NOMS DES VILLES
ET DKS DISTRICTS
Non mariés
Bombay
Ahmedabad . . . .
Kheda
Panch-Mahal...
Bharoutch
Surate
Thana
Colaba
Ratnagiri
Knnara
Kandesch
Nasek
Amadnagar
Pounah
Cholapour
Satara
Belgaum
Dbarwar
Bidjapour
Karatcbi
Haïdarabad
Shikarpour
Tbar et Parkar Sind Supérieur
Ktnts natifs
Aden
ftvK/
Mariés
Veufs et Veuves
ToUl
5od
' Voy. Zoroastrian Calendar, p. 126.
' La disproportion entre les deux sexes s'explique par l'usage général qui n'autorise pas les domestiques parsis à amener leurs femmes dans les villes où ils sont employés.
On avait craint à un moment, après la crise de 1865, qu'un décroissement de population sensible ne se produisît à Bombay ; mais c'était une crainte exagérée que fit disparaître le recensement de 1881. On constata, au contraire, que les conditions de vie chez les Parsis comme moralité et hygiène avaient abaissé la moyenne de la mortalité chez les individus, hommes faits, femmes et enfants. Ces derniers, bien soignés et tendrement élevés, fournissent une race superbe, susceptible de culture et douée d'une santé parfaite. Ainsi, de 1872 à 1881, la population parsie s'était accrue de près de dix pour cent; le mouvement a continué, et, comme nous l'avons dit, on estime la plus-value, en 1891, à 4.91.
C'est en vain qu'on chercherait des agglomérations de la population parsie en dehors des régions que nous avons indiquées V Il y a soixante ans environ, un voyageur musulman avait essayé de faire croire à l'existence d'une colonie de Parsis à Khoten, pays situé au sud-est de Kaschgar; mais Sir Alexander Burnes, dans une communication à M. Naorozji Fardunji, dissipa cette illusion*.
On ne peut attacher plus d'importance à l'assertion récem-
^ Nous renvoyons à la Parsce Prakàsh, pour tous ces détails intéressants, les lecteurs qui peuvent lire et comprendre le guzerati.
* a Si je n'ai pas encore répondu à votre lettre du 19 novembre, dit-il, c'est que je désirais faire des recherches spéciales concernant le bruit étrange qui s'est répandu par le Syoud au sujet d'une tribu de Parsis établie^ Khoten, restée fidèle aux coutumes zoroastrienneset encore gouvernée par ses propres rois. Je puis vous dire que c'est une légende dénuée de fondement, et que le major Rawlinson, si compétent en ces matières, partage mon sentiment. Je suppose que le Sj'oud, voyant l'état prospère de ses coreligionnaires à Bombay, s'imagina qu'en flattant votre vanité il agirait sur votre bourse. D'ailleurs le pays de Khoten n'est pas la terra incofjnita qu'il a dépeinte. J'ai été en rapport avec des gens qui y ont séjourné; c'est une dépendance de la Chine, habitée par des Musulmans sujets de l'Empire: les seuls Chinois qui s'y trouvent font partie de la garnison. D'après tout ce qu'on m'a dit du Khoten et des pays adjacents, je n'ai eu de difficulté que pour définir quels sont les commerçants chrétiens qui fréquentent ces marchés. Jepenseque ce sont des Russes ou des Chrétiens nestoriens. »
ment émise selon laquelle les membres de la tribu des Kafirs Shiaposch habitant la contrée au nord-est de Caboul, seraient des descendants de la même race, certains de leurs usages, leur manière d'exposer les morts, par exemple, se rapprochant de ceux des Zoroastriens. Sir Alexander Burnes\ dans le récit de son voyage à Caboul, en 1836-37-38, raconte que le plus curieux de tous les visiteurs du pays des Kafirs' fut un personnage venu de Caboul vers 18<Î9. Il se donnait pour un Guèbre (adorateur du feu) et un Ibrahumi (sectateur d'Abraham) qui avait quitté la Perse pour retrouver les traces de ses ancêtres. Pendant son séjour à Caboul, il se mêlait volontiers aux Arméniens et se faisait appeler SAert/a/', nom assez répandu chez les Parsis modernes. On s'efforça de le dissuader, mais en vain, de s'aventurer chez les Kafirs; il alla à Jalalabad et à Lughman, où il laissa ses bagages, et pénétra comme simple mendiant dans le Kafiristan par la voie de Nujjeet. Il resta absent plusieurs mois, et, à son retour, il
fut massacré par les Huzaras de la tribu des Ali Purast. Malik-Usman, outré de la conduite de ses compatriotes, exigea une amende de 2,(K}0 roupies comme prix du sang. Tous ces détails furent donnés par les Arméniens de Caboul à Sir Alexander Burnes; mais il ne put arriver à savoir si le malheureux Sheryar était un Parsi de Bombay ou un Guèbre du Kirman ; toutefois un document trouvé sur le voyageur et émanant du Shah de Perse, laisse croire que la dernière hypothè.se est la vraie.
Le recensement de 1881 permet de relever certains faits intéressants qui renseignent sur les occu|)ations et le genre de vie des Parsis à Bombay ; ainsi on comptait alors 855 prêtres et personnes vouées au culte, 141 instituteurs,
* Voy. Caboul : bccing a Narralice of a Jouvnct/ io, and Rcsidcncc in that dit/, in ihc years 1836, 7, and 8. By the late Lieut.-Col. Sir Alexander Burnes. London, 1842.
* Vivien Saint Martin, Noiiccau Dictionnaire de Géographie luiieerseile, t. 111, p. 9. Paris, 1887.
34 institutrices, 33 ingénieurs, 1,384 commis et 115 employés. Les constructions navales semblaient être une de leurs carrières favorites, car sur 46 constructeurs 26 étaient Parsis. Quant aux Dubashes ou courtiers de navires, sur un total de 159, on comptait 146 Parsis. Toutes les occupations et les travaux manuels étaient largement représentés, à Texception du métier de tailleur qui n'était exercé que par un seul membre dans la communauté. A un moment, sur les 9,584 mendiants de la ville de Bombay, on ne trouvait que 5 Parsis et une Parsie. Quant aux malheureuses victimes du vice et de la débauche, un Parsi n'a pas craint d'affirmer que pas une seule de ses coreligionnaires ne peut être accusée de vivre du salaire de Tinfamie^ ! Les voyageurs ont fait la même remarque ; ainsi, selon Mandelslo, Tadultère et la paillardise étaient considérés par les Parsis comme les plus grands péchés qu'ils pouvaient commettre et qu'ils auraient puni sans doute de mort, s'ils avaient eu l'administration de la justice. (Voy. Voyages, etc., trad. Wicquefort, p. 184.) Or, à ce propos, Anquetil enregistre précisément une exécution sommaire sous la sanction du Panchayct, avec l'approbation dugouver-
neurmusulmandeBliaroutch(Voy.Ze/irf-Ar(?s/a,t.II,p.606); et Stavorinus nous montre à la tin du siècle les femmes parsies maintenues sages par la crainte du châtiment. (Voy. Voyage, etc., vol. I, cil. xxvni, p. 303.)
Voici le relevé en sept classes des occupations des Parsis, tel qu'il résulte du lecensement de 1881 :
Hommes Femmes
Métiers 1 ,940 59
Domestiques * 2,079 416
Commerçants 3,317 2
' « Returned herself as livingon thewages of shame. » Voy. Dosabhai Framji Karaka, Hisf. nf Ihc Parsis, vol. I, ch. ni, p. 99.
' Los Parsis ne se sont jamais adonnés à certaines occupations comme ceHes de journalier, de porteur de palanquin, de barbier, de blanchisseur, etc., etc.
soldat perse avait porté sa lance ! Les luttes fameuses soutenues par les Ardeschir, les Shapour, les Noushirvan témoignent que cette humeur belliqueuse ne s'était pas amoindrie. Pourquoi les descendants de tels héros s'abstiennent-ils de prendre part aux exercices militaires et à la défense du pays ' ? M. Dosabhai Framji Karaka explique ainsi cet éloigneraentV II rejette d'abord avec indignation l'idée émise par certains auteurs européens qu'il provient de motifs purement religieux, à cause du culte qu'ils sont censés rendre au feu, culte qui les empêcherait de tirer le canon ou d'épauler un fusil. Or rien ne s'oppose à ce qu'ils se servent du feu dans le maniement des armes offensives et défensives. Lors de certaines émeutes, k Bombay, on a vu des boutiques d'armuriers rapidement vidées par les Parsis, et, il y a trente-cinq ans, ils se joignirent avec enthousiasme au premier mouvement des volontaires; mais, en 1877, on ne s'adressa qu'aux Européens. Cependant, s'écrie M. D. F. Karaka, il n'y a certes pas de natifs plus désireux que les Parsis de participer à la défense des intérêts britanniques! Dans quelques postes, ils se sont joints aux volontaires et ont obtenu des distinctions très enviées*. Ils peuvent arriver à une grande adresse dans le maniement des armes à feu : par exemple, M. Dorabji Padamji, fils de Khan Bahadur Padamji Pestanji, est un des meilleurs tireurs de l'Inde*.
^ Voyez pour l'armée dans l'Inde : Strachey, Inde, trad. Harmand. ch. m, pp. 52 etsuivv.— Hunter, Bombai/, etc., ch. xiv, pp. 448 et suivv.
' Dosabhai I^'ramji Karaka, Hist. of ihe Parsis, vol. I. pp. 101 et suivv.
^ L'enrôlement des Parsis comme volontaires, à l'exclusion des autres nationalités, a reparu depuis la publication du livre de M. D. F. Karaka. A Quetta, à Karatcbi, à Pounab, les Parsis sont admis librement dans le corps des volontaires européens, et dernièrement (juin 1894) M. Dinsha Dosabbai Kbambatta s'est enrôlé comme lieutenant dans les «Poo/ia/i rolunieers » ; il est maintenant lieutenant dans le « Quetla Corps ».
* Padamji Pestanji est le cbef de la communauté parsie de Pounab; lors des dernières révoltes, il obtint pour prix de ses services le titre de
à raison do trois roupies et ses enfants vont tout nus jusqu'à iïigededix ans. Quanta la femme parsie, il lui faut plusieurs saris, des pantalons, des chemises, des souliers et des habillements convenables pour ses enfants. Comment un soldat parsi pourrait-il vivre et nourrir sa famille avec 7 roupies par mois ?
M. D.F.Karaka termine son long et éloquent plaidoyer par une phrase où perce l'expression du regret éprouve par les Parsis d'être simplement assimilés aux indigènes, alors qu'ils se sentent moralement et intellectuellement d'une race supérieure. Pourquoi ne pourraient- ils se pourvoir de commissions dans l'armée aussi bien que les Allemands ou les Européens^ ? C'est alors seulement qu'ils se sentiraient complètement identifiés avec la nation britannique*.
Les Parsis se partagent dans l'Inde en deux sectes, les Shahanshahis et les Kadimis^. Quand Anquetil Duperron arriva dans l'Inde, la division était faite, et il les trouva «plus animées l'une contre l'autre que ne le sont chez les Mahométans celles d'Omar et d' Aali ». Toutefois les Parsis n'admettent pas cette définition; les différences n'entachent pas la foi et n'ont rien de commun avec celles des Shiites et des Sunnites. Le schisme* a pris naissance au sujet d'une discussion sur la
^ «For if a German or a Eiiropean of anothor nationality can secure a commission in the Biitish army, why should net a Parsi, who is the born subject of the Queen-Empress ? » Voy. Hlsl. of Ihc Parsis, vol. I, ch. III, p. 104.
' Les opinions sont divisées parmi les Parsis eux-mêmes au sujet de leur nationalité et de leur position dans l'Inde. Flon'bleP. M. Mehta les considère comme natifs to the hacJx-bonc , M. Dadabhai Naorozji, M. P., est du môme avis, tandis qu'un certain nombre refusent d'y être assimilés.
' Le nom de SJuihanshahi veut dire « impérial » et celui de Kadimi est tiré de f/af/im «ancien ». Les Shahanshahis sont également appelés lias/nisy de rasm « coutume », c'est-à-dire celle qui est suivie dans l'Inde.
* Sur ce schisme, voyez Anquetil Duperron, Zcnd-Acesta, Disc, p''él., p. ccccxxvi. —V^'iLso^, The parsi Religion, pp. 35-36. — Haug,
Perse, s'établit à Surate pour donner des conseils aux Mobeds, et ce fut lui qui découvrit que ses coreligionnaires de rinde étaient en retard d'un mois sur leurs frères deTIran; mais on attacha peu d'importance à ce fait.Toutefois, en 1746, un autre Iranien, Jamshed, et quelques Mobeds adoptèrent
Barotch, auxquels il apprit le Zend et le Pehlvi. Quelque temps après, las des contradictions qu'il avait à essuyer, il retourna dans le Kirman. Les livres que ce Destour a laissés dans l'Inde, sont une Copie exacte du Vendidad Zend et Pc h Ici, le Fcroucschi, la traduction du Vadfèrgiicrd et le Njrengucstan. Ces deux ouvrages sont en Persan, mêlé de Zend, et purement Cérémoniaux.
» Darab, premier Disciple de Djamasp, et Destour Mobed consommé dans la connaissance du Zend et du Pehlvi, voulut corriger la Traduction Pehlvie du Vendidad et rectifier quelques endroits du Texte Zend, qui lui paraissaient ou transposés, ou présenter des répétitions inutiles. Il commença par expliquer à de jeunes Théologiens Parses les Ouvrages de Zoroastre, que les Mobeds lisaient tous les jours sans les entendre. Un Peuple asservi, qui depuis longtemps pratiquait mille cérémonies dont il ignorait le sens et la cause, devait naturellement se livrer à des abus sans nombre : ce fut ce que remarqua Darab, plus instruit que les autres. Les purifications étaient multipliées; le Texte Zend était inondéde Commentaires Pehlvis, souvent très inconséquents. Darab tenta d'abord la voie de l'instruction. Mais il trouva un Adversaire puissant dans la personne de Manschei'dji, Chef du parti qui ne voulait pas de réforme, et fils lui-môme de Mobed.
» Un autre sujet de division les anima encore Tun contre l'autre. Darab avait pour parent, Kaous, dont j'ai parlé ci-devant, qui avait reçu du Destour Djamasp les premières teintures de l'Astronomie, selon les principes d'Ôulough beigue. Ce Destour Mobed s'étant depuis perfectionné sous ufl autre Parse venu du Kirman, il y a environ trente-six ans, fit voir par les Tables d'Oulough beigue, que, le No rous (le premier jour de l'année) devait s'avancer d'un mois, et que, par conséquent, il y avaiteuerreur jusqu'alors. Une Lettre des Destours d'Yezd, datée du 22 du mois Aban de l'an 1111 d'Yezdedjerd (deJ.-C.1742), et apportée par le Parse Espcndiar, confirma la découverte de Kaous, mais ne le mit pas à l'abri de la haine de ses confrères. Elle alla si loin, que Darab, il y a seize à dix-sept ans, fut obligé de se retirer à Daman chez les Portugais; et Kaous à Cambayechez les Anglais. Lorsque j'arrivai à Surate, presque tous les Parses de l'Inde suivaient le parti de Manscherdji, parce qu'il était riche et puissant: Darab, dont la science était reconnue par ses Adversaires mêmes, avait quelques Disciples, qui, dans la suite, se montrèrent plus librement, lorsque l'autorité de Manscherdji eut baissé à Surate avec celle des Hollandais, dont il était le Courtier. »
fils de MuUa Kavas, et un autre prêtre distingué, Fardunji Marzbanji, se firent les champions de la secte des Kadîmis, tandis que la masse du peuple guidée par Kharshedji Manakji Shroff se groupait sous le patronage du pieux Dastour des Shahanshahis, Edalji Dorabji Sanjana^ et tenait bon pour la date observée par les Parsis depuis leur arrivée dans rinde. On organisa des meetings auxquels furent conviés des Mogols lettrés, afin de donner des explications, et, s'il était possible, de terminer la discussion. Les journaux furent remplis d'articles virulents; des brochures parurent en grand nombre, et le peuple, en certains cas, sembla disposé à régler la question par des voies de fait, argument irréfutable !
Les Sliahanshahis soutenaient que la religion zoroastrienne admettait un mois d'intercalation à la fin d'une période de 120 ans, et que, à la chute de TEmpire perse, il y eut bien une intercalation lors de leur séjour dans le Khoraçan, mais qu'une fois dans l'Inde, ils avaient abandonné cet usage; de
Kavas en Perse et avait appris le persan et l'arabe. En 1786, il écrivit en persan un curieux récit de son voyage, Derich Kherde Manjumi, En 1830, il publia V Aoijck-D'ui pour réfuter les arguments du Dastour Edalji Dorabji Sanjana. Le gouverneur de Bombay, M. Jonathan Duncan, l'engaga à enseigner le persan et à traduire le Desatir. M. Duncan étant mort, Mulla Firoz continua son œuvre de concert avec M. William Erskine, et Tacbeva en 1819. Il mourut en 1830 (Parsce Prah'âs/i, p. 229), et légua sa collection de livres zends, pehlvis, etc., à la communauté kadimie ; la bibliothèque qui les contient est située dans le « Fort » et porte son nom. On doit à Mulla Firoz un poème sur la conquête de l'Inde par les Anglais, le George Namah, qui fut terminé et publié en 1837 par son neveu et successeur, le Dastour RastamjiKaikobadji. A la mort de celui-ci (1854) (Parsee PralaXsli^ p. 635), les Kadimis se cotisèrent pour fonder un niadressa qu'ils appelèrent Mulla Flt^s. (Parsee PraLdsh, p. 6'i7.)
^ Edalji Dorabji Sanjana était estimé pour sa piété et son mérite. C'était, de son temps, un des meilleurs savants en zend et en pehlvi ; il connaissait également à fond le sanscrit. On lui doit plusieurs ouvrages sur la religion mazdéenne entre autres, un livre intitulé K/iorche Vùldjak, qui motiva en réponse ÏAdJeh-Din de Mulla Firoz. Il mourut en 18 i7 (Parsee Prakûsh, p. 495).
là, leur retard d'un mois sur le comput des Kadîmis. Ceuxci déclaraient, d'autre part, que Tintercalation était défendue dans le calendrier zoroastrien, qu'elle n'avait lieu que pour les événements politiques, et que jamais on n'avait pratiqué ce mode de calcul dans le Khoraçan.
La science moderne a fait rentrer dans de justes limites
cette question palpitante. M. KharshedjiRastamji Kama, de la secte kadimie, connu par ses études sur la religion zoroas-
trienne, a prouvé, ou tout au moins tenté de le faire, dans un ouvrage sur le comput deYezdedjerd,que les Shahanshahis et les Kadîmis étaient les uns et les autres dans l'erreur (1870). LesKadîmis avaient tort en niant que la nouvelle année des Parsis commençait le 21 mars, car d'après la connaissance plus exacte qu'on a de la langue de l'Avesta et le déchiffrement des monnaies pehlvies, il est démontré que la religion zoroastrienne admettait l'intercalation, et les Shahanshahis avaient également tort en ce que, depuis la ruine de l'Empire perse, il n'y a pas eu d'intercalation, comme ils le prétendaient. L'opinion des Kadimis, d'accord avec la date acceptée par les Zoroastriens de Perse, qui prouve qu'il n'y avait pas eu d'intercalation après la chute de la dynastie nationale, est absolument correcte; mais l'intercalation n'étant pas ordonnée par la religion zoroastrienne, il se trouve que, de part et d'autre, on se trompait dans la controverse de la Kabisa.
Les plus graves discussions avaient surgi à la suite de cette querelle religieuse; il s'était produit des scènes de violence vraiment surprenantes. Ainsi, à Bharoutch (1782-1783), un certain Homaji Jamshedji frappait une femme enceinte et était condamné à mort; d'autres s'en tiraient avec de simples amendes. Au plus fort de la lutte, les familles étaient divisées; les mariages entre Kadimis et Shahanshahis très rares \
^ On échangeait les épithètes les plus offensantes entre Kadîmis et Shahanshahis, telles que celle de churigar(c/iuri, bracelets (bangles)^ et gar^ ouvrier),terme de mépris emportant avec lui une idée de débilité ; les enfants des deux sectes se poursuivaient dans les rues en s*injuriant, il y a cinquante ans à peine.
Maintenant bien des difficultés sont aplanies; il arrive parfois que les époux appartiennent aux deux sectes et, dans ce cas, les enfants suivent invariablement celle du père. Les nuances sont peu sensibles; ainsi la prononciation seule est quelquefois différente: AAu, Vohû se dit Ahi, Vohi chez les Kadimis. Il y a des variantes dans certaines cérémonies du culte et certaines formules liturgiques; la plus grande divergence, c'est dans la mention du mois et la date du jour, lorsque le fidèle récite ses prières. Toutes les fêtes sont observées dans les deux sectes, à des dates différentes.
Les Shahanshahis sont de beaucoup supérieurs en nombre aux Kadimis \ Ces derniers ne comptent guère plus de dix à quinze mille adhérents. Beaucoup occupent de très hautes situations : M. F. N. Patell, les membres des familles Kama, Dadiseth, Banaji, etc., en font partie. Les Shahanshahis sont représentés par Sir Jamshedji Jijibhai, Sir Dinsha Manakji Petit, et beaucoup d'autres non moins respectables.
Les Parsis, lors do leur venue dons Tlnde, apportèrent dans leur costume national certains changements, en vue de complaire aux princes qui les avaient accueillis. C'est ainsi qu'on peut noter la ressemblance de V Angarakhâ et du turban des h()mm?s ainsi que celle du Sari des femmes avec les vêtements des Hindous du Goudzerat. Les voyageurs n'ont jamais signalé que de légères particularités. La barbe noire
^ La secte dos Shahanshahis possède à Bombay deux grands prêtres : le Dastour Janiaspji Minocherji et Shams ul ulma Dastour Peshotan Behr.imji Sanjana; à Pounah, il yen a un seul, le Dastour Hoshangji Jamaspji. —La secte des Kadîinis a comme grands prêtres : le Dastour Kharshedji Phirozji Mulla Kiroz, élu par toute la communauté, attaciié au Dadiseth Atash-Hehram, et le Dastour Kharshedji Bezonji, attaché au Kramji Kavasji Banaji Atash-Behram.
des Parsis les avait frappés surtout. Mandelslo* en notait la coupe, semblable à celle qu'on affectait en France, il y avait cinquante ans, disait-il, ce qui reporte à l'époque de Henri IV. Quant aux cheveux, ils les coupaient en réservant une petite touffe au sommet de la tête ou les laissaient croître complètement. Ogilby était frappé en plus de la forme recourbée de leur nez*. D'autres constataient la parfaite ressemblance de leur costume avec celui des Hindous et remarquaient la mèche de cheveux qu'ils laissaient croître des deux côtés des oreilles, comme les Persans modernes'.
Au XVIII® siècle, Anquetil Duperron relevait les particularités suivantes : (( Le Saderé, \eKostc et le Pénom sont les habits distinctifs des Parses*. Le reste de leur habillement dans le Guzarate leur est commun avec les Banians* et consiste dans des caleçons qui descendent plus bas que le genouil , des pantoufles dont la pointe est recourbée en dessus, une robe longue plissée sur les hanches comme un jupon, qui se met sur le Saderé et que Ton assujétit avec une large ceinture qui fait plusieurs fois le tour du corps. Ils se couvrent la tête d'une toque, espèce de Turban qui, sous une forme générale, varie dans la distribution comme nos coëffures*. »
L'enfant jusqu'à sept ans, c'est-à-dire jusqu'à l'investiture du Sudra et du Kosti, porte un seul vêtement, une large
^ Mandelslo, Voilages de Pers! aux Indes orientales^ etc., p. 186.
* Ogilby's Atlas, V, 1670, pp. 218 et suiv. » PiNKERTON, vol. X, pp. 214-220.
* Le sac^eré est une chemise qui se met sur la peau, le kostiy une ceinture qui se lie sur le saderé, le pénom ou padani une sorte de voile qui couvre la bouche et qui est maintenu par des cordons noués derrière la tôle. Voy. les flgures ci-après p. 70, n^' 1 Saderé, 2 Kosti, 3 Padanx, que nous avons empruntées à Anquetil Duperron {Zend- Acestaj t. II, pl.9). Nous donnons plus loin l'explication de ces importants objets.
' On nous assure que le costume des Banians est encore porté dans certaines localités éloignées des grands centres.
* Anquetil Duperron, Zcnd-Acesia^ t. II, § 1, p. 529.
chemise de coton, de flanelle ou de soie, appelée Jabhla, qui l'enveloppe depuis le cou jusqu'aux genoux. Dans les classes
Ifahùs d&f Pdrses.
1, Sadcrî: 2, Kosli. 3, Padam.
aisées, l'usage des pantalons s'est introduit. La tête est coiffccd'iinc sorte de jielile calotte ou Topi, et les piedssont chaussés légèrement. Garcjons et filles sont habillés de même. Les filles se reconnaissent à leur longue chevelure et aux
petits ornements d'or qu'elles portent aux oreilles et au cou à partir de 1 âge de deux à trois ans * .
Le costume d'intérieur se compose d'une longue chemise de belle mousseline, Sudra, de la ceinture, Kosti, d'un gilet à manches en étoffe blanche, de larges pantalons de soie, des pantoufles et d'une calotte noire en soie de Chine. Pour sortir, ils revêtent VAngarakhd, large vêtement sans ceinture dont les manches ont le double de la longueur du bras et se retroussent en plis sur les poignets; puis ils placent un turban brun sombre, Pagri, sur la calotte. La grande toilette comporte de plus une sorte de longue redingote appelée Jama et une ceinture en mousseline blanche, Pichori, L'ample t/ama, toujours en coton, descend jusqu'à la cheville, et la ceinture s'enroule plusieurs fois autour de la taille. Cette toilette se porte pour les cérémonies, les mariages et les funérailles, quelquefois même aux réceptions chez le gouverneur général. Beaucoup de Parsis s'habillent maintenant à l'européenne et ne conservent que le turban, quelque incommode qu'il puisse être; souvent même, dans leurs voyages, ils le mettent de côté et adoptent nos coiffures européennes*.
^ Nous avons entre les mains des photographies de petites filles parsies des hautes classes qui sont habiUées à Teuropëenne, en jolis costumes de chez les bons tailleurs de Londres.
* l^s classes nécessiteuses ont, aux Indes, un très médiocre souci de l'habillement: un simple lambeau d'étoffe autour des reins suffit à vêtir un ouvrier, et les ascètes, avant Toccupation anglaise, allaient complètement nus. Les Hindous se contentent, pour la plupart, d'une pièce d'ét^jffe, dhotl, serrée à la taille et descendant jusqu'aux pieds, et d'une autre, tittarit/a, sorte de vêtement sans couture jeté gracieusement sur les épaules comme une toge romaine; souvent un ample pardessus, Vangarakhâf complète le costume. Dans le Dekkan, le Bengale et l'Inde du Sud, les classes inférieures, y compris les Brahmanes pauvres, portent rarement quelque chose sur la tète, même par les temps froids. Un pan de vêtement sert à s'envelopper au besoin. Les classes supérieures, se servent d'un turban fait d'une pièce d'étoffe de vingt à cinquante yards selon la caste, et appelé « phenta p. Quant aux princes et aux hauts dignitaires, leur costame officiel est d'une richesse inouïe; mais
Les prêtres sont vêtus de blanc et ne se rasent ni la tête ni le visage; ils ne se servent pas de souliers en cuir pendant les offices, mais de chaussures en bois, hautes d'un pouce, avec une cheville en bois entre les deux orteils pour fixer la sandale. Le costume de la secte des Kadîmis ne diffère pas de celle des Shahanshahis. Quelques prêtres kadîmis ont adopté une longue robe pareille à celle de leur grand prêtre MullaFiroz. Les prêtres shahanshahis ont le même costume que les laïques, à la seule différence qu'il est en coton blanc ainsi que le turban.
Les femmes revêtent, comme les hommes, le Sudra et ceignent le Kosti\ Leur robe ou Sari a 6 yards (5 m. 48) de longueur; elle est généralement en soie ou en satin, parfois brodée, et dans les grandes circonstances frangée d'or. On enroule l'étoffe autour de la taille, puis on la rejette sur la tête d'où elle retombe gracieusement sur le bras droit. Les femmes portaient jadis la veste ou Choit*, avantageusement remplacée de nos jours par un corsage à l'européenne, ainsi qu'on pourra s'en rendre compte d'après les planches et les portraits.
Elles avaient adopté l'anneau d'or aux trois perles suspendu à la narine; comme toutes les femmes de l'Inde, elles se chargeaient d'une profusion de bijoux qui constituent,
maintenant certains adoptent les vôtements européens: ainsi le Maharajah de Qutch Behar se montrera volontiers, lors de ses grandes réceptions, le vrai type du souverain oriental et se présentera dans la vie privée habillé comme un gentleman anglais.
* Voy. dans Anquetil Duperron la description des modes des Musulmanes et des Hindoues au XVII!* siècle, Zcnd-Acesta^ Disc. PrèLf pp. ccclij et suiv.
* Le choit, porté dans Tlnde aussi bien par les Musulmanes que par les Hindoues, Brah mines, Baniannes et autres, est une sorte de brassière qu'on met aux filles dès l'âge de sept ans pour soutenir la gorge. Les manches descendent un peu au-dessous du coude. Depuis près de dix ans, les dames parsies de Bombay l'ont abandonné, sauf dans certaines grandes cérémonies, les mariages, par exemple; mais on le voit encore à Bharoutch, à Surate et dans les petites localités.
yeux, pour ajoutera leur beauté, dit-il. Elles avaient le front élevé, le nez un peu aquilin, la bouche petite et garnie de dents d'une blancheur éclatante, le sein beau, les jambes bien faites et la démarche aisée \ Forbes reconnaissait que les Parsis étaient une vaillante race, athlétique et bien formée; il vantait la beauté des femmes, mais déplorait leur embonpoint précoce quasi viril qui, des vingt ans, les déformait*. Nos contemporaines sont en général fort jolies et d'une grâce très particulière ; elles gagneraient encore si elles consentaient à montrer leur chevelure ; mais bien qu'il n'y ait aucune défense religieuse, les Parsis tiennent pour péché et contraire à la religion d'avoir la tête découverte, soit le jour, soit la nuit*. C'est ce qui fait que l'homme porte constamment sa calotte et que la femme se couvre les cheveux avec un bandeau de linge blanc très fin, mathabana, à peu près comme les religieuses catholiques ; toutefois, il y a une tendance générale à dégager le front et la chevelure. Les jeunes femmes rejettent en arrière le mathabana et montrent volontiers leurs bandeaux, innovation qui eût semblé une immodestie sans nom au commencement du siècle. Dans certaines familles libérales, les jeunes filles le mettent complètement de côté*. Quelques-unes avaient adopté une sorte de calotte sur laquelle, pour sortir, elles
* Stavorinus, Voyage par le cap de Bonne- Espérance et Batavia^ à Saniarang, à Macassar, et<;., etc., t. I, ch. xxviii, p. 362.
* Forbes, Oriental Menioirs, vol. I, ch. vi, p. 83.
' Les Parsis ont toujours la tête couverte et les pieds chaussés, ce qui leur a souvent occasionné de sérieux ennuis. Les Hindous ayant l'habitude d'ôter leurs chaussures pour entrer dans un appartement, les employés du Gouvernement anglais se croient insultés quand un Parsi s'en dispense. La môme chose a lieu en Europe au sujet du pagri: mais ce sont des nuances qui tendent de plus en plus à s'effacer.
* Methibai, fille de Rastamji Kavasji Banaji, le « Merchant prince » de Calcutta, mariée à Mervanji Jehangir Framji Banaji, et sa mère Dunbaiji ont été les premières à consentir à montrer leurs cheveux et à relever le mathabana. Miss Shirin Manakji Kharshedji et sa sœur, M"* K. R. Kama, sont les premières qui l'ont rejeté entièrement.
relevaient leur sari, mais Tensemble était si peu gracieux que cette mode a été rapidement abandonnée*.
Les Parsis mènent de nos jours une vie semi-hindoue, semi-européenne. Pour plaire h leurs généreux hôtes du Goudzerat^ ils avaient adopté une partie de leurs mœurs ; mais le temps aidant, des changements se sont insensiblement produits, et actuellement ce sont ceux d'entre les natifs qui se rapprochent le plus des usages européens, dans les hautes classes, s'entend*.
Il n'est jamais facile de donner un aperçu exact des coutumes d'un peuple; quand il s'agit des Parsis, il est très délicat, très osé même d'en entreprendre une simple esquisse, car ils traversent depuis près de cinquante ans une période de transformation sociale qui ne laisse pas de compliquer étrangement la tache du narrateur. Il faut connaître leur histoire politique et religieuse, entretenir des relations cordiales avec les membres de la communauté, être en un mot un ami de leur race et de leurs institutions pour démêler, au milieu des contradictions apparentes, l'immutabilité de leurs croyances et dégager nettement le but qu'ils ont enfin atteint.
Pour nous renseigner dans les âges lointains nous avons
* Nous renvoyons pour les costumes aux planches 1, 2et 3 intitulées Famille Parsic^ Dames parsies et Groupe d'EnJants, — On n'a qu'à regarder attentivement les nombreux portraits que nous publions pour se rendre compte des changements qui se sont accomplis depuis on demi -siècle et qui, d'un membre du Panchayet tel que Kavasji Framji, ont transformé un Parsi de Bombay en député au parlement anglais, comme M. Dadabhai Naorozji.
• Nous conseillons au lecteur, pour se rendre compte de la position exacte des Parsis au milieu des populations de l'Inde, de lire les deux travaux de M. Monier Williams, Religions Thoughiand Lifeinindia, etc., 2** Ed. London, 1885, et Modem Indiaand ihe Indians^ etc. S'* Ed. London, 1879.
les récits des voyageurs* qui les rencontraient dans leurs courses aventureuses, récits plus ou moins véridiques, plus ou moins écourtés. Au XIV® siècle, le Frère Jordanus les désignait <à Tattention ; dès lors les voyageurs n'oublièrent plus de les mentionner. Les Portugais les appelèrent Parseos ou Perscos ; les Anglais et les Français Parsees et Parsis, termes dont ils se servaient pour se désigner eux-mêmes. Mêlés aux Banians, ils en suivaient presque toutes les coutumes^ en apparence du moins. C'est H. Lord (XVII® siècle), chapelain de la factorerie anglaise de Surate qui, le premier, prit soin de les étudier d'une manière approfondie. Il s'entre-
^ Nous ne pouvons citer ici que les principaux : Friar Jordanus, The Wonders of ihc Easi^ translated from the latin original as puhlisheil in Paris in \S39,in(hc * Recueil deVoj/agcs et de Mémoires)}, ofthe Socicti/ of Geographtjy etc., etc., by Col. Henry Yule. C. B., p. 21. London, MDCccLxiii. — J. de Barros, Da Asia, Dos feitoSj que os Portugucsesfueram no descuhrimentOy e conquista das mares e terras do Oriente. Decada primeira, lib. VIII, cap. 9. Lisboa, mdcclxxvii.
— Herbert (Sir T.), Tracels inio Africa and Asia the Great, p. 107.
— Terry, in PuRCHAS, His Pilgrimes in fwe bookes, 2«* part. London, 1625. Voy. A Relation of a Votjage to the Eastern India observed by Edward Terry ^ M aster of Arts and Student of Christ Church in Oxford, etc., etc., § IV, p. 1479.— H. Lord, Discoceries ofthe Banians and Parsees f dans Plnlœrton's Voyages and Tracels^ etc., vol.VHI, pp. 558 et suivv. — Mandelslo, Voyages de Perse aux Indes Orientales, mis en ordre par Olearius^ trad. Wicquefort, pp. 179-186.— De LA BoullayeleGouz, LesVoyages et Obsercations du Sieur, ch.xix-xx, pp. 187-190. A Paris, mdcuii. — P. F.* Vicenzo Maria, // Viaggio ail* Indte oriontali, ch. ii, p. 250. Venetia, mdclxxxiii. — J. Fryer, ANew Account of East India and Persia in eight letters, being ninc years tracels, begun 1672 and finished 1681, pp. 67, 117, 197. London, mdcxcviii. — J. OviNGTON, Voyogcs faits à Surate et en d'autres lieux de l*Asie et de l'Afrique, t. II, ch. vu, pp. 77-87. — Fr. Valen- TiJN, Oud en nieuw Oost-Indien, t. IV, 2* part., p. 153. Dordrecht et Amsterdam, 1724-26. — J. S. Stavorinus, Vogage par le Cap de Bonne-Espérance et Batacia, à Samarang, à Macassar, à Amboine et à Surate en 1774, 75, 76, 77 et 78, etc., trad. du Hollandais, vol. 1, ch. xxviii, pp. 359 et suivv.; vol. II, ch. ii, pp. 1-11. — J. Forbes, Oriental Memoirs : A narrative of secenteen years résidence in India, vol. I, ch. vi, pp. 78 et 83, etc., 2* édition. London, 1834.
n'était pas de nature^ à satisfaire la curiosité, quant aux coutumes et aux mœurs de ses intelligents adversaires ; son caractère agressif était trop accentue. Briggs traita le sujet avec quelques développements, mais toutefois d'une manière superficielle.
On pourrait croire qu'à notre époque, pour se faire l'historien des Parsis, on n'a qu'à les peindre tels qu'ils s'ofifrent à nous. — En tant qu'impression de vie et description pittoresque, le lecteur y gagnerait; mais pour la vérité, il y perdrait assurément. Cela tient à des considérations très spéciales qu'il faut signaler ici. Les Parsis sont trop éclairés pour ne pas se rendre compte de la transformation sociale qu'ils subissent ; ils en connaissent les causes, se soumettent à ses exigences et savent le but vers lequel ils dirigent leurs efforts. Dès que l'occupation anglaise de l'Inde les eût tirés de cette vie hindoue qui avait été leur depuis tant de siècles, ce ne furent plus désormais les richesses et la considération qui s'y attache qu'ils convoitèrent, mais bien plutôt les avantages inestimables procurés par l'éducation mise à la portée de ceux qui voulaient en bénéficier. A partir de ce moment, ils ambitionnèrent de réaliser cette assimilation merveilleuse, et il convient de dire qu'ils ont pleinement réussi. Pour se renseigner, le mieux sera d'écouter les voix autorisées de la communauté; nous aurons ainsi des guides excellents.
En 1858, un Parsi de Bombay, jeune alors et qui devait fournir une brillante carrière, M. Dosabhai Framji^ consacrait un volume entier à ses coreligionnaires ; très attaché à l'Angleterre, il avait publié à l'àgo de 28 ans le British Raj (guzerati et mahratte) pour mettre en relief les bienfaits procurés aux natifs par l'occupation européenne. Dans son livre sur les Parsis*, écrit dans l'anglais le plus pur, comme
^ DoiiXBHOY FRXMJEEy T/ic Parsees:their hlston/, manners, customs and religion. Londou, 1858. — Vingt-six ans plus tard, paraissait agrandie et refondue une nouvelle édition, celle que nous avons eu occasion de citer et dont nous ferons un usage très fréquent.
sation européenne,— se plaçait une classe modérée, incertaine du choix, sollicitée par les uns de se prononcer en leur faveur et si étroitement surveillée par les autres qu'il lui était impossible de le faire; si bien que certains membres de cette fraction timide en arrivaient à s'arroger le droit d'appartenir aussi bien aux réformateurs qu'aux orthodoxes, d'éti'e à la fois attachés aux antiques traditions et partisans des mesures libérales. Un exemple pris dans la vie journalière expliquait paitaitement cette situation. Ainsi, disait M. Dadabhai Naorozji, quand on déclare d'une manière générale que les Parsis se servent de couteaux, de fourchettes, il faut prudemment sous-entendre certains, — non pas tous. Dans telle demeure, on verra une table dressée avec un luxe tout anglais; dans telle autre, au contraire, le maître du logis suivra la mode hindoue, accroupi sur une natte, avec tous ses mets en petits tas sur un large plateau posé sur un tabouret de quelques pouces de hautl A côté, une timbale de cuivre étamé contiendra sa boisson, et ses mains rempliront l'olfice de cuillers et de fourchettes. Or, ce n'est pas que ce digne mazdéen ne soit à même d'acheter un mobilier européen; mais il préfère son ancienne manière de vivre. Tout changement lui répugne; juste effet d'une révélation trop brusque d'habitudes jusqu'alors inconnues et préconisées par l'éducation anglaise!
Nous suivrons donc M. Dadabhai Naorozji dans cette intéressante étude, en nous souvenant qu'elle remonte à 1861, et que bien des remarques ne sont plus applicables à l'état j)rése!it.
Il divisait tout d abord les Parsis entre les Orthodoxes old class et les Réformateurs appelés par o\)position young claas. Voici, suivant lui, l'emploi de la journée d'un orthodoxe^ :
^ « Lorsque le Parse se réveille, il dit : L'abondance et le Beheicht... Jr prie aopc pureté de pensi'c, etc., jusqu'à ;)Owr oows V adresser; puis il se lève et examine d'abord, si l'habit qu'il va mettre, et celui avec lequel il a dormi, ne sont pas souillés. Il se peigne, délie ensuite le
Après avoir dit les prières du Kosti\ le Parsi se frotte les mains et les pieds avec du Nirang, puis il Tenlève avec de Teau', prend un bain, s'il le veut, et récite de nouveau la prière du Kosti ; s'il s'est fait raser ou s'il a eu la nuit une évacuation, il faut qu'il se baigne, autrement il ne peut toucher à rien . Il nettoie ses dents, dit encore la prière du Kosti pour la troisième fois, et finit ses ablutions par les prières usuelles. Ensuite le Parsi orthodoxe déjeune seul; suivant la coutume essentiellement hindoue*, la maîtresse de la
Kosti f et le tenant en double des deux mains, le visage tourné du côté du Soleil, il récite la prière du Kosti. Cette prière achevée, il prend de Turine de bœuf, et la tenant dans ses mains^ il dit trois fois: Soit brisé, brisé schetan Aliriinan, ce maudit^ etc. U abondance et le Behescht, etc...
« Le Parse fait ensuite le Padiao\ en récitant le VadJ Sérosch.Ceiie prière achevée, il se sèche avec de la terre, et se lave ensuite avec de Teau, en recommençant le même VadJ; puis il ôte et remet le Kosti avec les cérémonies décrites dans leNéreng Kosti, répète une troisième fois le VadJ Sérosch, et récite V Hosclibanni, qui est la prière du matin.
(( Après ces prières, il est ordonné aux Parses de mettre du bois et des odeurs dans le feu de leur cuisine, et de réciter les Néaeschs, etc. »
ÂNQUETIL DUPERRON, Z.-A., t. II, p. 565.
* Nirang gômêj ou nirang dini, urine de bœuf préparée par deux prêtres. C'est le liquide purifiant par excellence. Son usage est ordonné parÂhura-Mazda dans le Vendidad, farg. 19, v. 20-21. — Nous verrons plus loin sa préparation et son emploi; il est mentionné dans les « S'iokas » comme ne devant nullement étonner les Hindous, car les brahmanes eux-mêmes se servent des cinq produits de la vache pour nettoyer toute impureté intérieure.
* Quand on veut enlever le nirang, il faut requérir Taide d'une autre personne pour verser l'eau; parce que, avant la cérémonie du nirang et tant que les mains en sont encore imprégnées, on ne peut toucher à rien. Si l'on est seul, il faut prendre le vase avec son mouchoir ou son sudra et verser l'eau, d'abord sur une main, puis reprendre le vase de cette main pour laver l'autre et ensuite la figure et les pieds.
* Chez les Hindous, la cérémonie du diner (Bhojana-cidhi) a un
* « Le Padiao consiste à laver avec de l'eau les maius et les bras jusqu'aux coudes, le visage jusque derrière les oreilles, et les pieds jusqu à la cheville, en disant : Que ma (prière) plaise à Ormusd! Qu'il brise celui qui etft caché dans le crime (Ahriman)y et accomplisse publiquement mes souhaits Jusqu'à la résurrection, lorsque Je célèbre (ses louanges)]
» L'abondance et le Behescht, etc., trois fois. » Anq. Dup., Z.-A., t. II, p. 545.
maison ne paraît pas. Les antres membres de la famille, hommes et enfants, même les petites filles, y assistent ; mais les dames en sont exclues et prennent leurs repas après leurs
maris.
Si deux ou trois personnes déjeunent ,ou dînent en même temps(pas ensemble, ne confondons pas), chacun a pour siège une natte, quelque boîte ou coffre, et devant soi une assiette de cuivre jaune de la grandeur d'un plateau sur laquelle des portions des mets composant le repas sont disposées par tas; parfois on les sert dans de petites soucoupes. On ne fait usage ni de couteaux, ni de fourchettes; on se sert de ses doigts. Quand on mange dans la même assiette, il faut avoir soin de ne pas se mettre les doigts dans la bouche, mais d'y jeter adroitement le morceau; quand on ne réussit pas et qu'on le laisse tomber, il faut se laver les mains avant de toucher de nouveau au plat. Pour Teau également, il importe qu'elle soit versée dans la bouche, sans approcher le vase des lèvres. D'ailleurs, le Parsi ne peut jamais toucher h l'intérieur de sa bouche; toute chose touchée devient impure et doit être purifiée. C'est ainsi que pour
caractère tout religieux, ce qui explique l'exclusion des étrangers. Les hommes assis à terre, les jambes croisées, sont servis par les femmes de la famille. On offre le riz avec les condiments variés et les sucreries habituelles sur de larges feuilles de bananier {palâsa)^ personne ne se met à manger sans avoir satisfait à certains rites religieux: d'abord, Vâcanuina, ou absorption de l'eau pour la purification intérieure, puis des prières dont l'une est composée de passages tirés du Taittirtya Brnhnxana, pour appeler la bénédiction surtout le monde extérieur et celui qui la réclame, enfin pour exalter la nourriture qu'on va absorber, etc. — H. Lord estimait que les Parsis avaient une grande liberté religieuse au sujet des lepas, mais qu'ils n'en jouissaient pas volontairement pour ne pas offenser les Banians avec lesquels ils vivaient et les Maures sous le gouvernement desquels ils étaient. Toutefois, selon lui, s'ils mangeaient seuls, c'est qu'ils estimaient que c'était le meilleur moyen de se conserver plus purs et plus nets, étant persuadas qu'ils participaient à la souillure des autres quand ils mangeaient avec eux. Cette défiance a pendant longtemps porté les Parsis à n'accepter que les sucreries et les' pâtisseries faites par les Européens.
Hoit au temple \ quelquefois aux deux pour dire des prières (ju'il n5|)ùte une deruiôre fois avaut le repas du soir et avant do HO mettre au lit*.
L(î.s mftiiKîs devoirs religieux incombent aux femmes ; mais à (i(îtto 6po(iue (1801), leur ignorance ne leur permettait pas <lo l(îs accomplir strictement, les prières étant dites dans la latigu(î (le l'Avesta.
('on(in(5es dans leur intérieur par suite de la conquête musulmane, elles n'avaient de distractions que celles que |(îur procuraient les fôtes de famille, sanctifiées par les o;uvr(îs (lo piété : de là une concentration intense de la vie intiuK^ rt un zcle louable pour la continuation des usages lé- ^ni(Vs par la lra<lition. La position de cette petite communauté irani<;nne, (Hablie au milieu des populations si mélangées du (loudzcîrat, conviait, d'ailleurs, à cette existence spéciale, (pii a i\U\ sa sauvegard(î pendant des siècles, et lui a permis do ('ons(;rv(u* fidèlement le dépôt sacré de sa foi et de sa nationalité.
jour HufllHont ^ \muo pour les remplir. Le temps ainsi employé est le plus MOU vont (l(^rob(^ aux travaux intellectuels, ce qui est un grand obHUiclo aux progrès do réducation.
^ La rr(^([uontation dos tomplos n'est strictement ordonnée qu'en certains jours pour les cérémonies des morts, aux Gâhânbârs et autres fôtes spéciales, et l'on n'y prononce jamais de discours' en langue vulgaire (gu/orati). Chacun s'y rond à son gré, ou bien on donne quelque argent aux prêtres pour le faire à sa place.
Dans la classcî orthodoxe, rien n'égale le respect des fidèles envers les ministres du culte, les aumônes qui leur sont libéralement faites et les soins empressés dont ils sont l'objet.
* « IL Avant que se coucher, le Parse fait l'examen de ses actions, et lorsqu'il est sur son lit, il se tourne du côté du feu, ou d'une lampe allumée, ou de la lune, ou à l'ouest, ou enfin du côté de deux personnes qui ont fait le Kkvsclii^ et dit avant que de s'endormir : Ormufd, roi excellent^ etc., et si, pendant la nuit, il se réveille, ou se tourne, étant réveillé, d'un côt<'î ii l'autre, à chaque fois il doit dire, l' Abondance et le Behescht et c'est le désir (l*Ormusd, . . » Anquetil Duperron, Z.-/i., t. II.
^ C'est-à-dire le h'hctùk-daf*, deux cousius germains unis par mariage* nous verrons plus loin rexcellence de cette pratique.
aux repas de famille ; mais deux ans avant (1859)^ quand on avait cherche à les admettre au salon et à la salle à manger, cette innovation avait été qualifiée de dangereuse. Le principal argument était tiré des conséquences désastreuses de cet usage chez les Anglais, telles que les nombreux cas de divorce et les tracas domestiques attribués au mélange des deux sexes. Lors de la création de Técole des filles, la clameur n'avait pas été moindre. « Douze ans se sont écoulés, s'écriait M. Dadabhai Naorozji, et ceux-là même qui étaient le plus opposés à ce progrès sont devenus à leur tour d'ardents promoteurs de Tinstruction et de zélés protecteurs de nos écoles! )) Le sentiment général était désormais à peu près unanime en faveur de Téducation des femmes, qui les élevait du rang de simples esclaves à celui de compagnes éclairées et responsables, capables de comprendre les devoirs de Tépoux et de partager ses joies et ses peines. A cette époque, une difficulté restait sans solution ; c'était le manque de maîtresses dans les classes de filles; en eflet, comment pouvait-on en former de capables, quand une enfant entrait a l'école à six ans et en sortait à douze? Les mariages précoces étaient aussi un obstacle sérieux au recrutement du personnel enseignant. Nous verrons au chapitre spécialement consacré à l'éducation combien les progrès, sous ce rapport, ont été rapides et satisfaisants.
Quant aux repas, la « young class » avait accepté dès 1859 les chaises, les tables, les verres, les assiettes, les cuillers et les fourchettes qui remplaçaient avantageusement les usages hindous; et dès lors cessaient également ces perpétuelles ablutions, mais, hélas ! au grand déplaisir des vieux orthodoxes. Pour les mesures restrictives au sujet des dépenses ruineuses des mariages, on croirait que, vu leur origine hindoue, il n'était besoin que de rappeler aux Parsis leurs propres coutumes ; mais, au contraire, la lutte fut très vive. Une association dont nous aurons occasion de parler plus loin, le guide des adorateurs de Mazda, Râhnumâi Mâzdayashnân
sur rautoritc do traités spéciaux, chargés d en transmettre la tradition d'âge en âge. Pour l'abandon des premières, il ne peut y avoir d'objection sérieuse; quant aux secondes, la question est plus délicate. Nous verrons bientôt la richesse de la littérature sacrée. A côté de TAvesta, dontrextrême simplicité dans sa partie dogmatique est, selon Max MuUer, un des motifs do rattachement du Parsi k sa religion, figure une série de livres rédigés en pehlvi ou en persan, tels que, par exemple le Shâi/âst là SliâyàsV, les Rivâyats^, le Sad- Dar\ et qui contiennent tous des prescriptions, des injonctions dont le caractère afiîrmatif et traditionnel peut assez
* Shàyàst là Shdt/âst, ainsi nommé dans les temps modernes à cause de l'emploi fréquent de la formule Shâyad^ « il est convenable », et là Shdf/ad^ « il n'est pas convenable©. Ce Traité contient plus de dix mille mots et parle des péchés et des bonnes œuvres, des divers modes de puriflcation, de l'usage des insignes sacrés et de divers autres sujets. Les savants européens rappellent parfois le Rivâyat pchlcL — Voyez pour les manuscrits, l'époque de la rédaction et la traduction : West, Pahlaoi Tcxts, vol. V, part I. Intr., p. lix.
* Les Ricàiiats appartiennent à la littérature persane; ce sont des recueils de pièces traditionnelles qui donnent les plus grands détails sur la théologie des Parsis, leur morale et les pratiques de leur religion. Us renferment de curieuses correspondances avec les Guèbres de Perse au sujet de la liturgie et des cérémonies, ainsi que sur certains points de discipline.
' Le Sad Dar^ (cent portes) est un abrégé de théologie pratique et cérémoniale composé de cent chapitres qui sont comme autant de portes conduisant au ciel. C'est le premier texte zoroastrien traduit et publié par le D' Ilyde {Hist. Reluj. cet. Pers., p. 448-512) sur la version persane en vers faite en 1495 par Irân-Shâh (fils de Malik Shah). Il respire l'esprit zoroastrien le plus pur et se présente avec l'autorité d*un livre respecté; il est fréquemment cité au XVll* siècle parles compilatean parsis des Rivâyats. Voyez pour les manuscrits, l'époque de la rédaction et la traduction, West, Pahlaci Tcxts, vol. XXIV, part III. Intr., p. xxxvi. Le Saddcr Boundchesch, consigné dans le vieux Ramièt^ rapporté par Anquetil et conservé à la Bibliothèque Nationale, contient, indépendamment de ce qui regarde la morale et les devoirs de la religion, des explications sur l'origine des êtres, du premier homme, de l'envoi de la loi dans le monde, de la mission de Zoroastre, etc., etc.
' Dai\ littéralement « porte », appliqué par extension aux chapitres d'uir livre et aux sujets qu'il traite.
S olTroiît à IVoil (Miropéen. Dans cette ville de près de huit c(Mit mille habitîUits,avoc ses types divers, ses races mêlées, où se coii(loi(Mit Anglais, Hindous, Arabes, Persans, Métis portugais, ArniénitMis. Juifs et Abyssins, l'étranger les distinguo 1<nit (rabonl. (( RitMi de patriarcal comme une famille (1(* Parsis, disait M. Grandidier, il y a 25 ans ; le père à la figure grave, la mère au regard placide, les enfants à l'air mutin et (>voilIô oiTrent un do ces tableaux dont le regard ne ])eut se lasser. » Quant aux femmes, leur coiffure de toile blanche, nmt/inhafia, donnait, selon lui, à leur physionomie déjà fortdouco l'air rocu(Mlli et résigné des nonnes européennes. Sur VKspfnna(l(\ on les voyait dès cette époque prendre l(» frais dans de somptueuses voitures, et chaque soir sir Jamsehdji Jijibhai, le tîls du premier baronnet, passait avec sa famille dans sa calèche attelée de quatre pur sang, ra|)ides connue réclairet conduits par un cocher anglais. Co luxe n'a fait qui* s'accentuer avec les années; et c'est précisém(Mit le mt^lange dos coutumes hindoues et anglaises qui, par lour contraste*, donne un relief étrange à la société parsie contemporaine. Ainsi on verra des réce])tions tout européennes chez t(îl dos plus riches de la communauté, et peu a|)rès, les mômes grandes dames qui ont assisté à ces fêtes ne H'fuseront pas de suivre docilement à pied la file des invités le jour d'un mariage, c'est-à-dire de se conformera un usage essentiellement hindou.
Les demeures des Parsis sont aujourd'hui, à Bombay, les plus belles de la ville. Au XVIl'* siècle, Mandelslo trouvait* les Parsis cantonnés dans un seul quartier, dans de petites maisons sombres et mal meublées. Forbes, à la fin du XVIIP. déclarait cpie les plus belles villas et les plus jolis jardins à Surate leur appartenaient, et depuis lors tous les voyageurs en ont fait la remarque. On peut citer de nos jours Petit-Ilall (Malabar Hill) qui appartient îi Sir Manakji Dinsha Petit; Tata-House (Esplanade-Fort) à M. J.-N. Tata, qui se distingue par la richesse de son style et ses vastes
possession de ses droits, ordonna sous peine d'excommunication la fermeture d'une boutique de marchand de vin tenue par un Parsi dans un quartier fréquenté par des coreligionnaires'.
Toutefois le Zoroasirien n'a rien de l'ascète: il n'admet pas les austérités comme un hommage à la divinité, et la privation des joies de la vie ne constitue pas un mérite â ses yeux. Anquetil Duperron remarquait que de toutes les religions connues, celle des Parses était peut-être la seule dans laquelle le jeûne ne fut ni méritoire ni même permis. « Le Parse, au contraire, croit honorer Ormusd en se nourrissant bien, parce que le corps frais et vigoureux rend Tâme plus forte contre les mauvais génies: parce que l'homme sentant moins le besoin, lit la parole avec plus d'attention, a plus de courage à faire de bonnes œuvres, etc.* »
L'hérésie de Mazdak au sein même du Zoroastrisme causa les plus graves divisions politiques et religieuses, et c'est en partie les jeûnes et les mortifications des chrétiens qui furent cause de l'horreur qu'ils inspirèrent aux Perses sous les rois sassanides.
Le Vendidad repousse formellement le jeûne: «Et que Ton apprenne par cœur ce verset, dit-il : Qui ne mange pas n'a point de force, ni pour faire vaillante œuvre de religion, ni pour cultiver ni pour engendrer avec vaillance. C'est en mangeant que tout Tunivers corporel vit; en ne mangeant pas, il périt » (Farg. 3, v. 33). Au fargard suivant, nous apprenons la différence entre celui qui se mortifie et
^ Les Parais sont les premiers dans Tlnde qui fabriquèrent des boissons fermentées. Le « sack » n'est autre que lemaucra^ et lebeuoraeneBt une variété. L'arack a été distillé par eux pendant des siècles ; c'était, comme on le sait, la liqueur favorite des Européens dans l'Inde à la fin du dernier siècle. En 1852, un Parsi, nous dit Briggs (op. cit., p. 83), avait le privilège du Gouvernement de Bombay pour la fourniture de l'arack, et un autre la ferme des tabacs.
* Z,-A.y t. II, Cérémonial et Morale de Zoroastre^ p. 601.
Si nous pénétrons dans les intérieurs, nous y trouvons solidement établie une vie de famille irréprochable indiquée dans sa hiérarchie et l*exercice des droits de ses chefs. Lés maris sont généralement bons et tendres* ; les épouses, non moins conscientes de leurs devoirs que les Européennes, sont dignes de la place élevée qu'elles occupent dans la société parsie. D'après leurs lois religieuses, elles sont membres de la même communauté que les hommes et participent aux mêmes cérémonies'. Libérées des entraves auxquelles les Hindoues et les Musulmanes sont encore soumises, elles prennent une part active aux soins du ménage chez les artisans et s'occupent dans les hautes classes de la direction de la maison et de l'éducation des enfants. La vie extérieure leur est ouverte; jadis les dames no paraissaient psfe en public, n'allaient jamais à pied et ne sortaient qu'en voitures fermées, les stores baissés; seules les femmes du peuple jouissaient de quelque liberté'. On les voit en land'iu découvert se promener seules ou avec des amis et des membres de
' Les mauvais traitements sont très rares, plus rares encore les plaintes en justice. Les maris parsis ont rompu totalement avec certaines coutumes dures et répressives des Hindous qui ne s'accordent nullement avec i'idôal de la femme, tel qu'il ressort de l'Avesta.
' Voy. Darab Dastur Peshotan Sanjana, The Position of soroastrian iromen in remotc Anfir/tti/f/. Bombay, 1892.— Nous aurons occasion plus loin de consulter cet excellent petit traité.
^ L(3s femmes zoroastriennes, en Perse, se sont toujours montrées à visage découvert (voy. supra ^ p. 29). Dans l'Inde, à leur arrivée, les Parsis se conformèrent aux usages du pays qui, avant la conquête musulmane, permettaient aux femmes de sortir sans se voiler ; et après, ils continuèrent à suivre les coutumes des Banians avec lesquels ils vivaient. (Voy. Mandelslo, Vor/affes, etc., p.l5&). Fryer (Lettres, etc., p. 118), admirait les Parsies allant puiser l'eau et évoquait à leur sujet des souvenirs bibliques. Stavorinus {Vot/ages, etc., etc., p. 363) les rencontrait souvent dans les rues, mais par groupes ; il était rare qu'une jeune ûlle fût laissée sans escorte. Peu à peu, à cause de la fortune toujours croissante de leurs époux, les dames parsies opulentes prirent les habitudes des Hindoues des hautes classes et se séquestrèrent comme elles, jusqu'à ce que les mœurs européennes vinrent à leur tour les faire sortir de leur retraite.
de distinction ' . Rastamji Kavasji donnait à Calcutta le même exemple en ouvrant aux Européens ses splendides salons, dont les honneurs étaient faits par les femmes de sa famille ; et souvent le Gouverneur Général prenait plaisir à être reçu dans de si gracieuses conditions. C'est ainsi que les Parsis avaient secoué peu à peu les préjugés hindous pour acquérir les joies intimes du foyer et les distractions mondaines, en y associant leurs compagnes; mais un Européen aura peine à comprendre combien il fallut de souplesse et d'intelligence pour opérer un tel changement, vu ce que nous appelons Vinfluence du milieu! Ceci demande en passant un mot d'explication ; nous aurons occasion de revenir sur ce sujet.
Dans rinde, les femmes, musulmanes et hindoues, partagent un sort identique. Nul besoin de parler ici de la Musulmane, dont les conditions morales et intellectuelles sont les moines en tous pays, depuis la plus petite bourgade jusqu'à la capitale où l'amène le bon plaisir du maître. Quant aux Hindoues, c'est la conquête musulmane qui a amené le régime de claustration auquel elles sont soumises ; leur vie est la plus étroite, la plus resserrée qu'il soit possible d'imaginer. Pour l'indigente, on la cache soigneusement dans des cours intérieures étouilées et fétides; pour l'opulente, on la relègue dans la partie la plus reculée du palais ou du bungalow ; l'une et l'autre ne sont pas mieux traitées.
Dès l'antiquité, il est vrai, les législateurs n'avaient pas été tendres pour la femme ; selon Manu, c'est un être incom-
^ One remarkable peculiarity distinguishedthis party from any ever givên in Bombay, probably in India, and deserves to be noted as a large sti-ide towards the European state of Society. During the eveniDg, the Lady of Jamsetjee Jejeebhoyand her threedaugthersin-law, M" Cursetjee Jamsetjee, M'" Rustomjee Jamsetjee, and M"Sorabjee Jamsetjee, received visitors in one of the apartments. Lady Cainac, Lady Mac Mohon, Lord Keane,Sir Thomas Wilshire and manyother ladies and gentlemen were introduced in succession and conversed with thèse ladies, of wbom two wei-e of distinguished beauty, and aU comported tbemselves with graoe and dignified courtesy. (Bombay Times, 11**» March 1840.)
la Bégaum Secunder. A la mort de son mari, Jehangir Mohammed, elle rejeta les règles musulmanes du jowrrfa/i, parut aux yeux de ses sujets fièrement campée à cheval, le visage découvert, et dirigea pendant plus de vingt ans les affaires de son État\ Toutefois Musulmanes et Hindoues acceptent volontiers leur vie retirée. L'exemple de la Maharani de Kutch Béhar, dont les salons de Calcutta (Alipore) sont ouverts à la colonie anglaise, n'est pas suivi. Fille de Keshub Chunder Sen, chef d'une des sectes du Brahmo-Somaj', la princesse a profité des bienfaits d'émancipation et d'instruction que cette société s'efforce de faire pénétrer et de répandre, sans obtenir jusqu'ici des résultats bien encourageants. Et pourtant Max MuUer Ta dit excellemment: l'avenir de l'Inde est entre les mains des femmes: « Dès que la population féminine de l'Inde pourra être tirée de son état actuel de dégradation, qu'une meilleure éducation et une religion plus pure auront fait comprendre aux femmes de l'Inde le sentiment de la responsabilité morale et du respect de soi-même, aussitôt qu'elles auront appris qu'il y a chez la femme dans le véritable amour quelque chose qui est au-dessus des lois de la caste et de la malédiction des prêtres, ce sera leur influence qui aura le plus de force, d'unepart, pour faire éclater les barrières artificielles de la caste, et de l'autre pour maintenir dans l'Inde, comme ailleurs, la vraie caste
^ La Begaum Secunder mourut en 1868. — Sa fille lui succéda et suivit l'exemple de sam«^re. Son premier mari étant mort en 1867, elle se remaria, en 1871, avec Maulvi Sadik Musari, et se retira dans le purdnh. Sa fille, Sultan Jahan, épousa en 1874 Ahmed Ali Khan, de la même tribu que la famille régnante de Bophal qui, on le sait, est d'origine afghane.
' Pour le Brahmo-Somaj, voyez l'excellent résumé donné par Monier-Williams dans Rdujlons TJwiujht and Life in India, ch . xix, pp. 475 et suivv. On sait que cette société fut fondée par le Rajah Rammohun Roy vers 1828, dans le but de concilier les doctrines religieuses antiques avec les exigences de la vie moderne et en môme temps de rendre à l'hindouisme sa pureté primitive. La Maharani Sunity Devi est née en 1864.
du rang, des manières, de l'intelligence et du caractère. ...» Cet idéal, les femmes parsies l'ont réalisé'.
Les Parsis sont d'humeur sociable. « Non seulement, dit Forbes*, ils acquièrent des richesses, mais- encore ils jouissent du confort et du luxe qu'elles procurent; ils associent volontiers leurs amis les Anglais aux fêtes qu'ils donnent, soit à Bombay, soit îi Surate et dans lesquelles se mêlent agréablement le faste oriental et le goût européen ...» Au commencement du siècle, Ai'deshir Dady se faisait connaître par les splendides réceptions qu'il offrait aux Européens. Les tables couvertes de mets recherchés, les vins rares et généreux, la musique et les danses, tout concourait à procurer aux hùtes les plaisirs les plus exquis. En 1804, dans sa demeure près de Pareil, il donnait un dinerauRightHonourable Lord Viscount Valentia, dont le Bombay Courier* {V^ décen)bre) célébrait l'élégance et la splendeur. Ces traditions d'hospitalité sont fidèlement suivies. Les naissances et les mariages sont autant de prétextes pour réunir la famille.
A une époque, les Nautchs ou danses de Bayadères étaient le divertissement dont on régalait ses invités. A en croire les voyageurs, le naulcli olTiciel des Hindous est généralement décent, parfois môme guindé ; les femmes sont rare-
* Au sujet de la condition de la femme dans l'Inde, voyez la remarquable étude de la Punoita Ramabai Sauasvati : Tlw Hiyh-Coste Hinilu iconian, iritli an introduction bij Rachkl L. Hodlky, A. M., M.l)., Dean of ico/nans médical Collège of Pennsf/lcania. George Uell and Sons. London, 1890.
* .1. FoRBES, Oriental Menioirs, vol. III, pp. 411-412.
' «. On thur^day last, Ardeshir Dady, one of the principal Parsee inhahitants of this Island, gave an élégant dinner at liis house near I^arell, to the Kight Honorable Lord Viscount Valentia, at wbich was présent a sélect party comprizing some of the first cbaracters in the setllement. The dinner we understand exhibited an abundance of every article which was in season. and the entertainment was gênerai ly conducted in such a manner as to afford great satisfaction to the noble Lord and the other guests who were présent. » — (Bombay Courier y V\ djecember 1804.) * ! •'!:- -''••
ment belles; toutefois c'est un spectacle très voluptueux et très énervant. Les nautchnis au teint pâle, aux grands yeux noirs, couvertes de diamants et d'étoffes précieuses, attendent le signal de la danse, accroupies dans un coin, près des musiciens. Tout à coup elles se lèvent, déploient leurs écharpes, secouent leurs jupes plissées et font vibrer les grelots des anneaux attachés aux chevilles et dont le tintement sert à marquer le pas. M. Rousselet, témoin de ces fêtes, raconte qu'après un chœur préliminaire accompagné de violes et de tam-tam, elles formèrent un demi-cercle. L'une d'elles s'approcha des spectateurs, les bras arrondis, le voile flottant; elle tournait doucement sur elle-môme avec un léger frémissement du corps qui faisait résonner les grelots ; la musique douce et languissante semblait la bercer; ses yeux à demi clos se fermèrent peu àpeu\.. .
Les dames parsies des hautes classes se mêlant à la société des hommes, de telles danses n'ont plus leur raison d'être, et la musique indienne dégagée de l'influence de la nautchni a repris le rang respectable qu'elle mérite. Disons en passant que M. K. N. Kabraji a beaucoup contribué chez les Parsis à cette heureuse amélioration. Désormais la conversation et les concerts remplacent les spectacles surannés des danses indigènes*.
^ Rousselet, L'Inde des Rajahs^ pp. 28 et suivv.
' A Madras, au mois de mai 1893, dans un meeting de VHindu so^ cial reforni Association, présidée par le Rev. D' Miller, on décida que la présence des nautchnis aux réjouissances de famille avait une mauvaise influence sur la société et les individus, ce qui donna occasion A l'évoque de Bombay d'écrire une lettre dans laquelle il déclarait que rintroduction de ces danseuses dans les demeures constituait une violation de la sainteté du foyer et des lois de la morale.— Sans donner tous les détails que comporte ce sujet, voici de nos jours la situation des nautchnis, de celles qui n'appartiennent pas au service spécial d*un temple, bien entendu. Ces filles possèdent des bijoux pour des sommes énormes, et leurs proQts sont excessifs ; ainsi on dit qu'à Lucknow elles gagqent facilement 15 roupies par soirées et parfois 200, lors des naiasftliôes î^ '"des çaariages. — D'après les census , on compte 270,956 ac-
eurent soin de lui faire durement sentir la témérité de
son zèle !
C'est dans les villages surtout que la femme parsie accuse nettement sa supériorité. Rien de plus touchant que de la voir accomplir avec une dignité sereine les devoirs de son état, gardant purs en son cœur les trois grands principes de sa foi : bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions. On comprend alors que si l'éducation anglaise a pu quelque chose en faveur de la culture intellectuelle, elle n'a eu rien à changer, quant à la direction morale. Une de nos amies. Bai D. B., nous a donné des détails vraiment intéressants sur son genre de vie. A l'dwada, petit village de la côte non loin de Daman, au nord de Bombay, se trouve le sanctuaire zoroastrien le plus vénéré, autour duquel se sont groupées quelques familles parsies, toutes de race sacerdotale et pour la plupart adonnées à un commerce peu productif. La petite colonie n'est entourée que d'Hindous de la caste la plus infime, celle des mahars « balayeurs ». Les maisons composées d'un simple rez-de-chaussée sont étroitement serrées les unes contre les autres; souvent huit ou neuf personnes sont obligées de vivre sous le même toit, avec la modique somme de 80 fr. par mois. Sur la foi de l'antique tradition, la maîtresse du logis, debout avant l'aurore, après avoir fait ses ablutions et récité ses prières, ouvre la porte principale pour donner passage au mal nocturne; puis elle procède h une cérémonie spéciale qui consiste îi encenser la maison avec des |)îirfums, du bois de santal, etc., usage également suivi dans les plus riches demeures. Elle balaye le j)laiicher, lave le devant de la porte, y répand de la chaux en signe de bon augure, puis met tout en ordre pour prendre son travail au lever du soleil. Alors elle va puiser l'eau à la fontaine, et lien n'est comparable à l'élégance de ces belles femmes avec leur scwi rouge ou orange, soutenant (\\\nr main la jarre sur leur tète, tandis que l'autre retombe le long du coips dans une pose d'élégant abandon. Sa be~
sogne de ménagère achevée, elle peut encore fabriquer des kostis et gagner une somme assez ronde. Sa science est bornée, mais elle sait se conduire, assister son mari de ses conseils dans toutes les circonstances difficiles et diriger ses enfants; comme la grande dame parsie, elle est responsable de ses actes, honorée dans le cercle de famille et respectée des races étrangères.
L'année zoroastrienne se compose de douze mois, soit 360 jours, plus cinq jours complémentaires appelés gâhs ou andargâks\ Chaque mois est consacré aune divinité, qui lui donne son nom. Le premier est le mois des Fravashis (Farvardin) ] viennent ensuite ceux d'Asha-Va-
hishta {Ardibahislit), de Haurvatât {Kliordàd) , de Tishtrya {Tir), ù'Amereiat (Murddd)^ deKhshathra Vairya{Shahrcoar), de Mithra (Mi/ir), d'Apô (Aban), d'Atar (Adar), de Datkush {Dai), de Vohu-Manô {Bahman), de Spehta Armaili {Asfandûrmad).
Chacun des trente jours est dédié à une divinité spéciale; le 1", le 8% le 15® et le 23% à la divinité suprême appelée le premier jour de son nom d'Auhrnia::dQi les trois autres de son épithète de Dai « créateur ». Le mois est ainsi coupé en quatre semaines, les deux premières de sept jours, les deux suivantes de huit.
Les cinq jours complémentaires sont consacrés aux cinq Gùlis ou Gàthas, c'est-à-dire aux cinq séries d'hymnes révélées à Zoroastre et considérées comme divines: ils portent chacun le nom d'une de ces Gàthas : Ahunavaiti, Ushtavaiii, Spcnta Mainyu, Vohu Khshathra, Va/iis/i-
^ Voy. supra^ pp. 62-68, les discussions entre les Shahanshahis et les Kadimis aa sujet de la kabisa.
tdishti. L'ensemble des invocations aux trente jours forme le Sirota.
La journée est divisée en cinq parties ou veilles dites en zend Asnr/a, en pehlvi Gâs, en persan Gâh; chacune de ces veilles est consacrée par des prières spéciales : 1° Ushaliina, à partir de minuit ; 2^ Hâvanr\ la matinée ; 3® Rapithwina, midi ; 4^ Uzayéirina, la soirée ; h"" Aiwisrûthrima, la première moitié de la nuit. L'invocation du jour et du mois est un élément indispensable dans toutes les cérémonies religieuses.
Au IV** siècle de Tère chrétienne, Adarbad Marespand, le grand et sage dastour, écrivit, dit-on, pour son fils Zarathustra, un petit traité intitulé Madegan lak yom, dans lequel sont détaillées les vertus particulières de chaque jour du moiszoroastrien qui sera, en effet, plus ou moins propice pour certaines affaires ou certaines actions; ainsi le premier semble le plus favorable pour prendre possession d'une demeure nouvelle ou d'un jardin et tel autre pour entreprendre une œuvre religieuseou mondaine; quelques-uns pour commencer un voyage, régler une affaire domestique, ordonner des réunions et des fêtes. Un petit nombre sont réservés au repos et aux œuvres pies. Inutile de dire que ces préceptes si excellemment recueillis par Adarbad Marespand ne servent plus de guides aux Parsis et sont môme peu répandus
et peu connus\
I.es Parsis ont des fêtes religieuses très importantes. Anquetil Duperron en donne une description minutieuse que nous reproduisons ici*.
(( Les différents temps de Tannée, auxquels les Parsis sont particulièrement obligés de célébrer les Offices dont je viens de parler, sont des fêtes que je vais faire connaître en peu do mots.
* Trad. Hu pehlvi par le D' Darasha Peshotanji Sanjana. — Voyez F. D. Karaka, ///.s/, of tho Pdrsls, vol. I, ch. m, pp. 132 et suivv. ' Anquetil du Perron, Z.-A., t. II, pp. 574 et suivv.
« I. D'abord tout jour dont le nom concourt avec celui du mois, comme le jouvFarvardîn du mois Farvardin, etc., est un jour de fête, qui se célèbre par des banquets et par des prières. Il est alors ordonné aux Parses d'aller au Derimher, de faire Néaesch au Feu, se tenant loin du Keisch du Mobed, qui, de là, leur rappelle dans une courte instruction les devoirs que la loi leur impose.
a Les fêtes les plus solennelles chez les Parses sont:
(( l^l^e No rou:;, c'est-à-dire, le nouoeau{le premier) jour {de Vannée), Cette fête dure six jours. Elle commence au jour Ormusd du mois Farvardin (c'est le petit A^o rou:^), et finit au jour Kliordâd, appelé le grand No rouz. Les Ravaëts^ nous apprennent pourquoi ce dernier jour est plus solennel chez les Parses que le premier. C'est le jour Khordad, est-il dit dans ces ouvrages, qu'Ormusd a créé le Monde, et ce qu'il renferme; que Kaïomorts a triomphé d'Eschem; que Meschia et Meschiané sont sortis de la terre, et que plusieurs événements considérables de l'ancienne histoire des Perses sontarrivés : Gustasp a embrassé la loi le jour Kliordad, et c'est à ce jour que doit se faire la résurrection.
« 2° Le Meherdjan qui dure six jours. Le jour Mithra du mo'\s Mit/ira est une fête célèbrechez les Parses. Lesqualités de Mithra, détaillées dans VIescht qui porte le nom de cet Ized, le font assez connaître. Les Parses distinguent deux Meherdjans. Le premier commence la fête, et arrive le 16: on le nomme le petit Meherdjan. Le second, qui est le grand Meherdjan, tombe au 21. Chez les Parses le dernier jourdes fêtes est le plus solennel.
« 3° Les Gâhanbars. Ce sont six fêtes, de cinq jours chacune, instituées par DJemschid en mémoire des différons temps auxquels les êtres qui composent l'univers ont été produits*.
' Vieux Racdâty fol. 252. Id., fol., 86. verso. b7, etc. * Vieux Racaét, fol . 237 verso.
(( 4® Les Gâtâhs. Ce sontlesdix derniers jours de Tannée. Les Parses croient que pendant les cinq premiers de ces jours, les âmes des bienheureux descendent vers la terre, à la distance de trois portées d'arc; et que pendant les cinq derniers (les Épagomènes), qui sont les Farvardians , c'està-dire^ {les jours des) Ferouers de la Loi, les mêmes âmes et celles des damnés viennent visiter leurs parents. Ils s'empressent en conséquence de leur faire la réception la plus magnifique : les maisons sont purifiées et ornées. On ne sort pas de chez soi de dix jours, et Ton fait, pendant les cinq derniers, des festins Darouns, c'est-â-dire, des festins précédés de la récitation de Vl^eschné, du Vendtdadet de celle du Daroun, pour lequel on donne au Prêtre un habit neuf.
(^ On commence par réciterr4/^^'fl'^^^- Le Prêtre qui célèbre cet Office a devant lui, ainsi qu'au Da/'oun, des fleurs, des fruits, du lait, du vin et de la viande : on peut mettre à la place de la viande, du riz, des pâtisseries. Dans l'Inde il doit y avoir huit fleurs, et cinq auKirman\ On n'emploie dans cet office ni Barsoin, ni Hom, ni pains Darouns. Au Kirman on met près de VAtesch-dan un vase plein d'eau nommé A^aoé,
(( Pour l'ordinaire ce sont deux Mobeds qui officient, l'un en Djouti, l'autre en Raspi. Un seul peut cependant faire Afergan. Les Parsis assis autour du lieu où se fait l'Office disent : Cest le désir d'Ormusd etc., et peuvent ensuite parler en vadj ; cela n'interrompt pas la prière.
(( Avant que de commencer V Afergan, le Raspi ayant le Pénom, met dans le feu du bois de santal ou des odeurs préparées, ce qu'il continue défaire pendant tout l'Office ; alors le Djouti ayant aussi le Pénoni, récite V Afergan du Gàhanbar, et après ces mots de Medio^erem, il récite le Doupnéreng, etc. (Au Kirman on ne le récite pas) ; Après quoi, il continue V Afergan,
^ Vieux RacaC't, fol. 249 recto et verso. — Petit Hacaôt, fol. 54 recto.
(t II. LeDoupNéreng se réciie encore ^ux Djaschnés qui sont des banquets de religion. Lorsque le festin est préparé et que tous les convives sont assemblés dans un jardin, le Mobed, ayant le Pénom, s'approche du feu et des mets. Il met plusieurs fois des odeurs dans le feu en prononçant le Doup-Néreng ou VAfrin-Miezd, et lorsque la prière est achevée, le repas commence.
(( L'office du Darouti est aussi suivi de ces Djaschnés, Le Piètre donne au peuple une partie des pains Darouns et du M ic^d qu'il a hém. Les Parsis montrent leur zèle en mangeant abondamment des mets préparés. La loi, dans ces occasions, ordonne aux riches d'envoyer aux pauvres quelque chose de ce qui a été préparé pour le festin, et même de leur donner de Targent pour célébrer dignement les Gâhanhars ; ou bien on fait pour cela chez les riches des quêtes appelées D/ndcnif/oï : ceWe action est très méritoire, soit qu'on la fasse pour les autres, ou pour soi-même.
(( Les Parses célèbrent encore par des festins le jour de leur naissance, la naissance de hîurs enfants, et le jour auquel ils ceignent le Kosti pour la première fois. On peut, sur leurs autres fêtes, consulter les Farhangs Djehanquiri ei lierhankatée, l'ouvrage Persan, qui a pour titre Hadjacb al Makhloukat, c'est-â-dire, Les Merveilles des créatures, première partie, section 13, art. 6, sur les mois des Parses ; les notes de Golicis sur Alfragan, p. 21 et suiv. ; et le D"" Hyde de Religione Vet. Pers., cap. 19 et 20.
« III. Une des dernières fêtes des Parses est celle des laboureurs. Elle arrive le jour Espendarinad (le 15) du mois Espendarmad (dernier de l'année). Voici les cérémonies qu'on y observe.
« Après les prières ordinaires, le Prêtre met un habit propre, récite r/jesc/i/ié. \e Daroun à l'honneur des ^e\A Amschaspands, (à Vhormeuvù' A rdibehescht, selon quelques Destours), et dit : Que ma prière plaise à Ormusd, etc., (ci-d. p. 156, lescht d' Ardibeliescht) , jusqu'à, Ormusd dit à Sapet-
man Zoroastre, etc. Ensuite il écrit avec de Tencre de safran, sur la peau de cerf, ou sur du papier, le Tâvid suivant qui est en Pehlvi.
« Au nom du juste Juge Ormuzd, le jour Espendarmad du mois Espendarmad, Je lie la gueule de tous les Kharfesters, des Dews, des Daroudjs, des Magiciens, des PariSj des Décos qui rendent aveugles, de ceux qui rendent sourds, de ceux qui qffoiblissent, des pécheurs, des Aschmoghs, des loups, des suppôts de V Enfer, des Darvands, des violents; au nom des I:seds, au nom du fort Feridoun allaité par une vache, au nom de l'Astre Taschter, au nom de V Astre SateviSj au nom de l* Astre Venant, au nom des Astres qui composent Haftorang , L'abondance et le Behescht, etc., etc.
« Le Mobed achève le Vadj d'Ardibehescht, en disant: Je fais izeschné et neaesch à Ardibebescht, etc., (ci-dessus p. 160, jusqu'à, VIescht de Khordad), et donne ce TaviddLUX Parses, qui le payent deux Peças (la 32® partie d'une roupie d'argent, qui est de 48 sols).
« Les Parses doivent exposer ce Tavid à la fumée d'un feu dans lequel on a mis les cinq choses suivantes: de la corne d'un animal tué le jour Mithra du mois Mithra; de la graine de coton; de la résine; de l'ail, et de l'Espand. Ils l'attachent ensuite à leur porte, en dedans, avec de la colle ou avec des clous\ Il faut que les coqs, les cornes des animaux qu'ils ont dans leur maison, la porte môme, tout soit peint en rouge. Ils jettent ensuite dans tous les coins de leur maison du sable, sur lequel le Mobed a prononcé, en le remuant avec un couteau, le Néreng qui comnience par, Le mois Espendarmad, etc.
(( Les Parses croient, par cette dernière cérémonie, chasser les Dows de leur maison, ou du moins les empêcher d'y exercer leur empire. Ils signalent pendant ce jour leur dévotion, en tuant toutes les productions d'Ahriman qu'ils rencontrent, ainsi qu'ils faisaient du temps d'Agathias. »
^ Vieux Racaëty loc. citât.
Voici actuellement les fêtes observées dans la communauté parsie; nous suivrons les indications de M. D. F. Karaka'. Elles ont pour but de créer des rapports sociaux entre les membres de la communauté et de faire fleurir la charité et la bienfaisance.
La plus grande est celle appelée Pa^e^i* observée plus ou moins strictement par tous les Zoroastriens. C'est le jour d'Aliura Mazda du mois Fravardin appelé également No rouj:. Chez les Kadimis, elle tombe un mois plus tôt que chez les Shahanshahis. Ce jour-là, le Zoroastrien se lève de meilleure heure que de coutume et fait ses ablutions; après avoir revêtu des habits neufs, il prie Ahura Mazda et implore sa bénédiction pour lui et sa famille. Il se rend ensuite à VAiash-Behram (le grand Temple du Feu) et fait des offrandes de bois de sandal. Ses prières terminées, il distribue des aumônes aux prêtres et aux indigents. Le reste du jour se passe en réjouissances et en échanges de vœux de nouvel an.
Rapithoan, A V origine, c'était l'annonce du commencement du printemps; mais cette fête n'a plus de signification, puisque on ne tient pas compte de l'intercalation. Elle a lieu le troisième jour du premier mois; une imposante cérémonie se fait au Temple du Feu en l'honneur de l'Amshaspand Ardibahist qui préside au feu et à la lumière.
Khordad'Sal, Cette fête se célèbre en commémoration de plusieurs événements importants arrivés le jour de Khordad, dans le mois Fravardin, et donnés dans un petit traité pehlvi appelé Madegan Binae-Fravardin Yome-Khordad, On y célèbfe par certains rites religieux la révélation d'Ahura- Mazda à Zarathusthra et l'anniversaire de la naissance du prophète ; puis on se divertit en famille.
* Hist, of ihe Parsis, chap. m, pp. 144 et suivv.
• Pateti est une forme corrompue du mot paitita qui signifie: celui qui se repent, ce qui indique que, ce jour-là, on demande à Dieu l'absolution des péchés commis pendant Tannée.
Amerdad-Sal. C'est le jour que les Parsis donnent au plaisir après les dix jours du Mouktad. Les livres sacrés n'attachent pas d'importance à cette fête, qui a été ajoutée au Khordad-Sal par les partisans des vacances.
Les Gâhânbùrs ou fête des saisons arrivent six fois par an. D'après Tancienne coutume de la Perse, les fidèles se réunissent pour prier; le paysan, le pauvre et le riche se mêlent et mangent ensemble, après les prières. Cet usage subsiste encore: il y a un banquet auquel participent tous les membres de la communauté.
Les six Gàhânbars^ sont:
1® Le Mnidhyin-Zaremaya {Métôli^^armé), la mi-printemps, le quarante-cinquième jour de Tannée, à Téquinoxe du printemps (1-5 mai, 11-15 Ardibahist), commémore la création du ciel.
2® Le Muidhyôi-sliema {Mêtôkshem), la mi-été, le cent cinquième jour de Tannée (11-15 Tir, 30 Juin-4 Juillet), commémore la création des eaux; c'est la fête qui clôt la saison où se fait la fenaison.
3^ Le Paitishhahya (Pétishah), le cent quatre-vingtième jour de Tannée {26-30 Shahrcvar, Ilîî-IG Septembre), com-
^ La division normale de Pannc^'e dans TAvesta est de deux saisons, l'été et l'hiver. L'été, hmnay comprend les sept premiers mois, et l'hiver, ^((j/ana, les cinq autres, plus les cinq jours complémentaires. Cette division a une valeur religieuse, non seulement [)our le rituel, mais encore pour les pratiques qui varient suivant les saisons. D'api-ès le Boundahish^ XXV, 20, l'année était divis<'e en quatre saisons correspondant aux nôtres. — Les fêtes des GàhànhàrA (on zend i/àiri/a) divisent Tannée en six périodes et ont une double signification, à la fois mythique et agricole. Les (iàhànhàvs auraient été établis par Ormuzd pour fôtc/* les actes de la Création, qui avait duré un an et s'était accomplie en six actes successifs pour la création du ciel, des eaux, de la terre, des plantes, des animaux et de l'homme. Après chacun de ces actes, Ormuzd avait célébré avec les Amshaspands une fête de cinq jours, dite Gâhà nbârs.Woyez BuRNOUF, Commentaire sur le Y'açn<i, IMÏZ suite, — Roth, Der Kalen- (ler (tes Avesta, z. d. m. c, 1880, 698. — Darmsteter, Zend-Avesta^ vol. I, Yaçna, p. 36.
Zartliosii Diso. Le prophète Zoroastre mourut, dit-on, à Tâge (le soixanle-sepl ans à Bactres^ la capitale des rois Kéaniens. L'anniversaire de sa mort arrive le onzième jour du dixième mois; il est religieusement gardé.
Mouktad. Le nom de Mouktad est une forme corrompue venue de MoukUatiaa, Tâme qui a passé de purgatoire en paradis, et désigne lesdix derniers joursde l'année zoroastrienne ; elle renferme les cinq derniers jours du mois Spendarmad et les cinq jours intercalaires appelés Gâ^Aâ6'Gâ/iâ/i6rtrs dédiés aux mânes des défunts Froliars [Fracashis). On les emploie à réciter des prières et à célébrer des cérémonies en mémoire des parents décédés. Suivant un passage du Farcardin Yasltt, les Froliars des Zoroastriens visitent la maison de leurs descendants pendant dix jours et dix nuits à l'époque doVIIamaspatmédinij en murmurant: « Qui nous louera, qui nous offrira un sacrifice ? » Ces jours-là se passent en prières. Dans une pièce bien nettoyée et blanchie à la chaux, on place sur une table de marbre des vases de cuivre ou d'argent remplis d eau avec des fleurs. On change Teau au moins quatre fois pendant la fête qui dure dix-huit jours. Les prières se disent devant cette sorte d'autel.
Il y a un certain nombre de cérémonies religieuses appelées t/a.sa/^s', h la suite desquelles on distribue des fleurs et des fruits aux assistants. On en comptedouze; c'est lorsque le nom du jour est identique avec celui du mois. Ainsi le dix-neuvième jour de chaque mois et le premier mois étant appelés l'un et l'autre Farcardin, le dix-neuf de ce premier mois sera le Jasan-è-Faroardidn. Nous citerons le Jasan Aoanou, Arduiaura on. l'honneur d'Arduisura Anahita, le génie tutélaire des Eaux. Les Parsis, par suite de leur longue existence avec les Hindous, leur ont emprunté certaines coutumes telles que de jeter dans la mer desoffrandes de sucre, de farine^ de noix de coco, etc. ; mais les classes éclairées s'en abstieiment. Il se tient aussi à cette époque une foire à Bombay à laquelle tous les habitants prennent part. UAdar Jasan,