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LIVRE TROISIÈME

IL y à des groupements politiques de caractère, de nature et d'importance fort diverses. Certains sont spécialement constitués, dans le but de seconder, sur des terrains particuliers, l’action des divers partis, recrutement de nouveaux adhérents et détails de propagande notamment: d’autres au contraire sont créés dans des intentions différentes, mais se trouvent en fait amenés par les circonstances, la personnalité de leurs dirigeants, l’affinité étroite entre leurs principes et leurs idées d’une part, la doctrine et le programme de tel ou tel parti d’autre part, à prêter à ceux-ci, plus ou moins ouvertement et consciemment, tant le concours collectif de leur organisation disciplinée que l’influence individuelle de leurs membres.

Nous avons déjà constaté l'existence, dans l’ordre politique, de plusieurs associations dans lesquelles les jeunes gens reçoivent les enseignements des vétérans et les conseils des leaders parfois les suggestions des militants qui les invitent à collaborer aux manifestations de l’activité des partis auxquels elles se rattachent, pépinières de futures recrues de ces organisations.

Jeunesses royalistes et camelots du roi, jeunesses prébiscitaires catholiques, libérales, républicaines (1), laïques,

(1) V. le Compte rendu du Congrès tenu à Paris les 1er 2 et 3 novembre 1912 par « L'Union des ieunesses républicaines, laïques, démocratiques et socia-

les » au cours duquel furent discutées la crise de la démocratie, la solidarité, la défense laïque, le pacifisme et le patriolieme,

comités jeunes républicains, jeunesses socialistes, jeunes gardes de la Sûreté révolutionnaire, jeunesses syndicalistes, etc.; en outre, il y a les comités, les fédérations, les unions, les associations d'étudiants des diverses nuances politiques.

Les membres de ces organisations, qui sont plus ou moins ramifiées en province, dont les différentes sections disséminées sur tout le territoire sont plus ou moins étroitement fédérées en une association nationale, se réunissent périodiquement, écoutent des conférences, préparent des meetings; certainstiennent des congrès annuels (1) au cours desquels les assistants entendent la lecture de rapports et de discours, discutent des motions, émettent des vœux. Le principal intérêt qu'elles offrent semble être de fournir des indications sur l’état d'esprit des jeunes gens et sur la conception qu’ils se font des choses de la politique. L’on pourrait rapprocher de ces groupements, la Ligue des conférences radicales et la Ligue de propagande radicale socialiste.

Dépourvues de tout caractère politique, diverses réunions à l’École de droit ou au Palais groupent, en vue de l’étude en commun de certains problèmes d’actualité et de l’entraînement mutuel de leurs membres à l’art oratoire, des étudiants ou de jeunes avocats. Telles les conférences « Tronchet», « Turgot», « Malesherbes», etc... qui rappellent de loin les clubs anglais des 80 ou des 100 que nous avons précédemment rencontrés.

Il est d’autres groupements qui ont surtout pour but d'affirmer de loin en loin, en des occasions solennelles, l'attachement de leurs adhérents à un même idéal politique. Nous citerons les Bleus de Bretagne, les Bleus de

(1) V. par exemple dans le Temps du 4 août 1912, le compte rendu du Congrès des Jeunesses laïques.

Normandie (1), les organisateurs du Banquet Hoche, le comité de l’Action nationale, le Congrès des classes moyennes, la Ligue républicaine d'action nationale, le Comité d'action républicaine aux colonies. etc.

Certaines associations s'adressent plus particulièrement ädes milieux déterminés et concentrent leur activité sur des points spéciaux, la propagande électorale notamment. Elles interviennent en patronant des candidats, en publiant des manifestes, tels le Comité républicain du commerce, de l’industrie et de l’agriculture (Comité Mascuraud, place de Valois) qui compterait, paraît-il, 175 sections en province et quelques-unes dans la France d’outre-mer. Ce groupement a organisé à plusieurs reprises des grands banquets démocratiques dans lesquels le président du Conseil, alors en fonctions, a pris la parole. La Fédération des commerçants détaillants de France; l’Union fédérative des commerçants. Celle-ci, le 22 avril 1910 lançait un appel rédigé dans la note suivante :

« Depuis longtemps des esprits turbulents s’acharnent à séparer le capital et le travail... C’est pour vous une obligation plusieurs fois sacrée de mettre fin à cette guerre... vous devez tous voter pour des adversaires résolus de tous les monopoles d'État. »

Il y a des organisations plus ou moins fermées, et politiques, qui poursuivent un objet très particulier.

La Ligue des patriotes présidée par M. P. Déroulède, qui se propose d’entretenir dans le pays le souvenir des deux provinces arrachées en 1871 et de ne pas laisser prescrire l’idée de la revanche; ce qu’il reste de la ligue de la Patrie française fondée à la fin du xix® siècle pour protester contre ce que ses membres appelaient les atteintes à l’œuvre sacrée de la défense nationale.

La Ligue de l’enseignement créée pour concourir à la protection de l’école primaire et de la culture :laïque, ins-

(1) Section créée en septembre 1912.

pirée semble-t-il surtout par le parti radical socialiste. Par contre la Fédération des associations de pères de famille catholiques, quis’appuiesur l'Action libérale populaire. Le Comité républicain de la représentation proportionnelle, Le Comité de défense du suffrage universel fondé en août 1912 pour lutter contre les proportionnalistes et la Ligue d'union républicaine créée en septembre de la même année pour chercher un terrain et une formule d’entente entre les deux groupements précités. Citons enfin la Fédération nationale contre l'impôt sur le revenu qui n’est pas sans quelque analogie avec la « Budget League» anglaise de 1909 {contre le Budget Llyvod Georges).

Mais c’est surtout dans le domaine économique que des organisations, fondées en dehors de toutes fins politiques secondent, directement ou non, l’action des divers partis.

L’adhésion donnée à l’un ou à l’autre de ceux-ci et les manifestations d'opinions qu'elle provoque viennent diviser ceux que des préoccupations strictement professionnelles devraient réunir en masses compactes. (est ainsi qu'il y a parmi les travailleurs des chemins de fer des grouments catholiques qui sont plus ou moins ouvertement inspirés par l'Action libérale populaire, des syndicats socialistes qui suivent les directions, les uns du socialisme réformiste, les autres du socialisme unifié, des fédérations révolutionnaires qui prennent leur mot d’ordre à la C. G. T. De même les travailleurs de la Fédération du Livre sont les uns réformistes, les autres révolutionnaires. Sans doute ce sont là des courants qui partagent actuellement le syndicalisme, mais leur existence même sur le terrain purement économique crée, entre ces associations corporatives et certaines organisations politiques, une affinité particulière dont celles-ci tirent profit,

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