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LE DOCTEUR ET SES CONNAISSANCES

Après }» désarmement de la Clorinde^ Martial Esturgeot repartit pour Paris, où il tira bon |iarti du £as de folie ex* traordifiaira ^oi s'était déclaré dans la personne du com-

La ^uve prompte et radkale du 43omte de Boqueterre lui yalolla croix d'honneur, une mention hooiorable à TAcademie de médecine et des ^éUcitatiotos s^ns nombre des pdoees de la science.

Il écrivit la relation du traitement avec ime modestie qui lui conquit tous les suffrages, mais eut grand soin de rappeler dans le texte tous ses précédents mémoires, qui furent exhumés de la sorte. On les consulta, on les trouva savants.

on les loua; on recommande encore aux étudiants sa thèse sur le scorbut^ sa dissertation sur les maladies cutanées âe$ diverses races humaines^ et plusieurs autres de ses brochures. Enfin, son grand ouvrage sur les indigènes de rOcéanie a eu trois éditions.

Profitant d'une vogue si peu espérée^ le docteur Esturgeot s'était fait donner une mission en Algérie et dans le Levant^ d'où il revint avec les matériaux d'un traité sur la peste, suivi de considérations sur les lazarets et les quarantaines. Ce* livre largement rétribué, ainsi que les nouvelles éditions de ses précédents ouvrages, le mettaient maintenant fort à son aise.

Esturgeot^ malgré tout cela, n'était laborieux qu'à ses heures. Depuis qu'il avait été décidément reçu élève chirurgien de la marine^ ses études ne lui firent jamais négliger ses plaisirs; à Toulon, à Rochefort, à Paris, comme à Brest, il ne manquait jamais de convoquer mensuellement tous les membres présents de la société maritime des Vieux Garçons, dont il était le président à vie et l'un des trois fondateurs.

Esturgeot fit à bord du Colbert une campagne dont les péripéties dramatiques et les épisodes joyeux nous ont fourni le sujet de notre roman les Géants de la mer.

Jl revit encore à Paris et à Roqueterre le comte Didier et Miguéla, qui ne reparaîtront plus dans la suite de cet ouvrage, mais que nos lecteurs fidèles retrouveront dans un autre de nos récits ^ Martial Esturgeot tâta encore de la cuisine de Napoléon Parnasse, — et, devons-nous le confesser, car c'est là un des traits les plus noirs de la carrière de notre cher docteur, il essaya de faire abandonner au grand artiste culinaire le service du jeune pair de France.

Napoléon Parnasse, sublime de désintéressement, refusa.

Force fut à Esturgeot de s'en retourner à Brest sans ce cuisinier de génie, dont il parlait souvent.

^ . Le Club des Damnés,

A Bresty on l'embarqua sur la frégate la Daphné en armem^t pour les Antilles; ses nouveaux collègues Télâreat à l'unanimité chef de gamelle.

Six années avaient remarquablement vieilli le docteur^ mais sans altérer sa gaieté.

Ces six années avaient bien changé aussi la position de l'aide caniDnnier Mathieu Beauzœil^ surnommé Coco-Bel- Œil à bord de la Clorinde, et qui allait pour la troisième fois faire campagne avec le docteur Esturgeot.

Mathieu Beauzœit, devenu maître canonnier^ avait fait avec Baraquette la campagne du Colbert ; puis, malgré leur vieille amitié, ils finirent par se séparer à Rochefort où le vaisseau désarma.

Dans la maison Crochecœur où ils avaient coutume de passer la soirée, que de fois on parla des navigations passées désormais, du Colbert et de la Clorinde, du commandant Roqueterre, des passagères, des officiers !

Un soir, en souvenir du brave lieutenant Rupert, Baraquette et Mathieu échangèrent une poignée do main sentimentale, un soupir et deux jurons de regret :

— Vieux des vieux! pauvre ancien! Quoi! s'écria Coco- Bel-Œil, dire qu'au lieu de le faire grand amiral de France, on l'a fiché en retraite, et qu'il est allé pourrir chez les Turcs.

— Que veux-tu, répliqua Baraque^tte, je savais bien que toutes ces femmes porteraient malheur à l'un ou à l'autre : c'est la marine qui du coup y a perdu un pareil à Jean Bart.

— Vous parlez toujours mieux qu'un curé à vêpres, dit maître Mathieu Beauzœil. Si Jean Bart revenait de ce tempsci^ on ne lui donnerait pas à commander ce qui s'appelle un ponton ou une marie-salope.*

Quand vint le tour du docteur Esturgeot :

— C'était un ventre! dit Baraquette.

— Une barrique ! ajouta Coco-Bel-Œil.

— Il avait un potiron en place de cœur!

ISO LBS FASSA6ÈKES

— Pflrtivre IteQtenanft Rupert ! . . .

Les deux yieux amts jugeaient ibien sévèrement peuf-étre le sémillant boute-en-train de Farmée navale.

Or^ Baraqaette^ maître eRtretenu au port de Roehefort^ y demeura au milieu d'une foule de contemporain^ et camarades; Mathieu Beauzœîl dont le sobriquet s'était métamorphosé avec te temp^ e& eeiui de Grain-âe-BeaiMé, dut partir pour Brest.

Il fît une fort laide grimace en y retrouvant sur la JDapkné Tmévitable docteur Estorgeot.

•— Ce mangeur-là^ murmura-t-il, avec tous ses iavarrdages et sa rage de canreans^ nous fera encore arriver maiheur^ Qt s'en déhalera tout seul comme de coutume !

Mathieu avait vieilli dans Tinthaité de Baraqiiettie, il tearotait au grognard; cependant^ il ne songeait pas sans plaisîr ài la destination de la frégate.

Dans sa jeunesse^ Mathieu^ surnommé Coco-Bel-CEil et Grain-de Beauté^ passait à bon dr(3^itpourun galant apprenti canonnier.

Héloïse et Amanda s'en étaient suffisamment aperçues à bord de la Clorinde,

Ot, au nombre des caprièes qui émoustillèrent le plus vivement te cosmopolite Mathieu^ une place très-recomman* dable appartenait à une fille de couleur de la Martinique^ ayant nom Calypso.

— Ça me chatouillera le tempérament, kà de loaîtpe cannonier^ pensait Beauzœil, de revoir cette genttlile mauricaude ... Malgré ça, j'aimerais autant avoir un autre major que le docteur Esturgeot f...

Le gabier Cartonnet, ci-devant mousse de la Chnnde, Cartûfnnet, qui remplissait au passage de la Ligne Toffiee d'enfant de chœur, maintenanf grand garçon, bie& taiillé, bien frisé, coquet et besiu diseur, recueillait te miei des discours de Mathieu.

Ainsi Mathieu butinait autrefois les harangues de Baraquette.

Voilà comment se perpétuent les bonnes traditions.

Beaucoup d'entre elles se perdent^ pourtant.

Les types purs du vieux maître ou du franc matelot deviennent plus rares chaque jour^ — hélas! Plaise au ciel qu'une bonne organisation^ de l'insëription maritime nous préserve du malheur de voir s'éteindre une race mil e fois précieuse !

Et que ce souhait nous serve de transition vers le récit des exploits de Martial Esturgeot à bord de la Baphné, où il se trouva naturellement en pays de connaissance.

Qui donc ne connaissait-il pas?... Le club des Vieux- Garçons avait déjà vingt (ans d'existence et florissait plus que jamais. •

Or^ Esturgeot était le centre d'un mouvement qui reliait entre eux les cinq ports et les colonies. Son organisation du commérage, appliquée à la marise, ferait la fortune navale de la France.

La frégate la Daphné, complètement armée, était en rade et sur le point de partir de Brest; lés provisions débouche avaient été faites par le chef de gamelle Esturgeot ; quelques membres de l'état-major ou de la maistrance étaient seuls à terre en vertu d'autorisations spéciales^ au moment où s'ouvre le présent récit.

Parmi ces privilégiés, nous citerons en première ligne le docteur Esturgeot et maître Mathieu, désormais connu sous le sobriquet de Grain-de-Beauté à l'exclusion de s(hi sumoBi de Goeo-Bel-CEil; en seconde ligne, le lieutenant de vai»* seau Albert Montaiglon et le commissaire Ernest de Per* tandîc.

Ces deux derniers, qui ne se connaissaient guère Tua l'autre, n'étaient point sans rapports antérieurs avee l'estimable maître canonnier.

Quant à Estorgeot, ils le counaîssaient à merfeitte et réeiproquement.

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