DÉFINITION ET CARACTÈRES O
Les doctrines politique économique et sociale de chaque parti doivent-elles former un tout un et homogène, propre et spécial à chacun d’eux? L’on concevrait très bien abstraitement une société dans laquelle les trois organisations politique économique et sociale présenteraient toutes trois soit le tÿpe monarchique, soit le mode démocratique, soit la forme communiste (1).
En fait, 1l n'existe pas autant de corps de doctrine politique économique et sociale distincts qu’il y a de partis différents. Le rapport est difficile à établir, même en théorie, entre un régime économique donné et le système politique qui le complèterait le mieux, “entre des institutions sociales déterminées et les pratiques politiques qu’elles paraîtraient devoir logiquement conditionner. Le capitalisme s’est aussi bien accommodé du gouvernement populaire et décentralisé des États-Unis que de la forme de Monarchie aristocratique de l’Angleterre, de la République démocratique et centralisée de la France, de la féodale constitution allemande et de l’absolutiste régime tsariste. Le développement démocratique n’a pas encore produit de complets bouleversements dans l’ordre social où la monoga; mie, le mariage, la religion, la propriété privée subsistent tels qu’ils existaient à la veille de 1789. Néanmoins, il semble bien qu'il y ait une loi, non encore découverte, qui tend à harmoniser les manitestations de l’activité humaine dans ces trois domaines, politique économique et social, à diminuer d’abord et à éliminer ensuite les anomalies et les dissonances, les contradictions et les éléments vraiment parasitaires. Toutefois la vie dans la richesse de ses ressources, la variété de ses créations et la souplesse de ses adaptations se rie des « à priori » et concile parfaitement, sauf
(1) Tous ceux que l’on a appelé des socialistes utopistes ont dans leur plan de société future, harmonisé les institutions politiques, économiques el s0ciales. Platon (la République) Thomas Morus (l'île Utopie), Cabet (L’[carie), etc.
certains malaises et diverses crises, plusieurs faits qui à notre raison éprise d’uniformité de symétrie et d’homogénéité rigoureuse, paraîtraient devoir mutuellement s’exclure,
Au si bien lorsqu'une nation comme la France actuelle arrive à faire vivre côte à côte des institutions, politiques de caractère démocratique, économiques d’allure plutôt monarchique et sociales d'apparence aristocratique (aristocratie de l’argent) il serait excessif d'exiger de chaque parti, dont le but est plutôt d'améliorer la réalité vivante du moment et que de réaliser un type abstrait de société, un corps de doctrines politique économique et sociale, uniformes, nous voulons dire toutes d’un même modèle, ou aristocratique, ou démocratique, ou absolutiste, ou anarchique.
D'autant plus que les divers moyens d'action politique ou sociale ont leur logique rigoureuse qui s'impose à tous ceux qui les utilisent, même s'ils en sont les adversaires, « le parlementarisme a ses propres lois dont aucun parti qui se sert de cette institution ne peut s'affranchir» (1). Il demeure singulièrement difficile d'indiquer clairement quelle organisation économique et sociale complète logiquement une organisation politique donnée, ou quelle formation politique conviendrait le mieux à une société créée sur des bases économiques et sociales nouvelles.
« Le phénomène économique est une chose, le phénomène politique en est une autre... il n’y a peut-être pas liaison entre l’évolution sociale et la royauté, mais il n’y a certainement pas d'opposition entre ces deux termes.» (2)
Au congrès socialiste international de Stuttgart en 1907 une discussion intéressante eut lieu à ce sujet.
« Tout système économique possède son propre régime politique... si jusqu’à présent la social-démocratie a été forcée, en face
(1) Congrès socialiste international de 1907, compte-rendu p. 35. M. Troelstra.
(2) M. Ch. Maurras. Enquêle sur la monarchie 1900-1909, p. 45 et 46,