LES GROUPEMENTS ÉCONOMIQUES
Nous avons vu que l'Action libérale populaire se félicitait de pouvoir compter sur le concours de diverses « Unions libérales de patrons industriels el commerçants» et sur celui de l’« Union des travailleurs libres » qui comprend 5.000 membres, Au contraire plusieurs organisations patronales ne cachent pas leurs sympathies pour d’autres partis.
Les syndicats, et surtout ceux dont les militants « font de la politique», sont donc, dans une certaine mesure et jusqu’à un point difficile à déterminer avec précision, autant d'organisations auxiliaires pour les différents partis vers lesquels les poussent les préférences personnelles de la majorité de leurs adhérents ou les suggestions de leurs leaders les plus influents.
Aussi divers polémistes n’hésitent-ils pas à reprocher à certains groupements économiques (sociétés d'agriculture et syndicats agricoles notamment) de se laisser dominer par « des Imfluences réactionnaires ».
Sur Je terrain social il est des organisations qui, tout en s'adressant à l’universalité des citoyens, paraissent s’inspirer, dans les diverses manifestations de leur activité, de l’état d'esprit qui anime les dirigeants de tel ou tel parti. La ligue des droits de l’homme et du citoyen dont les tendances et la doctrine paraissent rappeler celles du radicalisme, La ligue patriotique des Françaises qui n’est pas sans quelque vague ressemblance avec la « Primerose league », que nous avons signalée, et qui, en apparence au moins gravite dans l'orbite de l'Action libérale populaire, certains comités de dames de celle-ci étant directement affiliés à celle-là.
Il n'existe pas en France de grands clubs politiques analogues au Carlton Club (conservateur) ou au National liberal Club (libéral) de Londres. Il y a bien un cercle ré-
publicain (5, avenue de l'Opéra) des cercles dont la majorité des membres paraissent être des conservateurs (tels le Jockey Club}, divers cercles politiques en province, mais leur influence mondaine et sociale semble plus importante et plus réelle que leur importance politique, qu’il serait d’ailleurs fort difficile de définir avec précision.
Parfois il a été créé certains groupements éphémères qui, comprenant des citoyens de toutes opinions et de toutes croyances, se proposent d’obtenir des pouvoirs publics une mesure particulière, soit la grâce, soit Ja révision du procès d’un condamné, tel en 1912 le Comité Rousset.
Enfin l’on pourrait citer plusieurs organisations qui se sont fondées pour permettre à l’élite intellectuelle de la Nation « d’aller au peuple» et d’essayer de l’éduquer politiquement autant que socialement. Les Universités populaires furent en leur temps une généreuse et splendide tentative dans cet ordre d’idées. Ce mouvement ne tint pas, pour des raisons multiples et variées, les espérances que ses promoteurs avaient fondées sur lui (1).
Dans l’ordre philosophique il existe des groupements variés, les positivistes (2), les spiritualistes, les libres-penseurs , etc., que leur doctrine paraît rapprocher plutôt de tel parti que de tel autre, bien qu’ils soient ouverts à tous les adhérents à leurs propres idées quelles que soient les convictions politiques de ceux-ci. Certains ont même pris position parfois et lors des élections publié des appels ou lancé des manifestes.
Il serait bien difficile de préciser le rôle que la francmaçonnerie a joué et joue encore dans les luttes politiques
(1) Voir à ce sujet divers ouvrages de M. Deherme, actuellement directeur de la revue intitulée La coopération des idées. FE
(2) Une curieuse brochure publiée il y a quelque temps a reproché à certains positivistes de France d’avoir incité le comité jeune turc «Union et progrès » à appliquer en Turquie les idées politiques d'A. Comte.
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