LES GROUPEMENTS PHILOSOPHIQUES
journalières ; nous avons vu que si grandes que paraissent ses affinités avec le radicalisme elle restait en fait indépendante de celui-ci puisque les congrès radicaux socialistes ont repoussé dés propositions qui avaient été votées à l’unanimité dans plusieurs convents et assemblées générales des Loges. Rappelons qu’au Congrès des Unifiés à Lyon en février 1912, après des discussions qui duraient depuis plusieurs années, il a été décidé que les socialistes pourraient continuer à faire partie de la franc-maçonnerie, Il semble bien que cependant l’organisation maçonnique ait largement contribué à vulgariser et à populariser jusque, dans les villages les plus reculés, la doctrine et au moins certains articles du programme radical socialiste.
Dans quelle mesure, l’Église, soit le clergé séculier, soit les congrégations religieuses, a-t-elle mis son influence à la disposition des partis dont les principes essentiels ont ses préférences? il est impossible de le déterminer avec exactitude. De même que de 1871 à 1876, nous avons vu qu'il y avait parmi les prélats, des légitimistes, des orléanistes, des bonapartistes de même sans doute aujourd’hui les dirigeants catholiques ont une prédilection les uns pour les royalistes, les autres pour les plébiscitaires, les autres encore pour les membres. de l’Action libérale populaire. Maïs celle-ci ne paraît pas s'identifier avec le mouvement catholique proprement dit. Le fait que divers évêques ont cru devoir créer des Unions diocésaines distinctes des Comités départementaux de l’association précitée, semble le prouver. Néanmoins dans la mesure où les clercs et les organes catholiques peuvent prédisposer les électeurs à écouter avec bienveillance telles ou telles doctrines politiques, ils constituent pour les partis qui formulent et défendent celles-ci des auxiliaires et des alliés.
Il existe un comité de défense religieuse qui affirme que: « tout électeur est. responsable de son vote devant Dieu,
416 LES GROUPEMENTIS AUXILIAIRES
que deux questions s'imposent à l'attention des catholiques, d’abord le respect de la liberté religieuse ensuite la liberté d'enseignement et d'éducation chrétienne (1).»
Par contre l'Association nationale des libres-penseurs déclare qu’elle « réclame l’enseignement laïque dans toute sa plénitude et qu’elle est par conséquent adversaire de la liberté d'enseignement.» (2)
Il est plusieurs sociétés savantes ou associations politicosociales qui, sans avoir aucun lien direct ou indirect apparent ou caché avec l’un ou l’autre des divers partis en présence, élaborent des projets que souvent le Parlement se borne à accueillir à faire siens et à voter.
« Maintes lois pénales ou pénitentiaires, mutualistes ou « administratives, protectrices des travailleurs ou de la « santé publique ont recu les premières impulsions de la « Société des prisons ou des études législatives, d’associa- «Lions nationales ou de groupements scientifiques.» La
franc-maçonnerie également, étudie les différentes questions d'actualité : « Si on consulte les ordres du jour des loges, il n’en est pas une qui n’ait inscrit la séparation des Églises et de l'État; d’un bout à l’autre de la France, un véritable mot d'ordre courut dans nos ateliers ». (3)
Ce qui fait que «le Parlement demeure l’écho du dehors, l'enregistreur de solutions élaborées ou discutées en des milieux d'une compétence point dépassée et d’une discré- Lion peu marquée», (4) Il y a-t-il vraiment là une abdication des Assemblées délibérantes? L'évolution de nos sociétés, si prodigieusement complexes et exubérantes, soulève une foule de questions d'importance inégale et il
(1 et 2) Annuaire du Parlement, 1910-1911, Les groupes, p. 326,
(3) Gompte rer du ofiiciel du Convent de 1207, p. 62 ct 65, cité par M. Delpech.
(4) Préface à l’ Annuaire du Parlement, 1909, La démocratie et le régime représentatif, p. 35, par M. J. Delpech,