CHAPITRE IV
Vie domestique des Parsis.
Naissance. — Investiture du Sudrah et du Kusti
Mariage.
Avant de pénétrer dans les détails de la vie intime des Parsis, il est bon de se souvenir de ce que nous avons dit précédemment au sujet des nombreu.K emprunts qu'ils ont faits aux Hindous. L'Avesta n'a légué que des prescriptions fort restreintes auxquelles les fidèles sont restés passionnément attachés; mais les concessions que ceux-ci ont été obligés de faire à leurs hôtes du Goudzerat les ont conduits peu à peu à admettre une foule de pratiques qui, pour les Hindous, ont un caractère religieux et en sont absoluMKMit dépourvues aux yeux des Mazdéens* : seule la forme extérieure subsiste, dépouillée de sa signification comme lite. Tous l(\s voyageurs ont fait la n^marque de cette docile adoption, s.nis être à même <le distinguer des nuances si délicates à saisir pour (h^s étrang(»rs. Nous aurons soin de n()t(M* ces emprunts; mais nous prions le lecteur de ne pas les confondre avec les rapprochements (jue certains îiuteurs ont
^ 1^ vie de l'Hindou est i-églée par des devoirs religieux qui, depuis sa naissance jusqu'à sa mort et môme au delà, le tiennent asservi sous la domination de la caste sacerdotale. Douze rites appelés sansfxuras (Haient prescrits par les anciennes collections de règles domestiques (jri/if/(i-.'^(ftrt(.'i et par le code de Manu \)0\\v la purification de l*être humain, coips, âme et esprit, afin de le débarrasser de la souillure contraclée dans le sein de sa mère. A l'heure actuelle, de ces douze rites (|uel(nies uns subsistent encore chez les orthodoxes. Voy. Monier Williams, livl'njions ThiKHjht and Life in Inciia, ch. xiii, pp. 351 et suivv., et ch. xiv, pp. 370 et suivv.
Au septième mois, parfois au neuvième, on procède à la cérémonie do VAf/harni\ — On clioisit un jour favorable; dès le matin, la bollc-mcre habille la jeune femme d'effets neufs et offre à ses parents un cadeau consistant 'en poisson, en lait caillé, en sucre, etc. Ceux-ci renvoient ces présents, mais sensiblement augmentés ; et, à midi, un copieux repas est porté aux membres de la famille et aux amis. Dans l'après-midi, on répand sur le parquet d'une chambre orientée vers Touest de la chaux (chunam) et des poudres de diverses couleurs sur lesquelles on trace des dessins représentant des poissons, des paons, des oiseaux et des (leurs. La jeune femme prend place sur un tabouret de bois de deux cà trois pouces de haut; on l'habille d'une robe neuve et on lui fait sur le front une petite marque avec delà poudre rouge {kunku)* ; on met ensuite dans les plis de son sari, près du sein, une noix de coco, des feuilles de bétel, des dattes et autres fruits secs, symboles de la fécondité.
Ainsi parée, elle se rend chez ses parents accompagnée de ses alliées et de ses amies qui ont emporté dans un panier du froment et des bonbons, emblèmes d'abondance et de bonheur. En arrivant à la demeure paternelle, elle est reçue à l'entrée par sa mère, qui l'accueille en lui jetant une pluie de riz et en brisant sur le seuil un œuf et une noix*; puis elle
* Voy. DosABHAi Framji Karaka, Hist, oflhc Parsls, ch. iv pp. 154 et suivv. UAfjhnrni est un usage essentiellement hindou et n'est guère suivi que par les classes inférieures et illettrées de la communauté.
* La marque sur le front dans l'Inde est fe signe du devoir accompli; la plus importante est celle qui suit les trois ablutions sacrées du matin, du midi et du soir. Pour les hommes, elle est fait<î avec une pâte jaune ou blanche, de la poudre de bois de santal ou d'aloès et un peu d'eau; pour les femmes, elle est composée d'une substance de couleur rouge sang.
' Los œufs jouent un rôle important dans les cérémonies des Parsis; ainsi, pour souhaiter la bienvenue à un hôt^ res|>ect4^ on apporte un plateau chargé d'objets considérés comme de bon augure, tels qu'une noix do coco, un œuf, une peignée de riz, de l'eau et du sucre façonné on petits gâteaux. Ite que 1 hôte se présente â la porte, la maîtresse du
pose le pied droit dans la maison et se rend directement à la chambre où elle doit ôtrc délivrée. Lii, après avoir pris une lumière d'une main, une tasse d'eau de Tautre, elle fait sept fois le tour de cette chambre en arrosant le plancher, pour que sa progënitm^e ne connaisse pas les ténèbres et que, suivant la phrase consacrée, « elle jouisse du soleil de la vie et ne manque jamais d'eau ». Sa mère lui enlève ses vêtements, lui met une robe neuve, lui offre des bonbons et des sucreries et la renvoie chez son mari avec le froment et les autres objets, dont elle a augmenté le nombre et la quantité. Peu après, la mère du mari donne à son fils des ])résents, tels qu'habits neufs, bagues, châles, le tout placé sur un plateau avec des bonbons en forme de cônes, enveloppés de l)apier argenté. Les femmes qui apportent ces cadeaux sont retenues à diner, et à l'issue du repas elles chantent des couplets en rapport avec la circonstance. Lorsque l'époque de la délivrance approche, la belle-mère remet à la jeune femme quelques pièces d'argent, une noix de coco, et la renvoie chez ses parents après lui avoir marqué le front avec de la poudre rouge.
Quelques jours avant la date présumée de l'accouchement, on prépare la chambre de la jeune mère, et dès que celle-ci commence à souffrir, on l'y transporte; elle y trouve un lit de fer garni de coton et un berceau également en fer\ Le jour de l'accouchement, la belle-mère vient visiter
lieu ou, si elle est veuve, une de ses parentes, s'avauceavec le plateau à la main ;aprôsavoir pris un œuf, elle le balance sur la tête du nouveau venu, le brise sur le sol et fait de môme pour la noix de coco. Elle jette ensuite les grains de riz et émiette les gâteaux de sucre sur la t^tc du visiteur au-dessus de laquelle elle élève les mains, en murmurant des bénédictions et en faisant claquer ses doigts à la hauteur des tempes; enfin elle le convie à entrer, le pied droit le premier.
* « Quand une femme esta son terme, on la couche sur un lit de fer, parce que les métaux souillés se lavent, et qu'un lit de bois ne pourrait plus servir. Il doit y avoir dix femmes ou au moins cinq, dans sa chambre. Leur office, selon leRacaët du Recueil pehhiy est de préparer ce qui est nécessaire pour Tenfant, de secourir la mère, et de faire les fonctions de la sage-femme. Pendant trois jours et trois nuits, on allume
sa bru et dépose sur son lit quelques roupies et quelques grains de riz comme augures favorables. La mère de la jeune femme donne un repas à celle du jeune homme, et avant de se retirer elle reçoit en cadeau une robe neuve. Le lendemain, la mère du mari envoie des bonbons à ses parents et à ses amis.
Suivant le rite mazdéen* la femme est supposée impure pendant quarante jours après sa délivrance, et durant ce temps il ne lui est permis de toucher à aucun objet, sauf à son lit et au berceau de Tenfant. Personne ne peut approcher d'elle, et il lui est défendu de niarclier sur un tapis. Les gens riches ou aises qui habitent de vastes demeures ont une pièce alTeclée aux femmes; mais lorsque plusieurs familles vivent ensemble sous le même toit, le propriétaire réserve généralement une chambre au rez-de-chaussée pour ses locu-
dans cette chambre un grand feu, pour éloigner les Dews. 11 faut aussi empêcher les pécheurs d'en approcher.
« Lorsqu'une femme est en travail, le Mobed prie pour elle; et dès qu'elle est délivrée, la première chose qu'on lui présente, ainsi qu'à l'enfant, est le Pera/ioni, ensuite elle se lave; et lorsqu'elle ne se sent plus de l'infirmité de ses couches, elle fait le Si-schoc (au Kirman,le Baraschnom *). Elle passe ainsi quarante jours séparée du commerce des hommes, et son mari ne peut la voir qu'au bout de quarante autres jours. » An- QUETiL DuPERRON, Z.-i4., t. 11, pp. 563-564.
^ Purifications dont il sera parlé dans un chapitre spécial.
^ D'après l'Avesta, la femme à certains moments est considérée comme impure : elle est dasiitân (Voy. Darmesteter, Zcnd-Acesta^ vol. II, Vi'ndidad, farg. 16, p. 2.30). Chaque mois, elle est tenue à l'écart dans une chambre isoh'e au rez-de-chaussée {armâshi-gâh, lieu de l'infirme, de l'immobile) appelée dans cette occasion Dashtànishtân^ et elle n'en sort qu'après avoir subi les purifications prescrites (Voy. Sad-Dar, xli, lxviii et Lxxvi; voy. aussi Anquetil Duperron, Z,-A,, t. Il, pp. 562-63). Les renseignements du voyageur français s'appuient sur les usages alors en vigueur et l'autorité ou Saddcr Boitndehcsch cité dsinsle Vieux Racaët. — La femme près d'accoucher est assimilée à la dasJuàn et reste isolée dans V(iinirsh(-(/((h. Pour celle qui met au monde un enfant mort et les purifications auxquelles elle est assujettie, voy. Vendidnd^ farg. 5, vi, 45-02; Sad-D((t\ lxxvii, et Anquetil Duperron, Z.-i4., t. II, p. 563.
faute qu'ils commettaient en soignant ainsi leurs épouses, mais personne n'osait encore rompre avec ces usages routiniers; pourtant si le médecin, vu la gravité du cas, ordonnait de transporter la mère et Tenfant dans une autre chambre, il était généralement obéi. Dans les hautes classes^ le médecin européen était môme appelé en consultation ; alors, devenu impur par le contact de la malade^ il se retirait sans serrer la main de ceux qui Tentouraient; quant aux médecins parsis, ils prenaient le plus grand soin de se laver et de changer de vêtements, à la satisfaction des matrones. L'ingérence des femmes dans le corps médical et l'initiative des docteurs donnent l'espoir que ces coutumes cruelles sont à la veille de disparaître. Des hôpitaux élevés par des Parsis charitables pour les femmes et les enfants leur assurent peu il peu des soins éclairés. Nous ne saurions passer sous silence une institution due à l'instigation du D'TemuljiB. Nariman, de l'Université de Bombay, la seule fondation de ce genre dans l'Inde entière. Après plusieurs années d'études consciencieuses, convaincu que la recrudescence de la fièvre puerpérale provenait de causes faciles à supprimer, il fit part de ses remarques aux membres de la Grant Collège Médical Society, et à la sollicitation d'amis européens, dans une conférence publique au Framji Kavasji Institute présidée par Sir Jamshedji Jijibhai (16 août 1884), il développa ses vues et exposa le besoin urgent de porter remède aux conditions d'hygiène si nuisibles aux femmes parsies pendant leurs couches'. Il reprit son sujet pour la seconde fois devant la Grant Collage Médical Society; il réussit à faire partager ses sentiments à un certain nombre de personnes dévouées et môme à réunir une petite somme pour l'organisation d'un hôpital temporaire, où l'on essaierait un traitement capable
^ Observations on (he Incrcascd precalcncc of puerpéral fcocry or fi'ocr aftcr cJiild-birth, (inioïKj tJio Parsecs in Botnbat/\ ils causes and prcccniion. On y vciia lêsuiiiécs les principales causes de la mortalité chez les femmes parsies et les remèdes qu'il convient d'y apporter.
(Venrayer les effets désastreux qu'il avait si souvent constatés. Le 7 mai 1886, il se forma un comité, peu noml)reux (Vabord, et qui plus tard s'accrut d'un grand nombre d'adhérents ; le 21 mars 1887, un hôpital fut ouvert dans une petite maison située près de bi station des <( Marine Lines of the H.B. and CL Railway ». Rient(')t, en présence des résultats excellents obtenus dès la première année, le 30 juin 1888, dans une réunion de la communauté parsie, on |)roposa, de donner à l'institution un caractère permanent. Des sommes consid(?rables furent recueillies, grâce au zèle de certains menïbres du comité, tels que MM. Sorabji Shapurji Bengali et Sorabji Framji Patel, pour l'acquisition du terrain et la construction d'un édifice convenableV Le Gouvernement y contribua a l'origine en cédant l'emplacement pour la moitié de sa valeur. Sauf cette aide gracieuse, il convient de dire que tout le reste est dû à la seule initiative des Parsis\ En 1892, Khan Bahadur M. C. Murzban prépara des plans pour l'érection d'un établissement vaste et commode dans Hornbv Road\ Pendant ce temps, riiôpital temporaire prospérait ; les demandes d'admission devenaient de plus en plus nombreuses. Les femmes des classes moyennes n'avaient aucune ré|)ugnance à y faire, moyennant rétribution, des séjours de plusieurs semaines. Les malades ctiiient divisées en trois classes : un cinquième était admis gratuitement, trois cinquièmes payaient 1 r. 8 et un cinquième 3 r. par jour. La première année, il y eut 77 entrées, la seconde 100, la troisième 131, la quatrième 130, la cinciuièlne 142, la sixième 105; total 751. Aux mois d'août-septembre 1894, le nombre
' Citons les noms de Hon'ble M. N. N.Wadia, M. J. N. Tata, M. V. J. Wadia, Sir Dinsha Manakji Petit, M. Byramji Jijibhai, M. Pestonji Hormusji Kama, M. Jehangir Rastaraji Modi, etc., etc.
' M. Nasarvanji J. Wadia, fils de Bai Motlibai, versa à la trésorerie le complément de la somme (13,000 r.) et i-cndit ainsi le comité seul possesseur de la propriété.
' La pierre de fondation fut |)Osée le 28 mars 1893, en présence du gouverneur de Bombay, Lord Harris.
était do 1,000; en janvier 1895, de 1,100, et pas un cas de fièvre puerpérale ne s'était encore produit*! — Les fonds acîtuellenient entre les mains du docteur Teniulji B. Narinian, secrétaire honoraire du comité, s'élèvent à près d'un hikh de roupies, soit 235,000 francs. Nous ne pouvons manquer de signaler le concours aussi zélé que désintéresse do ses collaborateurs, les docteurs Cowasji Pestonji, Dinsha B. Mnster et Jehangir J.Cursetji, qui, depuis le début jusqu'à nos jours, n'ont cessé d'apporter à cette œuvre admirable l(uu^ dévouement et leur science; la part que M"^** Temulji y a prise ne saurait être également passée sous silence.
Le nouvel liùpilal a été inauguré le 11 janvier 1895, en l)r<'\senco du Gouverneur de Bombay, Lord Harris*. L'édifice otîre les meilleurs aménagements, (pie M. M urzban a heureusement combinés avec les plus impérieux besoins d'hygiène et de confort (voy. pi. 4.)'.
(( Lorsque l'enfant est né, nous dit Anquetil, la mère envoie chercher du Pcrahom chez un Mobed, y trempe un peu do coton, le presse dans la bouche de l'enfant, et lui donne ensuite du Init. Il faut le laver après cela trois fois avec de l'urine de bcinif, et uîie fois avec de l'eau, parce qu'il est impur. Avant cette cérémonie, celui qui le toucherait semit obligé de se purifier. Si on ne le lave pas, ce sont les parents qui portent le péché, et non l'enfant*.
* Cet hôpital est exclusivement réservé aux Parsies. ' Voy. Bonihat/ Galette, 11 ^'> January 1895.
MI y a trois entrées dont la principale est au nord. Six grandes chambres bien aéré(;s pouvant recevoir 20 malades occupent le rez-decliaussée où se trouvent le dis|)ensaire et le logement des infirmières^ une chambre pour les malades atteintes do la fiiVvro et un ensevelissoir pavé (le marbie. Un grand escalier en pierre bleue  balustrade de fer forgé conduit à la salle des opérations (40 pieds de haut), ventilée par des portes en fer ajouré; quatre chambres sont disposées pour 1() malades. Au second étage, deux vastes chambres i)euvent en recevoir six autres, ce qui porte à 42 le total des lits disponibles. Le plan permet des agrandissements futurs, à ujesure que le besoin s'en fera sentir.
* Si nous interlogeons les coutumes des Mazdéensde Perse,nous verrons
(( Le Mobed, ou quelque Astronome prend ensuite le thème de la naissance, pour voir quelle sera la destinée de Tenfant, et lui donne un nom: c'est ordinairement celui de quelque Ized, ou de quelque Perse célèbre. Dans Tlnde les Parses ont aussi des noms Indiens. » {Z.-A., t. II, p. 551.) Ce mobed ou astronome d'Anquetil est le Jos/ii des Hindous, et les coutumes que nous alloîis décrire au sujet de sa présence dans les intérieurs parsis doivent (Mre comptées au nombre des emprunts que nous avons signalés. Aussi est-il bon de voir le rôle que joue ce personnage dans la série des pratiques étranges qui, chez les Hindous, accompagnent la naissance de l'enfant. C'est a])r(\s la cérémonie dans laquelle se donne le nom au nouve;ui-né [A^ânm-hnrana), le dixième ou douzième jour a|)rès sa vemie en ce monde, qu'on fait venir TAstrologue de la famille (7>/o^/.s7m — corrompu en «/yos/// ou Joshi) pour tirer Thoroscope du temps exact de sa naissance et désigner la constellation sous laquelle il est né, avec une [)rophétic de la durée probable de sa vie et des circonstances bonnes ou mauvaises de sa carrière future. C'est ce qu'on appelle l'acte de naissance (t/a/i/;?a/)a//r/); il est toujours écrit en sanscrit, et si les parents sont riches, sur
d'après Chiiion qu'ils n'ont pas l'usage de la circoncision comme les Mahomêtans, mais qu'ils pratiquent quelque chose de semblable au baptôme, « parce qu'ils lavent l'enfant, dit-il, quelques jours après sa naissance dans de l'eau où ils ont fait bouillir quelques fleurs; et durant qu'on le lave, leur préti-c, qui est présent, a coutume de faire quelques prières. Quand l'enfant meurt sans cette sorte d'ablution, il ne laisse pas, selon eux, d'aller en paradis avec les autres, ne reconnaissant point de péché originel; mais seulement ils disent que les parents rendront compte de cette négligence en cette cérémonie, qui est de prolit pour l'enfant, et augmente son mérite et sa grâce devant Dieu ». (Relations noiiccllvs du Lecani, p. 414. Lyon, 1671.) — Tavernier copie simplement ce passage {Six Voj/agcs en Turquie, en Perse et aux Indes, t. I, p. 4.%. Paris, 1676-77). Corneille Le Bruin ne fait que constater la présence du prêtre qui verse de l'eau bénite et la coutume de donner à l'enfant le nom d'un de ses prédécesseurs. (Voijages par la Moseocic en Perse et aux Indes Orientales, t. II, p. 388. Amsterdam, 1778.)
un rouleau de 60 yards de long, qui prend plus de trois ou quatre mois à prépnrcT et coûte de grosses sommes d'argent'.
A'oici , d'après M . D. F. Karaka, comment les choses se passent chez les Pnrsis*.
Dès qu'une fennne ressent les premières douleurs, on remet une montre entre les mains d'un des membres de la famille qui doit noter l'heure exacte, à une minute près, de la naissance de l'enfant. Si tout va bien, le cinquième jour, il y a réjouissance, et les parents de la jeune accouchée envoient un repas à ceux du mari; la nuit du sixième jour, a lit'u une pratique essentiellement hindoue. On place près du lit de la mère un plateau contenant une feuille de papier, de l'encre et une plume, une noix de coco et de la poudre rouge pour le service de la déesse qui est censée présider à la destinée de l'enfant et supposée devoir apporter la bonne chance ; l'opinion commune dans l'Inde veut que la destinée de chacun soit fixée la sixième nuit à partir de la naissance.
Le lendemain matin, on interroge le papier; on n'y voit naturellement aucune trace d'écriture, mais les parents se consolent en pensant que le sort du nouveau-né est irrévocablement arrêté; aussi, quelques jours après, la belle-mère envoie des habits i)our l'enfant et la mère, des joujoux en argent, un mouchoir de soie, une noix et des feuilles de bétel, des muscades, etc. Le môme jour ou plus tard, suivant les convenances, on convie à la maison un astrologue {Joshi), soit parsi, soit hindou; dès qu'il est arrivé, il s'assied sur un tapis étendu à terre, et s'efforce de prendre l'attitude et le visage d'un sage qui sait lire dans le livre do l'avenir. Les enfants l'entourent et volontiers riraient sous cape, n'étaient les regards sévères des vieilles parentes auxquelles le Joshi inspire une terreur respectueuse. L'astrologue
' Voy. Mon 1ER Williams, ReU(]ions Thon g ht and Life in India^ cil. Mv, p. 372; à l«i page 373, il y a la traduction d'un horoscope.
* Voy. DosABUAi Fuamji Karaka, Hist, oj ihc Parsis, vol. I, ch. iv, pp. 160 et suivv.
commence gravement par demander la date exacte de la naissance à la dame la plus âgée; celle-ci, fort troublée par le bruit qui se fait nutour d'elle, ne manque pas de renvoyer les enfants et se borne à prier une parente de remettre le papier où sont consignés Le jour, les minutes et les secondes. Le Joshi tire de son turban un long bâton de craie et dessine sur une planche en bois placée devant lui un certain nombre de figures, pendant qu'il compte les étoiles sous Tinfluence desquelles l'enfant est né; toute la. partie féminine de l'assemblée est généralement fort émue et se presse pour entendre le sort du nouveau-né. Le Joslii fait alors connaître les divers noms qu'on peut lui donner, et les parents choisissent; mais, depuis quelques années, on ne s'en rapporte plus à ce tiers importun et chacun suit son goût personnel. Après que le Joshi a donné les noms, la dame la plus qualifiée s'avance et lui pose un certain nombre de questions. Bien stylé et fort au courant de ce qui se passe dans les familles, le compère sait parfaitement formuler ses réponses, de manière à ce que le plus souvent ses petites prédictions s'accomplissent; de sorte que si d'ordinaire les femmes se montrent satisfaites, les hommes raillent doucement entre eux cette coutume arriérée que le progrès finira par abolir \
Les noms des Parsis sont de deux sortes, les uns d'origine persane, les autres d'origine hindoue; ils ne se transmettent pas de génération on génération. Ainsi, quand on donne un nom à un (Mifant, Beramji, par exemple, on ajoute celui du père, Jehatijiir, ce (jui fait Beramji JehatKjiv; or, si à son tour celui qui porte ce dernier nom a un fils qui s'ap-
' Iaî papier ost un u^^age tout ;\ fait abandonné; le Joshi n'est plus convié que par nianitTC d'agn'Uient et de passe- temps. Les progrès de l'éducation sont en voie de chasser tous ces usages superstitieux. L'horoscope, d'api^s M. Dadabhai Naorozji (voy. mémoire déjà cité, supra, p. 79), servait au moins à une chose : c'était à enregistrer le jour de la naissance de l'enfant et le nom de ses parents I
pelle Pesta/iji, je suppose, on ajoutera 5eramyV et ainsi de suite. Cependant Thabitude est venue de s'attribuer un atak ou alUxc qui indique la profession qu'on suit et qui passe de génération en génération, jusqu'à ce qu'il se produise un changement dans la carrière*; alors on prend un autre aiak. Parfois aussi le nom d'un ancêtre fameux* se transmet en s'ajoutant au nom du père au lieu de Vatak, mais sans que cctto coutume persiste plus de quatre ou cinq générations.
Voici, d'après M. D. F. Karaka, la liste des noms les plus usités dans la communauté. Ceux qui sont marqués d'un astérisque sont d'origine hindoue; les autres sont persans.
NOMS d'hommes.
Adarji.
Ardeshir.
Bamanji.
Bapuji.
Barjorji.
Bejanji.
Beramji.
*Bliikhaji.
*Bhiinji.
*I)a(labhai ou Dadi *r)ajibliai.
Darasliii.
*Dhanjibhai ou Dhaiijisha.
Diiisha.
Dorabji.
*Dosabhai.
Edalji.
Erachji ou Erachsha
*Fakirji.
Fardunji.
Firozji ou Firozsha
ou Phirozsha.
Franiji ou Franu'oz.
*Ghaiidhibhai.
Godrezji.
Gustadji.
*lliraji.
*Hirji ou llirjibhai.
Homji.
Hormasji.
Jalbhai.
Jamaspji.
Jamshcdji.
Johangir.
*Jijibhai.
*Jivaji.
*Jivanji.
Kaikhosru.
Kaikobad.
Kavasji ou Kavasha Kerbadji.
Kharshedji.
Khodabax.
*Kuvarji.
^ Wadia, constructeur; Patel, maire; Master, maître, etc.
■ Hanaji, Dadisotl^Vikaji, ou bien un simple surnom, Fnti, Readymono.v, etc., etc. Les distinctions conférées par le gouvernement anglais ont donné une stabilité à certains noms de famille, tels que Jijibhai et Petit.
NOMS d'hommes (Suite).
*Lavji. Nadarsha.
*Limjiou Limjibhai. *Nanabhai.
Naorozji.
^., ... ., , Nasarvanji. *Manakji ouManak-
sba- Palanji.
Mancherji ou Man- PesUinji ou Pesho-
chersha.
Marzban.
Merjibhai.
Mervanji. Rastamji.
* Motabhai. Ratanji ou Ratansha
tanji.
*Pochaji.
Santokji.
Savaksha.
Shapurji.
Sheriadji.
Sorabji.
Suklaji.
Tehmuras.
Temulji.
Ukarji.