‹ Les pasteurs en Egypte (volume 2)Chapitre 54 sur 88 · DS T7 · texte numérisé non relu

DS T7

Etôouev, Év Nellw rotau@, véag wxuropotaus, ’AEtOfoug at vaous fyayov Aïliürewv Eë, l'aïav ëg Auestépnv, ropnodpoy, aktféwpov,

“Ils ravtes Bporoi avôces Ext y0ovi ceuvüvouatv.

« Autre (épigramme).

«Étant arrivés à la limite de l'Égypte, dans la charmante et vénérable île d'Isis, située en avant de l'Ethiopie, nous voyons, sur le Nil, des vaisseaux rapides qui, de la terre des Éthiopiens, apportent des temples dans notre pays, fertile en grains, digne d’être visité, et que tous les hommes vénèrent.»

Depuis, les inscriptions démotiques nous ont fourni une foule de confirmations de cet usage. Voir l'inscription de l'arbatenkeri d’Isis, le n° 156 de Dakké, l'inscription d'Uikeri, etc. etc.

En même temps que l’on organisait ainsi le linat'ep d’Isis, les députés éthiopiens apportaient à la déesse les offrandes annuelles des Blemmyes. Voir les inscriptions de Tererérmen, de Xemi, d’Atenkitonaria, de Siaritu, de Pachome, etce., etc.

Par une raison semblable les personnages chargés de cette mission prient Isis de les ramener chaque année auprès d'elle (voir les textes publiés à la planche 16 du n° I—II de la V° année de la Revue égyp-

tologique).

écrites dans le dialecte égyptien de Syène et dans la langue du Hitit,! c'est-à-dire dans la langue blemmye ou méroïtique. Mais la partie civile de cette mission, c’est-à-dire l'apport des présents du roi des Blemmyes, appartenait plutôt à l'administration civile, et le chef des troupes, agent d’Isis, ou un ministre d’Éthiopie? se la réservait le plus ordinairement, en laissant au grand prêtre (mer ab ou arbatenkeri) les cérémonies religieuses. *

1 C’est l'inscription 156 de Dakké (malheureusement en très mauvais état, mais pour laquelle j'ai eu à ma disposition, outre les reproductions de Lersics, de Gau et de Cuampozriox, un estampage de M. De Rocneuoxte1x et Ia photographie d’un estampage du Musée de Berlin) qui nous a donné pour la première fois ce nom de la langue blemmyc. Je crois devoir en traduire le commencement, bien que cette inscription eut mieux rentré dans notre chapitre sur les Blemmyes sous les Antonins. Elle parle, en effet, longuement du prince Mentu dont il est souvent question dans ce chapitre :

<Le grand fils Siaritu, chef de Panégyrie de cette grande Majesté Thot de Pnebs, le dieu grand, et »les dieux de la ville de Dakké (/ AE 2 2) a fait fête (herut), étant dans le sanctuaire nommé.

« Nous avons fait accomplir les services du Boenlo ( lo 7(L7 4-5) de ce grand dieu, avec »Senpet, le grand prêtre, mon frère, en lui (dans ce sanctuaire). Nous avons parlé au dieu, interrogeant »ce grand dieu sur la tête de 500 victimes, dans la grande fête d'Uka, le 21 Athyr, pour faire sortir «(+ M. /o 0 4 __ — l'ipeire) Isis : et le grand dieu nous donna réponse pour que nous fassions bien «toute chose.

«Thot de Pnebs (le maître) du temple (me protégea). (Moi) Siaritu, en qualité de grand prêtre, j'allai à »Philée (pour accomplir la divine) panégyrie et nous donnâmes tant de talents, en Choiïak, à Isis. Mes frères »firent fête (her). Nous fimes aussi cela devant la dame, devant Isis, la grande déesse — sur son dromos —

»au nom des rois de nos Éthiopiens (& AZLUZ L 4, 2 «1 ? l v ( 5-2 , &=) Ce que le roide mon

» Éthiopie (22 [Pa L Luve- ( Le )) avait fait apporter jusqu’au (temple) de Philée, (moi) Siaritn, comme »chef de panégyrie, je le donnai, dans la place nommée, écrivant ces choses en langage (égyptien) de Syène et

en langue du Hitit (ES a P © &< 1 (5. 2911-2% el 5 -Gn? à |°7u1)

»On à ainsi accompli les rites ( 2 u/- 2) de Mentu, le Kerni d’Isis, l'agent d'Isis, le prince de Xes,

»mon ami. Aprés ces choses, (moi,) Siaritu, chef de panégyrie, (je suis revenu) en cette place, de nouveau, »pour t'adorer, Ô dieu grand! ...» L'inscription se termine par une prière à Thot, de Dakké, dieu dans le temple duquel elle était placée. Quel dommage que M. Carraut n'ait pas encore trouvé à Philée l'inscription bilingue que Siaritu dit y avoir laissée! Ce serait la clef de ce démotique méroïtique dont les textes sont si nombreux tant à Philée qu'en Nubie et en Éthiopie, et qui est pour nous jusqu'ici lettre morte. Espérons qu'un autre de nos élèves (M. Beneprre) à la thèse duquel nous destinions d'abord ce sujet et qui se pré. pare à s'établir pendant quelque temps à Philée, découvrira enfin ce bilingue précieux.

Notons, avant de terminer, que Siaritu paraît être le père de jeunes princes qui furent les amis des enfants du collègue de Mentu, Horneytatef (voir pl. 15 et 16 les proscynèmes que nous avons reproduits à la suite de ceux d’'Horneytatef).

2? Voir les inscriptions 15 et 16, écrites en même temps par le chef de troupes, agent d’Isis, apportant des présents de Méroé, au nom du roi d'Éthiopie, et par le grand prêtre, agissant en vertu de sa charge. Voir aussi le n° 37. Dans l'inscription de Terercrmen c’est un ministre qui apporte les présents du roi. Dans le n° 156 de Dakké, c’est un grand personnage et son frère, le grand prêtre, qui se partagent cette double mission.

3 Outre les inscriptions déjà citées, voir le n° 10 rédigé par l’arbatenkeri du temps d'Arcadius ct le n° 138 du grand prêtre Pachome. On possède à Philée de nombreuses inscriptions de prêtres d'Isis (voir les n°% 58, 59, 63, 81, 90, 108, 113, etc.) ou de premiers prophètes d'Isis (n°* 119, 128, etc). Voir aussi l'inscription grecque n° LXII de Lerronxe contenant le proscynème d'Eraton, parent royal, archi-prêtre et archiprophète d'Isis de Philée, le n° CLIIT d'un prophète, etc. On sait que LEeTRONKE, dans son mémoire sur l’introduction du christianisme en Nubie, à publié plusieurs inscriptions grecques de ce genre, fort intéressantes, particulièrement celles de la famille des Pachome, Smet et Smetchem, dont M. Masreno a grossi le nombre (voir un ex-voto inédit Revue arch., 1882, janvier). Dans une d'elles, le protostoliste Smetchem, en l'an 165 de Dioclétien (c'est-à-dire à peu près vers l'époque de la paix de Maximin avec les Blemmyes) dit : «J'ai été protostoliste dans la 165° année de Dioclétien. Je suis venu ici et j'ai rempli ma fonction en même temps que mon frère Smet, successeur de Smetchis, fils de Pachumios, prophète.» Le n° 21 démotique de Lersius

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Ce grand prêtre où mer ab voyageur ne paraît pas avoir été le vrai grand prêtre d'Isis de Philée. Le temple d'Isis, en effet, appartenant au roi lagide et plus tard à l’empereur son successeur, avait un sacerdoce tout égyptien jusqu'à ce que la Nubie cessât d’être un commilitium, avec des garnisons de deux peuples différents, ct fût abandonnée définitivement aux Blemmycs par Dioclétien. À ce moment-là on transporta la zone neutre un peu plus loin. Philée fut déclaré temple international et reçut en cette qualité un sacerdoce mi-partie égyptien et mi-partie blemmye. Les Blemmyes n'en gardèrent pas moins leur privilége traditonnel consistant à faire sortir chaque année Isis de son sanctuaire et à la transporter en Éthiopie : le vrai grand prêtre passait alors la main à l'arbatenkeri nubien.

Est-il besoin de dire que sous les Romains, même postérieurement à Dioclétien, les empereurs avaient fait soigneusement reconnaître leur suzeraincté aux rois ou chefs blemmyes, comme à tous les rois barbares qui les entouraient? On sait que cette coutume était tellemeut traditionnelle qu'encore à l’époque byzantine ils ne laissaient à ces rois, souvent très

a un sujet fort analogue. Le scribe Achom (l'aigle : ce mot représente Pachom sans l'article), fils du prophète d'Isis Ptouot cet de Eseur, y dit : «J’ai fait mon service à cette statue vénérable à jamais! Elle a parlé : je suis venu en la divine présence pour célébrer le jour de la naissance d'Isis, le jour de la panégyrie de....... en l'an 15.» Le n° 138 (de Dandour), dont nous parlions tout-à-l’heure, a uu objet tout-àfait différent de ces actes de présence. Le grand prêtre blemmye s’y excuse de ne pouvoir remplir son office et il prend pour cela à témoin Phripahor, dieu spécial de Dandour (voir CHAmPoLLION, Monuments, p. 142 ct 144, Bauuscu, Dict. géogr., p. 399). Cette inscription (évidemment très tardive et qui cst peut-être contemporaine des dernières luttes des Blemmyes) vient d'être par moi étudiée avec soin sur un cstampage de M. pe Rocueuoxreix; Car celle est en très mauvais état. Voici ce que j'y lis décidément : «L'an 20 sous Ousonni, le chef du peuple, l'agent d'Isis, Pachome, fils de Petosor, le grand prêtre, dit : dirige Pétésé, mon fils, et les jeunes gens, ses agents, devant Isis du pays du cœur. Je n'ai plus de parole. Ils parleront pour moi en disant : Phripahor, dieu de Korta, mon seigneur, installe ici à ma place le chef, le seigneur du pays étranger, pour prêtre : car mes membres ne me porteront pas au pays du cœur et Phripahor ne m'a pas donné au milieu (du peuple) celui qui prendra soin de faire ces choses. C'est à toi qu’il appartient de me donner ton homme, qui apportera ces choses devant Isis, par la générosité du souffle des rois, à jamais. A écrit Pachome, fils de Pétésé, le scribe, le grand prêtre, de sa main, lui-même.» Évidemment le vieux Pachome, qui est peut-être le petit fils du prophète Pachome dont il est question dans les inscriptions des années de Dioclétien 165, 169 et 171 (c’est-à-dire de la fin du règne de Théodose II et de celui de Marcien), était peu désireux de s’exposer aux dangers du voyage de Philée. C'était un temps difficile pour les Blemmyes, qui n'avaient pas même élu de roi (tout en réservant leurs droits à cet égard) et qui dataient par les années du chef des troupes, agent d'Isis. Peut-être Silco avait-il déjà entrepris contre les Blemmyes la longue guerre qu'il nous raconte dans son inscription et qui se termina par la suppression du temple d'Isis à Philée, (faite par les ordres de son allié Justinien), par l'établissement de l’exarchat de ‘l'almis, par le partage de la Nubie entre l'empire ct le roi des Nobades, bref par l'anéantissement de l'hégémonie blemmye et de l'existence civile de ce peuple. Lorsque Procope écrivait, les Blemmycs avaient été chassés des bords du fleuve, occupés alors par les Nobades; leur capitale, la ville de Méroë, était détruite, (tout comme le temple de Philée), et cette vicille métropole de l'Éthiopie avait été remplacée par Axum, c’est-à-dire par une ville hymiarite longtemps païenne (voir dans le Corpus les n° 5127 B et 5128) et longtemps vassale de Méroé, qui était devenue, depuis la mission de St Frumentius, sous Constance, l'ennemie déclarée des paYens et spécialement des païens Blemmyes. Telle a été l'origine de l'empire abyssin, (hymiarite ou homérite), qui, dès le temps de Justinien, avait acquis une grande importance, possédait l'Arabie et l’Abyssinie actuelle, traitait d'alliance avec l'empereur et a dû être pour beaucoup dans les revers des païens Blemmycs (avec les Nobades, alors chrétiens). Peut-être Pachome craignait-il de subir le sort qu'éprouvèrent bientôt les prêtres d’Isis de Philée, jetés en prison par Narsès le persarménien, tandis que les statues d'Isis étaient envoyées à Constantinople.

Mais fermons cette parenthèse un peu longue et citons, pour finir, parmi les inscriptions de Philée relatant des pèlcrinages officiels blemmyes, les n° 116 ct 38, dont l'un est relatif à un chef des Blemmyes (hir l'ihimti) et Vautre à un scribe en chef, chef des chefs, ete. Le chef d'Éthiopie en question dans le n° 116 était peut-être d’ailleurs un roi blemmye, venu en pèlerinage à Philée; car le mot p «chef» désigne les rois dans la chronique (conf. l'inscription de Xemi).

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puissants, que le titre de Bzciouis! (regulus), en se réservant à eux-mêmes celui de Bacrtasss. A la bonne époque leurs prétentions étaient plus strictes encore. Nous verrons qu'alors parfois ces orgueilleux césars voulurent qu'on les reconnût directement pour rois des Blemmyes, en accordant seulement aux princes héréditaires de ceux-ci la fonction, tout-à-fait secondaire, de chefs du peuple ou des troupes.? |

Aussi ne faut-il pas s'étonner si plusieurs de nos inscriptions démotiques témoignent des hommages rendus en Nubie aux empereurs. Sous ce rapport il y a peu de différence entre Philée, ville romaine, et Dakké (ou Pselcis), ville nubienne. Nous citerons le n° 26 de Philée et le n° 144 de Dakké qui ont, l’un et l’autre, cet objet et sont fort analogues. La première‘ de ces inscriptions, autant qu'on en peut juger par les reproductions de Lersius, est relative aux honneurs rendus à Tibère César, le dieu grand, par les prêtres et les pastophores d’Isis, se cotisant pour lui offrir les uns 10 vases bi et les autres cinq vases 2/<10 = *, choisissant le 22 du mois pour jour éponyme en son honneur, etc.; la seconde, à un concile des prêtres de Philée et de Nubie qui, à Dakké, font serment de fêter le 18 du mois Néron,f

1 C’est pour cela que Silco, allié de Justinien, ne s'intitule que BaztAtozes, tout en disant qu'il était supérieur à tous les rois, etc.

2 Voir les inscriptions 15, 138 de Lepsics; l'inscription de Xemi mentionnant le chef (p) de l'Éthiopie, etce., etc. Conf. l'inscription bilingue, dont nous parlons dans notre chapitre sur les Blemmyes sous les seconds Antonins, datée de l’an 8 de Sévère et Antonin, les rois des Nubiens. Il y a aussi dans le Corpus inacriptionum græcarum Ace nombreuses inscriptions grecques de Nubie, datées des règnes des Antonins et de leurs successeurs immédiats; citons : à Khardassy, les inscriptions 4980 et suivantes de Sévère et Antouin (ou Caracalla) ou de Caracalla seul, le n° 4996 d’Elagabale, les n°* 4997 et suivants datés de Sévère Alexandre, le n° 6003 du temps de Maximin, les n°* 5004 et suiv. de Gordien; les n° 5007 et suiv., datés de Philippe; à Talmis, les n°* 5050 ct suiv. d'Antonin le pieux, 5068 de Sévère Alexandre, 6069 de Philippe. À Dakké (Pselcis), on trouve cependant les n° 5101, 5086 d'Auguste, 5074, 5101, 5104, de Tibère, à côté des n°* 5080, 5081 et 5096 d'Hadrien cet 5097 de Sévère Alexandre. A Talmis même, les n° 5042 et 6014 remontent à Domitien. Conf. dans les copies d'inscriptions grecques prises par Lersits (Denkm., IT) à Dakké (Pselcis), les n° 403, 406, 413 de T'ibère, le n° 410 de Domiticn, 469 de Sévére Alexandre: à Kalabsché (Talmis) les n° 434, 435, 412 de Domitien, 440 de Trajan, 449 de Trajan et Hadrien, 441 d'Antonin le pieux. Voir aussi dans le Corpus inscriptionum latinorum, t. III, l'inscription de Talmis n° 77, du temps d’'Hadrien (an 134), et l'inscription de Pselcis, n° 79, du temps de Trajan (an 109). (Conf. Lersius, Denkm., III, pl. 101, lat. 52.) Nous ne parlerons pas de l'inscription latine n° 83 qui a été écrite an-dessus de Méroë, certainement dans des régions que de simples voyageurs, comme le tribun envoyé par Néron en Éthiopie, ont seuls parcourues.

# On peut voir aussi dans les Notices de Cnawpocriox les mentions hiéroglyphiques d'Auguste à Dakkë (p. 115), à Deboud (p. 156), à Kalabsché (p. 144 et suiv.), à Dandour (p. 141, ctce.).

4 La reproduction qu'en a donnée Lepsius est tellement mauvaise qu'il est impossible de tenter une restitution de ce texte. Malheureusement M. Carraur a oublié d’en faire faire un plâtre. Notons que dans les n° 27 et 33, également du règne de Tibère, on trouve des renseignements analogues sur les jours éponymes de l’empereur. Un de ces jours était le 4 du mois, autant que je puis le croire d’après les mauvaises reproductions des n° 26 et 33. Les deux dernières lignes du n° 33 semblent contenir un engagement de célébrer ele jour qui écrit ci-dessus en toute année».

S Lo mot lekens a un déterminatif ® qui ressemble beaucoup soit au déterminatif des vases, soit au déterminatif des étoffes. Nous inclinons vers des vases pleins de boissons pour les fêtes.

6 Nous savons par les historiens que Néron était fort obéi en Éthiopie; car, selon Pline, VI, 35, il y envoya un tribun qui fut partout très bien accueilli.

À ce sujet il faut remarquer que Niesuue a singulièrement compris Pline; en effet, il dit que <du temps de Néron la ville de Méroë n'était plus qu'un désert» et ailleurs à l’occasion d’un passage de Strabon dont nous parlerons plus loin à propos de la situation géographique des Blemmyes situés de Méroë à Sienne, il ajoute : «Vu la mention de Méroë, qui n'existait plus du temps où Strabon écrivait, mais qui florissait du temps d'Eratosthène, je suis porté à attribuer au dernier tous ces détails.» Evidemment c'est toujours le même passage de Pline qui hantait son esprit, et dont il voulait faire remonter jusqu’à Strabon même

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12 EUGÈNE REX ILLOUT.

lui dédient aussi des 37 <ys 2 » etc., le tout devant l’actor romain dont nous avons parlé plns haut.! (Conf. le décret grec des Busiritains pour Néron.)

les conséquences. Ce passage (suivant une longue énumération d'anciennes villes éthiopiennes) est ainsi conçu : «<Hæc sunt prodita wsque Meroen; ex quibus hoc tempore nullum prope (oppidum) ntroque latere exstat : certe solitudines nuper renuntiavere principi Neroni, missi ab eo milites praetoriani cum tribuno ad explorandum, inter reliqua bella et æthiopicum cogitanti.» Niesuur a cru que eusque Meroen» signifiait jusqu’à Méroë inclusivement. Mais il suffit de parcourir rapidement Pline pour voir qu'il voulait dire jusqu'à Méroë exclusivement. Pour s'en assurer on n'a qu'à lire encore deux pages; car un peu plus loin Pline nous raconte l'impression que les envoyés de Néron emportérent de Méroë, ville entourée de verdure ct même de forêts, comptant, il est vrai, peu d'édifices, mais ayant un beau temple d'Ammon, de nombreuses chapelles et étant encore la demeure de la reine des Éthiopiens. De même dans le livre II, 8 LXXV il nous répète que Méroë est la capitale de la nation <caputque gentis> et ailleurs (LIII, LXXI, LXXV, LXXVII) il nous parle des observations astronomiques et météorologiques prises par les savants de Méroë, — Nous verrons par nos inscriptions démotiques que l'astronomie était encore, en effet, une des spécialités des savants de Méroë et d'Éthiopie. Ce n’était pas d'ailleurs la seule (voir liv. V, X, passim VI, 35, passim XII, 82, passim XXXVIIL, 16, passim cte., ete.). Pline abonde, en effet, de détails, — tout autant que Diodore (I, 33 et 37, III, 5, 6, 7, 9, etc., Strabon XVII, 2 et passim, Aristide, t. II, p. 343 et suiv. de l'édition d'Oxford de MCCXXX) — sur la ville de Méroë. Nos inscriptions démotiques de Nubie montrent que Méroë était encore à cette époque et même beaucoup plus tard, jusqu'au temps de Théodose tout au moins, la capitale de l'Éthiopie. Cette grande ville ne paraît avoir été détruite (et remplacée alors par Axum, comme le dit Niesuur) que du temps de Justinien.

Puisque nous venons de réfuter Nresvue affirmant, d’après Pline, que du temps de Strabon Méroë n'existait plus, il nous faut aussi noter une assertion non moins singulière, celle de notre ami Wi£DEMmAxx, disant à propos de l'expédition de Petronius, racontée par Strabon : «Il s'avança jusqu'à Napata, près de Méroë, ville qui fut plus lard et qui était probablement alors déjà la capitale de l'Éthiopie. » Le probablement fait rêver. WiepEmanx n'aurait eu cependant qu'à ouvrir le chapitre 2 du même livre XVII de Strabon pour voir que Méroë était déjà la capitale de l'Éthiopie, comme au temps de Diodore, du reste. Ajoutons que, selon le rapport de la mission de Néron, cité par Pline, Méroë était à 360.000 pas de Napata et qu’il n’y avait que 873.000 pas entre la même ville de Méroë et Syène, la frontière de l'Égypte. Napata près Méroë paraît donc aussi singulier que Berlin près Paris. Il est vrai que Wiepemanx cite ici Auguste : «in Acthiopiam usque ad oppidum Nabada perventum est cui proxima cst Meroë.» Seulement il aurait bien fait de ne pas accepter les erreurs de géographie du bon empereur.

Ainsi que l'a noté Beuoscx (Dict. géogr., p. 196, 217 et 280) Méroë est appelée en démotique dans

le papyrus de Leide ET f à dans des textes hiéroglyphiques ptolémaïques Q es £) e & et dans la célèbre stèle de Dongola | = ©, Cette stèle est même la première de cette série qui montre à

Méroë la capitale de l'Éthiopic. Nastosenen était un enfant de Méroë. C'est à Méroë qu'on vint le chercher pour le couronner à Napata. C’est à Méroë qu'il retourne ensuite et qu’il règne. Au contraire l’un de ses prédécesseurs, cité par lui, le roi Horsiatef, dont nous possédons la stèle, ct qui combattait les gens de Méroë, paraît bien un roi Ammonien de race pure, originaire de Napata où il demeure. Il en est de même du roi Aspurta, cité par Horsiatef, et auquel se rapportent deux de nos autres documents hiéroglyphiques.

Il est possible d'ailleurs que Méroë, où l'on retronve les cartouches du roi Pianchi (Denkm., V, 14 i, etc.) ait été déjà à une époque plus antique une des capitales de l'Éthiopie, pouvant fournir un très grand nombre de combattants, comme le prétendent les auteurs classiques de la période romaine.

1 J'ai longtemps cspéré pouvoir donner dans ce numéro un texte définitif de cette inscription; car uotre cher ami M. ve RocuemoxTeIx nous en avait promis un estampage. Maïs cet estampage ne vient pas, en dépit de mes appels désespérés. Je me bornerai donc à inscrire ici la restitution que je crois décidément la plus probable, d’après la très mauvaise reproduction d'un texte déjà lacuneux que nous a donnée M. Lersius. J'espère profiter plus tard de l’estampage de M. pe RocnemonTeix ou d’un autre :

«Copie du serment qu'ont fait les prêtres d'Isis de l'Abaton de Philée et les pastophores d'Isis de .lAbaton de Philée et les prêtres de Thot de Pnebs et........................ et ceux qui viennent d'Égypte pour faire la divine (panégyrie) et les prophètes (?), les prêtres d'Isis et les pastophores d'Isis, serment qu'ils ont fait à Korta de servir Isis de Philée :

«<Horsiesi, fils de Kerem, le premier prophète de Korta, et les jeunes gens . .... jurent devant Thot de Pnebs, le dieu grand, de faire un jour (éponyme), le 18 du mois, à Néron, Claudius, César, Sébastos (?), Germanicos. Quant aux apports des offrandes . .... en présence de l'actor (ils s'engagent chacun) envers

En revanche, à Philée même l’Éthiopie et les Blemmyes jouent un grand rôle. Souvent nous avons ainsi dans la ville sainte des proscynèmes nationaux.

Le n° 32 de Læprsius, par exemple, est ainsi conçu : «Devant Isis de Philée et au nom > des dieux du sanctuaire, à jamais. L’an 1° d'Antonin César. Ton Éthiopie LAN! <J LANY »[Ô Isis!l»!

Souvent ce sont les rois d’Éthiopie (ou des Blemmyes) qui interviennent dans des proscynèmes officiels, comme les anciens rois lagides.?

Nous citerons l'inscription démotique n° 125 de Lærsius, datée de l'an 23 de Pseru?

Kanenfi ou fils de Kanenf LC FH) A (o K23 b£.{ ct rapportant qu'à ce moment on interrogea le grand oracle d'Isis.!

Nous citerons aussi l'inscription grecque CLII de LerRowxe :

TO MPOCKVNHMA BEAICA . ....

YENTHC BACIAEUWC AIGI(ONUN)

NOIW MAPA THI MVPIWNVMU(I ICIAI)

bIAUN KAI ABATOV KAI TOIC CVN

NAOIC @EOIC KAI OAOV OIKOV (AVTOV) L... (M)H(NOC) TVBI |

«Moi Bélisa, . . . j'ai fait le proscynème de . . . Psenthès, roi des Éthiopiens, auprès

l'aerarium (?) d’Isis, en disant : En chaque (fête) où j'accomplirai les cérémonies sacrées ( par année, à Philée, je ferai une rétribution aux seigneurs de Korta, de deux lekens pour la cérémonie sacrée ( d'Isis de Philée (et en l'honneur) d'Osiris ct d’Isis ci-dessus (nommée).

« À écrit Hor Ut'a, le scribe du temple d’Isis de lAbaton de Philée. »

Notons que la copie de ce serment, prêté à Korta, (pour livrer des victuailles) se trouve dans le sanctuaire de ‘l'hot de Pselcis, ville voisine d’ailleurs de Korta. (Voir Brucscu, Dict. géogr., p. 861 au mot

LJ 1°) Le dieu vénéré à Korta était Phripahor, qui était aussi le dieu de Dandour [voir plus haut]. =

1 L'Éthivpie dédiait ainsi une colonne du temple dont elle faisait les frais. Nous possédons en démotique une autre dédicace de colonne. C’est l'inscription 32 portant : «Son nom demeure toujours devant »Isis de l’Abaton de Philée. Thot-setem, fils de Pessebt, le grand prêtre d'Amon de Djème, a fait les »frais pour établir la sculpture de la colonne ...». L'inscription est datée de l’an <35 de César, le Dieu», c'est-à-dire d'Auguste. On a à Philée beaucoup d'inscriptions grecques de cette époque.

2 Voir dans les inscriptions d'Égypte de Lerroxxe les proscynèmes royaux à Isis de Philée qui portent les numéros LVIII et LIX de Ptolémée Alexandre, LX de Soter II, LXXII, LXXXI, LXXXII, LXXXIX d'Aulète. Le proscynème royal n° LXXII avait été fait par un intermédiaire, celui de Callimaque, parent, épistratège de Thébaïde, qui était aussi stratège de la Mer Rouge et de la Mer des Indes, c'est-à-dire ce que nous nommerions amiral de la flotte en question. Souvent aussi ces hauts dignitaires faisaient des proscynèmes pour leur propre compte. Conf. les n°* LXI, LXII, LXX, LXXIII, LXXIX, LXXX VII, XCVII, XCIX, C du temps des Lagides; et sous les Romains les n°° CVIII, CXI, CXXIX.

3 Le signe “2. 8e lit p et men. On pourrait donc aussi penser à la lecture menïer ou simplement menÿ en voyant dans © ou € une forme de 4H, = 9. C'est le nom qui est traduit Evergète ou bicnfaisant dans les trilingues.

4 On peut se demander s’il ne s’agit pas alors d'un prétendant blemmye, comme Päilaan dont nous parlerons plus loin; car les deux noms royaux sont entourés des cartouches et c'est par ce souverain qu'on date. Or, à Philée, ville impériale, on datait toujours des empereurs : et les rois blemmyes renonçaient en leur faveur aux honneurs du cartouche. Tererermen seul, contemporain du chrétien Théodose, fait exception à cette dernière règle; mais il observe la première. Une des inscriptions grecques, citées plus loin, soulève d’ailleurs les mêmes questions.

»d'Isis, myrionyme, de Philée et de lAbaton,t et auprès des dieux adorés dans le même >temple, ainsi que celui de toute sa maison. L'an . . . le 10° jour du mois de Tybi.>

A la même classe des rois éthiopiens me paraissent appartenir les deux souverains pour lesquels on répand des libations dans les inscriptions n°* CXXIV à CXXVI de Lerronxe, qui ont été écrites simultanément et sont datées de l'an 31. Lerronxe avait remarqué judicieusement à ce sujet que les noms propres, le style embarrassé et barbare, etc. ne permettaient pas de penser à Auguste (auquel seul la date 31 conviendrait), mais nous reporteraient plutôt à l'époque des Antonins, ou après elle. D'ailleurs Auguste a régné seul et notre inscription parle au pluriel des souverains pour lesquels on prie. Enfin, Lerroxxe le reconnaît également, toutes les inscriptions grecques de l’époque romaine sont datées en Égypte par les années de règne? et non pas à l’aide du comput de la puissance tribunitienne (solution

1 Ce nom d'Abaton est un calembourg grec. Le sanctuaire en question s'appelait , A2 A LA A Pac ou ab | C2 |. Les Grecs ont trouvé bon de rendre, à cause de l’analogic des sous, ce mot par

abaton, to aÿatoy qui avait un sens différent. Lerronxe dit à ce sujet (Recherches, p. 305) : «Le nom d’'Aëxzov, » selon Sénèque, désignait une petite île voisine de Philae, où les prêtres seuls avaient accès, ce qui lui avait »valu son nom; car "Afaros est le mot propre pour désigner un lieu dont l’accès est interdit aux profanes ; »ainsi onx9s aÿato; (ans Euripide: "Eaevot àbaros dans Aristide; vaos &fatos dans le grec de la Bible; ‘escv > äBarov dans Isocrate, Élien et autres. Cette île passait pour contenir le tombeau d'Osiris, (Plutarque, De » Jsid. et Osir., p. 359), et c'est à cette tradition qu'elle devait sans doute Kk grande vénération dont elle »jouissait; son nom était = ’Afaroy au neutre. Aussi je crois que les éditeurs de Lucien ont eu tort de » changer, d'après SAuxmaIsE, Abaton en Abatos, dans le vers de ce poète :

Hinc Abaton, quam nostra vocat veneranda vetustas, Terra potens, primos seusit percussa tumultus.

« Sénèque, en disant : Exiguo ab hâc (insulâ) spatio, pctra dividitur ’ABxtov quam Graeci vocant» me paraît > désigner un rocher en forme de siége, tout couvert d'hiéroglyphes, qu'on voit au sud-cst de Philae, sur la »rive droite du Nil.»

2? Ainsi qu'il le dit aussi, (ce que le bon sens seul suffirait à établir,) ce comput ne peut partir en Égypte pour Auguste que de la prise de l'Égypte par Auguste. Ce principe est toujours la base des calculs de Lerroxxe. Îl ne s’en écarte qu'une seule fois — à propos du n° CVIII, dans lequel il veut interpréter la date L & vou xx: € par «l'an 20 d'Auguste depuis la mort de César et l'an 5 du même Auguste en Egypte». Mais il est certain que cette double date se rapporte non au règne d'Augustc, mais au règne associé de Cléopâtre et d'Antoine, dont LeTronxe avait parlé si excellemment à la page 90 du même volume, d'après Porphyre et les monnaies du temps. En effet «l'an 20 qui est aussi l'an 5» rentre dans la même série que «l'an 16 qui est aussi l'an 1» (etous exxatèsxatou tou xat rpwtou) cité par Porphyre, et « l'an 21 qui est aussi l'an 6» (erore na Tow nas E”eeac) d'une médaille qui porte d'un côté la face de Cléopâtre Bacricenc nAeonaTpac ct de l'autre côté la face d'Antoine. Il est tout naturel que des centurions soient nommés dans une inscription de ce double règne pendant lequel la principale armée de l'Égypte était celle d'Antoine. Notons, avant de terminer, que le règne égyptien d'Auguste, qui commença en Égypte en août de l'an 30 avant Jésus-Christ, dura 43 ans, puisqu'Auguste mourut le 19 août de l'an 14 de Jésus-Christ. Maïs, dans certains documents, on continuait après sa mort le comput d'Auguste qui devint ainsi une ère.

En effet, M. Srüve, dans le journal numismatique de Berlin (Berliner Bliütter für Mïinzkunde, III, 1866, $ 139), a fait remarquer que certaines dates des monnaies d’Auguste se rapportaient non à son règne, mais à unc ère. D'après ce calcul :

l'an 44 d'Auguste répond à l'an premier de T'ibère,

l'an 45 d'Auguste répond à l’an 2 de Tibère,

l'an 46 d'Auguste répond à l'an 3 de Tibère.

Une inscription d'Égypte récemment publiée par notre cher maître M. Mizzer vient confirmer cette hypothèse, que je lui avais déjà proposée, quand il a bien voulu me montrer les envois épigraphiques de M. Masreno avant leur publication. Cette inscription porte :

à laquelle il avait été forcé de songer pour faire cadrer ces numéros avec un comput du temps des Antonins). Nous sommes donc nécessairement amenés à l’idée d’un calcul éthiopien et d’un roi blemmye.

Mais ici, comme pour l'inscription démotique que nous venons de citer un peu plus haut, on admettrait plutôt un prétendant soit au trône impérial, soit à la possession de l’île de Philée. Le souverain blemmye en question devait, pour dater de son propre règne, ! se considérer comme chez lui dans l’île sainte.

Ce ne sont pas du reste les seules inscriptions grecques de Philée à propos desquelles on aurait facilement une semblable pensée. Dans l'inscription suivante (n° CXXVIT), qui leur paraît réunie bien intentionnellement par Lerronxe, on voit un prétendu «stratège de Philée», nommé Théomnestus, fils de Ptolémée, offrir ses adorations à Isis aux dix mille vocables, tant en son nom qu'au nom de «ses épistates», à une date dont les indications ont été «effacées à dessein», selon Wizxixsox. Or, ni sous l'administration des Ptolémées, ni sous celle des Romains il n'y à jamais eu de stratège à Philée, et le martelage intentionnel du souverain montre bien qu'il s’agit, en effet, d’un prétendant dépourvu de toute espèce de droits.

Historiquement nous savons d’ailleurs que l’île de Philée a cessé plusieurs fois d’appartenir aux Romains et a passé aux rois blemmyes. Afin de ne pas déflorer un des chapitres suivants, nous nous bornerons à citer pour le moment la grande révolte du temps d’Auguste, sur laquelle Strabon, Dion Cassius, Pline, Eusèbe et notre poëme satirique nous ont fourni de précieux renseignements.

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L'an 77 de l'ère d’Auguste répond à l’an 6 de Claude et les noms Tifepeioc nAara ide RTAImapoc nous montrent qu'il s’agit sans doute de l'inscription funéraire d’un des affranchis, soit de l’empereur Tibère, soit de l’empereur Claude, qui, avec le droit de porter des anneaux d'or, avaient reçu tous les priviléges des ingénus, y compris celui de s’attribuer un triple nom.

Peut-être même, par la restitutio natalium, se trouvait-il autorisé légalement à nommer son père, 81 ce père avait 6té libre avant qu'un accident, fréquent dans les guerres civiles de cette époque, l'eut fait tomber en servitude. Peut-être aussi a-t-il nommé son pére esclave par une tolérance commune dans les familles impériales, comme les esclaves des empereurs qui nomment leur femme conjux dans les inscriptions. On pourrait aussi penser qu'il s'agissait d'un homme pérégrin d'origine, qui, ayant reçu la cité romaine par une faveur de l’empereur, avait pris le nom de gentilité de celui-ci, — comme le médecin Cornelius, quand il reçut la même faveur de Cornelius Verrès, — et y avait ajouté le prénom impérial.

Ce fait de rêgnes continués après la mort des souverains en question et devenant des ères est très fréquent en Égypte — surtout au commencement des dynasties. C'est ainsi qu'on procédait déjà du temps d'Amenemhat (XII° dynastie), et beaucoup plus tard, du temps de Ptolémée Soter, continuant le comput d'Alexandre II après sa mort, ainsi que je l’ai prouvé dans mes notes chronologiques sur les Lagides (que j'ai vu démarquer cffrontément sous ce rapport), puis du temps de Philadelphe, du temps de Philopator, du temps de Philométor, du temps d'Evergète II, etc., ainsi que je l’ai prouvé dans des travaux antérieurs. J'aurai bientôt à revenir sur d’autres faits analogues.

Il va sans dire du reste, en ce qui concerne l'ère d'Auguste, que cette re ne serait nullement renversée par la découverte de faits du même genre qui se seraient passés en Égypte après la mort de Septime Sévère.

1 Voir l'inscription d'Horneytatef, roi des Blemmyes, les inscriptions 15 et 16 commentées dans notre article sur un empereur blemmye, la phrase finale de l'inscription de Xemi, le n° 138, etc., etc.

Pour bien comprendre la lutte des Romains et des Blemmyes du temps d'Auguste, il faut d’abord bien connaître les conditions dans lesquelles elle ent lieu et la situation géo graphique des deux armécs.

Du temps de Strabon, qui a lui-même parcouru la contrée et qui est allé à Philée, avec Aelius Gallus, en lan 20 avant notre ère, c’est-à-dire très peu d'années après les événements qu'il va nous raconter, Philée était déjà commune entre les Égyptiens et les Éthiopiens : ils y habitaient côte à côte.! |

La vraic limite des possessions directes de l'empire était alors Syène, où les Romains tenaient trois cohortes en garnison.”

C'est exactement ce que nous apprennent aussi les inscriptions contemporaines publiées par Lerronxe, notamment les n° CXII, CXX et CXXI, toutes trois du temps d’Auguste, et toutes trois spécifiant que l’île sainte d’Isis est à la limite de l'Égypte.* Dans la seconde, déjà citée précédemment, l'auteur raconte qu'il a vu arriver à Philée les barques sacrées, qui, de la terre des Éthiopiens, apportaient les saints naos ou 72:01 contenant les statues divines.

Lerronne” a fait remarquer la conformité de ce fait avec l'usage que Priscus a constaté, à une époque bien postérieure, à propos du traité de paix de Maximin avec les Blemmyes, en disant qu'une vieille loi permettait à ce peuple d’emporter chaque année chez lui la statue d’Isis de Philée. Les Éthiopiens de notre inscription, ceux dont parle Strabon comme partageant Philée avec les Égyptiens, sont donc bien les Blemmyes, voisins de Syène d'après Strabon lui-même : cette équivalence fréquente a été depuis longtemps établie pour l'époque romaine par QuarremèRE,$ qui en donne des preuves incontestables.

Strabon du reste suffirait pour ne laisser aucun doute sur cette question, car il s’exprime sur les Blemmyes d’une façon tout-à-fait claire en deux passages qui se complètent.

Dans le premier (XVIII, pp. 414, 415 de l'édition Taucanirz et XVII 1, 2 de l’édition Divor), il décrit rapidement l'Éthiopie ct fait à ce sujet une distinction ethnographique entre les populations : 1° d’une île située au-dessus de Méroë, habitée par les soldats égyptiens

1 «Paulo supra cataractem sunt Philac, Acthiopum Aegyptiorumque communis habitatio», selon l'ancienne traduction. Le texte porte : Das . . . ... xotvnv xxtottlav Alltérwy xai Aiyurtlwv zxatesxeuaouévnv (Str. XVIII, p. 465, édition Taucuxirz). |

2? Jbid. (un peu plus haut) : Efri 0’ évra302 tpsts onetcat "Poualeov lôpuuévar opoupäs yaotv.

Pline V, X, T'acite IT, 60 et Aristide, t. II, p. 347 nous disent la même chose. Aristide ne se borne pas à d'affirmer que Syène et Éléphantine forment la limite. 11 ajoute que Philée est entre l'Égypte et l'Éthiopie et qu'à côté de Philée se trouve un fort des Éthiopiens. Nous avons, du reste, déjà cité et commenté ces textes, que nous ne faisons que rappeler.

5 Dans le n° CXHE, dédié à César, régnant sur les mers et les continents, qui est de l'an 23 d'Auguste, Catilius fait parler Philée en ces termes : «Je suis la belle extrémité de l'Égypte et la limite de la terre reculée des Éthiopiens». I1 dit aussi qu'il a consacré dans La terre des Éthiopiens cette inscription religieuse. Pour lui, Philée est donc déjà en Éthiopie, ainsi que l'ont remarqué Niepuxr et LETRONKE.

# C’est pour cela qu'on appelait pastophores les porteurs de ces chapelles portatives.

5 Voir aussi notre premier mémoire sur les Blemmyes.

6 Voir QuATREMÈRE : Afémoires sur les Blemmyes, p. 130 (dans le premier volume de ses Mémoires sur l'Égypte) et mon premier Mémoire sur les Blemmyes, p. 405 et 3492, tome VIII des Mémoires de l’Académie des inscriptions (Mémoires présentés par divers savants).

dits Semhrites! dont les pères, d’après le récit d'Hérodote, avaient abandonné Psammétique et obéissaient alors à une femme soumise aux rois de Méroë (Basthsiovrar DE ro Vuvarxéc* uraxescuot 2 sov ëv Mepér); 2° de la région au-dessous de Méroë, également soumise aux rois de ] éroë ou des Éthiopiens (rüv [Bxcthéwv] Aiôtéruy éramoïevtss) et qu'habitaient les Mégabares et les Blemmyes, aussi voisins, par un autre côté, de l'Égypte (Aïyurzlors à’ Epsecr). Ainsi les Blemmyes et leurs compagnons, les Mégabares, qui paraissent avoir été des peuples congénères, s’étendaient de Méroë (la capitale actuelle de la Nubie, dont Strabon parle longuement) jusqu'aux frontières de l'Égypte.

Daus le second passage (XVII 1, 53 de l'édition Dinor, ou XVII, 1, p. 467 de l'édition Taucaxirz), Strabon insiste encore sur le dernier point : À savoir que les Blemmyes et les Mégabares (auxquels il joint cette fois seulement les Nobades) occupaient la région voisine de l'Égypte, immédiatement au-dessus de Syène. Baépyves, xat Noïfar, xat Meyäfascr, où Urèp Sorms A'llorss.

On voit que notre auteur appelle Éthiopiens les Blemmyes, les Nobades? et les Mégabares. En effet, il n’y a pas de doute que pour Strabon toutes les populations situées audessus de l'Égypte sont également des Éthiopiens. Pour en avoir la conviction, il suffit de lire les chapitres (XVII, p. 445 et suiv., chap. 2, p. 471 et suiv. de l'édition Taucanirz) où il décrit, en les opposant à celles des Égyptiens, les mœurs des Éthiopiens, sous le nom desquels il confond les populations les plus diverses.

C'est justement à propos des indications géographiques et ethnographiques contenues dans le second des deux passages visés, relatifs aux Blemmyes proprement dits et à leurs frères les Mégabares,5 que Strabon entre dans des détails historiques fort intéressants, dont nous avons à nous occuper en ce moment.

L'occasion que prend pour cela notre savant géographe, c’est de dire que ces populalations, qu'on avait peintes si terribles, ne l’étaient pas autant qu’on le croyait. En effet, d'ordinaire l'Égypte était suffisamment gardée par les trois cohortes de Syène, mentionnées plus haut, ct quand les «<Éthiopiens» (c’est-à-dire les Blemmyes et leurs frères les Mégabares) avaient osé, peu de temps auparavant, attaquer les Romains, les plus grands malheurs en étaient résultés pour leur patrie! D'ailleurs (leurs alliés) les Égyptiens avaient été facilement

1 Pline (VI, 35) nomme Esar la ville fondée par les bannis de Psammétique. Conf. Hérodote II, 30, Diodore I, 67.

2 Silco s'intitule encore du temps de Justin «roi des Nobades et de tous les Éthiopiens » Bzoth19x05 NouBañov xat oÀwv tuv Atftorwv. Notons que Procope (De bello persico, t. I, p. 59 ed. de 1653) dit aussi que les Nobades et les Blemmyes s'étendent entre Axum et Éléphantine. Voir de plus Chronique Pascale, édition Niesuue, p. 504, 605 et les autres auteurs cités dans mon premier mémoire sur les Blemmyes, $ 1°.

3 Pline (V, VIII) ne parle plus (dans son récit d’ailleurs fabuleux sur les Blemmyes) des Mégabares, qu'il semble confondre avec eux, tandisqu'ailleurs (VI, 35) ce sont les Blemmycs qu'il omet en ne nommant que les Mégabares. De ceux-ci Ammien Marcellin (XIV, IV) ne fait pas mention à propos des Blemmyes des Cataractes. Il en cst de même pour Palladius, Olympiodore et les autres auteurs cités dans mon premier mémoire sur les Blemmyes. Nulle part on ne voit plus apparaître les Mégabares, qui n'avaient certes pas été détruits, mais étaient confondus avec les autres tribus blemmyes, probablement de même race.

4... Bhépuues, xai NoüBar, xai MeyaBapor of Ürip Eurvnç Aïôloreg * elot à’ obtot vouaôes, xat où rodbot, oÙOë uaymot, Goxobvres dE tot maka:, Ôux To Anatptxüs apulaxtorg EritiOeodar rolAdurg * ol dE rpoc upeonuBplav rai Mepônv avixovres A0lones, oùd” obtor rokdot, oÙte Év at tpost, âte rotaulav paxpèv xat ateviy xai oxodtav olxoüvtes,

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vaincus. En effet, Cornélius Gallus, auquel la province avait été confiée en premier lieu par Auguste, s'empara sans difficulté d'Héroopolis qui s'était révoltée : quand, un peu après, Îa Thébaïde entière se souleva à propos des impôts, il la soumit également; ensuite quand (son successeur) Pétronius se vit attaqué par des milliers d'Alexandrins qui lui jetaient des pierres, il leur résista et les vainquit avec ses soldats. Son lieutenant Aelius Gallus, en fit du reste autant en Arabie, et il eut conquis toute cette contrée sans la trahison de Sylæus. Ce fut Jjustement pendant ce temps que les Éthiopiens, apprenant que la masse des troupes romaines d'Égypte était en Arabie avec Aelius Gallus, entrèrent en Thébaïde, battirent et firent prisonnières les trois cohortes qui étaient en garnison à Syène, s’emparèrent de cette ville, d'Éléphantine, de Philée, firent partout des captifs et renversèrent les statues de César. Pétronius arriva alors avec 10,000 piétons et 800 cavaliers pour combattre trente mille hommes; tout d’abord il les força à se réfugier à Pselcis (Dakké\, ville éthiopienne, puis il leur envoya des ambassadeurs. Les ennemis demandèérent trois jours pour délibérer; mais comme ils ne faisaient rien de ce qu'il fallait, il les attaqua et les mit en déroute, parce qu'ils n'étaient ni prêts ni bien armés. Les uns s’enfuirent dans les déserts, les autres dans nne île qui était proche, et parmi eux les généraux de la reine Candace gouvernant les Éthiopiens. Pétronins

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les envoya par le fleuve à Alexandrie et prit Pselcis. Peu de temps après il prit aussi Primis,! lieu de la destruction de l’armée de Cambyse, et il se dirigea vers Napata, qui était une des villes royales et des demeures favorites de la reine Candace. Le fils de cette reine s’y trouvait alors : elle-même n'était pas loin. Mais pendant que Pétronius amusait encore la princesse barbare en traitant avec elle des conditions de la paix (de la reddition des statues de César, des prisonniers, etc.), il se saisit par surprise de Napata et la détruisit.? Le prince cependant réussit à s'enfuir. Pétronius s'en retourna ensuite à Alexandrie, en laissant en Éthiopie quelques troupes, que Candace allait exterminer quand il revint. Enfin, pour en finir avec des luttes continuelles, il lui offrit une paix sérieuse conclue avec César personnellement — ce qui fut fait, après une ambassade solennelle des Éthiopiens, qui rencontra Auguste et Tibère à Samos. |

Tel est l’ensemble du récit de Strabon. Ce récit est complétement conforme à celui de Dion Cassius (XIV, 5). Seulement ce dernier historien nous apprend que, si Pétronius était retourné en Égypte, après la prise de Napata, en laissant une partie de ses troupes en grand péril, c'est qu'il y avait été forcé par le sable, la chaleur et aussi parce que toute l’armée ne pouvait rester là, probablement à cause du manque de vivres. Le général romain vint du reste délivrer à temps les siens, comme nous l'avons vu, et négocia, sérieusement cette fois, une paix durable. |

En laissant de côté les forfanteries jugées nécessaires par Strabon, à cause de raisons politiques faciles à concevoir, nous voyons que les Romains ont été pendant quelque temps très sérieusement en danger en Égypte.

Examinons cette question au point de vue chronologique pour mieux comprendre la suite de toute la campagne.

Ainsi que l’a fort bien établi M. Franz, dans la préface de la partie égyptienne du Corpus inscriptionum græcarum, Cornélius Gallus, que nous savons, par Strabon, avoir été le premier préfet augustal, remplit ses fonctions à partir de l'an 30 avant J.-C., date de la prise de l'Égypte, servant dans cette contrée de point de départ au règne d’Auguste. Il

1 Pline (VI, 35) donne quelques détails complémentaires : « Intravere autem et eo arma romana divi Augusti temporibus, duce P. Petronio, et ipso equestris ordinis præfecto Ægypti. Is oppida eorum expugnavit, quae sola invenerat, quo dicemus ordine : Pselein, Primin, Aboccin, Phthurin, Cambusin, Attevan, Stadisin, ubi Nilus præcipitans se, fragore auditum accolis aufert. Diripuit et Napata. Longissime autem a Syene progressus est DCCCCLXX mill. passuum.» Ce dernier renseignement est certainement empreint d'exagération; car il est certain que Pétronius n'est pas allé jusqu’à Méroë, qui, d’après Pline lui-même, était à 873,000 pas de Syène.

2 Cette destruction n’était pas complète; car Napata (la ANNAAA nav A, des o

textes hiéroglyphiques) subsistait encore, au dire de Pline, du temps de A Pros. Peut-être même faut-il lire 6 (- A 7 2 cnit Napata dans l'inscription de l’Arbaten Keri d'Isis; car 2 vaut na tout autant que ta. Cela est d'autant plus probable que cette inscription rapproche les Éthiopiens de Napit de ceux de la terre de Ter, comme l'inscription d'Horsiatef traduite par M. Maspero. En ce cas Naputa aurait subsisté tout au moins jusqu'au règne d'Arcadius.

3 L'inscription si célèbre d’Ancyre (n° 4040 du Corpus inscript. græc.) renfermait (col. IIT) le récit de ces événements parmi les glorieux faits d'armes du règne d’Auguste. Nous avons déjà cité ces paroles attribuées à Auguste par le Mon. anc. : «In Acthiopiam usque ad oppidum Napata perventum est » (Corpus inscript. latinarum, t. III, p. 796). Voir de plus Aurélius Victor, Vie des empereure, p. 625 de l'édition de La Roviëre, etc. etc.

4 Voir LETRONNE, Inscriplions, t. I], p. 86.

eut pour successeur létronius, dont Aelius Gallus fut d’abord le lieutenant, puis le remplaçant; et c'est tandis qu'Aelius Gallus était préfet que Strabon, l’accompagnant, parcourut l'Égypte et alla même jusqu’à Philée, en l'an 20 avant J.-C.1 Ainsi tous les événements que nous venons de raconter, $e sont passés dans l’espace de dix ans : entre l'an 1°" d’Auguste (30 avant J.-C.) et l'an 10 d'Auguste (20 avant J.-C.). Or Eusèbe nous raconte que dans la première année de la 189° olympiade, c'est-à-dire en l’an G du comput égyptien? d’Auguste, ce qui restait de la ville de Thèbes (le se:t0r6as) fut détruit jusqu'aux fondations.t Cette destruction de Thèbes concorde avec les données du poëme satirique démotique, nous montrant qu'alors elle s'était révoltée et que la révolte avait été éteinte dans le sang. Elle ne concorde pas moins avec les récits de Strabon peignant l'insurrection de la Thébaïde soumise à grand’ peine par Cornélius Gallus, probablement la dernière année de sa préfecture, insurrection bientôt suivie d'une invasion des Blemmyes en Thébaïde sous son successeur Pétronius. Il est clair qu’encore alors les Thébains devaient être de cœur avec les Éthiopiens contre les étrangers, comme du temps des Pianchi, des Sabaka, des Tahraka, des Hormachis, des Anchmachis, ete. Si donc leur ville n'avait pas déjà été détruite par Cornélius Gallus lors de la première révolte,* elle le fut certainement par Pétronius lors de la seconde,® quand tous les Égyptiens souhaitaient le succès des Blemmyes, et que les Alexandrins mêmes poussaient l'audace jusqu'à assiéger le préfet augustal dans son palais. C’est pour cela d'ailleurs que Strabon, lors de son voyage avec Aelius Gallus, — nous le faisions déjà remarquer en publiant le poëme satirique? — n’a plus vu Thèbes habitée qu’en villages,$ dont le plus important paraît avoir été dès lors aux Memnonia, c’est-à-dire à Djème.* Au contraire, lors du voyage de Diodore de Sicile, sous le dernier Ptolémée, peu de temps auparavant par conséquent, Thèbes était encore une grande ville comptant de très nombreuses maisons à plusieurs étages, etc." Tout nous prouve donc qu'il y avait eu dans

1 Voir aussi LETRONNE, Recherches, p. 163.

2 Ne pas confondre ce comput avec celui que donne Eusèbe et qui se rapporte à toute autre chose qu’à la prise de l'Égypte.

3 C'était le zip@r$x; qui avait remplacé Thèbes après le sac de Soter II.

4 «Thcbarum suburbia in Acgypto fuuditus eversa sunt» (Chron., édition Zouras, p. 365). J'avais cité ce passage en publiant le Poëme satirique. M. Masreno, dans son Archéologie égyptienne, a préféré ne pas s’en tenir là, et voyant, de l'autre côté de la page, dans Eusèbe, qu’il était question à 1a même date d'un tremblement de terre à Tralles (en Lydie), il a pensé que c'était ce tremblement de terre de Tralles qui avait détruit Thèbes. C'est comme si l'on disait qu’un tremblement de terre de Nice ou de Sicile a détruit Londres.

$ On croit que Cornélius Gallus n'eut que quatre ans de préfecture.

6 C’est, pensons-nous, Ia bonne solution. La destruction de Thèbes s'explique beaucoup mieux après une première révolte, réprimée à grand” peine, et en présence d'une invasion des Blemmyes, appelés par la population. .

T Un poëme satirique composé à l'occasion de la maladie du poëte héraut d'insurrection Hor Ult'a, p. 10.

8 Nuvi GE zwundov suvouretrat (Strabon XVII, 1, p. 462 de l'édition de Tavcnxrrz).

9 C'est pour cela qu’en l'an 35 d'Auguste nous trouvons un grand prêtre d'Amon de Djème (voir plus haut la traduction de cette inscription n° 32 de Lersius). Quand le temple d'Amon de Thèbes n'avait pas encore été dévasté, il n'y avait à Djème qu'un prophète, dépendant du corps sacerdotal de Thèbes, et par le notaire duquel étaient rédigés les contrats écrits à Djème.

10 Liv. 1, XLV ct suiv. Diodore a visité tous les temples (en ruines du temps de Strabon) et qui paraissaient encore prospérer, comme d’ailleurs du temps de l'inscription bilingue de Cléopâtre et Césarion,

publiée par PEyrox.

l'intervalle une destruction systématique de Thèbes — à cause de ses sentiments patriotiques traditionnels.

Le poëme satirique? (écrit vers cette époque) donne de curieux détails sur cette dernière insurrection de Thèbes, dont le poëte-musicien Hor Ut’a fut le héraut, qu'il prêcha de toutes ses forces, et qu'il trahit ensuite pour sauver sa vie :

— «C'est par sa main que le massacre parvint à tous les gens d'Égypte.

«Ïl a mis la montagne en lutte jusqu'à la mort qu'il fait.

«Je disais cela sur les calamités qu'il a produites : «Elles sont nombreuses, plus que celles des répronvés. »

eÏl a fait un royal moment pour l’Amenti (l'enfer égyptien) par le massacre de la maison de la science de Panopolis.

«ll a fait qu’une ville entendit la voix : «Frappez du glaive.» Je ne puis dire les choses qu'il à faites,

«Lui qui n’était pas digne de faire sortir (révolter) personne par sa langue. — Est-ce qu'on n’a pas cherché à leur faire entendre l’accumulation de ses indignités?

«— Il a été sauvé, parmi ceux qui ont été protégés par le bon plaisir du Dieu pour ne pas souffrir . . . .

«Sans qu'il se détournât lui-même de cent coudées pour faire sauver des victimes, et sans qu'il sût d’ailleurs, le grand prêtre du plérome, l’ignominie de sa conduite.

«Après qu'on l’eut amené, son seigneur, au billot du supplice, livrer sa tête pour son immolation, il accourt

ePour être des premiers à manger viande par devant. — Il ne sait rien de la combustion (de la ville),

«ll va à Thèbes sans vergogne — pendant qu'ils remplissent les portes de l’Amenti de ceux qui furent ses compagnons, —

«Pliant l’échine pour chanter! — Il témoigne lui-même de ces choses. Il n’en est pas honteux :

«Et quand ils firent s’en aller au supplice le chef, il but avec ceux qui le tenaient enchaîné. Il ne se leva pas . . ..

1 Le même état de choses nous est montré par Tacite (Annales II, 60 et 61), racontant le voyage de Germanicus du temps de Tibère : «Mox visit veterum Thebarum magna vestigia; et mancbant structis molibus litteræ Aegyptiæ, priorem opulentiam complexæ : jussusque a senioribus sacerdotum patrium sermonem interpretari, referebat «habitasse quondam septingenta millia ætate militari : atque co cum »excrcitu regem Rhamsen Libiâ, Aethiopià, Medisque et Persis et Bactriano ac Scythà potitum; quasque »terras Syri Armeniique et contigui Cappadoces colunt, inde Bithynum, hine Lycium ad mare, imperio »tenuissec». Legebantur ct indicta gentibus tributa, pondus argenti et auri, numerus armornm equorumque, ct dona templis, cbur atque odores, quasque copias framenti et omnium ustensilium quaeque natio penderet, haud minus magnifica quam nunc vi Parthorum aut potentià romanâ jubentur. Cetcrum Germanicus aliis quoque miraculis intendit animum : quorum præcipua fuere Memnonis saxea effigies, ubi radiis solis icta cest, vocalem sonum reddens . .... » |

Ce n’est plus la Thèbes de Diodore, c'est bien celle de Strabon, celle que visitèrent plus tard Adrien et tant d’autres touristes dont le colosse de Memnon nous a conservé les proscynèmes!

Mais quelle douleur ne devait pas éprouver le vieux prêtre qui, si peu de temps après les malheurs de sa ville, en peignait si bien la gloire antique!

2? Poëme satirique, vers 79 et suivants.

— «lls ordonnent le chant, comme dans les grandes panégyries et, lui, il apporte (sa harpe et témoigne)

«La joie de trois — pour la viande (et le vin) . . Il déshonore . . . .»

Le reste nous manque. Mais ces quelques vers commentent d’une façon éloquente le récit de Strabon.

D'après notre auteur, l'insurrection avait été dirigée par le grand prêtre, qui paya cette audace de sa tête, ainsi que la masse des insurgés et parmi eux tous les membres du collège des hiérogrammates de Panopolis; Thèbes fut brûlée; et ce fut au milieu de ses ruines fumantes qu'on égorgea les prisonniers, tandis que les soldats romains mangeaiïent, buvaient et faisaient exécuter les chants dont retentissaient autrefois les temples lors des panégyries des dieux.

On voit combien sévèrement avait été châtié le concours que les Thébains avaient prêté aux Blennnyes, et leurs aspirations si vives vers la liberté et vers des sauveurs venus d'Éthiopie.

Quant aux Blemmyes ou Éthiopiens, c’étaient, en effet, pour les maîtres actuels de l'Égypte, de dignes adversaires. Strabon lui-même ne peut s'empêcher d'admirer leur reine Candace, dont la gloire devint légendaire, et nous voyons fort bien à travers les vanteries

— — — 2 ——— —————— ee ————m ee de

1 Voir dans les actes des Apôtres (ch. 8, v. 28 à 40) ce qui concerne l'eunuque d'Éthiopie, ancien surintendant des trésors de la reine Candace, qui fut baptisé par St Philippe. S'il faut en croire Pline (VE, 35), une autre reine Candace régnait à Méroë quand Néron envoya en Éthiopie une mission scientifique dirigée par un tribun : <regnare feminam Candacen, quod nomen, multis jam annis ad reginas transiit.» C'est à peu près ce que nous dit Bion dans les Fist. fragm. de Didot, t. IV, p. 351 : Kavôäxnv Aïliores räozv =iv toù Baotaéws pntépa xakoüaiv. Oùtew Blwv iv rpwtuw Aïftorxwv. Atôlones Tobs Baottwv ratépas oÙùx Expxlvouatv, aXX 5 Ovras viobs AAloU rapadlôdaat * Éxäorou GE tv untéca xakoüst Kavdaxnv. Conf. Hesych : xävèr, Yu ñ xaivô.

Notons que M. Wiepemawx, dans un travail intitulé : «L'Éthiopie du temps de Tibère et le trésorier de la reine Candace», a cru retrouver dans un monument hiéroglyphique de Dakké, soit la reine Candace de Strabon elle-même, soit la reine qui Jui a succédé. Maïs en même temps il a voulu soutenir qu'Ergamène scrait le fils de cette reine et qu'il sérait par conséquent le contemporain de Tibère. Il s'appuic pour cela sur une représentation (Lersius, Denkm. V, 17, c) déjà décrite par Cæampozcion (Notices, 121). Mais, il est certain que dans ce monument le cartouche de Tibère a été substitué à celui d'Ergamène (qu'on avait peut-être oublié de graver), car la légende qui escorte, pour ainsi dire, le bas-relief, est au seul nom d'Ergamène, comme d'ailleurs les voisines (Denkm. V, 17, A, B, etc., CaaAmporzion, Notices, 119 et suiv.). Dans Jes tableaux A, B, etc. le roi Ergamène qui fait les offrandes, a au-dessus de sa tête ses cartouches. Dans le C seulement ses cartouches ont été changés contre ceux de Tibère, tandisque la légende reste encore la sienne. L'usurpation est donc évidente. Quant à la déesse Hathor qui accompagne le roi ct que Cuaupozzion avait décrite comme telle (Notices, 121), elle conduit certainement ce souverain devant Thot de Pnebs, comme le dieu Tum le conduisait devant Month dans le tableau B et comme diverses divinités conduisent devant d'autres divinités le roi de la même dynastie At’ayaramen (V, 18). Des représentations analogues sont, du reste, continuelles à toute époque en Égypte et en Éthiopie. On ne peut donc douter que dans le plan primitif du tableau C il s'agit, comme nous l'avons dit, d'Hathor, menant Ergamène, d'une part devant Thot, et, d'autre part, devant Osiris et Isis. Mais quand on a substitué Tibère

à Ergamène, on a mis au-dessus d'Hathor, d'un côté sf) | = et de l’autre côté

D a ses - . NS . A

Ÿ eK (sans aucun cartouche). M. Wiepemanx a corrige le second nom et le lit Cléopâtra. Ce

laisse au premier sa forme barbare : Laouara. Selon lui il s'agirait de deux princesses jouant à l’époque

de Tibère, un rôle analogue à celui de la reine Candace de Strabon, mais avec cette différence que ce seraient des Candaces vaincues et reconnaissant la suzeraineté de l'empereur Tibère, qu’elles suivent. Cette conclusion-là peut s'admettre, si l'on a bien soin de l'isoler de la première du même auteur, qu’il faut, je crois, repousser.

Nous aurions ainsi le nom d'une reine blemmye (ou plutôt de deux princesses de cette race), n'ayant aucun rapport, bien entendu, avec le roi Ergamène, mais ayant voulu s'approprier le tableau du dit Erga-

et les réticences du Romain qu’elle fut vaincue plutôt par la ruse que par la bravoure. D'ailleurs celle s'en tira avec les honneurs de la guerre. Dion Cassius dit, à la vérité, qu'on la força à la paix. Mais cette paix était encore plus désirée par les Romains que par elle : il ne fallut rien moins que l’empereur lui-même pour la conclure et cela de la façon la plus solennelle.

Nous ne suivrons pas Strahon dans les détails fort intéressants donnés par lui, aussitôt après le récit de la campagne, sur ce royaume de Méroë qui venait de tant occuper les Romains, et qui devait les occuper pendant bien des siècles, comme nous aurons occasion de le voir.

C'est, en effet, à Méroë qu'était toujours la capitale des Blemmyes, soit du temps des Antonins,! soit du temps de Galère,? soit du temps de Théodose, soit probablement plus tard encore. Nos inscriptions démotiques sont aussi explicites à ce sujet que Strabon,t et nous y voyons que la reine Candace avait eu de dignes successeurs, tout aussi braves qu'elle.

La reine Candace elle-même nous rappelle d’une façon bien frappante les représentations de ces reines blemmyes, accompagnant des inscriptions en caractères hiéroglyphiques ou démotiques inconnus, qu’on trouve si fréquemment dans les monuments méroïtiques ou blemmyes.

Hâtons-nous d'ajouter, du reste, que dans nos inscriptions démotiques égyptiennes, particulièrement dans celle de Tererermen, les princesses blemmyes ont aussi une situation très considérable. Mais c’est le plus souvent alors un roi qui gouverne.

mène et, en même temps, faire une flatterie délicate à l'empereur Tibère, leur suzerain, en l’honneur duquel nous avons vu qu'il existait aussi à Dakké plusieurs inscriptions démotiques, grecques, ete. Comme ces reines étaient souvent figurées en Hathor, cette usurpation de la personnalité d'Hathor n'avait rien de sacrilège ou de choquant. Peut-être Laonara était-elle la mère et Cléopâtra la fille ou réciproquement ?

Quant à Candace, son nom se retrouve sous la forme red = 1S) (conf. Denkm., V, 47 a, etc.) à propos d'une reine dont le prénom était Ameniritis, et sous Îla forme (Denkm., V,

52) à propos d'une autre. Il ne faut pas oublier, en effet, que <> est souvent en Nubie une seni-voyclle, comme le ri sanscrit et certains r ou e babyloniens — nous aurons bientôt l’occasion de le prouver — et que ka ou ke est dans l’onomastique de ce pays un suffixe séparable (conf. — Sabaka — Seve, cte.). C'est pour cela que Bion et Hesychius disent que les mots Kavôr et Kavôaxn ont la même signification.

Le type guerrier de la Candace de Strabon et le rôle effacé du roi, son fils, tronvent un commentaire monumental dans de nombreux tableaux, représentations des reines Blemmyes immolant des groupes d'ennemis ou recevant les hommages des peuples, tandis que de jeunes princes, leurs fils, siègent modestement à leur côté, ou leur présentent leur respect. Le plus souvent des légendes méroïtiques accompagnent ces représentations (Denkm., V, 19, 22, 30, 32, 40, etc.).

1 Voir le n° I—II du V° volume de la Revue égyptologique, pl. 16.

2 Voir l'inscription 15 de Lersius.

3 Voir l'inscription de Tererermen.

4 "Este 0 to péyiotov abrots Bastfhstoy À Megôns rôxts ouwvuuos T5 wow (livre XVII, chap. 2, p. 471 de l'édition Taucnrrz). Voir aussi les passages déjà cités; Diodore 1, XXXIII, IIL, V, VI, VII, IX, etc.; Pline VI, 35; Aristide, édition d'Oxford de MDCCXXX, t. IL, p. 343 et suiv. Diodore et Strabon entrent du reste dans de nombreux détails au sujet de cette capitale des Éthiopiens, de son gouvernement, de son culte tout égyptien, etc., etc.

+ C'est pour cela que dans un grand nombre d'inscriptions démotiques de hauts personnages parlent au nom de leurs mères. Nous citerons, par exemple, l'inscription 59 de Dakké faite «au nom de sa mère» par le seigneur Pakemi, fils d'Harpaësis, prêtre d’Isis de Philée, de l’Abaton, en l’an 7 de Sévère Alexandre,

le n° 73 rédigé par un prophète d'Isis de Philée, au nom de sa mère Eséur, le n° 65 écrit encore dans les mêmes conditions, etc. ete.

ee

Il en était de même, d'ailleurs, dès la fin du second siècle, quand un souverain certainement blemmye s’intitula roi de Thèbes, pendant les guerres civiles qui suivirent la mort

de Commode.

Ce roi,? proclamé par les incorrigibles habitants de la Thébaïde, fut alors reconnu par

Pescennius Niger, l’un des prétendants à l'empire, commandant l'armée de Syrie et, d’après l'inscription existante encore du temps de Spartien,* il l’aida à contenir les troupes romaines

1 Un de nos collaborateurs et amis, M. le Dr. Wikpemaxx, a fait allusion <à ces rois libres de la Thébaïde dont l'existence est mentionnée par un des Scriptores historiae Auguslae» dans un article publié dans le n° 1V de la seconde année de Ia Revue égyplologique (p. 346 et suiv.) sous le titre : «Les ostraca de Karnak». M. Wiepemanx ajoute à ce propos une remarque intéressante : «Comme nous trouvons à Thèbes »en plusieurs places, par exemple au temple de Thoutmès III, à Médinet-Habou, et dans les carrières au »nord du temple de Quourna, des inscriptions et des représentations dans le style méroïtique et que nous »ne trouvons dans les environs de Thèbes, en dehors du grec et de l'égyptien, aucune autre langue que »la langue éthiopienne, nous sommes amenés à la conclusion que cette troisième langue, ayant influé le »grec de la Thébaïde, est l’éthiopico-méroïtique et que les noms des rois inconnus, qui pourraient se trouver * dans les textes, sont ceux des rois de ce pays ayant occupé la Thébaïde.» M. Wiepemaxx croit avoir découvert, dans un ostraca lui appartenant, le nom d'un de ces rois éthiopico-méroïtiques (c'est-à-dire : blemmyes) de l’époque romaine. Il croit aussi, nous venons de le voir, que dans les tessères grecques de cette période beaucoup de mots éthiopiens ct de formes éthiopiennes s'étaient introduits. Cette partie de la question ne nous semble pas définitivement tranchée; car aucun des ostraca de Thèbes entrés au Louvre, au British Museum, etc., n’a présenté de ces mots éthiopiens et de ces formes éthiopiennes, à ma connaissance du moins. J'aurais aussi bien des doutes sur certains monuments trouvés en Thébaïde que M. Wiepemawx veut attribuer aux rois méroïtiques et dont j'ai déjà parlé en publiant sa note dans la Revue. Les réflexions historiques de M. Wiepemanx n’en sont pas moins Jnates; et il faut garder bon souvenir des inscriptions méroïtiques de Thèbes.

2 Il faut noter ce titre de roi, rex, qui interdit de songer à l’empereur Päilaan, dont nous aurons à parler. D'ailleurs tout nous prouve que depuis ce Péilaan aucun empereur romain n'a daigné commander des inscriptions hiéroglyphiques, portant secs cartouches, et les titres égyptiens usurpés par le Blemmye. Decius (postérieur à l'époque du roi thébuin, mais antérieur à l’empereur Pâäilaan) est le dernier autocrator César qui ait fait faire semblables travaux. Les inscriptions hiéroglyphiques cessent donc et nous ne trouvons plus en égyptien que des inscriptions démotiques depuis Péilaan, c'est-à-dire depuis les trente tyrans.

3 Domus cjus hodie visitur in campo Jovis, quæ appellatur Pescenniana : in qua simulacrum ejus in trichoro constituit, statim post annum ex Thebaico marmore, quod ille ad similitudinem sui factum a rege Thebæorum acceperat. Exstat etiam epigramma græcum, quod latine hanc habet sententiam :

Terror Acgyptiaci Niger instat militis ingens. Thebaïdos socius, aurea secla volens.

Hunc reges, hunc gentes amant : hunc aurea Roma. Hic Antoninis carus, et imperio.

Nigrum nomen habet, nigrum formavimus ipsi,

Ut consentirent forma metalla tibi.

Quos quidem versus Scverus eradi noluit, quum hoc ci et præfccti suggcrerent, et officiorum magistri. addens: «si talis fuit, sciant omnes qualem vicerimus; si talis non fuit, putent omnes nos talem vicisse : imo sic sit, quia fuit talis.» (Ælii Spartiani Pescennins Niger, p. 326, édition de LA Roviène.)

Le même Spartien dans la vie de Sévère (ibid, p. 320, col. 2) nous apprend que Sévère, qui avait d'abord beaucoup ménagé son rival dont il gardait les fils avec les siens et qui avait laissé croire ses bonnes intentions à son égard, envoya cependant, saus se découvrir encore, des légions en Afrique, de peur de voir Pescennius l’envahir, par le côté de l'Égypte et de la Nubie, dont évidemment il était maître. « Ad Orientis statum confirmandum profectus est, nihil autem de Nigro palam dicens. Ad Africam tamen legiones nisit, ne per Libyam et Acgyptum Niger Africam occuparet ac R. P. penuria rei frumentariæ perurgeret. » Sur ces entrefaites il alla à la rencontre de Pescennius Niger et de ses légions d'Antioche, les battit, tua le prétendant, punit les habitants d'Antioche et de la Palestine de l'avoir appuyé, alla combattre aussi ses alliés arabes etc. (campagne dont il a rapporté le surnom d'Arabicus, d'Abiadenicus, etc.) et se rendit probablement de là en Égypte où il resta assez longtemps (ibid., p. 320, 2° col. in fine, p. 322, 1° col. Q). Il paraît que pendant toute cette expédition il fut très crucl. Maïs nous n'avons pas d'autres détails.

d'Égypte. Mais il dut se retirer sans doute devant l’armée victorieuse de Septime Sévère, qui venait de battre Pescennius et ses divers alliés barbares.

C'est ainsi que commence pour nous cette période des seconds Antonins à laquelle nos inscriptions démotiques nous ont fait consacrer un chapitre spécial.

Notons en passant que, sous Septime Sévère ct Caracalla, appelés dans une de nos inscriptions bilingues «les rois de T'ihimti»* ou d'Ethiopie, la Nubie était devenue assez tranquille pour que ces empereurs, en l'an 203, fissent ouvrir une nouvelle carrière près de Philée, en la dédiant à Amon Chnuphis et Junon Sati (voir dans notre Musée égyptien la colonne à inscription latine, C 134).

* Le mot t’ihimti, toujours employé dans nos textes démotiques pour désigner l'Éthiopie, ne rappelle-t-il pas d'une façon bien

frappante cette phrase, sans cesse répétée dans les inscriptions nubiennes antérieures, par exemple celle de Nastosenen, à propos de toutes les campagnes guerrières : «ct il prit leurs femmes et leurs troupeaux».

Ainsi que nous lavons dit dans notre mémoire sur les Blemmyes (publié par l’Académie des Inscriptions, il y a 15 ans) les premiers documents relatifs à ce peuple, qui devint le rival de Rome dans l'Asie orientale, nous le montre établi sur l’Astaboras, dans le fond de l’ancienne Éthiopie, <à Méroé», et de là arrivant jusqu'aux frontières de l'Égypte. Les documents dont nous venons d'achever la traduction nous amènent à des conclusions tout-à-fait semblables, et ces conclusions sont corroborées, rendues complétement incontestables par l'examen des inscriptions en hiéroglyphes inconnus et en démotique inconnu, dont Lepsrus a copié un très grand nombre.

En effet c'est à Méroé qu’on rencontre surtout des caractères hiéroglyphiques exprimant une langue autre que l’égyptien. C’est là que paraît également avoir pris naissance le genre de caractères démotiques appelés méroïfiques, et qui diffèrent autant du démotique égyptien que les cunéiformes persans diffèrent des cunéiformes proprement dits. Or des inscriptions en démotique méroïtique existent jusqu'à Philée, et là on les trouve souvent tantôt recouvrant des textes grecs ou démotiques, et tantôt recouvertes par des inscriptions, plus modernes, grecques ou égyptiennes. Elles se rattachent donc à la même époque que les inscriptions démotiques en langue égyptienne se rapportant à la Nubie, et traduites cette année par nous. De ces dernières, celle qui est datée du règne de Théodose et d'Arcadius, l'inscription faite par les ordres du roi Blemmye Tererermen, nommé le roi de T'ihimti, nous indique formellement que la capitale de ce roi était Méroé, et que ses états s’étendaient au sud, au nord, à l’est et à l’ouest. D’autres, par exemple celle d'Horneytatef, du temps des seconds Antonins, nous parle déjà des T'ihimti de la terre entière. La région des T'ihimti ne peut donc être limitée à l’étroite bande de terre qui constitue le commilittum de Nubie, même quand elle reconnaissait la suzeraineté romaine, quand les empereurs joignaient à leurs titres en Nubie celui de rois de T'ihimti (comme ils y joignaient en Arabie celui de rois des Arabes et en Germanie sans doute celui de rois des Germains; car il y eut un moment où toutes les nations voisines de l'empire, même celles où jamais n'avaient pénétré les armes

romaines, s'inclinèrent devant les Césars et se rattachèrent nominalement à leur empire).

Le terme de commilitium indique, nous l'avons dit, qu’il ne s’agit pas d’un petit pays séparé, gouverné à l’état de province directe. C'est une région qui, se trouvant située vers la limite de deux pays, est occupée militairement à la fois par ces deux pays. Les Romains avaient des garnisons dans la province la plus proche d’un royaume vassal pour mieux s’assurer la fidélité de ce royaume, mais sans en détacher en principe la province ainsi fortifiée. Ce fut, du reste, paraît-il, toujours leur système avec les Blemmyes; car lorsque les Blemmyes se furent soulevés contre les Romains, curent chassé les garnisons du commilitium de Nubie et pénétré jusqu’en Égypte, les Romains, en signant la paix avec eux, firent de l'ile de Philée une ville neutre ct Ctablirent dans le temple d’Isis un sacerdoce mixte, moitié égyptien et moitié blemmye, tout en restant les maîtres de cette position au point de vue militaire.

L'histoire de la Nubie, ou plus exactement l’histoire de l'Éthiopie à l'époque romaine, en est donc arrivée au point où les certitudes remplacent les ingénieuses vues de l'esprit, et, il faut le dire, tous les témoignages historiques se trouvent ainsi parfaitement conciliés de la manière la plus heureuse.

Dans un précédent article — rédigé comme une préface — nous avons annoncé que nous ferions l'étude détaillée ct attentive des plus importantes inscriptions démotiques de Philée et de Nubie, quand nous aurions reçu les estampages et les plâtres nécessaires. Cette étude, qui a été cette année le sujet de notre cours de démotique, nous l'avons commencée dans les planches du dernier numéro en publiant le mot-à-mot de l'inscription de Xemi; nous la poursuivons dans un des articles suivants, extrait de notre leçon d'ouverture. D’autres textes feront encore l'objet d'articles spéciaux. Nous examinerons ici une série des plus intéressantes, celle qui a trait à Fépoque des seconds Antonins.

Les plus anciennes des inseriptions de cette série sont du règne de Septime Sévère et d'Antonin Caracalla son fils. Ces empereurs possédaient alors, avec le commilitium de Nubie, la suzcraineté sur toute l’Éthiopie, et c’est pourquoi les inscriptions faites par des Nubiens lui attribuent ce titre de rois de T'ihimti' dont se glorifièrent tant de rois blemmyes, parti-

1 Signalous à ce sujet une singulière bévue de M. Bruascus qui, dans son supplément au Dictionnaire, p. 1224, a pris le mot 247 7// el — (qui se trouve sans cesse dans les inscriptions nubicnnes) pour

un titre royal : «la reine». 11 s'agit de l'inscription n° 7 de M. Lxpsius (conf. n° 9) ainsi conçue : e Adoration de Mera, fils de Pison, le nom de sa mère est Tsetur, devant Isis de l'Abbaton de Philée, la déesse grande, vénérable et bonne des Nubiens ou des Blemmyces 22? mcEz 12 de la terre entière, Isis! Son nom est loué (hesi) à jamais devant Péui R$ r01 C2 3 VU ct la vénérable (déesse) de la demeure des libations. Celui qui lira cette adoration, qu'il fasse aussi l'adoration devant Isis lu grande déesse. Celui qui détruira cette adoration, son nom (sera maudit) dans le sanctuaire d'Isis.»

Par elle-même, l'expression T'ihimti, avec le déterminatif de force s'appliquant au mot composé, signifie prendre femme. Mais c'était devenu le nom d’un pays ou plutôt d’une race conquérante (qui peutêtre, comme dans la légende des Romains et des Sabines, avait pris en mariage des femmes du pays conquis, ce qui expliquerait Ja teinte un peu brunâtre de leurs descendants actuels). Nous savons par l'inscription du roi lererermen et par beaucoup d'autres que T'ikimti s’étendait très loin puisqu'il comprenait Méroé, et l'avait même pour capitale, suivant l'inscription de Tererermen. Deux textes du papyrus 66 de Leide (d'une époque romaine très tardive, probablement même byzantine), textes que M. Bauoscu a cités d'ailleurs avec un renvoi inexact au mot Aféroé, montrent également qu'à cette époque l'empire des Éthiopiens 15% | allait depuis Méroé jusqu'aux frontières de l'Égypte, et qu'on y parlait (d’après la suite d'un de ces non donnée par M. Bruescu) une langue barbare inconnue, appelée éthiopienne (akeë), dont le papyrus reproduit plusieurs phrases (très comparables aux mots et aux noms blemmyes que nous fournissent nos

culièrement Tererermen. Il s’agit de deux bilingues dus au même personnage, un Nubien de Pharémos qui avait été chargé de consulter l’oracle pour une femme et qui en avait reçu une réponse convenable. Le texte grec de la première porte :

APTAHCIC AMMUNIOV AO ®APEMUI EMOIHCE BIAÆ XAPIN EN AMAGU) L H- CEOVHPOV KAI ANTUNIOV KAICAPUN TUN KVPIOV MAUNI . ...

Le texte démotique, fort mal copié tant par CHampozrion (notices 198) que par Lepsius (n° démotique 177), et qui n'a pu être estampé puisqu'il est écrit à l’encre, porte -:

OI LYS SVG Tan 92325 LG 2 Sos te mmliilp als ÆS pat? Sn

Leféor rm pi» 7 = pu rui/$2enan VO SEX Nr —'mmmmnt ae ns dd La

< Harpaésis, fils d’Ammonius, a parlé pour la femme . . . le chef du sanctuaire a fait »interroger (le dieu au) nom éternel, en l’an 8 de Sévère et Antonin, les rois des Nubiens . . .» La seconde inscription grecque porte :

APTAHCIC AMMUNIOV AFO APEMU) ETIOIHCEN EVXAPICTIAC XAPIN El AFAOU.

inscriptions démotiques égyptiennes). Les T''ihimti du sud, du nord, de l'orient et de l'occident ne pouvaient être confinés, nous l'avons déjà dit plus haut, dans l'étroite bande de terre qui constituait le commilitium de Nubie, et, à plus forte raison, ne peut-on pas songer à cette étroite bande de terre quand l'inscription d'Horneytatef nous parle de T'ihimti de la terre entière. Il nous semble que c’est plutôt un nom servant à désigner ces races berbères auxquelles 8e rattachaient les Blemmyes, et qui s’étendaient depuis la mer rouge jusqu'à l'Atlantique. Comme pays spécial le T'ihimti aurait été le royaume des Blemmyes, comprenant la Nubie, l'ancienne Éthiopie en son entier, le Soudan, peut-être une partie de l'Abyssinie, ce pays de montagnes dont nous parle le roi Tererermen, sans compter les déserts immenses où les Blemmyes se rencontraient avec les autres tribus berbères. Une révolte des nègres de Tonéhès depuis longtemps soumis par eux, aurait, en constituant un royaume séparé des Nobades, démembré d’abord cette monarchie, puis, le royaume des Nobades, ainsi constitué, s'alliant à l'empire, et converti en même temps au christianisme (voir mon mémoire déjà cité) en aurait fini avec les Blemmyes sous le règne de Justinien. Ajoutons d’ailleurs que les Sabéens ou Hymiarites, venus d'Arabie (ainsi que le prouve non-seulement le fond sémitique de la langue, maïs surtout la similitude des alphabets hymiarite et guez ou abyssin), et qui, à plusieurs reprises, possédèrent à la fois lAbyssinie et l'Arabie (voir pe Sacy, Histoire des Arahes avant Mahomet), durent nécessairement chercher à secouer le joug blemmye, surtout à partir de leur conversion au christiauisme, du temps de St Athanase et de l'empereur Constance. Le petit état d'Axum, une fois qu'il eut abjuré le vieux culte païen dont ses rois étaient jusque là les partisans dévoués (ainsi que l’établit une célèbre inscription grecque), devint, depuis ce moment, l'adversaire né de l’hégémonie des païens blemmyes et put aider à sa chute. M. ne RocuemonTerx me dit que ces luttes suprêmes font encore l’objet des chants populaires des Barabras, c’est-à-dire des descendants de cette race, un instant si puissante, et qui se trouve maintenant séparée en deux tronçons disjoints par des populations étrangères. Il paraît que leur langue diffère maintenant beaucoup de celle des Berbères d'Algérie et des Touaregs, et qu’elle renferme de nombreux mots empruntés à la langue égyptienne, c’est-à-dire à la langue qui était parlée en Nubie avant leur arrivée et qui était restée celle d’une partie de la population (voir l'inscription copte de Dandour, etc.). Nous n’en croyons pas moins à l’origine commune des Berbères et des Barabras, origine qui est prouvée d’ailleurs par la similitude des usages (voir mon mémoire déjà cité, particulièrement en ce qui concerne le voile qui couvrait la face des Blemmyes, comme celles des Touaregs actuels). Ces barbares ont conservé d’ailleurs, suivant M. pe RocxemonTeix, un caractère essentiellement sauvage, intrépide et guerrier, très analogue à celui des Blemmyes. Par passe temps les jeunes gens se lardent les chairs l’un de l'autre, en des luttes féroces, pendant que leurs vieillards boivent du petit lait et les regardent. Ajoutons que les nègres du Soudan ne sont pas moins courageux.

30 ECGÈNE REVILLOUT.

La seconde inscription démotique (n° 178) :

OU ESS SD Cm 232» MX pri lo vu eu — 1<2 UZs/n117?

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< Harpaésis, fils d’'Ammonius, a parlé pour la femme . .... (et le chef) du sanctuaire »a fait interroger le nom des dieux du ..... sanctunire en lan 8 de Sévère et Antonin »les rois des Nubiens . ...... >

Il paraît que l’ancien royaume de T'ihimti commença bientôt à secouer pratiquement le joug des empereurs (dont il reconnaissait en théorie la souveraineté), comme d’ailleurs nous l'ont appris les textes historiques, en partie cités dans mon mémoire sur les Blemmyes. C'est ce que nous prouve complétement la comparaison de deux inscriptions ! relatives à la petite dynastie du prince Horneytatef, dont la dernière est de l’an 7 de Sévère

Alexandre.

Commençons par donner la première, non datée, maïs qui semble remonter au règne d'Héliogabale, le prince dissolu si peu soucieux des intérêts de l'empire. Les Barbares profitaient? de l’indolence efféminée du monarque. |

Cette inscription (n° 3 de M. LæPsius) dont nous avons un plâtre est ainsi conçue :

«Les noms qui sont vus grands devant Isis de l’Abbaton de Philée et le grand dieu!

<Étant venus en Égypte devant Isis Hathor, devant le dieu grand Horneytatef * et devant »les grands dieux du sanctuaire de l'Abaton de Philée, Mentu et Horneytatef, les prophètes » ('Isis, les Kerni, les agents d’Isis, les agents du roit de la terre des nègres (ou Tonekes) AËN eZ TU = KE ske Brucscs, Géogr, I, 68, III, 51), les princes du »pays étranger (ou nubien) de Takemso (Bz. d. g. 841 et 1289) les chefs du T'int'e, les

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