PRINCIPES — TENDANCES -— DÉFINITION
vaudra la rivalité de deux groupes, sachant ce qu'ils veulent et le disant, que l'équilibre instable d’un groupe qui, sans cesse avance ou recule, vote le principe et refuse les applications, affirme les dogmes qu’il foule aux pieds et ne maintient l'apparence d'une imposante unité qu’au prix d’une éternelle équivoque... » (1)
La majorité du parti entend conserver sa personnalité et, au moins en doctrine, se tenir dans un Juste milieu entre les deux partis voisins (2).
« Entre le modérantisme progressisle et le dogmatisme colleetiviste nous affirmons notre conception propre de l’action: politique et sociale. Nous avons répudiél’individualisme cupide qui, sous prétexte de liberté, soumet la liberté et la justice à la dictature des puissances d’argent. Nous ne voulons pas davantage d’une organisation rigide et tyrannique où, sous couleur d'égalité, nous assisterions à la neutralisation des initiatives et à la restriction de lPeffort humain... notre parti doit aller partout opposer aux surenchères des uns à l’égoisme conservateur des autres sa conception saine et franche de l'effort continu... nous sommes avec tous ceux qui, dans le cadre de la légalité dansun commun amour de la Patrie, s’attachent à la construction graduelle d’une société qui favorise l’accession de tous les citoyens à des formes de vie plus hautes et plus belles dans une cité solidaire laïque et fraternelle… c’est {pour la démocratie) et c’est par elle que nous travaillons sans haine comme sans peur avec la volonté bien arrêtée de rendre par notre union toute réaction impossible et de nrouver, par la conquête incessante d’une justice de plus en plus douce, que toute révolution est inutile. » (3)
Quelle est sa physionomie particulière, sa définition ?
« Dire que le parti radical socialiste n’est pas un parti comme les autres c’est simplement dire qu'il reflète un état tout nouveau des choses politiques en France. Et en effet il représente une partie au moins des « classes moyennes » animées d’un esprit qui, jusqu’à ce jour, n’avait jamais été le leur... au lieu de prendre position d’emblée contre le peuple elles inclinent à faire cause commune avec lui. Petits bourgeois, petits patrons, petitscommerçants,
(1) Préface de M. F. Buisson au livre de M. Armand Charpentier. Le parti radical et radical socialiste à travers ses congrès. Paris, octobre 1912. Opinion personnelle à l’auteur et qu'aucun Congrès ercore n’a discutée.
(2) Nous avons vu le mot de M. L. Bourgeois : « Le parti radical est un parti de juste milieu dominé par une idée d'avenir, de progrès, de confiance en l'avenir. » Vues politiques, Revue de Paris, 1910, T, IT, p. 690.
(3) Déclaration du parti par M. Stecg, juin 1910, brochure, p, 19-20-21 et 22
petits propriétaires ruraux, petits employés, petits fonctionnaires, ont découvert qu’ils sont plus près de la classe ouvrière que de la haute banque des gros capitalistes et des grands privilégiés de la fortune. Ils ont surtout découvert qu’il y a une solidarité sociale, une dette sociale, une justice sociale (1) ».
… Les radicaux socialistes sont un parti bourgeois qui a l’âme d’un parti peuple (2). ils sont cette chose rare dans l’histoire des Démocraties d’une classe qui aspire à se confondre avec la nation... (3) ce sont des républicains trop épris de socialisme pour pouvoir s’enfermer dans les questions politiques et des socialistes trop épris de la République pour se confiner dans le problème social (4). »
Pourquoi cette appellation de radicaux socialiste: ?
« Ce lourd vocable qui abrite leurs idées plus qu’il ne les définit. est plutôt l’expression,sans fard,d’une vérité qu'ils n’ont pas voulu déguiser ou si l’on préfère, de deux vérités dont ils n’ont pas su faire la synthèse... voulant être bien sûrs de ne pas recommencer la faillite du programme démocratique (de 1848) ils ont pris tout leur courage et accolé vaillamment à leur nom l’épithète complémentaire de socialistes. ils feront pitié à ceux qui possèdent la vérité. Ceux-là ont trouvé — les uns dans le passé, les autres dans l'avenir — la formule définitive du souverain bien social. Les pauvres radicaux socialistes avouent qu'ils la cherchent, qu'ils l’épellent laborieusement (5:...»
« Certes le parti n'apporte pas la recette infaillible du plus grand bonheur pour tous, il cherche, il tâtonne et on lui a adressé le reproche &’empirisme et d’expédients.» Mais il a, lui aussi, senti la nécessité des principes directeurs, « on ne fait pas de bonne poli- Lique sans idées générales... nous aussi nous savons suspendre les formules pratiques des réalisations auxquelles nous tenons à ces racines mystérieuses de la métaphysique et de la raison qui plongent parfois dans l'inconnu mais qui sont en même temps si élevées au-dessus de l'humanité, qu'elles seules sont capables de donner à un parti, à une nation de véritables directions. » s’écriait aux acclamations unanimes du Congrès de 1908 M. E. Chauvin (6).
(1-4-5) La politique radicale socialiste, M. F. Buisson, Revue hebdomadaire, 12 février 1910, p. 169-170 et 171, 174 et 175, 167 et 168.
(2) Ce terme « parti bourgeois » a été critiqué dans le sein même du parti.
(3) « Le parti radical est le mandataire et l'interprète de la démocratie elle-même et non plus un parti dans la démocratie.» L. Bourgeois, Vues politiques, cité, p. 700.
(6) Compte rendu, p. 115 et 119.