‹ Les passions et la volontéChapitre 20 sur 34 · CAKIIAIK. — LES I'ASS. LT I.A VOL · texte numérisé non relu

CAKIIAIK. — LES I'ASS. LT I.A VOL

La conscience nous montre clairement le retour que les puissances intellectuelles l'ont sur elles-mêmes. Nous avons dit, l'année dernière, qu'il n'en est pas tout à fait de même pour les facultés sensibles : il faut que le cerveau intervienne pour que je puisse voir que je vois par mes yeux ; l'organe exlerne ne se prête pas à sentir sa propre sensation.

Je puis donc volontairement commander à mon intelligence par mon intelligence ellemême. Mais détaillons un peu. Comment s'exerce ce commandement'? Je puis évidemment, quand je ne pense pas, vouloir commencera penser, et je puis aussi, quand je pense, vouloir ne plus penser (1). Dans les deux cas, il faut que j'aie une raison de vouloir : cette raison intellectuelle de penser ou de ne pas penser actuellement est vue par mon intelligence, et sert de motif à ma volonté pour faire intimer, par mon entendement, à mon entendement même, l'ordre d'opérer ou de s'abstenir.

La volonté a, en outre, une influence très délicate et d'une importance considérable.

(1) Quantum ad exercitium actus, . .. actus rationis semper imperaiï potest, sictit qinnn indicitur alieui quud altendat et rationc utatur ( 1-1 1, q. xvu, a. 6).

L'intelligence n'adopte pas par nécessité toutes les conclusions qu'elle peut admettre. Il y en a qui ne sont pas liées nécessairement aux principes, soit parce que dans l'une des prémisses est un fait contingent dont l'existence peut être contestée, soit parce que les raisons qui lient aux prémisses ne sont pas visiblement nécessaires, parce qu'il y a probabilité, mais non certitude. Alors, nous pouvons accepter telle conclusion comme une opinion, mais nous ne sommes pas absolument forcés de l'affirmer comme une vérité indubitable (1).

Permettez-moi d'ajouter qu'une grande partie des pensées des bomines doivent être rangées sous celte catégorie des opinions. Il est assez rare que nous ayons des raisons absolument nécessaires de penser ceci ou cela. Ne dit-on pas : Autant de tètes, autant d'opinions différentes? Il est vrai que la même opinion passe aisément d'un homme à un autre; mais, s'ils sont isolés, autant d'bommes, autant d'opinions, sur bien

(1) Sunt aulem quœdam apprehensa quœ non adeo eonvincunt intellcctum, quin possit asseulire vel dissentirc, vel saltem assensum vel dissensum suspendere propter aliquam causani; et in talions assensus vel dissensus in potestatc nostraest et suli imperio cadit (I-H,n q. xv, a. (5.).

fc20 LES PASSIONS ET LA VOLONTÉ

des sujets. Et, remarquez-le, je vous prie, chacun soutient son opinion comme une proposition pour laquelle il a pris parti, qu'il s'est décidé à faire sienne. C'est par une décision volontaire que l'esprit est ainsi lixé. L'intelligence, partagée entre deux opinions probables, n'est pas déterminée par sa nature à donner son assentiment à celle-ci plutôt qu'à celle-là, mais elle peut recevoir de la volonté le commandement d'adopter l'une plutôt que l'autre.

L'influence de la volonté sur l'intelligence est donc importante et grave ; mais elle est limitée par la capacité de l'entendement (1). Je ne puis pas commander, par exemple, à mon intelligence de comprendre ce qui est hors de sa portée, soit à cause des bornes de la nature humaine en général, soit par la faiblesse de ma

(1) Quantum ad. objectum, . . . duo actus rationis attenduntur. Primo quidem, ut veritatem circa aliquid appréhendât; et hoc non est in potestate nostra: lioc enim contingit per virtutem aliçùjus lurainis vel naturalis vel supernaturalis : et ideô quantum ad hoc actus rationis non est in potestate nostra nec imperari potest. Aliusautem actus rationis est, dum bis epue approhendil assentit. Si igitur fucrint talia apprehensa quibus natu- .raliter intellect us assentiat, sicut prima principia, assensus. t cil i 1 1 m vel dissensus non est in potestate nostra, sed in ordinc nature: et ideo, proprie loquendo, naturae imperio subjacel (1-11, q. xvii, a. G).

INFLUENCE DE LA VOLONTÉ 'ci I

nature individuelle. Nous ne comprendrons jamais que ce que nous pouvons comprendre, à moins que nos dispositions ne viennent à changer.

Inversement, je ne puis pas commander à mon intelligence de ne pas comprendre ce qu'elle comprend, de ne pas voir ce qu'elle voit, quand la vérité est manifeste, quand la lumière luit à mes yeux avec toute évidence. Là, l'empire de la volonté cesse.

Je puis, toutefois, en gouvernant mon attention, amener des nuages devant ma raison el couvrir d'obscurités les déductions rationnelles. Ma volonté serait alors responsable de mes doutes ou de mes négations.

il. — Non seulement la volonté commande à l'intelligence par l'intelligence, mais elle se commande à elle-même par l'intermédiaire delà raison ; de même que je veux penser, je veux vouloir (1).

Mais, s'il en est ainsi, comment se fait-il que je ne veuille pas toujours avec la même fermeté,

(1| Manifestant est autem i|uoil ratio potest ordinare de acln yoluntatis; sicut enim potest judicare quod bonuni sit aliquid velle, ita potest ordinare imperando quod homo velit. Ex quo

avec la même intensité? S'il est possible que je veuille vouloir, il semble qu'il soit tout à fait en mon pouvoir de vouloir autant que je veux. Puisque la volonté obéit à la volonté elle-même, comment se fait-il qu'il y ait des volontés hésitantes?

C'est que la volonté ne veut pas sans l'intelligence : elle ne pose sa détermination qu'avec l'aide de la raison. Or, si l'intelligence montre des motifs de vouloir et d'autres de ne pas vouloir, la volonté hésite à se déterminer, ou bien, après s'être décidée, elle change brusquement de décision parce qu'une autre face des choses a obtenu son agrément (1). L'intelligence a donc sa part dans la faiblesse ou la fermeté de l'empire que la volonté s'impose à elle-même.

Après avoir commandé un acte aux autres facultés, la volonté continue à veiller à l'exécution de son ordre. Elle fait dire à la raison: Il faut agir ainsi; puis, elle s'applique elle-même

patet quod actus voluntatis potesl esse împeratus (l-II. q. xvn, a. 5).

(I) Quod atiquando imperet et non velit, hoc contingit ex hoc quod non peifecte impcrat. Imperfectum autem iraperium contingit ex hoc quod ratio ex diversis partibus movetur ad imperandum vd ad non imperaudum ; umle fluctuât inter duo, et non perfecle imperat ( l-II, q. xvn, a. 5, ad 1 ).

à faire agir comme elle veut les autres puissances ; elle use des autres facultés comme d'instruments pour l'accomplissement de l'opération voulue (1). Cette intervention de la volonté n'est pas toujours très manifeste, parce qu'elle parait se confondre avec le commandement préalable. Mais, une conscience attentive découvrira qu'une fois l'ordre donné la volonté poursuit son œuvre et assure l'exécution, en gouvernant l'action des autres puissances.

Deux difficultés se présentent, dans la théorie que nous venons d'exposer : l'une a trait au mouvement imprimé par la volonté à l'intelligence, l'autre concerne le commandement de la volonté à elle-même.

Si l'on pense quand on veut penser, et qu'il faille penser pour vouloir, n'a-t-on pas une série indéfinie? Pour penser, ne faudra-I-il pas commencer par le vouloir, et pour vouloir, ne faudra-l-il pas commencer par penser? Ainsi de suite: l'intelligence supposera la volonté, et la

(1) Uti prima et principaliter est vbluatatis tariqiiam primi moventii, ratiu.iis autem tanqwam dirigeutis, sed aliartim potenliarum laiiquam excqiientium, quae eomparantur ad voluntatem, a qna applicantur ad ageiidiim, sicut injtruuisnta ad principale ageui ( I-II, q. xvi, a. 1 ) .

volonté supposera l'intelligence. Où s'arrêtera^ t-on?

Il faut répondre qu'un acte de la volonté n'est pas indispensable pour que l'intelligence opère. L'entendement est éclairé directement par la lumière divine; notre lumière intellectuelle est un reflet, une participation de l'intelligence môme de Dieu. Si donc l'entendement a devant lui des objets présentés par l'imagination, à la suite d'opérations des sens externes, par l'appréciation sensible, par la mémoire, l'activité intellectuelle peut faire jaillir une forme intelligible, suffisante pour que la pensée s'éveille. Au dessus de l'homme est un premier moteur qui donne à l'entendement humain ce qu'il lui faut pour entrer en acte(l). Donc, dans la première opération intellectuelle, il n'est pas nécessaire que la volonté intervienne.

L'autre objection a en vue le pouvoir de la volonté sur elle-même.

(1) Non oportet procédure in infinilum, sed slatur in intellectu sicut in primo. Omnem enim voluntatis motum necesse «•st quod procédât apprehensio ; sod non omnem apprehensionem prsecedit motus voluntatis; sed principium considerandi el intelligendi est aliquod intellectivum principium altius intellectu nostro, quod est Dcus ( I, q. lxxxii, a. 4-, ad 3 ).

Si un acte de la volonté est commandé par la volonté, pourquoi tous ne seraient-ils pas aussi commandés par elle? Si je veux vouloir, pourquoi ne pourrait-on pas dire que je veux vouloir vouloir? Et alors, encore une série indétinie : une volition causera une volition et sera causée aussi par une volition précédente ; ainsi de suite. Où sera l'arrêt qui servira de point de départ?

Comme nous l'avons indiqué dans la dernière leçon, ici encore il y a un moteur supérieur à l'homme : c'est Dieu. C'est lui qui a donné à la volonté, par création, son inclination naturelle, et c'est lui, aussi, qui le premier met cette inclination en mouvement vers la fin dernière. Cela suffit pour que la volonté soit en acte et qu'elle ait le pouvoir de produire elle-même d'autres actes (1).

Vous voyez que c'est en Dieu qu'est la raison

(1) Ou u m imperium sit actus rationis, ille actus imperatur <pii rationi subditur. Primus autem voluntatis. actus ex rationis ordinatione non est, sed ex instinctu naturae aut superioris causa?, ut supra dietum est, q, ix, a. -i. Et ideo uou oportel quod in infinitumprocedatur (I-II, q, xvif, a. .">, ad 3 ). — Quod motus voluntarius ejus sit ab aliquo principlo exlrinseco quod niiii est causa voluntatis, est impossibile. Voluntatis autem causa niliil aliud esse potest quam Deus (I-II, q, ix, a. 6). —

suffisante du premier mouvement de la volonté. C'est à lui qu'il faut toujours remonter pour expliquer les origines.

III. — Nous avons maintenant ù considérer l'action de la volonté sur les facultés de connaissance sensitive: les sens, l'imagination, l'appréciation sensible, la mémoire.

Ce sujet se trouve préparé par ce que nous venons de dire. C'est encore par l'intelligence que s'exercera l'empire de la volonté sur ces puissances. Et comment'? Parce que les connaissances sensibles sont subordonnées à la connaissance inlellecluelle comme toute puissance particulière peut être subordonnée à une puissance générale (1). A cause de cette dépendance,, la volonté pourra faire produire à l'imagination des images, à la mémoire des souvenirs; elle pourra régler, activer ou modérer ces facultés, diriger

Vohintas non secundum idem movet et movetur ; unde nce seeundum idem est in actu el in potentia ; sed inqiinutum actu vnlt finein, reducit se de potentia in actum respecta eorum quiv snnt ad finein, ut seflicel actu en velit ( [-II, q. ix, a. 3). (1) Apprehensio aiitem imaginationis, quum sit particularis, Fegulatur ah apprehensione rationis, quae est universalis, sicut Virtus activa particularis a virtute activa universali (I-II, q. xvn, a. 7 ) .

et gouverner l'appréciation sensible, le sens central et même les sens externes.

Cependant, nie direz-vous, les sens sont indépendants de la volonté. Si quelque chose est devant mes yeux et que je ne sois pas aveugle, je serai bien forcé de voir. C'est parfaitement vrai, répondral-je, si je regarde; mais, je ne suis pas forcé de regarder (l). Je pourrai très bien, par la volonté, manœuvrer mon attention, qui est une application d'appétit ; je puis détourner mon regard, même fermer les yeux ; et ainsi des autres sens. Voilà donc une domination manifeste de la volonté sur les puissances de connaissance sensitive.

Mais, nous sommes ici dans un domaine d'où le corps n'est pas exclu: toutes les facultés sensitives opèrent au moyen d'organes matériels. Il en résulte que leurs actes dépendent à la fois de la capacité de l'âme et des dispositions du corps (2). Or, ces dispositions ne sont pas assu-

(1) Quia ail apprehensionem sensus requiiilur sensihile extenus, non est in poteslate nostra appréhendera alîquid sensu nisi sensibili praesenle, cujus pnesentia non semper est in poteslate nostra. Tune enim luuno polrst uti sensu rpuini voluerit, nisi sit impedimentum ex parle organî ( HI, q. xvu, a. 7, ad 3).

(2) Omuis autem actus virtutis utentis organo corporali de-

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jetties à la raison. Aussi, ne pouvons-nous pas faire agir notre imagination, notre mémoire, par exemple, tout à fait comme nous le voudrions. La connaissance sensible ne subit l'empire de la volonté et de l'intelligence que dans la mesure où l'organisme s'y prête (1). La résistance venant du corps peut dater de loin ; quelquefois elle remonte jusqu'à la naissance et doit son origine à l'hérédité.

11 y a une autre limite au pouvoir de la volonté sur les puissances de connaissance sensitive, c'est l'influence de ces facultés sur la volonté, telle que nous l'avons décrite : en entraînant le vouloir dans le sens de leurs représentations, elles dominent, au lieu d'obéir.

Enfin, les habitudes prises, et les dispositions naturelles de chaque âme, contractées au moment de l'union avec le corps, donnent à la con-

pendet non solum ex potentia anima?, sed etiam ex corporalis organi dispositione ; sicut visio ex potentia visiva et qualitate oculi, per quam juvahir vel impeditur ( I-II, q. xvn, a: 7 ).

(1) Apprehensio autem imaginationis subjacet ordinationi rationis secundum modum virtutis vel debilitatis imaginativae potentia?. Quod enim homo non possit imaginari qua? ratio considérât, contingit vel ex hoc quod non sunt imaginabilia, sicut incorporalia, vel propter debilitatem virtutis imaginativae, quai est ex aliqua indispositione organi ( I-II, q. xvn, a. 7, ad 3 ).

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naissance sensible plus ou moins de soumission, de docilité, à l'égard de la volonté et de la raison Cl) .

IV. — L'influence de la volonté sur les passions est analogue à celle que la volonté possède sur les facultés de connaissance sensitive, et même c'est par ces puissances que le commandement à la fois volontaire et rationnel se communique aux passions. La volonté fait donner ses ordres à l'appétit sensitif par l'intelligence et par les sens internes (2). Comme l'entendement a pour subordonnées notamment l'imagination, l'appréciation sensible, la mémoire, et que l'inclination passionnelle suit la connaissance sensible, c'est par cette hiérarchie d'intermédiaires que le commandement de la volonté se transmet aux passions elles-mêmes.

(1) Manifestum est cnim quoil i[iianto corpus est nielius dispositum, tante- meliorem sortitur animam ( I, q. lxxxv, a. 7 ).

(2) Natus est enim moveri appetitus sensitivus non solum ab œstimativa in aliis animalibus et cogitativa in homine, quam dirigit universalis ratio, sed etiam ab imaginativa et sensu (I, q. i.xxxi, a. 3, ad ^ ). — Vires interiores lam appetitivae quam apprehensivae non indigent exterioribus rébus : et ideo subduntur împerio rationis, quas potest non solum instigare vel mitigare affectus appetitivae virtutis, sed etiam formare imagina tivœ virtutis phantasmata i [, q. lxxxi, a. 3, ad 3)1

Seulement, ici encore l'empire de la volonté est limité par les dispositions physiques (4). Les passions sont enchaînées aux organes, unies étroitement à l'activité du corps, et celleci, par sa nature, est indépendante de la raison. Noire organisation physique est ordinairement imparfaite; elle pèche, tantôt par excès, tantôt par défaut : de là, souvent, l'insubordination de l'appétit animal, tantôt par trop d'ardeur, tantôt par inertie. Quelquefois, un soulèvement de passion est détei miné subitement sans l'agrément de la volonté, et néanmoins, à la rigueur, elle eût pu le maîtriser, si elle avait été prévenue à temps (2). Il est donc important que tout appétit inférieur trouve dans nos dispositions cor-

(1) Aclus appetitus sensi [ i \ i non solum drpendetex vi appeliîiv.i, sud ctiam ex dispositiouc corporis. Illud autein quod est ex parte potentiae aninue, sequitur apprcliensionem ... Et ideu ex ista parte aclus appetitus seusitivi subjacet imperio ratiouis. Qualilaj autein cl disposltio corporis non subjacet imperio ratiouis : cl ideu ex liac parle impeditur qtiin motus seusitivi appetitus total.tiT subdalur imperio ratiouis ( l-II, q. xvu, a. 7).

(2) Contingil autrui eliam quandoque quod motus appetitus seusitivi subito concitatur ad apprehensionem imaginationis vel scusus ; et tune ille motus est prœter imperium ratiouis; quamvis potuisset impediri a ralione, si prœvidisset ( I-II, q. xvu, a. 7 ).

porelles, non pas une excitation à la révolte ou à la désobéissance, mais un secours favorable à la soumission. L'hérédité, les habitudes acquises apportent leur concours à la subordination ou à l'indépendance de la passion.

Rappelons aussi cpie l'appétit sensitif a son influence sur la volonté, par déviation de l'activité vers le sensible, par corruption de l'appréciation pratique, et, par là, diminue l'autorité de la puissance volontaire.

Sous la réserve de ces restrictions, la volonté peut modérer, arrêter même le mouvement passionnel; elle peut y consentir, eu prendre la responsabilité ; elle peut aussi le faire tout à fait sien, le commander, le diriger, l'accélérer, le développer, el ceci n'est pas toujours blâmable (1). Tout au contraire, il peut être tout à l'ait moral, très conforme à toutes les lois de la raison, de se servir de la passion pour agir plus

(1) Passioncs aniinae.-.-. si antem considerentur sccundum qi;nil siibjacent imperio rnlionis et voluntn'is, sic <;4 in cis bonum vcl maliirn morale... Dicunlur autem voluiilariae vcl ex co quud a voluntalc imperantur, vcl ex eo quud a volnjilate non pruliibentur ( 1-11, q. XXIV, a. 1 ). — Ad jinlicimii ratîonis, . . se habent conscqticuler . . . per modum elcctionis, qnando scilicet hom i ex judiciu rationis cligit aflici aîiqua passione, ul pruiuptius operctur co ipcrante appetilii sensitivb : et se passio anima; addil ad bonitatem actionis ( [-11, q. xxiv, a. iî, ail 1 ).

vivement dans l'ordre du bien, d'user de l'inclination inférieure pour accomplir plus facilement, plus rapidement et mieux ce que le devoir ou la perfection demande.

Remarquez que, sans même avoir l'intention positive d'associer la passion à ses propres actes, la volonté possède dans l'appétit sensible un auxiliaire naturel. L'harmonie de notre être fait retentir dans la région passionnelle l'écho de nos vouloirs intenses (1). Toute notre inclination intellectuelle peut ainsi avoir pour fidèle compagne l'inclination inférieure, et recevoir d'elle le service d'une coopération modelée sur les mouvements supérieurs de l'àme.

V. — Le mouvement des organes étant sous la dépendance de l'appétit sensitif, c'est par là que la volonté les gouvernera. En effet, ce serait une illusion de croire que, lorsque je veux marcher, ou mouvoir mes bras, ma tète, tel ou

(1) Se habent consequenter . . . per modum redundantise., quia scilicet, quum superior pars animae intense movctur in aliquid, scquitur niotum ejus etiana pars inferior : et sic passio existens consequenter in appetitu sensitivo est signura intensionis volunftatis ; et sir indical bonitatem moralem majorera ( lit, q. xkiv, a. 3, ad 1 ).

tel de mes membres, il me suffit de vouloir pour que la partie du corps que je veux remuer exécute elle-même, immédiatement, ce que je désire.

Saint Thomas pense avec raison que le mouvement est donné aux organes directement par l'appétit sensitif ri) : l'inclination animale intervient toujours, parce qu'attachée au corps elle est destinée par la nature à communiquer ses tendances à l'organisme, tandis que l'inclination intellectuelle est en dehors de tout organe. C'est par cet intermédiaire que la faculté spirituelle de vouloir impose son empire aux mouvement du corps.

Dans l'animal, le mouvement des membres et celui du corps tout entier, à l'état normal, suivent naturellement et nécessairement la passion et l'appréciation instinctive. Dans l'homme, l'animalité est subordonnée aux puissances intel-

(I) Âppetitus inteltectivus, qui est volunlas, movet in nobis mediante appètitu sensitivo : mule proxiihuin motivuin curporis in Dobiscst âppetitus sensilivus (I, q. xx, a. 1 ). — Haec antein vis imtiva non sulnni est in appètitu et sensu, ut im|>erante ni ituin ; scd etiam in ipsis partibus corporis, ul sinl liabiles ail ohedieudum appctitui aniime moventis ( I, q. i.xxviii, a. 1, ad 4).

lectuelles < I ): aussi, le mouvement, dans un homme parfaitement sain, très bien ordonné, est-il généralement soumis au consentement de la volonté. Mais, cette belle ordonnance est assez rare. Toutes les t'ois que nous ne sommes pas en mesure de maîtriser totalement notre appétit intérieur, dans tous les cas où l'empire de la volonté est diminué, des mouvements peuvent se produire, dans nos membres, sans «pie nous le voulions.

Ajoutons que les organes de la vie végétative se meuvent sans attendre que notre volonté y consente (2) : le cœur, par exemple, t'ait son

(I) Voluntati etiam subjacet appctitus sensitivus quantum ad exccutionem, quœ fil per vim motivam. In aliis enim animalihus statim ad appetitum concupiscibilis et i ra s c i I » i 1 i s sequitnr motus; sicut ovis timens lupum statim fugit, quia non est in .•is superior appetitus qui repugnet. Seil homo non statim movetur secundum* appetitum irascibilem et concupiscibilem ; sed expectatur imperium voluntatis, quœ est. appetitus superior. lu omnibus enim potentiis motivis ordinatis, secundum movens non movet nisi virtute primi moventis. Unde appetitus inferior Hun sufficit movere, nisi appetitus superior consentiat ( I, (| . lxxxi, a. 3 ).

(-2) Quia igitur vires sensitivae subduntur imperio rationis, imn aulem vires naturales, ideo omnes motus membroruna qmc moventura potentiis sensitivis, subduntur imperio rationis ; motus autem menibroruni qui consequuntur vires naturales, non subduntur imperio rationis ( [-II, q. xvn, a. 9 ).

INFLUENCE DE LA VOLONTÉ V.Ci

oeuvre avec indépendance, sous la simple impulsion de l'activité physiologique.

La volonté a cependant quelcpie influence indirecte sur les puissances végétatives, celles <le nutrition, de croissance, de génération. Elle peut, au moyen de l'inclination sensible, imprimer certains mouvements à l'organisme, le met- Ire dans des conditions favorables, et faciliter ainsi les fonctions de la vie corporelle. Par exemple, nous prenons de la nourriture quand nous le voulons et comme nous le voulons, nous donnons à notre corps un exercice volontaire qui aide à son développement.

Enfin, la volonté peut exciter l'appétit passionnel ouïe modérer, activer ou calmer l'imaginalion, régler l'appréciation sensible, et produire ainsi, indirectement, par les liens de ces facultés avec le corps, des modifications physiques, favorables ou contraires à la vie végétative (Il

il) Ëx aliqua apprehensione hujusmodi membra commoventur, inquantum scilicet intellectus et phantasia représentant aliqua ex quibus consequuntur passiones animae, ad quas consequitur motus horum membrorum. Non tanien moventur secundum jussum rationis aut intellectus, quia scilicet ad motum horum membrorum requiritur aliqua alteratio naturalis, scilicet calidilatis et frigiditatis ; quae quidem alteratio non subjaecl imperio rationis ( MI, q. xvn, a 9, ad 3 ).

Voilà l'ensemble du gouvernement qui fonctionne, sous l'autorité de la volonté, dans cette société intime dont se compose notre personne même. Le peuple des facultés subordonnées influence la puissance maîtresse; mais, néanmoins, celle-ci commande au peuple tout entier.

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