NOMS DE FEMMES
Aimai.
Gulbai.
*Nahlibai.
Alibai.
Navazbai.
Avabai.
*Hirabai.
Pirozbai.
Bachubai.
Banubai.
*Blnkhaiji.
*Jaiji.
Jarbai.
Kharshedbai.
* Ralanbai ou Ratubai *Rupabai.
*Kuvarbai.
*Sakarbai.
♦Chaiidaiibai.
Sliirin.
*Manakbai.
*Suklibai.
*Dhanbai.
Mebcrbai.
*Sunabai.
Dinbai.
Milhibai.
*Dosibai.
*Motibai.
*Virbaiii.
Les enfants sont doucomont traités et élevés avec soin. « Lorsque l'enfanta trois ans, (l'a[)rès An(|uetil (Z.'A.,i. II, pp. 551-552), le père doit faire pour lui une offrande à Miihrn, le jour et bî mois (|ui portent le nom de cet Ized. — L'enfant jus(|u7i sept ans n'est engagé à rien\ Ce ((u'il
^ Saddvr Boundehesch (Vieux Racaél), fol. 148 vorso.
peut faire de mal retombe sur ses père et mère, qui, jusqu'<à cinq ans\ ne doivent point lui apprendre ce que c'est que le bien et le mal, mais seulement 'le garantir de toute impureté, et lorsqu'il commet quelque faute, lui dire
simplement de ne la pas faire*. — S'il arrive qu'un enfant âgé de sept ans touche un mort, ou quelque chose d'impur, on lui donne le Ghosel ou le Si schoé ou même le Baraschnoin, s'il est instruit, quoiqu'on règle le Baraschnom ne doive s'administrer qu'à dix ans. — Jusqu'à huit ans, il est défendu de frapper les enfants, à moins qu'ils ne soient d'un naturel hardi et ne craignent pas la punition.
(( II. Lorsque l'enfant a sept ans, dans l'Inde, il ceint le Kosti, de quelque sexe qu'il soit, et reçoit auparavant le Baraschnom, s'il est instruit, ou simplement le Si schoé. Au Kirman on ne met le Kosd qu'à dix ans*.
(( A huit ans, les enfants sont obligés à la récitation des Néaeschs,
« Depuis sept ans jusqu'à dix la moitié des péchés retombe sur les parents, et le reste sur l'enfant; et c'est proprement à dix ans qu'il entre dans le Corps des Parses, selon les Raoaëis. Mais, il paraît par le Vendidad, par le Sarfrfe/% et môme par les Raoaëts que ce n'est réellement qu'à quinze ans (quatorze ans, trois mois, et les neuf mois passés dans le ventre de sa mère), qu'il est ordonné au Parse, sous peine dépêché, de mettre le Kostiot de s'instruire de la loi. Il faut ({u'il choisisse un Destour pour directeur*.
(( L'enfant doit à ses parents une soumissionabsolue*. Celui qui répond trois fois à son pore ou à sa môre et ne leur obéit
* Hérodote nous apprend (liv. I, cxxxvi) que chez les Perses les enfants ne paraissaient pas devant leurs pères avant l'âge de cinq ans. Valère- Maxinie fixe ce terme à sept ans (iiv. II, vi).
' Saddcr Boundelicsch (Vieux Ravael), fol. 148 verso. ' lia va et de Kamdin,
* Saddcr, Port. 50. Sadder Boundehesch^ fol. 148 verso, 157 recto. Id., fol. 149 recto.
^ Vieux liacaëff fol. 139 verso.
pas, est digne de mort. On a vu dans le Livre des lesclits la formule que les Parses^ doivent réciter pour obtenir d'Ormusd que leurs enfants cessent d'être désobéissants. C'est à quoi se bornent leurs prières. Il semble même que Zoroastre n'a pas supposé que les enfants pussent aller plus loin : le parricide ne paraît pas au nombre des crimes dont les livres zends prescrivent la punition*. »
Anquetil nous a enseigné que trois signes distinguent le mazdéen : \eKost(, \eSadéréet\ePénom(Z.-A., t. II, p. 309). Les deux premiers sont encore pieusement portés par les fidèles, hommes ou femmes ; le troisième n'est plus que l'apanage des prêtres. La cérémonie qui les confère est la plus importante de la vie religieuse de l'individu; s'y soumettre est un devoir urgent, s'y soustraire un péché détestable. Zarathustra interrogeant Ahura Mazda pour savoir quel est l'homme qui fait venir la destruction invisible apprend que c'est d'abord celui qui enseigne une religion mauvaise, puis immédiatement après celui qui laisse passer trois printemps consécutifs sans ceindre la ceinture sacrée ( Vendidad, farg. 18. 9). Le quatrième des mâles de la Druj démoniaque, c'est celui-là môme qui^ homme ou femme, étant âgé de plus de quinze ans, va sans porter la ceinture et la chemise sacrées; rien ne peut le racheter ; les Daêvas mettent en lui la mort
* Celte prière donnée par Anquetil (Z.-A., t. II, p. 140) se récite en attachant à la main gauche de l'enfant un Tarid^ formule écrite sur parchemin ou papier, comme préservatif contre les maux du corps et do Tâme ou contre les attaques des mauvais génies.
* D'après Hérodote (liv. I,cxxxvii), les Perses disaient que nul des leurs n'avait jamais tué son père ni sa mère, et qu'en examinant l'origine de ceux qui commettaient de tels crimes, on arrivait à se convaincre que c'étaient des enfants supposés ou illégitimes, un père ne pouvant être tué par son propre Ûls.
jusciue dans la langue et la graisse {Vendidad, farg. 18, 54-59). Ces anathèmes se retrouvent dans les traités liturgiques qui transmettent la bonne tradition.
Comment pouvoir se soustraire à Tinvestiture, quand c'est Aliura Mazda lui-même qui est venu en ce monde le Kosti h la main et par la puissance de la ceinture sacrée a défait le mauvais esprit (Bunda/ush, xxx. 30); que la première personne qui l'a ceint, c'est Jamsiied, fils de Tahamouras (Saddar, x. 3), et (juc la pire suggestion du démon Andar, c'est de se laisser persuader de ne pas porter la ceinture et la chemise sacrées (Bunda/ush, xxviii. 8-10)? Aussi marcher sans kosti ni sadéré (courir délié), est-ce un gros péché [Saddar, Lxxxn. 1-3), et avant quinze ans, hommes et femmes doivent se soumettre à Tinvestiture (Saddar, x. 1), dont les bénéfices, d'ailleurs, sont inestimables. Grâce à elle, lemazdéen participe à toutes les bonnes œuvres de la communauté (Saddar, x. 6), même quand il sommeille (Saddar, lxxxiv. 2), Il est donc nécessaire de revêtir Iq sadéré et de ceindre le kosd, parce que le corps est ainsi protégé et que Tàme en profiteV En nous reportant aux S'iokas, on verra ((u'il est fait mention du kosti et du sadéré^ dont les avantages, dirent les envoyés au Kana, sont égaux au S/iâna, l'ablution dans le Gange. Les Hindous étaient à mémo d'en ap[)récier ploinomcnt les mérites ; on sait, on c(T(ît, ([uc les Brahmanes ont comme les Parsis l'investiture du cordon sacr(î. Ce cordon (//ajnopaoita) consiste en trois fils de coton de couleur blanche, emblème de la pureté, noués à un endroit déterminé i)ar un nœud sacré appelé brahmaf/ranthi; chacun de ces trois fils est formé de trois autres plus fins. Des textes religieux sont récités pendant la confection du cordon qui n'est porté qu'après avoir été béni par les Brahmanes. C'est le signe distinctif de leur caste; par Ui on
' Voy. aussi S/uîr/asf fà-S/Kn/aat, iv. 13. — Sirarigisfan, farg. m, (mI. Darmkstktkr, Zcnd-Arvsta^ vol. ill, p. 136. — Minôkhardy ii. .T). — Arda Virâf Nainah, xxv. 6.
souvenirs de famille*. Le candidat doit se soumettre au nahân ou ablution qui se célèbre soit au Dari Mihr\ soit dans une chambre dont Taire est en pierre ou en terre battue. Fille ou garçon, on Tassied devant le grand prêtre qui lui fait réciter le bàj (prière qu'on dit avant les repas) et boire trois fois du Niratigi-difi ; avant de boire, l'enfant dit à voix basse : « Je bois pour la purilication de mon corps et de mon âme. » Le prêtre récite le Palet ou prière de repentir des péchés commis volontairement ou involontairement et fait mâcher au candidat une feuille de grenadier; puis on le baigne, on le revêt de pantalons, on le coiffe d'une calotte et on l'enveloppe à mi-corps dans une ample pièce d'étoffe blanche. Ainsi préparé, il est conduit à l'appartement où doit avoir lieu la cérémonie du Navjot^ et où se trouvent réunis les prêtres vêtus de blanc, les hommes et les femmes, parents et invités, parés de leurs plus beaux atours*. — Le Dastour et les
* La ciSromonie qui fait le Bch-din s'appelle Nô-j^ûd chez les Parais de rinde, et cliez ceux de Perse Sadrè Kôsti Dàdan^ c*est-&-dire inoestliurc du Sadérè et du Kosti. Les riches font souvent de grandes libéralités à cette occasion. Le mot nô-sûd désigne en Iran, comme nàbar^ la cérémonie qui fait THôrbad. Ce sont les Parsis d'Iran qui, selon M. Darmesteter, sont dans le vrai; car le mot nô-sûd signifie littéralement « nouveau Zaotar», et par suite no saurait convenir à la cérémonie première qui fait, non le prêtre, mais le fidèle» et s'applique à des enfants. D'après le Saddar V, tous les fidèles, môme les femmes, doivent célébrer le Nn-zùd ; et d'après Anquetil, deux femmes qui sont No-sowh's peuvent faire l'ofTice du lîaspi et môme du DJouti. Jjen laïques empêchés d'être initiés font célébrer pour leur bénéfice les cérémonies du Nô-:rùd : c'est alors le Gili Lhirid « achat dans ce monde ». Il y a des nuances fort délicates. Voy. SaddarV et Anquetil Dupbrron, Z.-A., t. II, p. 5r):j-554.
* I^as dans Vhishn Gâh,
' Composé de deux mots persans Nue (nô) nouveau eijol (joti), celui qui accomplit une cérémonie.
* Des étrangers (non-mazdéens) sont depuis quelque temps conviés à c«'tte cérémonie. La planche que nous publions donne une idée de la fête; àganche, (igurontà côté deSir Dinsha M. Petit et de sa femme, feu Lady Sakîirbai, le gouverneur de Bombay, l^rd Reay, Lady Reay et des Européens de distinction présentés à la famille Petit.
souvenirs do famille\ Le candidat doit se soumettre au nahân ou ablution qui se célèbre soit au Dari Mihr^, soit dans une chambre dont l'aire est en j)ierre ou en terre battue. Fille ou garçon, on l'assied devant le grand prêtre qui lui fait réciter le hàj (prière qu'on dit avant les repas) et boire trois fois du Nirang-i-din ; avant de boire, l'enfant dit à voix basse : « Je bois pour la purification de mon corps et de mon âme. » Le prêtre récite le Palet ou prière de repentir des péchés commis volontairement ou involontairement et fait mâcher au candidat une feuille de grenadier ; puis on le baigne, on le revêt de pantalons, on le coiffe d'une calotte et on l'enveloppe à mi-corps dans une ample pièce d'étoffe blanche. Ainsi préparé, il est conduit à l'appartement où doit avoir lieu la cérémonie du Navjot^ et où se trouvent réunis les prêtres vôtus de blanc, les hommes et les femmes, parents et invités, parés de leurs plus beaux atours*. — Le Dastour et les
^ La céi'ômonie qui fait le Beh-din s'appelle Nô-sàd chez les Parsia de rinde, et chez ceux de Perse Sadrè Kôstt Dàdan, c'est-à-dire inoea^ titure (lu Sadérè et du Kosti. Les riches font souvent de grandes libéralités à cette occasion. Le mot nô-zùd désigne en Iran, comme nàhar^ la cérémonie qui fait THôrbad. Ce sont les Parsis d'Iran qui, selon M. Darmesteter, sont dans le vrai; car le mot nù-sûd signifie littéralement « nouveau Zaotar», et par suite no saurait convenir & la cérémonie première qui fait, non leprôtre, mais le fidèle, et s'applique à des enfants. D'après le Saddar V, tous les fidèles, môme les femmes, doivent célébrer le Nô-::ùd ; et d'après Anquetil, deux femmes qui sont No-jofo/cs peuvent faire l'ofTlce du Rttspi et môme du Djoiiiu \j&a laïques empêchés d'être initiés font célébrer pour leur bénéfice, les cérémonies du Nô-:^ùd : c'est alors le Gitî hhirid « achat dans ce monde ». Il y a des nuances fort délicates. Voy. SaddavV et Axquetil Dupbrron, yf.-A., t. II, p. 5r>rJ-r>54.
• Pas dans Vl^ishn Gdh.
' Composé de deux mots persans AVio (nô) nouveau etjot (joti), celui qui accomplit une cérémonie.
* Des étrangers (non-mazdéens) sont depuis quelque temps conviés à c«'tte cérémonie. La planche que nous publions donne une idée de la fête; àgaurhe, (igurontà côté deSir Dinsha M. Petit et de sa femme, feu Lady Sakiirbai, le gouverneur de Bombay, Lord Reay, Lady Reay et des Européens de distinction présentés à la famille Petit.
prêtres prennent place sur un tapis ; un grand silence règne dans rassemblée. Alors Tentant tenant le sudrah de la main droite s'assjed sur un tabouret bas devant le Dastour qui, pendant que le feu brûle dans un vase magnifique\ récite avec les autres prêtres le Patet (VAderbad ou prière de repentir à laquelle s'unit le candidat. La prière terminée, celui-ci se lève ; le Dastour retire l'étoffe blanche qui l'enveloppe, lui fait tenir le sudrah des deux mains qu'il prend dans les siennes, et récite en pazend le kalma-i-din (profession de foi zoroastrienne) ; en prononçant VAhuna-vairyo\ l'enfant passe d'abord sa main droite dans la manche droite du sudrah, puis la gauche dans la manche gauche. C'est ainsi qu'il revêt peu à peu le sudrah, en ayant soin que le girêbân soit placé sur la poitrine; alors le Dastour debout derrière luij la figure tournée vers l'Orient si la cérémonie se fait le matin, ou vers l'Ouest si elle se fait dans l'après-midi, récite le nirang-i-kusti* en passant le kusti trois fois autour de la taille de l'initié, avec deux nœuds devant et deux nœuds derrière*. Après quoi, l'enfant reprend sa place sur le tabouret; le Dastour récite VHoshbam en l'honneur de la vérité, de l'honnêteté et de la pureté^ applique sur le front du nouvel adepte un peu de poudre rouge kunku, lui passe une guirlande de fleurs autour du cou, puis met dans sa main du pan, c'est-à-dire des noix de bétel, des noix sèches, des noix de coco et de l'argent qu'on partage ensuite entre les familles des prêtres. Ceci fait, le Dastour prononce le Tandarosti en jetant sur la tête de l'enfant de petits morceaux de kopra (mélange de noix de coco, de riz, d'amandes et de graines de grenadier); il reprend son siège, et
^ C'est le feu ordinaire et non le feu sacré.
' La prière la plus auguste de TAvesta qu'Ormuzd prononça avant la création matérielle; pour son commentaire, voy. Yaçna^ hâ xx.
* Voy. ci-après, p. 137.
* Voy. pi. 6, d'aprèsunephotographie que nous a gracieusement communiquée M. Eos, de Bombay.
tous les prêtres se joignent à lui pour bénir le jeune mazdéen. La cérémonie dure une heure à peu près et se termine par une distribution à'attar et de pan faite par le chef de famille et la remise d'une somme d'argent aux Dastours. — L'enfant est revêtu sur l'heure de beaux habits neufs; il reçoit des présents et prend part au festin qu'on donne dans sa famille.
Anquetil Duperron nous fournit les explications suivantes au sujet du sudrali, telles qu'il les tenait de Darab.
(( I. Le Saderé est nommé en zend Setéhr péescheng hé, c'est-à-dire, tapis (étoffe) utile, et en pehlvi Chev Kosti, c'est-à-dire, {(/ui se met) sous le Kosti\ C'est une espèce de chemise blanche à manches courtes, ouverte par le haut, et qui, pour l'ordinaire, ne passe pas les hanches. Au bas de l'ouverture, qui descend sur l'estomac, est une petite poche, qui, selon les Parses, est la marque deZoroastre, et distingue ce vêtement de ceux des autres Nations qui pourraient y ressembler. L'usage est de faire des Saderés de toile do coton ou d'étoiïc de poil : on peut encore employer la toile de lin ou les étoffes de soie non teinte. Dans le Kirraan, il y a des Parses qui en portent d'aussi longs que nos chemises.
(( Les Destours rapporten ta Zoroastre l'invention du Saderé, ce que j'entends de l'obligation Religieuse de le porter. Car il paraît par les livres zcnds, que Hom l'avait reçu d'Ormusd avec le Kosti. Peut-être même la petite poche qui descend sur l'estomac, n'a-t-elle été ordonnée, que pour distinguer le Saderé de Zoroastre de celui qui était en usage avant ce législateur. )) (Z.-A., t. II, p. 529.)
Le mot Sudrah cn\p]oyé couramment (guzerati : Sadaro) se compose de deux noms persans, Sud profit, et Rah che-
^ IIknry Lord, Hist. (h la rclifj. des Pers.^ p. 200, Voif. les figures (le Pri'srpoh's dans Chardin, Vof/ag., t. IIÏ, in-4*, PL 58^ 59» — Raoavt du Recueil Pehlci.
min; de là Sudrah signifie h proprement parler le vêtement qui mène au chemin juste et profitable*. On le fait en fine mousseline; il se compose de neuf parties : le devant, le dos, le girébân ou Kissa-i-Kerfa (la poche des bonnes actions), les deux manches, les deux tiris ou petites pièces triangulaires du côté droit de la partie inférieure et les deux tiris semblables du côté gauche. Chaque partie du sudrah donne un enseignement moral : ainsi le girébân signifie la foi et la confiance, et montre qu'on a adopté la religion zoroastrienne après en avoir compris les mérites et Texcellence. Toutes les fois qu'un Mazdéen met son sudrah, il doit regarder le girébân et se demander s'il est rempli d'actions vertueuses ou de péchés '.
Reprenons les renseignements d'Anquetil Duperron pour le Kusti.
(( II. — Le Kosti, nommé en zend Eeoiâonghené, c'est-àdire /ien, est la ceinture des Parses. Ils le mettent sur le Saderé, qui touche la peau immédiatement, et ne doivent le quitter ni jour ni nuit*.
(( Le Kosti est double et d'un seul tissu*. On le fait pour l'ordinaire de laine ou de poil de chameau. Ce sont les femmes des Mobeds qui sont chargées de ce travail : et lorsque le Mobed en coupe les extrémités, il récite une
* Le mot zend est inconnu; le pehlvi donne shapik et iashkùk,
' D'après le Dastour Jamaspji Minocbeherji Jamaspasana. Voy. op, cit., pp. 10-15.
' « On distingue les Parais par un cordon de laine, ou de poil de chameau , dont ils se font une ceinture, qui fait deux fois le tour du corps et qui se noue en deux nœuds sur le dos ; c'est la seule marque de leur religion, et elle est tellement inséparable de leur profession, que si par malheur elle se perd, celui qui est assez malheureux pour l'avoir égarée ne peut ni manger, ni boire, ni parler, ni même bouger de la place où il se trouve qu'on ne lui en ait apporté une autre de chez le prêtre qui les vend. Les femmes en portent aussi bien que les hommes depuis Tâge de douze ans, auquel on les croit capables de comprendre les mystères de la religion. » Mandelslo, Voi/agcs, etc., p. 183.
* Racaet du Recueil PehlcL
prière qui fait partie des Xérengs Parsis* ; nprès quoi les femmes achèvent leur ouvrage.
« Le Kosd doit être composé de soixante-douze fils, et faire au moins le tour du corps. La largeur de cette ceinture dépend de la grosseur des fils. On voit dans le Kirman des Kostis brodés, et qui ont plusieurs doigts de large. Celui dont se servent les Parses de Tlndeest fort étroit; il n'a que deux lignes de large, sur neuf pieds, huit pouces de long. Les Parses prétendent que c'est Djemschid, qui, instruit par Ilo/n, a inventé le Kosti. Avant Zoroastre, quelques Parses le portaient en écharpe, d'autres le mettaient autour de leur tête: maintenant il leur sert de première ceinture. On voit sur les monuments do Persépolis* des figures qui portent le Kosti. )) (Z.'A,, t. II, pp. 529-530.)
Le Kusii (zend aiici/âonha, Evanghin) est une ceinture creuse et cylindrique faite de soixante-douze fils de laine blanche tressés dont on entoure trois fois la taille. Ces trois tours représentent les bonnes pensées, les bonnes paroles, les l)onncs actions. Les soixante-douze fils répondent aux soixante-douze hùs du Yaçna; ils sont tressés en six gros fils de douze chacun. Ces six fils représentent les six Gâhânbùrs et séparent dans l'homme la région supérieure, qui appartient à Ormuzd, de la région inférieure vouée à Âhriman (Saddarj x. 5).
Voici comment on procède de nos jours à sa fabrication. La laine est soigneusement filée; le fil, tordu et doublé, est passé soixante-douze fois autour d'une sorte do métier après (juo les bouts en ont été noués ensemble*. Les fils sont ensuite
* Anquetil la cite à la pago 116 du t. II; elle est intitulée: XI^VI, Néreng (que Von récite arant que) de couper un habit (dans une piècû (rélq(fe)f ou le Kosd. On dit d'abord le VadJ Sèrosch, Si le iailleitrest Parse, celui pour qui est l'habit, doit lui donner un morceau d'èioffe,
* Voyage de Chardin, t. III, pi. 58, 59.
' Voyez la planche 7 coninuiniquée par M. Eos; elle représente une jeune Parsic de la caste sacerdotale en train de tisser un Kusti. On a de la Forte une idée fort exacte du métier tout primitif dont elle se sert.
divisés en six parties de douze chacune et tissés ensemble au moyen d'un autre fil qui relie chaque division de douze. Les fils sont réunis au moyen d'une sorte de palette appelée Kateli. La longueur d'un Kusii varie de six à douze pieds ; quand il ne reste plus qu'un pied et demi à tisser, on l'enlève du métier et on le donne à un mobed qui, après avoir récité les paroles rituelles, coupe les fils non tissés du milieu. On retourne le Kustl au moyen d'une grande aiguille; puis on tricote ensemble les fils non tissés et l'on forme trois petits glands à chaque bout; enfin, le cordon terminé, on le lave pour qu'il devienne d'un beau blanc. La meilleure laine est celle qui vient de Kattiawar ; le plus grand nombre des Kustis se fait à Nauçari, et on les expédie dans les localités où se trouve une communauté parsie\
Nous ne pouvons omettre de consigner ici la prière du Kusii (Nirang-i-Kusti) qui fait partie du Khorda Avesta et se récite en pazend*. Nous avons vu {supra, p. 8) la grande place qu'elle tient dans le rite mazdéen.
« 0, Ilôrme^di hoadâé, Hôrmezd le Seigneur! Qu'Aharman soit réduit à l'impuissance, écarté au loin, frappé et brisé!
(( Frappés et brisés soient Aharman et les Devs, les Druj, les sorciers, les damnes, les aveugles et les sourds, les tyrans et les malfaiteurs, les Ashtnog, les damnés, les ennemis, les Péris.
(Aux mots « Aharman, etc. », le Parsi, tenant de la main gauche le bout du kusti, le secoue vers ta droite, une fois, deux fois, trois fois, pour symboliser l'expulsion des démons.)
« Que les mauvais rois perdent la royauté !
(Ici le Parsi secoue doucement le Kusti de la main gauche vers la droite, ayant la main droite sur la poitrine.)
* Voy. Dastour Janiaspji Minochehcrji Jamaspasana, op, cit, pp. 16-17.
* Anquetil Duperron, Z.-i4., t. II, pp. 3-4; Darmesteter, Zcnd- Avcsta, vol. II. Khorda Acesia^ pp. 685-686.
« Qui les ennemis soient confondusl Que les ennemis soient réduits à l'impuissance!
« Horme^di licadâê. Hôrmezd le Seigneur ! « E;h hnmà gimâh. De tous mes péchés je fais pénitence et repentir ; de foutes los mauvaises pensées, les mauvaises pnroles, les mauvaises iictions (le Parsi dioi'se le KusHen trois parties) que dans le monde j'ai pensées, dites ou faites ; où je suis tombé, où je me suis enraciné ; de tous ces pécliés de pensées, de paroles et d'actions, retombant sui- le corps ou retombant sur l'iimc, d'ordre spirituel ou d'ordre matériel, je fais retour, contrition et repentance; en trois paroles, je me repens.
(Ici, le fidèle baisse la tête, en siffiie de contrition, et élève leKusti dont il iie touche le front.)
« I.Khshnaothra. Réjouir Ahura Mazda! Écraser Angra Mainyu !
C'est le désir le plus ardent des fidèles loyaux. (Le fidèle reporte le Kttsti au front , puis h met autour du corps en disant V Ashem Vohû.) Je fais louange de la sainteté: Ashem Vohû... Yaihà ahû oairiyô (2 fois).
Farse îiclievaiiil;» l'n.radu AsUEM VoHÛ.
Kusii, d'april-s A. Dupcrroii. , „ ,. , „. i j- 2 i
(tn disant (Ahuna, il tient tes
dou.r bouffi decant lui. Au mol khyaothnanàm « aux œurres », il fait un nœud par devant en passant le bout droit du Kusti de dehors eit dedans. Au second Ahuna, au même mot, il fait un deuxième nœud par devant; il repasse les deux bouts par derrière et Jait deux nœuds par derrière, en disant l'Ashem Vohû. En faisant ces quatre nœuds, il se dit en lui-même: que Dieu est un; que la loi de Zoroastre est la craie; que Zoroastre est le vrai prophète et qu'il est lui-même résolu àfaire le bien.)
(( Viens à mon secours, ô Mazda! {3 fois). Je suis adorateur de Mazda.
{Il prononce ces mots, les deux mains posées par devant sur le Kusti.) Voy. fig. p. 138.
« Fravarânè. Je me déclare adorateur de Mazda, disciple de Zarathusthra, en louange et déclaration.
« AsTUYÈ. Je loue la bonne pensée, je loue la bonne parole, je loue la bonne action ; je loue la bonne religion de Mazda, qui repousse les querelles et fait déposer les armes; je suis la Hvaétvadatha, qui est sainte, qui est la plus grnnde, la meilleure, la plus belle des créatures présentes (passées) et futures; qui est suivante d'Ahura, suivante de Zarathusthra.
(( A Ahura Mazda, je fais goûter toutes les choses bonnes. Voilà la louange de la religion de Mazda. Ashem Vohû. »
Nous ne nous arrêterons pas à faire ressortir la haute portée morale de cette prière qui rappelle au fidèle, chaque fois qu'il la répète, sa grande mission ici-bas et sa coopération à la destruction du mal, au triomphe d'Ormuzd. Nous y reviendrons plus loin, avec les développements qu'elle comporte.
Nous avons vu comment le Parsi devient Mazdéen; mais l'étranger peut-il, lui aussi, entrer dans la communauté? — Cette grande question de savoir si la religion parsie autorise le prosélytisme n'est ])as encore résolue. On dit bien que les exilés perses prirent d'abord des femmes hindoues qui se conformèrent naturellement aux coutumes de leurs maris. Les registres du vieux Panchayet nous ofTrent Texemple d'un Parsi (1818) demandant ix élever dans la religion mazdéenne sa fille née d'une concubine hindoue; cette requête fit grand bruit à l'époque. Le Panchayet y accéda» toutefois il fut arrêté en principe que nul autre, sauf celui qui était né de père et de mère parsis, ne serait investi des insignes sacrés. — On a tenté d'élargir les portes de la religion mazdéenne ; mais les nouveaux adeptes sont mal
VUS et les Trustées du grand Temple du Feu, à Bombay, leur en ont refusé TentréeV
Il faut bien Tavouer d'ailleurs : Tapostolat répugne aux Parsis. Leur seul souci, c'est de se conserver intacts et d'empêcher qu'on entame leur petite communauté. Ils n'ont jamais cherché à faire de prosélytes; au dernier siècle, Stavorinus en fait l'observation très judicieuse. — Si la religion, au point de vue scientifique, n'est pas un élément suffisant pour le classement des races, dans le cas présent il semble que race et religion se tiennent d'une manière si étroite qu'on ne saurait répudier l'une sans déchoir de lautre; aussi le souvenir pénible qu'ont laissé certaines conversions au protestantisme, celles qui sont dues spécialement à l'influence du D' Wilson, lors de son arrivée dans l'Inde, est encore très vivace. Quelques mots à ce sujet sont absolument nécessaires. Deux jeunes Parsis nommés Dhanjibhai Nauroji et Hormazdji Pestanji, qui suivaient la General Assembly Institution fondée par le D"" Wilson en 1835, abjurèrent^ furent baptisés par ses soins (1839), et devinrent
* Au nombre des actions les plus odieuses consignées dans TAvesta, la première de toutes, c'est ceUe de Thomme qui fait passer un fidèle à une autre foi, à une autre loi, à une doctrine inférieure et le fait dévier en pleine connaissance, en pleine intelligence. (Vendidad^ farg. 15.) Voilà pour la préservation de la croyance; quant à son expansion, le texte antique ne dévoile pas un désintéressement aussi complet que celui des Parsis modernes. Loin de repousser les gens de bonne volonté pour assurer le triomphe d'Ahura et le rendre maître universel, TAvesta convie chacun à y travailler, et on lit enregistrée dans les Gâthas (hâs 28-31) une aspiration pieuse vers la victoire définitive du Bien, un appel pressant pour travailler à la conquête des hommes. N'oublions pas toutefois que cette royauté toute spirituelle chantée dans les hymnes gâthiques, les rois sassanides cherchèrent à l'établir temporellement et appliquèrent avec une rigueur extrême les lois contre les infidèles; mais ce sont là des questions très délicates que nous ne pouvions laisser passer sans les signaler, bien qu'il soit impossible de les discuter dans une simple note. D'après Anquetil-Duperron , la communauté au XVlll* siècle n'était pas si fermée qu'il n'y eût une cérémonie spéciale pour l'infidèle qui voulait devenir Beh-din.Voy. Z.-A., t. Il, p. 554.
eux-mêmes ministres de la religion protestante ^ La communauté parsie ressentit vivement cet abandon d'une foi pour laquelle les ancêtres avaient tant souffert. Les parents et les amis des convertis firent entendre des réclamations très vives et évoquèrent enfin l'affaire devant la Cour suprême de Bombay (mai 1839). La foule se porta en masse contre le D"" Wilson, et le verdict rendu peu après en sa faveur, loin d'apaiser les ressentiments, conduisit vers la fin de 1839 h la publication de V Anti-Conversion Mémorial, signé de 2,115 noms et réclamant des lois préservatrices contre Tinfluence des missionnaires*. Le Gouvernement répondit en accordant à ces derniers, ainsi qu'aux natifs, une protection égale ; il faisait ressortir que le remède était entre les mains mêmes des parents, qui pouvaient empêcher ces tentatives de conversion en n'envoyant pas leurs enfants dans les écoles protestantes.
La presse s'étant occupée de cette affaire regrettable, les attaques de part et d'autre avaient été d'une violence extrême. C'était le moment où la venue des missionnaires à Bombay donnait lieu à une série d'écrits polémiques et apologétiques inaugurés par l'opuscule du D' Wilson, A lecture on the Vendidad sade of the Parsis, qui parut à Bombay en 1837 et émut profondément les Parsis ; cet
* Voy. Tftc f^itrsl religion as conlnined in the Zand-Acasia, etc., etc. American Mission Press, Bombay, 1843. On y lira avec intérêt le récit do la convei-sion de Dhanjibhai Nauroji fait par lui-même, pp. 85 et suivantes.
' Certains journaux anglais ayant annoncé un soulèvement, les chefs du parti parsi s'empressèrent de faire savoir au Gouvernement que jamais pareille idée n'était venue à l'esprit des Mazdéens de Bombay, quelque peines qu'ils eussent pu être de la conversion des jeunes gens, quelque froissés qu'ils se trouvassent des suggestions des feuilles publiques qui ne les accusaient rien moins que de l'enlèvement projeté des nouveaux convertis pour les envoyer à Nauçari et les y mettre à mort (Bombai/ Courier, 11**> may 1839). — Le secrétaire du Gouvernement répondit de manière à calmer cette irritation et à la satisfaction générale (Bombay Courier, 14"^21«»» may 1839).
opuscule contenait de très vives attaques contre leurs livres sacrés'. Los journaux le Chabuk et le Durbin furent bientôt remplis d'articles de controverse', et Ton fonda sous le titre de Rahnamd-i-Zartusht un écrit périodique destiné uniquement à la défense du zoroastrisme.
Plusieurs ouvrages parurent également pour en soutenir les doctrines. Le premier, écrit en guzerati par Dosabhai Sohrabji (1840), est intitulé : Talim-i-Zurtoosht ; or the doctrine qf Zoroaster.for the instruction ofParsi youths, with an answer to D^ Wi/sons lecture on (the) Vandidad, — Ce livre, remarquable par Télévation des sentiments et le vif désir de concilier les exigences de la foi et celles de la raison, ne sembla pas toutefois l'expression de la majorité et mécontenta la partie orthodoxe de la communauté ; si bien que Jamshedji Jijibhai (plus tard baronnet) s'adressa à Edal Daru*, chef de la secte des Rasmis, pour la réfutation des attaques des chrétiens. Le vieux prêtre, qui vivait loin du monde en grande odeur de sainteté, consentit à sortir de sa retraite (1840) et composa en guzerati un ouvrage sous le titre de MauJa^a't-i-Zartoshti, c'est-à-dire les miracles indubitables de Zoroastre accompagnés d'une exposition de la foi zoroastrienne, ouvrage dans lequel il se fondait sur le Zartusht Naniah qu'il suppose avoir été écrit sous le titre de Wajar-Kard par Mediomah, frère d'Arjasp et disciple de Zoroastre lui-même. Enfin, en 1841, Aspandiarji Framji publiait en guzerati et en anglais le Guide de ceux qui se sont égarés^ Hadie-Guni-Raha'n, écrit à la requête de Seth Jijibhai Dadabhai, un des patrons les plus distingués de la religion mazdéenne. — La Parsi religion du D' Wilson fut la réponse à tous ces traités, œuvres de bonne foi et de
^ C'était le résumé des conférences publiques du D' Wilson.
* Les attaque dirigées contre le D. Wilson dans le Durbin ont été réunies dans un volume sous le titre de Nirang ha par Kalam Kas, 1841. (in-i2, 347 pages).
^ Edalji Darabji Sanjana. Voy. supra, p. 66.
sincérité parfaite, dans lesquelles les auteurs ne cherchaient à rien déguiser et professaient simplement leurs croyances. La connaissance très réelle des textes religieux.acquisepar le D*" Wilson rendait la partie d'autant plus sérieuse que le docteur possédait à fond les idiomes locaux et qu'il avait en réserve mille moyens d'embarrasser ses adversaires; sa subtilité de savant doublée de son expérience de missionnaire lui procurait des ressources que les Dastours, sortis pour la première fois de leur long silence, ignoraient totalement. Nous recommandons de lire, si un de nos lecteurs est tenté de le faire, tout ce qui a trait au monothéisme; on y verra la réelle habileté du docteur qui voulait prouvei' aux mazdéens que, bien qu'ils s'avouassent monothéistes, ils ne pouvaient ni ne devaient l'être, en s'en tenant à la contexture de certains textes. Il terminait son acerbe critique par un appel pressant aux Parsis éclairés qui commençaient à se préoccuper des questions religieuses, jusqu'alors abandonnées à la caste sacerdotale, et se flattait de les attirer au Christianisme par la logique de ses raisonnements.
Le trouble fut grand dans les consciences et dans les familles. La communauté se défendait de tout son pouvoir ; inquiète, clic craignait un retour aux persécutions, dont elle était exempte depuis l'arrivée dans l'Inde; mais peu à peu tous ces mauvais souvenirs s'effacèrent. A la mort du 1)'* Wilson, les Parsis joignirent leurs regrets à ceux des Européens. \\)ici un exemple de leur esprit libéral et éclairé : beaucoup de leurs enfants sont élevés dans des établissements religieux où les professeurs ne cherchent on rien à influer sur leurs déterminations ni à peser sur leur conscience. Nous avons à ce sujet l'opinion même d'un Parsi : « Un demi-siècle d'éducation européenne a amené une meilleure manière d'envisager les efforts des missionnaires et a apporté un changement considérable dans les appréciations des Parsis. Ils regardent certaines menées avec une indifférence parfaite et plus d'un ne craint pas de dire que mieux
vaut la fréquentation d'un honnête chrétien que celle d'un mauvais Parsi. Ils savent parfaitement que le Gouvernement n'a pas la plus légère idée de se mêler de leurs affaires religieuses et que si un Parsi abandonne sa religion, c'est de son plein gré. Ils s'abstiennent de blâmer le missionnaire qu'ils veulent croire poussé uniquement par sa conscience et son zèle pour le service de son divin maître*. »
Quant à nous, juges impartiaux de la question, nous nous permettrons de dire aux convertis, peu nombreux, il est vrai, qu'ayant abandonné la communauté parsie, il ne leur sied pas de se réclamer au loin des avantages d'une nationalité qu'ils ont volontairement perdue, moins encore de porter sur leurs anciens coreligionnaires du culte mazdéen des jugements qui risqueraient de les faire mal connaître. Le silence dans ce cas est préférable, comme après la rupture avec un ami cher : Nihil enim turpius quant cum eo bellum gerere, quicumfamiliariter vixeris!
Le mariage tenu en grand honneur dans la religion zoroastriennc suit de près l'investiture des insignes sacrés; c'est l'événement le plus considérable de la vie du Parsi, un de ses devoirs les plus impérieux*. Le Vendidad donne hautement la préférence à l'homme marié sur le célibataire (farg. 4-47); d'un autie côté, la faute la plus grave que puisse commettre
^ DosABHAi Framji Karaka, Hist. of the Parais^ vol. II, ch. vi, p. 294.
' « Après le kostl et le gucti-kherld^ rien n'est pour le Parse d'une obligation plus étroite que le mariage. Les deux premières cérémonies font le disciple de Zoroastre; le mariage rend le Parue citoyen et le met en état de remplir son devoir de portion du genre humain. » Anquetil DuPERRON, Z.-A., t. II, p. 556. Voyez aussi son Système cérémoniel et moral des linres sends et pehlois, etc., etc. Z.-A., t. II, p. 611.
buer à la grande rénovation future. Or cette rénovation ne pouvant être faite par Tindividu seul, mais par une lignée de fils, petits-fils et arrière-petits-fils, c'était vraiment bien un but tout religieux que poursuivaient les hommes et les femmes quand, par l'union conjugale {nâirithwana), iisprenaient part: 1^ à la propagation de la race; 2°à l'expansion de la foi zoroastrienne ; 3° à la stabilité du royaume de Dieu par la victoire du bien. ( Yasna lxvih. 5; xxx. 9; xxx. IV. 15 ; XLVi. 3 ; lxx. 5 ; Yasht xix. 89, 98; vni. 15; x. 38, 65; XIII. 148-155.) Pour cette raison, l'Iranien honorera la mère de nombreux enfants, de nombreux fils hardis et savants^ {Visp. i. 5, etc.). Des enfants mâles, une troupe d'enfants mâles et la pureté d'àme seront des bénédictions d'égal mérite. [Yt, viii. 15.) On saluera le don d'un fils comme celui d'une souveraineté ou de la béatitude céleste. {Yt. x. 65.) De beaux enfants et une lignée directe de descendants seront accordés aux femmes pieuses par Haoma'. [Yas, ix. 22.) Le Vendidad proclame en conséquence que « l'homme marié est au-dessus de celui qui ne l'est pas ; celui qui a une demeure fixe au-dessus de celui qui n'en a pas; celui qui a des enfants au-dessus de celui qui n'a pas de progéniture /). {Vend. iv. 47.) Voici la bénédiction qu'appela Zoroastre sur le roi Vishtaspa et la reine Hutaosa: (( Puissiez-vous engendrer dix rejetons mâles qui vous ressemblent dans votre constitution corporelle! Puissent trois d'entre eux embrasser la vocation du prêtre, trois celle du guerrier, et trois celle de l'agriculteur! Puis.se l'un d'eux suivre les traces de Jamaspa (c'est-à-dire devenir un sage), alin que vous soyezassistésâjamais parsa suprême sagesse! » {Yasht, frag. xxiv. 3.) Chez les Iraniens, les filles à leur venue en ce monde
^ Les historiens grecs nous ont conservé le souvenir de ce respect. La nièie de nombreux enfants, d'après Strabon, recevait du roi de grandes récompenses. (Strabon, XV. 733.)
* Suivant l'Avesta, les hommes mariés et les femmes mariées qui
chant pas i enfant avant cet âge. [Din. vol. IV, p. 263.) Elle était alors investie des insignes sacrés et entrait dans Vairpatastàn, école où elle recevait une instruction élémentaire dont les livres religieux formaient la base. C'est la mère qui l'initiait à ses devoirs domestiques. L'Avesta contient à ce sujet quelques préceptes moraux, des règles de conduite, des allusions plus ou moins claires à ses occupations; c'est ainsi qu'il parle des soins à donner aux animaux domestitpics {Yas. xxni. 3), de l'art de filer et de tisser la ceinture sacrée et les vêtements {Vend. v. 67; Yt, v. 87), de l'obligation de surveiller les laboureurs dans les champs {Yas. Lxvin. 12) et de traire les vaches. D'un autre côté, elle prenait part aux cérémonies publiques ou privées; mais, avant tout, elle s'efforçait de devenir la joie de l'époux qui lui était réservé. [Vend. lu. 3.) Op lui inculquait les principes moraux et religieux de l'Avesta ; elle devait être libérale, pieuse, bonne pour tous, reconnaissante envers Dieu, douce, obéissante, fidèle à ses promesses et au souvenir des chers défunts, capable en un mot d'acquérir les mêmes vertus qui caractérisaient les hommes de bien. « Nous honorons la femme pieuse, franche d'esprit, de parole et d'action, qui est digne de respect par son excellente éducation {hûshhâm-sclstàni), qui est obéissante à son mari, qui est chaste et aussi d(îvouée i\ ses tuteurs (ses parents) qu'Armaiti et les autres anges femelles (à la divinité).» {Gàh.iw. 9.) ft Elle (la vierge) aura l'esprit absorbé dans la piété, et ses actions l'y conduiiont. » {Yt. xi. 4.) C'est ainsi que la jeune Zoroastricinic, par son éducation, étiiit élevée pour embellir la demeure de son père, et que son esprit était en même temps disposé à recevoir les rudiments delà vie morale, tout comme l'enfant moderne ceux delà grammaire.
Avant son mariage, elle était sous la tutelle du chef de famille, père, grand-père, frère ou fils adoptif du père. Dans ses prières quotidiennes, elle demandait d'obtenir un mari et d'accomplir les préceptes de Zoroastre. « Accorde-
celle qui engendre des enfants, celle qui porte, la mère. Le second est une simple forme féminine du mot nêré, mâle, homme, héros. Le troisième veut dire littéralement « la dame ou maîtresse de la maison », comme le mari est généralement appelé (i le seigneur ou le maître de la maison ». On trouve ainsi une preuve linguistique qui permet de supposer qu'à l'époque de l'Avesta, la position de 1 épouse iranienne était égale à celle de son mari. M. Darab Dastur Peshotan Sanjana fait ressortir avec beaucoup d'habileté cette supériorité de la femme zoroastrienne sur toutes celles de l'antiquité* ; puis après avoir constaté cette jouissance incontestée de ses droits civils et sociaux, il la montre participant aux cérémonies et aux offrandes solennelles. Les maîtresses de maison qui ont dans le cœur de bonnes pensées, de bonnes paroles, de bonnes actions, qui sont obéissantes et soumises à leurs seigneurs, sont également invitées dans le Vispered à la cérémonie de l'offrande avec les hommes pieux et orthodoxes. Le Yasht xni. 154 montre la femme capable d'acquérir les mêmes vertus morales et spirituelles que son époux et de coopérer avec lui aux progrès de l'humanité par la suppression du mal. Chaque fois que l'Avesta fait allusion aux hommes pieux, il n'omet pas de mentionner les femmes pieuses et parle de la participation commune des époux à cette œuvre bénie.
Abrégeons en nous reportant aux noms des vierges et des épouses immortalisées dans le xni® Yasht; nous y trouvons une longue liste qui rappelle l'âge d'or de l'histoire iranienne, alors que les femmes servaient leur pays par la prédication et par les armes. On y glorifie l'esprit (la fravashi) de ces femmes excellentes et courageuses qui luttèrent toute leur vie pour le triomphe du progrès spirituel auquel tout Zoroastrien aspire, et a dont l'âme mérite sacrifice et la fravashi
^ Cf. Geiger, OsO'raftischi' Kultur im AUerthum, trad. en anglais par M. Dahab Dastur Peshotan Sanjana. London, 1885. 1" vol., pp. 60-70.
invocation ! )) Leurs noms seuls sont parvenus jusqu'à nous, sans que le détail de leurs œuvres ait survécu*. Nous n'avons dans les fragments de la littérature pehlvie aucun renseignement à cet égard'.
Revenons maintenant aux usages que nous voyons établis chez les Parsis modernes dans la communauté de Tlnde. Au nombre des promesses faites dès le VIII® siècle au Rana de Sanjan, les SUokas enregistrent celle de se conformer aux coutumes suivies dans le Goudzerat ; à partir de ce moment
' Depuis rémigration dans l'Inde, le nom des Parsies, vierges ou femmes qui se sont illustrées par leurs mérites, a cessé d'être mis à côté de celui des hommes vertueux. M. Darab Dastur Peshotan pense qu'on devrait reprendre cette noble tradition et inscrire ceux de Lady Avabai Jamshedji Jijibbai, de Bai Mithibai Hormasji Wadia et de Lady Sakarbai Dinsha Petit.
' Est-ce dans l'histoire des princesses achéménides transmise par les Grecs que nous irons chercher ces modèles illustres? Étrange anomalie! C'est dans l'épopée persane, le Shah-Nameh*, qu'on trouve la fidèle évocation des types primitifs de la Perse. « Firdousi n'a nul souvenir delà femme musulmane, vendue et achetée, captive. Il n'a peint que la femme perse. Les héroïnes, dans son livre fidèle à la vraie tradition, sont d'une fiert*», d'une grandeur antique. Si elles pèchent, ce n'est pas faiblesse. Elles sont rudement fortes et vaillantes, d'initiative hardie, de fidélité héroïque. L'»ine d'elles, au lieu d'être enlevée, enlève son amant endormi. Elles combattent avec leurs maris, affrontent tous les hasards. . La fille de l'empereur de Roum, persécutée par son père pour avoir épousé le héros Gustasp, est admirable pour lui ; elle partage ses souffrances, sa glorieuse pauvreté. La fille d'Afrasiah, le grand ennemi de la Perse, le roi de Touran, laquelle s'est donné pour mari un jeune héros persan, le défend, le nourrit, le sauve. Quand le cruel Afrasiali, pour prolonger ses douleurs, le scelle vivant sous une pierre, elle va quêtant pour lui. Noble image de dévouement que nulle histoire, nulle poésie n'a surpassé. A la longue, il est délivré. Sa glorieuse épouse le suit en Perse; elle triomphe, est adorée, portée sur le cœur du peuple... » (MiCHELET, La Bible de l'Humanité^ p. 122.)
* Quand Michelet avançait cette audacieuse opinion, se doutail-il qu'un jour uu savant français, Darmesteter, entre l'école vôdisante et recelé traditionnelle, finirait par devenir partisan tellement résolu de cette dernière qu'il ne craindrait pas de déclarer que les seuls commentaires sûrs et authentiques de l'Avesta, ce sont le SUdh Ndmâh, le Boundahisk et \q folklore persan f
disparurent les anticjues traditions de la patrie dont le souvenir allait se perdre et s'effacer graduellement sans laisser de traces; aussi les voyageurs ont-ils tous remarqué que les cérémonies du mariage étaient essentiellement hindoues, celles des Banians par le fait. Avec radoi)tion des mœurs étrangères, vinrent les abus. La plaie de Tlnde, ce sont les mariages précoces, précédés de ces fiançailles bizarres d'un garçon de trois ans et d'une fille de deux ; mieux encore, il y a trente ou quarante ans à peine, on avait l'habitude dans le Goudzerat de négocier le mariage d'enfants à naîtreV
Nous ne pouvons nous étendre ici sur ces désastreuses coutumes hindoues et mettre en lumière les efforts tentés pour les détruire. Les lois religieuses voulant les femmes mariées avant l'âge de neuf ans, la pensée de l'établissement s'impose presque au moment de la naissance. Or, cet établissement est généralement très difficile, très laborieux
* Voyez dans la biographie de Behramji M. Maiabari par M. Dayaram Giduraal, (London, 1892.) les nobles efforts tentes par M. Maiabari, de la communauté parsie, pour abolir la funeste coutume des Infant marriagcs. Citons, à ce propos, Tinitiative prise, en 1888, par les chefs du Radjpoutana à Teffet de fixer l'âge de la célébration du mariage pour les garçons et les filles à dix-huit et à quatorze ans; la môme assemblée se préoccupa également de réduire les dépenses excessives qui rendaient les noces hindoues des causes de ruine dans les familles. Cet exemple fut suivi, et neuf mois plus tard la National social conjef^ence^ À Allahabad, recommandait d'élever graduellement Tâge des conjoints d'après la règle des chefs radjpoutes. ~ Le sentiment en faveur de l'abolition des Infant marriarjes est loin toutefois d'être général. Cf. dans VAsiatic Quartcrlt/ Rccicic, oc t. 1890, un intéressant article intitulé « Child niarriaije and enforced icidoœhood in India, by a brahmin officiai », et « Hisfonj of Child marriage )) par M. R. G. Bhandarkar dans laZeitschrift d. dentsch. morgenL Gesellsch,. XLVti(1893), p. 143, ainsi que la r^'^plique de M. Jolly, ibidem, p. 610. — 11 convient de dire que les adeptes du Hrahmo-Somaj sont absolument opposés aux Infant marriagcs, dont Keshub Chunder Sen a été l'un des premiers à faire ressortir les graves inconvénients. Quant aux Hindous orthodoxes, ils déclinent ces sympathies et vont môme jusqu'à accuser les Européens de ne pas se rendre compte des embarras qu'ils causent en usurpant un rôle de réformateurs d'abus dont ils ne devraient pas se préoccuper.
à cause des différences de castes et des dépenses excessives occasionnées par la sotte vanité des parents; de là une idée de déchéance et de honte quand ceux-ci ne réussissent pas; de là également ces fiançailles ridicules de fillettes avec des vieillards décrépits, unions monstrueuses et criminelles qui amoindrissent physiquement et moralement la race*.
Malgré leurs relations avec les Européens, les Parsis n'avaient pas échappé à la contagion'; vers le milieu de ce siècle (1852), Briggs (op, cit., p. 48) ne pouvait citer que deux seuls exemples dans les familles de Seth Manakji Kharshedji et de Sir Jamshedji Jijibhai, où les parents laissaient leurs filles se marier à rage de la puberté.
Depuis cinquante ans, les registres montrent que la majorité des Parsis se marie de quinze à vingt ans ; cependant on trouve encore quelques exemples de mariages précoces. Ainsi un vieux prêtre parsi fort riche, ayant de nombreux enfants et petits-enfants, voulut régler de son vivant le sort de tous les siens ; la presse parsie entière ne put retenir un cri d'indignation, et de pareils abus auront peine à se reproduire. En Perse, le jeune homme n'est pas marié avant vingt ans et la fille avant (juinze; aussi Fabsurdité de
* NîLKANTA ChatterjI, Kullnisni amoni/st the Brahmins in Bcngal; Calcutta Rericic, july iHOl. — Ward remarque qu'on encourt une si grande disgrâce en ne mariant pas ?es enfants que, dans une circonstance, on vit un certain nombre de flUes hindoues mari(^es à un vieux Brahmane, au moment où ses amis le portaient au Gange pour y mourir. Cf. Vietrs on the Hindoos, vol. III, p. 181.
• «Ils marient leurs enfants étant fort jeunes, mais ils souffrent que le père et la môre les élèvent chez eux jusqu'à ce que l'âge de quinze ou seize ans leur puisse permettre de consommer le mariage.» Mandelslo, éd. Wicquefort, p. 184. — « Dans le Guzarate, où les Parses suivent les usages indiens, on accorde les enfants â deux ou trois ans; ils restent après cela chez leurs parents, etc., etc.» Anquetil DuPEFiRON, Z.-A., t. Il, p. 556. — Au Kirman, les fiançailles bien que précoces n'autorisaient pas le mariage avant une certaine époque. Voy. Sathtor Boun- (ieheschy dans le Vieux Racact^ fol. lôS verso. /6tr/., fol. 253 verso. Ravaèl de Kanidin,
la coutume hindoue avait-elle toujours révolté les gens sensés. Des 1777, le Fancliayet avait promulgué un édit contre les mariiiges précoces, mais ce fut sans succès; si bien que, en 178r>, ayant élé informé des fiançailles du fils de l'horloper Beiamji Nasiirvunji, îigé de deux ans, avec la fille d'Hormusji Beramji Patel, âgée de sept semaines, le Panchayet, après avoir tenté d'inutiles remontrances, réunit la