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LE NÉO-ROYALISME : CRITIQUE

analogue, à notre avis, à celles que M. Georges Sorel a qualifiées de mythes sociaux, tels la certitude du triomphe de l’église militante chez les catholiques du moyen âge, la foi à la gloire chez les soldats du Premier Empire, la portée donnée à la notion de grève générale par les syndicalistes révolutionnaires actuels. Pour les membres de l'Action française, la question du salut public est au premier rang de toutes celles qui s'imposent, dans les divers domaines de l'activité nationale, aux citoyens qui ne sont ni des satisfaits ni des égoïstes. Elle les hypnotise et leur inspire une véritable phobie de leurs adversaires. Dans cette disposition d’esprit, les inconvénients secondaires, les accidents fortuits, les défaillances individuelles du régime sous lequel nous vivons, prennent une importance considérable et leurs conséquences sont immédiatement généralisées (1). Le noir pessimisme à l’encontre du présent n’a d’égal que le radieux et mystique optimisme en l’avenir et tous les événements sont interprétés comme autant de marques de décadence des institutions du moment d’une

part, et autant d'indices favorables à la réalisation prochaine de la solution si ardemment désirée d’autre part.

En réalité, la patrie n’est pas en danger et sa sauvegarde ne réclame aucune mesure de salut public.

A l’extérieur aucun péril immédiat ne nous menace et à l’intérieur, la France traverse une crise d’évolution, tout comme les autres puissances européennes, et notamment la vieille Angleterre, crise dont ces nations n’ont pas été préservées par l'institution monarchique.

La notion de la monarchie fradilionnelle et aulorilaire se heurte : :

1° Au courant démocratique qui s’étend dans toute l’Eu-

{1) « L'autorité abaissée, les libertés violées, les droits méconnus, les

querelles de classes et les griefs de religion. Le sort dre la nation est en jeu. » Enquête, introduction, p. XIV,

rope et semble même envahir l’économique (les choses de tous doivent être gérées par tous);

20 Au développement du parlementarisme (progrès en Allemagne, en Portugal, tentatives en Russie et en Chine) perfectionné par les projets d’adjonction des représentants directs des intérêts professionnels (1);

30 Aux difficultés énormes de la conduite des affaires publiques de plus en plus complexes enchevêtrées, compliquées et étendues qui rendent impossible aujourd’hui à un homme fût-il un surhomme, de dire : « l'État c’est moi» (2);

49 A la conscience qu'ont prise Les masses deleur force, de leur dignité, du prix de l’existence humaine et qui les empêcherait, à moins de n'être plus qu’un agglomérat d'individus amoindris, d'abandonner complètement à un tiers fût-il Le roi, la direction unique des affaires nationales, leur commun patrimoine, de renoncer à participer à la gestion de celui-ci par des mandataires élus à temps, de se résoudre à devenir, par leurs contributions annuelles et le cas échéant par le sacrifice de leur vie, des instruments aveugles passifs et inconscients des fins arrêtées à leur exclusion par leur souverain absolutiste;

50 Au fait que la monarchie résout et confisque une fois pour toute la question politique et accule la nation à cette extrémité, ou se plier à toutes les volontés du prince ou faire une révolution violente pour s’en dégager;

60 Et à l’idée que la France, n'étant ni la propriété d’une famille ni l’apanage d’une dynastie, s’appartient à

(1) Sur la prétendue incomptabilité du syndicalisme et de la République

voir La représentation syndicale au Parlement par M. L. Duguit. Revue politique el parlementaire, juillet 1911, p. 41.

(2) L'État est la personnification juridique de la Nation. Or la Nation aujourd’hui c’est le peuple. Jadis dans la monarchie traditionnelle la famille royale représentait seule la France, de nos jours, la France c’est la totalité des 38 millions d'habitants; leurs droits sont exercés par l’ensemble des électeurs (11 millions en 1910).

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