‹ Les passagères: roman maritimeChapitre 2 sur 21 · Ghftoibre eommane des a2q[>iraxit8 de marine · texte numérisé non relu

Ghftoibre eommane des a2q[>iraxit8 de marine

Les pfftderS; pour la plupart^ étaieni amoureux de leurs passagères.

Tous les aspirants étaient amoureux^ et brûlaient d'une égale et commune ardeur pour Héloïse et Amanda.

Il n'était pas jusqu'au très-haut et très-puissant marquis César Ghifaroté^ qui> malgré sa moustache grise^ ne soupirât pour la jeune dona Miguéla Beijaflor ; mais son mal datait d'avant l'embarquement, et peut passer pour chronique.

Le docteur Esturgeot^ chirurgien-major de la Clorinde et chef de la gamelle des officiers,— personnage dont le portrait et la biographie méritent un chapitre spécial, — d'une part, —et d'autre part, le lieutenant Rupert, faisaient seuls exception à la règle générale.

Le premier devait certainement son indifférence à quelque passion dominante et systématique.

Le seéônd était cuirassé de ce triple airain dont parle Horace. Au demeurant, le lieutraant Rupert était un homme sec, raide, scrupuleux et laconique, bon marin, excellent serviteur, actif, obéissant, et dévoué au capitaine. Deux gros sourcils noirs se rejoignaient sur son liront, deux petits yeux vifs scintillaient sous cette unique arcade. Il était laid, et s'en félicitait parfois comme d'un grand bonheur; on ne peut avoir Tesprit mieux fait.

Vingt-quatre heures après le départ de Toulon, la frégate avait un air de fête; le plus beau soleil d'Italie se jouait aux: réseaux de sa chevelure; elle bondissait joyeusement sur une mer scintillante; elle volait bercée par sa voilure, ou, pour mieux dire, par sa volière de beau temps; car perroquets , perruches , catacois et papillons étaient rangés sur les barreaux de leur cage aérienne, déployant les ailes au souffle de la brise pure et suave comme l'haleine d'une sylphide.

Arrière les bonbons de Halte et les pastilles de menthe f Il faisait un temps de reine; la princesse voulut prendre l'air sur le pont.

Elle monta, précédée par dom César Ghifaroté, qu'on surnommait déjà le grand sénéchal, en réminiscence de Jean de Paris ; elle s'appuyait sur la gracieuse Miguéla de Beijaflor, dont la beauté faisait valoir la sienne, comme les perles font ressortir le diamant.

Le regard de la princesse avait plus d'éclat et de majesté, celui de la jeune fille plus de douceur; le sourire de la première était tempéré par un sentiment de dignité qui ne l'abandonnait jamais ; l'insoucieuse Miguéla de Beijaflor se laissait aller à une joie presque enfantine, et alors sous ses lèvres entr'ouvertes, on apercevait une merveilleuse rangée de petites dents^ blanches à l'égal de la neige.

La duchesse de Yiseu, belle dans toute l'étendue du terme, portait avec autant de grâce que de fierté une de ces têtes que les grands maîtres affectionnent, dans lesquelles rien n'est livré au caprice du peintre, et dont toutes les lignes sont d'une rigoureuse correction; de même son teint aurait nécessité une extrême fermeté de touche. Pour rendre les tons qui s'y mélangeaient harmonieusement, il eût fallu mettre en œuvre les plus chaudes couleurs, car ses yeux, de jais brillaient à travers des nuances à la fois ardentés et sombres. Qui sait si le sang des Maures d'Espagne ne coulait point dans ses veines avec le sang royal de Bragance? Les plus illustres maisons tinrent jadis à honneur de s'allier aux descendants convertis des califes d'Andalousie et des rois des Âlgarves.

Miguéla, disait-on, comptait parmi ses ancêtres un de ces chevaliers de Bourgogne qui fondèrent la monarchie portugaise. Peut-être devait-elle à cette origine ses joues roses, ses cheveux blonds, ses grands yeux bjeus et sa physionomie plutôt piquante que régulière. Aumoins est-il certain que tout en elle justifiait le doux nom de Beijaflor, dont la traduction littérale est Baise-Fleur. Gemme l'étincelant oiseau du Brésil, qu'on appelle aussi jB^ya-F/or*, elle

Page 1