‹ Les Parures, fantaisieChapitre 8 sur 21 · EE · texte numérisé non relu

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«Oiseau , joli chanteur, chante doucement!

« Je suis le plus malheureux qui soit au monde.

«J'ai quitté la montagne sans faire mes adieux et je m’abreuve

de larmes. »

Cette voix, ce chant venant de la mer aux heures tranquilles de la nuit, cette évocation d’un passé tout plein d’héroïsme et d'amour, recélaient un charme ineffable dont l’âme du comte füt

vivement impressionnée,

Le lendemain il revint s'asseoir seul sur la même falaise élevée, et il entendit la même voix, mais le chant avait

changé.

Durant plusieurs jours Anatole de Greffignies revint ainsi, et chaque soir la douce voix l’impressionnait davantage et lui lais-

sait dans l’âme je ne sais quel regret, je ne sais quel désir. Enfin, il se décida.

Par une de ces belles soirées du mois de juillet, quand il n’y a pas de lune au ciel, quand le ciel est sans étoiles et que la nuit toutefois est transparente, comme cela se voit dans ces beaux climats du midi, le comte n’alla pas s'asseoir sur la falaise; il monta dans une barque et attendit la chanson

mélodieuse.

Nul ne venait de la terre, on n’entendait que l'harmonie des

vagues.

Aussi quand, dans l’espace, retentit la voix de la jeune fille, les notes suaves vinrent une à une achever de troubler la raison

du gentilhomme parisien.

Il abandonna son esquif en pleine eau, et se jetant à la nage, il vint se cacher dans un des golfes sans nombre que dessinent

les échancrures de la baie.

Il n’était séparé que par un espace étroit de la chanteuse, et il put distinguer parfaitement une belle jeune fille brune aux

cheveux dorés par le soleil.

Elle se livrait aux plaisirs innocents du bain, et n’eût été le léger fichu qui voilait son cou et son sein naissant, on l’eût prise volontiers pour une de ces naïades dont les poètes de l'antiquité peuplaient les grottes mystérieuses de

l'Océan.

Marie, c’est le nom que portait la jeune fille, était née dans ces cantons, et ses parents, honnêtes laboureurs, cultivaient les

champs patrimoniaux dans les environs de Biarritz. Elle avait seize ans et c'était déjà une femme.

Aussi chaste que belle, elle passait sa vie aux champs,

comme son père, ignorante des trésors que peuvent recéler et une voix magnifique comme celle dont le ciel l’avait douée et

une beauté comme la sienne.

Tous les soirs , elle quittait ses parents à l’heure du sommeil, et seule venait s’ébattre dans les flots de l'Océan et se préparer

ainsi aux fatigues du lendemain.

Quand il eut vu la jeune fille, le comte Anatole de Greffignies

put à peine se rendre compte de ce qu’il éprouvait.

Une sympathie secrète l’attirait vers la jeune fille, et il ne

pouvait définir ce qu'était cette sympathie.

Il avait toujours répugné à sa nature de se livrer à ces amours

faciles dans lesquelles tant de jeunesses se dépravent.

Plus encore eût-il répugné à séduire une jeune fille et à l’aban-

donner après lui avoir ravi son innocence.

La nuit s’écoula dans ces perplexités.

Son serviteur Ganich le trouva assis dans son fauteuil, tenant à la main un livre qu’il ne lisait pas, et laissant vaguement errer son œil sur les plaines immenses que l'Océan déroulait de-

vant lui.

Sa couche intacte montrait que la nuit n’avait été qu’une

veille ardente.

LE FICHU, loi

Inquiet, le serviteur voulut interroger le maître, mais le

maître ne répondit point, et ce silence dura toute la journée. Le soir venu, Anatole s’achemina vers la mer.

Il voulait entendre deux fois encore la voix enchanteresse, revoir la jeune fille au fichu brodé avant de prendre une déter-

mination.

Hélas! en cas pareil, temporiser c’est céder, et quiconque

attend s’avoue vaincu.

Il en fut ainsi du comte de Greffignies.

Quand il quitta la maisonnette, il était temps encore de partir, d'abandonner ces lieux, en emportant dans son âme un doux

souvenir et de la voix et de l'apparition.

Quand il revint, il était subjugué, brisé, anéanti.

Il n’avait plus qu'un désir, celui de voir Marie, de lui parler sans témoin, de lui confier l’état de son cœur, d’invoquer sa pitié,

sinon son amour.

Il parla de la jeune fille à son serviteur, et celui-ci lui apprit

ce que nous avons dit déjà.

Tout le pays n’eût pu lui en apprendre davantage.

Alors pour Anatole commença une vie nouvelle.

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