le moyen de gagner un asile au loin, restèrent esclaves sur le sol natal, l'àme vers le ciel, les yeux vers la terre et répandant des pleurs sur leurs sanctuaires profanés. Pendant que les plus riches s'enfuyaient vers les régions montagneuses des frontières ou les rivages indiens, ces quelques fidèles finirent par trouver une sécurité relative dans leur extrême pauvreté et se réfugièrent à Yezd et dans le Kirman, loin de l'œil du vainqueur. Yezd contient encore quatre à cinq mille de leurs descendants, et, à cause de ce nombre relativement élevé, ils sont autorisés à y pratiquer leurculte d'une manière plus ouverte que dans les petites localités. Ils sont en général d'excellents cultivateurs, jardiniers ou artisans, etc. » (Travelsin Geor^ia,Pers/a, etc., t. II, p. 46, London, 1821-1822.)

Le recensement de la population guèbre donne à la fin de ce siècle un chiffre dérisoire. On n'en trouve plus de ves-

tiges qu'à Yezd et dans le voisinage, à Téhéran, à Kaschan, à Schiraz et à Bouschir. En 1854, d'après les renseignements fournis à la Persian Amélioration Society qf Bombay et cités par M. Dosabhai Framji Karaka\ le total s'élevait à 7,200 individus, soit 6,658 à Yezd (3,310 hommes et 3,348 femmes) ; 450 dans le Kirman, 50 k Téhéran et quelques-uns à Schiraz*.

D'après le recensement du mois d'octobre 1879 donné par le général Houtum-Schindler\ la population zoroastrienne comprenait 8,499 individus dont 4,367 hommes et 4,132 femmes ainsi répartis : à Yezd 1,242 ; aux environs 5,241 ; à Kirman 1,498; aux environs 258; à Bahramabad, 58; à Téhéran 150 ; à Kaschan, 15 ; à Schiraz, 25 ; à Bouschir, 12. Le dernier recensement (1892) montre la population sensiblement accrue et s'élevant à 9,269 individus.

Yezd et Kirman sont deux villes fort importantes, la première à deux cents milles au S.-E. d'Ispahan, la seconde à trois cent quatre-vingts milles delà mer, au port de Bandar- Abbas; elles sont situées l'une et l'autre sur les confins des deux grands déserts, le Dasht-i-Kavir et le Dasht-i-Lut, qui occupent au nord une étendue de plus de cinq cents milles et qui sont séparés par une chaîne de montagnes rocheuses,

' Tlie Piirsees^ tkelr history, mannerSy custonis and religion, oh. II, pp. 31 et suivv. London, 1858.

* En quinze ans, le nombre s'est accru de 18 7o ou 1 V^Vo par an; ainsi, en février 1878, ily avait 1,341 Zoroastriens dans le Kirman; en août 1879, le nombre s'était élevé à 1,378, soit une augmentation de

^ A. HouTUM-ScHiNDLER, Die Parsen in Persien, ihre Sprache und einige i/irer Gcbraiiche; voy. Z. D. M. G. 36 ter Band, p. 54 et suiv. Leipzig, 1882. — Dupré (1807-1809) et Kinneir (1810) enregistrent le nombre des Zoroastriens en Perse et le portent à 4,000 familles. Trézel (1807-9) l'élève à 8,000 Guèbres à Yezd et dans les villages environnants ; Christie (1819) et Fraser (1821) Testiment à 3,000 familles dans toute la Perse ; Abbot (1845) l'abaisse à 800 familles à Yezd et aux environs. Petermann (1854) compte 3,000 familles, dont 1,200 hommes k Yezd; Goldsmid (1865) 4,500 Guèbres à Yezd et dans le Kirman ; enfin le Cap. Euan Smith (1870) 3,800 familles.

routes de caravanes; au sortir des plateaux argileux, des rochers et des dunes, la ville et les villages de la banlieue semblent émerger d'une véritable oasis de mûriers ; le désert commence au pied même des murailles où s'accumulent les sables poussés par les tempêtes. Un cordon de ruines Tenveloppe et témoigne de son ancienne étendue. Toutefois Yezd est prospère; on y compte de 70 à 80,000 habitants composés d'éléments les plus divers, entre autres 2,000 Juifs, encore obligés de porter sur leur manteau Tinsigne flétrissant, et quelques Hindous appelés dans cette localité par leurs relations d'affaires.

Il y a de beaux réservoirs, a6am6ars, cinquante mosquées, huit madressas et soixante-cinq bains publics; un bureau de poste assure un service régulier hebdomadaire avec Bandar- Abbas et Bouschir; un télégraphe met en communication avec Kirman et Ispahan. Le commerce est florissant; au milieu du siècle, dix-huit cents manufactures donnaient du travail à neuf mille ouvriers ; ce chiffre est moindre aujourd'hui.

C'est là que se trouvent groupés les rares débris de la communauté zoroastrienne. Les Guèbres s'y livraient surtout au jardinage et à la culture du mûrier, notamment de l'espèce à fibre brune qui sert à tisser les vêtements dont le port leur était jadis obligatoire ; mais un grand changement s'est opéré, et tel commerçant y possède maintenant mille chameaux. On y voit des écoles, quatre Temples du Feu et plusieurs Tours du Silence ; à 20 kilomètres au S.-O., il y a le gros bourg de Taft, où s'est conservée le plus longtemps la permission d'entretenir ouvertement le Feu sacré. La communauté a un grand'prêtre et un chef laïque, Ardeschir Meherban. Quelques Guèbres sont naturalisés Anglais, et, grâce à eux, depuis cinquante ans le commerce de Yezd s'est accru par leurs relations avec les Indes. Leur rôle est semblable à celui que jouent, dans les ports ouverts du Japon, les compradores et les agents chinois entre les mains desquels

trouve au centre des quatre grandes routes venant du sud et de l'ouest. Cette situation en fait un point fort important pour le commerce entre le Golfe Persique et les marchés du Khoraçan, de Bokhara et de Balk. Des douze mille Guèbres qui se trouvaient jadis dans cette localité, il n'en reste que treize cent quarante-un, d'après le recensement fait en 1878 par ordre du gouverneur \ Lors de l'invasion arabe, Kirman servit de place de refuge au roi Yezdedjerd, et passa successivement entre les mains des Beni-Buyak , des Turcs Seldjoukides, des rois de Kharezm (Khiva) et d'une famille kara-kitaïenne qui conserva le pouvoir jusqu'en 1300; elle fut aussi le siège d'un évêché nestorien métropolitain du Fars. La ville eut beaucoup à souffrir des invasions venues de l'est et de l'ouest, de Gengis-Khan, de Timour, des Afghans et de Nadir-Shah. Le siège qu'elle soutint, en 1494, est célèbre par les massacres qu'avait ordonnés Agha Mohammed-Khan*. C'est dans ses murs que s'était retranché le dernier de la famille desZends, Luft Ali-Khan; trahi par les siens, le jeune prince put toutefois échapper à la cruauté du redoutable eunuque kadjar; pendant trois mois, les soldats commirent tous les excès, la ville fut livrée au pillage' et enfin rasée; peu après, reconstruite par Fath- Ali-Shah, elle

commencement du siècle, voyez Sir H. Pottinger (1810), Traoeîs in Beloochistan, cap. x; N. de Khanikoff (1859), Mémoires, pp. 186-198; CuRZON (1889), Persia, vol. II, ch. xxii, pp. 243-246.

' En 1878, on comptait 39,718 Musulmans, 1,341 Parsis, 85 Juifs et 26 Hindous, ce qui donne un total de 41,170 âmes. Les Hindous sont des Musulmans venus pour la plupart du Sind et de Sbikarpour. Certains ont fondé à Bahramabad de puissantes maisons de commerce.

* Malcolm, Hisi. ofPersia, vol. II, ch. xxi, p. 271.

' On rapporte que le vainqueur se fit présenter sur des plats 35,000 paires d'yeux I 30,000 femmes et enfants furent réduits en esclavage... C'est à Bam, petit village à 140 milles au S.-E. de Kirman, que Luft Ali-Khan fut fait prisonnier et livré à son ennemi qui, de ses propres mains, lui arracha les yeux avant de le faire périr. Sir H. Pottinger vit, en 1810, un trophée de 600 crânes élevé en l'honneur de la victoire d'Agha Mohammed !

leur Dieu : ils n'étaient point assez nombreux pour modifier le peuple. Pratiquement il est exact de dire que cette invasion n'a pas laissé de traces en dehors des familles des Séides. Le langage seul s'en est ressenti; tous les mots ayant trait à la religion ou au gouvernement sont arabes... Les Guèbres doivent d'autant moins être considérés comme les descendants purs des Aryens, qu'ils ressemblent à leurs voisins musulmans, et que, d'autre part, ils n'ont pas tous le même type. Ceux de Yezd ont, d'après Khanikoff, des caractères aryens. Ce n'est pas parce qu'ils sont Guèbres, mais parce qu'ils habitent un pays voisin du Fars. Ceux de Téhéran ressemblent aux autres Téhéranis. Les Parsis de l'Inde, dont les ancêtres préférèrent l'exil à la conversion, se rapprochent des Parsis de Perse et diffèrent de leurs coreligionnaires du Nord. Depuis leur exode, ils ne se sont point mélangés aux peuples qui les ont accueillis; ils sont tels qu'ils étaient à cette époque. Donc, à la conquête arabe, il n'y avait pas une race unique; la distribution ethnique que l'on observe encore aujourd'hui existait déjà. Les Guèbres qui restèrent en Perse étaient des Tourano-Aryens; les émigrants, partis surtout du midi du royaume, étaient Aryens \ »

Le sort des Zoroastriens restés en Perse a été de tout temps misérable, ainsi que nous l'avons dit. En 1511, ils écrivaient à leurs frères réfugiés à Nauçari que, depuis le

' D'après le général Houtum-Scliindler (voyez Mémoire déjà cité, pp. 82-84), les cheveux des Zoroastriens sont lisses et épais, généralement noirs ou d'un brun sombre; on rencontre rarement le brun clair, jamais le rouge; dans le Kirmân, quelques barbes affectent cette coloration, mais elles tirent plutôt sur le jaunâtre. Les yeux sont noirs ou d'un brun intense, parfois gris ou bleus, les sourcils habituellement épais et fournis chez les hommes, délicats et bien dessinés chez les femmes. Le teint est communément olivâtre; les joues ne sont colorées que chez quelques femmes. Les habitants des villes sont pâles et maigres; ceux des campagnes robustes et bien proportionnés. — Nous avons le regret de ne pouvoir insérer certains types envoyés pour nous de Yezd, l'impression du travail étant trop avancée pour en profiter.

p. 11.) — Les informations obtenues ainsi par d'intelligents émissaires guidèrent longtemps les Parsis dans leurs décisions en matières sociales ou religieuses et formèrent le recueil des Rivâyâts, Toutefois les membres de la communauté de rinde étaient bien peu à même de soulager les maux de leurs frères de Perse^ et chaque siècle apportait ù ceux-ci un nouveau contingent de souffrances et de peines.

Quatre révolutions contribuèrent à décimer la population zoroastrienne du Kirman. Les Ghilzi- Afghans, qui avaient gémi longtemps sous le joug de la Perse, se soulevèrent enfin sous la conduite d'un chef intelligent et brave, Mir Vais, qui se rendit rapidement maître de KhandaharV Le monarque persan Hussein, incapable de les réduire par les armes, envoya pour les faire rentrer dans le devoir des émissaires qui furent traités avec mépris. Le chef afghan qui succéda à Mir Vais résolut de se venger et d'envahir la Perse à son tour, dès que l'occasion se présenterait; elle ne tarda pas à s'offrir. Pendant que la frontière N.-E. (lu royaume était menacée par les Afghans-Abdali de Hérat et que le prince arabe de Mascate s'emparait des bords du Golfe Persique, Mahmoud, qui avait succédé à son père Mir Vais dans le gouvernement de Khandahar, fît irruption en Perse. Cette invasion des Ghilzi-Afghans amena les plus grands maux dans la communauté zoroastrienne, Mahmoud ayant préféré traverser le Kirman plutôt que de s'aventurer dans les déserts du Séistan. Les massacres et les conversions forcées désolèrent les fidèles.

Lors de la seconde invasion de Mahmoud, celui-ci persuada aux Zoroastriens de Yezd et du Kirman de se joindre à ses troupes et de venger ainsi les maux qu'ils enduraient depuis des siècles*. Il est inutile de dire que, trop confiants, les malheureux se laissèrent convaincre et s'enrôlèrent. De leur

^ Malcx)lm, Hist. of Porsia, vol. I, ch. xv, pp. 607 et suivv. * Hanway, vol. II, p. 153.

sort ultérieur que savons-nous? Qu'advint-il d'eux sous Tétendard de Mahmoud après la victoire d'Ispahan ? (21 octobre 1722. H. 1135*). Furent-ils mieux traités et reçurentils quelque récompense? Il y a lieu de croire que leur condition, loin d'être améliorée, s'en trouva plutôt aggravée.

On dit que sous le règne de Nâdir-Shah et de ses successeurs, ils eurent encore à subir l'horrible alternative de la conversion ou de la mort. Lors du siège de Kirman, dont nous avons parlé (p. 36), beaucoup de Zoroastriens furent passés au fil de l'épée, et leur quartier fut ruiné et détruit à jamais.

Cette série de vicissitudes et de malheurs explique le petit nombre des survivants, leur vie précaire, les difficultés de Texercice du culte, la dispersion des livres sacrés. Au temps de Ibn Haukhal, chaque village avait son temple, ses prêtres et son livre saint. En 1858, M. Framji Dosabhai Karaka comptait trente-quatre Temples du Feu, tant à Yezd que dans les environs. Actuellement il y en a quatre à Yezd même, dixhuit dans les villages voisins et un à Kirman. Quant aux livres religieux, il n'y en a pas d'autres que ceux qu'on trouve dans l'Inde. Westergaard, qui visita la Perse en 1843, écrivait à son ami feu le D^ Wilson, de Bombay, pour lui faire part de sa déception* : « Je me suis arrêté à Yezd onze jours et bien que je me sois souvent mêlé à leurs réunions, je n'ai vu que seize ou dix-sept livres en tout; deux ou trois exemplaires du Vendidad Sade et de VIseschné, qu'ils appellent Yaçna, et six ou sept du Khorda-Avesta. Je n'en ai pu obtenir que deux et une fraction du troisième, une partie du Boundahish et d'un autre livre pehlvi. C'est tout ce que j'ai réussi à avoir, quelques efforts que j'aie tentés pour me procurer en plus, par exemple, les fragments de

* Malcolm, Hist. o/Persia, vol. I, ch. xv, p. 642. — Le chef d'un des corps de Guèbres au siège d'Ispahan s'appelait du nom musulman de Nasser-ûllah. Hanway le considère comme un Parse ou Guèbre.

* Leiter from Prof. W, to ihe R. D' Wilson œritten in 1843, in Journ. As. ofGr. Brit and Ir, t. VIII, 1846, p. 350.

VIzeschné avec une traduction pehlvie ou pazend, dont il n'y a qu'un exemplaire en Europe, à Copenhague. »

Le même voyageur parlant des Zoroastriens qui résident actuellement dans le Kirman, s'exprimait en ces termes : « Les Guèbres y sont plus maltraités que leurs frères de Yezd. Ils n'ont que deux exemplaires duVendidad et du Yaçna, mais un assez grand nombre du Khorda-Avesta, dont toutefois ils ne veulent pas se séparer. Ici, personne ne lit le pehlvi. Ils se plaignent de ce qu'Agha Mohammed-Khan a livré la ville au pillage et que la plupart de leurs livres ont été détruits et les fidèles massacrés. »

Une des plus dures conditions de la conquête a été de tout temps l'impôt appelé «ja^ia ». Seuls les Musulmans en sont exemptés ; tous les infidèles habitant le royaume. Arméniens, Juifs et Zoroastriens y sont soumis. Les Arméniens à Tauris et dans les villes de Perse situées près de la frontière en ont été allégés par les soins du gouvernement russe. Il est difficile de se rendre compte de l'impôt payé par les Arméniens et les Juifs ; mais il est certain, — et on Ta vérifié, — que la taxe annuelle dont les Zoroastriens étaient frappés s'élevait à 660 tomans. Les gouverneurs et les collecteurs en augmentant toujours le montant pour profiter de l'excédant, la somme se trouvait portée à près de 2,000 tomans ou 1,000 livres sterling, soit 25,000 francs de notre monnaie. D'après la statistique, mille Zoroastriens étaient forcés de payer; or, deux cents le pouvaient sans difficulté, quatre cents avec beaucoup de gêne, et le reste se trouvait dans l'impossibilité de le faire, même sous menace de mort. Des scènes lamentables se produisaient lors de la perception de cette onéreuse taxe\ Parfois les malheureux se tournaient vers leurs frères de l'Inde dans l'espoir d'obtenir une intervention favorable auprès du gouvernement persan, comme

* Nous ne saurions enregistrer ici d*odieux détails qu'un mot seul caractérisera : c'étaient de véritables dragonnades.

certaines puissances européennes Tavaient fait efficacement, en certains cas.

Flétris de Tappellation de Guèbres ou « Infidèles », ils éprouvaient de la part des Musulmans des vexations analogues à celles que subissent dans Tlnde les membres de la casteMahardelapartdesHindousbiennés\Toutes relations, tout commerce avec eux étant entaché de souillure, une foule d'occupations lucratives leur étaient interdites. De plus on connaît Tépouvantable inégalité de la loi en pays musulmans, où la règle générale est d'accorder au croyant aide et protection et de méconnaître ces droits pour Tinfidèle. Les exemples seraient trop nombreux à citer; bornons-nous h relever cette inégalité sans autre commentaire*.

En présence de cette situation pénible, les Parsis ne devaient pas rester indifférents. M. Dosabhai Framji Karaka écrivait, il y a plus d'un quart de siècle* : w Ne pouvons-nous

' Le général Iloutum-Schindler, avant l'abolition dela/a-j«a, constatait que la position des Guèbres était assez bonne, infiniment meilleure que celledes Juifs, à Téhéran, àKaschan,àChiraz etàBouschir, tandis que, à Yezd et dans le Kirman, au contraire, celle des Juifs était préférable. Les vexations y étaient ti*ès cruelles. (Voyez Houtum-Schindler, Mémoire déjà cité, p. 57.) Voici les principaux griefs des Guèbres : ils étaient menacés de la conversion forcée; les biens appartenant à une famille zoroastrienne étaient confisqués pour l'usage et le profit des prosélytes, malgré les droits des héritiers légitimes; les biens nouvellement acquis étaient susceptibles d'être frappés d'impôts au bénéfice des « Mullas ») jusqu'au cinquième de leur valeur; il était défendu d'élever de nouvelles maisons et de réparer les vieilles ; les Guèbres ne pouvaient porter d'habits neufs ou blancs ni monter achevai; les commerçants étaient soumis à des taxes en plus des droits officiels de la douane ; enfin le meurtre d'un Zoroastrien n'était pas puni et souvent les sanctuaires étaient envahis et profanés.

* Il est bon de remarquer que le gouvernement persan, fort soigneux de complaire aux ambassadeurs des cours européennes et chrétiennes, accorde volontiers sa protection aux nationaux qui sont dans le voisinage de la capitale; mais cette protection cesse dans les provinces où régnent les gouverneurs locaux soutenus par le fanatisme des habitants.

* The Parsces; their Hislory, Mannerst Cuslonis and Religion, eh. II, pp. 49 et suivv.

donc faire quelque chose en faveur de nos infortunés frères de Perse? Notre communauté possède des fonds considérables et renferme des hommes connus dans le monde entier par leur bienfaisance et leurs nobles efforts pour l'amélioration du sort de leurs coreligionnaires?... Il nous semble qu'une députation des nôtres à la cour de Perse, présentée et dûment appuyée par l'ambassadeur d'Angleterre à Téhéran, pourrait tenter avec succès quelques démarches pour mettre fin aux cruautés exercées chaque jour. Les sommes prélevées par l'impôt de la capitation avec de si inutiles violences doivent être insignifiantes pour le revenu royal, et il n'est pas douteux qu'une supplique des Parsis de l'Inde n'ait de grandes chances d'être accueillie. Les princes persans connaissent rarement la véritable position de leurs sujets, et nous espérons que nos compatriotes comprendront l'honneur qu'il leur reviendra en soulageant les souffrances de nos frères restés dans l'Iran. »

C'est en 1854 qu'on envoya le premier émissaire de Bombay aux Zoroastriens de Perse, et a partir de cette époque, on s'occupa sérieusement des moyens de leur venir en aide, grâce au Persian Zoroastrian Amélioration Fund, Les trustées déléguèrent M. Manakji Limji Antaria qui allait mettre en œuvre sa grande expérience et son dévouement dans l'accomplissement de la tâche qu'il avait acceptée. Il partit donc (31 mars) avec les instructions du comité qui le chargea d'ouvrir une enquête et de faire un rapport. Bientôt les détails les plus pathétiques vinrent exciter le zèle charitable des Parsis de Bombay ; un meeting eut lieu, le 11 janvier 1855, sous la présidence de feu Manakji Nasarvanji Petit (Parsee Prâkâsh, pp. 654 et suivv.)pour aviser aux résolutions à prendre, d'après le rapport de M. M. L.Antaria\

Malgré tous les griefs relevés, il parut surtout urgent

^ Les membres du Comité étaient : MM. Manakji Nasarvanji Petit; Rastamji Nasarvanji Wadia; Mervanji Framji Panday; Kavasji Ardeshir Sahair.

de faire converger les efforts vers Tabolition de la «jazia»^ cause première des vexations et des misères des contribuables. Ces efforts ne furent lassés ni par le temps ni par les obstacles, et après une campagne qui dura de 1857 à 1882 \ Tabolition désirée fut enfin obtenue. Pendant ce temps, vingt-cinq longues années! tous les moyens propres à en assurer le succès furent mis en œuvre. Ainsi M. M. L. An taria profitait de la bienveillante disposition de Sir Henry Rawlinson, ambassadeur d'Angleterre à la cour de Téhéran, pour se faire présenter au shah et lui tracer un tableau touchant des maux endurés par ses sujets zoroastriens du Kirman; il obtenait, à la suite de cette audience, une réduction de 100 tomans sur le montant de la contribution prélevée annuellement (920 tomans) à Yezd et dans le Kirman.

Une autre audience fut accordée par le shah au palais de Buckingham, lors de son voyage en Angleterre (24 juin 1873). Un mémoire rédigé dans le style le plus fleuri et le plus courtois, tel que l'exige la politesse des cours orientales, fut présenté par plusieurs membres du Comité de Bombay *. Sir Henry Rawlinson et M. E. B. Eastwick Tappuyèrent. A son tour. Sa Majesté trouva bon de faire savoir qu'EUe avait entendu les plaintes de ses sujets et qu'il serait avisé aux moyens d'améliorer la position des Zoroastriens de Perse ; mais en Orient, hélas I on le sait, les abus sont longs à disparaître, et malgré les bonnes promesses du shah, aucun changement ne se produisit dans la perception de l'impôt. Un pressant appel par la voie de l'ambassadeur d'Angleterre à Téhéran ne parvint même pas jusqu'au monarque. Ce ne fut qu'en 1882 que Sir Din.sha Manakji Petit, président du Persian Zoroastrian A melioration Fund, reçut par l'entremise de M . Thomson, de l'ambassade d'Angleterre, la communication

^ Pour les négociations au sujet de la jazia, voyez Parsee Pràkàsh^ pp. 659-662.

* MM. Naorozji Fardunji ; Dadabhai Naorozji; ArdeshirKbarshedji Wadia ; D' Rastamii Kavasji Bahadurji.

du firman royal décrétant Tabolition immédiate de Timpôt (Parsee Prâkâsh,p. 662). Cette longue lutte avait coûté près de 109,564 roupies, soit 257,475 francs au Perstan Amélioration Fund de Bombay ! Inutile de dire avec quels transports de joie et de reconnaissance ce bienfait fut reçu par les malheureuses victimes, qui, depuis des siècles^ gémissaient sous les exactions des subalternes et que la bonté éclairée du souverain remettait d'emblée sur un pied d'égalité avec ses autres sujets^ ! Quant aux amis des communautés mazdéennes de Tlran, ils peuvent espérer les voir prospérer et leur nombre s'accroître, en vertu des mêmes qualités et des

^ Voici la traduction du texte du flrman relevant les Zoroastriens de Perse de l'impôt de la « jazia » :

« En considération des bénédictions sans nombre qu'il a plu au Tout- Puissant de nous accorder et en actions de grâces envers Celui qui nous a donné la Couronne royale de Perse avec les moyens de soulager ses habitants, il nous est dévolu le droit de pourvoir à la tranquillité et au comfort de tous nos sujets, à quelque tribu, communauté ou religion qu'ils appartiennent, de sorte qu'ils puissent être fortifiés et rafraîchis parles eaux bienfaisantes de notre faveur spéciale.

« Parmi eux se trouvent les Zoroastriens de Yezd et de Kirman, qui descendent de l'antique et noble race de la Perse^ et c'est maintenant notre désir de rendre leur paix et leur bien-ôtre plus complets qu'auparavant.

« C'est pourquoi, par ce flrman royal, nous ordonnons et commandons que les taxes et impôts de la Couronne prélevés sur nos sujets musulmans de Yezd et de Kirman soient perçus de la môme manière sur les Zoroastriens qui y résident. Par ces motifs, l'impôt exigeant de cette communauté la somme de huit cent quarante-cinq tomans est aboli, et au commencement de cette année propice du Cheval, nous faisons remise de cette somme et en affranchissons à jamais les Zoroastriens. En conséquence, nous ordonnons et commandons à nos nuislaujîs et officier-s de la dette du royal Échiquier de l'effacer des revenus qui doivent rentrer de Yezd et du Kirman. Les gouverneurs en fonctions ou qui seront nommés par suite à la tête de ces provinces doivent considérer tout droit au payement de ce tribut aboli à jamais, et, en ce qui concerne la présente année et les suivantes, si cette somme venait à être exigée, ils en seraient responsables et punis. De plus, dans le tribut des dîmes et impôts sur l'eau et la terre et pour tous les droits de commerce, les Zoroastriens doivent être traités de la même manière que nos autres sujets.

« Donné à Téhéran, dans le mois de Ramzan 1299 (août 1882), etc. »

mêmes aptitudes qui ont fait la grandeur et la prospérité de celles deTIndeV

Les relations entre Bombay et la Perse ne se sont pas bornées à la seule initiative bienfaisante du Comité de Bombay '. Il faut enregistrer également la création d'écoles dans les villes de Kirman et de Yezd (1857) dues à la munificence de notables Parsis et le don de sommes versées pour rétablissement de jeunes filles exposées par leur pauvreté à de terribles dangers en pays musulmans. De 1856 à 1865, près de cent mazdéennes ont été ainsi mariées par les soins deTagent d'une association charitable. Il convient aussi de mentionner la création de dispensaires et de maisons de refuge, sans oublier dans cette liste abrégée deux fondations qui jettent un jour très intéressant sur la direction des idées religieuses chez les Parsis modernes.

Deux localités situées non loin de Yezd et tenues pour sacrées par la tradition, Koh-i-Chakmaku et Akda, entretenaient le souvenir des anciens jours de gloire par la légende touchante des deux filles d'Yezdedjerd, Khatun Banu et Hyat Banu, qui avaient disparu sans laisser de traces. Après la chute du roi, sa famille n'ayant pas trouvé de place à Madaïn s'était réfugiée dans la citadelle d'Haft-Ajar, mais bientôt elle avait été obligée de se disperser. Meher Banu s'enferma dans la forteresse de Gorab; Khatun Banu se dirigea vers des lieuxplus retirés. Dans sa marche précipitée, la princesse,épuisée, mourant de soif rencontra un bursigar (fermier) occupé à cultiver le sol et lui demanda un peu d'eau. Faute de source ou de citerne, le paysan lui offrit le lait de sa vache et se mit en devoir de la traire; mais au moment où le

^ Le Comité a maintenant un fonds de 275,000 roupies (646,250 francs) dû à des souscriptions et à des dons faits lors des mariages ou après le décès d'un parent, à. V Uthamna cereniont/ du troisième jour. Sur ces fonds, on soutient 12 écoles ouvertes en 1882, à Téhéran, à Yezd et à Kirman.

* M. ManakjiLimjiAntaria est mort; mais son successeur est non moins zélé. Le président actuel est Sir Dinsba Manakji Petit, et le secrétaire honoraire M. BomaDJi Byramji Patell.

vase débordait de liquide frais et écumant, TanimaU d'un coup de pied, le renversa sur le sol. Alors Tinfortunée, privée de cette dernière douceur, continua fiévreusement sa route ; parvenue dans la montagne, désespérée, agonisante, elle se jeta à terre, priant le Tout-Puissant de la protéger, soit en arrêtant ses ennemis dans leur poursuite, soit en la dérobant à tout œil mortel. A peine avait-elle achevé sa prière qu'elle disparutdans une fente de rochers qui s'ouvrit devant elle et se referma aussitôt. Au môme instant, arrivait avec un breuvage rafraîchissant le ôi^rj^^ar qui avait découvert la retraite de la princesse et qui ne trouva plus que sa petite troupe de serviteurs éplorés. Ala nouvelle de cette disparition étrange, il courut à son étable et immola la vache h l'endroit môme où avait été engloutie la fille de son roi. Bientôt les fidèles vinrent à leur tour offrir de semblables sacrifices, et le lieu s'appela Dari-din «porte de la foi ». Les pèlerins s'y rendaient en masse chaque année; mais ces sacrifices sanglants répugnaient aux Parsis de Bombay. Toutefois comme il était bon et touchant d'honorer une localité désignée par une tradition antique, M. Manakji Limji Antaria substitua à ces usages barbares des cérémonies plus en rapport avec les pratiques zoroastriennes modernes. Le sacrifice de la vache fut supprimé, et un notable de Bombay fournit les moyens d'élever un élégant monument avec de vastes demeures pour loger les pèlerins.

Hyat Banu, la seconde princesse, disparutégalement d'une manière mystérieuse; à l'endroit consacré par la légende, on avait construit un grand réservoir alimenté par les ruisseaux voisins. Peu à peu les murs du réservoir étant tombés en ruine, ils furent réparés par les soins généreux de M. Mervan ji Framji Panday de Bombay, celui-là même qui avait élevé le monument d'Akda^

^ Nous nous réservons, dans un travail ultérieur, de présenter les documents que nous avons été à môme de réunir sur les communautés zoroastriennes de la Perse.

la mer d'Arabie. Elle se p:\rtage en quatre grandes divisions établies d'après les idiomes locaux; au nord, se trouve le Sind ou vallée inférieure et Delta de Tlndus, région essentiellement musulmane comme histoire et comme population ; puis, plus au sud, le Goudzerat renfermant au contraire

les éléments les plus divers et les plus mêlés et comprenant tous les districts de la côte nord, le pays maliratte et les districts intérieurs du Dekkan ; enfin les districts où l'on parle le kanarais, divisés à leur tour en quatre districts britanniques et huit États natifs\

Ce territoire s'est formé peu à peu autour de Tile de Bombay, cédée à l'Angleterre par le roi de Portugal comme dot de rinfante Catherine de Bragance. Les Portugais, les premiers, avaient occupé ces parages; ainsi, dès 1498, ils arrivaient à Calicut avec Vasco de Gama, et cinq ans plus tard ils s'emparaient de Goa, grâce à la valeur d'Albuquerque. Bombay leur appartenait en 1532, et pendant cent ans ils surent se maintenir à la tète du commerce et du transit. Deux factoreries rivales, l'une anglaise et l'autre hollandaise, s'établissaient à Surate en 1613 et en 1618. Il faut croire que l'acquisition de la ville de Bombay ne fît qu'un médiocre plaisir aux Anglais; car, en 1608, à la suite de grosses difficultés, le roi la transmettait à la Compagnie des Indes et, en

' Son territoire s'étend du 28' 47' jusqu'au 13' 53' iat. N. et du 64» 43' au 7G" 30' long. E. — Les districts britanniques, y compris le Sind, contiennent une superficie totale de 124,46'> milles carrés et une population, d'après le Censas de 1872, de 16,349,203 âmes. Les Etats natifs couvrent une superficie de près de 71,709 milles carrés, avec une population de 8.831,730 habitants, ce qui donne, pour la superficie un total de 190,234 milles carrés, et pour la population celuilSe 25,180,936 habitants. L'fttat de Baroda n'est plus sous Taction directe do Bombay, mais sous celle du Gouvernement suprême; on peut toutefois le considérer au point de vue géographique comme faisant partie de Bombay. Le» possessions portugaises de Goa, de Daman et de Diu, avec une superficie de 1J46 milles carrés et une population de prés de 428,955 âmes, sont également comprises dans les limites de la Présidence. Voy. Imp. Gaz. ofindia, vol. II, p. 172 (Ed. de 1881).

du Dekkan. — En 1817^ il attaqua le résident lui-même, Mountstuart Elphinstone, qui se retira à Kirki, où avec de faibles troupes il parvint à mettre en déroute larmée entière du Peichwah; bientôt le prince fit sa soumission entre les mains de Sir John Malcolm. On lui assura une pension de 80,000 livres ; mais il fut privé de ses États, et Bombay acquit de la sorte les districts de Pounah, d'Ahmadnagar, de Nasek, de Cholapour, de Belgaum, de Kaladji, deDharwar, d'Ahmedabad et le Konkan. A la même date, Holkar abandonnait ses droits sur le district de Kandesch et Satara tombait entre les mains des Anglais en 1848, à la mort du dernier descendant du Mahratte Si vaji. En 1860, les non régulation districts^ des Panch Mahals furent cédés par Scindhia, et en 1861, les limites sud de la Présidence s accrurent encore par Tannexion du district nord du Kanara pris à Madras. Dès lors, l'histoire de la Présidence de Bombay est dépourvue d'incidents ; le calme ne cessa de régner, même lors de la révolte de 1857. L'armée locale a toutefois rendu de grands services dans l'Afghanistan, en Perse, en Birmanie, en Chine, à Aden et en Abyssinie. Tout occupé de réformes administratives et du bien-être du pays, le Gouvernement est entré depuis plus d'un demi-siècle dans une voie de prospérité complète avec des hommes comme Mountstuart Elphinstone, Malcolm et Lord Reay \

D'après le recensement général de 1891*, le nombre des

^ Voyez pour l'explication de ce mot, Sm John Strachey, Ulnde, préf. et trad. de J. Harmand, ch. vi. p. 145. Paris, 1892.

* Voy. Sir William Wilson Hunter, K.C.S.I. Bombay 1885 to 1890, a study in Indiàn Administration. LonJon, 1892.

* La population entière de l'Inde s'élève à 287,223,431 habitants: Brahmanes 207,731,727; cultes aborigènes 9,280,487; Sikhs 1,907,83; Jains 1,416,633; Zoroast riens 89,904; Bouddhistes 7,131,361 ; Juifs 17,194; Chrétiens 2,284,380; Musulmans 58,321,164; formes diverses 42,763. Voy. Statistical abstvact vclatiruj to British Jndiafrom 1883-84 to 1892-93, 28«h n*>«''. London, 1894. Distribution of population according to religion, sex, and vieil condition, etc., p. 26, n'14.

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