‹ Les pas de chance: eau forte de BruninChapitre 5 sur 8 · LA TERRE · texte numérisé non relu

LA TERRE

JN quittant Moulot, la route a'élëve jusqu'aux régions perdues des communes de la montagne par une. série de lacets qui serpenteal autour des renfle-

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ments, s'enfoncent en biais dans les profondeurs des gorges, gravissant toujours avec la patience et Tentétement des choses. Les aspects, des paysages, variables déjà par leur disposition naturelle, se métamorphosent encore suivant les saisons, passant des tons délicats; fondus des prairies et des feuillages naissants aux nuances crues dé la pleine verdure inondée de soleil, sauf dans les coins sombres que surplombent les rocs; — puis, des roussissures de Tautomne qui noie de ses grisailles épandues les tristesses des arbres jaunissants, aux immensités blanches des neiges alpestres, enveloppant les étendues d*un tapis immaculé, attachant au sommet des cascades de transpa-

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rentes stalactites. IA„ dans cette forte nature qui garde l'empreinte de conTulsions gigantesques, les métamorphoses ont un caractère plus accusé, les moindres variations atmosphériques apportent des changements profonds. Les eaux qui sonrdent entre les fentes et bruissent joyeusement au printemps autour des brins d'herbes, élégantes et mignardes, ont dans la saison cruelle des horreurs glacées. Silencieuses, elles rappellent à l'esprit les cavernes insondées qui les ont vomies et les abîmes où elles rouleront des blocs puissants en mugissant de fureur. Ce pays, pauvre de productions, mais riche de violentes et grandioses beautés, les Savoyards de la région des ch&lets l'aiment

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