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LES LUTITES DE CLASSE EXCLUSIVES DES LUTTES POLITIQUES

membres de la société, elle tend à leur persuader qu'ils ont des intérêts absolument indépendants et différents de ceux des autres citoyens, elle en fait découler un antagonisme qu'elle cultive et surexcite. L’on conçoit aisément que la classe ainsi comprise soit exactement l’opposé du parti politique tel que nous avons essayé de le définir et que la guerre de classe soit précisément le contraire des luttes de partis. «Les luttes de classes réfléchies sont suppressives du régime des partis» a écrit avec raison M. Delpech (1) et l’on a avancé que si en Angleterre les oppositions considérables de classes ne s'étaient pas plus violemment manifestées, c'est qu'elles avaient été atténuées et dérivées par les luttes purement politiques. .

Le parti apparaît comme supérieur à la classe en ce qu’il est une véritable réduction de la nation dans la souple variété de tous ses éléments constitutifs (travailleurs intellectuels et ouvriers manuels, paysans, fonctionnaires, professions libérales, capitalistes, commerçants, etc...) dans la vivante diversité des problèmes, qui s'imposent à son attention, politiques économiques sociaux, dans le souci de tenir compte de l’état international ambiant et des charges léguées par les générations antérieures, ét dans la préoccupation de ne point grever le patrimoine qu'il importe de transmettre au moins intact aux générations immédiatement prochaines. La lutte des partis doit profiter à l'intérêt public et général, la guerre de classes ne peut que dresser les unes contre les autres et déchirer les différentes catégories sociales; Ja première poursuit un but positif, fécond, la remise au plus digne de la conduite des affaires nationales, la seconde un objectif inhumain, la destruction du moins fort des adversaires en présence.

Mais, pourrait-on objecter, le danger consiste à ce qu'un parti politique s’identifie avec une classe et fasse accéder

(1) Article cité, Revue de droit public et de science politique, T. XXVIL, p.592.

celle-ci au pouvoir. L'exemple du parti socialiste qui se déclare hautement le parti du prolétariat «la classe ouvrière organisée sur le terrain politique» montre d’abord qu’au sein de ce parti les questions proprement politiques divisent les esprits, les font réfléchir et les gardent des entraînements passionnés, en second lieu qu’au moins les leaders de ce groupement ont conscience du devoir qui lui incomberait si jamais il devenait maître du gouvernement, non seulement vis-à-vis des choses non socialistes et des nations voisines qui ne seraient vraisemblablement pas arrivées au même moment au socialisme, mais encore à l’égard des citoyens qui ne seraient pas socialistes et qui n’en auraient pas moins pour cela droit à l’existence et à la liberté.

Une autre condition d’un régime de partis c’est le consenteme t des élus à entrer dans des groupes qui sont au Parlement, ce que sont les partis dans le pays. Une Chambre dont tous les membres se proclameraient «indépendants » et agiraient dans chaque circonstance au gré de leur inspiration purement personnelle serait peut être une Assemblée analogue à celle que semblait rêver Thiers (dictature de l'intelligence et du bon sens) elle ne rendrait possible aucun régime de parti; de même un Parlement dont tous les membres ne formeraient qu’un groupe. Toutefois il ne faut pas quelarépartition des élus de la nation en formations variées et nombreuses soit dictée uniquement par de simples considérations de tactique ou d’opportunisme parlementaire. L'idéal serait que chaque groupe dans les Assemblées réunisse tous les élus d’un même parti et rien que ceux-ci.

Mais la condition la plus impérieuse de l’existence et du fonctionnement normal d’un régime de parti est que les électeurs acceptent de réfléchir aux questions politiques, de choisir entre les différents systèmes en présence, de prendre nettement position et de ne pas cacher leurs préférences. Nous avons vu que la base même de l’existence des Caucus

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