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DÉFINITION ET CARACTÈRES

de pensée pour leur dire que la science et les arts ne seront glorifiés que dans la société nouvelle où les joies de l’art seront confondues avec la vie elle-même et où la science sera bienfaisante pour tous, Nous voulons affranchir en effet, en élargissant la cause ouvrière à la proportion de l'humanité toute entière, tous ceux qui souffrent dans leur conscience, dans leur cerveau, comme dans leurs muscles. Voilà la grandeur du socialisme. » (1)

Le parti socialiste est un parti de révolution.

« Le Congrès repousse de la façon la plus énergique les tentatives revisionnistes tendant à changer notre tactique éprouvée et glorieuse basée sur la lutte de classe et à remplacer la conquête du pouvoir politique de haute lutte contre la bourgeoisie par une politique de concessions à l’ordre établi.

« La conséquence d’une pareille tactique revisionniste serait de faire d’un parti qui poursuit la transformation la plus rapide possible de la société bourgeoise en société socialiste — d’un parti par suite révolutionnaire dans le meilleur sens du mot —- un parti se contentant de réformer la société bourgeoise.

C’est pourquoi le Congrès, persuadé, contrairement aux tendances revisionnistes existantes que les antagonismes de classes, loin de diminuer vont s’accentuant, ne saurait approuver aucun des moyens de nature à maintenir au pouvoir la classe dominante, (déclare) que la démocratie socialiste ne saurait rechercher aucune participation au gouvernement dans la société bourgeoise. Le Congrès repousse en outre toute tentative faite pour masquer les antagonismes de classes toujours croissants à l’effet de faciliter un rapprochement avec les partis bourgeois... » (2)

Le pacte d’unité fut en France précédé de la déclaration suivante :

« (Le parti socialiste)... même lorsqu'il utilise au profit des travailleurs les conflits secondaires des possédants, ou se trouve combiner accidentellement son action avec celle d’un parti politique pour la défense des droits et des intérêts du prolétariat,reste toujours un parti d’opposition fondamentale et irréductible à l’ensemble de la classe bourgeoise et à l'État qui en est l’instrument.» (3)

déclaration suivie des dispositions suivantes : « Les élus du partiau Parlement forment un groupeunique en

(1) M. Jaurès. Congrès 1906. Compte rendu, p. 174.

(2) Résolution du congrès socialiste international tenu à Amsterdam en août 1904.

(3) Règlement du parti (3° édit.), brochure, p. 17.

face de toutes les fractions politiques bourgeoises. Le groupe socialiste au Parlement doit refuser au gouvernement tous les moyens qui assurent la domination de la bourgeoisie et son main- | tien au pouvoir, refuser l’ensemble du budget, il doit se consacrer à la défense et à l’extension des libertés politiques et des droits des travailleurs, à la poursuite et à la réalisation des réformes qui améliorent les conditions de vie et de lutte de la classe ouvrière. » (1)

Le parti repousse donc en principe toute union avec Îles socialistes revisionnistes et les radicaux socialistes et répu-

die énergiquement « le confusionisme» réformiste.

Le parti est internationaliste, pacifiste et antimilitariste.

L'un des principes essentiels de sa doctrine (2) est « Entente et action internationale des travailleurs;» son titre est Parti socialiste, section française de l’ Internationale ouvrière où en abrégé $S.F.I. 0.(3) Trois opinions semblent sur ce point partager les socialistes français. 1° Le groupe Hervé qui nie purement et simplement la patrie dans sa forme actuelle et déclare « ...les patries sont des marâtres pour les pauvres; notre patrie c’est notre classe, nous détestons nos patries, nous sommes des antipatriotes, à l’appel de mobilisation nous resterons chez nous, nous ferons la grève des réservistes et quand l’armée active sera occupée aux frontières nous nous soulèverons et ce sera l’insurrection.» (5) 2° D’autres socialistes estiment que « la notion de patrie est une notion mystique et non pas une notion réelle, qu’il n’y a pas de races, qu’il y a des nations mais pas de nationalités; s’il n’y a pas réellement de patrie

(1) Congrès d'Unité, 1905. Compte rendu, p. 13 et 14.

(2-3) Article 1ér du règlement du parti. brochure (3e édit.), p. 7.

(4) Congrès 1906. M. Hervé. Compte rendu, p. 215 et 216.

V. le compte rendu de la conférence faite le 25 septembre 1912 par M. Hervé à la Salle Wagram (Guerre Sociale n° du ? au 9 octobre 1912). « La plus grande erreur de ma vie a été de me laisser traiter d’antipatriote » a déclaré l’orateur qui a conclu en préconisant la conquête de l’armée et notamment des sous-officiers rengagés par les socialistes,

il n’y à pas de patriotisme ni conséquemment d’antipatriotisme ; reste une réalité qui fait la nation, «une certaine communauté de lois de mœurs de sentiments nous lie. Nous sommes la section française de l’Internationale ouvrière ». « Il y a une solidarité entre le parasite et le parasité, l’antagonisme entre les classes n'empêche pas la solidarité; les socialistes ont le devoir de s'opposer à toute conquête ou oppression venant de la France ou de l’étranger.… (1) nous ne sommes ni patriotes ni antipatriotes, nous sommes internationalistes (2) ». 30 La majorité du parti semble rester attachée au patriotisme mais en lui donnant un sens particulier. « (Le parti) a pour devoir de maintenir le milieu national, nous sommes logiquement antimilitaristes parce que, préconisant la conquête de l'État, nous préconisons la destruction du principe d’autorité. (3) « Depuis que le suffrage universel a été mis dans sa main (de l’ouvrier) comme une arme, le prolétaire a une patrie et s’il n’en jouit pas, c’est de sa faute. Lui dire qu'il n’a point de patrie, c’est encore lui mentir» (4). « Nous sommes dans une période intermédiaire où l’internation n’a pas encore surgi, mais où elle est déjà préparée par l’organisation ouvrière internationale.» (5)

Au Congrès international de Stuttgart en 1907, la résolution suivante fut adoptée :

« Le Congrès (6) rappelle que l’action contre le militarisme ne peut être séparée de l’ensemble de l’action contre le capitalisme. Les guerres entre états capitalistes sont en général les conséquences de leur concurrence sur le marché du monde, ces guerres résultent de la concurrence incessante provoquée par les armements du militarisme qui est l’un des instruments principaux de la domination de la bourgeoisie et de l’asservissement économique et poli-

(1 à 5) M. Lapicque. Congrès 1906. Compte rendu, p. 230 à 238. p. 239 M. Ulhry. p. 229. M. Cabannes. p. 243. M. Guesde. p. 255 M. Jaurès.

(6) Congrès international de Stuttgart, 1907. Compte rendu, p. 421 à 424 V. l'impression remportée de ce congrès par M. Bouglé, syndicalisme et démocralie, 1908. « La leçon de Stuttgart», p. 77,

tique de la classe ouvrière. Les guerres sont favorisées par les préjugés nationaux que l’on cultive systématiquement dans l'intérêt des classes dominantes, afin de détourner la masse prolétarienne de ses devoirs de classe et de ses devoirs de solidarité internationale. La classe ouvrière est l'adversaire naturelle des guerres ; il est du devoir de tous les travailleurs, de s’appliquer à ce que la jeunesse prolétarienne soit élevée dans les idées socialistes de la fraternité des peuples et éveillée systématiquement à la conscience de classe; l’Internationale ne peut pas enfermer d’avance dans des formules rigides, l’action nécessairement diverse selon les temps et les milieux des divers partis nationaux, si une guerre menace d’éclater, c’est un devoir pour les classes ouvrières de faire tous leurs efforts pour empêcher la guerre par tous les moyens qui leur paraissent les mieux appropriés et qui varient naturellement selon l’acuité de la lutte des classes et la situation politique générale. Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, ils ont le devoir de s’entremettre pour la faire cesser promptement et d'utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste.» (1)

Le parti est opposé au mouvement colonial.

« Le Congrès réprouve la colonisation actuelle d’essence capitaliste; défenseur de tous les opprimés sans distinction de races (il) condamne cette politique de vol et de conquête, application effrontée du droit du plus fort.» (2)

Le parti est résolument pacifiste.

« Le Congrès est convaincu que sous la pression du prolétariat la pratique sérieuse de l’arbitrage international se substituera pour tous les litiges aux pitoyables tentatives des partis bourgeois et

qu’ainsi pourra être assuré aux peuples le bienfait du désarmement général. » (3)

Quelle est la méthode du parti?

Il base sa doctrine et sa propagande sur les « faits de l’évolution politique et économique» (4) sur « les faits

(1) Voici comment s'exprime M. Bouglé : « A Stuttgart c’est encore comme on disait à Amsterdam une « motion caoutchouc» qui l'emporte. Libre à chacun de la tirer en son sens. Elle est assez élastique pour contenter tout le monde et l'Empereur. Elle n’organise pas la moindre simultanéité de désarmement. C’est un vœu de plus. Etait-ce bien la peine pour en arriver là de tant railler les diplomates de la Haye?» Syndicalisme el démocratie, cité, p. 77 et 78.

(2 et 3) Congrès international, 1907. Compte rendu, p. 427.

(4) Congrès international, 1907. Compte rendu, p. 423.

scientifiques » (1). « Nous, les scientifiques et par conséquent les socialistes (car je ne puis arriver à séparer ces deux termes dans mon esprit).» (2)

Quel est son but?

© Le socialisme lui propose (à la France) une œuvre magnifique : organiser politiquement la démocratie, organiser économiquement le travail et la production, organiser la paix de l'Univers. Par la France ou sans elle l'humanité marchera vers ce but. Les socialistes français feront de leur mieux pour que la France prenne la tête de cette marche à l'étoile.» {3).

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Quelle est la doctrine politique économique et sociale du parti?

Dans l’ordre politique le socialisme n’a pas encore formulé sa conception particulière de l’État K. Marx avait réservé cette question.(4) À Engels qui avait écrit : «L'État sera supprimé et remplacé par une administration des choses » il répondit : «L’on n’a pas à s’occuper pour le moment de la nature de l’État futur ; on aura beau accoupler les deux mots peuple et État on ne fera pas avancer la question d’un saut de puce».

En 1907 à la réunion de la Commission socialiste interparlementaire à Stuttgart un membre M. Troelstra exposa tous les inconvénients et les dangers que présentait pour le parti, l'absence d’un projet de système politique propre

« La social-démocratie même en se servant pour sa lutte et pour son but du système politique de la bourgeoisie doit se rendre compte de la nature défectueuse de celui-ci. le manque d’un système

(1) Congrès 1908. Compte rendu, p. 241 et 184.

(2) M. Lapicque. Compte rendu, p. 231.

(3) M. Sembat. Les idées socialistes, Revue hebdomadaire, 19 mars 1910, p. 350, sur la question de l’Alsace-Lorraine (renonciation à la revanche), voir p. 347.

(4) Cours de doctorat. M. G. Deschamps. Paris, 1909. Hisioire des docirines économiques,

politique propre prend sa revanche sur l'unité du parti et la force de propagande... la base de notre système politique ne saurait être que l’organisation fondée sur la communauté des intérêts économiques parmi lesquelles les organisations syndicales occupent la première place. Il faudra que cette organisation dispose d’une certaine autorité publique et qu’elle puisse imposer sa volonté aux minorités. Au-dessus de celle-ci doit se trouver l’organe donnant introduction à l'intérêt et aux désirs du peuple... (1)».

M. Jaurès répondit : « le problème posé par Troelstra est un des problèmes les plus difficiles dont le socialisme ait à s'occuper. » (2) La question fut renvoyée pour examen à une séance ultérieure de la Commission.

Il a paru récemment une esquisse —sous le titre de « La société socialiste ou l’Entente sur le but» — de l’organisation politique et économique de la société future (3). C’est là l'opinion personnelle de deux « socialistes insurrectionnels », nous la reproduisons à titre de renseignement.

« La base de l’État n’est plus le collège électoral, c’est la commune et la commune est souveraine ! les seules limites que rencontre son autonomie lui sont assignées par les intérêts plus généraux de la région et la région n’est qu’une fédération de communes. Les seules limites que rencontre l’autonomie de la région lui sont assignées de même par les intérêts plus généraux de la nation. Et la nation n’est que le confédération des fédérations régionales. Il n’y a plus de lois. Il n’y a plus de Code. Il n’y a plus de fonctionnaires investis comme aujourd’hui d’un pouvoir à peu près absolu. il n’y a plus que des'eroupements autonomes, passant entre eux des contrats plus ou moins uniformes et plus ou moins durables mais toujours revisables et ne concernant que des points déterminés. Plus de citoyens fantômes... plus de citoyens-amateurs.… La commune assure la défense sociale (justice et police) et la défense nationale (armée)... l’enseignement, l’éducation et les fêtes publiques… elle intervient enfin et pour une part importante dans la vie économique elle sera plutôt le canton que la commune actuelle.. elle comportera deux organes essentiels : une administration comprenant non des fonctionnaires mais des administrateurs professionnels, un conseil élu. chaque conseil municipal délègue

(1-2) Congrès international de 1907. Compte rendu, p. 21-32-39-41. (3) La guerre sociale des 20-27. mars et 28 mars ? avril 1912 « La société Socialiste...» par Charles Albert et Jean Duchêne,

un de ses membres au conseil de larégion où sontreprésentées également les organisations de la vie économique... les régions délèguent selon leur importance un ou plusieurs de leurs membres au conseil national où siègent également les représentants de la Confédération générale du Travail ainsi que ceux de la Confédération générale des consommateurs, et qui prend toutes les décisions d’intérêt national. Ce conseil représente l’État devant l'étranger.

Dans cette conception la société socialiste a pour armature Ia triple confédération des communes des syndicats (travail ou production) des coopératives (de consommation) et chaque individu appartient obligatoirement à une commune, à un syndicat de production et à une section de coopérative de consommation. Jusqu'à plus ample informé, cette théorie politique doit être considérée comme personnelle aux auteurs qui l’ont émise.

Le parti socialiste est dans son ensemble attaché à la forme du gouvernement actuel (1) mais beaucoup souhaitent une modalité différente du régime républicain et quelques-uns, surtout des syndicalistes, ont émis des théories sinon antidémocratiques du moins extra démocratiques que nous retrouverons plus loin.

« … Il y a entre le mouvement socialiste et la démocratie des oppositions à coup sûr mais aussi des rapports... le socialisme luimême aboutira nécessairement à une forme nouvelle de démocratie à une forme supérieure de démocratie. la démocratie est à l’origine comme puissance d’ébranlement, elle est aussi au terme en ce sens que, dans la société nouvelle, ce n’est pas une classe seulement mais la totalité des individus de toutes les classes qui auront leur place, leur fonction, leurs droits et leurs garanties (2) ».

La grande majorité du parti reste partisan de la conquête graduelle des pouvoirs publics par suite de la propagande électorale et de l’action parlementaire, tout en proclamant que le parti « n’est ni un parti électoral ni un parti parle-

(1) « Les socialistes tiennent la République pour la forme politique la meilleure et ils proposent au pays les meilleurs moyens de perfectionner les

organes qui la constituent (R. P., renouvellement partiel des députés, droit de suffrage accordé aux femmes).» M. Sembat. cité, p. 332.

(2) M. Jaurès. Congrès 1908. Compte rendu, p. 349-352,

mentaire mais un parti qui se sert des élections et du Parlement»; seuls quelques insurrectionnels et un vieux socialiste orthodoxe, M. P. Lafargue, se sont déclarés antiparlementaires (1). |

Les Congrès internationaux ont précisé, le but et les limites de cetté action, celui d'Amsterdam (1904) déclarait :

« Le Congrès compte que les représentants du parti dans les Parlements se serviront de leur puissance accrue, tant par leur nombre augmenté que par l’accroissement considérable de la masse d’électeurs qui les suivent, pour persévérer dans leur propagande sur le but final du socialisme et, conformément à notre‘programme, pour défendre de la façon la plus résolue les intérêts de la classe ouvrière l’extension et la consolidation des libertés politiques; pour revendiquer l'égalité des droits pour tous; pour continuer avec plus d'énergie que jamais la lutte contre le militarisme contre la politique coloniale et impérialiste, contre toute espèce d’injustice, d’asservissement et d’exploitation et finalement s’employer énergiquement à perfectionner la législation sociale et à rendre possible à la classe ouvrière l’accomplissement de sa mission politique et civilisatrice. » (2)

En France les congrès d’unité en 1905 ont sinon ajouté du moins précisé.

« Les élus du parti au Parlement... doivent refuser au gouvernement tous les moyens qui assurent la domination de la bourgeoisie. les fonds secrets et l’ensemble du budget (3) ».

Des divergences se produisirent dans la discussion sur

l’action générale du parti au congrès de 1908 notamment et soulignèrent la présence à l’intérieur du parti de trois tendances distinctes. Il faut noter que si les divergences d'idées sont plus nettement accusées dans le parti socialiste que dans tout autre, cela tient à ce que dans les commissions toutes les convictions sont représentées proportionnellement au nombre de leurs tenants respectiis.

(1) M. Lafargue. Congrès 1908. Compte rendu, p. 134.

(2) Règlement du parti, p. 18.

(3) Compte rendu, p. 14. Le refus du vote du budget a pris le caractère d’un acte symbolique et l'attitude de l'élu qui vota le budget et de ceux qui Ne lors du vote, fut sévèrement critiquée dans plusieurs congrès u urs,

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