LE GROUPE HIÉROGLYPHIQUE QUI SIGNIFIE VEUVE
Si les témoignages de la littérature classique peuvent être utilisés avec fruit, il ne faut pas croire toutefois qu'ils soient indispensables ou même
22 J'y lis en effet : « Les dieux disent : Notre germe (semen) est en lui; les déesses disent : Il est sorti de nous pour exercer les royautés du Soleil ; Ammon dit : Je l'ai fait pour, etc.» Ce passage présente une particularité intéressante dans l'élision trois fois répétée du verbe dire que je suis obligé de suppléer dans ma traduction.
L'inscription de Kouban contient encore une
fois le groupe AMAR fo @ | pt
‘ Malheureusement il se trouve dans la partie bri-
sée de la pierre qui ne présente plus que des fragments de lignes ; il est encore facile de reconnaître toutefois qu'il exprime la joie que ressentirent les habitants du pays d'Akaïta, après l'établissement d'une citerne pour laquelle des tentatives antérieures avaient été infructueuses. 11 y a lieu de remarquer que l’hébreu OYà, nahom (racine du doux nom de Noémi), présente la même orthographe et la même signification que le mot égyptien. Conf. Ruth, I. 20: Ne m'appelezx Noémi (la joyeuse), appelez-moi Mara |(l'affligée.
23 Voyez Mémoire eur l'inscription d’Ahmes , pages 60 et 98. |
essentiels au progrès de la science hiéroglyphique. L'étude patiente des textes est une mine féconde en résultats assez certains pour se passer de preuves empruntées à l'antiquité. Comme on a pu en juger par les courtes discussions qui précédent, il suffit de trouver les mots nouveaux ou incertains dans des phrases dont le contexte soit suffisamment intelligible pour que, s'il est permis de s'exprimer ainsi , on puisse en dégager /es inconnues.
C'est en suivant cette marche que j'ai été conduit à déterminer avec certitude le groupe hiéroglyphique qui signifie veuve.
Le musée égyptien du Louvre possède une superbe stèle de l'ancien empire *, sur laquelle une longue inscription proclame les louanges d’un haut fonctionnaire nommé Entef. Lorsqu’en 1853 je visitai ce musée la première fois, je pris une copie de cette inscription et je remarquai à ligne 18 le passage suivant :
PE RNIE. KE
KHART NEH EN TEFEN qui me sembla devoir être traduit : :
« Lemari de la veuve, l'asyle de l'orphelin. »
Le premier groupe seul avait été identifié avec certitude ; il se lit 4a ou haï ; le copte l'a conservé avec la même orthographe : Haï, époux , mari : le phallus et l'homme qui en sont les déterminatifs, offrent un exemple trés-remarquable de l'énergie avec laquelle Jes idées pouvaient se peindre dans l'écriture hiéroglyphique.
Le second groupe khart * n’a pas encore été expliqué; Je ne trouve dans le copte aucun mot correspondant, mais les deux déterminatifs sont extrèmement caractéristiques ; le dernier, la femme assise, nous montre qu'il s’agit d'un nom de femme ou d’un état d'être spécial à la femme ; l'autre déterminatif est la boucle de cheveux , symbole des idées noir, deuil, affliction. L'expression étudiée s'applique done à la femme dans l’affliction ou dans le deuil ; et le sens veuve se présente naturellement à l'esprit: Entef
| 24 Galerie du rez-de-chaussée, stèles sans % La boucle de cheveux remplace quelquefois cartouches, Ne 36. l'œil qui pleure, que Chérémon dit signifier 2 Où khar, si Le € finrest pas radical. Cétte — “elemité, et qui est bien connu comme détermi-
lettre n'est souvent que la mdtque du féminin natif des idées pleurer, se lamenter.
avait été le protecteur de la veuve, ce que l'égyptien exprime d’une manière plus pittoresque en disant qu'il était un mari pour la femme veuve. Cette image est d'ailleurs parfaitement conforme au génie de la langue antique.
Cependant, comme les vraisemblances les plus saisissantes peuvent quelquefois conduire à une erreur, j'attendais une preuve encore plus concluante. Cette preuve s'est offerte à moi dans une inscription de Beni- Hassan, rapportée par le docteur Lepsius *. Dans ce texte curieux, un fonctionnaire nommé Ameni raconte ses services militaires et administratifs, sous le règne d’Osortasen L”, et se fait gloire d’avoir préservé de la faim le pays confié à ses soins, pendant une famige de plusieurs années. Il dit à cette occasion * :
SH.RT IUT eNTE