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NAISSANCE, ÉVOLUTION ET DISPARITION DES PARTIS

dans un avenir pas trop éloigné elles suffiront à différencier les partis. Mais nous estimons que, dans l’état actuel de la France, fortement centralisée et minutieusement administrée, la forme du gouvernement et l’esprit des institutions constituent l’une des données essentielles du problème que chaque parti offre à la nation de résoudre.

Comment naissent, se développent et meurent les partis politiques? Nous avons vu que les théoriciens, puisant dans les matériaux fournis par les philosophes les économistes et les sociologues, élaborent des systèmes politiques des théories économiques, des thèses sociales. Les leaders les ordonnent en corps de doctrines, les animent d’une méthode, les vulgarisent en les résumant en programmes, les popularisent par des devises, des mots et des formules. Les militants et les organisations les propagent dans les divers milieux, attirent et retiennent les adhérents.

L'évolution des groupements politiques est une suite ininterrompue de décompositions partielles et de reconstitutions fragmentaires incessantes. Ce phénomène continuel d'analyse et de synthèse aboutit à une dissociation et à une concentration fréquentes des partis (1). Lorsque la pression des adversaires faiblit, que les exigences de la lutte diminuent, que ses leaders sont arrivés au pouvoir, le parti se distend et se divise; il s’unit et fait bloc à nouveau lorsqu'il se trouve dans l’opposition, ou que son existence est menacée.

« Chose curieuse, le cléricalisme qui, au négatif (l’anticlérica-

lisme), avait été le point d'union des partis républicains pour le triomphe collectif (dans les premières années de la République)

(1) Voir un curieux article de M. Raoul de la Grasserie. Dissociation ej concentration des partis politiques, Revue politique el parlementaire, année 1899, p. 229,

devint ensuite au positif, le point de ralliement qui fondait à son tour la concentration des partis monarchiques.» (1)

Pour éviter les inconvénients de la désagrégation, les leaders pratiquent la subalternisation ou la soumission docile des partis en minorité au parti en majorité, la concentration ou la participation au pouvoir de plusieurs partis en proportion de leur importance respective, celle-ci aboutissant bien plus à une neutralisation qu’à un équilibre réel, le syncrétisme politique ou fusion des programmes voisins la moyenne ou juste milieu entre deux conceptions opposées ou deux opinions extrêmes, à l'alternance là où il n’y a que deux partis en présence (2).

Comment disparaissent les groupements politiques?

Les partis sont, soit persécutés par les divers gouvernements (second Empire, procès des treize) soit inconnus par eux (thèse Le Chapelier, 1792) soit reconnus (là où existe la Représentation proportionnelle) et toujours au moins. tacitement, les gouvernants ont une prédilection et des attentions particulières pour celui des divers partis en présence dont le concours et les services leur paraissent les plus précieux. L’on a dit que l’hostilité des autorités galvanise les partis, réchauffe les enthousiasmes défaillants suscite des dévouements. Il se peut, mais les persécutions brutales, les répressions farouches anéantissent, au moins momentanément, le parti qui en est victime (les Républicains après le coup d’État de 1851, les révolutionnaires après la commune en 1871). La longue possession du pouvoir amollit et dissocie un parti, tel le parti opportuniste en 1897, qui venait pendant vingt ans durant, seul ou avec l’aide de quelques radicaux (ministères de concentration) de diriger les affaires du pays. (3)

1) M. de la Grasserie, cité, p. 259.

2) do cité, p. 263.

Le

( (3) Voir un article sur la nécessité de réorganiser alors le parti progressiste. Revue politique et parlementaire. Année 1897, page 490 et suivantes

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