PRINCIPES
syndicalisme, il n'y a pas de lutte de classe» (1).20 L'action directe.
«.. La classe ouvrière entend agir elle-même, pour elle-même... l’action directe suppose l'intervention efficace de minorités hardies.:.-ce n’est plus (comme dans la démocratie) le nombre qui fait la loi... la quantité qui est la règle. Mais il se forme une élite qui, par sa qualité entraîne la masse et l’oriente dans les chemins du combat... ilse produit une sélection. pour être efficace, l’intervention de ces minorités agissantes, qui n’ont qu’une force morale qui sont sans pouvoir coercifil... doit se trouver en correspondance avec l’instinct intime des masses... action directe, cela signifie et surtout action révolutionnaire constante du prolétariat à l’intérieur de l'atelier.» (2) « Les milieux nationaux les plus favorables au développement du syndicalisme sont ceux où les conditions historiques et politiques permettent la plus grande exaltation révolutionnaire du prolétariat et sa scission avec les autres classes. » (3)
930 la grève générale « elle est la grande idée représentative de lPaction suprême du prolétariat... c’est elle qui sauve à tout instant le syndicalisme toujours menacé de tomber dans le corporatisme et le réformisme démocratique. Elle veut dire que le jour où les ouvriers après de longs efforts seront suffisamment organisés... il leur suffira d’arrêter net la production pour désorganiser du même coup la Société capitaliste. quelle valeur d'éducation !» (4)
Un des traits distinctifs du syndicalisme, c’est son souci constant de se modeler sur la vie.
« La lutte de classe doit être menée par les organisations de classe. cette conception nouvelle (et non plus celle de la conquête des pouvoirs publics) sort des entrailles mêmes du prolétariat, c’est la vie qui la lui inspire quotidiennement et si... elle est parfois confuse comme la vie elle-même elle s’éclaire malgré tout au feu de laction. (5); dans la vie les actes seuls importent...ce quis’est imposé à nous s’imposera à vous (6), c’est-à-dire cette expérience à laquelle
(1 et 3) Syndicalisme et socialisme, p. 3 et 6. brochure publiée à l'issue d’une conférence internationale tenue à Paris, le 3 avril 1907.
(2) Congrès socialiste octobre 1908. Compte rendu, p. 259. M. H, Lagardelle.
(4) Brochure citée, Syndicalisme et Socialisme, p. 7.
(5) Mouvement socialiste, 1907, 2° série, I p. 104, M. Lagardelle
(6) Les socialistes unifiés.
on ne résiste pas, la vie elle-même... je pose le syndicalisme comme un mouvement ouvrier créant des institutions qui apportent des règles de vie supérieures (à celles de la démocratie)... la démocratie est incapable de créer des valeurs nouvelles, le syndicalisme perfectionne la vie que la démocratie est impuissante à organiser (1); le syndicalisme affirme ainsi sa supériorité car il est la vie elle-même faite de chocs, de combats et de luttes. » (2)
Plus de dogmes ni de formules, plus de discussions vaines sur la société future... mais un sens de la lutte qui s’avive par la pratique une philosophie de l’action qui donne la première place à l’intuition… les créations spontanées de la vie seront toujours plus riches que les plus merveilleuses inventions de fabricateurs de systèmes...(3) Nous nous séparons des premiers adeptes de l’idée de grève générale.… ils croyaient en elle comme certains croient en Dieu. (4)
Quels sont ses caractères ?
Le néo-syndicalisme est réaliste et pratique, expérimental et spécial à la classe ouvrière, antiétatiste et antiprovidentiel. Il est positif :
« Ce qui importe avant tout c’est, non pas de savantes dissertations sur une société future lointaine et imprévisible, non pas je ne sais quels appels illusoires à une révolution instantanée que nous savons impossible ou à des insurrections politiques qui seraient sans lendemain, mais une action quotidienne marquée au sceau du socialisme, une action toute imbibée de l'esprit socialiste... Le syndicalisme est vide de tout utopisme en ce sens qu’il subordonne son triomphe à tout un ensemble de conditions préalables.(5)Le socialisme se fait ainsi un peu tous les jours en attendant qu’il puisse se . réaliser totalement... sa conquête (de la liberté) ne sera que l’universalisation de mille libertés conquises et l’acte de décès de mille autorités défuntes.. pour le syndicalisme, la pratique et la théorie se confondent et c’est l’action et non plus la phrase, qui est révolutionnaire.. l’action quotidienne prend seule une valeur révolutionnaire et la transformation sociale, si elle vient un jour, ne sera que la généralisation de cet acte... (6) L'essentiel, c’est que le passage de la société capitaliste à la société socialiste soit conçu par les masses ouvrières comme un acte réalisable qui n’est que le prolongement et le couronnement à la fois d’une longue série d'engagements... » (7)
(1-5) Congrès socialiste de 1908. Compte rendu, M. Lagardelle, p. 352. p. 353.
(2-4-7) Les objectifs de nos luttes de classes, par MM, Griffuellhes et Niel p. 35-50,
(3-6) Brochure citée, Syndicalisme el socialisme p. 7.-p. 7.
Il ne nous est pas possible de faire œuvre de prophète. Comme ils sapèrent le régime féodal (les penseurs, les écrivains et les philosophes du xvine siècle) nous sapons le régime présent; ils travaillèrent à l’établissement d’un monde différent, nous travaillons de même. Ils préparèrent une révolution, nous faisons de même. Ils furent impuissants à tracer à l’avance le cadre de la Société bourgeoise, nous le sommes également pour déFager les formes d’une société libre... » (1-2)
Il est RE
« L'expérience ouvrière, le mouvement syndicaliste a donné une indication précise pour formuler une conception pratique de la politique socialiste... nous n’avons pas à dicter des leçons au prolétariat nous avons à interpréter ses expériences, à utiliser ses indications et à nous servir pour une œuvre de culture générale des principes nouveaux qu’il apporte dansle monde (3)... en même temps qu’il subissait l’épreuve négative de la démocratie le prolétariat faisait l'épreuve positive de son action de classe et ce sont ces deux expérimentations spontanées et contraires qui ont fait son éducation syndicaliste.» (4)
Il est propre à la classe ouvrière :
« De la triple affirmation syndicaliste (syndicat, action directe, grève générale) se dégage une double conclusion d’abord l’œuvre de la transformation sociale, c’est-à-dire la création des institutions et des idées socialistes relève exclusivement du mouvement ouvrier révolutionnaire... ensuite il y a des choses socialistes et des choses non socialistes (5)... action directe, cela veut dire encore création par le prolétariat de ses institutions personnelles... 6) la lutte de classe suppose que la classe ouvrière, animée d’un esprit permanent de révolte contre les maîtres de la production et de la politique, est parvenue à s’isoler dans ses cadres naturels et à se créer de toutes pièces des institutions et une idéologie propres (7) chaque classe se crée ses propres organes d’émancipation par lesquels elle oppose aux institutions traditionnelles ses créations positives... (8) Nous ne sommes plus en présence d’un corps d’intellectuels, d’un clergé socialiste chargé de penser pour la classe ouvrière mais c’est la classe ouvrière elle-même qui, au travers de son expérience, découvre incessamment des horizons nouveaux, des perspectives imprévues, des méthodes insoupçonnées, en un mot des sources nouvelles de rajeunissement (8); le travailleur ne devant compter que sur
(1-2-5-6) Les objectifs de nos luties de classe, p. 51-39-264-268. (3) Congrès 1908. Compte rendu. p. 254 et 263. 4-7-8-9) Syndicalisme et socialisme, p. 43-4-45-51.
lui-même agit pour exiger de l’un (du patron) des avantages, de l’autre (de l’État) des libertés, il est indispensable que le mouvement de la classe ouvrière reste toujours la propriété de la classe ouvrière...» (1) .
Le syndicalisme est antilégalitaire et combatif, antiétatiste et antiprovidentiel.
« L'action directe par son éducation de la personnalité, par son exaltation des qualités combatives forme un contraste absolu avec les pratiques conciliantes et pacifiques du parlementarisme (2)... la politique sociale, la politique de paix sociale, c’est une politique
démocratique, conservatrice, destinée à étouffer les antagonismes
sociaux et non une politique socialiste révolutionnaire ayant pour but l’organisation de la lutte de classe (3)... le syndicalisme nous a servi à quelque chose, puisqu'il a substitué un antiétatisme positif et pratique à l’étatisme que le parti (socialiste) avait emprunté aux partis radicaux (4)... la classe ouvrière animée d’un esprit permanent de révolte (5)... il suffit que les facultés guerrières du prolétariat soient sans cesse tenues en éveil et qu’il ne perde jamais l'énergie aventureuse qui fait les conquérants (7); qu’importent les vaines prophéties si les idées socialistes agissent... si par elles, un peu plus de révolte germe au cœur des masses (6)... L'action directe signifie l’action personnelle des ouvriers s’exerçant en dehors de toute considération légalitaire et de toute autorisation d'en haut...(8) c’est à la légalité à s’adapter à notre volonté, à l’action étiquettée tutélaire de Dieu et du Pouvoir il substitue (le syndicalisme) l’action directe, orientée dans le sens d’une révolution sociale, des intéressés c’est-à-dire des salariés, comme on voit le syndicalisme s’oppose à l’idée de Dieuet à la valeur libératrice du Pouvoir (9)... donc, pour le travailleur rien à attendre de l'État... rien à attendre du patronat... De cette opposition résulte la lutte (10)... pour s’émanciper le prolétariat doit acquérir la pratique de la lutte.»(11)
Les dirigeants du syndicalisme sont trop réalistes pour ne pas se garder de prophétiser et de trop affirmer... «même si les rêves d'avenir du socialisme syndicaliste ne se réalisent jamais et nul de nous n’a le secret de l’histoire. (12) La grève générale est l'arrêt de la production
sociale. est-elle une utopie, un rêve? Bien fou qui l’affir-
(1-9-10-11) Les objectifs de nos luttes de classe, brochure citée, p. 23, 15, 22
(2-3-4) Congrès socialiste 1908. Compte rendu, p. 258, 266, 271. (5-6-7-8-12) Syndicalisme et socialisme, p. 3, 7,53, 55, 51.
merait encore... (1) Il ne nous est pas possiblé de faire œûvre de prophète (2)... la transformation sociale, si elle vient un. jour ne sera que la généralisation de cet acte (l’action journalière révolutionnaire). » (3)
Malgré ses principes très nets et ses opinions tranchantes, le syndicalisme s'adresse à l’ensemble des ouvriers.
«Maissile syndicalisme repousse. toute intervention surnaturelle tout abandon du salarié s’en remettant à ses gouvernants du soin de réaliser sa part de bonheur, il ne repousse pas les travailleurs imbus d’idées religieuses ou confiants dans la valeur réformatrice de, dirigeants... le syndicalisme est lemouvement, l’action de la classe ouvrière, il n’est pas la classe ouvrière elle-même (4)... le travailleur serviteur volontaire de la religion ou de l'État. est invinciblement amené à produire une action dont l'esprit, les manifestations sont d’un ordre tel qu’il éloigne de lui toute idée de surnaturel et toute confiance dans l'intervention des dirigeants (5)... le syndicalisme, nous l’avons assez répété doit être tel qu’il puisse recueillir dans son sein tous les travailleurs uniquement parce qu’ils sont salariés » (6).
Il est assez curieux de voir le syndicalisme, qui se dit pratique réaliste et expérimental, faire appel à des considérations de droit naturel et à une sorte de justice supérieure.
. En présence de toute usurpation de droits qui est le propre du patronat, se dresse le syndicalisme qui proclame pour le prolétaire le droit absolu de travailler par tous les moyens en son pouvoir à l’effet de réduire l’autorité patronale, de diminuer les privilèges patronaux, d’assainir l’atmosphère de l’usine, de conquérir de nouveaux droits et de nouvelles garanties considérées comme autant d’étapes franchies, le rapprochant de sa lotale libération. En présence de toute usurpation de droits qui est le propre de l'État se dresse le syndicalisme qui proclame pour le prolétaire le droit absolu de penser d’agir de lutter selon les règles établies par lui et de ne tenir compte de celles établies par l’État que dans la mesure où ces règles légales le favorisent et l’aident »... (7)
À plusieurs reprises, les théoriciens du syndicalisme ont parlé du droit nouveau qu’il apporterait au monde :
(1-2-5-6-7) Les objectifs de nos luïtes de classe, p.34 et 37, 16, 49, 22.
(3) Syndicalisme el socialisme, p. 50 M. Lagardelle.
(4) « En Allemagne il y a une masse de syndiqués, en France ilya un syndicalisme, théorie qui résume et contient toute l’actionouvrière. DOS el socialisme, cité, Griffuellhes, p. 56.
« l’action directe signifie refoulement progressif du droit des maîtres à régler le travail, développement continu du droit des ouvriers à l’organiser eux-mêmes... c’est sur tous les terrains que le droit ouvrier poursuit le droit patronal» (1).
La notion de l’injuste est transportée dans le domaine de la production. « le syndicalisme est né de l’iniquité économique source de toutes les autres, le mal du patronat, le mal du salariat, le mal commun ». «Les sentiments moraux sont (donc) nécessaires, non seulement pour nous électriser… mais aussi pour élever nos cœurs et nos esprits jusqu’à un idéal humain fait de justice et de raison. » (2).
Qu'est-ce que le syndicalisme ?
« C’est le mouvement de la classe ouvrière qui veut parvenir à la pleine possession de ses droits sur l’usine et sur l'atelier, il affirme que cette conquête, en vue de réaliser l'émancipation du travail, sera le produit de l'effort personnel et direct exercé par les travailleurs ».. (2) |
Quel est son idéal et son but?
Le socialisme a pour but de débarrasser l’atelier de l'autorité patronale et la société de l’autorité étatique... (comment pourrait-il jamais exister) un peuple de producteurs libres sans autre loi que l'obligation du travail, sans autre contrainte que la discipline volontaire de l’atelier si cette monstrueuse excroissance qui s’appelle l'État ne disparaissait pas pour permettre à la société de respirer enfin? (4)... Tout le problème qui se pose au socialisme est de savoir comment la classe ouvrière acquerra le pouvoir de modifier de fond en comble l’ensemble des rapports sociaux (5); cet idéal de la libération du producteur par l’organisation de la production n’aurait pas pu devenir comme la quintessence du socialisme ouvrier, s’il ne résultait pas de la pratique révolutionnaire des organisations prolétariennes.
Tout le mouvement syndical n’a pas d’autre but que de substituer à la discipline imposée par le capitalisme la discipline volontaire des producteurs et toute la révolution sociale est contenue dans cette transformation de l'atelier. »
La portée du syndicalisme est ainsi double :
« Faire pénétrer à l’intérieur du mécanisme étatique les principes
(1-2) Les objectifs de nos luites de classe, p. 342, 14. es Congrès socialiste 1908. Compte rendu, cité, M. Lagardelle, p. 259
(4) Syndicalisme el socialisme, p. 48.
de révolte ouvrière et d'émancipation du travail qu'il a dégagées, dislocation, démolissement de l’État, élimination du pouvoir politique et suppression du patronat (1); ensuite « préparer l’avenir » sans trop se préoccuper des détails. « Les créations spontanées de la vie seront toujours plus riches que les plus merveilleuses inventions des fabricateurs de systèmes » (2). |
Dans quelles circonstances est né le mouvement syndicaliste ?
« Le prolétariat divisé depuis longtemps par les rivalités socialistes et anarchistes, désillusionné par l'accès au pouvoir des « amis du peuple » s’est replié sur lui-même... Ce syndicalisme naïissant qui avait été entrevu et formulé en partie par la Fédération des Bourses du Travail et son secrétaire Pelloutier trouvait un cadre d'organisation tout prêt dans cette C. G. T. qui avait été créée en 1895... par réaction contre ce que j’appellerais du point de vue socialiste, le péril démocratique, par opposition aux tentatives de gouvernementalisation de la classe ouvrière tous les ouvriers révolutionnaires et de toutes les nuances se sont instinctivement groupés et ont fait bloc, et, c’est de cette union qu'est né ce mouvement nouveau qui s’est appelé le syndicalisme (3).
Et c’est par suite de cette évolution générale par la fusion progressive de tous les éléments dans la même action commune, par l’élimination de toutes les survivances du passé qu’il s’est créé au sein du mouvement ouvrier une politique nouvelle de classe ni socialiste parlementaire ni anarchiste antiparlementaire, mais syndicaliste, une politique propre au prolétariat, lequel devenu maître de ses destinées a su dire enfin : moi seul et c’est assez !» (4).
Ainsi le syndicalisme est apparu historiquement comme un mouvement à la fois ouvrier et révolutionnaire.
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Quelle est en matière politique, économique et sociale la doctrine du syndicalisme ?
« Le syndicat est l'organe naturel de la lutte de classe, telle est la première idée fondamentale du syndicalisme et c’est parce que le syndicat saisit ainsi le producteur en tant que producteur qu’il le retient sur son propre terrain, qu’il l’'emprisonne dans les limites de
(1) Congrès socialiste de 1908. Compte rendu, p. 268, M. Lagardelle. (2) Syndicalisme et socialisme, p. 7, M. Lagardelle.
(3) En 1900 et 1901.
(4) Mouvement socialiste, 3° série, I, p. 102, M. Lagardelle,
sa classe ét qu'il le dresse contre l’ensemble des non-producteurs ; c'est... encore parce qu’il envisage le travailleur dans sa fonction originale, dans cette fonction de la production qui est la plus merveilleuse manifestation de la puissance humaine (L), c’est dans le syndicat, quiest le prolongement de l'atelier, que se forme la psychologie des producteurs, que leur cohésion s’opère, que leur fusion se réalise, et l’unité morale qui transforme leur masse amorphe en bloc vivant, se forme ainsi peu à peu, par le développement progressif de la conscience de leur solidarité (2); le syndicalisme saisit la classe ouvrière dans ses formations de combat, chaque classe se créé ses organes propres d’émancipation...les syndicats sont à la classe ouvrière ce que les communes furent à la bourgeoisie, [ls servent d’abri aux producteurs, non seulement pour la défense de leurs intérêts, mais surtout pour l’élaboration du droit nouveau qu'ils imposeront au monde... droit nouveau? le droit au-travail à s'organiser librement... ce principe nouveau du travail libre dans la société libre où prend-il corps si ce n’est dans le groupement syndical?... les syndicats révolutionnaires donnent l’exemple vivant d’une organisation fondée sur la liberté... le syndiqué libre dans le syndicat, le syndicat libre dans la Fédération, la Fédération libre dans la Confédération (3).
L'action des syndiqués en matière économique a des
répercussions dans l’ordre politique.
« La classe ouvrière doit se rendre capable de prendre un jour dans l’atelier la succession du capitalisme et d’arracher en même temps la société au parasitisme étatique (4)... L'action directe, le second principe fondamental du syndicalisme, c’est-à-dire l’appel aux forces propres aux sentiments d'initiative et de responsabilité, aux efforts inlassables du prolétariat militant, qui a ainsi pour effet de surélever la personnalité ouvrière de lui donner son maximum de tension et d'énergie (5)... deux principes d'action contraires se sont trouvés aux prises : l’action indirecte qui est le principe de la démocratie et de son succédans le socialisme parlementaire et qui substitue le représentant au représenté et l’action directe qui est le principe du syndicalisme et qui éliminant l'intermédiaire ne conserve que l'intéressé (6)... pour le syndicalisme la pratique et la théorie se confondent et c’est l’ est révolutionnaire... c’est pourquoi l’idée de la grève générale s’est si naturellement substituée dans l’esprit des masses ouvrières à l’idée de la révolution politique (7)... l’action directe signifie l’action
(1-4-5) Congrès de 1908. Compte rendu, p. 256, M. Lagardelle, p. 252-256.
(2-3-6) Socialisme et syndicalisme, p. 47-48-44.
(7) Syndicalisme ef socialisme, cité, p.50, M. Lagardelle.
personnelle des ouvriers, s’exerçant en dehors de toute considération légalitaire et de toute autorisation d’en haut... (1)le travailleur ne devant compter que sur lui-même agit... action directe qui n’est que la forme d’agir et de combattre propres au syndicalisme (2).
Les principaux moyens de pression sur le patronat et l’État qu’emploie le syndicalisme sont la grève, le sabotage et le boycottage, la grève générale.
« Pour s’émanciper le prolétariat doit acquérir la pratique de la lutte. (3) La grève est pour nous l’arme par excellence que la société présente met entre les mains de la classe ouvrière... par la grève, dans l’usine où le travailleur passe scn existence, il est sur son terrain, sur son champ de manœuvre, par elle il frappe directement son patron auquel il a demandé des amélicrations, il lui porte préjudice (4)... de ce moment, l’ouvrier ne reconnaît plus l’autorité patronale…. le travailleur croyait dans le patron... la propagande syndicale a pour objet de chasser cette croyance faite de respect et de soumission... la grève est la forme de lutte par excellence... la grève est donc pour nous nécessaire, parce qu’elle frappe l’adversaire stimule l’ouvrier, l’'éduque, l’aguerrit (5)... la grève n’est pas une distraction ni un passe-temps, elle est une nécessité — un mal nécessaire, elle nous prend, nous emporte souvent malgré nous...
- Qu'est-ce que le sabotage? une forme de lutte ouvrière qui est le contraire de la grève...(6) c’est la lutte s’exerçant dans le travail. Il consiste pour le salarié à exécuter la besogne de telle manière que le patron ne retire qu’un petit profit (le commerçant et l'industriel d’ailleurs sabotent au détriment du consommateuret du client (7)... Le syndicalisme tend à organiser le sabotage à le rendre conscient en faisant du système de paresse et d’indifférence qu’ilest le plus souvent, («j'en fait assez pour l'argent que je touche, le patron gagne suffisamment ») une application raisonnée d’une façon de travailler. 11 y parvient rarement...(8) A la besogne quotidienne poursuivie parles prolétaires pour des fins ouvrières, le syndicalisme attribue comme arme la grève et le sabotage qui excluent lintervention du non producteur et aussi le boycottage ou mise à l’index.
A la besogne d’affranchissement intégral, il attribue comme arme le soulèvement de la classe ouvrière (9) ...parvenue à un degré de maturité, à un niveau de développement, à un état de croissance... la classe cuvrière réalisera sa libération par la grève générale... La grève générale est l’arrêt de la production sociale...
(1) Syndicalisme et socialisme, cité, p. 57, M. Griffuellhes. (2-3-4-5-6-7-8) Les objectifs de nos luiles de classe, cité, p.23-25-26-27-29-31- (9) Les objectifs de nos lultes de classe, cité, p. 33.
est-elle une utopie, un rêve? (1) Bien fou qui l’affirmerait encore... les insuccès passés et présents étaient nécessaires... pour le succès final, il faut encore des insuccès.. oui, la révolution sociale, c’està-dire la mainmise sur le travail et sur le profit, sera l’aboutissant d’un mouvement total de la classe ouvrière se produisant sur le terrain de la production...
Le nombre croissant des grèves... ont donné au mouvement ouvrier une vigueur insoupçonnée, d’où une extension de vie syndicale, dont les progrès sont incessants malgré les fluctuations ».
« L’antipatriotisme fait partie intégrante du syndicalisme », a écrit M. Lagardelle. Comment les militants du syndicalisme l’ont-ils interprété?
Au Congrès tenu par la C. G. T. à Marseille en octobre 1908, une longue discussion eut lieu plus spécialement au sujet de l’antimilitarisme et de l’attitude de la classe ouvrière en cas de guerre. (2) La plupart des orateurs se prononcèrent en faveur de l’antipatriotisme et de l’antimilitarisme. (3)
Ebers : « le devoir du syndicaliste c’est d’être antipatriote, c’est de nier la patrie... on pourrait dire pendant des heures que la patrie est une erreur, qu’elle n’existe pas pour les puissants, que nous n'avons rien à défendre. il faut faire disparaître les préjugés. Le préjugé essentiel c’est le préjugé patriotique. le syndicat n’est pas seulement fait pour répondre aux intérêts immédiats, mais c’est une école et dans cette école on vous apprendra... à haïr nos ennemis y compris la patrie. Thuilier.. « il y a non seulement la bourgecisie, le capital et le gouvernement contre nous, mais encore une grande partie des prolétaires qui en sont victimes (de ces idées de patrie) (4)... je ne puis comprendre qu’il y ait des internationalistes qui soient des patriotards.. si vous n'avez pas de patrimoine, à quoi bon soutenir ces patries.. » Boudoux «si nous faisons de l’antimilitarisme c’est d'abord pour éviter les tueries dans les grèves, c’est aussi pour permettre aux travailleurs, en cas de conflit d’être les maîtres de la situation (5). comment arriverez-vous à la suppression de l’exploitation si vous n’avez pas avec vous l’armée pour que l'insurrection soit victorieuse ? (6)...» Grandjouan «la patrie est la forme sentimentale du capitalisme..l’armée c’est l’armée du capital... la patrie c’est l’ennemi... la patrie c’est
(1-2-) Les objectifs de nos lulles de classe, cité, p. 34-35.
(3-4-5-6) Congrès tenu à Marseille en octobre 1908, par la C. G. T.. Compte rendu p. 177, 179, 181, 183.
dé id
le syndicat des exploiteurs(1)...» Trotebas « L’antipatriotisme est principalement lié à l’antimilitarisme comme une seule personne. le patriotisme est l'ennemi direct de la classe ouvrière (2)...» Janvion «qu'est-ce que le militarisme? l’armature de la société capitaliste, le patriotisme n’est pas autre chose qu’un mythe, qu’une supercherie idéalisée.. la patrie c’est un territoire donné, limité par des lignes de convention géographique...c’est la représentation d’un capital terrien foncier défendu par l’armée. La patrie c’est. le capital armé (3)...ou le syndicalisme est un groupement d’intérêts corporatifs et professionnels... ou son égoïsme éduqué révolutionnairement sortira du cadre corporatif étroit et se ramifiera immédiatement et en même temps sur la droite (politique socialiste), ou sur la gauche (action directe) avec ses conséquences révolutionnaires : antimilitarisme, antipatriotisme, antiparlementarisme, antiétatisme (3) ». Costes « ...puisque les armées sont faites non pour défendre les droits des travailleurs, mais au contraire pour opprimer les travailleurs...nous n’avons qu’à nous révolter le jour où on nous appellera pour nous y rendre (à cette armée)... » Chabert «notre intérêt est d’être antimilatiristes, antipatriotes ». Thomas... « c’est l’armée qui gouverne et qui couvre le régime capitaliste. »
Nul ne se leva pour défendre dans sa forme actuelle l’idée de patrie, mais quelques orateurs essayèrent de montrer que l’antipatriotisme et l’antimilitarisme étaient des questions dépourvues de tout caractère économique qui débordaient le cadre du syndicalisme et relevaient des organisations politiques.
Bodin « La patrie est un fait que personne ne peut nier... il nous appartient de chercher les moyens qui pourront empêcher justement que la patrie devienne la propriété du capitalisme alors que nous voulons nous faire une patrie de travailleurs (4)... si vous nous obligez (vous les gouvernants), à supporter les charges du militarisme nous ne voulons pas que nos frères de travail soient demain les conservateurs de la condition sociale présente. il appartient à la classe ouvrière d’abord de défendre ses propres intérêts corporatifs avant d'envisager la situation de la patrie...» L. Niel « vous n’avez pas le droit d'introduire cette question {insurrection en cas de guerre) dans les syndicats. par voie de conséquence le syndicalisme est une guerre constante contre le principe religieux... contre le principe de résignation contre la guerre et contre le sentiment ou
(1-2-3-4) Congrès tenu à Marseille en octobre 1908, par la C. G. T., compte rendu p. 192-193-194-196-198-202-177-186,
plutôt contre le préjugé patriotique. mais l’axe de la question syndicale est placé sur le terrain purement économique et tourne autour des préoccupations professionnelles... L’impossibilité d’introduire cette question dans nos débats (se trouve surtout) dans la motion adoptée à Amiens (1906) contre toutes les politiques... en lançant ainsi le syndicalisme sur un terrain où toutes les actions sociales seront de son ressort (politique (1)... antipatriotisme...), le syndicalisme cessera d’être le syndicalisme... à la différence du syndicalisme l’antipatriotisme groupe les travailleurs de la même façon que les partis politiques (2)... la question est pour moï politique parce qu’elle est à mes yeux inséparablement liée à des opinions politiques correspondantes... si syndicalement vous avez le droit de faire la grève générale, je dis que vous n’avez le droit de la faire que pour des objets économiques, pour des objets professionnels non pour des objets politiques(3).…., la besogne d’émancipation sociale est une besogne complexe... sur des terrains différents par des moyens différents par des hommes différents. Le syndicalisme a sa part mais (ne saurait) faire toute la besogne.… quelle est sa part d’action? la propagande antimilitariste contre l'intervention de l’armée dans les grèves. les relations internationales entre les organisations syndicales de tous les pays.» renard «nous protestons contre les charges militaires. contre le rôle qu’on attribue de plus en plus à l’armée... (4) mais nous voulons sur le terrain corporatif et professionnel ne nous occuper que des questions syndicales et professionnelles... à l’action politique, philosophique nous laissons l’antimilitarisme, la lutte contre la guerre... vous dites qu’en cas de guerre vous faites la grève générale. Ce ne sera pas difficile parce que si la guerre se produisait ce serait l'arrêt général, la cessation de toute l’activité sociale (5)... Guérard «...l’antipatriotisme et l’antimilitarisme ne sont pas des questions syndicales. c’est en premier lieu la désertion qui est recommandée par le Manuel du soldat (6)... en développant auprès des ouvriers étrangers, dans les régions frontières, non pas la doctrine de l’antipatriotisme, mais simplement celle de l’internationalisme (on aurait pu les amener au syndicat)... en cas de guerre les organisations ouvrières des pays intéressés devront s'entendre en vue de créer dans l’opinion publique, un mouvement d’horreur contre la guerre (Ex. Faschoda)... (de plus) c’est le pays qui sera le plus avancé au point de vue révolutionnaire qui en cas de guerre sera sacrifié (8)... précisément parce qu’on n’a pas résisté aux efforts de l’envahisseur, les travailleurs (seraient), obligés de suer des milliards (8).
(1-2-3-4-5-6-7-8) Congrès de la C: G,. T. Compte rendu, cité p. 188, 189 190, 198, 204, 206, 208, 209.
Deux motions furent présentées par la Commission spéciale au Congrès. La première signée, Thil, Roche, Guérard et Niel : |
€. La question du patriotisme et de l’antipatriotisme relève uniquement de la conscience individuelle. il y a lieu de développer et de fortifier sans cesse le syndicalisme international de façon à pouvoir, au premier péril de guerre, organiser dans tous les pays, une agitation intense... pour empêcher la déclaration de guerre. Si cette déclaration ne peut être évitée. l'attitude à prendre n’est plus de la compétence du syndicalisme... en ce qui concerne l’antimilitarisme le congrès affirme à nouveau la nécessité de poursuivre. la propagande contre l'intervention de l’armée dans les conflits entre ouvriers et patrons (1) ».
La seconde motion signée Luquet, Merrheim, Desplanque, Ader, etc.
« Considérant que l’armée tend de plus en plus à remplacer à l'usine, aux champs, à l'atelier le travailleur en grève quand elle n’a pas pour rôle de le fusiller.. le Congrès se tenant sur le terrain purement économique préconise l'instruction des jeunes pour que du jour où ils auront revêtu la livrée militaire ils soient bien convaincus qu'ils n’en restent pas moins membres de la famille ouvrière et que dans les conflits entre le capital et le travail ils ont pour devoir de ne pas faire usage de leurs armes contre leurs frères les travailleurs. considérant que les frontières géographiques sont modifiables au gré des possédants, les travailleurs ne reconnaissent que les frontières économiques séparant les deux classes ennemies : la classe ouvrière et la classe capitaliste.
Le Congrès rapelle la formule de l’Internationale : les travailleurs n’ont pas de patrie ! qu’en conséquence, toute guerre n’est qu’un attentat contre la classe ouvrière, qu’elle est un moyen sanglant et terrible de diversion à ses revendications. Le Congrès déclare qu’il faut au point de vue international faire l'instruction des travailleurs, afin, qu’en cas de guerre entre puissances, les travailleurs répondent à la déclaration de guerre par une déclaration de grève générale révolutionnaire».
Cette dernière motion eut la majorité (681 voix pour, 421 contre et 43 bulletins blancs) (2).
Au congrès de Toulouse en octobre 1910, ja discussion ne fut pas reprise au fond, la doctrine du syndicalisme révolu-
(1) Congrès de la C. G. T. 1908. Compte rendu, cité, p. 213. (2) Compte rendu. Congrès 1910, p. 333.
tionnaire y fut à nouveau affirmée et la propagande antimilitariste organisée. L'ordre du jour Jouhaux augmenté de l’adjonction Péricat fut voté par 900 voix sur 1.357 votants (1).
«Considérant que l’armée tend de plus en plus...(reproduction de la 1re partie de la motion votée à Marseille en 1908), le Congrès charge le Comité confédéral de prendre toutes les dispositions nécessaires pour organiser méthodiquement et d’une façon continue, cette propagande dans le sens indiqué par l’ordre du jour Péricat. (2) Les syndicats sont engagés à constituer une « caisse du sou du soldat »... à dresser une liste de leurs membres aux régiments avec toutes les indications utiles, le double de cette liste devra être envoyée au secrétariat de la Section des Bourses à la C. G. T..
Le secrétaire de cette section devra à son tour dresser une liste des soldats syndiqués par centre ou région et adresser cette liste aux Bourses ou Unions de syndicats intéressés. Les soldats sont invités à fréquenter les Bourses du travail, etc. »
En 1912, au Havre, le Congrès affirma sa résolution d’organiser une agitation intense contre la loi Berry Millerand qui exclut de l’armée d’après les orateurs entendus les jeunes gens condamnés à 3 mois de prison. (3)
Signalons en terminant, l’existence du Manuel du soldat, brochure rédigée par M. G. Yvetot, après le Congrès d'Alger en 1902, au nom des syndicats. Ceux-ci ne furent ni consultés avant, ni appelés après à ratifier ses dispositions. C’est un mélange curieux des citations des plus grands écrivains sur les horreurs de la guerre, des réflexions de penseurs notables sur les inconvénients physiques et moraux de la vie de caserne, d’impressions tragiques sur les souffrances des punis dans les compagnies de discipline (après l’énumération desquelles on est stupéfait de lire « voilà ce qu’est l’armée » (page 16) comme si les «régiments pénitentiaires », comme les appelle M. Yvetot, constituaient l’armée !)
(1-2) Compte rendu. Congrès 1910, p. 215-313.
(3) La Bataille syndicaliste du 21 septembre 1912. Les militants de la C. G. T. protestèrent ensuite contre les déclarations que fit M. G. Hervé, à la Salle Wagram le 25 du même mois. »
L'opuscule contient en outre la liste des dépenses occasionnées en Europe par l’entretien des armées, un appel aux camarades les invitant à réfléchir sur ces idées et le souhait «d’avoir arraché dela cervelle de quelques-uns de nos frères de misère les préjugés et les absurdités que s’appliquèrent à y mettre et à y cultiver tous les atrophieurs de cerveaux parlant au nom de la religion, de la famille, de la patrie, de l'État » (pages 27 et 28) des conseils aux conscrits « si vous ne croyez pouvoir supporter les vexations... qui vous attendent à la caserne ... si vous ne croyez pas qu'il y ait... une propagande de révolte à faire à la caserne... » évitez-la ; « mais si d’autres raisons l’emportent sur votre horreur du régiment allez-y... faites-vous aimer de vos compagnons... et faites-leur de la propagande (1)... 3 exhortations aux soldats «ne vous découragez pas. Allez dans les Bourses du travail, dans les Bibliothèques et Universités populaires... vous trouverez le gage fraternel de la sympathie qui vous unit aux camarades que vous avez quittés. Ce gage consiste en la petite somme périodique que vous attribue Le Sou du soldat. A noter cette observation que pourraient méditer les exaltés de droite «si un jour il vous fallait marcher contre les camarades qui luttent contre la rapacité patronale qui revendiquent un peu de bien-être, qui réclament un peu de liberté, vous sauriez aussi ce que vous devez faire (2)... Le colonel de Saint- Rémy, dont c'était la profession d’être militaire, trouva l'indulgence d’un tribunal militaire si rude aux pelits soldals, pour n’avoir pas obéi, disant que sa conscience de chrétien lui interdisait de maltraiter d’autres chrétiens. » (3)
(1-2) Manuel du soldat, p. 30-31.
(3) Le ton de cette brochure est extrêmement violent; elle a été tirée à près de 200.000 exemplaires et sa diffusion a peut-être contribué au moins dans certains milieux à l’augmentation du nombre des insoumis. Aucune équivoque ne semble donc possible sur le caractère et la portée de l'institution dite Le Sou du Soldat.
La C. G. T. a pris position vis-à-vis de l’œuvre des réformes. Elle paraît quelque peu gênée. Son esprit réaliste la pousse à accepter toutes les améliorations du sort des ouvriers d’où qu’elles viennent, mais son intransigeance révolutionnaire lui fait trouver insuffisantes, inutiles, sinon dangereuses, la plupart des réformes proposées par la bourgeoisie.
Le Congrès de Toulouse a décidé : 1° en ce qui concerne le contrat de travail collectif... «il y a lieu pour les travailleurs de recourir au contrat mais de telle façon qu’il assure de meilleures conditions de travail en dehors de toutes nouvelles stipulations légales qui constitueraient des restrictions»; 20 « l’arbitrage est incompatible avec la fonction dévolue aux organisations syndicales et par là affaiblirait leur indépendance, leur autorité»; 39 à propos de la capa-
cité civile et commerciale.
« Considérant que les syndicats doivent s'occuper surtout d’améliorer les salaires, l'hygiène des ateliers, de réduire les heures de travail... ce rôle de défense des intérêts généraux du prolétariat jeur suffit. Sans ajouter à leur lourde tâche des préoccupations d'ordre industriel et commercial (1)... le Congrès met en garde les syndicats contre la capacité civile et commerciale dont on veut les doter, celle-ci n’ayant d’autre effet que de les anéantir ou les détourner de leur vraie destination qui consiste à dresser le prolétariat contre la classe capitaliste. (2)
40 La C. G. T. a dénoncé bruyamment « l’escroquerie des retraites ouvrières ». Le Congrès du Havre (septembre 1912) protesta contre l'insuffisance des améliorations apportées depuis son vote à cette loi et déclara que la GC. G. T. maintiendra entière son « opposition tant que des modifications plus profondes en conformité des résolutions des Congrès confédéraux n’auront pas été apportées » (3).
(1) Cela montre, comme de nombreux autres points de la doctrine syndicaliste, que l'objectif principal et essentiel de la C. G. T. est actuellement
la destruction de l’ordre actuel et que la préparation des institutions nécessaires au fonctionnement de la société de demain est pour elle secondaire.
(2) Congrès de la C. G. T., tenu à Toulouse en octobre 1910, p. 334 à 336. (3) La Bataille syndicaliste, 20 septembre 1912.
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Le syndicalisme pose lui aussi, en axiome la séparation de tous les individus en deux classes fermées. « Le syndicalisme saisit la classe ouvrière dans ses formations de combat, il la considère comme la seule classe qui puisse, par les conditions de sa vie et les affirmations de sa conscience renouveler le monde, mais à la condition qu’elle reste étrangère à la société bourgeoise (1), politique socialiste révolutionnaire, ayant pour but l’organisation de la lutte de classe. » (2)
Certains cégétistes ont émis l’idée qu’il y aurait avantage à créer des écoles syndicalistes où les enfants des travailleurs affiliés à la C. G. T. recevraient un enseignement spécial. «Il faut pour une société libre des hommes libres; la grande salle (de la Bourse du travail dans chaque localité) pourrait servir tous les jours d’école aux enfants des ouvriers. Ce serait l’idéal de donner à nos enfants un enseignement vraiment libre dans une école réellement libre. Quel beau début pour former une génération d'hommes conscients, affranchis des dogmes de l’État comme de ceux de l’Église.» (3) Au Congrès de Marseille en 1908, MM. Treveunec, Teyssandier, Bahonneau, Granjouan, Hermier (4) parlèrent dans le même sens.
M. Janvion, par contre, montra les difficultés énormes que rencontrerait la création de semblables écoles (5) et de leurs inconvénients si elles étaient fondées (jeter l'enfant désarmé dans la lutte pour la vie). Le Congrès vota une motion relative à «l’adaptation de l’enseignement aux besoins de la classe ouvrière ».
Au Congrès de Toulouse en 1910. La question des écoles syndicales fit l’objet d’un rapport et d’une discussion. L’ins-
(1; Syndicalisme et socialisme, brochure citée, p. 5, M. Lagardelle.
(2) Congrès socialiste 1908. Compte rendu, p. 266, M. Lagardelle.
(3) À. B. C. syndicaliste, par G. Yvelot, p. 24 et note.
(4) Compte rendu, p. 311 à 324.
L’orateur parla de la tolérance dédaigneuse du Gouvernement pour la seule école syndicaliste existante « la Ruche»,
titution fut préconisée de garderies d’enfants dans les locaux des Maisons du Peuple, de cours du soir, de groupes de pupilles, de groupes sportifs « permettant d’éduquer la jeunesse prolétarienne dans un but syndicaliste et antimilitariste afin de soustraire ces éléments aux fâcheux contacts des sociétés de préparation militaire». Il fut recommandé également de « se mettre en rapport avec les syndicats confédérés d’instituteurs afin d'augmenter les moyens pratiques d’une adaptation toujours plus effective de l’enseignement aux besoins de la classe ouvrière. »
Quelle est l'importance propre attribuée au syndicalisme par les théoriciens qui le pensent, les doctrinaires qui le formulent (Griffuellhes, Niel, Pouget, etc.) et les militants qui le vivent ? ;
Il a d’abord une valeur politique.
«.…. Par leur action directe sur le Parlement (netteté et nombre des réclamations, importance des Congrès, fréquentes sommations, violentes manifestations, etc.), les travailleurs syndiqués peuvent obtenir des réformes « toute cette agitation syndicale sera la meilleure culture intensive des réformes légales », en permettant aux travailleurs d'étudier le régime capitaliste dans son crigine même... le syndicalisme démontre l’inanité des réformes ou leur insuffisance dans une société bourgeoise et amène fatalement les travailleurs à la nette compréhension de la nécessité d’une transiormation sociale... le syndicalisme s’internationalise de plus en plus... faire solutionner en grande partie par le syndicalisme un des principaux problèmes politiques que toutes les conférences de La Haye seront impuissantes à résoudre (obstacle aux velléités guerrières des gouvernants) n'est-ce pas une preuve précieuse de la valeur politique du prolétariat? Enfin, le syndicalisme est un rempart solide contre toute tentative de réaction violente. » (2)
Il à ensuite une valeur économique.
« C’est du reste sa valeur propre, essentielle... les travailleurs sont obligés de se grouper sur le terrain du travail quelles que soient
(1) Congrès de 1910. Compte rendu, p. 403 à 406. (2) Les objectifs de nos luttes de classe, cité, p. 49 à 52.
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