‹ Les Partis PolitiquesChapitre 88 sur 119 · DANGERS POSSIBLES DES ORGANISATIONS DE PARTIS · texte numérisé non relu

DANGERS POSSIBLES DES ORGANISATIONS DE PARTIS

sidérable par ses conséquences possibles, de tendances syndicalistes surgissant de toutes parts.

À vrai dire ce qui paraît le plus périlleux à beaucoup de bons esprits, c’est la forte organisation des adhérents d’un même parti, la constitution de puissantes associations politiques. Des patriotes prudents redoutent, les uns comme M, L. Bourgeois « les dangers des partis dont l’existence officielle serait reconnue» les autres tels M. Poincaré « la tyrannie des comités et des sections», « la tutelle des députés», « l'excitation des appétits particuliers». Et l’on voit dans les mêmes journaux à la fois le souhait de partis nettement différenciés les uns des autres .et lhostilité contre les comités. Si l’on désire le parti en tant que doctrine

méthode et programme, on le craint en tant que groupe-

ment ordonné et discipliné.

Toute la question se résume à savoir si véritablement une solide organisation n’est pas pour un parti l’armature indispensable, la nécessaire coordination des efforts et des vouloirs individuels de ses membres, en dehors desquels 1l n’y a que paroles vaines, promesses d’autant plus faciles à faire qu’elles peuvent plus facilement être éludées, ce dont le pays, qui s’en rend de plus en plus compte, arriverait peut-être tôt ou tard à se lasser, Sans association il semble qu'il ne saurait y avoir qu'idées politiques, systèmes économiques, conceptions sociales plus ou moins liées entre elles et comptant, de loin en loin dans le pays, leurs bénévoles et momentanés partisans. « Comment le parti, qui s'inspire d’un principe politique et poursuit un but politique, atteindrait-il son objectif s’il ne formait une association unie et ordonnée?» écrivait déjà Bluntschli en 1860 (1). Mais il est bon, il est juste que le législateur par des textes précis et le gouvernement par des actes fermes,

(1) La politique, p. 322.

maintiennent l’activité des partis sur leur véritable terrain et veillent à ce qu'ils ne sortent pas de leur domaine propre.

Certes, la tâche est difficile. Les événements infligèrent de rudes et cruels démentis à l’optimisme de Le Chapelier qui, le 29 septembre 1792, crut suffisant de publier une instruction pour faire cesser les excès journellement commis par les différentes sections de la grande société des Jacobins. Mais les temps étaient alors particulièrement troublés et la liberté jaillissait pour la première fois de l’âme populaire durement ligotée, depuis plus de 1.000 ans par les liens de l’absolutisme royal, et l’Europe coalisée menaçait l’indépendance, l'existence même de la nation. |

D'ailleurs, des précautions minutieuses pourraient être prises pour empêcher de naître, et enrayer aussitôt s’ils se produisaient, les abus et les dangers des associations politiques. En élargissant le rôle local de l’élu, en lui faisant représenter non pas exclusivement ses électeurs mais l’ensemble des habitants de sa circonscription, on arriverait peut-être à le soustraire à l'emprise complète, inféconde et humiliante de ses plus directs partisans, et, en ne l’assujettissant étroitement à son organisation de parti, que pour les questions d'ordre national, on le laisserait utilement seul juge, en son âme et conscience, de ses devoirs envers ses commettants. D’autres moyens pourraient être sans doute trouvés pour garder et consolider les avantages des puissantes organisations de partis, tout en écartant et réduisant au minimum leurs inconvénients et leurs dangers. Il y a là des questions de mise au point et d'application pratique qui présentent sans doute des difficultés, mais qui ne constituent pas, à priori, autant de problèmes insolubles.

Il faut en effet choisir entre les trois alternatives suivantes, ou l'électeur se désintéresse complètement de la la chose publique et aucun parti n’est nécessaire, le pays peut alors s’abandonner à un homme providentiel, roi

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