‹ Les partis politiques et leurs programmesChapitre 10 sur 35 · DÉPENSES · texte numérisé non relu

DÉPENSES

« Pour réah'ser votre programme scolaire, a pu dire M. Woeste, vous aurez besoin de beaucoup d'argent, et si VOUS réussissiez à détruire ce que vous appelez la mainmorte et ce qui n^est pas autre chose que l exercice légitime du droit d'association, si vous réussissiez à fermer les asiles de charité et les écoles chrétiennes des ordres religieux, vous devriez les remplacer; vous auriez besoin de ressources nouvelles et vous devriez, par conséquent, frapper les contribuables de gros impôts.

)> Au surplus, nos adversaires ne se cachent pas pour dire qu'ils entenr7ent réformer complètement notre système d'impôts et voici dans quels termes s'exprime le programme du parti dit ouvrier :

> Impôt progressif sur le re^ena, sur les

legs et donations entre vifs, sauf en cas de libéralités faites à des œuvres d'utilité publique; suppression de rhérédité «6 intestai, sauf en ligne directe et dans des limites à déterminer. >»

» Voilà donc le programme financier, et si vous réalisez ce programme, vous appauvrirez la bourgeoisie, vous affaiblirez l'esprit d'initiative et d'entreprise, vous troublerez l'essor du commerce et de l'industrie et par là-méme, vous enlèverez à une multitude d'ouvriers le pain qui leur est nécessaire. »

{Annales, 1903-1904, p. 1376.)

Programme de réTolntion sociale.

A côté du programme prétendument commun aux libéraux et aux socialistes, et que nous avons qualifié de programme de réticences; à côté du programme de guerre au clergé et aux œuvres catholiques, qui préoccupe surtout les libéraux, il y a le programme des revendications de classe du prolétariat, dont les socialistes sont les protagonistes..

Nous avons démontré, par les déclarations péremptoires des chefs socialistes, que leur parti n'entendait pas, pour amadouer les libéraux, abandonner un seul des articles de son programme, ni ajourner d'un moment le travail préparatoire à leur réalisation.

Le congrès ouvrier a, d'ailleurs, formellement sanctionné cette manière de voir, dans sa session d'avril dernier ;

» Le Congrès des délégués du Parti Ouvrier :

a Tout en reconnaissant qu'il serait souhaitable que les divers partis d'opposition, libéral, progressiste, démocrate-chrétien, socialiste, proclament leur accord sur la nécessité des réformes urgentes comme le suffrage universel, l'instruction obligatoire et la diminution des charges militaires ;

» Estime qu^ll u^y a pas lîea de limltei* aux Meules rcforiues politiques le programme du parti ouTrier ;

» Engage, uu contraire, les fédérations régionales à mettre à profit lagilalion électorale pour faire valoir les revendications de classe du prolétariat et pour pénétrer les travailleurs de cette conviction, que leur affranchissement intégral de la servitude militaire, cléricale et capitaliste, n'est possible que par le triomphe de la démocratie socialiste. •

Le futur ministère libéral aurait donc à compter avec des partenaires qui poursuivent d'abord rétablissement de la république et dont le prog^ramme officiel comprend encore d'assez gros morceaux. M. de Trooz faisait à la Chambre une énumération typique :

« ... Suppression duSéuat. Législation directe. (Droit d'initiative et référendum populaire à tous les degrés.) Application du principe électif à toutes les juridictions. Suppressieu des armées, et à titre transitoire, nation armée, iiupèt progressif sur le revenu, sur les legs et donations entre vifs...

» ... Suppression de rhérédlté ab intestat , sauf en ligne directe, dans les limites à déterminer.

» expropriation pour canse d'ntilité pnbliqne des inlues, des carrières, des sous-sols, ainsi que des grands moyens de production et de transport...

» Nationalisation des forêts. Reprise progressive du sol par TEtat et les communes. »

Le parti socialiste entend donc faire chez nous V essai du régime collectivisle, et, à cette fin, confisquer toute la propriété foncière.

M. Van der Velde a bien tenté de soutenir qu'il ne s'agira d'abord que de remettre à l'État les grands domaines et que la petite propriété, celle qui n'est pas entachée de la tare capitalistique et qui est exploitée en faire valoir direct, sera sauve. Mais ce n'est pas la manière de voir de bon nombre de socialistes et d'un des principaux lieutenants de M. Van der Velde, M. Bertrand. C'est ce que M. Helleputte lui a rappelé fort à propos.

« M. Helleputte. — M. Bertrand qui, certainement, doit comprendre, lui, le socialisme, nous dit ceci :

« L^État serait propriétaire du sol, du sous-sol et des grands Instruments de travail. »

» Qu'est-ce qui resterait après cela? (On rit.)

)) fl. Bertrand. — Il resterait les petits instruments de travail.

)» m. de Trooz, Minisire de l'intérieur et de l'instruction publique. — Il nous resterait aussi la vieille porcelaine.

)) M. Beriraod. — Vous vous y connaissez.

» M. Hellepiitte. — « Comment, dit M, Bertrand, la société serait-elle organisée par les socialistes? 11 est difiQcile, sinon impossible, de prévoir ce que sera la société dans cent ans. On peut cependant indiquer, dans ses grandes lignes, ce que sera la société socialiste de demain. >;

» Donc, au lendemain du jour de la victoire.

(( D^abopd, la lerre, les luaisoas, » — il ne distingue pas entre les grandes et les petites maisons, — l'État devient propriétaire de tout. » Donc, la terre, les maisons, les atelier», les machiues, seraient la propriété de TÉtat, c'est-à-dire de tous, et administrés soit par l'État, soit par les communes...

» L'État actuellement est propriétaire des routes, des canaux. Pourquoi ne le serail-il pas de tout le sol et des maisons? L'État est propriétaire de forêts immenses qu'il fait entretenir et dont il fait vendre les produits. Pourquoi ne le serait-il pas des terres cultivables? »

» VoiIàdonc,messieurs,commentrhonorable membre entend l'application immédiate, pas celle qui ne se produira que dans cent ans, de son programme...

M M. Uellepntte. — " La commune organiserait en services publics : Vhabitalion; l alimenta tion ; l'instruction primaire, moyenne et professionnelle; le service médical et pharmaceutique; le service des chemins de

fer vicinaux, tramways, voitures, etc.; les diverlissements et agréments, tels que théâtres, concerts, cafés, bibliothèques, etc.; la production et les échanges. i»

» 11. Hymaus. — Les divertissements et les agréments? C'est cela qui sérail amusant !

1» M. Carton de Wlart. — Les divertissements par ordre? (/î^m.)

» m. Hellepntte. — « L'individu devrait, à l'État ou à la commune, unejournée de travail fixée au nombre d'heures exigé par les besoins des services; pour les métiers plus fatigants ou plus répugnants, on pourrait accorder des avantages à ceux qui les pratiqueront. En échange de son salaire — espèces ou bons de travail — l'ouvrier pourrait se procurer, dans les bazars de la commune, le pain, le vêtement et tous les objets de consommation, l'habitation, les meubles, etc. ))

» Et voici, messieurs, la réserve que fait l'honorable membre quant à la petite propriété, ce qui me ramène à l'interruption de tantôt :

)) Pour les propriétés agricoles, il va de soi que l'État ne se rendrait acquéreur que des grandes exploitations et ne toucherait pas aux petites on moyennes propriétés, du moins à titre proTîsoire... » {Hilarité à di^oite.)

» M. Carton de Wîart. — iM. Vandervelde ne dit rien. 11 lit son journal ! [Nouveaux rires.)

» M. Belleputte. — «... et jusqu'à ce que ces

petits ou moyens propriétaires soient convaincus Hes avantages de la socialisation de la richesse. »

{Anfiales, 1903-1904, p. 1352.)

Ces citations sont typiques.

Le 27 avril, M. Hoyois les a reprises à la Chambre, et comme le groupe socialiste se récriait, l'honorable représentant insista avec raison.

Rien d'intéressant comme ce passage des Annales :

i( m. Hoyois. — Il faut que tout cela soit dit, particulièrement à la veille des élections, parce que, au cours de la campagne électorale qui va s'ouvrir, vous ne manquerez pas de frapper encore sur ce clou électoral que vous avez inventé : la distinction à faire entre la grande et la petite propriété !...

» m. Van dco Henvel, ministre de la justice. — Il n'y aurait qu'un moyen de vous répondre ; ce serait de déclarer que l'on s'est trompé, que l'on change de programme. Mais on ne paraît pas en avoir changé dans la réalité.

» M. Hoyoi». — Ces messieurs de l'extrême gauche ne sauraient changer du programme ! Car, s'ils reniaient ainsi leur foi passée, la foi du parti collectiviste universel, ils seraient contraints aussi de cesser de s'appeler socialistes et de passer finalement dans les rangs de la* droite!

» Pour démontrer qu'il leur est impossible de retirer les déclarations d'antan et d'évoluer au point de de venir ensuite radicaux, puis doctrinaires et enfin membres de la droite, il me suffira de lire quelques ligues du

Manifeste du parti communiste^ par Karl Marx et Frédéric Engels, V Aperçu sur le socialisme scientifique^ par Gabriel Deville, aujourd'hui député socialiste de Paris...

') Le Peuple l'a beaucoup vanté. Il en a, en effet, annoncé la publication en ces termes :

» Ce manifeste reste le monument le plus complet de la doctrine socialiste ; il est le Credo de la classe ouvrière avec toute la perfection qu'y on mise ceux qui formulèrent le socialisme scientifique. »

'» x\ous pouvons donc consulter tranquillement cet ouvrage, puisqu'il est le « Credo de la classe ouvrière » et le « monument le plus complet de la doctrine socialiste... scientifiquement exposée. -»

Or, voici ce que j'y lis (pp. 44 et 45 de l'édition de 1896} :

« La première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariaten classe régnante, la conquête du pouvoir public par la démocratie.

)) Le prolétariat se servira de sa suprématie pour arracher petit à petit tout capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe régnante, et pour augmenter au plus vite les masses des forces productives disponibles.

» Ceci, naturellement, ne pourra s'accomplir au début que par une violation despotique des droits de propriété » — violation u despotique»^ messieurs, ne perdez pas cela de vue, « des droits de propriété » —

« et des rapports de production bourgeoise^ c'est-à-dire par la prise de mesures qui, au point de vue économique, paraîtront insufiBsantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de révolutionner le mode de production tout entier.

)) Ces mesures, bien entendu, seront différentes dans les différents pays.

» Cependant, pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être applicables :

« 1» Expropriation de la propriété foncière » — sans distinction entre la grande et la petite, messieurs, — « et confiscation de la rente foncière au profit de l'État;

({ 2o Impôt fortement progressif;

« .3° Abolition de rhéritage... etc., etc. »

Quand on aura procédé à l'expropriation de la propriété foncière, confisqué la rente foncière et aussi la rente payée aux porteurs de titres sur l'État, ainsi que l'expliqua jadis au Sénat le sénateur socialiste Lafontaine, quand on aura, par-dessus le marché, grevé les contribuables d'impôts fortement progressifs qui porteront on ne sait plus trop sur quoi, que restera-t-il aux citoyens? On aura résolu le problème qui se pose devant le monde socialiste! Les articles du credo collectiviste seront devenus des faits accomplis, mais la misère' et la servitude seront partout ! »

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