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RESTRICTION VOLONTAIRE A LA LIBERTÉ ÉLECTORALE

anglais, la condition essentielle de leur action était le Ccanvass» c’est-à-dire l'opération, que tolèrent les mœurs britanniques, qui consiste, pour les militants qualifiés de chaque parti, à demander individuellement à chaque électeur quelle est son attitude à l'égard de ce parti: partisan, adversaire ou indifférent.

Il ne faut pas se dissimuler que l'esprit nettement individualiste et indépendant du Français se plierait difficilement à une rigoureuse discipline calquée sur celle des partis d’outre-Manche. La théorie de Thiers a encore de nombreux et inconscients adhérents qui voient dans la République, non pas le Gouvernement de la nation par un parti, mais par le Pays lui-même tout entier et dans les élus les plus dignes,

«librement, sagement désignés sans acception de parti, de classe,

d’origine (cherchés) ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche, mais dans cette lumière de l’estime publique...» (1).

Et de fait, en observant la réalité des résultats d’une élection, l’on constate qu’à l’heure actuelle un député qui est élu n’a souvent pas obtenu la totalité des voix de ses coreligionnaires politiques (dans le cas où il y a eu pluralité de candidatures de même nuance) et que par contre il a recueilli des voix d’électeurs qui, ne partageant pas sesidées lui ont cependant accordé leurs suffrages pour de multiples considérations tenant à sa personne, à sa famille, à sa situation, à son passé, aux services qu'il a rendus, etc., etc. Il y a là un fait qui, s’il était général le vote pour une individualité et non pour une idée ou un programme — rendrait impossible tout régime de parti. Dans la mesure où il existe, il porte, tout en étant l’exception, atteinte à la rigidité et à la netteté d’un système de partis comprenant et disciplinant l’universalité tant des électeurs que des élus.

(1) Message de Thiers à l’Assemblée nationale, 13 novembre 1872, V. plus haut, p. 137.

Aussi est-ce là dans lesprit particulariste et frondeur des citoyens bien plus que dans le régime électoral luimême, qu'il faut voir semble-t-il, la principale difhculté que rencontre l'établissement en France de grands partis fermés, ordonnés et hiérarchisés.

Il y à en matière de la détermination du mode de votation trois conceptions différentes. Dans la première, celle de l’arrondissement, J’élu est au moins théoriquement le représentant seul responsable d’une portion définie du territoire national et de la totalité des habitants qui y sont établis. Il est bien désigné par la majorité des votants, mais celle-ci se trouve simplement déclarer au nom du corps électoral qui lui-même agit pour le compte de toute la population de la circonscription, que tel candidat plutôt que tel autre représentera au Parlement la dite circonscription toute entière. Mais ce n’est pas de cette seule majorité que l'élu tient ses pouvoirs; c'est un peu comme le juge qui, au nom de la nation, dit où est le droit mais ne le fait pas. Le député ou le sénateur n’est donc pas la propriété et la chose de ceux qui ont voté pour lui, il est le mandataire de l'unité électorale dans son ensemble chargé de concourir à l'exercice de la souveraineté nationale une et indivisible.

Une autre notion toute différente et très récente en France, consiste à faire représenter à chaque élu désigné par une majorité locale, non plus une portion du territoire, mais une Catégorie bien définie d’électeurs. La base en est très simple. Tout citoyen, qu’il soit progressiste ou radical, conservateur ou socialiste, paie les impôts, consacre deux années de son existence à l'apprentissage militaire, obéit aux lois et subit toutes contraintes et les restrictions à son indépendance qu’impose la vie en société. Tous doivent donc, dans la mesure de leur nombre dans le pays, concourir à la gestion de la chose publique et à la direction de ses

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