LES BLEMMYES PAÏENS ET L’EMPIRE CHRÉTIEN, ETC
» seconde adoration festivale de la part du roi Tererermen. Il fit pour Liter, fille de l’autre » Liter, avec satisfaction, de grandes offrandes. L'Éthiopie ouvre les mondes aux dieux!
«0 Isis! (ouvre leur aussi) la route. Prends à Méroé, le bourg excellent, leur fils (le > fils des dieux), le Chef! Fais le salut! je t'en prie en chantant tes louanges avec les frères > de Pareri. Prends-les avec toi (les dieux)! Leur fils le Chef, amène-le en Égypte avec son frère > Hor-Ut’a, le Kerni parfait, le grand juge de l’'Herméion, mon bon collègue, et le sénat du roi! > Amène-les dans (ton pays! Quant aux ambassadeurs), donne-leur un chemin tranquille. Con- > duis-les près de César, pour que nous apportions la parole du fils d’Isis pour leur bon res- »plendissement (des dieux); car l'Éthiopie ouvre les mondes. Ô Isis! Donne-leur le chemin »........ Affermis notre cœur pour sauver le pays et nous guider au chemin de la vie. » Nous crions vers toi à tout moment, afin que tu nous entendes! Moi, ton bon serviteur, Ô Isis! »je n’ai pas (d'autre désir). . .. (Ta puissance) établis-la d'Égypte à Méroé et aux mon- »tagnes! Imouth, le frère aîné de Suisi, qui vient derrière moi, sauve-le jusqu’à ce tu l’aies > ramené d'Égypte . ...... (Étends les domaines de) Tererermen, le roi de notre Éthiopie, » Ô Isis! Les prières que je fais sont pour que tu t’empares de l'empire! Je charge mon fils > de crier vers toi, pour que tu écoutes ce que je dis .... (Bénis nous aussi nous-mêmes et) > sauve les serviteurs que le roi de notre Éthiopie m'a confiés en disant : — «Prends-les devant » Isis!» — Je les ai amenés. Tout bien réside (pour tous) en cette adoration (des dieux).
«L'an 2 de Théodose et de son collègue Arcadius Flavius, qui est aussi son fils, les > rois augustes, le 15 Pharmouthi, jour de Mont.»
Le roi Tererermen voulait sauver l'Égypte. Aussi prenait-il dès lors le cartouche, en l’enlevant aux noms des empereurs, c’est-à-dire faisait-il exactement le contraire de ses prédécesseurs qui, tout en s’intitulant rois (suten ici correspondait au titre Bacthtoxos ou regulus que l’empereur accordait aux chefs alliés des tribus barbares), avaient bien soin de laisser à l’empereur seul les honneurs du cartouche.1 Tererermen devenait donc une sorte de prétendant religieux, et c’est par cette raison qu’il faisait assembler, à Philée, tous ses prêtres ou Kerni d’Isis avec les prophètes, les prêtres et les fils des prêtres d'Égypte, convoqués par lui à grands frais. C’est pour cela aussi qu'il faisait apporter à ces prêtres persécutés 10 talents d'argent — somme considérable — pour les aider dans leurs luttes — sans compter les dépenses énormes que nécessitèrent les fêtes données à Philée par son ambassade pendant plusieurs mois. Pasan, nous l'avons vu, entre, en effet, dans de nombreux détails sur ces fêtes offertes aux prêtres d'Égypte : <Nous avons fait de grandes libations, nous avons prié au nom de notre Éthiopie» s’écrie-t-il. La princesse nubienne Liter, fille de Wuuinki, chef du peuple ou des troupes, relevait l'éclat de cette solennité et faisait elle-même de très grandes largesses, ainsi que plusieurs autres Nubiens de distinction venus avec leur suite. < Nous avons fait apporter sur le dromos d’Isis du vin et de la bière» en quantité suffisante, paraîtil, pour tout le peuple du bourg présent à la fête et qui exultait d’allégresse. Il semble qu'on ait voulu effacer et expier par des réparations éclatantes les dévastations, les crimes et les sacrilèges commis dans les Sérapéum d'Alexandrie et de Canope.
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1 Voir particulièrement deux inscriptions du temps de Sévère Alexandre dont nous parlons dans un autre article et aux planches, pl. 9—16.
Mais ce n'était pas tout. À côté de la mission religieuse, auprès du peuple, il y ava la mission politique, auprès de «César», <pour lui faire apporter la parole du fils d'Isis».
Le evde théodosien nous apprend que de semblables missions des reguli voisins d l'Égypte étaient fréquentes, puisque l'empereur fut obligé d'adresser, pour cet objet, d instructions spéciales au préfet d'Égypte. Mais cette ambassade, envoyée au lendemain de décrets contre les païens, par le principal fauteur de ces mêmes païens, est particulièreme intéressante pour l’histoire des luttes religieuses.
Non moins intéressant d'ailleurs est le récit postérieur de Xemi, relatif à son envoi à son séjour à l’hilée qui eut lieu sous le règne d’Arcadius, vers l'an 397, comme le prou le nom du préfet augustal Archélaus, mentionné, d’une part, dans ce curieux texte démotiqu et, d’une autre part, dans des constitutions datées du code théodosien.
Xemi, le rédacteur de cette inseription, était Arbatenkeri d’Isis la grande, c’est-à-dire ur sorte d'apocrisiaire perpétuel de l'église de Nubie, chargé de la représenter à Philée et d diriger la pieuse panégyrie qui, d'après les traités internationaux, emportait à des époqu déterminées la statue vénérée d’Isis en Nubie, ainsi que je l'ai raconté, il y a plus de 15 an dans mon mémoire sur les Blemmyes. Pendant 10 ans il avait accompli ses augustes fon tiuns sans aucun obstacle, quand un jour qu'il s’apprêtait à faire ce périple sacré — dar parleut hien d’autres textes démotiques — ct que la statue était déjà dans la barque, cet barque, mal gardée, fut enlevée ct emmenée d’abord à Syène, puis à la ville d’Éléphantin située de l’autre côté du fleuve. Un tel voyage était directement dans le sens contraire de cel: qu'on s’apprêtait à entreprendre, ct évidemment il avait été projeté dans un but hostile au Nubiens. Mais quels étaicut donc leurs adversaires? Était-ce les chrétiens? Pas le moins € monde. Il s'agissait seulement d’une rivalité de clochers. Le temple d'Isis de Philée avait éclip: le temple d’Isis de Coptos, plus ancien, et dont nous parle si longuement le roman de Setn Or, il se trouvait justement que le fils d’un Kerni, ou prêtre d'Isis, de Coptos du lac éts devenu le chef du sacerdoce d'Éléphantine, et il avait trouvé bon de jouer ce tour au temp d'Isis et aux Nubiens.
Cela prouve d'ailleurs qu'en dépit des lois de Théodose et des excès commis dans ! grands centres, il y avait alors, en dehors du temple international de Philée, d’autres templ païens en pleine prospérité — ce que les documents coptes nous avaient appris depuis lon temps pour cette époque, et même pour des époques de beaucoup postérieures.
N'est-il pas curieux de voir ici non seulement les païens de la Haute-Égypte profit d'une tolérance muette, mais encore se disputer ct agir avec une telle audace — de fac à nécessiter l'intervention du préfet augustal? C'est, en effet, ce que nous apprend la sui de l'inscription.
Xemi ne désespéra pas du succès. Il ne quitta pas Philéce, y fit de grandes dépense et quand le préfet Archélaus vint dans le Haut-Nil, il alla le trouver et obtint une décisio favorable, conforme aux traités, de ce chrétien convaincu qui, nous le voyons par le cod théodosien, s'occupait alors surtout d’affaires ecclésiastiques.
Voici cette inscription :!
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