INCONVÉNIENTS DES ORGANISATIONS DE PARTI
ment désignés sans acception de parti, de classe, d’origine ne les-
cherchant ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche mais dans cette lumière de l'estime publique où les caractères, les qualités, les défauts se dessinent en traits impossibles à méconnaître et les choisissant avec cette liberté dont on ne jouit qu’au sein de l’ordre, du calme et de la sécurité (1).
Cette conception rappelle un peu celle d’une cité antique gouvernée par un collège de vieillards sages et vertueux, eux-mêmes présidés par le plus digne et le plus raisonnable d’entre eux; dictature du bon sens et de la capacité, a-t-on dit. Dans cette théorie, il n’y aurait pas de parti dans le pays simplement des groupes du Parlement.
M. Ostrogorski, qui dans un ouvrage très étudié (2) a fouillé les détails de l’évolution des partis en Angleterre et aux États-Unis, nous l’avons vu, estime que le règne de ceux-ci est fini. Il leur fait grief de leur formalisme étroit, de leur culture systématique des émotions et de la sentimentalité, de leur automatisme. Le vieux système des partis est suranné, artificiel, irrationnel. Il a un caractère théologique marqué, son dogmatique décourage l'indépendance d’esprit du citoyen, son autoritarisme énerve sa volonté son formalisme uniforme affaiblit sa personnalité. Le parti ayant failli à ses fonctions légitimes a servi de levier aux intérêts privés dans leurs entreprises sur la chose publique. Le culte fétichiste de la majorité a entravé la libre affirmation des opinions individuelles qui tient en respect les majorités. Le système des partis tendait à développer le gouvernement mécanique. Le conformisme politique fut un nouvel aspect de l’antique tyrannie,
L'auteur conclut au remplacement des partis par des ligues à objectifs limités, variables et momentanés. Une libre coopération réunirait, en vue d’une fin déterminée
(1) Message de Thiers à l’Assemblée nationale 13 novembre 1872, cité par Hanotaux lui-même cité plus haut,
(2) L'organisation des partis et la démocratie, Ostrogorski, cité p. 533 587-597.
des hommes par ailleurs différents d'opinion et de sentiments. La lutte se poursuivrait non plus entre adhérents de divers partis, mais entre partisans des solutions variées d'un problème nettement posé (home rule, impérialisme, protectionnisme, etc.) L'union des citoyens en dehors des partis qui serait le « non partisan ship», remplacerait l'unité, le libre accord des volontés serait le principe vital du nouvel ordre de choses, « à bas le parti, vive la ligue». Les ligues à objets spéciaux et d’une durée momentanée ne seraient que des méthodes pour éveiller et associer les intelligences et les consciences. A noter que dernièrement en France des formations analogues ont été créées qui groupent d’une part tous les défenseurs de la R. P., d’autre part tous ses adversaires. Le système, limité à des réformes d'ordre secondaire et spécial .paraît pour le moment, pouvoir fonctionner concurremment avec celui des partis pour de nombreuses raisons, dont la moindre n’est pas l'importance dans notre pays de la question de la forme du gouvernement, 1l ne semble pas prêt à le remplacer entièrement.
Certains ont pu,sans proposer de leur substituer d’autres organisations politiques meilleures, reprocher de nombreux méfaits aux divers partis. Ils encouragent l'instabilité gouvernementale, ils entraînent au moins dans divers pays la révocation des fonctionnaires en fonctions et leur remplacement par des créatures du parti qui arrive au pouvoir, ils risquent, en s’introduisant dans l’administration, de gêner les agents dans l’accomplissement de leurs missions respectives; l’on dit au fonctionnaire, d’un côté «sois impartial, tu te dois indistinctement à tous les citoyens» et de l’autre « ne te désintéresse pas de la chose publique, adhère à un parti». Celui-ci tend à se confondre avec la classe et renferme ainsi une cause, un germe de division nationale. Les comités asservissent les élus qu'ils