CHAPITRE V
Funérailles.
Les Parsis suivent encore pour les funérailles les mêmes rites que ceux qu'on trouve prescrits dans TAvesta; en lisant tel chapitre du Vendidad, on peut se convaincre facilement que les usages modernes sont restés d'accord avec les livres sacrés, autant du moins que le permet la marche des siècles. Les précautions prises contre la contagion, les cérémonies célébrées auprès du défunt, Tétrangeté du mode de sépulture ont de tout temps frappé les voyageurs qui ont parcouru la Perse^ et l'Inde*. — Le Frère Jordanus( Jourdain de Séverac)
^ PiETRO Della Valle, Voyagcs, etc., trad. franc., t. II, p. 107. — Thevenot, Suite du ooyage au Levant, p. 216. — Figueroa, L'Ambassade de don Gardas de Silea Figueroa en Perse^ traduct. Wicquefort, p. 178. — Chinon, Relation, etc., p. 465. — Tavernier, Voyage^ etc., 1. 1, p. 438. — Chardin, Voyages en Perse et autres lieux , t. III, p. 131. — Sanson, Voyage ou Relation de Vètat présent du royaume de Perse,eio,, p. 261. — Corneille le Bruin, Voyage^ etc., t. II, p. 389. — Westeroaard, Letter from Prof. W. to the R, D\ Wt/so/i, etc., etc. Journ. As. Soc. of Gr. Brit. and Irl., t. VDI, p. 352,1846. - H. Petermann, Reisen im Orient, vol. II, ch. xii, p. 205. — E. G. Browne, A year amongst the Persians, pp. 88-89; 471-472.
' Voyez entre autres : Friar Jordanus, The Wonders oj the East ; translated from the latin original as published in Paris in 1889^ in the « Recueil de Voyages et de Mémoires », etc., by Col. Henry Yule, p. 21. — Odoric de Pordenone, Voyages, etc., etc., publiés et annotés par M. H. Cordier^ p. 82. -— Terry in Purchas, A Relation of a voyage to the Eastern India, § IV, p. 1479. — H. Lord, Discooery ofthe Banians and Persees, etc.,ch. i, p. 571. — Mandelslo, Voyages^ etc., trad. Wicquefort, p. 184-185. — De La Boullaye le Gouz, Les Voyages, etc., ch. xx, p. 190.— J. Frybr, A New Account ofEast India
raconte qu'il y a en ce pays ( V Inde) une sorte de paiens qui n'enterrent pas leurs morts, mais qui les jettent au milieu de tours non couvertes et les exposent tout nus à la voracité des oiseaux du ciel. — Le Frère Odoric de Pordenone, en parlant des habitants de Thana, sans savoir au juste à quelle secte ils appartiennent, rapporte « qu'en cette contrée est la
guise que on n'enterre point les mors, mais on les laisse enmy la champaigne pour la grant chaleur qui là règne. » — Terry, au XVII® siècle, signale également l'exposition des corps. (( Il en est, dit-il, parmi les Gentils, qui ne brûlent ni n'enterrent leurs mortes; on les appelle Parsis. Ils entourent une certaine étendue de terrain avec de hauts murs de pierre, loin des maisons et des chemins fréquentés; ils y déposent les cadavres enveloppés dans des draps, n'ayant ainsi d'autre tombe que l'estomac des rapaces.))— H. Lord, Mandelslo etles autres voyageurs cités en note relèvent les détails des cérémonies qui, chez les Parsis, accompagnent les funérailles.
Ces cérémonies sont de deux sortes : celles qui disposent des restes du défunt, celles qui ont trait au bien de son âme\
and Persia in eight leiters^ etc., etc., p. 117.— Ovington, Voyages, etc., t. n, eh. VII, pp. 83-87. — E. Ives, A Voyage Jronx England to India in thc year MDCCLIV and an historical narratiee of the opérations oj the squadron and army in India, etc., etc., pp. 32-33. — Anquetil DupERRON, Zend-Acesta, t. II. Usages civils et religieux des Parses, § XI, pp. 581-591. — Stavorinus, Voyage, etc., t. II, ch. n, pp. 11-17. — FoRBES, Oriental Memoirs, t. I, ch. vi, pp. 82-83. — Nibbuhr, Voyage en Arabie, etc., t. II, p. 39.
^ Nous suivrons ici les détails donués par M. Jivanji Jamshedji Modi, B. A. , dans son Mémoire intitulé : The fanerai cérémonies ofihe Parseea^ their origin and explanation^ lu le mercredi 30 septembre 1891 devant la Société d'Anthropologie de Bombay. Voy. Journal of the Anthropological Society of Bombay, vol. II, n" 7, pp. 405-441. — On comparera avec intérêt les explications données par Anquetil Duperrondans son Exposition des usages cicils et religieux des Parses; % XL Cérémonies funèbres^ etc. Z.-A.,t. Il, pp. 581-591. On pourra faire ainsi des rapprochements curieux au point de vue de la persistance des coûtâmes qui, à peu de chose près, sont pour la plupart semblables à celles qu'observa le voyageur français, il y a bientôt cent cinquante ans.
i j répondit: «0 saint Zarathushtra, c'est vraiment VAshem
\ qu'un homme récite à la fin dernière de sa vie, en professant
I I bonnes pensées^ bonnes paroles, bonnes actions. » (Cf. Sad-
- ! da7\ XLV. 9.) — Il est enjoint au xn** fargard du Ven-
: j didad (chapitre consacré aux prescriptions relatives à la durée
du deuil) une plus longue période de deuil aux survivants
d'un Tanu-peretha (pécheur) qu'à ceux d'un Dahma (juste) ;
; or, selon la tradition, le Tanu-peretha est celui qui n'a
\ pas dit au moment de sa mort la prière du Patet ou n'a pas
récité VAshem Vohû, le Dahma celui qui a dit la prière et : récité l'^sAem Vohû.
Un peu avant qu'il expire,onfaitboire au mourant quelques gouttes de Hôm (le haôma préparé pour le sacrifice), en symbole d'immortalité ctde résurrection, ou bien l'on presse sur ses lèvres des grains de grenadeV Après le décès, on le lave entièrement avec de l'eau et on le revêt de vêtements blanchis par un membre de la famille et destinés à être détruits'. Un de ses parents lui met le Kusti en récitant la prière Ahura Mazda Khodâi, et on le dépose sur un drap de coton blanc étendu sur le sol. Deux veilleurs prennent place à ses côtés, et quelqu'un, penché vers cette oreille fermée désormais aux bruits de ce monde, murmure la courte formule de VAshem Vohû. C'est la dernière fois que les parents peuvent voir le défunt. Nul ne doit toucher au cadavre devenu la proie de la Druj Nasu ; ceux qui le couvrent du Kqfan ou linceul, ainsi que les porteurs, sont seuls autorisés à se mettre en contact avec le corps ; tout autre est obligé, s'il le fait par erreur, de se soumettre à des purifications spéciales, Rimani.
Le corps est confié â des personnes qui ont l'habitude de ces funèbres apprêts; elles se lavent complètement, revêtent
* Ces cérémonies ne sont pas observées dans toutes les familles.
* Quand un homme meurt et reçoit Tordre du départ, plus vieux le linceul qu'on lui fait, mieux cela vaut. Il faut quelque chose d'usé et de lavé, rien de neuf pour jeter sur le corps du mort. Cf. Saddar^ ch. xii.
des habits propres, accomplissent la cérémonie du Kusti* et récitent le Srôsh-bâj jusqu'au mot Ashahê; puis faisant paioand*, elles pénètrent dans la chambre mortuaire. Les veilleurs se retirent, et les deux personnes préposées à cette triste besogne recouvrent le corps d'un drap; seule la figure reste découverte, sauf dans quelques parties du Goudzerat où Ton met le Padan^ aux morts. On enlève le corps et on le dépose sur une dalle de pierre placée dans un coin de la chambre*, de façon à ce que la tête ne soit pas tournée vers le Nord*, région maudite d'où est venue fondre sur le cadavre la funeste Druj Nasu ; les mains sont pieusement croisées sur la poitrine. On décrit ensuite avec un clou ou un couteau de fer trois Kasha ou cercles, afin de montrer que le terrain compris dans ces cercles est réservé au cadavre et que nul ne doit en approcher sous peine de contagion*; puis les deux
* Rappelons que la cérémonie du Kusti consiste : (a) à se laver les parties découvertes du corps ; (6) à dénouer le Kusti et à réciter la prière appelée Kem nd Mcuidà (Yasna, hâ 46, s. 7; hâ 44. s. 16. Vendidad, VIII, 21, et hà 49, s. 10); (c) à le remettre en récitant la prière de Ahura Mazda Khodâi, etc., etc. Vide«?//)ra, p. 137.
* On fait paicand en tenant une pièce d'étoffe entre deux personnes pour montrer qu'elles sont unies pour faire une chose. Comme règle générale, l'homme ne doit pas accomplir seul une cérémonie religieuse, surtout dans des circonstances aussi /)ért7/eMscs que celles dont il s'agit. Cf. Vendidad, m. III, 14 : « Que jamais homme ne porte seul un mort, etc., etc. »
^ Voy. supra, p. 70, et Anquetil Duperron, Z.-A., t. II, pp. 529-530. Le Pndan, en zend paitidana, est une pièce de coton blanc que les prêtres se mettent sur la figure quand ils sont en présence du feu sacré, qu'ils disent leurs prières ou qu'ilsaccomplissent quelque devoir du culte, pour empêcher la salive ou leur souffle de contaminer les choses saintes.
* Dans certains villages du Goudzerat, on a conservé la vieille coutume avestique de déposer le corps dans une fosse de quelques pouces de profondeur sur une couche de sable. Cf. Vcndidad, viii. 8.
* On évite le Nord dans toutes les cérémonies des Parsis : l'enfant pour la cérémonie du Navjoi, les époux lors de la bénédiction àeVAshiricad, les prêtres pendant les offices ont toujours le visage tourné du côté opposé au Nord.
* D'après l'Avesta^ Vendidad, V. III a. 10, dans chaque maison
personnes qui ont pris soin du corps quittent la maison en faisant paivand et en achevant la récitation du Srôsh-bâj.
Vient après le Saff-dtd' « regard du chien » pour expulser la Druj Ncisu. On parle dans TAvesta d'un chien à quatre yeux qui figure dans les cérémonies funèbres' ; or on entend par là le chien qui a deux taches, semblables à des yeux, placées juste au-dessus des siens. On approche du mort le museau de l'animal, et c'est alors que la Druj se trouve chassée*. Le Sag-dtd est répété à chaque gâh, c'est-à-dire cinq fois par jour. Dans le cas où il serait impossible de se procurer un chien, le Sag-dîd des rapaces, vautours ou corneilles, est considéré comme suffisant.
]^e Sag-dîd terminé, on apporte dans la chambre du feu qu'on entretient avec du bois de santal et de l'encens, pour purifier par ces parfums les germes de maladie qui se trou-
dans chaque bourg on devait élever trois chambres (katak) destinées à recevoir le cadavre avant d'être transporté à la Tour du Silence, et les quartiers des Guèbres ont encore en Perse une maison affectée à oet usage pour les indigents. Cf. Anquetil Duperron, Z.-A.^ t. II, p. 583 cité infra à la page 186. — On dit qu'il y a de ces chambres mortuaires (nasa-hkanay maison de cadavres) dans les petites localités du Goudzerat où résident les Parsis. Les grandes villes ont dans Tlnde des nasa-khana, mais elles ne sont employées que pour conserver les bières en fer avec lesquelles on emporte les morts et les dalles où l'on dépose les corps; elles servent de demeures aux porteurs.
^ « Elle (la Drtij Nasa) reste sur lui (le cadavre), jusqu'à ce que lechien ait vu le corps ou l'ait dévoré, etc. » Vendidad, vu, 3. Cf. farg., vm Ilb, 14-22 où se trouve la description du sag-did du chemin, qui semble n'être plus pratiqué.
' Le chien tacheté était une espèce particulière quipossédait le don de regarder en face un homme s'il était mort, et de se détourner s'il était encore en vie. C'est ainsi que les anciens Perses s'assuraient si la vie était réellement éteinte.
* « Quand l'âme est censée sortir du corps, on fait le Sag-did (o^eai-èidire, le chien coit), en présentant un chien au moribond : et pour que l'animal dirige sa vue sur lui, on jette du pain de son côté, ou bien on en met près de lui quelques morceaux, etc., etc. » anquetil Duperron, Z.-A., t. II, pp. 581-582.
ventdansl'air' ( Vend,, vin, 79-80). Un prêtre reste près du feu et récite des fragments de l'Avesta jusqu'à ce qu'on enlève le corps pour le porter à la Tour du Silence. Le prêtre et les autres personnes doivent se tenir au moins à la distance de trois pas du défunt, sage précaution en cas de maladie infectieuse : O créateur du monde matériel, à quelle distance du saint homme (doit être la place du cadavre) ? — Ahura Mazda répondit : A trois pas. ( Vend,, vin. 6-7.)
Le corps est porté de jour à la Tour du Silence, jamais de nuit, parce qu'il faut qu'il soit exposé au soleil. « Les Mazdéiesnans exposeront le corps, le regard au soleil. » ( Vend,, V. 13.) Si la mort vient au commencement de la nuit, la cérémonie a lieu le matin ; mais si c'est à une heure avancée de la nuit ou le matin, elle se fait le soir. En cas de mort accidentelle, on attend plus longtemps, et le Vendidad (vu, 5) déclare que la décomposition ne commence qu'après un gâh et qu'on peut conserver sans crainte le cadavre du défunt.
Une heure à peu près avant le temps fixé pour le transport du corps à la Tour, deux Nasâ-sâlârs\ habillés de blanc.
* a ... De toat côté où le vent porte le parfum du feu, de ce côté le feu va tuer par milliers les Daéoas invisibles, les démons, engeance des ténèbres, les couples de Yatus et de Pairikas. » Le mot daêca désigne toute influence mauvaise, physique, mentale ou morale; les f/aius sont des sorciers (naturels ou surnaturels; ; les pairikas, des démons féminins.
' 11 y a deux classes de porteurs : (a) les Nasd-sâlârs qui peuvent seuls pénétrer dans la Tour du Silence ; (h) les Khàndyas qui sont chargés de transporter le cadavre de la maison à la Tour, où il est repris par les Nasâ-sdlars." Les Nasd-sdiârSy qui sont en contact avec les cadavres, ne sont pas de la caste sacerdotale ; ce sont de simples Beh-dlns. Ils sont généralement logés dans des édifices séparés; il ne leur est permis d'aller aux Atash Behrams (principaux Temples du Feu) que lorsqu'ils sont purifiés par le Barashnum qui oblige à une retraite de neuf jours et de neuf nuits. Dans les fêtes publiques (Jasans ou Gdhônbàrs), ils prennent leur repas à l'écart. A peine le défunt est-il mort, qu'on les prévient. Ils étaient jadis payés par les familles, mais les salaires réclamés étant devenus exagérés, les Trustées du Panchayet formèrent un fonds spécial pour leur attribuer des allocations mensuelles (1860). Fea Rastamji Jamshedji Jijibhai, avec sa générosité carac-
186 ANNALES DL^ MUSÉE GUIMffT
les maios emmaillolee? daos un dastànà et se tenant en pfxirnnd . entrent rfan= la maison après avoir accompli la cérémonie 'lu /fw-??!'. Ils apportent la bière de fer appelée fjêhàn ; le Vjïs. à cause de sa nature poreuse, est défendu dan'ï les cérémonies funèbres. Les porteurs doivent être deux, même si le défunt est un petit enfant, Xul ne doit porter le mort .seul. ' Vend., iit. 14.)
Les Xnsô-atHàrs placent la bière près du corps et prennent le V>/',puîs ih récitent à voix étouffée : » Be Dasturiî dâdâr
\/-n't\r\ati. <*e mit à la t^te de la liste et coaTiit 1« déficit des trois premïi^r^ ann^. Sur cf! fonda. 18 homme» «>Dt enjzag^ i raison de 20 & U roupies par moi« ; ils doivent offrir lenrs Hrvicea en n'importe quel endroit Titrs Colaba et Bandora ^faobourg^ de Bombar). — Il y a quel^jnes ann^, nn jeun<; Parsi de la famille Dadïïetb rapporta d'Aogleterre. pour transporter li» morta an Dakbma. nn char en fer richement décor<^. assez semblable à ceus dont on se sert en Europe; mail aanf chez certain»! famillesiV^lairées. le sentiment général reponssa cette innovation, et le char ne fut pas employé.
' ■ Lorw^ne le Safi-ifid est tait, les \esasalars fc'est-à-dire les Chefs dira morts) unis par une corde, et ayant des sacs anx mains, déshabillent le mort, le lavent, et loi mettent nn babit rienx. Car.s'ît y avait un seul poil, nn seul fil neuf dans l'habit dn mort, ce serait le plus grand crime. A N'au<^ri. on lui convre le visage dn Pénom', pour cacher la ponrritam; mais à Surate on ne suit plus cet asage. depuis la décision du I)esl»ur Djamasp.
H Ensuite <\tnx Nesa^alars Cqnatre, si c'est nne femme grone) vont au ZàiZ-niar// (c'est-à-dire. /a mort abonde), qui est le lienoà l'on dépose les morts en attendant qu'on les porte au Dakhmé. Ces Xesasalan ayant commencé près du mort le Vatlj Séroieh, entrent dans le Zdd-marg, j prennent un cercueil (D/enniè) de fer' et l'apportent près dn cadavre'. » AvQi.'RTii, DupERRON, Z.'A., t. II, p. 583,
' C'est, d'iipr/^s Anquetil. ce qu'Oviagton avait pris ponr du papier blano. De T^on temps II691). k Surate, on meltaii le Pènom anx morts,
* Au rapport de Uarab, les cercueils éiaient autrefois de bois ; on les lavait et ils resservaient ensuite k d'autres morts.
" Cf. lli-nri Lo,<i. lib.eU., p. 205.
' Prendre In hàj, c'est réciter le Srôah-hAj jnsqn'au mot Atkahé dans la prière Krmna Maida qui forme une partie du Sràsh-bâf'. Quand les rliivoirs exigés sont rendus au mort, le 6ri; se trouve fini, c'est-i-dire que |f reste du Srànli-hdj est r^ité. Ce bàj est pris par les prêtres & certaines occasions, au moment du bain ou pendant le BorasAnum.
Ahura Ma2da\ etc., etc., » et s'asseyent en silence. S'il sont obligés de parler, ils le font à voix étouffée sans ouvrir les lèvres : cela s'appelle parler en bâj^.
On procède alors au Gâh-Sârnâ, c'est-à-dire à la récitation des Gàthas destinées à chasser la Druj et à donner du courage moral aux survivants*. Deux prêtres*, après avoir accompli la cérémonie du Kusti et récité les prières du gâh spécial au moment de lajournée où Ton se trouve, se rendentà la chambre dans laquelle est déposé lecorps. Arrivésà laporte, se tenanten paivand, ils mettent le padan, prennent le bâf et récitent la Gatha Ahunaoaiti ( Yasna, hàs 28-34) qui traite d'Ahura Mazda, de ses Ameshaspentas , delà vie future et de la résurrection. Quand ils ont récité la moitié do la Gàtha jusqu'au Hâ xxxi, 4, ils s'arrêtent; les A^asâ-sàlârs soulèvent lecorps de la dalle et le placent sur la bière de fer; après quoi les deux prêtres se tournant vers la bière achèvent de réciter la Gâtha. Une fois encore on fait le Sag-did ; les
* (Nous l'accomplissons) suivant les lois d'Ahura Mazda, celles des Amshaspands, du saint Sraosh, d'Aderbad Marespand et celles du Dastour de notre époque.)
' Pour le bdj, voyez supra, p. 83. Le bâj à table est un des signes auxquels les Musulmans reconnaissaient les Guèbres. Voy. Albiruni, Chronologt/, etc., p. 204; Maçoudi, ii. 108. — Les prières en parsi sont toujours dites eo bâf.
* Voy. Vendidad, X. 1-2. « ...Comment lutterai- je contre la Druj qui du mort se précipite sur le vivant, etc., etc. » Ahura Mazda répondit: « Récite à haute voix les paroles des Gâthas qui se répètent par deux fois, etc.^ etc. » Le passage auquel il est fait allusion est le commencement de la Gâtha Ahunaoaiti,
' « Alors deux Mobeds ayant changé d'habit, et se tenant par la manche, regardent le cercueil. Ils ne peuvent voir le mort, parce que les Nesasalars ont mis un voile devant. S'il n'y a dans l'endroit qu'un Mobed, ii faut qa'il prenne pour second un Herbcd, ou un Behdin qui ait fait le Baraschnom^ ou même un chien. Mais un homme qui n'est pas Parse ne doit pas faire cet OflBce ; on peut seulement le charger d'ensevelir le mort; et si l'on est seul à rendre ce devoir au mort, il est ordonné de faire ensuite le Baraschnom. » Anquetil Duperron, Z.-A., t. Il, p. 583. Cf. Mandelslo, Voijafj. des Indes, etc., etc. Petit tiacaëty fol. 81 recto, 83 ; Raoaéi du Recueil Pehloi,
parents et amis s'approchent du défunt et le saluent'. Ces cérémonies achevées, les Nasâ-sâlârs couvrent le visage du mort; ils attachent le corps à la bière qu'ils enlèvent sur leurs épaules et le confient en sortant de la maison aux autres porteurs, Khândyas, dont le nombre varie suivant la pesanteur de la charge . Ceux-ci prennent le bâj et marchent par couples enpàivand*.
Après l'enlèvement du corps, on jette du nirang pour désinfecter la dalle et le court chemin parcouru par les Khândyas, lorsqu'ils portent le corps de la maison jusqu'à la voie publique; tout ce qui a approché du cadavre doit être purifié de la sorte.
Quand la bière quitte le domicile mortuaire, les assistants en signe de respect accompagnent le défunt jusqu'au bout de la rue, le saluent et se rangent des deux côtés de la voie pour laisser passer le cortège. — Le prêtre, ou parfois le chef delà famille lui-même, rend le salut et congédie l'assemblée. Ceux qui veulent aller jusqu'à la Tour du Silence prennent le bâj, et se tenant en paivand suivent à la distance d'au moins trente pas; ils doivent être vêtus de blanc. Les prêtres marchent en tête du convoi*.
* Ce salut est appelé Sejdo,
' (( Les Mobeds regardant donc le cercueil, récitent Ylescht gdhan, qui commence par : Que ma prière plaise à Orniuad, etc.. L'abondance et le Behcscht^ etc. C'est le désir d'Ormusdy etc., cinq fois, etc., le Vac(j Sérosch, jusqu'à, par votre puissance. Ils regardent encore le oeroueil et récitent les 28,29,30.31 hâs de Vlzeschn^, qui sont les quatre premiers Cardés du Gàh Ilonoûet ; et à ces paroles du quatrième Cardé : ièhïà oûeretâ coinînd drodjem, c'est-à-dire, pour que fenlèoe, que fanéan" tisse le DaroudJ, ils se taisent et se tournent vers les Nesasalars qui ont récité le Vadi Sérosch, jusqu'à, par rotrc puissance. Ceux-ci coupent un pain en quatre, en jettent les morceaux l'un après Tautre du côté du mort, en faisant le Saij-did ; puis se regardant mutuellement trois fols, ils mettent le corps dans le cercueil et le portent dehors^ etc., etc. » Anquetil Duperron, Z.-A.^ t. W, pp. 583-584.
* « Après cela les Nesasalars portent le mort au Dakhmè^le cercueil couvert d'un linceul. Dans l'Inde on choisit quelques personnes pour relayer les porteurs, au Kirman, le nombre est fixé à quarante. Ellee
Arrivés à la Tour, les Khândyas posent la bière à terre et les Aasâ'Sâlàrs découvrent la figure du défunt. Les amis, placés à la distance de trois pas, ont la permission d'y jeter un dernier regard, et les prêtres font encore une fois le Sag-dîd\ On ouvre la lourde porte de la Tour dans laquelle les Ahîsâsâ/d/'s pénètrent et déposent le corps sur l'un des pavis*; le mort est dépouillé de tous ses vêtements pour le laisser nu*, selon le Vendidad, VIII. 10 : « Deux fortes personnes le porteront et le mettront nu, sans vêtement, sur cette terre, sur de Targile, des briques, de la pierre et du mortier. )) Les Nasâ-sâlârs enlèvent les vêtements au moyen de crochets en fer ou d'instruments et les jettent dans un puits en dehors de la Tour. Leur besogne terminée, ils sortent et referment la porte *. Alors les assistants, restés à une certaine
vont deux à deux, se tenant par la manche, et portent, quatre à la fois. Les parents et amis unis de môme, et deux à deux, suivent en silence le Convoi jusqu'à quatre-vingt-dix pieds du Dakhniù\ » Anquetil Duper- RON, Z.'A.y t. II, p. 584.
* Henry Lord, lib. citât., p. 206.
^ « Lorsque Ton est proche de ce lieu, les Nesasalars posent le corps sous une voûte qui est à l'entrée, et vont ouvrir la porte, à laquelle ils font le Sag-did. Ils portent après cela le mort dans le Dakhmè ', et l'arrangent dans un Kesche, de manière qu'il ne touche pas les autres corps: puis ils sortent du Dn/chnié., rapportent le cercueil dans l'endroit où ils l'ont pris, et achèvent le VadJ Sérosch^ comme les Mobeds. » Anquetil DuPERRON, Z.-A.f t. II, p. 585.
* Petit Raoaêt, fol. 62, verso. Vieux Raoaèt, fol. 653, verso.
* Le Paci est le compartiment dans lequel on dépose le corps du défunt.
' Le corps doit être exposé nu pourque les oiseaux puissent apercevoir facilement leur proie et que Toeuvre de destruction soit ainsi plus rapide. Les vêtements jetés dans un puits à côté de la Tour sont détruits par l'action de la chaleur, de l'air et de la pluie. A Bombay, on se sert d'acide sulfuriquepour hâter cette destruction.
* « Les Nesasalars et ceux qui les ont aidés, rompent les liens qui les unissent, et déchirent les sacs à main qui leur ont été fournis par les parents: ils en mettent les morceaux dans un trou pour qu'ils y pourrissent. Les Nesasalars posent leurs habits dans un lieu particulier, font le Ghosel, et mettent un autre habit qai leur est donné par les parents.
distance, se lèvent et finissent le bàjy c'est-à-dire achèvent le Srôsh-bâJ qu'ils n'avaient récité en prenant le bâj quei jusqu'au mot As/iahê. Les couples se séparent; les parents se lavent avec du nirang la figure et les mains, font la cérémonie du Kusti, disent le Patet en mentionnant le nom du défunt, et retournent chez eux après avoir pris un bain.
On entretient du feu pendant trois jours à l'endroit où le corps a été placé avant d'être enlevé, et l'on y jette du santal et de l'encens. Pendant dix jours si c'est l'hiver, et pendant trente jours si c'est Tété, personne ne doit approcher de ce lieu. On y allume une lampe près de laquelle on place des vases de fleurs renouvelées soir et matin; au bout de ce temps, la chambre est entièrement lavée. Pendant trois jours, la famille s'abstient de viande et ne se permet qu'une nourriture composée de légumes et de poisson, parhùt (abstinence) ; les amis intimes suivent l'exemple des proches. Jadis il était défendu de faire cuire les aliments dans la maison ; les parents ou les amis les préparaient pour la famille en deuil et les lui envoyaient \
Un document fort intéressant nous est fourni par M. B. B. Patell dans un mémoire lu à la Société d'Anthropologie de Bombay (vol. III, n°3): c'est le relevé en guzerati des dépenses faites à l'occasion du décès de son trisaïeul RastamjiDorabjiPatel, survenu le ISavril 1763. On y voit les cou-
C'est à Tachât de ces habits que sont destinées quelques pièces d'argent, que rhomme et la femme mettent de côté lorsqu'ils se marient.
« Les personnes qui ont suivi le convoi achèvent le Vadj Séroach depuis, par votre puissance^ et font le Padiao Kosti à rintention du mort ; puis ayant le pouce sur la terre, ils disent: C'est le désir d^Ormusd etc., et le Mobed célèbre ïeNcaesch du Soleil dans un Aiesch-gàh particulier, qui doit être au moins à quatre-vingt-dix pieds du Dakhmè. On récite ensuite la prière qui se dit à la vue du Dakhmè^ le Patet Mokhtât {des ùïnQs);et les parents font VAscho-dady en donnant des habits ou de l'argent à un Mobed pur^ à un juste qui est dans l'indigence. » Anquetil Duperron, Z,-A.,^ t. II, p. 585.
^ Cf. Saddar, lxzviii, 1-2 ; Shâyast lâ-Shàyasty xvu, 1-2,
tûmes suivies par la communauté au XVIIP siècle, la grande importance des cérémonies accomplies lors des funérailles, la profusion et les dépenses qu'elles entraînaient. D'après le nombre des feuilles de bananier, on peut supputer celui des personnes conviées le 4« jour après la mort d'un parent, Cheharum, et le jour aaniversaire, Shalros, sorte de bout de Tan religieusement observé. On peut faire aussi des comparaisons intéressantes sur le prix du riz, du froment, des légumes et des fruits. On y voit celui du ghee ou beurre clarifié, des œufs, des feuilles de bananier, du mouton, etc., les gages des domestiques, enfin le salaire des prêtres pour la récitation des offices : par exemple, en 1763, la prière du Vendidad était payée 5 annas; elle est maintenant de 5 roupies ; pour le Yàsna le prêtre recevait un annà et un quart ; de nos jours il réclame utm roupie!
Suivons M. B. B. Patell dans son relevé. — A l'instant même du décès, nous trouvons une coutume ruineuse pour les familles. Lorsqu'un Parsi allait mourir ou était mort, l'usage voulait que tous les prêtres de la ville se rendissent à la maison mortuaire pour prendre part à la cérémonie dite Akhiànà et qu'ils reçussent en échange de leurs prières de l'argent et du froment (ashodad). Pareil abus se présentait aussi quand il s'agissait de régler les gages de ceux d'entre eux qui suivaient à pied le convoi, pàyàmoji ; les prêtres encore venaient en foule, bruyante assistance, souvent difficile à contenter 1 Sur la liste des dépenses nous voyons enregistrés jusqu'aux souliers pour les porteurs auxquels la famille donnait des habits neufs, le pain pour les chiens entretenus aux Tours du Silence, le santal et l'encens pour le feu des Sâgrîs^ enfin les gages des porteurs. pàyàmoji. Entre autres articles, au 3® jour, Oothumna, figurent des pièces de mousseline rayée, dorio, et divers effets, ainsi que les ustensiles pour les cérémonies du Shiâv et du Bâj\ de l'étoffe blanche pour la confection des chemises sacrées; car pour rOo^Awm/ia, de môme que pour
VAkhiànà et le Pàyàmoji, tous les prêtres de la localité accouraient et réclamaient argent et vêtements, y compris la chemise sacrée. — Venaient ensuite les dépenses du 4® jour, Cheharum. Jadis les Parsis, comme les Hindous, avaient l'habitude de donner de grands repas à cette date ; aussi voyons-nous mentionnés d'amples achats de froment, de beurre clarifié, de riz, de fruits, mangues et autres, plus un mouton de 42 livres \ la location de grandes pièces d'étoffe {paiharnâs) qu'on étendait à terre pour les convives, enfin les gages des serviteurs et les feuilles de bananier. On peut encore faire à ce sujet quelques observations curieuses. Ainsi nous comptons 1,500 feuilles; supposons avec M. Patell qu'il s'en trouvât un quart de perdues parle gaspillage, et nous voyons que la famille avait fait des invitations très nombreuses, plus restreintes toutefois que celles du premier anniversaire, ShâlroZy où nous notons 2,300 feuilles I Quant aux serviteurs, pourexpliquer leur petit nombre (17), il faut se souvenir qu'à Bombay, il y a cinquante ans', les proches parents e.t les amis aidaient beaucoup au service. Au 10« jour, Dasmâ, les frais sont moindres ; mais les 400 feuilles de bananier accusent une grande affluence. Au 30* jour, Mâsisâ, le nombre augmente; il est porté à 650; et ainsi se suivent les dépenses du jour anniversaire du 2®, du 3* et du 4« mois. Au 5®, qui était le 11* de Tannée parsie consacré àBehman, l'Amshaspand qui protège les troupeaux, tous les Parsis, il y a un demi-siècle, s'abstenaient de viande ce mois-là'; de sorte que, sur la liste, il y a abondance de
^ C'est le jour où les parents peuvent de nouveau manger de la viande. On égorgeait un mouton dont on offrait la graisse au feu: c'est oe qu'on appeilait le Zôhri âtash ; la viande était mangée par les fidèles. Voy. dans Darmesteter, Zend-Avesta. Vendidad, farg. XVllI. 70, p. 254, les explications qu'il donne à ce sujet. Cf. Shâyasi Id-Shâyaat^ xvii. 5.
' Cette coutume subsiste encore de nos jours dans les petites villes du Goudzerat.
* Khichdi est le nom du plat spécial qu'on prépare pendant ce mois; certains orthodoxes sont restés fidèles à cette coutume.
légumes. Les achats aux T, 8®, 9% 10« et 11® mois sont portés en bloc. Au premier anniversaire] (SAd/ro^), ils sont considérables, à cause du banquet dont le nombre des convives est indiqué, comme nous]ravons vu, par celui des feuilles de bananier, 2,300; ce repas eut lieu sans doute, — s'il faut s'en rapporter à la mention spéciale : « Combustible pour faire la cuisine au jardin », — dans le Fort, au ManakjiSeth's Wâdi (jardin). Cet établissement avait été fondé dès 1735 pour que la communauté pût célébrer commodément ses fêtes publiques et privées \
Quelque écourtées que soient ces citations, elles nous prouvent à quel point les dépenses occasionnées par les décès étaient excessives, ruineuses, et le plus souvent n'avaient d'autres mobiles que la vanité et le désir d'éclipser les amis. Il était donc urgent d'y porter remède; le Panchayet s'en préoccupa, et le 25 décembre 1823, dans une réunion tenue auTempledu Feu de Dadi Nasarvanji Seth, de sages réformes furent enfin décrétées; il en sera parlé longuement au chapitre suivant. Nous avons vu que les prêtres arrivaient en masse, parfois par centaines, dans les maisons où un décès avait eu lieu, et réclamaient leur part de Vashodad (don en argent); souvent pour l'obtenir, ils devenaient importuns, audacieux même. Toutefois la caste sacerdotale avait encore un tel pouvoir que, sans l'autorité du Panchayet, on n'aurait pu déraciner cet abus ; ceux-là seuls qui étaient convoqués par la famille eurent dorénavant le droit de se présenter. Quant cà la coutume qui, le 4®, le 10®, le 30* jour de chaque mois de la première année et ensuite lors de chaque anniversaire, obligeait d'envoyer aux parents et amis des plateaux chargés de sucreries, de fruits, de dîners préparés, jusqu'à des vases en métal*, le Panchayet y mit
* On s'en sert encore pour la célébration des mariages. Voy. supra, p. 161.
* C'était une vieille coutume d'envoyer aux parents et amis les ustensiles qui avaient servi aux cérémonies religieuses.
encore bon ordre et restreignit ces dépenses fastueuses et inutiles V
L'usage voulait également qu'après un décès les dames Parsies comme les Hindoues visitassent les parentes et amies du défunt; pendant de longs mois, ce n'étaient qu'allées et venues, gémissements, jeûnes et macérations, toutes choses défendues par la religion mazdéenne*. Les femmes assises sur un tapis étendu près de l'endroit où le corps avait été déposé recevaient les visites de condoléance. Le Panchayet réprima ces excès; dix jours d'abord, puis trois ensuite furent consacrés aux lamentations; actuellement, dans les hautes classes, les trois jours sont réduits à un seul, celui du décès •.
^ La Rahniunai Ma^daf/as/uian Sahha a également tenté de louables efforts pour arrêter les dépenses ruineuses des funérailles. — 11 s'est formé à Bombay un Fiind, le 17 septembre 1889: The Bombât/ Zoroas^ tvian Mutual DeatliBencfit Funcl. Il est établi pour faire face aux frais des funérailles et est accessible aux habitants de la ville et des faubourgs de Bombay ; y sont admises les personnes des deux sexes au-dessous de cinquante-cinq ans et au-dessus de vingt. — Ce Fund est la première société do ce genre qui ait introduit l'usage de l'examen médical pour ses membres. Il est divisé en deux classes, et le nombre maximum des membres ne peut excéder 2,500. — Par suite de cet arrangement et de son tarif modéré, des personnes avec de petits émoluments mensuels y prennent part. A chaque décès, tous les membres sont appelés à verser leur quote-part d'après leur âge et leur classe, suivant les tableaux dressés par le comité de direction. On fait face aux dépenses parle prélèvement de 10 pour cent sur les versements de chaque membre défunt. — Le droit d'entrée est de Rs. 10 pour la première classe et de Rs. 5 pour la seconde. Le troisième Fuuff vient de se former.
' Cf. Sad(tat\ ch. xcvi.
' Pour le deuiL voyez Venclidait, farg. 12. L'usage actuel n'ordonne pas de deuil en dehors des trois premiers jours. Rappelons une coutume superstitieuse de la Perse qui fait abandonner la maison du père défunt parce que la maison d'un homme doit mourir avec lui; le Als craindrait « le mauvais pas. » Toutefois cette coutume semble assez oppoeée à l'esprit pratique du zoroastrisme. Au fargard 1. 6, le Vendidad blâme les gens de Tancienne Arte de délaisser leurs demeures quand un homme vient à mourir.
Le corps, devenu d'abord la proie de la Druj nasii, puis abandonné à la voracité des rapaces, disparaît rapidement ; mais que va devenir Tàme? Les devoirs rendus à la triste dépouille, les survivants abandonneront-ils l'être cher qu'ils ont perdu dans les régions nouvelles où il va s'engager avant d'atteindre le but suprême ? La piété des parents et des amis n'aura garde de le laisser sans souvenir, sans assistanceV
Suivant les livres sacrés, l'âme, exhalée dans le dernier souffle de vie\ erre encore trois jours sur les confins de ce
^ «Les devoirs auxquels les parents sont obligés à l'égard du mort, ne se bornent pas là\ Les Parses croient qu'après la mort, l'âme sans forces, comme l'enfant qui vient de naître, voltige le premier jour dans le lieu où la personne est morte; le second, dans le Kcsche où l'on l'a placée, ou dans le Zdd-nmrg où le cadavre a été déposé; le troisième, dans le Dakhniè, pour tâcher en quelque sorte de rentrer dans le corps ; et le quatrième, près du pont Tchinecad, où Mithra çt Raschné-râst l'interrogent et pèsent ses actions. » Anquetil Duperron, Z.-A.^ t. II, pp. 585-586.
^ Sadder Doundehrsrh^ dans le Vieu.v Rac. foî. 142 recto. Henry Loud, liO. cU,, p. 206-207.
' D'après le grand Boundahish, Auhrmazd a composé l'homme de cinq éléments: le corps, la vie, l'âme, la forme et le Frôhar\— Le corps est la partie matérielle. La vie est l'élément lié au vent. L'âme est ce qui, dans le corps, avec le secours des sens, entend, voit, parle et connaît. La forme est ce qui est dans la sphère du soleil. Le Frôhar est ce qui est devant le seigneur Auhrmazd. — Ces éléments ont été créés de telle sorte que, quand sous l'action du démon, l'homme meurt, le corps retourne à la terre, la vie au vent, la forme au soleil et l'âme se lie au Frôhar. de sorte qu'ils ne peuvent faire périr l'âme. Vpj'. dans l'Avesta le Fareardin Yasftt (Yasht xiii); l'union y est si étroite entre l'âme et la Fiavashi que par moment elles sont confondues: «Les âmes des morts qui sont les Fravashis des saints. »
^ En zend, FracasUi ; c'est dans la personnalité humaine l'élémeat le plus haut. La conception des Fravashis est un des traits caractéristiques de la doctrioe zoroastrienne.
monde et revoit en cet état le tableau fidèle de ses actions passées : vision heureuse et consolante, si le défunt a été vertueux; au contraire, s'il a été pervers, vision lugubre et troublante qui le laisse plein d'inquiétude et d'effroi sur son sort. Le Hâdhôkht Yasht ( Yasht xxn) décrit les joies et les souiSrances de Tâme vertueuse ou coupable durant les trois jours qui suivent la mort pendant lesquels elle reste encore près du corps qu'elle a quitté, — les parfums délicieux et les odeurs infectes qui viennent à elle du Midi ou du Nord, régions du Paradis et de l'Enfer, — sa rencontre avec une figure féminine adorablemeut belle ou d'une laideur repoussante, qui n'est autre que sa propre Daêna, sa religion, c'est-à-dire l'incarnation de ses œuvres, bonnes ou mauvaises, — son passage au Paradis ou à l'Enfer où elle est accueillie soit par les consolations des anges, soit par les railleries des démons et où elle est nourrie d'ambroisie ou de mets infectés de poison. Cette description est une des plus heureuses créations de la morale zoroastrienne, peu adonnée, en général, à la fantaisieV
(( I. Zarathushtra demanda à Ahura Mazda : « Ahura Mazda, esprit très bienfaisant, créateur du monde des corps, ô saint? quand un juste meurt, où demeure son âme cette nuit ? ))
(( II. Ahura Mazda répondit: « Elle repose près de sa tête, chantant la Gâtha Ushtavaiti et ne parlant que bonheur. (( Le bien à quiconque fait du bien à âme qui vive. Que Ma^da le tout-puissant lui donne (ses dons )/ » Cette nuit-là son âme aspire autant de joie que tout ce qu'en peut contenir le monde dos vivants. »
11 en est de même de la seconde nuit et de la troisième.
Au fargardin. 19, Zarathushtra demande à Ahura Mazda où.quand:un méchant meurt, demeuresonàmecettenuit, puis
' Ce thème a été repris dans le Minàkhard, ii, 123-194; VArdà Vlr&f^ XVII ; le Grand Bounda/iish. le Dddistdn, etc.; on le retrouve dans le Yasht XXIV, 53-65.
la seconde, et la troisième? Et Ahura Mazda répond qu'elle tourbillonne prés de sa tète, chantant la Gàtha Kima (la Gâtlia du désespoir). « Vers quelle terre me tournercU-je, 6 Ahura Mcuda f Oii irai-je porter ma prière? » Et cette nuit-là son âme aspire autant de tristesse que tout ce qu'en contient le monde des vivants.
Pendant ces trois jours, l'âme faible, et débile comme à sa naissance, a besoin de protection*. Srôsh, l'Ized qui veille sur le monde matériel, est chargé de lagarder*. C'est lui qui fora le compte des œuvres du défunt, et en qualité de psychopompe l'assistera lors du pénible passage du pont Chinvat. Toutes les cérémonies religieuses seront accomplies en conséquence pendant les trois jours qui suivent le décès pour la satisfaction, Khashnûman, de Srôsh.
Au commencement de chaque gàh, deux ou plusieurs
* (c C'est pour la soulager et lui procurer la protection des esprits célestes, et en particulier celle de Sérosch, contre les efforts d'Ahriman qui cherche à l'attirer dans l'Enfer, que Ton récite des prières pendant trois jours et trois nuits, supposé toutefois que le Parse est mort pénitent ; car selon les RacaétSy on ne doit pas prier pour celui qui est raort dans son péché \ Le Zendéh-racan^ que Ton a fait pendant la vie supplée à ces prières, lorsqu'il n'y a personne pour les prononcer ». Anquetil Duperron, Z.'A., t. II, p. 586.
' Petit Racart, fol. 49 verso. Vieux Raeaêt, fol. 247 recto. Petit Raoaêt, fol. 1») recto.
' Le ZenHrh-raoan est un Sraosh Daroun célébré pour le bénéfice d'un vivant considère comme en danger de mort. Chaque Parsi doit le faire C(''lébrer au moins une fois dans sa vie, les trois premiers jours de la fête des Fracashii*.
' « O beau et saint Srôsh ! protège-nous dans ces deux mondes matériels et dans le monde spirituel d {Yas., lvii, 25). Srôsh étant le protecteur de l'âme dans ce monde, toutes les prières d'un Zoroastrien commencent par un Srôsh bàj. C'est pour cela que le Parsi récite le Srôsh Yasht {Yas., lvii) avant de se coucher, pour que son &me soit protégée pendant qu'il sommeille. — Conf. Boundahish, xxx, 29; — Sadd'ir, Lxxxvii ; — Shdyast lâ-Shàyast, xvii, 3. — Pour les cérémonies après la mort, voyez J. J. Modi, op. cit,^ pp. 26-36, et West, vol. V, Pdhlaci Texts, le résumé d'après les Rieàydts persans dans le Shdyast Id'Shdyast, cb. xvii, p. 383, en note.
prêtres assistés des parents récitent le Srôsh bâj, les prières du Gâh où l'on est et le Patet, afin d'obtenir le pardon de Dieu pour les manquements du défunt. Le soir, au commencement du gàh Aiicisruihrim\ deux prêtres accomplissent la cérémonie AeVAfringàn^ en l'honneur de Srôsh. . Le Zaoiâ commence TAfringàn par ce qu'on appelle un Dibâchê, prière en pazend dans laquelle on invoque la protection de Srôsh pour 1 ame du défunt dont on mentionne le nom. Le Dibàchê achevé, les deux prêtres récitent les sept kardés du Srôsh Yasht (lvh, 15-19) qui célèbre Srôsh. protecteur de «e monde, destructeur de la Druj et des
démons*.
Outre ces prières et ces cérémonies accomplies pendant trois jours et trois nuits au domicile du défunt, on récite dans les temples voisins le Yasna et parfois le Vendidad en kHashnûman de Srôsh.
* " * Do l'apparition des étoiles à minuit.
' * Les A fritiQ ans ^oni des prières accompagnées de bénédictions qui se récitent en quatre circonstances et sous quatre formes différentes ; l'une d'elles est en l'honneur des morts, c'est VAfringàn Dalunàn, Les quatre Afrîngâns se composent de deux parties :1a première variable pour chacun d'eux, la seconde uniforme qui est proprement VAfrin ou Bénédiction désignée dans l'Inde sous le nom d'Ashirœad. La récitation de YAfrinfjân peut se faire dans sa propre demeure; elle exige la présence de deux prêtres : le Zot assis vers le sud a devant lui un vase d'eau, à droite des fruits, â gauche des fleurs ; le Haspi est en face de lui avec le feu. Les fleurs sont rangées en lignes parallèles; mais nous sommes obligé de nous borner. Nous verrons plus loin la cérémonie dans son entier.
* (( Pendant trois jours, on fait chaque jour VIcacH de Sérosch, le Daronn^ de Sérosch, le Patet Mohhtài et VAfevijan de Sérosch, qui commence par: C'est te rh'sir d'Ormusd^ etc., cinq fois, etc. Mais après le Kosclinofimcn, on ne récite que le septième Cardé dn Sérosch- fescht^ après lequel on dit: C'est le désir d'Ormusd, etc., deux fois, et le reste du Sérosch Vadj\ sans, Sojicz toujours, etc. (ce qui s'observe pendant un an). Au Kirman, le Patet et YAfergaa de Sérosch ne se disent que le troisième jour au gâh Ecesrouthrem. »
^ Office spécial dont il sera parlé plus loin.
Au gâh Uzirtn *^ le troisième jour, on célèbre une cérémonie qu'on appelle Oothumna, Les parents et les amis s'assemblent ; on récite les prières du gâh, le Srôsh Hâdhôkht, le PateietVony ajoute une prière en pazendeakhas/inûman de Srôsh dans laquelle on nomme le défunt.Cette cérémonie est très importante, parce que c'est au moment où elle s'achève qu'on annonce les donations faites par les parents et les amis pour commémorer le souvenir du défunt et les legs qu'il a faits lui-même. Les Parsis ont aussi une autre coutume. A la fin de la cérémonie que nous venons de mentionner, le grand prêtre ou à son défaut un akàbar, le chef de la communauté, propose devant YAnjuman assemblé de rappeler dans toutes les cérémonies publiques le nom du défunt, dont il énumère les bienfaits. Le silence est le mode d'adhésion. C'est ainsi que le nom de Sir Jamshedji Jijibhai. bienfaiteur de la communauté, est rappelé dîfns tous les temples parsis de l'Inde. Cette coutume est fort antique; le Farvardin Yasht contient une longue liste des hommes illustres de l'Iran, décédés avant la rédactiorî d# c^ Yasht. L'i4//V/2-r-/?a/>fïAya;i, écrit plus t^rd en pazend, enre-' gistre également quelques noms de l'époque sassanidç. Aucun honneur ne surpasse celui d'être associé auxciérémonies du culte*.
Si le défunt a quinze ans et n'a pas laissé de postérité, on^
^ De la moitié de raprës-midi à l'apparition des étoiles.
' La formule a varié suivant les époques ; celle qui se trouve dans le Farcarclin Yasht est celle-ci : « Nous invoquons la Frncashi du saint Yimade Vavanghâna; » celle de VAfrin: « Puisse le saint esprit de l'empereur Kae Vaslasp être avec nous ! » Voici la formule usitée de nos jours dans le Dibâchéen pazend de TAfringan: ce Quele BehdinJamshed Behdin Rustam de pieuse âme soit rappelé ici ! » — On se souvient que le mot Behdin est appliqué aux laïques de la communauté zoroastrianne. Si le défunt appartient à la classe sacerdotale, et a été initié, c'est-à-dire s'il a subi les cérémonies du Nâcar, il prend le titre d*Erca(f ; dans le cas où il n'a pas été initié, on l'appelle Osta et la femme de même classe Osti, Quant à un grand prêtre, on le qualifie le Dnstottr. Cf. J. J. Mooi, op, cit., p. 32-33.
lui attribue un fils qui appartient généralement à une famille alliée, et dont proclame le nom publiquement.
Poursuivons maintenant la lecture du Hâdhôkht Yasht : nous allons accompagner Tàme dans ses dernières pérégrinations :
(( 7. A la fin de la troisième nuit, à Taube, Tàme du juste se croit portée parmi les plantes et les parfums, et il lui semble que de la région du Midi, des régions du Midi, souffle un vent parfumé, le plus doucement parfumé de tous les vents.
«8. Et il semble à lame du juste comme s*il aspirait ce vent de ses narines :
(( D'où souffle ce vent, le plus parfumé des vents que j'aie jamais aspiré de mes narines? »
« 9. Et dans cette brise il croit voir s'avancer sa propre Religion, sous la forme d'une belle jeune fille, brillante, aux bras blancs, forte ; haute de taille et droite ; aux seins relevés, au beau corps ; noble et d'un sang illustre, dans la taille de quinze ans et belle de forme à l'égal des plus belles créatures qui soient.
« 10. Et l'âme du juste lui demande et lui dit :
« Qui es-tu, vierge, la plus belle vierge que j'aie jamais vue ? »
(( 11. Et elle, qui est sa Religion à lui-même, lui répond: f (( Jeune homme, aux bonnes pensées, aux bonnes paroles, aux bonnes actions, à la bonne religion, je suis ta propre Religion.
(( Chacun t'aimait pour la grandeur, la bonté, la beauté, le bon parfum, la force victorieuse et triomphante de l'ennemi que je trouve en toi (que tu parais à moi).
« 12. Car tu m'aimais, jeune homme aux bonnes pensées, aux bonnes paroles, aux' bonnes actions, à la bonne religion, pour la grandeur, la bonté, la beauté, le bon parfum, la force victorieuse et triomphante de l'ennemi que tu trouves en moi (que je parais à toi).
(( 13. Quand tu voyais un homme qui faisait dérision, qui se livrait à Tidolàtrie, qui refusait la charité et mettait son blé sous clef, alors tu t'asseyais en chantant les Gâthas, en sacrifiant aux Bonnes Eaux et au Feu d'Ahura Mazda, et en réjouissant le juste, venu de près ou de loin.
((14. Aimée, tu m'as rendue plus aimée; belle, tu m'as rendue plus belle ; désirable, tu m'as rendue plus désirable; j'étais assise au premier rang, tu m'as fait asseoir plus avant encore, par tes bonnes pensées, tes bonnes paroles, tes bonnes actions. Et désormais les hommes m'adoreront, moi, Ahura Mazda, longtemps adoré et consulté (de toi^). »
« 15. Le premier .pas que fait l'âme du juste le porte en bonne pensée.
(( Le second pas que fait l'âme du juste le porte en bonne parole.
(( Le troisième pas que fait l'âme du juste le porte en bonne action.
« Le quatrième pas que fait l'âme du juste le porte dans la lumière infinie*.
(( 16. Alors les justes morts avant lui lui demandent : (( Comment es-tu mort, ô juste? Comment es-tu venu, ô juste, des demeures peuplées de bétail, de ce monde de désirs et d'amour? Comment es-tu venu du monde des corps dans le monde de l'esprit, du monde périssable dans le monde qui ne périt pas? Comment te trouves-tu du long bonheur*? »
(( 17. Ahura Mazda dit :
* Ormuzd reprend alors la parole; ce n'est plus la duOna qui parle.
* Les trois étages du Paradis sont le lieu des bonnes pens<'»es, Humai gàh: le lieu des bonnes paroles, Hùhht gâh ; le lieu des bonnes actions, Hcarsht gdh (Minô/Jianf, lvii, 13). Le Garôthmân, le Paradis suprême, celui d'Ormuzd, est le lieu de la Lumière inflnie. Cf. VArdd Viràf VII, viii, IX pour la description des trois paradis.
Mnutile de faire ressortir la sublimité de ce passage; tout lecteur attentif Ty découvrira facilement et trouvera dans ses propres pensées le meilleur commentaire.
(( Ne Tinter rogez pas ainsi, celui qui vient de faire le terrible, Teffrayant chemin, le chemin de détresse où se séparent le corps et Tàme.
(( 18. Qu'on lui apporte le beurre du Zaremaya^ \ c'est là la nourriture, après la mort, du jeune homme aux bonnes pensées, aux bonnes paroles, aux bonnes actions, à la bonne religion; c'est là la nourriture, après la mort, de la femme riche en bonnes pensées, riche en bonnes paroles, riche en bonnes actions, bien instruite, soumise à son maître et sainte*. »
Quant au méchant, le Hâdhôkht Yasht, poursuivant le parallélisme adopté dans sa rédaction, nous apprend qu'à la fin de la troisième nuit^ à Taurore, son àme se croit portée parmi les neiges et les infections et que du Nord souffle un vent empesté. Le premier pas que fera cette pauvre âme condamnée la portera en mauvaise pensée, le second en mauvaise parole, le troisième en mauvaise action, le quatrième dans les ténèbres infinies*.
(( 34. Alors les méchants morts avant lui lui demandent :
« Comment es-tu mort, ô méchant? Comment es-tu venu des demeures peuplées de bétail, de ce monde de désirs et d'amour? Comment es-tu venu du monde des corps dans le monde de l'esprit^ du monde périssable dans le monde qui ne périt pas? Comment te trouves-tu de la longue douleur? »
<( 35. Et An^ra Mainvu dit :
« Ne l'interrogez pas ainsi, celui qui vient de faire le terrible, Teffrayant chemin, le chemin de détresse, où se séparent le corps et l'àme.
«36. Qu'on lui apporte du poison et des mets infectés de
^ Le beurre du mois Zaremaya, le second de Tannée (avril-mai), est le meilleur et a été pris pour d(^signer la nourriture céleste.
* Faix soit à ce juste. Il est sauvé {Ashô)! •
' Les trois enfers intermédiaires, Dnshmnt, Dushukht, Dushearshtf correspondent aux trois paradis intermédiaires et conduisent aux Ténèbres infinies, où réside Ah ri ma n.
poison; c'est là la nourriture, après la mort, du jeune homme aux mauvaises pensées, aux mauvaises paroles, aux mauvaises actions, à la mauvaise Religion. C'est là la nourriture, après la mort, de la méchante femme, riche en mauvaises pensées, en mauvaises paroles, en mauvaises actions, mal instruite, non soumise à son mari. »
Sa ruine est consommée, jusqu'au jour où Ormuzd triomphera à jamais d'Ahriman.
L'aurore qui suit la troisième nuit après la mort est considérée, ainsi que nous venons de le voir, comme le moment suprême^ ; c'est alors que l'àme, qui a cessé d'errer, s achemine vers le pont Chinvat qui s'étend par-dessus l'Enfer et conduit en Paradis. Pour les justes, il a la largeur de neuf lances ; pour les méchants, il est étroit comme le tranchant d'un rasoir (Dinkart, ix, 20, 3). Il est gardé par Mithra, assisté de Rashnu et d'Arshtàt; tous trois jugent les actions de la vie passée de l'homme: — si ses bonnes œuvres pèsent d'un atome plus que ses mauvaises, son àme peut franchir le pont et aller en Paradis avec X^syazatCLS célestes; — si elles sont égales aux mauvaises, elle va dans un endroit appelé Hameshta rjehàn^; — si les mauvaises l'emportent, elle est précipitée dans l'Enfer.
Pendant que l'âme subit son jugement, les survivants s'efforcent par leurs prières de lui venir en aide dans cette épreuve décisive*. Les cérémonies faites la veille au gâh
* Cf. le petit traité écrit en parsi, V Aogcniaidé, qui commence par ces paroles : « Nous venons, contents et soumis. » II inculque, dit le Dastour Jamaspji, une sorte de résignation sereine a la mort.
* J. J. MoDi, op. cit., p. 24. Cf. Darmesteter, Zend-Accsta. Vcndidad, pp. 271-272, note 98
' « La troisième nuit, au gâh Oschcn, on célèbre quatre Darouns, le premier à l'honneur de Raschné-râst, le deuxième à celui de Ram Ized, le troisième à Thonneur de Sérosch, avec six pains Darouns, trois grands et trois petits; le quatrième, à Thonneur des Feroiiers des saints. Les trois premiers Darouns sont de six Cardés ; au quatrième, qui est de neuf Cardés, on met quatre habits, des fruits et du fromage à côté
Usirin, sont répétées avec YAfringân et les prières du Bâj pour implorer la miséricorde divine à Theure du jugement redoutable. Les cérémonies du Bàj sont célébrées , les premières en l'honneur de Rashnuet d'Arshtat qui assistent le Melier, les secondes en celui de Ràm-Khàstra qui préside à Tatmosphère raréfiée ou l'Éther; c'est pour cela que lorsqu'un juste meurt, son âme s'élève dans les religions supérieui^es sous la forme de Râni-Khâstra ou avec son assistance. Le troisième bâj est en Thonneur d^ArdâJarosh, c'est-à-dire de toutes les âmes auxquelles va s'unir le défunt. Le quatrième bâj est en l'honneur de Srôsli qui a gardé 1 ame pendant son séjour dans l'autre monde et, après la mort, a été l'arbitre de son sort. La récitation du Bâj achevée, le prêtre reçoit un costume blanc complet appelé shiâo avec le pain sacré et les autres accessoires du sacrifice. On célèbre encore les cérémonies de YAfringân en Thonnour des morts le quatrième jour (Cheharum), le dixième (Dahitrn), le trentième {i>irô^), et un an après le décès (Shâlro^); enfin les derniers jours de chaque année sont consacrés aux défunts \
des pains I)arofins\ Tout cela est pour le prêtre qui se revôt du premier habit la troisii^'ine nuit, du deuxième le troisième jour, du troisième au bout de six mois et du quatrième à Tanniversaire. Au Kirman on ne donne que trois habits. » Anquetil Duperuon, Z.-A., t. Il, p. 566.
' Pains sans levure qui figurent comme offrandes dans les offices.
' « Le quatrième jour, lorsque le soleil parait, on îSiitV A fergank Dahman, et l'on met dans le feu de la graisse d'une brebis, que l'on mange ensuite à Tintention du mort. Cette brebis doit avoir au moins un an, ainsi que tous les animaux que Ton tue, que Ton mange, ou que l'on bénit V
« Le dixième jour après la mort, on fait Vhoschnè et le Daroun à Thonneur des Feroijors, et VA/erf/an à Dahman deux fois (au Kirman une fois), dont une avec VAft'njan de Snrosch. Le trentième jour, on c 'lèbro Vfcrc.'ir/i/K'' et le Daroun Sironsc^ avec deux Afcrgans à Dahman (au Kirman avoc un seul) et VA/'crt/an de Sorosc/i;et le Raspi fait le Dnroun de Serosch. Le trent<»-unième, on fait Vheschnè et le Daroun
' llelat. (hi Luriint da Perde Chinon, p. 468. Raoaùt de Kamdin^ etc., etc., voy. supra, p. 102.
Les âmes des ancêtres, les saintes Fravashis sont, comme nous l'avons vu (supra, p. 112), Tobjet d'un culte pieux de la part des survivants*. L'Hindou adore ses pitris, ses ancêtres morts ; le Zoroastrien adore sa ^vo\>re Fravashi ei celle de tous les hommes morts; aussi les Fravashis des justes sont-elles invoquées en masse comme une seule divinité. Les dix derniers jours de l'année leur sont consacrés, c'est-à-dire les cinq derniers jours du mois Spandarmat et les cinq jours complémentaires qui suivent (10-20 mars); ce sont ceux qui forment le sixième Gâhânbâr, le Hamaspathmaêdaya, On suppose que les âmes visitent alors leurs anciennes demeures terrestres^ et ces dix jours se passent en cérémonies en l'honneur des morts, en banquets OMJasans, qui sont à la fois des actes de souvenir religieux et des actes de charité, car on y convie tous les pauvres de la communauté. (Cf. Albiruni, Chronology, p. 210.)
des Feroûers, deux Afergans à Dahman, avec VAfcrgan à Serosch (au Kirman simplement VAfergan des Feroiiers). Les mômes prières se répètent le sixième mois (au Kirman on ne prie pas pour les morts le sixième mois), au bout de l'année, et tous les ans, le jour de la mort (et dans l'Inde, le jour précédent). L'année môme de la mort, tous les jours, et ensuite tous les ans, le 10, le 30, le 3P jour, on récite avant le repas le 24* hâ de Tlzeschné, et au bout de Tannée, et tous les ans le jour de la mort (et dans l'Inde, le jour précédent) on fait Vheschnô et le Daroun Si~rou^i\ VAfergan et ÏA/rin Dahnian, et le Raspi récite le Daroun de Serosch.
« Si Ton négligeait de célébrer la troisième nuit les quatre Darotms que la loi prescrk, Tâme serait sans protection jusqu'à la résurrection. Pour les autres prières, si Ion ne peut les faire les trois premiers jours, on doit au moins les réciter une fois dans ces trois jours, et particulièrement le troisième. Cependant, en cas d'impossibilité, il est permis de les remettre au quinzième jour après la mort, au bout du mois ou à la fin de Tannée... »
Anquetil Duperr).s, Z.'A., t. II, p. 586-587.
* En se reportant aux s*hfhas, nous voyons que les Persans avaient affirmé hautement leur culte pour la mémoire de leurs ancêtres. Voy. supra, p. 14.
206 ANNALES DU MUSKIÎ GUIMKT
Nous nous arrêterons ici ; comme le dit Anquetil Duperron en achevant Ténumération des offices qu'il est ordonné aux parents de faire célébrer à l'intention du défunt, ce serait donner la liturgie, le rituel complet plutôt qu'une simple description des usages religieux; et nous ajouterons, avec lui également, que peut-être sommes-nous entré dans des détails que la nouveauté du sujet aura peine à faire supporter.
Voici maintenant quelques détails sur les Dakhmas ou Tours du Silence \ Suivant les prescriptions de rAvesta,ces Tours sont généralement construites au sommet des collines ou sur uneéminence. « Créateur du monde des corps, saint 1 Où porterons-nous le corps des morts, 6 Ahura Mazda? Où le déposerons-nous? — Ahura Mazda répondit: Sur les lieux les plus élevés, ô Spitama Zarathushtra... » (Vend., VI, V. 44-45.)
La Tour du Silence est bâtie en vue de répondre aux exigences des cérémonies funèbres et des précautions sanitaires auxquelles on est tenu vis-à-vis des survivants*. C'est une
^ Hérodote et les auteurs classiques ne nous renseignent pas sur les croyances des Perses au sujet de la vie d'outre-tombe. Quant au mode de sépulture, l'Avesta repousse toute forme qui peut souiller les éléments ou la Terre. Hérodote dit formellement que les Perses regardaient le feu comme un Dieu et qu'il n'était pas plus permis par leurs lois que par celles des I«!gyptiens de brûler les morts. « Cela est défendu chez les Perses, parce qu'un Dieu ne doit pas se nourrir du cadavre d'un homme. » (Hér. 111. 16.) Strabon atteste aussi que brûler un cadavre, c'était un crime puni de mort (XV, in, li). Selon Hérodote, le corps du défunt n'était enseveli qu'après avoir été déchiré par les oiseaux de proie ou les chiens. (( Pour ce qui est des Mages, dit-il, je sais de source certaine qa*ils agissent ainsi... en tous cas, c'est après avoir couvert de cire le cadavre que les Perses l'enfouissent dans la terre. (Hér. I, 140.) — Voyez pour l'architecture funéraire de la Perse antique, G. Perrot et C. Chipiez, V Histoire de VArt dans rAnfiquifc, I^ersCy p. 592.
* Voyez infra^ p. 210 le plan et la coupe d'un Dakh ma empruntés au
construction massive en pierre de taille^ ; quelques marches* conduisent du sol à une porte en fer qui ouvre sur une plateforme circulaire avec un puits profond au centre. La plateforme est pavée de larges dalles en pierre et est divisée en trois rangs de tables ou lits (Kesli), correspondant aux trois préceptes moraux de la religion zoroastrienne : bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions. Le premier rang est attribué aux hommes, le second aux femmes, le troisième aux enfants ; en consultant le plan, on verra le passage réservé aux porteurs. Le corps complètement dépouillé de ses vêtements est livré aux vautours qui, en moins d'une heure, accomplissent leur lugubre besogne ; les os rapidement desséchés par la chaleur sont jetés dans le puits et achèvent de s'y consumer. Des trous pratiqués dans les parois intérieures du puits amènent Teau des pluies dans quatre canaux au pied de la Tour. Ces canaux sont en communication avec quatre puits souterrains dont le fond est couvert de sable. Des morceaux de charbon et de pierre à sablon sont placés à l'extrémité de chaque canal et sont renouvelés de temps en temps. C'est ainsi que se trouve observé le précepte de TAvesta : « La Terre notre mère ne sera pas souillée ! »
travail déjà cité de M. J.-J. Modi, dans le Journal of the Anthropological Societf/ of Bombât/, etc., etc. Le plan en relief se trouve au Musée Gui met; c'est celui de la Tour élevée le i\ mai l^<32 par Framji Kavasji Banaji, à Chaupati Hill (Bombay).
* Les vieilles Tours, celles de Kalyan, par exemple, étaient en brique cuite. Cest ainsi que lorsque le voyageur persan Kàùs vint de Pei-se à Nauçari appelé par Manekshah (Cf. Anquetil Duperron, Z.-A., I. ii, 26) pour l'éclairer sur la religion, une des premières choses qu'il fit ce fut de bâtir un nouveau Dakhma, ceux qu'avaient les Parsis n'étant qu'en brique cuite, ce qui dans la religion est une abomination. Voy. Darmesteter, Zend-Acesta, Vendidad. Appendice B, p. 155. — La première Tour en pierre fut bâtie dans l'Inde, à Cambay, par Hirjee Assa, de Surate.
* Les vieux Dakhmas de Nauçari n'ont pas de degrés : on y accédait par des échelles dans la crainte des profanati(>ns. En Perse , on hisse encore les corps au moyen de cordes. (Voy. in/ra, p. 219.)
L'érection d'une Tour du Silence est considérée comme un acte de haute piété. Des cérémonies religieuses en accompagnent les différentes phases et sont accomplies au moment où l'on creuse le sol, lorsqu'on jette les fondations, enfin le jour même de la consécration ^
* Voy. J. J. MoDi, op. cit., p. 19-24. — Anquetil Duperron nous avait déjà donné les détails suivants :
« La loi de Zoroastre ordonne de porter les corps morts sur des montagnes, ou dans des endroits éloignés des villes et de toute terre habitée. Il faut que ces endroits soient au moins à trente gàms (90 pieds) du
feu, de l'eau, du lieu où ron jïanrJuCim^iure' ti^t Potj^ \iq \q Barsom (Ic Dcri-
'ir mhcr), et à trois gàms de rhomme pur, c'est-à-dire, du lieu qu'habite, ou par lequel passe l'homme pur. Mais surtout ils doivent être situés de manière que les animaux carnaciers ne paissent pas porter dans les lieux habités, les portions de cadavres qu'ils en auroient enlevés.
« On voit encore au Kirman des Dakhmès construits sur les montagnes.
Dans rinde ils sont seulement hors des villes.
« Le mot Duhhmè est zend (peut-être est-ce une abréviation de DdeUo mancio). Le lieu que désigne cette expression est encore appelé en zend Dâetio gâtcïâo (en parsi Dûdgâh), lieu de justice, parce que c'est là que les hommes reçoivent le prix de leurs œuvres.
« On trouve dans les liacaéts les cérémonies que l'on doit observer en construisant ces bâtimentsVOn prend pour l'emplacement du Dakhmé un terrain sec, inculte et éloigné des lieux cultivés, sur lequel on récite neuf Darouns à l'honneur de différents Izeds. et VAfergan à Dahman. « Ensuite on creuse la place des murs(^); puis, disant à chaque clou : C'est le désir d^Ormusd, etc., on enfonce les quatre grands clous(*) aux quatre coins en dedans, et les trente-six clous('), qui sont plus petits, et placés sur deux lignes qui se coupent et dont les extrémités répondent aux quatre creux (*), qui sont hors des murs.Ces trente-six clous marquent
t-atmJt^
Le Racaèt de Kamdin, le Vieux et le Patit Raoaët.
Au centre de remplacement désigné, un prêtre entoure d'un pavi une certaine partie du terrain ; or par pavi (de pav, sacré), on entend une tranchée de quelques pouces de profondeur qui isole l'enclos ainsi délimité. Les oflBces du Yasna, du Bàj et du Vendidad ne sont célébrés que dans des endroits ainsi réservés; à VAtash-Behram, le feu sacré brûle dans un grand vase entouré du sillon protecteur. Le pavi tracé, on y accomplit les cérémonies du Bàj en Thonneur de Srôsh qui guide lésâmes des morts, d'Ahura-Mazda, de Spandàrmat, d'Ardùfarosh, c'est-à-dire de toutes les âmes des défunts et des sept Arashaspands; puis le prêtre, de sa propre main, creuse une partie du terrain destiné à la Tour.
Quelques jours après, quand le sol a été entièrement déblayé par des ouvriers, le matin, deux prêtres, pour jeter les fondations, font la cérémonie du Tânâ qui prend son nom du fil dont on se sert pour marquer remplacement de
les rigoles que l'on doit pratiquer pour l'écoulement des eaux qui se déchargent dans ces quatre creux. Les deux cent six petits clous (') se placent en croix, et divisent le terrain du Dakhiné en quatre parties égales.
« Après avoir enfoncé tous ces clous, on entoure trois fois les quatre grands d'un cordon de cent fils d'or ou do cotton, en disant le Vadj Séro.'irh. Ces fils marquent que le plancher du Dakhméy que le bâtiment entier est, pour ainsi dire, suspendu et ne touche pas à la terre. On couvre ensuite tout cela de pierres ou de mastic, et l'on achève les murs et le plancher ou sol intérieur du Dakhmè.
« Au milieu du Dakhniè, est un grand trouC) revêtu de pierres, dans lequel le Ncsasalar jette les os deux fois Tan, lorsqu'il nettoie le Dakhmé.
« L'intérieur du /)rtA/</ïic'(") est d'un pied et demi plus haut que le terrain sur lequel il est construit. La pierre ou le mastic qui le couvre, doit avoir au moins quatre doigts d'épaisseur. Les murs ont cinq gazz et demi (environ onze pieds, six pouces et demi) de haut, et sont enfoncés en terre de cin<f gazz (environ dix pieds, six pouces). La porte (•) est à l'Est, et doit ôtre do pierre ou de fer.
« Le Dakhmè renfeiine trois cent soixarito-cinq Kesches (*). Ce sont des places pour les corps, terminées par un lx)rd de mastic haut de deux doigts. » Anquetil Duperron, Z.-A., t. IL pp. 587-589.
la Tour. Ce fil forme de cent et un nutrcs fils tissés ensemble doit f'tre d'une longueur suffisante pour envelopper trois fois
PLAN l)'C> DAKIIHA — COUPK
la circonférence deja Tour. Avant de s'en servir, souvent on le fait /j'^T, c'est-à-dire fju'il est lavé, séché et purifié selon
FUNKRAILLES 211
certains rites. Pour le tenir, les prêtres enfoncent dans le sol trois cent et un clous de différente grosseur. Après avoir récité le Srôsh Bâj jusqu'à Ashâhé, ils les fixent en répétant à chacun VYatha Ahu Vairyo, Il convient de dire que les clous sont plantés aux endroits qui répondent à remplacement des canaux souterrains et des puits. On passe alors le fil autour de chacun d'eux, en ayant soin qu'il ne touche pas au sol. (Cf. Anquetil, note ci-dessus, p. 209.)
La consécration dure trois jours. La Tour est entourée d'un paviy et dans le puits central appelé Bhandar deux
prêtres, pendant trois jours consécutifs, récitent ToUice du Yasna au gàh Havan^ et celui du Vendidad au gàh Ushahin^y en l'honneur de Srôsh, le guide de l'àme pendant les trois jours et les trois nuits qui suivent la mort. Le quatrième jour, qui est celui de l'ouverture de la Tour, on célèbre le Yasna en l'honneur d'Ahura Mazda, puis le Bâj et VAfringan en cekii d'Ahura Mazda, d'Ardàfarosh, de Spandàrmat, l'Amshaspand qui protège la terre dont une partie va être occupée par les cadavres, enfin de VlzaA Srôsh,
Dans la cérémonie de VAfringan célébrée devant toute la communauté, on mentionne le nom du bienfaiteur aux frais duquel la construction de la Tour a été faite, et l'on appelle des bénédictions sur lui. Si c'est en mémoire d'un parent défunt, on le proclame également.
Les assistants pénètrent ensuite dans la Tour', et jettent dans le puits central de la monnaie d'or et d'argent, parfois des bagues et des joyaux. Ces offrandes concourent à parfaire la somme nécessaire pour la construction de la Tour, si elle est bûtie par VAnjuman, c'est-à-dire par la communauté entière ; si elle est due à la générosité d'un seul fidèle.
^ Do l'aurore à midi.
* De minuit à l'aurore.
' Avant la consécration du Dakhma, tous peuvent y pénétrer, les chrétiens ainsi que les membres des autres sectes, mais après les nasâsâlârs seuls ont le droit d'y entrer.
les dons reviennent au grand-prêt re du district sous la juridiction duquel est placée la ville voisine.
A chaque Dakhma est attachée une sorte de chapelle, sâgrî, où se retirent les assistants pendant que les Nâsâsâlârs déposent le corps dans le Kesh, Les sâgrîs sont divisées en deux parties distinctes; dans Tune, qui est ouverte, on récite des prières et Ton y vient pieusement à certains jours anniversaires; dans Tautre, qui est fermée, on entretient le feu. Du côté qui fait face à la Tour, un treillis aux trous obliques en conduit un rayon vers les morts à travers une fente ménagée dans le parapet de la Tour.
Nous allons maintenant lire quelques descriptions de Tours du Silence d'après les voyageurs qui, dans l'Inde ou en Perse, les ont étudiées avec intérêt. Nous verrons une grande ressemblance dans les usages des deux communautés, quelque éloignées qu elles fussent l'une de Tautre, et bien que pendant longtemps elles eussent été ignorantes de leur sort respectif, puisque ce n'est qu'au XV® siècle que les relations se sont renouées entre les Dastours de Nauçari et ceux de Kirnian. (Yoyoz supra, p. 39.)
Le lieu de sépulture des Zoroastriens est, en Perse comme dans rinde, la Tour massive avec ses divisions et ses dalles de pierre où les morts sont exposés à la voracité des oiseaux de proie, jusqu a ce que les os nettoyés de leur enveloppe charnelle soient jetés dans le puits où ils achèvent de se détruire. Mais avant d'aller plus loin, ne pouvons-nous pas nous demander si la forme du Dakhma n'a pas été différente, et si au temps de la rédaction du Vendidad elle était celle que nous voyons adoptée depuis tant de siècles ? Le fargard VI, 49-51 donne à ce sujet une explication que nous ne sau- . lions passer sous silence : c'est la description des Astôdâns.
(( 49. Créateur du monde des corps, saint ! Où porteronsnous les os des morts (quand les oiseaux ont dévoré les chairs et qu'il ne reste plus que le squelette), ô Ahura Mazda? où les déposerons-nous ?
« 50. Et Ahura Mazda répondit : On fera pour eux un réceptacle (astôdân^) hors de l'atteinte du chien, de l'atteinte du renard, de l'atteinte du loup, inaccessible aux eaux de pluie d'en haut.
« 51. Si les adorateurs de Mazda ont les moyens, ils le construiront en pierres, en plâtre ou en terre ; s'ils n'ont pas les moyens, ils déposeront le mort sur la terre, sur son drap et son coussin, vêtu de la lumière du ciel et regardant le soleil. »
11 était donc expressément ordonné de porter les morts sur les lieux élevés, aux Dakhmas (44-45), mais il n'était pas défendu de recueillir les os au lieu de les jeter dans le puits central de la Tour. — Au IX® siècle, l'auteur du Dadistan (xviii) fait encore allusion à cette dernière coutume : « Quand les oiseaux carnivores ont dévoré la graisse, cette graisse qui, non dévorée, pourrit et devient puante et chargée de vermine, on recueille les os dans un ossuaire {astôdân) élevé au-dessus du sol et couvert d'un toit, de sorte que la pluie ne puisse tomber sur le débris mort, que l'eau ni l'humidité n'y puissent atteindre, que chien ni renard n'y puissent pénétrer. » M. Jivanji Jamshedji Modi' pense que ce chapitre du Dadistan vise deux réceptacles différents : les premiers, véritables monuments comme ceux de l'époque achéménide; les seconds, faits de deux pierres et qui rappellent les ossuaires en terre rapportés au Louvre par M. Dieulafoy*. Ainsi se trouvent expliquées les splendeurs monumentales des tombes des rois et des grands person-
* Astôdàn, d'après les auteurs compétents, signifie proprement (( ossuaire ».
* Bulletin de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, Lecture du 30 octobre 1889.
* Il y a à Bombay un ossuaire envoyé de Bouschir par M. Malcoim qui répond à la définition du Dâdisidn; il est à peu près carré et fait d'une seule pierre; le couvercle est également d'une Feule pierre. 11 est troué de quatre trous aux quatre côtés et de quatre trous sur le couvercle.
Ti3Z':^: les •:•? «i-rlivr-s de leur enveloppe pc»uvaient recevoir ur.- -vi-uitu::- L:L::ûl'.e. Les miir.s r::he> se contentaient de i '•.?:'>'/'î Ti-r! >• «ie tr:us : :- ".ir 1-rs ::'auvre>. ils restaient exp — :- 'lans Iviir n .: .1:^. vrius de la lumière du ciel et regarlia:.: \r soleil* ! Ce «yj'il ir.ip.>r:ait, celait d'éviter à la terre î-.'.îe -■•'îilîur? yar !e'?or.ta;:dii cadavre: le Saddar {\xxui) r.«:;> apj.ien'î *yw. ^i l'or, en:» lit un cadavre, TArnshaspand .Spaîulârmat '^n frissonne a*.i<^i fon «[irun homme qui aurait dan> >a •;l:emi>e un serpent ou un >o"»rpion : ainsi en est-il de la Terre, et quand on fait paraître un cadavre enfoui, elle ♦*>t d»}livri;e d*- eIia;Lrrin. Spandârmat rassurée, il faut également >on.i:er a no pas priver riinnime de la lumière et à lui !ai--or la vue du >ol»-il ! De là Cf s précautions et ces usages élranje- <^|ui étonnonl les voya^'»urs et les érudits.
La *ii-iincti«»n de IVxpO'-ition des corp^ et de la sépulture ih:< o>^enients n'exi>te plus. Les Zoroastriens modernes ne >'en i»n':TM:cupent pas et s en tiennent â la coutume antique de la Tour du Silence qui nous reporte fort haut dans Thisloire: l'.Tsque nous sommes à même de la constater, la tradition apprend qu'elle remonte à une époque à laquelle nous ne pouvons atteindre. Dans Tlnde, dès le XIV* siècle, nous l'avons vu signaler* ; en Perse, les voyageurs européens Tenregistrent également. Prenons parmi ces derniers celui qui nous semble le plus autorisé et le mieux renseigné, le Chevalier Chardin (XVII* siècle). 11 va nous décrire le cimetière des Guèbres, situé, dit-il, à une demi-lieue d'Ispahan, en un lieu écarté. A cette époque, les Guèbres jouissaient d'une liberté relative.
« C'est une Tour ronde, qui est faite de grosses pierres de taille; elle a environ trente-cinq pieds de haut, et quatre-
^ Voyez supra, pago 213.
' Il est encoro utile de revenir à ce que nous avons dit pins haut, c'est que les relations entre la Perse et Tlnde n^étaient pas alors renou<''es; quand Kaus vint à Nauçari éclairer ses coreligionnaires, il ne releva quo des irrégularités et ne changea pas les rites.
vmgt-dix pieds de diamètre, sans porte et sans entrée. Le peuple dit que quand ils veulent enterrer un mort, ils font une ouverture à ce Tombeau, en ôtant du bas trois ou quatre grosses pierres^ qu'ils remettent ensuite avec des couches de plâtre qu'ils passent par-dessus; mais c'est une fable, et je sais de science certaine le contraire. Cette Tour a au-dedans un degré fait de hautes marches, attachées contre le mur en tournant. Quand ils portent un mort dans ce Tombeau, trois ou quatre de leurs prêtres montent avec des échelles sur le haut du mur, tirent le Cadavre avec une corde, et le font descendre le long de ce degré qui est cent fois plus dangereux et plus difficile qu'une échelle, n'y aïant rien à quoi on puisse se tenir; car ce ne sont que des Pierres fichées dans le mur, à trois ou quatre pieds Tune de l'autre, non pas en ligne droite, mais en tournant, et qui n'ont pas plus de neuf pouces d'assiette, aussi avais-je bien peur de tomber, tant en montant qu'en descendant. Ils n'y ont point fait de porte, de crainte que le peuple ne l'enfonçât, ou ne se la fît ouvrir pour piller ou profaner un lieu pour lequel ils ont beaucoup plus de vénération que les Mahométans ni les Chrétiens n'en font paraître pour les Tombeaux de leurs morts,
« Il y a dans celui-ci une manière de Fosse au milieu, que je vis remplie d'ossements et de guenilles. Ils couchent les Morts tout habillés sur un petit lit fait d'un matelas et d'un coussin. Ils les rangent tout autour contre le mur; si serrez qu'ils se touchent les uns les autres, sans distinction d'âge, de sexe ou de qualité; et ils les étendent sur le dos, les bras croisez sur l'estomac, contre le menton, les jambes croisées l'une sur l'autre, et le visage découvert. On met proche du Mort, à son chevet, des Bouteilles de Vin, des Grenades, des Coupes de Fayence, un Couteau et d'autres ustensiles, chacun selon ses moïens.
(( Comme ce peuple est fort misérable, et sous le joug d'une religion ennemie, on peut juger par les choses qu'ils
font encore présentement, ce qu'ils faisaient lorsque leur religion était soutenue de TAutorité Roïale, et accréditée par le Zèle de la Multitude. Quand il n'y a pas de place pour un Mort, ils en font une, en tirant les corps les plus consumez dans cette fosse que j'ai dit être au milieu du Cimetière, Je crois avoir remarqué que la sécheresse de l'air de Perse et surtout d'Ispa/ian est si grande qu'il consume les cadavres en peu de temps, et qu'il en empêche l'infection. J'ai fait divers tours dans ce Sôpulchre, et j'admirais qu'il n'y sentit point mauvais. J'y vis des corps encore frais, il n'y avait rien de gâté aux mains, et aux pieds qui étaient nuds; mais le visage l'était beaucoup, à cause que les corbeaux qui remplissent le Cimetière, et qui sont par centaines aux environs, se jettent d'abord sur cette partie.
(( A cinquante pas de ce Sépulchre, il y a une petite maison de terre, au-devant de laquelle on pose le corps du Mort, et aussi-tôt le Convoi s'en retourne comme si l'enterrement était fait, à la réserve des Prêtres et des Parens, qui se retirent dans cette petite Case, d'où le principal prêtre se met à observer par quel endroit et comment les Corbeaux entameront ce Corps. Comme il y en a toujours beaucoup autour de ce Cimetière, à cause des Cadavres, qui y sont exposés à découvert, il ne manque pas d'en venir fondre bien-tôt quelcun dessus, et de s'attacher d'abord aux yeux, à ce que l'on assure, comme une partie délicate que ces Oiseaux carnassiers aiment plus que le reste. Le Prêtre qui fait des observations par un petit trou, pour ne pas eflEaroucher l'oiseau funèbre, prend garde à quel œil il touche le premier, et dans quelles circonstances, et il en tire ses conjectures, tant pour la condition du Deffunt dans l'autre vie, que pour la fortune de ses enfants et de ses héritiers dans celle-ci. Le côté droit est, dit-on, le bon côté. Si l'oiseau s'y attache, le Prêtre fait un cri de joie, auquel les Parents répondent. Mais s'il s'attache au gauche, c'est un sujet de tristesse. C'est ce que l'on assure généralement dans tous les
Pais où il y a des Guèbres; mais j'en ai vu quelques uns, qui m'ont pourtant nié toute cette Magie ou cette Superstition, et qui m'ont dit, à l'égard de cette Maisonnette, qui est au-devant de leur Cimetière, que c'est pour y déposer les Morts pendant qu'on fait quelques cérémonies sur eux, avant que de les ensevelir \ »
Vers le milieu de ce siècle (1843), Westergaard, lors de sa visite aux vieilles provinces persanes, n'omettait pas de parler des Daklimas. Dans sa lettre au D^ Wilson, il donne une description de l'un d'eux'. Les Guèbres avaient eu beaucoup à souffrir des persécutions des musulmans et les profanations de leurs cimetières et de leurs temples étaient pour ainsi dire journalières.
« Le Dakhma est situé à un farsakh et demi au sud de Yezd et à un farsakh d'un petit village appelé Ali Shahi, sur la pente d'une colline, près de la route de Kirman ; il est entouré d'un mur en pierre de quatorze i)ieds de haut; la porte est située au nord, à six pieds au-dessus du sol, et à cet endroit le mur est un peu plus élevé. On parvient à gagner la platoforme par une cavité de trois pieds carrés, fermée par une pierre. J'eus quelque difTiculté à la déplacer, mais à la fin j'y réussis avec la pointe de mon épce et j'entrai dans la Tour, ou i)lutôt je m'y glissai, malgré la r3ruj Nasu et toutes les Drujs possiblos. Le Dakhma est divisé en deux parties par un mur qui s'étend de l'ouest à l'est. Au nord les corps étaient déposés sur le sol, hommes, femmes, enfants, sans distinction, ainsi qu'on pouvait facilement s'en rendre compte par les lambeaux de leurs vêtements. Tous étaient odieusement lacérés par les oiseaux de proie. J'en troublai deux qui étaient en train de d<'^jeuner Les Parsis prétendent que leurs morts n'ont aucune mauvaise odeur, mais* ici je vous certifie que je fus très désagréablem(Mit convaincu
* Chardin, Vor/afjos on Pcr,^c et ntdrcs Uotix, etc., t. III, p. 13L
* Letier fro/n Prof. W. to (lie R. /)' WiUon, etc., dans le Joum, As. Soc. ofGr. Brit.and IrL, t. VIII, p. 352. (1846.)
du contraire par deux corps déjà exposés depuis cinq ou six
jours Les os jetés ensuite dans la division du sud où le
sol s'abaisse sensiblement sont entassés en monceau. Comme quelques corps étaient couchés sur Testomac, je les retournai du bout de mon fouet, et je fus surpris de les trouver si légers. Les crânes sont aussi résistants que les autres crânes, ce que vous pouvez mentionner, etc., etc. »
M. Edward G. Browne, qui visitait la Perse en 1887-1888, donne ainsi la description d'un Dakhma situé à trois milles au sud de Téhéran, sur un des contreforts de la montagne appelée Kùh-i-Bibi Shahrbânù. A l'entrée de la vallée, du côté opposé au dakhmé, on voit, sur la paroi de la montagne, une inscription rupestre, grossière imitation des monuments de Persépolis: à l'extrémité, s'élèvent les restas gigantesques de murailles qu'on dit avoir fait partie de l'enceinte de l'antique cité de Reï (Rhagès).
(( Le dakhmc des Guèbres est bâti à moitié chemin d'une chaîne de collines qui descend de la montagne (Kùh-i- Bibi Shahrbânù) du côté nord; on l'aperçoit de fort loin. C'est une Tour circulaire en argile ou en brique crue de cette couleur grise commune à tous les édifices de la Perse. Le mur qui n'a ni porte ni accès est à Textérieur d'à peu près quarante-cinq pieds de haut; à l'intérieur, comme nous pûmes nous en convaincre en grimpant de la colline sur laquelle s'élève la Tour à un endroit qui la domine, la hauteur, à cause de la plateforme, n'est probablement pas de plus de dix pieds. Cette plateforme est une surface unie, divisée à des intervalles réguliers par des fosses rectangulaires. Quand un Zoroastrien meurt, son corps, porté par deux de ses coreligionnaires préposés à cette besogne, est déposé dans une de ces fosses. Les rapaces qui voltigent aux alentours s'abattent immédiatement sur le cadavre, le mettent en pièces, dévorent les chairs et ne laissent que les os qui tombent dans la fosse. 11 ne reste que bien peu de chose de ceux qui sont déposés dans ce charnier; de la colline d'où je
pouvais voir tout l'intérieur, je ne comptai que deux crânes et quelques os. Par le fait, le nombre des Zoroastriens habitant Tcliènin est très restreint et tes décès ne s'élèvent guère à plus de deux ou trois par an; ainsi s'explique le peu d'occupants du drtkhnuK Les villes de Yezd et de Kirman ont chacune deux dnkitmés, construits de la inéme sorte et situés comme celui-ci sur des oollincs à plusieurs milles hors des villes. Ces cinq dakhmés forment, d'après ce que je suis autorisé à croire, le nombre total de ceux qui sont actuellement en u^ago en Perso. Cette manière d'exposer les morts
frappe souvent rEnr<ip'^t>n <'Ommc Iri's ré[)n^n;inle; oc serait en effet absolument impraticable dans un pays 1res peuplé, plat et doté d'un climat humide. En Perse l'air est si pur, le soleil si puissant, les habitants sont si rares, les montagnes si nombreuses, que j'ai tout lieu de penseï- que cetle coutume ne devait avoir aucun inconvénient, même à ré})oque où la population entière était zoroastrienne'. »
' Edward G. Brownk, A Y,-ar nmnn-ist l/'c l'ersians. 1887-1888, ch. v, p. 89. La Toup que nous donnons est celle qu'a di^erite M. lî. Uiwvne; elle est esquîss'U d'aprl-s !■■ iWsin publi.^ dans le Tour -tu Momlr, 18ti6, 1" semestre, p. 229, pour illu-ttrer le voyage de M. de Blocqiievîlic : Quatorze mois de capticîlè clic:: Ir^ Turcomans (1800-18GI).
Dans rinde, nous avons vu le Frère Jordanus (Jourdain de Séverac) et le Frère Odoric de Pordenone relever les coutumes étranges des Parsis qui abandonnaient leurs morts à la voracité des rapaces. Terry, au XVII® siècle, explique que, loin des maisons et des chemins fréquentés, ils entouraient de murs de pierre une certaine étendue de terrain, et y déposaient leurs cadavres. Mandelslo est plus explicite en parlant des Tours de Surate : « Ces cimetières, dit-il. sont trois lieux clos d'une muraille de douze ou quinze pieds de haut, dont Tun est pour les hommes, l'autre pour les femmes et le troisième pour les enfants. Sur Touverture des fosses, il y a des barres couchées en forme de grille sur lesquelles ils mettent les corps qui y demeurent jusqu'à ce que les corbeaux et autres oiseaux carnassiers les ayent mangés et que les os tombent dans la fosse, etc., etc. » ( Voyages, etc., p. 184-185). Ovington, en parlant des sépultures des Parsis, confirme l'exactitude de cette description {Voyages, t. II, ch. VII, p. 83-87). Henry Lord fait une distinction dans l'attribution des Dakhmas de Surate; selon lui, l'un était réservé à ceux qui avaient mené une vie exemplaire et l'autre à ceux dont la vie avait été scandaleuse (op. cit,, p. 205). Anquetil Duperron dément cette assertion, de même que celle de Mandelslo qui rapporte que les hommes sont déposés dans l'un des Dakhmés, les femmes dans l'autre et les enfants dans un troisième, a Les Dakhmés dans l'Inde servent indifféremment à tous les Parses, dont les corps y sont placés dans des Késches séparés. » (Z.-A., t. II, p. 591.)
Anquetil nous a donné une description des Dakhmés de Surate. A son époque, il en comptait trois, érigés dans un lieu inculte, à un tiers do lieue de la ville, en sortant par la porte du Sérail; l'un était neuf, l'autre presque détruit; dans le troisième, le trou du milieu était rempli et les Késches étaient brisés. Les murs étaient hauts de onze pieds environ; le terrain du dedans était élevé de trois pieds et demi audessus de celui du dehors. La porte à deux battants était
percée à peu près au milieu de la hauteur du mur, et pouvait avoir trois pieds et demi de haut sur deux de large. Autour des murs en dehors, plusieurs trous recevaient les eaux qui découlaient du Dakhm&\
« Quelque temps après (sa visite au Derimher qui eut lieu le 20 juin 1760), j'allai hors de Surate, voir les Dakhmés (cimetières) des Parses. Ce sont des espèces de tours rondes, dont les murs sont faits de pierres quarrées, et qui peuvent avoir quinze toises de diamètre. Tandis que je faisais le tour de ces Cimetières, dont les murs étaient assaillis par une armée de corbeaux, de grailles et autres oiseaux carnaciers, plusieurs Parses qui me voyaient de loin, murmuraient contre ma curiosité. Sur ces entrefaites, arriva un convoi dont je fus obligé de m'éloigner. De l'endroit où je m'arrêtai, je vis les Nesa salars faire le sarj-did (c'^st-à-dire, présenter le chien) et porter le corps dans le Dakhmé. Ensuite le Convoi, qui était resté à plus de quatre-vingt pas de là, revint en priant, les hommes deux à deux, et se tenant par la manche, comme en allant. A mon retour les murmures augmentèrent ; dans les rues de Surate, plusieurs Parses disaient hautement que j'avais profané le lieu de leur sépulture : mais ces plaintes n'eurent pas de suite *. »
Stavorinus, en nous parlant de sa visite aux Tours du Silence de Surate, va nous renseigner à cet égard ; on verra qu'Anquetil courut des dangers assez sérieux : « Il y a plusieurs de ces puits dans les environs de Surate ; mais le principal se trouve à une demi-lieue hors de la porte Double. Le champ sur lequel ce puits est construit peut avoir un quart de lieue de circonférence, et appartient en propriété aux Persans. Il est un peu plus élevé que les terres adja-
* Les Tours du Silence élevées â Surate à Tépoque d'Anquetil (1700) étaient au nombre de cinq : une en ruine était antérieure à 1600; une seconde avait été bâtie par Nanabhoy Poonjia Mody; les autres avaient été construites en 1725, 1735, 1742 par des souscriptions publiques.
' Anquetil Duperron, Z,'A.^ Disc, Prél,,pp. ccclx, ccclxj.
i A'::>:r or*, r^ ..r •>,• •.-crTaln s^mî qujiir'r puits djn; deux sont toriirr;-; Ki^Jirz^ii^'^z.i en ruine, et îe iriiiTent couvert^ dans .'iritr::ieu: •i'r.-'rr'rjes et de broussailles. Le pulîs ♦^u'on a construit i. y 4 trois oi quatre aus*. est. comme les autres, d'une forrii^; cîr^uiaire. .Sa circoniérenee es: de trois cents pieds sur seiz^; a ^Jix sept pi^xl-; d'élévation au-dessus du s«>l. Il est bâti (■ïï \t\^''ttft f\r taille fort dure et garni d'un bord par le haut.
' I/ouverlure par laquelle on y porte les cadavres se irou-e, comme ceile dcrs autres puits, tournée vers l'est, pour qij^: le .-^oleil levant puisse y darder ses rayons. Cette ouverture, qui e.-^l pratiquée dans le haut du mur sous le l;ord, a [;Ius de cinq pieds d'élévation: elle est fermée par d'-iix fortes portes en pierre garnies d'une serrure ; de sorte r|u'il est impossible d'y entrer. On y monte par un talus sur l«;quel je^^rimpai; mais je n'y trouvai aucune fente par où je |)usse porter ma vue dans l'intérieur. Sur le bord, au- (l<:.'.sus de la porte, il y a un frontispice semi-circulaire, sur Uu\\U'\ sont gravées en lettres persanes des sentences relatives H ce triste lieu.
<' Au nord-est, nr)rd-ouest, sud-ouest et sud-est, à douze pieds environ du grand puits, il y en a quatre autres plus
* llw. iW vcH 'louiH fut bâtie en 1764 après la visite d'Anqaetib et la pliiM ;.'.rari<l«î (!<• I'IikIo fut coristiuite en 1771. Ce fut celle-là sans doute «jiiM SlavoriniiM \ i-if.'i.
petits, maçonnés sous terre, qui s'élèvent à trois ou quatre pieds au-dessus du sol en forme de voûte^ dans laquelle il y a plusieurs trous. Ces puits servent à recevoir les eaux qui découlent des cadavres, ou que la pluie y amène, par autant de rigoles qui communiquent avec le grand puits. Il est impossible de se former une idée de Thorrible puanteur qui infecte les environs et qui me causa un affreux mal de tête dont je me ressentis longtemps ; fruit de mon indiscrète curiosité.
(( J'avais laissé mes domestiques et les porteurs de mon
palanquin à une assez grande distance de Tendroit où sont les puits, parce qu'on m'avait prévenu que la curiosité qu'avait eu le frère de M. de Briaucourt, chef de la factorerie françoise, de voir par lui-même la disposition intérieure d'un de ces tombeaux, lui aurait immanquablement coûté la vie, si M. de Briaucourt n'était pas accouru à temps à son secours avec quelques soldats. Comme on avait épié ses démarches, il fut attendu à la porte de la ville par une troupe de Persans, dont l'intention était sans doute de le massacrer. J'eus le bonheur aussi que le garde du cimetière, qui a sa demeure près d'un petit temple consacré au feu, était dans ce moment à la ville ; de sorte que je me trouvai absolument seul dans ce lieu'. »
D'après ces quelques citations, nous pouvons constater d'une part l'horreur inspirée à l'Européen par ces tristes sépultures, de l'autre le respect religieux que le Mazdéen, leur a voué de tout temps et les efforts qu'il a tentés pour les soustraire aux empiétements des infidèles. L'inviolabilité des^' Tours du Silence a été snns cesse l'objet de vives réclamations, l'étranger ne pouvant être conduit dans ces lieux que par la curiosité, et son intrusion constituant une offense*.
^ Stavorinus, Voyage, etc. y etc., t. II, ch. ii, pp. 11 et suivv. ' « Et certè nemo, nisi summà curiositate ductus, illum locum lustrare tentabit. » Hyde, Veteruni Persarum et Parthoru/n et Medorunx
En Perse, nous avons vu que Taccès en est facile, car riiumble daklimé construit dans la montagne n'est pas gardé et ne pourrait l'être ; la position malheureuse des Guèbres ne leur permet guère, d'ailleurs, de se montrer exigeants ! Dans rinde, au contraire, les Parsis ont su faire respecter leur culte, obtenir des garanties et s'assurer une protection efficace. En 1792, une proclamation du Gouverneur de Bombay venait calmer leurs justes susceptibilités : un Européen avait, paraît-il, viole Tenceinte d'une des Tours. L'émotion fut si vive qu'il no fallut rien moins pour l'apaiser que l'assurance du renvoi du coupable par le Gouvernement, dans le cas où il serait au service de la Compagnie, et s'il ne l'était pas, de son expulsion du territoire de la Présidence ' .
L'inviolabilité des Dakhmas assurée, une question vient naturellement se poser à l'esprit du lecteur européen: qu'adviendrait-il si un corps, par suite d'erreur, était déposé vivant
roUtjiitnls hisioî'iciy etc., etc. MDCCLX, p. 419. La planche XIII, p. 415, donne le dessin de deux Tours au sujet desquelles Anquetil a fait une importante rectification. Ce dessin tout de fantaisie donne une fausse idée du Dakhmé en présentant la porte sous le terrain du dedans; il semble donc que les morts soient sur une espèce de terrasse, ce qui n'est pas. — Z.-A., t. II, p. 590.
' « Whereas it has been repiesentod to Government, by tbe Caste of the Parsees, that a Kuropean Inhabitant of tbis island, unobservant of that decency which cnlightoned people show to the religious cérémonies of the Natives of India, had lately enteredone of the repositories for their dead, to the great distress, inconvenience, andexi)ense of the said Caste: — tlie Acting Président in Council has thought fit to reprimand the peison aUuded to for his improper conduct ; and in order to mark in the stiongest manncr his discountenance of such unwarrantable proceedings, and to deter otiiers from the commission of the liko indignities in future, he hereby causes it to be signified that whoever sball intrude themselves on the Temples, Tombs, or religious cérémonies of the Natives, rosiding under the protection of tbis Government, will be susjiended the Hon'ble Conii)any's service if in their employ, or if f ree meichants, niarineis or others, be adjudged to bave forfeited their licenses, and wili be sent to Europe. By oïder of the Acting Président in Council. William Page, Secretary, Bombay Castle, 29 th February 1792. »
dans un pavi de la lugubre plate-forme? Stavorinus fait allusion à cette éventualité et déclare que les Nasâ-sâlârs avaient ordre de tuer le malheureux qui oserait se relever de sa couche de pierre \ En 1826, on répandit le bruit étrange qu'un Parsi s'était échappé de Tun des Dakhmas de Bombay et que, pour se soustraire à la fureur de ses coreligionnaires, il s'était réfugié soit à Thana, soit dans un quartier retiré de la ville. Le Panchayet et les parents des défunts firent des recherches minutieuses pour savoir à quoi s'en tenir à ce sujet, mais leur enquête n'aboutit à aucun résultat. Le Panchayet, afin de calmer les populations fort troublées de cette rumeur, publia une proclamation dans laquelle une récompense de 200 roupies était promise aux Nasâ-sâlârs ou à tout autre individu qui, dans l'avenir, aiderait une personne exposée par erreur dans la Tour à regagner sa demeure.
Il y a 115 Tours du Silence dans l'Inde ; 65 sont actuellement employées ; 24 sont hors d'usage et 15 sont en ruine*. Sur ce nombre, 67 ont été bâties à l'aide de souscriptions publiques, 45 aux frais de pieux Beh-dins et 3 par de riches
* « Les corps qu'on a une fois dt^posés dans ces puits ne peuvent plus en sortir, sous quelque prétexte que ce soit ; et si, par accident, une personne qu'on aurait cru morte, revenait à eile-môrae après y avoir été portée, les préposés de ce funeste lieu ont ordre de la tuer sur le champ, ainsi qu'on en a eu, dit-on, anciennement plus d'un exemple. Ils s'imaginent que si quelqu'un venait à sortir d'un de ces puits, Dieu en serait tellement irrité, qu'il défendrait à la terre de porter des fruits, et que les habitants seraient affligés des plus terribles calamités. » Stavorinus, Voj/age, etc., etc., t. II, chap. ii, p. 17. — Niebuhr, en parlant de la fermeture de l'une des Tours du Silence de Bombay, donne une raison bien curieuse : « Cet édifice est actuellement fermé, dit-il, depuis que, à ce qu'on raconte, une jeune et belle fille qui était morte fort subitement et enterrée tout de suite avait reçu encore une visite de son amant dans ce lieu funèbre. » Voyaye, etc., t. II, p. 40.
* Voyez Notes on tlie Totcers of Silence in India, by M. Bomanjeb Byramjee Patell, dans le Journal of the Anthropological Society of Bombât/, vol. II, n*l, pp. 55-65. On trouvera la liste complète des Tours dans les Appendices. Nous suivons l'orthographe des noms telle qu'elle est donnée dans le mémoire de M. B. B. Patell.
dam^rs maz<l-}ennes*.On en compte 7à Bombay,! àCalcutta. â Madras, u Aij.>ai. :-ur la cote de Malabar, 2 à Aden ei à Kurraciiee : «lans les j-rovinces centrales. 1 â Ajmere. à Mhow , â Neemujh. a Bliusaval : dans le district de Surate. 11 â Suraie m^^me, 2 à Randeir. 3 â Bulsar, 4 â Tena, 2 à Oodwâda. 1 à Sumali. â Mandvi. à Pardi, à Kbergaum. â Amroiee et a Bardoli ; dans le district de Broacb 8, dont 4 a Broach même. 2 â Anklesbwar. 1 à Ilao et à Karanj. Il y on a 2 â Alimedabad. 1 â Deesa. â Abu et 3 à Cainbay : dan-le Decean. 2â Poona. 4 à Abmednagar, 1 à Satara et a Sliolapur : dans le district de Tbana, 16 dont
2 a Tliana. 4 â Kalyan, 1 à Sanjan', 2 â Xargol, 2 â Davier,
3 à Tarapur, 1 â Burigad et à Godar, près de Sanjan, 2 dans le district de Nassick, 1 â Deolalee et 1 à Igatpura; dans les États du Nizam, 1 â Hyderabad, à Aurungabad, à Balapur et 3 a Jaulna. Dans les établissements portugais , on en trouve 3 à Daman et 1 à Diu ; dans les États du Guickowar de Baroda, 2 à Baroda, 5 â Xavsari, 3 à Billimora, 4 à Gandevi, 1 âCliikli, là Tavri, â Mahava et à Sungad, près de Navsaii'.
Los Parsis ont des enclos séparés pour leurs sépultures à Macao, à Canton, à Singapore, â Hong-Kong et à Shanghai, en Chine ; â Colombo ei â Galle, dans Tllede Ceylan ; àTelliclierry, à Maiigaloro, â Cochin et à Cannanore sur la côte
* Ce sont : à Kalyan^ la Tour bâtie par Navazbai, la veave de Nasserwanji I)a^lab))oy Mody flTOO;; â Karanj, celle qui est due à Dinbai, la vcuvo do Poojiajee Manajee (1828), et â Khcrgauin celle qui a étéélevëe par Motibai, la veuve de Bomanjee Jamsetjee Moola (1882).
* iJfs neuf grosses Tours qui existaient à Sanjan, il ne reste que les vestig<*s de l'une d'elles bâtie avant 14(K), dont les murs sont en ruine; le bluiiulnv seul existe.
' Comme les Parsis en arrivant dans une localité s'empressaient d'«''ri>:or un«î Tour du Silence, si le nombre des membres de la communauté et leurs moyens le permettaient, on peut, en suivant les indic'ition'^ ci-dos'^us', avoir une idée assez exacte de leurs cantonnements dans rinde.
de Malabar^ ; à Delhi, à Lahore, à Ferozepore, à Rawal Pindee, à Mooltan, à Peshawar, à Sakar et à Sind dans Tlnde, enfin à Zanzibar et à Londres'.
C'est à Bombay qu'on est le mieux à même d'étudier les sépultures des Parsis. Les Dakhmas forment un groupe imposant de sept grosses tours bâties au sommet de Malabar Hill, au-dessus du « Tulsi Réservoir » et des « Water Works ». Une des plus anciennes mentions qui en soient faites se trouve dans les lettres de Fryer*. A Tépoque où ce voyageur vint à Bombay, une seule tour s'élevait sur la colline, celle de Modi Hirji Watcha. Ives, au XVIII® siècle^ en compte deux. « Un gardien, dit-il, placé à une petite distance se montre très irrité si l'on veut approcher des édi-
* Stâvorinus en parlant des Parsis qui s'éloignaient de leurs familles pour les besoins de leur commerce, mentionne que, dans certains cas, les parents de ceux qui mouraient au loin, ne négligeaient aucun soin pour transporter leurs cendres dans les Tours ; certains dépensaient jusqu'à vingt mille roupies pour assurer aux défunts une sépulture suivant les préceptes de leur religion. (Voj/age, etc., t. I, ch. xxviii, p. 361.)
* Les Parsis ont un endroit réservé pour leurs morts à Woking (Surrey), où T/tc London Xecropolis C* possède des terrains d'une grande étendue. En 1863, les Parsis y acquirent 25,000 yards carrés pour leur usage exclusif. Un comité formé à Londres prend soin de son entretien et de celui des tombes. On y a élevé un petit édifice en pierre. C'est là qu'on apporte les corps dans un cercueil et qu'on accomplit les rites funéraires, mais les cérémonies ne sont pas aussi complètes que dans l'Inde, parce qu'il n'y a pas de prêtres. En général, les deux Parsis qui les représentent sont de la caste sacerdotale, sans pour cela avoir reçu les ordres. De 1862 à 1^94, seize Parsis, onze hommes, deux femmes et trois enfants, ont été aiuîii inhumés loin de leur pays et de leurs bienaimès coreligionnaires !
' Op. cit. y p. 67. « On the outside of the great inlet to the sea is a grcat point abuttingagainst Old Woman's Island, and iscalled Malabar Hill, a rocky woody mountain, yet sends forth long grass. Atopof ail is a Parsee tomb lately raised. On its declivity towards the sea, the remsCins of a stupendous Pagoda ncar a tank of frcsh water which the Malabars visited it mostly for. » {Extract from D'John Fryer's Book of Travels, published in the year 1098. L'auteur arriva à Bombay le 8 décembre 1673.)
fices, par la raison qu'on trouble les vautours et qu'on les empêche d'accomplir leur besogne. Pourtant un matin, je résolus de satisfaire ma curiosité et de jeter un coup d'oeil dans l'intérieur d'une des Tours. J'y vis plusieurs corps. Les os étaient dépouillés de chair, et le peu qu'il en restait était si bien desséché par l'ardeur du soleil qu'il ne s'en exhalait aucun effluve délétère, comme on était en droit de s'y attendre^.. » Ives ajoutait dédaigneusement qu'à tout prendre cette coutume était odieuse et que les raisons données par les Parsis pour justifier l'attachement qu'ils avaient pour elle étaient vraiment ridicules *.
Coutume et attachement, voilà les deux grands points qu'il convenait de présenter sous leur jour véritable. Les Parsis ont montré, à cet eiïct, un admirable bon sens, et pour y parvenir ils se sont quelque peu départis de leur extrême réserve. Il est évident que du jour où ils ont accordé l'entrée des enclos réservés et qu'ils ont donné des explications sur les rites qui accompagnent les funérailles, les répugnances des autres communautés religieuses ont commencé à disparaître'. Au risque de nous répéter dans certains détails, nous allons enregistrer la description des Tours du Silence de Bombay, telle que nous la devons à un des hommes les plus éclairés et les plus impartiaux qui en aient parlé. Sir M. Monier- Williams- Ses impressions, sa manière de voir doivent, selon nous, faire autorité, quant au sentiment des Européens sur le mode de sépulture des Parsis.
^ E. IvES,A coyafjc froni Enrjland to Indiajn tkc year MDCCLIVy etc., etc., p. 33.
' (( Upon thc wholc, tliis is a most odious and abominable custom, and thc reason they give for following it, is truly ridlculous. »
^ De IS?-") à 1884, plus de quatre mille personnes de toutes nationalités et de tout rang ont visité le grand parc des Tours du Silence à Bombay. Voyez : Itofcroncc to a rnof/elof'a Toiccr of SilcncCf icitk explcuiatort/ notes re/atiiif/ to t/w mode of tlœ Di<po>ialof Dead Bodies of the Parsecs, With an appendix. Bombay, 1885. Le plan de la Tour est le même que celui que nous avons donné p. 210.
« Les Dakhmas ou Tours du Silence sont bâtis dans un jardin au point le plus élevé de Malabar Hill, sur une colline située au Nord de Back Bay , fameuse par les bungalows et les parcs des riches habitants de Bombay, Européens ou Natifs.
(( On arrive à ce jardin par une route bien entretenue, accessible aux seuls Parsis et fermée pour les autres par de solides portes en fer ; mais grâce au tout-puissant Sir Jamsetjee Jejeebhoy, je pénétrai sans obstacle et toutes les portes s'ouvrirent devant moi comme par enchantement \ Je traversai rapidement un enclos aussi bien entretenu qu'un parc, et je trouvai le Secrétaire du Panchayet parsi, M.Nusserwanjee Byramjee, qui m'attendait. Il me conduisit au point le plus élevé du terrain réservé, et nous nous arrêtâmes sur la terrasse de la plus grande des trois Sàgrîs ou maisons de prières qui dominent les cinq Tours du Silence. Cette Sâgrt contient le feu qui, une fois allumé et consacré par une cérémonie solennelle, est entretenu nuit et jour avec de l'encens, du bois de santal et ne doit jamais s'éteindre. Rien ne peut surpasser en beauté la vue dont on jouit de cette terrasse*. A nos pieds s'étendait la ville de Bombay en partie cachée par des plantations de cocotiers; sa baie et son port étincelaient sous les rayons de la brillante lumière de Décembre; au loin se déployait la chaîne des Ghâtes, et autour de nous s'épanouissait un jardin comme on n'en admire que dans les pays tropicaux*. Il n'y a pas de propriété apparte-
* An Account of the To œer s of Silence by Prof. Monier Williams, M.A.,D.C.L., of Oxford, Boden Professer of Sanskrit, published in the London Times of the 28th January 1876. — La vue que nous donnons pi. 9, est due à M. Félix Régamey et a été faite par lui sur les lieux mômes.
' Le prince de Galles rendit visite aux Tours de Silence de Bombay lors de son voyage aux Indes (1875). Voyez à ce sujet The Bombay GasetiCy 18th nov. 1875. Les étrangers sont parfois admis à pénétrer dans l'enclos réservé.
' Au sud-ouest, on distingue le Prongs Light-House ; au nord-est, Sion Fort, Coorla Hill; plus loin on aperçoit les vaisseaux dans le port, Karanjah Island, Butcher Island, les rochers d'Éiéphanta, Matheran
nant à un seigneur anglais qui soit mieux entretenue, et Ton aurait peine à donner une idée de la magnificence des massifs d'arbrisseaux en fleurs, des cyprès et des palmiers dont elle est ornée. C'est bien là Tidéal du lieu du silence sacré et de Téternel repos*.
(( Mais quels sont donc ces cinq édifices circulaires qui, çà et là, émergent mystérieusement du feuillage? Ce sont des masses énormes de maçonnerie assez résistantes pour durer des siècles, bâties en granit noir et dur, revêtues d'une couche de chaux blanche ; à peine méritent-elles le nom de tours, car leur hauteur est hors de proportion avec leur diamètre. La plus grande des cinq, bâtie avec de si solides matériaux que sa construction a coûté 3 lakhs de roupies, semblait avoir 90 pieds de diamètre et tout au plus 25 pieds de hauteur. La plus ancienne et à la fois la plus petite fut érigée en 1670, lorsque les Parsis s'établirent à Bombay ; les membres de la famille Modi, à laquelle cette tour est due, y sont seuls déposés, et c'est ainsi que les ossements de générations entières s'y trouvent entassés. Une seconde Tour fut construite en 1750, et les trois autres au siècle suivant*. Une sixième
Ilîll et les Sayadree Mountaîns dans Téloignement ; plus bas les plantations do cocotiers de Chaupati. Gaumdevi et Girgaum ; puis la ville de Bombay avec ses monuments: Sir Cowasjee Jehangier Collège, le BycuUa Club, le Jamsetjee Hospital et à droite l'hôtel des Postes, la haute Tour de rUniveisitô, etc., etc.
^ L'odeur dêsagr<^able souvent constatée par les voyageurs n'existe plus, et les précautions hygiéniques sont telles qu'aucun des riches habitants de Malabar Hill n'a eu lieu de se plaindre du voisinage des Tours du Silence.
' Nous ne suivrons pas ici M. Monîer Williams. 11 y a & Bombay sept Tours du Silence. Voici, d'après M. B. B. Patell (voyez les Appendices)^ l'ordre de leur érection : la première fut bâtie par Mody Hirjee Vacha et consacrée en 1670; la seconde par Maneckjee Nowrojee Sett et consacrée en 1750; la troisième par des souscriptions publiques et consacrée le 7 mai 1770 ; la quatrième par Mancherjee Jeevanjee Readymoney et consacrée le 9 septembre 1786; la cinquième par Dady Nasserwanjee et consacrée le 22 avril 1798; la sixième par Framjee Cowasjee Banajee et consacrée le 3 mai 1832; la septième par Cowasjee Eduljee Bisny et consacrée le 7 mai 1844.
s'élève à Técart des autres; elle est carrée : c'est là qu'on porte les corps des condamnés, car les os des criminels ne peuvent être mêlés à ceux du reste de la communauté. Un détail très caractéristique achève de donner un relief étrange à ces édifices si merveilleusement entourés de cyprès, de palmiers et d'arbustes délicats ; quoique dépourvu d'ornements et même de la plus modeste moulure, le parapet de chaque Tour possède un couronnement qui attire et fascine le regard : en guise de motifs décoratifs, se dessine sur le ciel la silhouette de vautours vivants ! Lors de ma visite, les oiseaux serrés côte à côte, la tête tournée vers l'intérieur, formaient un cercle parfait autour du parapet de la Tour ; et c'était si paresseusement qu'ils s'y étaient installés, leur immobilité était si complète que, n'était leur couleur, on eût pu les prendre pour des sculptures de pierre !
(( Telle est la description de l'extérieur des fameuses Tours du Silence; après leur consécration solennelle, nul, sauf les porteurs, n'y pénètre, et le grand prêtre lui-même ne peut en approcher à plus de 30 pieds. On me montra un modèle de la disposition intérieure.
(( Figurez-vous une colonne ronde, sorte de cylindre massif de 12 à 14 pieds de haut et d'au moins 90 de diamètre, bâti en pierre avec, au centre, un puits de 15 pieds de profondeur et de 45 de diamètre, conduisant par un trou pratiqué dans la maçonnerie à 4 canaux disposés à angles droits l'un de l'autre et terminés chacun par des creux remplis de charbon. Un parapet en pierre de 14 pieds de hauteur entoure la partie supérieure de cette masse solide et empêche de voir à l'intérieur. C'est ce parapet qui, à l'extérieur, parait former une seule masse avec l'appareil en pierre, et qui, à cause de son revêtement de chaux, donne à l'ensemble l'apparence d'une tour écrasée. La plateforme est divisée en 72 compartiments ou cases ouvertes qui, partant du point central, sont disposés comme les rayons d'une roue et sont partagés en trois rangées concentriques séparées les unes des autres par
d'étroits conduits de pierre qui servent de rigoles pour amener l'humidité dans le puits et dans les canaux inférieurs. Il est bon de faire observer que le nombre trois est l'emblème des trois préceptes deZoroastre, et le nombre soixante-douze celui des chapitres du Yasna, une des sections du Zend- Avesta.
(( Chaque rangée de cercueils de pierre est séparée par un passage, ce qui fait ainsi trois passages circulaires ; le dernier entoure le puits central. Ces trois passages sont traversés par une allée qui conduit à la porte unique par laquelle entrent les porteurs. Dans la première rangée sont placés les corps des hommes, dans celle du milieu ceux des femmes, et dans la dernière, la plus petite, près du puits,ceux des enfants.
(( Pendant que j'étais occupé avec le Secrétaire à examiner le modèle de la Tour, une certaine agitation parmi les vautours appela notre attention : une centaine d'oiseaux réunis sur Tune des Tours commencèrent à bouger, tandis que d'autres se laissaient tomber lourdement des arbres du voisinage. La cause de ce mouvement nous fut bientôt révélée : un convoi approchait. Le corps, à quelque rang qu'appartienne le défunt, riche ou pauvre, que la demeure soit proche ou éloignée, est toujours porté à la Tour par les Nasasalars qui forment une classe à part dans la communauté. Les personnes qui suivent le convoi viennent après. Comme les porteurs sont supposes impurs à cause de leurs fonctions, ils vivent complètement séparés du reste de la communauté et sont largement rétribués.
(( Avant d'enlever le corps de la maison où sont assemblés les parents et les amis, on récite des prières contenant certaines Gâthàs ou préceptes moraux, et le cadavre est exposé aux regards d'un chien que les Parsis considèrent comme un animal sacré. Cette dernière cérémonie est appelée Sag-dtd.
« Le corps enveloppé dans un drap blanc est placé ensuite sur une bière de fer, et les porteurs habillés de vêtements blancs s'avancent vers les Tours; les parents et les amis, éga-
lement habillés de blanc et unis deux à deux par un mouchoir, suivent à la distance d'au moins trente pieds. Les funérailles dont je fus témoin étaient celles d'un enfant.
« Quand les porteurs furent arrivés au chemin en pente qui conduit à la porte de la Tour, les assistants au nombre de huit entrèrent dans une des maisons de prières. « Là, me dit le Secrétaire, ils répètent certaines formules et demandent que Tàme du défunt entre le 4® jour après sa mort dans le repos éternel. ))
« La Tour choisie pour Texposition contenait déjà les restes de plusieurs membres de la famille. Les deux A^asasalars ouvrirent la porte rapidement et emportèrent respectueusement le corps de Tenfant dans l'intérieur; puis, détails invisibles pour tous, le déposèrent selon les rites dans un des Kcsh le plus rapproché du puits central. Cinq minutes après, ils reparurent avec la bière et le drap blanc. A peine eurentils refermé la porte qu'une douzaine de vautours, rapidement suivis par d'autres, s'abattirent sur le corps. Bientôt les oiseaux repus revinrent s'établir sur le parapet ou s'envolèrent dans les arbres : ils n'avaient laissé qu'un squelette ! Pendant ce temps les porteurs entrèrent dans un bâtitnent voisin où ils changèrent leurs vêtements et se lavèrent. Peu après, nous les vîmes en sortir et déposer non loin dans un réceptacle en pierre les vêtements employés pour les funérailles et désormais hors d'usage ; car pour éviter que la contagion ne se répande en ville, pas un fil ne quitte le jardin, et des habillements neufs sont fournis pour chaque convoi. Au bout de quinze jours, un mois tout au plus, les mômes porteurs retournent à la Tour, et, munis d'instruments en forme de pincettes, les mains gantées, ils jettent le squelette desséché dans le puits central où les os trouvent enfin leur dernier asile. C'est là que se confondent les cendres de générations entières et qu'elles y restent des siècles à l'abri des profanations.
« La vue révoltante des vautours repus me fit tourner le dos à la Tour avec un geste de dégoût; je demandai au
Secrétaire comment on pouvait justifier une coutume pareille. Sa réponse fut celle-ci : (( Notre prophète Zoroastre, qui vivait il y a plus de trois mille ans, nous a enseigné à considérer les éléments comme des svmboles de la divinité. La terre, le feu, l'eau, dit-il, ne doivent jamais être souillés dans n'importe quelles circonstances par le contact de la chair putréfiée. Nus nous venons en ce monde; nus nous devons le quitter. Il faut que les molécules de nos corps soient anéanties aussi rapidement que possible pour que la Terre, notre more, et les êtres qu'elle contient ne soient souillés d'aucune façon. Il est évident que notre Prophète a été le plus grand de tous les officiers de santé, et c'est en suivant ses prescriptions que nous avons bâti nos Tours sur le sommet des collines, au-dessus de toutes les habitations humaines. Nous ne reculons devant aucune dépense lorsque nous les construisons pour nous procurer les plus durs matériaux, et nous plaçons les corps putréfiés à ciel ouvert sur des lits en pierre qui reposent sur une épaisseur de quatorze pieds de solide granit, non pour être la proie des vautours, mais pour être anéantis de la manière la plus rapide en évitant de souiller la terre ou de contaminer un seul des êtres vivants qui l'habitent. Dieu envoie les vautours^ et il convient de dire que
^ On pourrait craindre que des débris humains enlevés par les vautours ne fussent jetés soit sur les routes, soit dans les jardins environnants. Il n'en est rien. Le Commissioncr of Police et président du Municipal Corporation a déclaré en pleine séance (23 janvier 1882) que pendant les quinze années qu'il avait résidé à Bombay et tout le temps qu'il avait exercé sa charge, il n'était jamais parvenu à sa connaissance que des lambeaux de chair ou des ossements fussent togabés hors des murs de Tenclos des Tours.— Quant aux vautours^ leurs habitudes sont telles qu'on peut être pleinement rassuré; ces oiseaux, lourds et voraoes, ne volent jamais bien loin : gorgés de nourriture, ils digèrent engourdis le plus près possible de leur proie que, par la disposition de leurs serres, ils no peuvent ni saisir ni transporter. — A Bombay, ils sont au nombre de 110; bien qu'il y ait des mâles et des femelles, ils ne se reproduisent pas; on n a jamais trouvé leurs petits; ils ne meurent pas là. On ne sait ni où ils naissent ni où ils ont leur nid. (Cette dernière communication estdûeà M. M. C. Murzban et citée dans Darmesteter^Accs^û, Vcndidad^p.lb6.)
ces oiseaux accomplissent leur besogne plus rapidement que des millions d'insectes, si nous confiions nos morts à la terre. Au point de vue sanitaire, rien de meilleur que notre système; l'eau de pluie qui lave les squelettes est conduite par des canaux sur du charbon qui la purifie. Ici même, dans ces cinq Tours, sont confondus les os de tous les Parsis qui ont vécu à Bombay depuis deux cents ans; c'est ainsi qu'unis dans la vie, nous sommes encore unis dans la mort! »
« Quand le Secrétaire eut achevé de me présenter la défense des Tours du Silence, je ne pus m'empêcher de penser que si l'exposition des corps choque nos idées et nos sentiments européens, notre manière d'enterrer les morts, aux yeux des Parsis, doit être tout aussi révoltante. L'abandon du cadavre h l'appétit de myriades de vers dévorants ne nous cause de terreur que parce que leur travail mystérieux échappe aux regards des survivants; aussi n'oublions pas qu'il est défendu aux Parsis de suivre le vol des oiseaux! Pourquoi donc nous étonner de leur préférence pour un mode de destruction plus rapide? Lequel des deux est le plus raisonnable au point de vue de la salubrité? »
Le vendredi 10 novembre 1876, Sir M. Monier Williams rendait une nouvelle visite aux Dakhmas et en parlait en ces termes : « Il n'y a pas d'endroit à Bombay où la brise soit aussi saine que dans les beaux jardins qui les entourent. Pendant mes voyages dans l'Inde, de Kashmir au cap Comorin, rien ne m'a autant intéressé que mes deux visites aux Tours du Silence! »