‹ Les parvenusChapitre 7 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite du chapilj'e précédetit.

\Jn pense bien que , dans ces premiers momens d'espe'rance et de joie , je n'eus qu'une seule ide'e , celle d'obtenir promptement la liberté d'Edëlie ; on me la promit; mais il fallut l'attendre dix mortels jours ; du moins j'étais sans inquiétude sut' son existence.

Durant les trois semaines qui suivirent la chute de Robespierre , presque tous les partisans des cruautés révolutionnaires et du despotisme anarchique furent re-

5 loin que les autres : on ne peut entraîner que par > des excès des hommes dénués d'éducation ^ comme s leur esprit est incapable de saisir aucune nuance, 9 la modération, la sagesse ne leur paraissent qu'une » trahison ou qu'un repentir. » Di'ct. de MM. Chaudon et de Landine , article Robespierre.

Il résulte de cette judicieuse réflexion que, dans les temps de troubles , les idoles du peuple sont toijours ou des hommes sans priucipej , ou de» foug tièi- dangereux.

cherches , jnge's et exécule's. Dans ce nombre se trouvèrent mes deux ennemis personnels , Garnier et Landry , mon beau -père. Aussitôt q-ie ma mère sut qu'il ctait arrête, elle accourut pour me demander de solliciter pour lui ; j'y consentis , mais ce fut en vain; il subit le sort que me'rilaient ses crimes dans tous les genres. Ma sœur ne pouvait avoir une ve'litable affection filiale pour un tel père; cependant le seul titre de père et ce genre de mort lui auraient cause* un affreux saisissement et une grande affliction. Nous convînmes, ma mère, Edëlie et moi, de lui cacher cet événement , et nous prîmes si bien nos prècau'ions en conséquence , qu'elle ne l'a su que plus de deux ans après. Je fus plus heureux dans mes démarches en faveur de Boulet qui avait été dénoncé; on reconnut que s'il avait montré souvent des opinions répréhensibles , on ne pouvait lui reprocher des actions criminelles; il s'était maintenu à force de bavardage Tcs^ohitiotmaire , mais en évitant , avec beaucoup d'adresse, de participer aux cruautéà; il avait même rendu secrète-

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ïnent de grands services aux opprirae's , et j'avais plus d'une fois rais à cet e'gard sa bonté naturelle à l'épreuve, pour Edélie , pour madame de Palmis , le baron d'Hermilli , et quelques autres encore.

Deux jours après l'exécution de Landry, j'eus la curiosité d'aller voir la ciioyenne Lise, en me disant que, puisqu'elle m'ivait promis , dans le temps de sa splendeur, de servir Edélie, je lui devais celte marque d'intérêt. Je la trouvai affublée

I de deuil et seule avec un bomme d'un certam âge, qui, en me voyant, se leva et s'en alla. Lise me parla assez convenablement sur son malbeur ; oubliant même le mal qu'elle m'avait dit du défunt, elle m'assura qu'au fond il avait toujours été un bon homme, et qu'il avait rendu de grands services à la nation. Après avoir écouté cet éloge , je questionnai Lise sur

isa situation; elle me répondit qu'il ne lui avait jamais donné que l'argent de la

[dépense courante, et que , de son côté,

jil avait mangé à mesure celui qu'il s'était réservé; mais qu'elle avait eu l'adresse de lui accrocher tout ce qu'il avait acquis en

pierreries , et qu'elle en posse'dait pour plus de cent mille e'cus. Je lui objectai que l'ajustement de pierres de couleur que je lui avais vu une fois au spectacle ne valait sûrement pas le demi-quart de cette somme; alors elle me dit confidentiellement que ce n'e'tait aussi qu'une très-petite partie de sa richesse en ce genre , et qu'elle avait une parure en brillans gros comme des noyaux d abricots , qui était sans prix , et qu'il ne la lui avait donnée qu'à condition qu'elle ne la porterait que dans cinq ou six ans , et que d'ici là elle la cacherait soigneusement , parce que le cadeau éia'U si coïi' séquent et si voyant que dans le moment actuel cela ferait criailler les envieux. Lise me dit encore que l'homme que j'avais vi chez elle en entrant , était un riche joaillier qui n'avait pas eu le temps de voii ce fameux écrin , mais qui paraissait décidé a l'acheter et qui devait reveni le lendemain de très-grand matin pou l'examiner avec soin et pour entrer e marché avec elle. J'étais si indigné , e pensant que ce superbe lot de diamans éta

formé de dépouilles d'églises et d'émigrés , que je me hâtai de terminer ma visite , et j'allai dissiper ma colère chez Florbel , sorti de l'asile où l'avait caché l'amitié pendant les jours de sa proscription; c'était chez une vertueuse famille bour- ; geoise , dans une petite maison de campagne , qu'il avait passé tout ce temps.

Florbel me confia qu'il était décidé à épouser la fille de la bonne veuve qui avait eu pour lui un procédé si généreux. Je connaissais cette jeune personne ; elle n'était ni laide ni jolie; et elle avait si peu d'esprit et de giâce que je ne concevais pas -que Florbel en fût amoureux ; aussi m'assura-t-il qu'il ne l'était point; et, quand je lui représentai que l'on peut prouver une vive reconnaissance sans épouser, il me répondit qu'il avait donné sa parole ; il la tint en effet ; et , comme je l'avais prévu, celle union mal assortie ne fut pas heureuse.

Le lendemain, à dix heures du matin, au moment oii j'allais sortir, ma porte s'ouvre brusquement , et je vois paraître Lise en robe de couleur, avec le mai"^-

tien le plus agile' , les yeux étincelans , l'air hagard; elle m'effraya, elle se jeta dans un fauteuil; je la regardai avec e'tonneaoent. Eb quoi ! lui dis-je, tu as déjà quitte' le deuil ?... Moi ! s'e'cria-t-elle , porter le deuil d'un tel mcns're !... — Comment ? tune parlais pas ainsi hier... — Ah! j'ai de'couvert de ce sce'Ie'rat l'abomination des abominations !... le fourbe ! le gueux !.. Devine ce que le joaillier m'a offert de tout l'ëcrin? Cent vingt livres; tout est faux. — Quoi ! les diaraons gros comme des noyaux d^abricots ? — Sont de cristal. — Les pierres de couleur? — Sont du verre. Il a eu la noirceur de faire faire tout cela pour me duper , pour se dispenser de me donner de l'argent, et il aura vendu les vrais diamans à son profit !... car il en a eu des pleins coffres; il en a tant volé !... C'èst-y indigne? c'est-y criant ?

Je portai au comble la rage de Lise, en e'clatant de rire à ce re'cit; une partie dej sa fureur se tourna contre moi , et elle ne me quitta qu'après avoir cpuisé , avec une surprenante rapidité , son répertoire d'injures qui était aussi étendu qu'énergique

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