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II. — Les honneurs. Ils ne sont pas essentiels au bonheur

III. — La gloire. Comme l 'honneur, elle n'est qu'un accessoire et ne peut être la fi.i dernière. Cependant, la gloire qui réside dans la science divine, est cause du bonheur.

IV. — Le pouvoir. Comme il n'est pas un a-te réalisé, il n'est pas la réalité qui donne le bonheur. Le bon usage du pouvoir est néanmoins une perfection.

Insuffisance générale des quatre biens qui viennent d'être examinés.

V. — Les biens du corps. L'homme tend à un bien supérieur à la conservation de son être ; les biens du corps sont destinés à faciliter les biens de l'âme : donc, ils ne sjut pas là fin dernière.

VI. — La volupté. Dans le sens général de délectation, la volupté n'est pas le principe du bonheur. Dans le sens déplaisir sensible, la volupté n'est pas même la conséquence du vrai bonheur. Supériorité de l'esprit sur la matière. Il y a une délectation qui est la conséquence de la béatitude.

VII. — Les biens de l'âme. Mi en elle-même, ni dans ses actes, l'âme n'est le bien parfait. Mais c'est par l'âme que l'homme possède le souverain bien.

Le souverain bien n'est pas l'universel en quantité, mais l'universel absolu, Dieu lui-même. 441

Si nous passons en revue les divers objets que les hommes recherchent pour assouvir leur appétit de bonheur, nous pouvons les diviser en plusieurs catégories : les richesses, les honneurs, la gloire, le pouvoir, les biens du corps, la volupté, les biens de l'âme. Nous embrasserous ainsi tout ce que l'homme poursuil afin d'être heureux.

I. — On peut distinguer les richesses naturelles et les richesses artificielles (1).

Les richesses naturelles sont celles qui nous donnent directement le bien-être de notre propre personne : par exemple, la nourriture, le vêtement, les habitations, les véhicules qui nous transportent à notre gré.

Les richesses artificielles sont des intermédiaires factices, imaginés pour faciliter la communication des biens entre les hommes. Elles oui pour type principal l'argent, ce grand moyen d'échange, cet instrument si mobile qui permet d'acquérir le nécessaire et le superflu.

" (I) Suntenim duplicës divitiœ, ut Philosophas dicit, in I Poli! ., cap. vi, scilicet naturales et artificiales ( I-II, q. n, a. 1 ).

CE QUE LE BONHEUR N'EST F' A s 443

Examinons ces deux sortes de richesses. Y trouverons-nous le bonheur ? En possédant les richesses naturelles ou les richesses artificielles , pouvons-nous dire que nous sommes vraiment et complètement heureux?

Eliminons d'abord les richesses artificielles; *ar, nous l'avons dit, elles ne sont qu'un moyen inventé par l'homme pour rendre plus facile la transmission de richesses naturelles ou d'autres biens (1). La valeur de ce moyen est celle de ce qu'il procure. Entasserions-nous l'or en énormes monceaux devant nous, si nous n'avions que cela, nous pourrions néanmoins périr d'inanition.

Quant aux richesses naturelles, voyons-en le caractère, la marque sssentielle. Elles sont faites pour nous, et non pas nous pour elles (2). C'est nous qui sommes leur fin ; elles ne sont pas

( 1 1 Divitiss autem artificiales non quaeruntur nisi propter naturales; non enim quasrerentur, nisi quia pereas emuntur res ad usum vita? necessariœ : unde multo minus hahent ratîoneni ultimi finis ( I— II, q. n, a. 1 ).

(2) Manitestum est autem quod in divitiis naturalibus beatitudo hominis esse non potest. Quaeruntur enim hujusmodi divitiae ad sustentandam naturam hominis ; et ideo non possunt esse ultimus finis hominis, sed magis ordinantur ad hominem sicut ad finem. Inde in ordine naturas omnia hujusmodi sunt infra hominem <'t proptec hominem facta ( I— II, q. ir, a. 1 ).

notre fin à nous-mêmes. Elles sont de nature inférieure à noire nature, destinées à parer à ses défaillances ou à l'aider dans son développement. Si elles sont, elles aussi, un moyen plutôt qu'une tin, il est évident qu'elles ne peuvent pas être notre fin dernière. Nous pouvons les posséder comme un moyen utile d'atteindre un autre but, mais ce n'est évidemment pas là le but dernier des efforts que la nature nous demande. D'ailleurs, la fin dernière où se trouve le bonbeur, le perfectionnement achevé, ne peut pas être en un objet inférieur à l'homme, car manifestement l'homme tend à plus haut que lui-même.

Donc, les richesses ne sont pas la fin dernière de l'homme, et les posséder ne suffit pas pour lui donner le vrai bonheur, la félicité complète qu'il cherche (1).

Cependant, permettez-moi d'insister; car enfin, l'amour de la richesse est de tous les lemps, j'allais presque dire qu'il est un caractère spécial de notre époque.

Étudions donc d'un peu plus près le semblant de bonheur qui est le partage du riche.

(1) Impossibile est igilur healiLudincm, quœ est ultimus finis hominis, in divitiis esse (I-II, q. il, a. 1 ).

La richesse, dira-t-on, n'éveille-t-elle pas en l'homme le même désir que le souverain hien? On aime la richesse d'un amour indéfini : plus on en a, plus on en veut avoir. N'est-ce pas précisément ce qui caractérise l'amour du bien suprême? On désire toujours, parce que le souverain bien est si large et si profond qu'il ne peut être embrassé totalement par l'âme humaine.

Mais voyez la différence (1). Une richesse possédée est bientôt dédaignée, et l'on en cherche une autre: ou l'on poursuit un accroissement du même genre, mais en faisant vite peu de cas de la première possession. Le souverain bien, au contraire, plus on l'a, plus on est content de l'avoir; ici, point de satiété: plus on jouit de ce bien, plus on s'y attache et plus on

(1) Aliter tameu est inliiiilum desiderium diviliarum et desidcriiim sinnmi boni. Nain summum boiium quartto perfectius possidetur, tanlo ipsum magis amatur et alia coutemnurilur ; quia quauto magis hahetur, magis cognoàcilur . .. Sed in appetitu divitiarum et quorumeumque (einppraliiiin bonurum est e converso. Nain quando jam habentur, ipsa contemnuntiir et alia appetunlur. . . ; et hoc ideu quia eorum insiiflîcientia magis cognoseitur quum habentur. Et ideu lioc ipsum ostendit eorum imperfectionem, et quud in eis summum bunum non consistit ( I— II, q. il, a. 1, ad 3 ).

Ulî LES PASSIONS ET LA VOLONTÉ

est heureux. Tous les éléments qui le constituent ont leur valeur ; on les aime tous, on se complaît dans tout ce qui est de ce bien partait. D'autre part, plus on le possède, plus on dédaigne les autres biens comme intérieurs, s'ils en sont séparés. Voilà les caractères que la raison reconnaît au véritable bonheur.

Au surplus, le désir indéfini des richesses ne s'applique' guère aux richesses naturelles ( 1 ) : les besoins naturels de l'homme étant limités, s'ils sont satisfaits, la eatiété doit suivre.

Il nous faut signaler une autre objection spécieuse. Tous les jours on entend dire : L'argent ne fait pas le bonheur, mais il sert à se le procurer ; c'est le grand instrument de tout bien, et c'est pour cela que nous en sommes avides. Nous avouons qu'il n'est pas la fin dernière. Mais, puisqu'il procure tout ce qui fait le bonheur, ne pouvons-nous pas dire que la possession de l'argent est le vrai moyen d'être heureux ?

Pure illusion! il n'est pas vrai qu'avec l'argent on puisse obtenir tout ce qu'on désire. Défi) Appetitus naturalium divitiarum non est infinitus, quia secundum certain mensuram sufficiunt naturae ( I— 1 1, q. n, a. I, ad 3).

mandez au millionnaire s'il est toujours facile d'acheter la santé ; demandez-lui s'il peut toujours l'acquérir à prix d'or pour ses proches : femme, enfants, amis. Et la mort ! pourra-t-on l'éloigner avec de l'argent? On aura heau payer de belles funérailles : malgré toute son opulence, le riche ira au tombeau comme les autres mortels. Et puis, n'y a-l-ii pas les biens de l'âme, que la fortune ne saurait donner (1)? Suftit-il d'être riche, pour avoir de véritables amis ? Des flatteurs ou des clients intéressés, oui, c'est le cortège ordinaire des grandes fortunes, mais l'amitié dévouée ne les accompagne guère. Que dirai-je de la paix de l'esprit et du cœur, de l'élévation des idées, de l'amour des vérités éternelles? Tout le monde sait que ces biens de premier ordre ne sont pas cotés sur le marché des valeurs vénales.

Conclusion : La richesse ne donne pas le bonheur.

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